Les criquets pèlerins ont atteint la périphérie de la ville de Laâyoune
Des groupes de criquets pèlerins ont fait leur apparition dans les environs de la ville de Laâyoune, au sud du Maroc, depuis au moins la nuit du 12 janvier.
Ces vidéos confirment une invasion en provenance de la Mauritanie, signalée par les bulletins d’alerte de la FAO depuis novembre 2025. Le dernier bulletin de la FAO, publié le 7 janvier 2026, a fait le point sur une situation de vigilance dans la région ouest de l’Afrique du Nord (Maroc et Mauritanie).
L’examen des vidéos montre qu’il s’agit de formes de criquets solitaires (moins ravageuses que les formes grégaires). Cependant, le suivi et le traitement, déjà en cours, sont importants pour ne pas permettre à ces formes de passer vers les formes grégaires (formes très ravageuses).
Au Maroc, la FAO a signalé la présence de criquets pèlerins sous forme de groupes et de bandes larvaires à l’extrême Sud (zones d’Aousserd et Bir Anzarane), ainsi que des larves et des groupes entre le nord de Dakhla et au sud de Laâyoune. Une situation différente est observée aux alentours de Tan-Tan, avec principalement des ailés et quelques groupes d’adultes de criquets.
Jusqu’à fin décembre 2025, les opérations de lutte marocaines ont traité 59.942 ha, dont 43.600 ha par voie aérienne.
En Mauritanie, la situation est plus délicate où plusieurs essaims ont été détectés entre le fleuve Sénégal et Nouakchott. Poussés par les vents du nord-est vers la côte, ces groupes d’ailés et essaims se trouvaient généralement à moins de 30 km du littoral.
La FAO prévoit une deuxième vague de groupes d’adultes et de petits essaims pouvant arriver de Mauritanie pour se reproduire à nouveau en janvier, et recommande que les prospections et les opérations de lutte se poursuivent à un rythme soutenu.
Elle estime que le nombre de criquets devrait décliner à mesure de la progression des mues imaginales (passage au stade adulte). Cependant, les groupes d’ailés immatures et les petits essaims continueront de s’accroître et d’arriver en provenance du Sud-Est (région d’Aousserd) en janvier.
Rappelons que le Maroc dispose d’une grande expérience dans la lutte antiacridienne, structurée autour de plans de crise bien définis. En cas de crise, le Centre national de lutte antiacridienne (CNLA) transfère la gestion des opérations au centre de commandement central basé à Rabat, lequel est appuyé par 13 postes de coordination régionaux (PCR) répartis le long de trois lignes de défense.
La dernière grande invasion ayant frappé le Maroc remonte à 2003, année où le Royaume avait réussi à traiter 5 millions d’hectares pour stopper le fléau. Cependant, l’évènement acridien qui a touché le Sud-Est marocain en mars-mai 2025 a été contenu grâce à la mobilisation du dispositif de lutte, empêchant les criquets d’atteindre un stade grégaire plus dangereux.
Déclin prévu des populations acridiennes au Maroc, mais la vigilance reste de mise (FAO)
Le criquet pèlerin maintient sa présence au Maroc, occupant toujours plusieurs sites dans les régions du Sud-Est. Cette zone de récession habituelle, qui s’étend du sud du Maroc jusqu’à l’ouest de la Libye, où les criquets pèlerins se trouvent normalement en faible nombres et en phase solitaire, a été exceptionnellement propice aux précipitations cette année, renforçant ainsi leur reproduction.
Selon le dernier rapport de suivi acridien, le statut « jaune » de vigilance reste en vigueur dans l’ensemble des pays du Maghreb. Bien que la situation au Maroc soit normale, cette mesure de précaution s’explique par la persistance du développement acridien dans le Sud algérien, le long des zones frontalières tuniso-algériennes, ainsi que par une situation plus préoccupante en Libye, où des essaims actifs continuent d’être signalés.
Situation acridienne au Maroc : un déclin des essaims à partir du mois de juin
Par rapport à avril, où l’activité acridienne au Maroc était à son apogée, celle-ci a diminué durant le mois de mai. Elle était caractérisée par la présence d’adultes isolés et dispersés, incluant des individus immatures, en maturation et matures, ainsi que des formes solitaires et transiens (stade transitoire vers la forme grégaire). Ces populations ont été observées de manière continue le long des vallées du Drâa et du Ziz-Ghris, plus précisément entre Fam El Hisn et Erfoud.
Dans la région de Zagora, plusieurs groupes d’adultes transiens immatures ont été signalés au sud-ouest de la ville, notamment aux abords du parc national d’Iriqui. De plus, une augmentation notable des larves solitaires et de transiens de derniers stades a été enregistrée au sud de Merzouga, où elles étaient dispersées.
Lors de cette même période, le Centre national de lutte antiacridienne a intensifié ses actions au cours du mois de mai. Un total de 8.402 hectares a été traité, dont 5.200 par voie aérienne, contre 1.785 hectares (dont 600 par voie aérienne) en avril 2025.
À ce jour, aucune présence de criquets n’a été détectée au sud de l’Atlas, confirmant ainsi l’absence de développement en dehors de la zone de récession printanière, qui constitue la limite connue au Maroc pour cette espèce.
À la fin du printemps, selon les prévisions de la FAO, les criquets pèlerins solitaires et en groupes seront contraints d’immigrervers les pays du Sahel en raison de l’assèchement de la végétation dans le Sud-Est marocain. Ils seront à la recherche des pluies sahéliennes de l’été pour se développer et se reproduire.
Cette migration acridienne vers le sud est soutenue par l’arrivée en Mauritanie de populations de criquets adultes, comprenant des individus solitaires et transiens aux stades immature et mature.
La vigilance et la lutte doivent encore être maintenues
En raison de la situation acridienne en développement dans les pays voisins, la vigilance est fortement recommandée au Maroc. À cet égard, la FAO a appelé le Royaume à garder la vigilance en raison d’un possible développement dans la région de l’Oriental où des précipitations peuvent avoir lieu et des groupes peuvent arriver du côté algérien.
En Algérie, une reproduction supplémentaire est probable dans le Nord-Ouest (près de la région orientale marocaine) et éventuellement le Sud-Est, à la suite des précipitations enregistrées récemment. Ceci pourrait entraîner l’apparition de nouveaux groupes de larves et de petites bandes dès juin, ainsi qu’une augmentation des effectifs entre Tindouf et Béchar (avoisinant la vallée de oued Drâa).
En Tunisie, de nombreux groupes et essaims de criquets transiens et grégaires (stade où le criquet devient ravageur) ont été observés dans les régions méridionales (Tataouine, Médenine et Kébili). Durant les mois prochains, une augmentation des groupes de criquets adultes immatures est prévisible avant leur envol vers les pays du Sud.
En Libye, des groupes d’adultes grégaires matures étaient encore en phase de reproduction durant la première quinzaine du mois de mai. De plus, des groupes d’adultes immatures et de petits essaims vont se développer dans le Nord-Ouest, où certains pourraient atteindre leur maturité et continuer à se reproduire. Cependant, la plupart d’entre eux devraient se déplacer vers le Sud-Ouest à partir de la mi-juin, en quête de zones pluvieuses.
Dans la région sahélienne, les conditions de végétation sont demeurées sèches en l’absence de pluies, à l’exception du secteur de Faya au Tchad et de certaines localités du Nord-Ouest et du Sud-Est mauritanien, où les précipitations récentes ont permis une reprise de la croissance végétale, améliorant les conditions de développement des criquets.
Criquets pèlerins. La situation reste sous contrôle malgré la reproduction printanière
Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux font état d’une récente invasion de criquets pèlerins, principalement dans la région de M’Hamid El Ghizlane (sud de Zagora), les environs d’Errachidia et au sud de Tata, notamment dans la vallée de l’oued Drâa.
Parallèlement, des images récentes montrent clairement des criquets pèlerins adultes en phase solitaire.
Vidéo montrant des populations de criquets dans la commune de Taouz, province d’Errachidia. (source : réseaux sociaux)
Les précipitations persistantes, enregistrées jusqu’au mois de mai dans le Sud-Est, ont créé un environnement favorable au développement de la reproduction des criquets pèlerins. Cependant, la situation demeure sous contrôle par les autorités de lutte antiacridienne et ne présente pas à ce stade les caractéristiques d’une invasion.
La situation normale s’explique principalement par deux facteurs : d’une part, la présence des criquets se concentre dans l’aire de récession printanière habituelle de l’espèce (sud-est du Maroc) ; d’autre part, les dispositifs de surveillance et de contrôle déployés dans la région assurent une gestion efficace de la situation acridienne.
En avril 2025, les équipes du centre national de lutte antiacridienne ont traité 1.785 hectares, dont 600 hectares par voie aérienne, notamment dans la vallée du Drâa, du Ziz-Ghris et quelques zones de l’Oriental.
Situation acridienne nationale : la reproduction printanière a augmenté le nombre des criquets
Au cours du mois d’avril 2025, plusieurs sites de reproduction de criquets pèlerins ont été observés dans le Sud marocain. Des groupes d’adultes en phase de reproduction ont été signalés principalement dans trois zones distinctes : le sud-ouest de Merzouga, le sud-ouest de Zagora, ainsi que les secteurs sud-est et sud de Tata. Ces observations ont été particulièrement concentrées durant la première quinzaine du mois, indiquant une activité reproductive soutenue dans ces régions.
Parallèlement, les prospections ont révélé la présence de populations larvaires dispersées sur un vaste territoire allant de Fam El Hisn à Zagora. L’évolution temporelle de ces populations montre une progression nette des stades de développement. En effet, alors que les jeunes stades dominaient en début de mois, les observations de fin avril ont mis en évidence une prédominance de stades plus avancés.
Certaines zones ont présenté des concentrations plus importantes, notamment au sud de Tata où des groupes de larves du 1er au 4ᵉ stade ont été recensés durant la première quinzaine, tandis que le sud-ouest de Zagora a accueilli des populations mixtes de tous les stades dans la seconde moitié du mois.
Les différences entre le criquet pèlerin solitaire et le criquet pèlerin grégaire.
Durant la période entre le 1ᵉʳ et le 19 mai 2025, les données recueillies par la FAO ont recensé 56 sites d’adultes solitaires et 46 sites de forme larvaire. Fait important, aucune formation de bandes larvaires ni aucun individu grégaire n’ont été détectés durant cette période. Ces éléments suggèrent que, malgré une activité reproductive continue et un développement larvaire actif, la situation reste sous contrôle sans signe avant-coureur de grégarisation.
La situation dans les pays du Maghreb
Contrairement à la situation relativement stable observée au Maroc, la situation reste préoccupante en Algérie et en Tunisie.
L’Algérie a fait face à une activité acridienne plus intense durant le mois d’avril 2025, particulièrement dans les régions sahariennes où des formes grégaires et des bandes larvaires jusqu’au 5ᵉ stade ont été identifiées, et dont le nombre a augmenté jusqu’à 66 signalisations durant le mois de mai 2025.
En Tunisie, la situation acridienne se caractérise par la présence de formes adultes de criquets pèlerins solitaires, transients et grégaires, dispersés, en groupes. Durant la deuxième moitié d’avril 2025, plusieurs bandes de premiers stades larvaires sont apparues, dont le nombre a augmenté de 8 sites de bandes larvaires à 123 signalements de bandes larvaires.
Une nouvelle situation a été enregistrée en Mauritanie à la fin du mois d’avril et en mai, marquant l’apparition de formes solitaires adultes de criquets pèlerins. Cette situation suggère une probable immigration depuis le Maroc vers le sud, après la période de récession printanière. Les populations de criquets devraient se déplacer vers des zones plus propices au développement, correspondant à l’aire de récession estivale située au niveau des pays du Sahel.
Alerte acridienne au Maghreb : la FAO appelle à la vigilance, situation sous contrôle au Maroc
La FAO appelle les pays d’Afrique du Nord-Ouest à renforcer les opérations de surveillance et de lutte contre le criquet pèlerin, face à une recrudescence de l’activité acridienne observée depuis février dans plusieurs zones du Sahel et du Maghreb. Des groupes d’adultes et de petits essaims, en provenance notamment du Mali, du Niger et du Tchad, ont migré vers le centre de l’Algérie, le sud de la Tunisie et l’ouest de la Libye, où des conditions écologiques favorables alimentent une reproduction printanière anormalement active.
L’Organisation onusienne considère que la situation dans la région occidentale de distribution du criquet est à classer en phase de « vigilance accrue », en particulier dans les zones ayant reçu des précipitations récentes, favorables à la croissance de la végétation, et donc à la reproduction du ravageur.
Le Maroc en phase préventive
Au Maroc, aucun essaim ni bande larvaire n’ont été détectés à ce jour, selon les données officielles de surveillance. Toutefois, les autorités ont noté une hausse significative des formes solitaires de criquets au mois d’avril, passées de 53 à 149 individus recensés. Ces formes ne représentent pas un danger immédiat, mais leur multiplication pourrait conduire à une grégarisation, étape critique avant la formation d’essaims.
Pour éviter cette évolution, les autorités marocaines ont intensifié leurs interventions : 56 opérations de contrôle ont été menées en avril, contre 17 en mars. Ces opérations préventives visent à contenir la population acridienne avant tout risque de regroupement.
L’Algérie et la Tunisie plus exposées
En revanche, la situation apparaît plus préoccupante en Algérie et en Tunisie, où des bandes larvaires – précurseurs directs d’essaims – sont déjà en formation, selon les données de surveillance régionale. Les zones touchées comprennent notamment le nord et le sud du massif du Hoggar (Algérie) et le Sud tunisien, où les conditions climatiques actuelles (vents, pluies) facilitent le développement du criquet pèlerin.
La FAO, via sa commission régionale (CLCPRO) et son service d’information acridienne (DLIS), continue de fournir un appui technique et opérationnel aux pays de la région, insistant sur l’importance des surveillances de terrain intensives entre le sud de l’Atlas marocain et les régions sahariennes.
Un essaim de criquets peut couvrir des centaines de kilomètres carrés et dévaster en une journée l’équivalent des cultures alimentaires de 35.000 personnes. La détection précoce et la réponse rapide restent les leviers essentiels pour éviter une crise acridienne à grande échelle.
Une activité reproductive des criquets pèlerins confirmée dans le Sud du Maroc (FAO)
En mars dernier, des criquets pèlerins solitaires, en cours de maturation ou déjà matures, ont continué d’être observés de manière isolée et dispersée le long des vallées du Drâa et du Ziz-Ghris, depuis Assa jusqu’à Erfoud. Certains, en train de copuler, confirment le démarrage d’une activité reproductive, indique l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans son dernier bulletin de surveillance acridienne.
Des larves isolées de 5e stade ont été repérées au sud de Tata le 21 mars. Depuis le 23 mars, des groupes reproducteurs d’adultes matures transiens ont été signalés entre l’est d’Assa et le sud-ouest de Zagora. Fin mars, des larves de 1ᵉʳ et 2ᵉ stade, dispersées, ainsi qu’un petit groupe larvaire de 1ᵉʳ stade ont été détectés au sud de Foum El Hisn, note la FAO.
Face à cette dynamique croissante, les autorités marocaines ont mené des opérations de lutte antiacridienne sur 2.249 hectares, dont 2.000 hectares traités par voie aérienne.
Reproduction printanière
Selon la FAO, des criquets adultes solitaires devraient persister au sud de l’Atlas, où une reproduction printanière à petite échelle se poursuivra localement, entraînant une augmentation des populations larvaires.
D’autres groupes d’adultes pourraient continuer d’arriver depuis le sud et se reproduire le long des vallées du Drâa et du Ziz-Ghris, où les conditions sont favorables au développement d’une génération printanière.
Des groupes larvaires pourraient apparaître dans les zones de reproduction groupée à partir de la mi-avril, prédit la FAO.
Depuis la détection des premiers groupes de criquets au Maroc, des mesures proactives et réactives ont été, rappelons-le, mises en œuvre par les autorités.
Criquets pèlerins : pas de risque imminent d’invasion au Maroc (Avis d’expert)
Dans sa dernière mise à jour du 24 mars 2025, la surveillance acridienne de la FAO a émis une alerte concernant l’Algérie, la Libye et la Tunisie, appelant à des prospections et à des opérations de lutte dans toutes les zones à risque. Une mission de la FAO est en cours pour évaluer la situation et prévenir une aggravation dans ces trois pays.
Si le Maroc reste, pour l’instant, épargné par une invasion de criquets pèlerins, selon le dispositif de veille de la FAO, la présence de ces insectes près des frontières orientales a toutefois soulevé des craintes auprès de la population d’une propagation imminente vers le territoire marocain et plus particulièrement les terres agricoles, dans une période de croissance des cultures.
Après de timides apparitions dans plusieurs régions du sud-est de l’Atlas, de nouvelles vidéos, datées du vendredi 29 mars, ont resurgi sur les réseaux sociaux, montrant des criquets volant de nuit dans le centre d’Ighrem, relevant de la province de Taroudant.
Video montrant l’apparition d’un groupe dense de criquets dans le centre d’Ighrem (Source: réseaux sociaux)
Contacté par nos soins, le Dr Thami Ben Halima, expert en entomologie et lutte antiacridienne, nous éclaire sur la situation actuelle. Avec une expérience de plus de cinquante ans dans la lutte antiacridienne, il a notamment dirigé le centre national de lutte antiacridienne d’Agadir (1975-1994) et a occupé le poste de secrétaire executif de la commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale de la FAO (1999-2012).
Au nom de la commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale, Thami Ben Halima à la 38e session du Comité de lutte contre le criquet pèlerin de la FAO, organisée à Rome en 2006 (crédit de l’image : FAO).
La situation actuelle au Maroc
Dans un précédent article, nous avons dressé un état des lieux actualisé, basé sur les dernières données de la FAO en date du 24 mars. Celles-ci ne recensent que quelques sites abritant des criquets ailés solitaires, principalement dans la vallée de l’Oued Draa. Cette situation a également été confirmée par les autorités intervenant dans les zones signalées de la région de Draa Tafilalet.
Mais depuis, quelques groupes ont été observés dans la région du sud-est, conduisant les autorités à réactiver les centres de commandement locaux et mobiliser les moyens aériens.
De son côté, Thami Ben Halima est rassurant à ce stade. Il réaffirme le caractère normal de la situation acridienne. Les sites où la présence de criquets a été signalée correspondent en effet à des aires de reproduction connues du criquet pèlerin. Cette reproduction se produit naturellement après les précipitations et le développement de la végétation, généralement durant la période printanière dans l’Afrique de l’Ouest et la mer Rouge.
Un autre signe, relevé par l’entomologiste, concerne le type des criquets observés au Maroc. Jusqu’à présent, seules des formes ailées solitaires, de couleur brune, ont été recensées. Ces criquets solitaires adoptent une stratégie de discrétion pour éviter les prédateurs. Leur couleur et leur comportement leur permettent de se camoufler efficacement. Ils se déplacent lentement, privilégient les vols nocturnes, ont un régime alimentaire restreint et évitent tout contact avec leurs semblables.
Par contre, les formes grégaires (criquets vivant en groupes), identifiées en Libye, en Algérie et en Tunisie, présentent des caractéristiques différentes : leur couleur change, ils se déplacent plus vite et sont attirés par leurs sembables. Ils forment des bandes larvaires ou des essaims adultes d’une superficie kilométrique. C’est à ce stade qu’ils deviennent une menace dévastatrice, capables de ravager les cultures.
Schéma montrant la différence entre le criquet pèlerin solitaire et le criquet pèlerin grégaires (modifié d’après Rogers, 2014).
Face à la situation actuelle au Maroc et dans la région, l’action publique se limite à des opérations proactives de précaution préventive, sans entamer la phase de lutte. Par contre, tout est prêt pour la déclencher à tout moment, moyens aériens, stocks de pesticides, moyens humains, logistique…
En ce qui concerne la vidéo filmée dans le centre d’Ighrem, Ben Halima estime qu’il ne s’agit pas d’un groupe de criquets pèlerins, mais d’une espèce locale non nuisible.
« À Agadir, on observe souvent tel regroupement de criquets, près de lampadaires, ce qui peut faire penser à une invasion. En réalité, une véritable invasion se caractérise par des essaims massifs, parfois sur des dizaines de milliers d’hectares, formant un nuage noirâtre. En cette période printanière, les populations solitaires se trouvant au Maroc ont tendance à se concentrer et à se reproduire. Il serait important de les disperser rapidement, et je suis convaincu que les équipes du Centre national de lutte antiacridienne agiront avec efficacité. Même en cas d’inaction, si ces groupes parviennent à produire des larves et atteindre le stade adulte, ils s’envoleront vers le sud vers des conditions plus favorables », explique Thami Ben Halima.
Dans le contexte actuel, la prolifération de fausses informations a accompagné cette vague, notamment celles concernant la mobilisation des Canadair (qui ne sont pas adaptés à ce type d’intervention), la diffusion de photos anciennes ou provenant d’autres pays…
Ces fausses informations sèment la peur parmi les agriculteurs et les citoyens, alors qu’en réalité, seules des campagnes de précaution sont menées. Même en cas d’invasion et de lancement des opérations, les agriculteurs n’auraient rien à craindre, car les produits utilisés sont homologués et ne présentent aucun risque, ni pour les cultures, ni pour la santé humaine et animale, nous explique Thami Ben Halima.
« Les pesticides utilisés dans le cadre de la lutte antiacridienne sont homologués par l’ONSSA et appliqués de manière normative et précise par des équipes professionnelles. Ces équipes prennent toutes les précautions nécessaires pour que les pulvérisations aériennes n’aient aucun impact sur les zones humides, les zones écologiquement sensibles, la santé humaine ou la santé animale. Par mesure de sécurité supplémentaire et avant toute intervention, les autorités demandent toujours aux apiculteurs de déplacer les ruchers et aux éleveurs d’éloigner leurs troupeaux des zones de traitement », précise notre expert.
Quand faut-il craindre la présence des criquets pèlerins ?
En temps normal, le Criquet pèlerin vit en faible densité dans des zones arides ou semi-arides, loin des terres agricoles. Durant ces périodes dites de rémission, il ne cause pas de dommages significatifs aux cultures, et les essaims ou bandes larvaires sont rares, voire inexistants.
Une invasion ne survient pas brutalement : elle résulte de plusieurs mois de conditions favorables (reproduction réussie, humidité suffisante). Si rien n’est fait pour la contenir, une résurgence locale peut évoluer en recrudescence, puis en invasion généralisée.
Les criquets grégaires, plus petits (4,5 à 6 cm) que les solitaires (jusqu’à 9 cm), changent de couleur (rose immatures, jaune et noir à maturité) et adoptent un comportement grégaire. Ce phénomène se produit lorsque la végétation commence à se dessécher, incitant les individus ailés solitaires à se rassembler et à former des groupes. Ce regroupement peut survenir pendant qu’ils se réchauffent au soleil, se nourrissent, se perchent ou volent.
20 juillet 2004 , Ain Beni Methar Photo des criquets pèlerins après traitement montrant l’imporance de l’invasion de 2003-2005 (Crédit FAO)Criquet pélerin au sud du Maroc lors de l’invasion 2003-2005 (FAO)
Le passage d’une phase solitaire (peu nuisible) à une phase grégaire (comportement ravageur), ou l’inverse, se fait par des stades intermédiaires appelés transiens. Parmi ces phases transitoires, la transiens congregans (passage vers la grégarisation) est particulièrement cruciale, car elle représente le moment opportun pour une intervention préventive efficace.
Cette transformation Transiens dépend de la densité : dès 250 à 500 adultes/ha ou 0,5 à 5 larves/m², la grégarisation peut s’enclencher, favorisée par des facteurs environnementaux comme les vents convergents, les pluies localisées et la réduction des zones végétales favorables.
Ils forment des bandes larvaires puis des essaims d’ailés, consommant jusqu’à 2,5 g de nourriture par jour (leur poids). Bien qu’ils pondent moins d’œufs que les solitaires, leur reproduction rapide, leur métabolisme accéléré et leur concentration en masse les rendent extrêmement destructeurs.
Photo montrant un essaim de criquet pèlerin au Sénégal (Photo Ben Halima, octobre 2004)
Lorsqu’ils deviennent grégaires, les criquets pèlerins forment d’immenses essaims qui peuvent représenter des densités impressionnantes : au sol, on compte en moyenne 50 criquets par mètre carré (soit 50 millions par kilomètre carré), avec des extrêmes variant de 20 à 150 millions d’individus au kilomètre carré. En vol, leur superficie déployée est deux à trois fois plus importante qu’au repos, tout en maintenant une densité maximale d’environ 10 criquets par mètre cube.
Le cycle journalier des criquets suit un rythme bien établi. À l’aube, ils quittent leurs perchoirs nocturnes et se rassemblent au sol pour absorber la chaleur du soleil avant d’entamer des vols courts et intermittents. Vers midi, lorsque la température dépasse 20°C (ou 23°C par temps couvert), commence leur vol soutenu. Se déplaçant principalement dans le sens du vent, ils avancent à une vitesse légèrement inférieure à celle du vent (environ 3-4 m/s par temps calme), parcourant ainsi jusqu’à 100 kilomètres en une journée après 9 à 10 heures de vol continu.
En fin de journée, environ une heure avant le coucher du soleil, les essaims se posent lorsque les courants thermiques faiblissent, passant la nuit accrochés à la végétation.
L’expérience marocaine dans la lutte antiacridienne
Depuis 2006, la commission de lutte contre le criquet pèlerin de la FAO a mis en place une stratégie préventive pour contrôler les populations de criquets pèlerins. Elle repose sur trois piliers fondamentaux, permettant d’anticiper et de contenir les pullulations avant qu’elles n’atteignent le stade d’invasion :
Une surveillance continue des conditions écologiques dans les zones à risque potentiel ;
La réalisation de prospections intensives suite aux épisodes pluvieux favorables ;
Une intervention rapide et ciblée lorsque les densités de population excèdent les seuils critiques.
Grâce à cette stratégie préventive de de la FAO, plus de 20 résurgences de criquets pèlerins ont été maîtrisées, évitant ainsi le développement d’invasions majeures dans toute la région. Auparavant, dans les pays abritant les zones de reproduction les plus importantes en nombre et en superficie, les prospections étaient trop limitées pour agir efficacement et à temps.
22 juillet 2004, Bouarfa – mobilisation d’unités aériennes pour controler l’invasion acridienne (Crédit FAO).
En temps normal, le Centre national de lutte antiacridienne (CNLAA), basé à Ait Melloul, coordonne exclusivement les actions de surveillance et de traitement préventif. Il suit l’évolution des populations de criquets, mène des prospections dans les zones de reproduction, gère les stocks de pesticides et évalue l’impact environnemental des opérations. Il collabore également avec les instances internationales comme la FAO qui publie un bulletin mensuel sur la situation acridienne.
En temps de crise (recrudescence ou invasion), la coordination passe à un poste de coordination central (PCC) interministériel situé à Rabat, appuyé par 13 postes de coordination régionaux (PCR) répartis le long de trois lignes de défense :
Première ligne de défense : 7 postes de coordination régionaux situés à la frontière sud et sud-est du pays ;
Deuxième ligne de défense : 3 postes de coordination régionaux situés le long des chaînes de l’Atlas ;
Troisième ligne de défense : 3 postes de coordination régionaux situés à l’intérieur du pays.
26 juillet 2004, Agadir- pulvérisation des plantes lors de l’invasion acridienne entre 2003 et 2005 (Crédit FAO).
« Dans le cadre du fonctionnement des postes de commandement régionaux et du poste de commandement central, le ministère de l’Agriculture joue un rôle important. Tous les organismes du ministère situés le long des frontières, d’Oujda à Lagouira, apportent un soutien essentiel aux opérations de lutte antiacridienne, que ce soit pour les prospections ou les interventions. Ce soutien est rendu possible grâce au personnel et aux équipements des Directions provinciales de l’Agriculture (DPA) et des Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA) implantés dans ces zones frontalières », précise notre expert.
Rappellons que la dernière invasion de criquets pèlerins au Maroc, survenue entre 2003 et 2005, a été marquée par l’arrivée d’essaims en provenance de la Mauritanie et du Sénégal. Le manque de pluie a empêché la reproduction de ces criquets qui sont arrivés immatures, une phase particulièrement dangereuse. La crise a été maîtrisée grâce à une intervention aérienne décisive, impliquant des avions gros porteurs, des Turbotrush et des hélicoptères, qui a empêché une reproduction printanière la deuxième année. Au total, 5 millions d’hectares ont été traités lors de cette campagne de lutte, qui a pris fin en mars 2005.
Criquets pèlerins. Le Maroc en état de vigilance contre une probable invasion
Depuis quelques jours déjà, la présence d’essaims de criquets pèlerins a été signalée dans plusieurs régions du sud-est marocain, notamment à Bouarfa, Tata et à Zagora. Cette première nuée fait suite à une importante invasion de criquets pèlerins qui a successivement touché la Libye, l’Algérie puis la Tunisie.
Au Maroc, des dizaines de vidéos et des images circulant sur les réseaux sociaux témoignent de leur présence au Maroc, en particulier dans la région de Tata, où une vidéo montre des criquets de couleur jaunâtre recouvrant un mur.
Selon la FAO, le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) est le ravageur migrateur le plus destructeur au monde, qui peut, en une journée, consommer l’équivalent de son propre poids. Il constitue un risque majeur pour les cultures traversées sur sa route. Le criquet pèlerin se reproduit rapidement, et un seul kilomètre carré d’essaim peut contenir jusqu’à 80 millions d’adultes qui peuvent consommer la même quantité de nourriture que 35.000 personnes.
En temps normal, les criquets pèlerins restent dans les zones arides allant du Maroc (sud et sud-est) au reste du Maghreb, à la péninsule arabique et à l’Asie du Sud-Ouest. Dans ces régions très sèches (moins de 200 mm de pluie par an), les criquets y migrent selon les saisons entre leurs zones de reproduction. Mais en période d’invasion, ils peuvent envahir des terres plus fertiles, y compris au nord de la Méditerranée.
Dans son dernier bulletin de veille sur le criquet pèlerin, la FAO a classé la zone occidentale, comprenant les pays du Maghreb et du Sahel, en zone jaune de vigilance, indiquant que des opérations de lutte sont nécessaires.
Algérie : présence de nombreux groupes de criquets pèlerins, reproduction et larves de premiers stades.
Libye : groupes d’ailés et reproduction en cours.
Tchad : petits essaims signalés dans le nord du pays.
Niger : groupes observés.
Maroc : seuls quelques ailés isolés ont été détectés.
La situation au Maroc
Durant ce mois, 12 signalements de sites de criquets adultes ont été enregistrés. Ces sites positifs sont principalement situés dans la vallée du Drâa, tandis que 73 signalements de sites de criquets adultes ont été rapportés durant les trois derniers mois à Aousserd, Smara, Assa, Twizki, dans la vallée du Drâa et le sud de Zagora.
Le système de veille de la FAO a signalé, au cours du mois de février, la présence de criquets ailés solitaires, isolés et parfois épars, en phase de maturation ou déjà matures. Ces observations ont été faites le long de la vallée du Drâa, de l’est de Foum El Hassan jusqu’au sud-ouest d’Erfoud, avec quelques adultes en accouplement, ainsi que près de la vallée du Ziz-Ghris et au sud des monts Atlas.
Au cours du mois prochain, des criquets ailés solitaires devraient persister dans le sud des monts Atlas, où une reproduction printanière à petite échelle est prévue sur certains sites. Aucun développement significatif n’est attendu, d’après le système de veille de la FAO.
Carte de probabilité du risque acridien au Maroc (source : CRTS)
La situation dans les pays du Maghreb et du Sahel
En Libye, la situation demeure préoccupante dans le sud du pays, où plusieurs champs ont été envahis par ce ravageur. Les autorités évoquent des difficultés majeures à maîtriser l’infestation, compte tenu de l’ampleur de l’invasion.
Les données de la FAO ont signalé, au cours du mois dernier, 38 sites positifs de criquets, dont 3 signalements de sites de criquets grégaires (criquets vivant en groupes), en particulier à proximité des frontières avec la Tunisie et l’Algérie.
De son côté, l’Algérie a signalé une propagation des criquets dans certaines régions frontalières du sud du pays. L’institut algérien de la protection des végétaux a publié un communiqué alertant sur le risque de déplacement du criquet pèlerin vers d’autres régions en raison des vents de sud-est attendus. Les wilayas concernées sont au nombre de 14 : Biskra, Ouargla, El Oued, Touggourt, El Menia, El Meghaier, Djelfa, Laghouat, Ouled Djellal, Tébessa, Khenchela, Batna, Souk Ahras et M’Sila.
En Algérie, selon le site de la FAO, entre le 1er et le 21 mars 2025, 34 sites de présence de criquets au stade larvaire ont été confirmés dans le sud et le sud-ouest algérien, en provenance probable du Niger, et 74 signalements positifs de criquets (402 sites recensés durant les trois derniers mois) dans l’est et le sud algérien. Aucun cas n’a été signalé dans l’Ouest algérien jusqu’à la semaine dernière.
Bien que des criquets aient été signalés dans plusieurs régions du sud de la Tunisie, les autorités affirment que la situation est sous contrôle. Selon les médias locaux, qui rapportent des explications officielles, les criquets proviennent principalement de Libye et d’Algérie en raison des vents récents, et ne représentent pas un risque immédiat pour le nord de la Tunisie, notamment pour la saison céréalière 2025.
Pour le mois prochain, les prévisions de la FAO indiquent que des groupes persisteront dans le sud de l’Algérie, dans le sud et le centre de la Libye, ainsi que dans certaines parties du nord-ouest du Niger, du nord-est du Mali et du nord du Tchad. Avec la montée des températures dans le Sahara, les effectifs acridiens augmenteront avec une génération de reproduction printanière, formant des groupes et des bandes, ce qui nécessitera des campagnes de lutte plus effectives.
Rappelons que la prolifération des essaims de criquets en Afrique du Nord est principalement due à des facteurs environnementaux qui favorisent leur reproduction, telle l’augmentation des précipitations dans ces régions arides. Le changement climatique, avec l’accentuation des phénomènes climatiques violents et imprévus (comme les pluies diluviennes dans le Grand Sahara en septembre 2024), influence également ces invasions.
Dans les temps modernes, notre pays a connu plusieurs périodes d’invasion de criquets : 1914-1919 ; 1927-1934 ; 1941-1948 ; 1954-1961 ; 1987-1989 ; 2003-2005.
Au niveau national, le Centre national de lutte antiacridienne est responsable de la lutte contre ces ravageurs. En plus des unités aériennes et terrestres dont il dispose, le Maroc assure une veille par imagerie satellitaire qui permet de prédire périodiquement, grâce à des modèles, les situations à risque pour les 40 prochains jours (avec une mise à jour tous les 15 jours).