Caixabank et Cofides accordent 664 MDH à Acciona pour le projet de dessalement de Casablanca
Chaque entité a accordé un prêt de 31 millions d’euros. Le projet représente un investissement total de plus de 650 millions d’euros (près de 7 milliards de dirhams).
Acciona fait partie d’un consortium international sélectionné pour la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance d’une usine de dessalement au sud-ouest de Casablanca, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP).
L’usine, dont les travaux ont été lancés le 10 juin dernier, desservira cinq villes, avec une capacité installée de 300 millions de mètres cubes par an, principalement destinés à la consommation humaine.
Dans un communiqué, Cristina García, directrice du financement de projets d’infrastructures chez Corporate & Investment Banking (CIB) de CaixaBank, a souligné le rôle crucial joué par la succursale de la banque au Maroc dans cette opération : « CaixaBank dispose d’une licence bancaire au Maroc depuis 2009, où elle a trois bureaux – à Casablanca, Tanger et Agadir. À partir de là, elle propose des services de commerce extérieur et de banque d’affaires aussi bien aux entreprises espagnoles déjà établies dans le pays ou envisageant d’entrer sur le marché marocain, qu’aux grandes entreprises marocaines et multinationales. CaixaBank est devenue la banque de référence des entreprises espagnoles présentes au Maroc. Environ 60% des 800 entreprises espagnoles opérant dans le pays sont clientes de cette succursale au Maroc ».
Cofides est une entreprise publique espagnole spécialisée dans la gestion de fonds publics.
EXCLUSIF. Détails inédits sur la station de dessalement de Casablanca
Où en est le projet de la station de dessalement de Casablanca qui permettra de sécuriser l’eau potable et qui sera appelée à desservir une aire géographique dont la population est estimée à 6,7 millions d’habitants ? Quelles sont les étapes franchies? Comment est structuré le projet ? Quel est l’apport de chacun des membres du Consortium ? Quelle est la part du financement bancaire ?
Ces questions et bien d’autres, nous les avons posées au groupement mené par Actionna au lendemain de la signature du contrat officialisant l’adjudication du projet, fin 2023. Cette signature permettait aux trois partenaires Acciona, Green of Africa (GOA) et Afriquia Gaz de se mettre à l’œuvre, mais aussi de lever les barrières à la communication autour du projet.
Cela dit, les réponses à nos interrogations n’ont été reçues que récemment car, selon nos interlocuteurs, il restait un volet administratif important avant que le démarrage soit effectif et de pouvoir ainsi communiquer les détails : l’émission de l’ordre de service par l’ONEE. Celui-ci a été signé début avril 2024.
En exclusivité, la maquette de la future station de dessalement de Casablanca (c) Médias24
Le premier coup de pioche dans les semaines à venir
« Depuis la signature du contrat, nous nous sommes attelés avec l’ONEE à lever toutes les conditions requises pour le démarrage des travaux, notamment la mise à disposition du site, la mise en place des assurances et du schéma de financement des travaux, en attendant le closing financier du projet », nous confie un porte-parole du groupement.
Et de poursuivre, « comme ces conditions ont été levées fin mars, l’ordre de service est émis par l’ONEE le 1er Avril 2024. On peut donc affirmer qu’officiellement la date contractuelle de démarrage du projet est le 1er avril 2024″.
Selon la même source, au regard de l’urgence du projet, le groupement n’a pas attendu la fin de ces formalités pour engager le travail.
« Les travaux ont déjà démarré. Car, bien avant le premier coup de pioche actant le début de la phase de construction, il y a des travaux d’étude, d’ingénierie, d’achat des équipements et de sous-traitance des travaux qui doivent être faits. Ceux-ci ont déjà démarré bien avant l’émission de l’ordre de service ».
« Parallèlement à ces missions, nous travaillons avec le Consortium bancaire international pour le bouclage du financement du projet avant fin septembre 2024 », nous confie notre interlocuteur qui précise « qu’en attendant, les travaux seront financés par les actionnaires qui vont avancer des fonds propres. C’est le seul moyen de démarrer rapidement le projet et de le mettre en service fin 2026« .
Notre source assure que les travaux de terrassement, quant à eux, vont également démarrer la semaine du 15 avril.
Le groupement maintient donc l’échéance de 2026 pour la mise en service de la première tranche. Lors de cette première phase, la station doit atteindre une capacité de 548.000 m3 par jour (200 millions de m3 par an), extensible à 822.000 m3 par jour (300 millions de m3 par an) d’eau traitée dans une seconde phase.
Un investissement de 11 MMDH, dont 6,5 MMDH pour l’usine de dessalement
En ce qui concerne la structuration financière du projet, notre source au groupement explique que le projet nécessite un investissement total de 11 MMDH.
Ce montant sera financé par l’apport en fonds propres des actionnaires et par de la dette. Sur les 11 MMDH, 6,5 MMDH concernent la composante usine de dessalement, dont le financement est supporté par le consortium.
« Pour l’usine de dessalement, l’investissement se fera en deux phases : 5,1 MMDH pour la phase 1 et le reste pour la phase 2 relative à l’extension du projet ».
En termes de financement, « la partie dette sera financée par un seul consortium bancaire, avec 35% pour les banques nationales et 65% pour les banques internationales ».
Un parc éolien de 360 MW à Bir Anzarane
L’autre composante du projet est le parc éolien qui, lui, nécessitera un investissement de 4,5 MMDH, entièrement supporté par GOA seul et financé sur le marché national.
« Ce sera la première usine de dessalement au monde qui sera alimentée à 100% en énergie renouvelable. L’électricité d’origine éolienne sera livrée à partir du parc éolien de Bir Anzarane de 360 MW de puissance installée. La demande de l’usine de dessalement représentera 45% de la production de ce parc », avancent nos sources.
Et d’ajouter, « il est à noter que ce Projet dispose de toutes les autorisations requises et que, pour l’évacuation de sa production, nous finançons et réalisons pour le compte de l’ONEE le raccordement de Dakhla à Boujdour en 400 kV pour un montant de 750 millions de DH. L’acheminement de la production de ce parc se fera donc à travers le réseau ONEE existant ».
Les autorisations ont été obtenues, selon nos sources, en 2022 pour une durée de trois ans prorogeable à cinq ans. Ce qui veut dire que GOA, qui gère ce volet, doit livrer son projet au plus tard en 2027.
« Les contrats de travaux pour sa réalisation sont déjà signés avec les prestataires. La mise en service du parc éolien se fera bien avant le démarrage de l’usine de dessalement« , affirme le groupement.
Qu’en est-il du coût de transport ? Notre source rappelle que ce prix « est désormais fixé par l’ANRE en toute transparence ». En effet, en février dernier l’ANRE a fixé les tarifs d’accès et d’utilisation du réseau électrique national de transport pour la période 2024-2026, menant à une diminution moyenne de 38% en comparaison de l’année 2023.
Autrement dit, le business plan du projet a été fait sur la base des anciens tarifs, plus élevés. À cette question, notre source répond, « la décision de l’ANRE va être répercutée sur le prix de l’eau au bénéfice de l’ONEE ».
ADEC, l’entité qui contractualise avec ONEE
Par ailleurs, nous apprenons que l’entreprise projet dédiée à la station de dessalement de Casablanca a été créée. Dénommés Al Baidaa Desalination Company (ADEC), « شركة البيضاء لتحلية المياه », cette société aura pour actionnaire les trois membres du consortium avec une répartition de capital comme suit :
o Acciona : 50%
o Green of Africa (GOA) : 45%
o Afriquia Gaz : 5%
Le constructeur de l’usine de dessalement est Acciona. Le fournisseur de l’électricité verte dans le cadre de la loi 13-09 est Green of Africa. Quant à Afriquia Gaz, son rôle est purement financier, comme il nous a été expliqué.
ADEC, c’est l’acteur central du projet. Selon nos sources, elle aura quatre contrats avec les différentes entités parties prenantes du projet. Le premier est un contrat de construction avec Acciona Agua. Le deuxième est un contrat de fourniture d’électricité avec GOA. Le troisième est un contrat de fourniture d’eau avec ONEE. Et le dernier est un contrat d’exploitation et de maintenance (O&M) de l’unité de dessalement, avec une société de service détenue par Acciona (60%) et GOA (40%).
Si les trois premiers contrats sont cohérents, le dernier suscite tout de même une interrogation. Pourquoi ce n’est pas ADEC qui se charge de l’exploitation et de la maintenance ? Est-il nécessaire de passer par une autre entreprise ? Notre source explique que « c’est Acciona qui dispose de l’expertise O&M et, dans ce cadre, elle garantit les performances de l’usine à la société. C’est aussi pour que le risque O&M ne soit pas supporté par la société projet. La présence de GOA dans le capital de cette société de service a, quant à lui, pour objectif d’acquérir l’expertise dans ce domaine. Cette structuration est adoptée dans tous les grands projets tel que celui-ci ».
Et de poursuivre, « chacun de ces contractants garantit ses performances vis-à-vis de l’ADEC ».
Un prix moyen inférieur à 4,50 DH/m3
En ce qui concerne le prix, le groupement confie que le prix moyen actualisé sur 27 ans, sortie usine, est inférieur à 4,50 DH/m3. « Ce prix est en ligne avec celui de projets similaires adjugés ces quatre dernières années dans la région MENA », commente notre source.
« Tout projet de cette dimension comporte des risques. Mais le plus important, c’est que ces risques sont totalement assumés par les investisseurs, puisque le prix du m3 offert à l’ONEE et les garanties de performances associées sont totalement supportés par les investisseurs ».
33 stations monoblocs de dessalement et de déminéralisation à Casablanca-Settat
Ce projet fait partie d’une soixantaine de nouveaux projets présentés ce lundi 4 mars par le Conseil régional de Casablanca-Settat lors de sa session ordinaire, et programmés dans le cadre de son Plan de développement régional (PDR) pour la période 2022-2027.
Un total de 13 projets dans le secteur hydrique, l’environnement et le développement durable ont été présentés par le président de la région, totalisant plus de 439,9 millions de DH, dont 400 MDH alloués à ce projet de mise en place de stations de dessalement de l’eau de mer et de déminéralisation de l’eau saumâtre.
Concrètement, il vise à renforcer l’approvisionnement de Casablanca-Settat en eau potable, en particulier dans le milieu rural, compte tenu de la situation hydrique critique de la région cette année.
Un projet financé à 68% par le ministère de l’Intérieur
Dans le détail, il s’agit d’un projet de convention de partenariat entre le ministère de l’Intérieur, la wilaya de Casablanca-Settat, le Conseil régional de Casablanca-Settat, la régie autonome multi-services d’Agadir et la régie autonome intercommunale de distribution d’eau et d’électricité d’El Jadida, pour la participation au financement de l’acquisition de ces unités de dessalement et de déminéralisation.
Ce projet sera financé par :
– le ministère de l’Intérieur à hauteur de 272 MDH, à raison de 189 MDH en 2024 et 83 MDH en 2025 ;
– la région de Casablanca-Settat à hauteur de 128 MDH, à raison de 77 MDH en 2024 et 51 MDH en 2025.
Les prestations à réaliser sont les suivantes :
– la mise en place des stations monoblocs ;
– la prospection et l’équipement des forages ;
– le raccordement des nouvelles stations monoblocs au réseau d’électricité et au réseau d’eau potable ;
– le raccordement des stations monoblocs de dessalement existantes au réseau électrique et au réseau d’eau potable.
En quoi consiste le projet ?
Ce projet consiste en la réalisation de huit stations monoblocs de dessalement de l’eau de mer et de 25 stations monoblocs de déminéralisation de l’eau saumâtre, répartis comme suit :
– Benslimane : deux stations de dessalement, dont une avec un débit de 10 l/s et une autre avec un débit de 20 l/s, ainsi que deux stations de déminéralisation d’un débit de 20 l/s ;
– Berrechid : six stations de déminéralisation d’un débit de 3 l/s, deux autres de 10 l/s et une station avec un débit de 20 l/s ;
– El Jadida : trois stations de dessalement de l’eau de mer d’un débit de 5 l/s, une autre de 10 l/s et une autre de 20 l/s ;
– Médiouna : une station de déminéralisation de 3 l/s et une autre de 5 l/s ;
– Mohammadia : une station de déminéralisation avec un débit de 10 l/s ;
– Nouaceur : une station de dessalement de 5 l/s et une station de déminéralisation de 3 l/s ;
– Settat : six stations de déminéralisation avec un débit de 3 l/s, une station de 10 l/s et une autre de 20 l/s ;
– Sidi Bennour : deux stations de déminéralisation, dont l’une avec un débit de 3 l/s et l’autre de 5 l/s.
Au total, huit stations de dessalement seront mises en place, dont quatre avec un débit de 5 l/s, deux autres de 10 l/s et deux autres de 20 l/s, en plus de 25 stations de déminéralisation dont 15 de 3 l/s, deux stations avec un débit de 5 l/s, quatre de 10 l/s et quatre autres de 20 l/s.
Ce programme inclut également le raccordement de quatre stations monoblocs de dessalement existantes aux réseaux de distribution d’eau potable et d’électricité, qui se situent à Berrechid, El Jadida et Sidi Bennour.
Dessalement de Casablanca : Acciona et Green of Africa structurent leur plan de financement
Plus d’un an et demi après le lancement du processus pour sélectionner l’opérateur chargé de la réalisation de la station de dessalement d’eau de mer de la région Casablanca-Settat, l’annonce de l’adjudicataire se fait attendre. Pourtant, Nizar Baraka a expliqué lors de son passage au Parlement que les travaux démarreront début 2024.
Ce 13 novembre, aucune communication officielle sur l’adjudicataire n’avait encore été faite. Deux consortiums sont restés en lice : le premier est celui d’Acciona (Espagne) avec Green of Africa et Afriquia Gaz. Le second est celui de Nareva avec la CIMR, Itochu (Japon) et Suez (France).
Lequel de ces deux groupements engagera ces travaux ? Vu les délais, peut-être une communication est-elle imminente.
Cependant, selon nos informations, le groupement composé d’Acciona (50%), Green of Africa (45%) et Afriquia Gaz (5%), pressenti grâce à une offre avantageuse, est en train de lever les financements.
Le plan financier du groupement propose un investissement de plus de 9,5 milliards de DH pour la première phase de l’usine concernant 200 millions de m3, à livrer en principe en 2026. Cette mise initiale devrait être financée à près de 80% par de la dette, soit plus de 7,5 milliards de dirhams.
Rappelons que selon les documents de l’avis de pré-qualification publié en mars 2022, le projet consiste à concevoir, financer, réaliser et exploiter pendant une durée de 30 ans (3 ans pour la réalisation et 27 ans pour l’exploitation) une station de dessalement d’eau de mer, ayant une capacité de 548.000 m3 par jour (200 millions de m3), extensible à 822.000 m3 par jour (300 millions de m3) d’eau traitée, y compris les travaux maritimes de prise d’eau de mer et de rejet, ainsi que son alimentation électrique essentiellement par de l’énergie renouvelable.
La station approvisionnera 6,7 millions d’habitants
L’objectif de cette station est de sécuriser l’alimentation en eau potable du Grand Casablanca, de la zone de Berrechid-Settat et de la zone d’El Jadida-Azemmour, et d’atténuer le déficit en eau enregistré dans le bassin de l’Oum Er-Rbia.
Aussi, la station de dessalement d’eau de mer de Casablanca est appelée à desservir une aire géographique dont la population est estimée à 6,7 millions d’habitants.