Le cash en circulation a augmenté de 3 MMDH en novembre 2024

Le cash en circulation a connu une hausse à la fin du mois de novembre 2024. C’est ce que révèlent les dernières statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib. La circulation fiduciaire s’affiche à 428,9 MMDH, en hausse de 0,7% par rapport au mois précédent, soit 3 MMDH en valeur.

Sur 12 mois glissants, le cash en circulation progresse de 10,4% ou 40,3 MMDH.

Les dépôts bancaires à caractère monétaire progressent de 12 MMDH d’un mois sur l’autre

Les dépôts à vue, principale composante des moyens de paiement, ont progressé de 67 MMDH sur un an (+8,5%), atteignant 855,1 MMDH en novembre 2024. Cette dynamique est portée par les ménages (+8,6%) et les sociétés non financières privées (+11,8%), qui ont vu leurs dépôts augmenter respectivement de 50,4 MMDH et 19,1 MMDH.

Les dépôts à terme continuent de perdre du terrain, avec une hausse limitée à 2,4%, soit 2,8 MMDH supplémentaires sur un an, pour atteindre un encours total de 118,5 MMDH. Les ménages, principaux détenteurs de ces dépôts, ont vu leur encours reculer de 3,9%.

Les avoirs officiels de réserve ont progressé de 15,9 MMDH en un an (+4,5%), atteignant 369,8 MMDH en novembre 2024. Ces réserves restent un élément clé de la stabilité monétaire au Maroc.

Le crédit bancaire au secteur non financier a enregistré une hausse annuelle de 2,5%, atteignant 947 MMDH. Cette évolution recouvre une progression des crédits aux sociétés non financières privées (+1,8 %) et aux sociétés publiques (+4,5%), tandis que les crédits aux ménages ont légèrement ralenti (+0,8%).

Les créances en souffrance ont augmenté de 3,8%, représentant 8,7% du total des crédits bancaires. Par ailleurs, les titres d’OPCVM monétaires ont reculé de 4,7%, pour atteindre un encours total de 85,3 MMDH.

Enfin, l’agrégat M3, représentant la masse monétaire au sens large, a maintenu son rythme de croissance de 6,7% sur un an, reflétant une hausse globale des liquidités disponibles dans l’économie.

Medias24
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Marché secondaire des créances en souffrance. La phase technique achevée, la réglementaire pour bientôt

Le processus réglementaire pour la création d’un marché secondaire des créances en souffrance est en cours. Comme Médias24 l’avait révélé en février dernier, un projet de la transférabilité directe des créances en souffrance est dans le pipe.

« Il sera introduit dans le circuit d’adoption », révèlent les responsables de Bank Al-Maghrib lors d’une conférence conjointe avec la Société financière internationale (IFC), organisée ce jeudi 28 novembre.

À cette occasion, le contenu de cette loi à venir a été révélé. En voici les principales dispositions.

Ces premiers articles sont consacrés au champ d’application et à la définition des conditions selon lesquelles un établissement de crédit peut céder, à titre onéreux, les créances en souffrance. Cette réforme s’applique aux Etablissements de crédit tels que prévus par les articles 10 et 11 de la loi 103-12.

Les détails du projet de loi

Ainsi, la définition d’une créance en souffrance est la suivante : « Toute créance litigieuse ou qui présente un risque de non-recouvrement total ou partiel, eu égard à la détérioration de la capacité de remboursement immédiate et/ou future du débiteur ».

L’article 3 dudit projet de loi détaille, quant à lui, les caractéristiques de la créance cédée : « La cession peut porter sur tout ou partie d’une créance en souffrance de nature monétaire ; présente ; dont le montant est déterminé ou déterminable ; détenue par un établissement de crédit ou organisme assimilé ; résultant d’une opération de crédit ».

Le projet de loi prévoit dans son article 4 une dérogation au monopole bancaire prévu dans l’article 18 de la loi bancaire, relatif aux opérations ne constituant pas des opérations de crédit. L’objectif est de l’étendre aux opérations de cession de créances en souffrance.

Il prévoit que « par dérogation aux dispositions de l’article 18 de la loi n° 103-12 précitée, toute personne peut procéder à l’acquisition dans l’exercice de son activité professionnelle de créances en souffrance ».

Autre volet traité par le projet de loi sur la transférabilité directe des créances en souffrance, l’effet de la cession entre les parties. L’article 5 précise que la cession transfère au cessionnaire la propriété de la créance cédée en contrepartie du paiement d’un prix déterminé ou déterminable

Cela dit, le transfert de propriété de la créance a lieu entre le cédant et le cessionnaire, en contrepartie du paiement d’un prix de cession convenu.

Ce qu’il prévoit pour les conditions de validité et d’opposabilité et le consentement du débiteur

Le projet de texte aborde aussi la relation entre les différentes parties prenante. Pour ce qui est des conditions de validité, l’article 6 prévoit qu’à peine de nullité :

– La cession doit être constatée par écrit.

– L’acte de cession est signé par le cédant et le cessionnaire.

Il comporte notamment les énonciations suivantes : la mention que l’acte est soumis aux dispositions de la présente loi ; l’identité des parties ; la date de cession ; la dénomination acte de cession de créances en souffrance ; la mention que l’acte est soumis aux dispositions de la présente loi ; la liste des créances cédées avec l’indication, pour chacune d’elles, des éléments susceptibles de permettre son individualisation ; le montant devant être payé par le cessionnaire.

Autre disposition prévue dans le cadre de ce projet de loi, c’est la dérogation au consentement du débiteur prévu par l’article 192 du DOC. « Cette disposition permet de supprimer la nécessité d’obtenir l’accord du débiteur pour qu’une banque puisse procéder à une cession de créances en souffrance », précise les responsables de Bank Al-Maghrib.

Pour ce qui est des conditions d’opposabilité de la cession entre les parties, l’article 8 en apporte les détails, à savoir :

– La cession prend effet entre les parties et devient opposable aux tiers à la date portée sur l’acte.

– À compter de la date portée sur l’acte, le cédant ne peut, sans l’accord du cessionnaire, modifier l’étendue des droits attachés aux créances énumérées dans cet acte.

L’article 11 dudit projet de loi précise le paiement du débiteur et règles d’opposabilité :

– Le débiteur cédé est valablement libéré s’il paie de bonne foi entre les mains du cédant.

– Le cessionnaire peut interdire au débiteur de la créance cédée de payer entre les mains du cédant.

Afin de protéger le débiteur et de lui éviter d’avoir à payer deux fois, ce projet prévoit que le débiteur se libère valablement s’il paie de bonne foi le cédant, si la notification n’est pas effectuée par les parties, ou si le paiement a lieu avant la date de notification.

Article 12 : garantie de la solvabilité du débiteur

– Dérogation aux dispositions de l’article 204 du dahir DOC qui prévoient que le cédant d’une créance en souffrance est garant de la solvabilité du débiteur à hauteur du prix de cession de la créance.

– Suppression de cette garantie en cas de cession de créances en souffrance effectuée dans le cadre du marché secondaire. Cette disposition permet de supprimer tout engagement hors bilan des banques cessionnaires.

Ce qui est prévu en matière de transfert des accessoires et sûretés (hypothèques)

– La cession de créance s’étend de plein droit à tous les accessoires (sûretés, garanties, gages, cautions, privilège…).

– Lorsque les garanties et accessoires transférés avec la créance en souffrance sont des droits réels, la forme authentique n’est pas exigée.

– Les accessoires de la créance (sûretés, garanties, gages) : transfert automatique et sans formalité, sauf stipulation contraire dans l’acte de prêt cédé.

– Lorsque les garanties et accessoires transférés avec la créance en souffrance sont des droits réels (dont hypothèque), le projet de loi prévoit :

À quelle étape en est actuellement le projet ?

Voici ce qu’il en est du contenu du projet de loi qui a été préparé dans le cadre de la mise en place de ce marché secondaire. A-t-on une date pour son entrée en vigueur ?

Selon Nabil Badr, directeur adjoint de la Supervision bancaire (DSB), le projet est actuellement en phase de « catalysation », ce qui rend la visibilité sur son lancement et son opérationnalisation effective encore incertaine. Bien que la phase technique soit achevée, le projet a désormais basculé dans une nouvelle étape qualifiée de « politique ».

« Nous sommes dans la phase de ‘catalysation’ de ce projet de loi, visant à mobiliser un soutien en faveur de son adoption et à démontrer son intérêt auprès de toutes les parties prenantes. Cela inclut les membres du comité interministériel, les opérateurs privés, les organismes internationaux. L’objectif principal est d’accélérer sa mise en œuvre. Cependant, cette accélération dépend de plusieurs paramètres, notamment de la priorisation qu’en fera le gouvernement », explique le représentant de Bank Al-Maghrib. 

« À nos yeux, le travail technique est abouti », poursuit-il. « Nous sommes donc passés à la phase politique. Par ailleurs, il est important de souligner qu’en matière de mise en œuvre, deux aspects essentiels ont été évoqués par le directeur général. Le premier concerne la préparation des banques, un élément clé et déterminant pour la réussite du projet. Le second aspect touche aux textes réglementaires de Bank Al-Maghrib. Il ne faut pas oublier que, parallèlement, nous travaillons sur la réforme des textes réglementaires relatifs au provisionnement des créances en souffrance. Ces réformes introduiront de nouveaux critères qui auront un impact direct sur le volume de ces créances. Dès lors, il revient à chacun d’entre nous de jouer pleinement son rôle et de faire pression, à son niveau, pour que cette loi soit rapidement intégrée dans le circuit d’adoption », conclut-il.

Par ailleurs, parmi les interrogations majeures liées au lancement du marché secondaire des créances en souffrance, se pose la question cruciale de leur valorisation, ainsi que des différends susceptibles d’émerger à cette étape. En effet, pour garantir une valorisation fiable et transparente, plusieurs paramètres devront être pris en compte.

Le premier aspect essentiel concerne la disponibilité de données complètes et exhaustives sur les crédits concernés : l’identité du titulaire, l’historique des crédits, la catégorie socioprofessionnelle, les échéances manquées, entre autres informations pertinentes. Par ailleurs, le nombre de relances légales adressées au titulaire pour le recouvrement de la créance joue également un rôle clé dans l’évaluation de sa valeur.

Un autre critère déterminant est l’ancienneté de la créance. En effet, plus une créance est ancienne, moins elle possède de valeur sur le marché secondaire, reflétant ainsi une probabilité réduite de recouvrement. Ces éléments combinés constitueront la base d’une valorisation objective et transparente, nécessaire pour instaurer la confiance entre les différents acteurs de ce marché naissant.

Les créances en souffrance : volume, impacts et comparaisons internationales

Selon Abderrahim Bouazza, directeur général de Bank Al-Maghrib, le niveau des créances en souffrance a connu une hausse vertigineuse sur les dix dernières années. « L’encours des créances en souffrance des entreprises et des ménages, comptabilisées par les banques, a plus que doublé en dix ans pour dépasser les 98 MMDH, ce qui représente 8,6% du total des crédits des banques et presque 7% du PIB. »

Parmi les causes expliquant cette hausse spectaculaire, Abderrahim Bouazza pointe du doigt la conjoncture économique comme la principale cause de cette situation. « La hausse des créances bancaires impayées résulte de plusieurs facteurs, notamment une conjoncture économique difficile, des difficultés sectorielles, le surendettement, les imprévus de la vie ou une mauvaise gestion », ajoute-t-il.

Cette part assez importante des créances en souffrance impose aux banques des provisions significatives, réduisant leur capacité d’accorder des crédits et, par conséquent, de financer des projets impactant indirectement l’activité économique.

La composition des créances en souffrance ces dernières années, par agents économiques, laisse apparaître que les entreprises accaparent plus de 60% des créances en souffrance, tandis que les ménages sont à leur tour responsables de plus de 30% d’entre elles.

En septembre 2024, les données de la Direction de la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib montrent que la part des entreprises dans les créances en souffrance est de 62,4%, et que celle des ménages s’élève à 35,1%.

Il est à noter que le Maroc se distingue par un taux significatif de sinistralité (poids des créances en souffrance dans le total des crédits octroyés) par rapport aux autres pays. En 2023, le taux de sinistralité au Maroc était de 8,5% contre 4,5% pour la Jordanie, 3,4% en Égypte, 2% en Turquie, 1,2% au Portugal et 0,7% en Suisse et aux États-Unis.

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L’encours des crédits bancaires progresse de 48 MMDH en 12 mois

La dernière publication des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib montre une très légère baisse des crédits bancaires en mai 2024 par rapport au mois précédent. Dans le détail :

L’encours global des crédits bancaires se situe à 1.096,9 MMDH, en baisse de 0,1% ou 612 MDH par rapport à avril 2024. Si l’on compare avec la même période en 2023, le crédit bancaire affiche une progression de 4,6% soit 48 MMDH.

L’encours des crédits immobiliers progresse de 0,3% par rapport au mois précédent à 304,8 MMDH. Par rapport à la même période l’an précédent, l’encours des crédits immobiliers a augmenté de 1,3%.

Les comptes débiteurs et crédits de trésorerie affichent une baisse d’un mois sur l’autre de 0,5%, soit 1,2 MMDH d’un mois sur l’autre. L’encours atteint 250 MMDH.

L’encours des crédits à l’équipement en mai progresse de 4,5 MMDH en valeur d’un mois sur l’autre à 204,7 MMDH. Sur une année glissante, l’encours progresse de 22,8 MMDH en valeur.

Par secteur institutionnel, on observe en mai une progression de 1,4% de l’encours des crédits aux ménages à 395 MMDH. Sur une année glissante, l’encours progresse de 9,5 MMDH.

Les créances en souffrance sont stables par rapport au mois précédent. En mai, elles atteignent 96,6 MMDH. Sur une année glissante, les créances en souffrance augmentent de 3,7 MMDH.

 

En mars, l’encours des crédits progresse de 69 MMDH sur 12 mois glissants

D’après les derniers chiffres de Bank Al Maghrib en mars 2024, l’encours des crédits bancaires a augmenté de 1,7% par rapport à février pour atteindre 1.107 MMDH. Sur une année glissante, l’encours progresse de 6,7%.

L’encours des crédits immobiliers progresse de 0,6% par rapport au mois précédent à 303,8 MMDH. Par rapport à la même période l’an précédent, l’encours des crédits immobiliers a augmenté de 1,1%.

Les comptes débiteurs et crédits de trésorerie affichent une hausse notable d’un mois sur l’autre de 4%, soit près de 10 MMDH d’un mois sur l’autre. L’encours atteint 254,8 MMDH. En YTD, l’encours affiche une baisse de 2,4%.

Concernant les encours aux secteurs institutionnels, ils sont tous en hausse.

Les créances en souffrance ont légèrement augmenté par rapport au mois précédent. En mars, elles atteignent 95,4 MMDH, en hausse de 0,4 % par rapport au mois précédent. Sur une année glissante, les créances en souffrance augmentent de 4,8 MMDH.

Une hausse notable de l’encours au secteur du BTP en YTD

A chaque trimestre, la Banque centrale dresse les encours des crédits bancaires par branche d’activité. On observe que l’encours au secteur du Bâtiment et travaux publics (BTP) a considérablement progressé depuis le début de l’année à 96,6 MMDH. Il affiche une hausse de 15,9% en YTD, soit 13,2 MMDH en valeur.

Par rapport à la même période en 2023, l’encours à cette branche d’activité s’est renforcée de 21,7%, soit 17,2 MMDH. Sur ce sujet, une source de la place estime que cette progression est « certainement due à l’augmentation des mises en chantier des projets d’infrastructures comme les routes, les stades, les gares et la mise en place du nouveau programme pour les logements sociaux et intermédiaires ».

En février, l’encours des crédits bancaires baisse de près de 26 MMDH par rapport à fin 2023

La dernière publication des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib montre une baisse notable des crédits bancaires en février 2024 par rapport au mois précédent. Globalement, les encours sont en retrait ou stable, dépendant des objets économiques ou des secteurs institutionnels. Dans le détail :

L’encours global des crédits bancaires se situe à 1.089 MMDH, en baisse de 2,3% ou 25,8 MMDH par rapport à décembre 2023. Si l’on compare avec la même période en 2023, le crédit bancaire affiche une progression de 5,7% soit 59,2 MMDH.

L’encours des crédits immobiliers reste stable par rapport au mois précédent à 302 MMDH. Par rapport à la même période l’an précédent, l’encours des crédits immobiliers a légèrement progressé de 0,6%.

Les comptes débiteurs et crédits de trésorerie affichent une baisse notable d’un mois sur l’autre de 1,5%, soit 3,7 MMDH d’un mois sur l’autre. L’encours atteint 245 MMDH.

Concernant les encours aux secteurs institutionnels, ils sont tous en baisse, excepté celui aux ménages en hausse de 0,9% à 390,2 MMDH.

Les créances en souffrance ont également augmenté par rapport au mois précédent. En février, elles atteignent 95,1 MMDH, en hausse de 1,3% par rapport au mois précédent. Sur une année glissante, les créances en souffrance augmentent de 5,3 MMDH.

Nouveaux détails sur le projet de marché secondaire des créances en souffrance

Lancé par Bank Al-Maghrib depuis quelques années, le projet de création d’un marché secondaire des créances en souffrance suscite l’attention et l’attente dans le secteur bancaire. Cette initiative vise à répondre aux défis rencontrés par les banques face aux impayés des emprunteurs, en offrant une nouvelle solution pour la gestion des actifs non performants (NPL).

« De nombreux obstacles juridiques de transférabilité entravent la cession des créances en souffrance inscrites aux bilans des banques. Elles sont dès lors contraintes d’allouer des ressources importantes dans le recouvrement ; une activité qui nécessite une expertise pointue éloignée de leur cœur de métier, qui est d’accorder des crédits », nous explique l’avocat fiscaliste Julien Nouchi.

Pour lui, cette réforme permettra d’ouvrir le marché à des professionnels du recouvrement ou de la restructuration de dette, libérant ainsi le capital des banques des créances en souffrance.

Obstacles juridiques levés

Le premier pas engagé dans le cadre de cette réforme est de mettre en place un cadre réglementaire autorisant la transférabilité des créances en souffrance. Bank Al Maghrib prépare un projet de loi dans ce sens. Une des principales entraves que vise à lever ce projet de loi est « l’obligation d’obtenir l’accord du débiteur pour la cession de sa créance », affirme Julien Nouchi.

Pour celui qui a contribué à l’élaboration de la loi, « il est crucial de souligner que la nouvelle loi ne changera rien pour le débiteur en termes de droits, ce qui était une condition fondamentale dans la conception de cette réforme ».

Concrètement, il s’agit de donner la possibilité aux banques de vendre avec décote des créances à des investisseurs professionnels. « Les investisseurs pourront privilégier deux voies : soit le recouvrement classique de la créance par des moyens qui leur sont propres, c’est-à-dire la possibilité pour les investisseurs de recouvrer les créances directement auprès des emprunteurs, soit de proposer aux emprunteurs des possibilités de restructurer leurs crédits pour qu’ils soient capables de les rembourser », affirme Julien Nouchi.

« Il s’agit bien sûr d’ouvrir le marché à des professionnels nationaux ou internationaux de la restructuration ou du recouvrement qui peuvent rentabiliser leur investissement tout en libérant les banques de la gestion opérationnelle des créances en souffrance, qui se fait aujourd’hui quasi exclusivement par l’onéreuse voie judiciaire », précise-t-il.

« Ça a un intérêt macroéconomique, parce que ça va dégager les fonds propres des banques qui peuvent accorder de nouveaux crédits après avoir éteint les créances en souffrance dans leurs bilans », estime de son côté un directeur de banque de la place.

En effet, lorsqu’une créance devient en souffrance, c’est-à-dire qu’un prêt devient non performant, la banque ou l’établissement de crédit créancier est obligé d’enregistrer une provision correspondante, immobilisant ainsi des ressources dans son bilan pour couvrir les pertes anticipées, conformément à la réglementation prudentielle en vigueur.

« Alors que la créance et son collatéral ne valent même pas 30%, elles sont pondérées à 100% au niveau des bilan des banques. Les ressources ne peuvent alors plus être utilisées pour soutenir le financement de l’économie », relève notre source.

Une déperdition de valeur pour la banque, qui pourra être levée avec l’entrée en vigueur de la loi, ce qui insufflera un souffle nouveau aux banques, leur permettant de soutenir davantage l’économie.

« Avec un système judiciaire lent, les banques rencontrent des difficultés à recouvrer leurs créances. Il s’agit de permettre à des professionnels du recouvrement de faire ça en leur offrant la possibilité de faire de la marge, notamment avec des décotes importantes », poursuit notre source.

Ainsi, cette réforme viendrait en quelque sorte « normaliser » une pratique qui a déjà eu des antécédents chez quelques établissements de crédit ayant déjà eu recours à la structuration d’opérations de recouvrement complexe.

« Des opérateurs étrangers s’occupent déjà de certaines affaires de recouvrement au Maroc. Il s’agit d’instaurer une base légale à ce marché au lieu de faire des pirouettes juridiques. »

Risques financiers

Séduisante sur le papier, cette réforme n’est pas sans risques. Elle peut inonder le marché financier avec des titres sans valeur, ou encore donner un mauvais signal au marché bancaire, relâchant sa gestion prudentielle, comme le souligne un vétéran du marché financier national ayant souhaité garder l’anonymat.

Pour lui, « dès que l’on parle de marché d’investisseurs, il y a un enjeu de mobilisation d’une épargne, de sa protection et de sa rémunération ; que ce soit une épargne nationale dans le cadre d’investisseurs nationaux ou une épargne étrangère. Ce qui signifie aussi qu’il y a une recherche de rentabilité. Les investisseurs étrangers viennent pour un niveau élevé de rendement. Si ces créances offraient ces rendements aussi élevés, pourquoi les banques voudraient-elles s’en débarrasser? On risque de se retrouver à faire rouler une dette dont personne ne veut au sein de notre système financier national. En la faisant passer d’une dette bancaire en souffrance en actif financier négociable et librement cessible, on risque de toucher l’épargne nationale la plus éloignée, surtout avec la porosité entre le marché bancaire, grandement détenteur d’OPCVM, et le marché financier. »

Par ailleurs, souligne notre source, « le taux de recouvrement des prêts non performants (NPL) est très faible au Maroc, il ne dépasse pas les 28% en moyenne de la valeur faciale. C’est un processus qui dure en moyenne cinq ans avant de recouvrer cette proportion. Faire appel à des investisseurs, cela signifie le désistement des banques. Or, celles-ci sont mieux qualifiées pour faire face au risque, puisqu’elles connaissent mieux leurs clients. Le taux de recouvrement moyen pourrait encore baisser, ce qui découragera les investisseurs, notamment étrangers, à venir s’installer, et laissera cette dette infecter l’épargne nationale. Cela sans parler du fait que la mise en place de ce marché envoie un mauvais signal, puisqu’il encourage le mauvais crédit. »

Une loi pas avant 2025

Au-delà de ces risques, plusieurs questions sont encore en suspens ; entre autres l’évaluation des collatéraux et l’audit de la valeur réelle des créances concernées. D’autant plus que, comme l’affirme Julien Nouchi, concernant les collatéraux, « ceux-ci vont être transférés aux investisseurs. Toutefois, cette condition doit se faire sans que cela ne change quoi que ce soit pour les emprunteurs, à part le détenteur de la créance. La valorisation, elle, se fera entre la banque et l’investisseur de gré à gré ».

Des marges de liberté laissées pour rendre plus attractif ce marché à créer, mais qui devra aussi s’accompagner de règles de gouvernance strictes.

Encore en discussion, la loi, qui est en préparation depuis 2021, devra encore faire l’objet de précisions bien qu’elle soit entrée dans « les dernières phases du processus techniques d’élaboration de la loi, que ce soit au niveau de la banque centrale ou bien des départements concernés. Elle devra par la suite intégrer le circuit législatif, c’est-à-dire passer en Conseil de gouvernement puis au Parlement. Mais il ne faut pas s’attendre à atteindre cette phase avant la fin de l’année », conclut notre source.

Fort ralentissement du crédit bancaire en janvier et hausse des impayés

La dernière publication des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib montre une baisse notable des crédits bancaires en janvier 2024 par rapport au mois précédent. Globalement, les encours sont en retrait ou stable, dépendant des objets économiques ou des secteurs institutionnels. Dans le détail :

L’encours global des crédits bancaires se situe à 1.090 MMDH, en baisse de 2,2% ou 24,2 MMDH par rapport à décembre 2023. Si l’on compare avec la même période en 2023, le crédit bancaire affiche une progression de 5,5% soit 56,8 MMDH.

L’encours des crédits immobiliers recule de 0,3% par rapport au mois précédent à 302,2 MMDH. Par rapport à la même période l’an précédent, l’encours des crédits immobiliers a légèrement progressé de 0,7%.

Les comptes débiteurs et crédits de trésorerie affichent une baisse notable d’un mois sur l’autre de 4,6%, soit 12 MMDH d’un mois sur l’autre. L’encours atteint 249,1 MMDH.

Concernant les encours aux secteurs institutionnels, ils sont tous en baisse, excepté celui aux ménages en stagnation.

Les créances en souffrance ont également augmenté par rapport au mois précédent. En janvier, elles atteignent 94,1 MMDH, en hausse de 1,1% par rapport au mois précédent. Sur une année glissante, les créances en souffrance augmentent de 4,8 MMDH.

Un projet de loi pour autoriser les banques à céder les créances en souffrance

Le marché de défaisance des créances en souffrance semble se mettre en place doucement mais sûrement. Un premier volet de cet écosystème semble s’approcher à grand pas de son aboutissement. Selon des informations sûres, un projet de loi relatif à ce sujet a été finalisé par Bank Al-Maghrib. Un atelier national sera organisé par la Banque centrale dans les prochains jours, probablement le 27 février, pour présenter cette mouture avant qu’elle bascule dans le circuit législatif.

Ce sera l’occasion de sonder les acteurs du marché, les banques ainsi que les membres de la commission inter-institutions présidée par le Secrétariat général du gouvernement, chargée de suivre ce projet, sur les dernières retouches à apporter au texte avant dépôt.

Ce qui est sûr à ce niveau, c’est qu’il ne s’agit pas d’une mise en place du cadre légal d’une structure de défaisance, de type Bad Bank, ou d’un véhicule d’investissement dédié (SPV) public ou privé, pour racheter les créances douteuses (Non Performing Loans, NPL).

Selon nos sources, il s’agit avant tout d’une loi visant à simplifier les processus de transfert des créances de leurs détenteurs, les banques, vers des tiers, possiblement des investisseurs spécialisés ou des entreprises de recouvrement.

Ces derniers devraient pouvoir les racheter avec une décote, et chercher par la suite à tirer un profit ; soit en recouvrant la créance, soit en revalorisant les garanties et autres sûretés collatérales à la créance.

Il s’agit ainsi de créer un cadre de transférabilité directe des créances, qui lève certaines obligations des banques, notamment l’obligation d’avoir l’accord du client pour céder son crédit à un tiers, ainsi que d’autres contraintes qui bloquaient les cessions de créances.

Ce nouveau texte a ainsi pour objectif de permettre aux banques de dégager près de 95 milliards de dettes en souffrance des comptes des banques, soit quasiment 10% de l’encours global, en les rendant cessibles à des structures de recouvrement ou de défaisance. Des structures qui devront s’installer dans la place avec tout un écosystème d’investisseurs, d’établissements d’évaluation des créances et des sûretés y afférentes, de recouvrement, etc.

Et même si rien ne filtre pour le moment sur les détails de la loi, on devra s’attendre à ce qu’elle définisse des contours de la typologie des créances autorisées à être cédées : qualité, état et délai du défaut, niveau de provisionnement, s’il y a nécessité d’avoir une procédure judiciaire en cours, les garanties et sûretés éligibles à être transférées.

La loi devra aussi définir les qualités des évaluateurs/ré-évaluateurs ainsi que la qualité des investisseurs et la modalité d’installation sur ce marché. Beaucoup d’autres questions restent en suspens, d’autant plus que le contexte de la loi est lié à des affaires de défaut de paiement bancaire importantes, actuellement devant la justice.

Les crédits de trésorerie repartent à la hausse en octobre, les impayés progressent

D’après les derniers chiffres des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib à fin octobre, les créances en souffrance atteignent 95,1 MMDH, en hausse de 6,4% ou 5,7 MMDH sur 12 mois.

Avec l’accroissement du portefeuille des créances en souffrance, le chantier de création d’un marché secondaire des créances impayées semble devenir un impératif.

L’encours des crédits bancaires a baissé de 0,2% par rapport au mois précédent à 1.081 MMDH. Sur une année glissante, les crédits affichent une progression de 4,9% ou 50 MMDH en valeur.

Ce qui ressort principalement des chiffres, c’est une reprise soutenue des crédits de trésorerie de 3% en octobre à 258 MMDH par rapport au mois précédent. Sur un an, ils reculent néanmoins de 3,8%.

Les crédits à l’équipement progressent de 0,6% à 190,7 MMDH. Les crédits aux promoteurs sont en quasi stagnation par rapport au mois précédent à 52,3 MMDH. Ces derniers ont affiché une baisse de 1,7% depuis le début de l’année, dans le sillage du resserrement monétaire.

Hausse du crédit bancaire et des impayés en septembre

La dernière publication des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib montre une hausse notable des crédits bancaires en septembre 2023 par rapport au mois précédent.

L’encours des crédits bancaires se situe à 1.084 MMDH, en hausse de 2,2% ou 22,8 MMDH par rapport à août 2023. Si l’on compare avec la même période en 2022, le crédit bancaire affiche une progression de 4,6% soit 47,8 MMDH.

L’encours des crédits immobiliers en septembre 2023 est stable par rapport au mois précédent à 301,7 MMDH. Par rapport à la même période l’an précédent, l’encours des crédits immobiliers a progressé de 1,5%.

Les comptes débiteurs et crédits de trésorerie ont affiché une accélération de 2,1% d’un mois sur l’autre. L’encours en septembre atteint 250,4 MMDH, en hausse de 5,2 MMDH par rapport à août. Par rapport à septembre 2022, l’encours a baissé de 6,1%. Depuis le début de l’année, l’encours a reculé de près 13,6 MMDH.

Les créances en souffrance ont également augmenté par rapport au mois précédent. En septembre, elles atteignent 95,1 MMDH, en hausse de 1,2% par rapport au mois précédent. Sur une année glissante, les créances en souffrance augmentent de 6,57 MMDH.