La Cour des comptes alerte : « l’eau dessalée reste trop chère au Maroc »

Le recours au dessalement de l’eau de mer s’impose au Maroc comme une solution incontournable face au stress hydrique croissant, mais son coût élevé constitue un défi majeur pour les finances publiques et le secteur agricole.

Dans son rapport 2024-2025 publié ce 28 janvier, la Cour des comptes met en garde contre ce coût élevé et souligne la nécessité d’accélérer la capacité de production pour répondre aux besoins en eau potable et pour l’irrigation agricole.

Le coût de l’eau dessalée dépasse largement les tarifs appliqués, générant des déficits

La Cour souligne que le système actuel de tarification de l’eau potable ne reflète pas le coût réel du dessalement, qui varie entre 4,48 et 23,55 DH/m3 pour l’eau non subventionnée. À titre de comparaison, le prix de vente à la production se situe entre 1,65 et 4,88 DH.

A titre d’exemple, à Agadir, l’Etat accorde à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) une subvention d’exploitation afin de compenser la différence entre le coût d’achat auprès du partenaire privé et le tarif appliqué à la Société régionale multiservices (SRM).

Cette subvention a atteint 684 millions de DH (MDH) sur la période allant de janvier 2022 à juin 2024. Sur la durée totale du contrat, fixée à 27 ans, le déficit opérationnel devrait atteindre environ 9 milliards de DH (MMDH).

Dans les stations de dessalement à Safi et El Jadida, gérées par le Groupe OCP, le déficit s’élève à environ 1,02 DH/m3. L’OCP assure ainsi le soutien financier nécessaire à sa filiale chargée de la réalisation et de la gestion de ces projets, pour garantir leur équilibre.

Pour les stations de dessalement gérées par l’ONEE dans les villes d’Al Hoceima, Akhfennir, Boujdour et Laâyoune, le coût de production et de distribution dépasse largement les tarifs appliqués. A Laâyoune par exemple, le coût moyen en 2023 était de 23,41 DH/m3, contre un tarif de 5,06 DH, générant un déficit opérationnel total de 212 MDH.

Selon les ministères de l’Economie et de l’Equipement et de l’Eau, adopter un coût de production inférieur à 4,5 DH/m3 contribuerait à réduire cet écart. Pour y parvenir, les SRM doivent réaliser des études visant à actualiser le système tarifaire actuel, en se basant sur le coût réel de production de l’eau.

Fluctuations contractuelles et risques liés au coût

La Cour note par ailleurs dans son rapport que le coût du dessalement varie selon la taille de la station, la qualité de l’eau, le coût de l’énergie et les clauses contractuelles.

A Agadir, le coût de référence de l’eau potable est passé de 8,86 à 10,29 DH/m3 en 2024, soit une augmentation de 16%, en raison de coûts imprévus liés notamment à la pandémie du Covid-19 et à l’absence d’exonérations fiscales attendues.

En ce qui concerne le projet de station de dessalement à Casablanca, le coût du mètre cube a été fixé, selon le référentiel du contrat de partenariat public-privé, à 4,48 DH/m3, ce qui constitue un tarif compétitif. Toutefois, ce coût reste susceptible d’évoluer, car le prix du mètre cube dessalé est exposé aux risques de fluctuation des taux de change, à l’inflation et à d’autres facteurs.

Auditionnés par la Cour des comptes, dans le cadre de son rapport, les mêmes ministères ont souligné que pour les projets futurs, le coût du mètre cube dessalé ne dépassera pas 4,50 DH/ m3, grâce à l’utilisation d’énergies renouvelables pour le fonctionnement des stations et à l’intégration des projets pour augmenter les capacités de production.

Ils ont également assuré que le prix du mètre cube peut connaître certaines fluctuations, comme pour le projet d’Agadir. Toutefois, ces variations ne concernent que les cas de force majeure ou des événements exceptionnels, qui sont prévus dans les clauses contractuelles. Les risques liés à l’inflation ou aux fluctuations du marché sont anticipés et intégrés dès le plan d’affaires initial du partenaire privé, et ne constituent donc pas des événements imprévus.

216 Mm³/an d’eau dessalée prévus d’ici 2026, mais l’effort reste limité

La Cour a par ailleurs appelé à l’accélération du rythme de construction des stations de dessalement, afin d’augmenter la production de l’eau dessalée.

La capacité totale de production d’eau dessalée au Maroc s’élevait à 324 millions de m3 (Mm3)/ an vers fin 2024, avec une augmentation annuelle moyenne de 35 Mm3 entre 2015 et 2024.

Les projets en cours devraient ajouter 216 Mm3/an d’ici 2026, mais cette cadence reste insuffisante pour atteindre l’objectif de 2,2 milliards de m3 (MMm3)/an fixé par le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027.

D’après la Cour, quatre projets en cours, représentant 532 Mm3/an, porteront la capacité totale à 856 Mm3/an, soit 41% de l’objectif. Parallèlement, des études sont menées pour de nouvelles stations à Souss-Massa, Rabat, Tanger et l’Oriental, pour une capacité supplémentaire de 1,1 MMm3/an, afin d’accélérer le rythme de construction des capacités de dessalement.

Eaux usées : 194 Mm3 rejetées sans valorisation chaque année

La réutilisation des eaux usées traitées est aujourd’hui considérée comme indispensable. Pourtant, sa mobilisation n’a été réellement programmée au Maroc qu’en 2019, dans le cadre du Programme national d’assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées traitées (PNAM 2019-2040).

Les stations de traitement au Maroc ont, pour la plupart, été construites avant 2005 sans tenir compte des besoins en réutilisation des eaux traitées. Par conséquent, la capacité de traitement tertiaire ne représente que 18% de la capacité totale de traitement de ces stations.

En l’absence de planification pour valoriser ces eaux, d’importantes quantités sont rejetées dans le milieu naturel, malgré le traitement tertiaire qui permettrait leur réutilisation, ce qui constitue un gaspillage des efforts de traitement, déplore la Cour des comptes dans son rapport 2024-2025, publié le 28 janvier.

Eaux usées : 84% de la capacité nationale de traitement reste inexploitée

D’après la Cour, en 2023, sur une capacité nationale de traitement tertiaire de 231 millions de m3 (Mm3) par an, 194 Mm3 ne sont pas valorisés, soit 84%. Seuls 37 Mm3 sont réellement réutilisés.

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), par exemple, dispose d’une capacité de traitement tertiaire des eaux usées de 107 Mm3 par an, mais n’en utilise que 40 Mm3 pour la réutilisation. La quantité effectivement réutilisée et facturée n’a pas dépassé 4,1 Mm3 en 2024, car elle dépend de la demande réelle des utilisateurs.

Neuf projets sont actuellement en cours pour augmenter la capacité des stations de traitement des eaux usées de l’ONEE destinées à la réutilisation, disposant de traitement tertiaire, d’environ 17 Mm3. La capacité restante, estimée à 50 Mm3 par an, est destinée à la préservation des écosystèmes fragiles.

Les réseaux d’assainissement de 6 villes, dont Casa, sont conçus uniquement pour le rejet en mer

Le rapport de la Cour souligne également un problème majeur. « Les réseaux d’assainissement de six villes côtières (Casablanca, Rabat, Salé, Tanger, Tétouan et El Jadida) ont été conçus uniquement pour le rejet en mer », lit-on sur le document. La conception de ces réseaux ne permet donc pas la réutilisation des eaux traitées.

La capacité totale de rejet de ces villes représente 2,3 Mm3 par jour, soit 67% de la capacité nationale. Adapter ces réseaux nécessitera des investissements et des coûts de fonctionnement importants.

Auditionné par la Cour des comptes, dans le cadre de son rapport, le ministère de l’Intérieur a indiqué que des projets de réutilisation des eaux usées sont réalisés depuis 2008, même s’ils n’étaient pas intégrés dans les stratégies et programmes nationaux (Marrakech, Agadir, Bouznika, Tanger, Tétouan). Et depuis 2019, la réutilisation des eaux usées est intégrée dans le cadre du Programme national d’assainissement liquide et de réutilisation des eaux usées (PNAM), ainsi que dans le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027).

A la fin de l’année 2024, le Maroc réutilisait 52 Mm3 d’eaux usées par an, soit seulement 7% du total des eaux usées urbaines. A titre de comparaison, des pays comme la Jordanie atteignent 86%. Par conséquent, il est nécessaire de revoir l’objectif fixé dans le PNAM, qui consiste actuellement à atteindre un volume de 100 Mm3/an d’ici 2027, soit 13% seulement du total des eaux usées urbaines.

Plus de 50 projets sont en exploitation, principalement pour l’irrigation de terrains de golf, d’espaces verts et pour des usages industriels.

La collecte des eaux pluviales reste embryonnaire

Le rapport souligne également le retard dans la collecte et la valorisation des eaux pluviales. La capacité totale de stockage ne dépasse pas 53.000 m3, devant atteindre 70.000 m3 après achèvement des projets en cours.

Le Plan national de l’eau 2020-2050 prévoit de développer ce programme pour économiser 300 Mm3 d’eau potable par an, en orientant les eaux pluviales vers l’irrigation, certains usages domestiques et professionnels. Mais ce programme n’a pas encore été mis en œuvre, faute de priorité dans la mobilisation des ressources hydriques.

Le service dédié à la collecte et à la valorisation des eaux pluviales, créé en octobre 2020, n’a commencé à recevoir des crédits qu’en 2021. Ces financements limités ont conduit à la réalisation d’un nombre restreint de projets.

Le ministère de l’Eau a précisé que ce chantier ne relève pas uniquement de son secteur, mais implique aussi les ministères de l’Agriculture, de l’Intérieur et d’autres administrations. Les projets nécessitent une analyse complète à toutes les étapes (planification, réalisation et exploitation) pour identifier les lacunes institutionnelles et organisationnelles.

La Cour recommande ainsi la création d’une commission nationale de collecte des eaux pluviales regroupant tous les acteurs concernés, condition indispensable pour élaborer un programme intégré.

La Cour des comptes dresse un constat sévère de la généralisation de l’AMO

La Cour des comptes a publié ce 28 janvier son rapport pour l’année 2024-2025. Elle a fait le tour de plusieurs chantiers en cours au Maroc, dont celui de la généralisation de la protection sociale, et plus particulièrement, celui de l’Assurance maladie obligatoire (AMO).

Si l’institution a relevé que la mise en œuvre de certaines composantes de la protection sociale a connu des progrès tangibles entre 2022 et le 30 août 2025, en particulier pour l’assurance maladie et le soutien social direct, elle souligne, en revanche, que d’autres piliers majeurs, tels que la retraite et l’indemnisation pour perte d’emploi, n’ont pas dépassé le stade de l’encadrement juridique.

La Cour a également pointé le manque d’attractivité des établissements de santé publics, les délais excessifs dans l’octroi des prises en charge et des remboursements, ainsi que la persistance des disparités régionales.

Des composantes encore inachevées

La Cour explique dans son rapport que « selon le ministère délégué chargé du Budget, les travaux techniques et législatifs relatifs à ces deux dossiers (retraite et indemnisation pour perte d’emploi) se poursuivent en vue de leur lancement en 2025 ». Mais à ce jour, aucune mise en œuvre effective n’a été constatée.

Dans le même temps, les dispositifs déjà engagés font face à des défis de taille, notamment en matière de ciblage des bénéficiaires, de généralisation de la couverture, de financement durable et de réforme du secteur public de la santé.

La Cour souligne ainsi que d’importantes franges de la population demeurent sans couverture effective, que ce soit en matière de soins de santé, de retraite ou d’indemnisation pour perte d’emploi. Par ailleurs, le financement de certaines composantes par le budget de l’Etat a dépassé les estimations initiales, en particulier pour la prise en charge des cotisations des personnes incapables de les assumer.

30,4% de la population encore en dehors du champ de la couverture assurantielle en 2024

Sur le plan quantitatif, le nombre de bénéficiaires effectifs des services d’assurance santé, c’est-à-dire les personnes inscrites disposant de droits ouverts, est passé de 22,1 millions à 25,6 millions entre 2022 et 2024, soit une hausse de 16%.

Dans le détail, le nombre d’assurés disposant de droits ouverts est passé de 18,7 millions à 21,9 millions pour les affiliés à la CNSS, et de 3,4 millions à 3,7 millions pour ceux relevant de la CNOPS. Cette évolution a permis au taux de couverture effective des inscrits de progresser de 60% en 2022 à 70% en 2024, hors régimes exceptionnels (mutuelles, caisses internes, assurances privées…).

Mais malgré cette amélioration, la Cour note qu’environ 30,4% de la population, soit près de 11 millions de personnes, restaient encore en dehors du champ de la couverture assurantielle en 2024.

Cette situation concerne particulièrement les régimes d’assurance maladie gérés par la CNSS, où les taux de recouvrement des cotisations ont atteint, à titre d’exemple en 2024, 84,5% (y compris les cotisations dues au titre de 2024 et des années antérieures) pour les salariés, contre seulement 46% pour les non-salariés.

Régimes exceptionnels et cotisations impayées, des freins majeurs

Parmi les causes principales de cette situation figurent la poursuite de l’application des régimes exceptionnels et le retard dans l’intégration de leurs bénéficiaires au système d’assurance. S’y ajoute le non-respect du paiement des cotisations par une partie des inscrits, entraînant la suspension de leurs droits, notamment en matière de couverture médicale.

Cette problématique touche, d’après la Cour, particulièrement les régimes gérés par la CNSS. En 2024, les taux de recouvrement des cotisations ont atteint 84,5% pour les salariés, y compris les arriérés, contre seulement 46% pour les non-salariés, un écart qui fragilise l’équilibre du système.

Au-delà de la couverture formelle, la Cour s’est penchée sur l’efficacité réelle du système d’assurance. L’analyse des taux de prise en charge des dépenses de soins révèle que la charge financière supportée par les assurés demeure élevée. En 2023, le reste à charge oscillait entre 30% et 37% des coûts réels des soins, pour s’établir à 34% en 2024.

Cette charge est encore plus lourde lorsqu’il s’agit de maladies chroniques et coûteuses. Dans le cadre du régime « AMO – Tadamon », le reste à charge atteignait en 2023 47% pour la rétinopathie diabétique et 44% pour les maladies lysosomales. La Cour attribue cette situation à la faiblesse de la tarification nationale de référence (TNR) par rapport aux coûts réels, à l’absence d’actualisation de la nomenclature des actes médicaux et au faible recours aux médicaments génériques.

En effet, la TNR et la nomenclature des actes médicaux constituent des dossiers majeurs, dont la révision est bloquée depuis plusieurs années.

Délais excessifs de prise en charge : une moyenne de 124 heures en 2024

Le rapport met également en évidence le dépassement récurrent des délais légaux d’octroi des accords de prise en charge et de remboursement des soins ambulatoires. Fixés respectivement à 48 heures et trois mois par la loi 65-00 portant code de la couverture médicale de base, ces délais sont largement dépassés dans la pratique.

Ainsi, pour le régime des fonctionnaires, la durée moyenne d’octroi de l’accord de prise en charge a atteint 131 heures en 2023, puis 124 heures en 2024.

Quant aux remboursements des soins ambulatoires, environ 3,2 millions de dossiers ont accusé des retards entre 2021 et 2024 au niveau de la CNSS. La Cour estime que la résorption de ces retards permettrait d’alléger la pression financière sur les ménages et d’améliorer la confiance des citoyens dans le système.

AMO Tadamon : des dépenses de 9,40 MMDH qui alourdissent la charge budgétaire de l’Etat

Sur le plan financier, la Cour reconnaît les efforts consentis pour préserver l’équilibre des régimes d’assurance, notamment à travers la constitution d’un fonds de réserve de sécurité et le renforcement des mécanismes de contrôle. Néanmoins, ces mesures restent insuffisantes, la majorité des régimes, à l’exception de celui des salariés du secteur privé, affichant des déséquilibres structurels.

Entre 2022 et 2024, les dépenses des régimes d’assurance sont passées de 13,62 milliards de DH à 24,95 MMDH, soit une hausse de 83%, tandis que leurs ressources n’ont progressé que de 36%. Cette dynamique a conduit à des déficits marqués des soldes techniques et globaux.

À fin 2024, le régime des salariés du secteur public affichait un déficit global de 861,62 millions de DH et un déficit technique de 1,25 MMDH. Le régime « AMO des travailleurs non salariés – TNS » a, quant à lui, enregistré un déficit technique proche de 136 MDH, tandis que l’ »AMO Achamil » a accusé un déficit financier de 425 MDH.

Par ailleurs, la Cour attire une attention particulière sur le régime « AMO Tadamon », intégralement financé par le budget général de l’Etat. Selon la CNSS, ses dépenses ont atteint 9,40 MMDH en 2024, dont 7,68 MMDH consacrés aux services de santé, contre 5,23 MMDH en 2023. D’après les projections du ministère chargé du Budget, ces dépenses devraient dépasser 8 MMDH en 2025.

De fortes disparités régionales, les régions de Casa et Dakhla à la traîne

En 2024, environ 30% de la population nationale bénéficiait du régime « AMO Tadamon ». Toutefois, la Cour des comptes relève de fortes disparités régionales. La région de Béni Mellal-Khénifra affiche le taux de couverture le plus élevé (41,3%), suivie de Drâa-Tafilalet (40,1%) et Fès-Meknès (37,9%). A l’opposé, Casablanca-Settat (19,8%) et Dakhla-Oued Eddahab (9,4%) présentent les taux les plus faibles.

Ces écarts traduisent des différences liées aux caractéristiques démographiques, sociales et économiques des régions, la répartition des bénéficiaires correspondant globalement aux niveaux de pauvreté et au revenu moyen individuel.

91% des dépenses prises en charge par l’assurance maladie captées par le secteur privé en 2024

Enfin, la Cour insiste sur la nécessité de renforcer l’attractivité des établissements de santé publics, considérés comme un levier essentiel pour la maîtrise des dépenses de l’AMO.

En 2024, le secteur privé a capté 91% des dépenses prises en charge par l’assurance, contre seulement 9% pour le secteur public. Cette part atteint 97% pour le régime des salariés du privé et 79% pour l’AMO Tadamon.

Malgré les réformes engagées, de nombreux hôpitaux publics, notamment provinciaux, régionaux et certains CHU, continuent de souffrir d’un déficit en ressources humaines, d’un manque de médicaments et de dispositifs médicaux, de l’obsolescence des équipements et de faiblesses en matière de gouvernance et de systèmes d’information. Autant de contraintes qui limitent leur capacité à jouer pleinement leur rôle dans la réussite de la généralisation de l’AMO.

Subventions étatiques. À fin mars 2025, 24 partis politiques ont restitué 35,92 MDH (Cour des comptes)

La première partie de ce rapport présente les résultats généraux de l’audit, y compris le suivi de la restitution au Trésor public des montants du soutien, qu’ils soient indus, non utilisés, utilisés à des fins autres que celles pour lesquelles il a été octroyé, ou dont l’utilisation n’a pas été appuyée par les pièces justificatives légales, indique un communiqué de la Cour des comptes.

Cette partie présente également les résultats du suivi de la mise en œuvre des recommandations formulées par la Cour dans son rapport précédent, notamment celles se rapportant aux études et recherches engagées dans le cadre du soutien annuel supplémentaire accordé au titre de l’année 2022 et à la transmission des livrables desdites études à la Cour, précise le communiqué, notant que la deuxième partie présente les résultats de l’audit afférents à chaque parti politique, de manière individualisée.

S’agissant de la production des comptes annuels à la Cour, 27 partis sur un total de 33 ont produit leurs comptes, dont 22 dans le délai légal, tandis que 6 partis n’ont pas produit leurs comptes, fait savoir la même source.

Parmi les comptes 27 partis, 23 sont certifiés par un expert-comptable inscrit à l’Ordre des experts-comptables : 19 comptes ont été certifiés sans réserve et 4 avec réserve. En revanche, 4 partis ont déposé leurs comptes sans qu’ils soient appuyés par un rapport de certification.

La Cour a également relevé que 7 partis n’ont pas produit l’ensemble des tableaux constituant l’état des informations complémentaires prévu à l’annexe 2 du plan comptable normalisé des partis politiques. De plus, 3 partis n’ont pas présenté tous les relevés bancaires afférents aux comptes ouverts en leur nom.

Par ailleurs, 3 partis n’ont pas présenté l’inventaire détaillé des dépenses engagées au titre de l’année 2023, ni l’état des rapprochements bancaires. Concernant l’examen de la validité des ressources, la Cour a relevé des insuffisances en matière de justification de l’encaissement des ressources propres, pour un montant de 1,72 million de dirhams, ce qui représente 1,64 % du total des ressources déclarées au titre de l’année 2023 par les partis politiques (104,25 millions de dirhams).

Ces observations ont concerné 8 partis sur 27 et se répartissent entre des ressources dont l’encaissement n’a pas été appuyé par les pièces justificatives requises, pour un montant de 853.164,60 dirhams, et des ressources perçues en numéraire, pour un montant de 865.900,00 dirhams, en dépit du dépassement du plafond légal fixé pour les encaissements en numéraire par la loi organique n°29.11 relative aux partis politiques.

S’agissant de l’appui des dépenses par les pièces justificatives légales, la Cour des comptes a relevé plusieurs insuffisances ayant porté sur les dépenses de gestion d’un montant global de 5,73 millions de dirhams, soit 6,27 % du total des dépenses déclarées par les partis politiques (91,37 millions de dirhams). Ce taux reste inférieur à celui enregistré en 2022, qui s’élevait à 26 %.

Ces insuffisances ont concerné 17 partis sur 27 et se répartissent comme suit : des dépenses non appuyées par les pièces justificatives légales, pour un montant de 5,34 millions de dirhams ; des dépenses appuyées par des pièces justificatives insuffisantes, pour un montant de 308.745,54 dirhams ; et des dépenses justifiées par des pièces non établies au nom du parti concerné, pour un montant de 74.688,73 dirhams.

Concernant le suivi de la restitution au Trésor public des montants du soutien indu, non utilisé, utilisé à des fins autres que celles pour lesquelles il a été octroyé, ou dont l’utilisation n’a pas été appuyée par des pièces justificatives légales, en application des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, la Cour a relevé que 24 partis ont procédé, au cours de la période allant de l’année 2022 jusqu’à la fin du mois de mars 2025, à la restitution d’un montant global de 35,92 millions de dirhams.

Ce montant se répartit comme suit : 28,71 millions de dirhams au titre de la contribution de l’État au financement des campagnes électorales organisées lors de scrutins antérieurs, 2,42 millions de dirhams relatifs à la participation de l’État à la couverture des frais de gestion des partis, et 4,79 millions de dirhams correspondant au financement des missions, études et recherches.

En revanche, la Cour a constaté que 15 partis n’avaient pas encore restitué au Trésor public un montant de 21,96 millions de dirhams, étant précisé que le processus de restitution se poursuit de manière continue et fait l’objet d’un suivi annuel par la Cour.

Ce montant se répartit comme suit : 2,41 millions de dirhams relatifs à la contribution de l’État au financement des campagnes électorales des scrutins des années 2015 et 2016, concernant 3 partis ; 18,13 millions de dirhams afférents au scrutin de 2021, concernant 7 partis ; ainsi que 1,42 million de dirhams correspondant à la participation de l’État à la couverture des frais de gestion pour les années 2017, 2020, 2021, 2022 et 2023, concernant également 7 partis.

Gestion financière et comptable des partis politiques

En ce qui concerne la gestion financière et comptable des partis politiques, la Cour des comptes a relevé plusieurs observations relatives à la tenue de la comptabilité de 23 partis sur 27. Ces observations portent principalement sur : l’absence de comptabilisation des montants du soutien devant être restitués au Trésor public (15 partis) ; des erreurs dans l’imputation de diverses opérations comptables aux comptes appropriés (11 partis) ; le non-respect des modèles des tableaux constituant l’état des informations complémentaires prévus par le Plan comptable normalisé des partis politiques (8 partis) ; le non-respect de certaines règles ou principes comptables (4 partis) ; ainsi que des erreurs dans le report des soldes de clôture de l’exercice précédent (2 partis).

Dans le cadre du suivi des recommandations formulées par la Cour, notamment celles relatives à la présentation des livrables des études et recherches réalisées dans le cadre du soutien annuel supplémentaire alloué au titre de l’année 2022, la Cour a constaté que 3 partis lui ont produit les livrables des études ayant fait l’objet de conventions conclues avec des bureaux d’études au cours de ladite année.

Par ailleurs, 4 partis ont procédé à la restitution au Trésor public d’un montant non utilisé de ce soutien, s’élevant à 2,03 millions de dirhams. Les partis concernés ont ainsi régularisé leur situation à l’égard du trésor au titre du soutien supplémentaire. Le rapport d’audit susmentionné, ainsi que ses synthèses en langues arabe et française, peuvent être téléchargés à partir du site officiel de la Cour des comptes à l’adresse suivante : www.courdescomptes.ma.

La Cour des comptes abritera le siège permanent de l’AFROSAI à Rabat

Cet accord, signé par le ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, et la Secrétaire générale de l’AFROSAI, premier président de la Cour des comptes, Zineb El Adaoui, définit le cadre opérationnel de l’organisation dans le Royaume, ses engagements ainsi que les privilèges accordés à son siège principal.

La signature de cet accord fait suite à l’élection de la Cour des comptes du Royaume du Maroc en tant que secrétaire général et institution hôte du siège permanent de l’AFROSAI, lors de l’assemblée générale de l’Organisation tenue à Tripoli, en Libye, du 4 au 6 décembre 2024.

En abritant le siège de l’AFROSAI, le Maroc, carrefour de plusieurs représentations régionales et sous-régionales œuvrant pour le développement du continent africain et le bien-être de ses peuples, traduit sa ferme volonté de promouvoir l’État de droit dans tous ses aspects, notamment en ce qui concerne le contrôle supérieur des finances publiques. Il s’agit aussi de concrétiser les efforts déployés dans le cadre des relations de coopération le liant aux pays africains en termes d’échange d’expériences et d’expertises, et de partage des bonnes pratiques en la matière.

En outre, cet accord constitue un levier stratégique permettant à la Cour des comptes de renforcer sa coopération avec ses homologues à l’échelle africaine, conformément à la vision éclairée du Roi Mohammed VI, et de réaffirmer l’engagement constant du Royaume en faveur de la promotion de la coopération Sud-Sud dans tous les domaines, en l’érigeant en priorité absolue.

Cette coopération contribuera à l’amélioration des performances des institutions de contrôle, au renforcement des capacités institutionnelles et professionnelles, ainsi qu’à la consolidation de la coopération continue entre les institutions supérieures de contrôle des finances publiques africaines.

Elle soutiendra également la mise en place d’institutions solides, favorisant la transparence et la bonne gouvernance, afin de répondre de manière optimale aux besoins des populations et de réaliser un développement social et économique durable à l’échelle du continent.

(Avec MAP)

Justice. Impacts de la mise à l’écart des ONG dans le projet de révision du Code de procédure pénale

Menacées par une réforme qui peut les priver de leur principal levier d’action, à savoir la possibilité de saisir la justice, les associations de protection des deniers publics craignent un recul dans la lutte contre la corruption et s’inquiètent des conséquences d’une justice moins accessible aux acteurs de la société civile.

Pourtant, ces associations jouent un rôle crucial dans la dénonciation des crimes financiers et la lutte contre la corruption. Ces organisations ont permis de mettre en lumière de nombreuses affaires impliquant des élus et des responsables publics, souvent en exploitant les rapports de la Cour des comptes, les enquêtes journalistiques et les témoignages de victimes. Grâce à ces sources, elles pallient le manque d’accès à l’information qui entrave leur travail.

Désormais, ce travail est menacé par les dispositions du projet de Code de procédure pénale que ces associations dénoncent depuis plusieurs mois. Les articles 3 et 7 de ce texte, élaboré et défendu par le ministère de la Justice, restreignent leurs actions en justice, suscitant leur indignation. Face à ces mesures, elles multiplient les prises de parole médiatiques et les manifestations pour exprimer leur opposition.

De son côté, le ministre de la Justice défend fermement la limitation du droit d’ester en justice pour les associations de lutte contre la dissipation des deniers publics.

Selon Abdellatif Ouahbi, ces restrictions, prévues par l’article 3 du projet de Code de procédure pénale, visent à éviter les abus et à recentrer les actions judiciaires sur les parties directement concernées. Il estime que permettre à des associations d’engager des poursuites en matière de criminalité financière peut conduire à une instrumentalisation de la justice à des fins militantes.

Pour le ministre, cette réforme apporte donc plus de rigueur et d’efficacité dans le traitement des affaires liées aux deniers publics, en garantissant que seules les victimes ou les institutions compétentes puissent agir en justice.

Ce que prévoit le projet de loi

Le projet de Code de procédure pénale, en cours d’examen au Parlement, suscite une vive opposition des associations de protection des deniers publics. En cause, ses articles 3 et 7 qui limitent leur capacité à ester en justice pour les crimes financiers. Ces nouvelles dispositions confèrent à des institutions spécifiques, comme la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), le pouvoir exclusif de déclencher l’action publique en matière de détournement de fonds publics. Les associations se retrouvent ainsi privées d’un levier juridique essentiel pour leurs actions.

L’article 7 du projet de Code de procédure pénale introduit une autre restriction en encadrant strictement les conditions permettant à une association de se constituer partie civile dans les affaires de crimes financiers. Pour être éligible, une association devra :

Ces nouvelles conditions sont dénoncées par plusieurs acteurs de la société civile comme une tentative de verrouiller l’action associative. Plusieurs militants estiment que ces mesures réduisent drastiquement la capacité des associations à jouer leur rôle de vigilance et de dénonciation.

Cette restriction est même perçue comme une atteinte grave au droit d’accès à la justice et à la participation de la société civile à la lutte contre la corruption, mais aussi comme une « grave régression » qui va à l’encontre de l’esprit de la Constitution marocaine de 2011 ainsi que des engagements internationaux du Maroc en matière de lutte contre la corruption.

Face à ces restrictions, plusieurs organisations se sont exprimées pour contester ce texte, que ce soit à travers des communiqués ou des sit-in et des campagnes de sensibilisation. Elles continuent d’appeler à une révision du texte afin de préserver le droit d’accès à la justice et de garantir une lutte efficace contre la corruption et le détournement des fonds publics.

Un combat semé d’embûches

Hormis les dispositions prévues par le projet de Code de procédure pénale, il est essentiel de rappeler que ces associations font face à plusieurs obstacles. La lenteur des procédures judiciaires et le manque de coopération de certaines administrations dans la transmission des informations freinent leur action. Beaucoup d’entre elles dénoncent également la faiblesse des contrôles sur les élus et plaident pour une réforme des conditions d’éligibilité.

La Cour des comptes, en particulier, est une source précieuse pour ces associations. Si ses rapports restaient auparavant sans suite judiciaire, la présidence de Zineb El Adaoui depuis 2021 a marqué un tournant, avec la transmission de nombreux dossiers au parquet.

Entre janvier 2022 et octobre 2023, pas moins de 18 dossiers liés aux deniers publics ont été soumis au ministère public. C’est ce qu’indique le rapport des activités de la Cour des comptes 2022-2023.

Ces données alimentent les plaintes déposées par les associations qui, pour se prémunir contre des accusations de diffamation, optent souvent pour des plaintes contre X. Cette stratégie leur permet de ne pas cibler directement un responsable tout en facilitant l’élargissement des enquêtes.

L’exclusion des associations du droit d’ester en justice soulève ainsi une question cruciale : quel sera l’avenir de la lutte contre la corruption si ces acteurs, à l’origine de nombreuses révélations et poursuites, se retrouvent mis à l’écart ?

Le risque est que ces affaires, faute d’initiatives citoyennes pour les porter devant les tribunaux, restent sans suite. Si la réforme vise à mieux encadrer les poursuites, elle peut paradoxalement affaiblir le contrôle sur la gestion des fonds publics en limitant les voies d’action contre les abus.

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Parlement. Les conseillers appelés à faire leur déclaration de patrimoine à mi-mandat

La présidence de la Chambre des conseillers a appelé, en début de semaine, les membres de cette chambre à faire leur déclaration de patrimoine auprès de la Cour des comptes, conformément à la loi.

Des sources parlementaires indiquent que cette déclaration devra être effectuée au cours du mois de février 2025.

Selon la législation nationale, les élus sont tenus de faire leur déclaration de patrimoine au début de leur mandat, à mi-mandat et à la fin de leur mission élective.

Au Parlement, la Cour des comptes pointe les défaillances du secteur énergétique

Le premier président de la Cour des comptes, Zineb El Adaoui, a présenté, le mercredi 15 janvier lors d’une séance plénière conjointe des deux chambres du Parlement, un exposé sur les activités de la Cour des comptes au titre de la période 2023-2024.

L’exposé met l’accent sur certaines conclusions issues des activités les plus importantes de la Cour qui se rapportent aux défis de la gestion de la chose publique et à la concrétisation du principe de corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes. Il s’articule autour de trois principaux axes relatifs au « suivi de la mise en œuvre des grands chantiers de réforme », aux « résultats des missions d’évaluation des programmes et projets publics et des missions de contrôle de gestion » et aux « missions relatives à la consécration du principe de corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes ».

Concernant le deuxième axe, Zineb El Adaoui s’est arrêtée sur les aspects qui devront être améliorés dans le cadre de la stratégie énergétique nationale 2009-2030.

« En ce qui concerne la stratégie énergétique nationale 2009-2030, […] d’importantes réalisations ont été accomplies, renforçant la position du Maroc dans le domaine de la transition énergétique […] Cependant, certains aspects devront encore être améliorés, notamment en ce qui concerne la gouvernance du secteur énergétique et l’atteinte des objectifs fixés pour les différentes composantes de cette stratégie », fait-elle savoir.

« Ainsi, la planification énergétique s’est principalement concentrée sur le secteur de l’électricité, avec l’élaboration de plans d’équipement liés à la production et au transport de l’énergie électrique. Toutefois, ce processus n’inclut pas d’autres aspects essentiels tels que la sécurisation des approvisionnements, l’efficacité énergétique et la diversification des sources d’énergie, ce qui met en évidence la nécessité d’une vision globale en matière de planification ».

Pour atteindre l’objectif de 52% à l’horizon 2030, il est nécessaire d’accélérer le rythme de réalisation de plusieurs projets liés à la production des énergies renouvelables.

« Aussi, le recours au mécanisme contractuel entre l’État, les institutions et les maîtres d’œuvre publics pour le secteur de l’énergie est resté limité, malgré la mise en œuvre de plusieurs initiatives allant dans ce sens. Depuis 2008, c’est-à-dire avant le lancement de la stratégie, seulement deux contrats-programmes ont été conclus avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, le premier couvrant la période 2008-2011 et le second couvrant la période 2014-2017″.

« Concernant les réalisations dans les différentes composantes de la stratégie, la part des énergies renouvelables dans la capacité installée est passée de 32% en 2009 à 40% fin 2023, atteignant 44,3% en août 2024. Pour atteindre l’objectif de 52% à l’horizon 2030, il est nécessaire d’accélérer le rythme de réalisation de plusieurs projets liés à la production de ces énergies. Il est à noter que plusieurs projets proposés par le secteur privé, dans le cadre de la loi n° 13.09, n’ont pas encore été autorisés en raison de la capacité limitée du réseau de transport ».

Il est devenu impératif d’élaborer une stratégie nationale pour promouvoir l’efficacité énergétique, de l’approuver et de la mettre en œuvre, poursuit le premier président de la Cour des comptes, notant qu’il est également essentiel de créer un cadre incitatif pour encourager les mesures d’efficacité énergétique.

« Malgré le fait que la stratégie énergétique nationale ait fait de l’efficacité énergétique une priorité nationale, aucune stratégie spécifique n’a encore été adoptée dans ce domaine. Les mesures mises en œuvre jusqu’à présent se sont révélées inefficaces et limitées. Ainsi, les objectifs fixés pour atteindre une efficacité énergétique de 20% à l’horizon 2030 n’ont pas été atteints. L’économie énergétique n’a pas dépassé 5,8%, ce qui représente un pourcentage encore éloigné de l’objectif envisagé (20%) d’ici 2030″.

Les obstacles incluent un financement limité des ressources nécessaires, l’absence de mise en application de plusieurs textes réglementaires associés à la loi n° 47-09 sur l’efficacité énergétique et celle d’un cadre incitatif qui pourrait instaurer une culture de l’efficacité énergétique dans les différents secteurs, indique Zineb El Adaoui.

Hydrocarbures : de la nécessité de mettre en place des mécanismes pour atténuer l’impact des fluctuations des prix sur le marché international

En ce qui concerne le secteur des hydrocarbures, la situation actuelle nécessite la mise en place de mécanismes pour la gestion et le contrôle des stocks stratégiques afin d’atténuer l’impact des fluctuations des prix sur le marché international et leurs répercussions sur les prix sur le marché national, souligne le premier président de la Cour des comptes.

« Depuis l’adoption de la stratégie en 2009, les stocks stratégiques des différents produits pétroliers sont restés en dessous du seuil fixé de 60 jours. Par exemple, en 2023, les réserves de gazole, d’essence et de gaz butane n’ont respectivement pas dépassé 32, 37 et 31 jours« .

« De plus, la diversification des points d’entrée pour les produits pétroliers importés est restée limitée, avec l’ajout d’un seul point d’entrée (au port Tanger Med) depuis le lancement de la stratégie énergétique nationale 2009-2030″.

En ce qui concerne le secteur du gaz naturel, les initiatives prises pour son développement depuis 2011 n’ont pas été achevées, ce qui impacte les efforts visant à abandonner progressivement le charbon pour la production d’électricité, note-t-elle par ailleurs. « Cette situation nécessite de structurer ces initiatives à travers une stratégie officielle et un cadre juridique adapté pour le secteur, en coordination avec les parties prenantes, afin de développer un marché du gaz naturel attractif ».

13 partis et deux syndicats doivent restituer 22 MDH au Trésor

Au sujet des missions relatives à la consécration du principe de corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, la Cour des comptes a audité les comptes annuels des partis politiques et vérifié la validité de leurs dépenses au titre du soutien public pour l’exercice financier 2022, accordé pour contribuer à couvrir leurs frais de gestion et l’organisation de leurs congrès nationaux ordinaires, ainsi que les dépenses liées aux missions, études et recherches.

« Dans ce contexte, au titre de la restitution des subventions injustifiées au Trésor, limitée à 2024, 24 partis politiques et une organisation syndicale ont restitué les montants de l’aide publique qui leur ont été accordés dans le cadre de l’aide annuelle ou pour contribuer à la couverture des dépenses de campagne électorale pour un montant total de 38,4 millions de dirhams ».

« Les montants à restituer au Trésor public par 13 partis et deux organisations syndicales ont été fixés à 22 millions de dirhams. À cet égard, la Cour a recommandé de poursuivre les efforts de restitution au Trésor des montants de subventions non dus, non utilisés ou non justifiés ».

« S’agissant de l’aide annuelle complémentaire accordée aux partis politiques pour couvrir les dépenses engagées au titre des missions, études et recherches pour l’année 2022, où un montant total de 20,1 millions de dirhams a été versé à 7 partis entre septembre et novembre 2022, la Cour a noté que deux partis ont restitué au Trésor la totalité de l’aide annuelle complémentaire qui leur a été accordée pour non-utilisation pour un montant de 2,76 millions de dirhams, la Cour a également relevé la nécessité d’aligner le contenu des modifications introduites par le décret déterminant les modalités de répartition et de versement de l’aide accordée aux partis politiques sur les exigences de la loi organique relative aux partis politiques et du Code des juridictions financières ».

« Après avoir approuvé les rapports relatifs à l’examen des comptes de campagne électorale des candidats aux élections des membres du Parlement et des conseils locaux de 2021, la Cour, après avoir épuisé toutes les procédures, a saisi les juridictions administratives compétentes au sujet de 21 élus des conseils locaux qui n’ont pas déposé leurs comptes de campagne électorale, afin d’engager les procédures nécessaires pour autoriser leur déchéance de la qualité de membre des conseils locaux ».

« Après avoir épuisé toutes les procédures, la Cour a également transmis les listes de 474 candidats qui n’ont pas déposé leurs comptes de campagne auprès de la Cour, au ministère de l’Intérieur, afin d’engager les procédures nécessaires pour les déclarer inéligibles aux élections législatives générales et partielles, ainsi qu’aux élections des conseils collectifs et des chambres professionnelles pour deux mandats consécutifs », souligne le premier président de la Cour des comptes.

Zineb El Adaoui en séance plénière devant les deux chambres réunies du Parlement

Zineb El Adaoui, premier président de la Cour des comptes, est invitée à présenter le rapport des juridictions financières devant le Parlement.

Selon des sources parlementaires, Zineb El Adaoui prendra la parole devant les membres réunis des deux chambres (députés et conseillers) le mercredi 15 janvier.

La Cour des comptes dresse un constat alarmant des menaces qui pèsent sur l’agriculure

Le secteur de l’agriculture est confronté à d’importants défis liés aux changements climatiques, se manifestant par la rareté des précipitations et leur irrégularité, par l’augmentation de la température, ainsi que par d’autres évènements extrêmes associés au climat. Ce secteur est ainsi considéré comme l’un des plus touchés par ces phénomènes qui entraînent notamment une faiblesse des récoltes agricoles à cause de la réduction des surfaces cultivées et de la baisse des rendements.

Ce secteur est aussi au cœur d’un double défi : assurer la sécurité alimentaire par l’augmentation de la production et l’amélioration de l’efficacité de l’utilisation des ressources pour répondre aux besoins d’une population dont le nombre ne cesse de croître, et la nécessité de préserver les ressources naturelles et d’en assurer la durabilité.

La mission thématique de la Cour des comptes sur l’agriculture face aux changements climatiques a examiné la prise en compte de ces changements dans les politiques et stratégies agricoles et a apprécié l’efficacité des programmes d’atténuation et d’adaptation mis en œuvre dans le cadre de la contribution déterminée au niveau national du secteur de l’Agriculture qui est considéré comme le deuxième émetteur des gaz à effet de serre à l’échelle du Maroc, avec une part d’environ 22,8% en 2018.

Cadre juridique : entre retard et absence

Concernant le cadre juridique et stratégique relatif à la lutte contre les effets des changements climatiques dans le secteur agricole, la Cour des comptes souligne que des efforts importants ont été déployés pour son renforcement au cours des dernières décennies.

Néanmoins, ce cadre reste incomplet, notamment au vu du retard pris dans l’adoption de certains textes d’application, à l’instar des textes devant accompagner :

En outre, il a été constaté, par la Cour, l’absence d’un corpus juridique spécial visant à protéger les sols contre toutes les formes de dégradation. Dans ce sens, il convient de signaler que le projet de loi n°42.10 sur la protection des sols n’est pas toujours adopté, malgré la pression croissante sur ces ressources en raison des activités socio-économiques.

Interpelé sur ce point, le ministère en charge du Développement durable a indiqué que les textes d’application de la loi n°49.17 sont en cours d’approbation par le Secrétariat général du gouvernement (SGG).

Il a, par ailleurs, précisé qu’il mène des études stratégiques environnementales et sociales pour les programmes qu’il met en œuvre, ainsi que des études d’impact pour les projets de développement. Le ministère a notamment souligné qu’il avait réalisé, dans le cadre de la mise en œuvre du programme « Génération Green« , des évaluations environnementales et sociales préliminaires. Ces études visaient à évaluer les risques environnementaux et sociaux liés aux activités de ces programmes et à proposer des mesures d’atténuation à travers l’élaboration d’un plan de gestion des risques.

Le ministère a aussi souligné qu’il était nécessaire d’adopter la loi pour la protection des sols, en particulier dans le domaine agricole, dans un contexte marqué par l’expansion urbaine. Cela exige un travail collaboratif entre les différents secteurs concernés par l’agriculture, les forêts, l’environnement et l’aménagement du territoire.

Manque de coordination entre les stratégies agricoles et climatiques

La Cour a également relevé dans son rapport des insuffisances au niveau de la coordination et de la synergie entre les orientations stratégiques liées aux changements climatiques et les stratégies agricoles, dans la mesure où ces dernières ne sont pas alignées sur les objectifs nationaux de lutte contre les changements climatiques.

Dans ce sens, la réalisation des objectifs de la stratégie « Génération Green » nécessite la prise en compte d’un ensemble de considérations comme éléments clés dans la conception des projets et mesures agricoles, notamment les spécificités géographiques des différentes régions, la sensibilité des territoires et des écosystèmes particuliers aux effets des changements climatiques, la vocation des terres, la rationalisation de l’exploitation des ressources hydriques et leur protection.

Plus en détail, la Cour explique que la préparation des stratégies diverses pour lutter contre les changements climatiques a été réalisée à des périodes différentes de celles qui ont vu leur élaboration. Cela a rendu difficile l’intégration globale de ces dernières dans les objectifs et les enjeux nationaux liés à la lutte contre les changements climatiques.

Dans le cadre des stratégies du secteur agricole, le Plan Maroc Vert 2008-2020 a intégré la notion de développement durable et la dimension climatique dans son sixième pilier dédié à la durabilité du développement agricole national. À ce titre, des projets ont été mis en œuvre pour améliorer la capacité du secteur agricole à s’adapter aux changements climatiques futurs et intégrer des technologies adaptées dans les projets réalisés dans le cadre du plan, notamment l’utilisation de semences sélectionnées, des techniques de conservation des eaux dans les sols et des pratiques agricoles durables.

Cela inclut également l’élaboration d’une carte de fertilité des sols, couvrant 6,7 millions d’hectares et la mise en œuvre d’un programme national de cartographie de l’affectation des terres agricoles selon leur vocation, couvrant 6 millions d’hectares. Toutefois, ces mesures et approches d’adaptation n’ont pas été généralisées aux projets agricoles réalisés.

Dans un souci de continuité, la stratégie « Génération verte 2020-2030 » vise, à travers son second pilier, à poursuivre la dynamique de développement agricole par le renforcement des chaînes de production, la modernisation des circuits de distribution, l’amélioration de la qualité de l’innovation et des technologies vertes, ainsi que le développement d’une agriculture résiliente et écologiquement efficace. Cependant, les plans agricoles régionaux, outils essentiels pour déployer cette stratégie au niveau territorial, n’ont pas encore été adoptés. Ces plans devraient permettre de définir les priorités, les objectifs et les projets à réaliser dans chaque région et province.

Retard du projet de semis direct : « l’accélération dépend de la disponibilité des semoirs spécifiques »

En outre, l’avancement de certains projets d’adaptation aux changements climatiques, comme le semis direct des céréales, reste en retard. Cette technique d’agriculture de conservation permet de semer sans labour, améliorant ainsi l’efficacité de l’utilisation de l’eau, des sols et des intrants agricoles. Testée par l’Institut national de recherche agronomique (INRA) depuis plusieurs années, cette technique ne couvrait que 84.511 hectares en 2023 sur un objectif d’un million d’hectares. De même, l’agriculture biologique ne couvrait que 18.500 hectares en 2022 sur un objectif de 100.000 hectares à l’horizon 2030.

Ce retard est dû à plusieurs facteurs, notamment le retard dans l’adoption des textes législatifs relatifs à la production biologique des produits agricoles et aquatiques, l’absence de mesures incitatives pour les agriculteurs, et la faible disponibilité des intrants spécifiques à ce type d’agriculture. Ces enjeux nécessitent des efforts accrus pour atteindre les objectifs fixés.

Le ministère de l’Agriculture a souligné, dans ce sens, que l’accélération de la mise en œuvre du programme de semis direct dépend de la disponibilité des semoirs spécifiques. À cet effet, une subvention de 50% a été mise en place dans le cadre du Fonds de développement agricole, avec un plafond allant de 50.000 à 100.000 DH selon la taille du semoir. Cette subvention atteint 60% dans le cadre du regroupement agricole, avec un plafond allant de 60.000 à 120.000 DH.

Concernant l’agriculture biologique, le ministère a confirmé que des efforts ont été déployés pour structurer ce secteur au Maroc, notamment à travers l’organisation des acteurs, la structuration des différentes composantes, l’établissement d’un cadre légal adéquat (loi-cadre et textes réglementaires), et la mise en place des procédures de certification et de labellisation des produits, un processus qui demande beaucoup de temps. Ce secteur a cependant récemment fait face à plusieurs crises, notamment la crise économique qui a ralenti la croissance du secteur, entraînant une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs et des exportations. Cela a poussé certains agriculteurs à changer leurs modes de production.

Enfin, le ministère de l’Économie et des finances a indiqué, pour sa part, qu’une enveloppe budgétaire de 400 millions de dirhams a été allouée pour encourager le semis direct. Ce budget a été établi sur la base d’un semoir pour 400 hectares, avec pour objectif d’atteindre un million d’hectares. Par ailleurs, le contrat-programme pour les cultures biologiques a prévu un budget total 1,5 MMDH, avec une contribution de l’État de 50%.

Recherche scientifique : une feuille de route et un projet de contrat-programme élaborés par l’INRA 

S’agissant de la recherche scientifique, un autre volet diagnostiqué par la Cour dans le secteur de l’Agriculture, cette dernière estime qu’il est nécessaire d’exploiter de manière optimale les résultats des recherches qui abordent les problématiques liées aux changements climatiques dans le domaine agricole, en termes d’atténuation ou d’adaptation, et d’œuvrer à leur mise en œuvre en renforçant la communication entre les institutions de recherche, et en favorisant la diffusion des connaissances et leur vulgarisation auprès des agriculteurs.

Dans ce cadre, il convient de souligner que le système de recherche agronomique souffre d’insuffisances liées à la faiblesse de la coordination et de la coopération dans le domaine de la recherche agricole au niveau national, et l’absence d’un système de gestion de la connaissance reliant toutes les institutions de recherche scientifique agricole et permettant l’échange des ressources et le partage des résultats afin d’améliorer l’efficience et l’efficacité de la recherche scientifique dans le domaine agricole.

Le ministère de l’Agriculture a précisé dans ce sens que l’INRA a élaboré et développé une feuille de route pour la recherche, le développement et l’innovation, en étroite concertation avec les institutions de formation et les instituts de recherche scientifique. Celle-ci été soumise et validée par l’autorité de supervision. Les moyens financiers nécessaires à sa mise en œuvre ont également été définis, bien que les augmentations prévues des ressources dans le cadre de la stratégie « Génération Green » n’aient pas encore été mises en œuvre.

Le ministère a également souligné que, afin de renforcer sa performance et fournir les ressources nécessaires à la réalisation de ses programmes de recherche, l’INRA a préparé un projet de contrat-programme avec l’État, qui est actuellement en discussion avec les ministères concernés.

Gaz à effet de serre : des efforts d’atténuation insuffisants

Pour ce qui est des mesures d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, l’examen de l’inventaire des émissions du secteur agricole, qui ont atteint 20.729 Gigagrammes en 2018, a révélé que les mesures d’atténuation mises en œuvre n’ont pas réussi à limiter l’évolution de ces émissions et les ramener aux niveaux escomptés.

En effet, en l’absence d’une approche systémique prenant en considération les différentes composantes environnementales au niveau des actions exécutées et tenant compte des principales sources d’émissions des gaz à effet de serre, ces mesures basées principalement sur les plantations arboricoles n’ont pas été suffisantes pour réduire les émissions dues aux changements d’affectation des terres.

Selon la Cour, le secteur agricole est le premier émetteur de méthane (CH4) avec une part de 62,4%, et le principal émetteur de protoxyde d’azote (N2O) avec une part de 92,4% du total des émissions. Ces chiffres représentent le total des émissions du secteur agricole, sans tenir compte des efforts de réduction et des résultats associés, précise pour sa part le ministère de l’Agriculture.

Plus d’eau d’irrigation pour Doukkala entre 2020 et 2023

En matière d’adaptation aux effets des changements climatiques, dans le contexte du stress hydrique que traverse le pays, la Cour stipule dans son rapport qu’il est à présent devenu crucial d’assurer la rationalisation et la pérennisation des ressources en eau allouées à l’irrigation, en tenant compte des risques des changements climatiques au niveau des projets d’extension et de modernisation des systèmes d’irrigation.

La situation de stress hydrique dans notre pays s’est manifestée par la diminution des ressources en eau renouvelables par habitant, passant de 2.560 m3 à environ 606 m3 entre 1960 et 2024. L’évolution des ressources en eau disponibles a montré une baisse significative des réserves dans les barrages au cours des vingt dernières années pour baisser à 3,51 MMm3 en 2023. Une baisse qui a entraîné une réduction des allocations pour les zones d’irrigation agricole, qui reçoivent en moyenne 2,77 MMm3 sur la période 2002-2022, soit seulement 51% des allocations prévues dans les schémas directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau, totalisant 5,29 MMm3 par an.

Ces allocations ont diminué de 4,17 MMm3 en 2016 à 1,02 MMm3 en 2023. Certaines zones d’irrigation ont connu une baisse des approvisionnements en eau de plus de 50% pendant cette période, par rapport à la moyenne des allocations entre 2002 et 2018, telles que les zones de Moulouya, Haouz, Ouarzazate et Tafilalet. De plus, les zones de Doukkala n’ont pas reçu d’eau d’irrigation au cours des trois dernières saisons agricoles (2020-2023).

Malgré les efforts du ministère chargé de l’agriculture pour moderniser les zones d’irrigation et les équiper de systèmes d’irrigation localisée, celles-ci souffrent d’une pénurie aiguë d’eau des barrages, ce qui représente un défi pour la durabilité des projets d’investissement réalisés par l’État et les agriculteurs dans ces zones d’irrigation.

Pour accompagner cette situation hydrique, les programmes en vigueur, notamment de gestion de l’eau d’irrigation, nécessitent une évaluation périodique.

Assurance multirisques climatiques : un taux d’adhésion qui demeure faible

Enfin, en ce qui concerne l’assurance multirisques climatiques, la Cour souligne que le taux d’adhésion des agriculteurs reste faible malgré l’augmentation enregistrée au cours de la période 2012-2023, puisqu’il est passé de 7% lors de la campagne agricole 2011-2012 à 24% pendant la campagne 2022-2023, soit 1,2 million d’hectares.

Dans ce sens, face à un contexte marqué par une augmentation de la sinistralité des cultures agricoles, suite à la succession des années de sécheresse et de phénomènes climatiques extrêmes, les risques liés à la pérennisation des produits d’assurance agricole sont de plus en plus importants et nécessitent la conception de nouveaux modes de financement innovants.

 Les recommandations de la Cour des comptes

Eu égard à ce qui précède, la Cour a recommandé au ministère de l’Agriculture de :

– Veiller à l’élaboration et la mise en œuvre des plans d’action thématiques et des plans agricoles régionaux prévus par la stratégie Génération Green, tout en procédant aux ajustements nécessaires afin d’assurer leur convergence et leur synergie avec les stratégies nationales relatives aux changements climatiques ;

– Adopter, au niveau du secteur agricole, une approche systémique permettant la cohérence et la complémentarité entre les objectifs du développement durable et les mesures retenues d’atténuation des GES et d’adaptation aux effets des changements climatiques ;

Accélérer la réalisation des projets d’irrigation par les eaux non conventionnelles, grâce notamment au dessalement de l’eau de mer, et encourager l’utilisation des énergies renouvelables dans le domaine de l’irrigation, tout en veillant à un contrôle de proximité de l’usage de l’eau d’irrigation afin d’assurer sa rationalisation ;

– Mettre en place une vision intégrée de la recherche scientifique relative aux thématiques traitant les changements climatiques dans l’agriculture, et la traduire en contrats programmes entre l’Etat et les différentes institutions de recherche agronomique.

Lenteur, vision floue et contrôle insuffisant dans l’enseignement supérieur privé (Cour des comptes)

La mission de contrôle réalisée par la Cour des comptes dans le secteur de l’enseignement supérieur a concerné la période 2010-2022. Elle a abordé plusieurs problématiques, notamment le cadre général de l’enseignement supérieur privé (ESP), la conception et le déploiement du système de contrôle et de régulation ainsi que la mise en œuvre de ce système de contrôle. Voici ses principales conclusions.

Ralentissement du rythme de croissance annuelle

Le secteur de l’enseignement supérieur privé a connu un développement significatif, avec un nombre d’établissements privés atteignant 196 établissements pour l’année académique 2022-2023, dont 67 rattachés à 10 universités privées, souligne ledit rapport.

Des progrès significatifs ont ainsi été enregistrés dans le secteur, tant en termes de nombre d’étudiants inscrits (de 10.146 en 2000 à 66.817 en 2023), que de structure des établissements qui ont adopté le modèle d’ »universités privées », de diversité des filières enseignées, de reconnaissance par l’État de certains établissements, ainsi que de concrétisation des partenariats entre des établissements d’ESP et l’État.

En effet, en termes de nombre d’élèves, la Cour des comptes fait état de 49% d’étudiantes. Les lauréats s’élèvent à 13.930 étudiants, dont 15% sont des étrangers. En ce qui concerne les enseignants travaillant dans ce secteur, leur nombre s’élève à 6.925, dont 36% sont fixes, et représentent 11% du total des enseignants du secteur de l’enseignement supérieur au Maroc.

Les cadres administratifs et techniques représentent pour leur part 3.622 cadres, soit 25% du total des fonctionnaires cadres dans l’enseignement supérieur, selon les statistiques du ministère de tutelle, au titre de l’année 2022-2023.

Cependant, malgré ces évolutions notables sur les plans quantitatif et qualitatif, il a été constaté un ralentissement du rythme de la croissance annuelle du nombre d’étudiants inscrits durant la dernière décennie.

En effet, le taux de croissance annuelle moyen a atteint +13% pendant la période 2000-2010, alors qu’il n’a pas dépassé +5% pendant la période 2010-2023.

Le ministère de l’Enseignement supérieur explique ce constat par le fait que les établissements d’enseignement supérieur privé ont enregistré une augmentation notable du nombre d’étudiants inscrits, mais qui ne se reflète pas dans leur part du total des étudiants de l’enseignement supérieur en raison de la forte augmentation du nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur public, notamment au niveau des établissements à accès ouvert.

Le ministère a également ajouté que les conditions économiques et sociales des familles, en particulier avec la crise de la Covid-19 et ses répercussions, ont contribué à ralentir le rythme des inscriptions dans les établissements d’enseignement supérieur privé.

Absence de vision claire pour le développement de l’ESP : un plan directeur à l’horizon 2035 en cours d’élaboration

Par ailleurs, la Cour des comptes a noté que l’ESP ne faisait pas l’objet d’une vision claire, ni d’une stratégie avec des objectifs spécifiques, traduits en plans d’action, révisés et évalués de manière périodique.

L’enseignement supérieur privé a connu, au cours des deux dernières décennies, deux orientations stratégiques ayant pour objectif, entre autres, de faire de ce secteur un partenaire de l’État et un élément clé du système éducatif, tout en améliorant continuellement sa qualité, comme stipulé dans la Charte nationale de l’éducation et de la formation (1999) et le Programme d’urgence (2009-2012).

La vision stratégique pour la réforme de l’éducation (2015-2030) et la loi-cadre sur le système d’éducation, de formation et de recherche scientifique (loi n° 51.17 du 9 août 2019) visent également à promouvoir l’enseignement supérieur et à renforcer ses orientations en assurant justice, équité des chances et respect des principes de service public.

Cependant, le ministère n’a pas fourni les efforts suffisants pour traduire ces orientations en programmes concrets et objectifs précis, déplore le rapport de la Cour des comptes. Les plans d’action élaborés en 2013 et 2017 n’ont pas été accompagnés de mesures spécifiques. À titre d’exemple, l’un des objectifs fixés était de « promouvoir la création d’établissements d’enseignement supérieur privé tout en garantissant la qualité de la formation », sans pour autant établir des actions concrètes pour y parvenir.

La création d’établissements d’enseignement supérieur privé s’effectue en général au cas par cas, et sans s’inscrire dans une vision globale définissant avec précision les critères et conditions préalables à l’octroi des autorisations nécessaires pour ce type d’établissements.

Le ministère de tutelle explique qu’il veille, lors de l’élaboration et de la mise en œuvre des stratégies liées à l’enseignement supérieur, à inclure toutes les composantes du système, qu’il s’agisse des établissements publics ou privés, afin de garantir leur cohérence, notamment en ce qui concerne les normes de qualité, tout en tenant compte des spécificités des établissements privés. Cela s’inscrit également dans le cadre du plan national pour accélérer la transformation du système d’enseignement supérieur, de recherche scientifique et d’innovation (PACTE ESRI).

Le ministère a également ajouté qu’il travaille à l’élaboration d’un plan directeur à l’horizon 2035, qui permettra de fixer les critères pour déterminer le type d’établissements à créer, les filières de formation à développer et les priorités en matière de recherche scientifique pour chaque région, en prenant en considération les spécificités économiques, sociales et environnementales des territoires. Cela contribuera à orienter les projets de création d’établissements d’enseignement supérieur public et privé.

L’ANEAQ, une institution récente dont le rôle reste consultatif dans le secteur privé

Concernant la conception et le déploiement du système de contrôle et de régulation de l’ESP, la Cour des comptes souligne que ce dernier présente des écarts par rapport aux bonnes pratiques internationales.

À titre d’exemple, l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANEAQ) est soumise à la tutelle administrative du ministère chargé du secteur, et son rôle au niveau de l’ESP reste principalement consultatif, ne comprenant pas les prérogatives d’octroi ou de retrait des autorisations, d’accréditation et de reconnaissance des établissements d’ESP, ces décisions relevant exclusivement du ministère.

Plus en détail, cette Agence a été créée en 2014. Il s’agit d’un établissement public relevant du ministère de l’Enseignement supérieur. Parmi ses missions, l’évaluation, pour le compte de l’Etat, des établissements d’enseignement supérieur public et privé ainsi que les établissements de recherche scientifique, et l’étude et l’évaluation des cycles de formation, pour l’obtention d’accréditations ou leur renouvellement.

En ce qui concerne les établissements d’enseignement supérieur privé, les missions de l’Agence se limitent à l’étude et à l’évaluation des filières de formation, ainsi qu’à l’émission d’avis avant l’octroi ou le renouvellement des accréditations, ou avant la reconnaissance par l’État. Cela confère à son travail un caractère purement consultatif.

La Cour des comptes estime que les autorités publiques ont choisi de conserver certaines prérogatives alors que, sur le plan international, les pratiques dominantes confient aux organismes similaires à l’Agence des pouvoirs étendus en matière d’octroi et de retrait des autorisations, d’accréditations et de reconnaissance, ainsi que dans l’organisation et le contrôle de l’enseignement supérieur privé. Ces organismes jouissent, pour accomplir ces missions, d’une indépendance fonctionnelle et organisationnelle.

Le ministère de tutelle considère pour sa part que cette Agence est une institution encore récente dans le domaine de l’évaluation et de l’assurance qualité de l’enseignement supérieur. Elle pourrait, à l’avenir, être transformée en une institution décisionnelle dotée de prérogatives plus larges, ce qui nécessiterait une révision des textes juridiques en vigueur.

Un cadre légal incomplet et inadapté : un arrêté relatif aux frais d’inscription dans le pipe

En outre, la Cour des comptes pointe également le cadre juridique régissant l’ESP, lequel reste incomplet et peu adapté aux nouvelles réalités du secteur.

En effet, plusieurs textes d’application ne sont pas encore adoptés, tandis que d’autres ne couvrent pas tous les aspects nécessaires. En outre, le cadre actuel de partenariat entre l’État et certains établissements d’ESP nécessite davantage d’éclaircissements.

Dans ce sens, le ministère de l’Enseignement supérieur a indiqué que des projets de textes réglementaires ont été rédigés et sont en cours de validation au sein du ministère. Ces projets concernent notamment :

Une plateforme électronique d’ouverture des universités privées pour 2024-2025

Par ailleurs, le système de régulation et de contrôle de l’ESP n’est pas couvert par un système d’information global et intégré, capable d’assurer une couverture globale du secteur et de garantir le contrôle efficace des établissements

Un tel système permettrait d’organiser et de surveiller les établissements, d’assurer la qualité des formations dispensées, et d’inclure la gestion des autorisations, des accréditations et de la reconnaissance par l’État. Il fournirait également au ministère des données fiables et exhaustives pour le suivi des performances de ces établissements, l’évaluation régulière de leur conformité aux normes en vigueur, et l’information des parties prenantes.

Sur ce point, le ministère a indiqué qu’il a pris, au cours des dernières années, plusieurs mesures visant à numériser les procédures de gestion des dossiers relatifs à l’enseignement supérieur privé, dans l’objectif d’adopter un système d’information intégré. Il travaille actuellement sur le développement d’une plateforme électronique pour la soumission et l’évaluation des demandes d’autorisation d’ouverture des universités et établissements privés, dont la première phase devrait être lancée au cours de l’année universitaire 2024-2025.

À moyen terme, le ministère prévoit également de développer des plateformes dédiées à la gestion des services aux étudiants, au dépôt et à l’évaluation des demandes de reconnaissance, ainsi qu’au suivi et à l’évaluation des établissements universitaires.

Retard dans le traitement des dossiers

Pour ce qui est de la mise en œuvre du système de contrôle et de régulation de l’ESP, la Cour des comptes estime qu’elle connaît plusieurs insuffisances qui limitent son efficacité pour assurer l’encadrement du secteur, son suivi de manière appropriée, ainsi que son développement et le renforcement de sa qualité et de son attractivité.

Ces insuffisances touchent les principales phases de mise en œuvre du système de contrôle et de régulation. En effet, celui-ci ne permet pas d’assurer une couverture adéquate de la phase d’autorisation, d’accréditation et de reconnaissance des établissements, de la phase de suivi et de contrôle, ainsi que de la phase d’identification des anomalies, de mise en œuvre des actions correctives et coercitives et d’application des sanctions prévues à l’encontre des contrevenants.

Il a également été constaté que les délais prévus pour le traitement des demandes d’autorisation sont souvent dépassés, et que les établissements ne font pas l’objet d’une vérification a posteriori par les services du ministère chargé de l’Enseignement supérieur afin de s’assurer de la satisfaction des engagements pris, notamment en matière de disponibilité des moyens matériels et pédagogiques. À titre indicatif, la durée de traitement de 27 dossiers a varié entre 100 et 800 jours.

Il a aussi été relevé que le contrôle administratif et pédagogique souffre d’une faible couverture des établissements d’ESP, et que plusieurs domaines importants pour le fonctionnement du secteur et la qualité de la formation ne sont pas couverts par le contrôle. Cela limite le suivi du secteur par les services du ministère et la détection des insuffisances de manière appropriée.

Par ailleurs, le ministère de tutelle ne prend pas, en temps opportun, des dispositions à même d’appliquer les mesures coercitives et correctives nécessaires, qui visent à corriger les insuffisances et les infractions relevées lors des contrôles. Cette situation devrait permettre de limiter les infractions et de favoriser la diffusion des bonnes pratiques dans le secteur.

Ces carences sont principalement dues à l’inactivité des commissions issues du Comité de coordination de l’enseignement supérieur privé, constituées depuis 2016, mais aussi au faible niveau de coordination entre les universités et le ministère, ainsi qu’à l’absence d’un système d’information intégré.

Les recommandations de la Cour des comptes

Au vu de ce qui précède, et eu égard aux insuffisances structurelles que connaît le système actuel de contrôle et de régulation de l’ESP, impactant négativement son efficacité et partant sa contribution au développement du secteur, la Cour des comptes a recommandé au chef du gouvernement de réviser le cadre juridique et institutionnel dudit système en conformité avec les bonnes pratiques internationales, et ce, dans l’optique de converger vers une instance de régulation et de contrôle indépendante.

La Cour a également recommandé au ministère de l’Enseignement supérieur de :

– élaborer une vision claire et une stratégie formalisée pour le développement du secteur de l’ESP ;

– développer et renforcer la coordination des activités des différents acteurs et intervenants en matière d’évaluation et de contrôle ;

– établir un cadre qui régit le partenariat public-privé ;

réviser le régime d’autorisation, de reconnaissance des EESP, d’accréditation des filières par l’État et les mécanismes de contrôle administratif et pédagogique ;

– veiller à la mise en œuvre effective, le cas échéant, des mesures coercitives prévues par les textes réglementaires en vigueur.

13 partis et 2 syndicats sommés de rembourser 22 MDH à l’Etat

Sur ce volet, le dernier rapport de la Cour des comptes n’a pas dérogé à ce qui est devenu une sorte de règle. Les magistrats de cette juridiction ont appelé le ministère de l’Intérieur à sommer 13 partis politiques et 2 organisations syndicales à rembourser 22 millions de dirhams. Ces montants correspondent à des dépenses non justifiées ou non utilisées au titre de la subvention étatique annuelle pour 2022.

Le document relève que, à la date du 5 décembre 2024, 24 partis politiques et une organisation syndicale ont remboursé un total de 38,4 MDH dont 19 MDH en 2022, 10,55 MDH en 2023 et 8,85 MDH jusqu’au 15 octobre 2024.

Pour l’année 2022, 29 partis politiques ont déclaré des ressources de l’ordre de 152,96 MDH et des dépenses de 130,65 MDH.

La Cour des comptes a renouvelé sa recommandation appelant à la mise en place d’un système comptable unifié et spécifique aux partis politiques pour mieux se conformer aux lois en la matière.

En 2022, une subvention étatique supplémentaire a été instaurée pour aider les formations politiques à encourager la recherche et la réflexion. Cette nouvelle aide avait bénéficié à 7 partis politiques pour l’équivalent de 22,1 MDH, mais deux formations politiques ont remboursé la somme non utilisée de 2,76 MDH.

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