Plateforme défaillante, régime à la peine : l’impasse des auto-entrepreneurs
Les défaillances du portail des auto-entrepreneurs sont nombreuses et répétitives. Elles refont surface suscitant un vif mécontentement parmi ses utilisateurs. Nombre d’entre eux dénoncent des dysfonctionnements récurrents qui entravent gravement leur accès aux services numériques.
Ils tentent, souvent en vain, de se connecter à leur espace personnel afin de déclarer leur chiffre d’affaires ou d’actualiser leur situation professionnelle. Les problèmes signalés sont nombreux : bugs techniques, pannes prolongées du site, impossibilité de se connecter à son espace personnel, ou encore blocage total de certaines fonctionnalités.
En conséquence, ces usagers se retrouvent dans l’impossibilité de réaliser leurs démarches administratives courantes et, surtout, de déposer dans les délais légaux leur déclaration fiscale trimestrielle.
Dans ce contexte, certains témoignages révèlent une frustration grandissante. Un internaute nous confie qu’il lui est impossible de modifier son adresse ou d’actualiser son activité, malgré plusieurs demandes répétées depuis des années.
« Changer d’adresse ou d’activité ? Impossible depuis des années malgré plusieurs demandes. Rien ne bouge », indique-t-il.
« La plateforme ne renvoie jamais le mot de passe, les gens ne peuvent jamais se connecter », témoigne un autre utilisateur.
Le formulaire de contact en ligne reste souvent sans réponse, laissant les auto-entrepreneurs livrés à eux-mêmes face à leurs démarchesDe nombreux usagers peinent à trouver un véritable interlocuteur pour les accompagner dans leurs démarches. Le seul canal de contact proposé est un formulaire en ligne, accessible depuis le portail. Mais selon plusieurs auto-entrepreneurs, cette interface reste sans suite : aucun accusé de réception automatique et, bien souvent, aucun retour des équipes de support.
Pour une partie des auto-entrepreneurs, notamment ceux moins familiers avec les outils digitaux, ce manque d’accompagnement peut rapidement devenir un frein.
Contactée, une source autorisée à Barid Al-Maghrib s’explique : « Il s’agit d’un incident technique qui a temporairement perturbé l’accès au portail des auto-entrepreneurs. L’anomalie a été rapidement prise en charge, et le service est désormais rétabli ».
Et d’ajouter : « Un plan d’action est en cours de mise en œuvre afin de renforcer davantage la plateforme et d’éviter que ce type de situation ne se reproduise à l’avenir. À ce jour, le portail fonctionne normalement, et nous restons attentifs à toute alerte afin d’assurer un service continu et fiable à l’ensemble des utilisateurs ».
Des dysfonctionnements qui reviennent, encore et encore
Or, ce problème ne date pas d’hier. Il s’agit d’un dysfonctionnement récurrent qui s’aggrave à chaque période de forte affluence, notamment lors des échéances de déclarations trimestrielles ou à l’approche de la fin d’année. Ce fut le cas en janvier 2025, lorsque le portail est resté inaccessible pendant plus d’une semaine, paralysant de nombreux usagers. Ce fut le cas également en février 2024. Si on remonte encore plus loin, nous avons consacré un article à ce sujet en 2018.
Dès lors, une question s’impose : si ces blocages sont connus, documentés et se répètent systématiquement, pourquoi rien ne change ? Pourquoi ces bugs persistent-ils ? Pourquoi n’a-t-on toujours pas mis en place une solution durable, une bonne fois pour toutes ?
Le soutien au régime des auto-entrepreneurs s’essouffle-t-il ?
Le statut d’auto-entrepreneur, introduit avec enthousiasme comme un levier d’intégration formelle d’une partie de l’économie informelle, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un véritable paradoxe. D’un côté, il est promu par les pouvoirs publics comme une solution accessible et simplifiée pour encourager l’entrepreneuriat individuel. De l’autre, certaines institutions, à commencer par la Direction générale des impôts, manifestent une réserve face à son efficacité réelle.
En témoignent les chiffres officiels : seuls 27.000 auto-entrepreneurs déclarent effectivement leurs revenus, soit à peine 6,3% des personnes inscrites au registre. Ce taux de non-déclaration, extrêmement élevé, fait du régime de l’auto-entrepreneur l’un des dispositifs fiscaux les moins respectés du système marocain, soulevant des interrogations sur sa viabilité, sa gouvernance et sa crédibilité à long terme.
« Malgré une fiscalité très allégée, la grande majorité des auto-entrepreneurs ne respectent pas leurs obligations déclaratives. Le statut d’auto-entrepreneur est une forme de légalisation de l’informel », a déclaré Younes Idrissi Kaitouni, directeur général des Impôts, à l’occasion des Grands Rendez-vous de Médias24.
Ainsi, au-delà des difficultés techniques, certains utilisateurs font part d’un certain découragement. À leurs yeux, la récurrence des blocages pourrait traduire un manque d’attention ou d’engagement envers ce régime, voire, selon certains, une forme d’inflexion dans la manière dont il est perçu et soutenu.

