Somia en liquidation : face à un passif de plus de 460 millions de DH, le syndic prospecte des entités connexes
À Marrakech, le syndic en charge de la liquidation judiciaire de la Société marocaine de l’industrie alimentaire (Somia) veut étendre la procédure à plusieurs structures immobilières évoluant dans l’écosystème de cette filiale du groupe Crespo. Une requête formelle a été déposée début novembre auprès du tribunal de commerce, qui a ouvert l’examen du dossier.
Selon nos informations, l’extension vise cinq entités distinctes, toutes organisées sous forme de sociétés civiles immobilières, ainsi qu’une sixième entité commerciale. Le dosssier inclut également le dirigeant Philippe Crespo parmi les défendeurs, sans qu’il soit établi à ce stade que le syndic sollicite une extension à son encontre personnelle.
Une première audience s’est tenue le 11 novembre. Elle s’est soldée par un renvoi, le temps pour le syndic de procéder aux convocations des sociétés visées et de leur représentant légal. Le tribunal a également demandé au syndic de déposer un rapport d’expertise ordonné dans le cadre du dossier. Cette mesure s’inscrit dans la continuité d’une instruction déjà engagée, la juridiction ayant confié en octobre 2024 une expertise sur de potentielles fautes de gestion visant les organes dirigeants de Somia.
Fournisseurs, banques et salariés dans l’attente
Placée en liquidation judiciaire après l’échec de la sauvegarde puis du redressement, Somia a cessé toute activité. L’entreprise, filiale marocaine du groupe Crespo spécialisé dans l’olive et les conserves, laisse derrière elle un important tissu d’emplois et un passif financier très lourd.
Le syndic souhaite désormais élargir le périmètre de la liquidation, afin de reconstituer un actif suffisant pour désintéresser, même partiellement, l’ensemble des créanciers.
Somia accumule un endettement bancaire avoisinant les 270 MDH, sur un passif global estimé à plus de 460 MDH. À elles seules, les banques représentent la majorité de l’exposition : BMCI (103 MDH), Attijariwafa bank (50 MDH), Crédit du Maroc (40 MDH), Bank of Africa (25 MDH) et Banque Populaire. Cette dernière bénéficie d’une créance de près de 99 MDH, reconnue par un récent arrêt de la cour d’appel de commerce. Cette décision, issue d’un litige mené en parallèle de la liquidation, devrait rejoindre les créances déjà déclarées auprès du syndic.
À ce jour, aucun remboursement n’a pu être amorcé. Les premières ventes aux enchères ont débuté et portent pour l’instant sur des biens de valeur modeste – principalement des véhicules – en attendant l’évaluation des actifs immobiliers, dont le terrain de l’usine Somia, considéré comme l’élément le plus significatif du patrimoine.
À côté des banques et des fournisseurs, les salariés sont également dans l’expectative. Près de 400 personnes se sont retrouvées au chômage après l’arrêt de l’activité. Plusieurs ont obtenu des jugements pour licenciement abusif. Leurs indemnités se sont logiquement ajoutées au passif, en attendant la liquidation effective des biens.
Période suspecte : des ventes annulées au profit de la liquidation
La stratégie du syndic repose également sur la récupération d’actifs cédés par Somia avant sa faillite. Deux ventes immobilières ont été annulées par le tribunal de commerce de Marrakech, toutes deux conclues en période suspecte et à des prix nettement en dessous du marché.
La décision la plus récente porte sur un terrain industriel d’environ 1.300 m², vendu à la société Hellenic. Le montant de 7.250 DH/m² a été jugé très inférieur aux standards observés dans la zone industrielle. Le conservateur foncier a été instruit de radier l’acte, permettant au bien de revenir dans la liquidation.
Quelques mois plus tôt, une autre cession, portant sur 4.000 m² à Marrakech-Ménara, avait connu le même sort : période suspecte, sous-évaluation manifeste, et acte qualifié de « mauvaise foi » par les juges.