La DGM se transformera en Agence nationale de la météo (Nizar Baraka)
Sur le thème « Services climatiques et alertes précoces : vers un renforcement de la résilience », cette rencontre, tenue avec la participation de décideurs politiques, d’experts techniques et scientifiques, ainsi que de partenaires socio-économiques, a été l’occasion de mettre en avant l’importance cruciale des services climatiques pour des secteurs vitaux tels que l’agriculture, les ressources en eau, l’énergie, les transports et la santé publique.
Le ministre de l’Équipement et de l’eau a, lors de son intervention, rappelé l’importance cruciale des services climatiques et des systèmes d’alerte précoce dans l’anticipation des risques liés aux changements climatiques, insistant sur la nécessité d’une approche intégrée et centrée sur les citoyens. Selon Nizar Baraka, les services climatiques ne doivent pas seulement servir à prévoir, mais également à « protéger les populations et à renforcer la résilience des territoires et des économies ».
Le ministre a dans ce sens insisté sur le rôle fondamental de l’impact dans la conception et le déploiement de ces services. « Il est désormais clair que le développement des services climatiques efficaces ne peut se faire sans une approche intégrée basée sur l’impact : l’impact sur les citoyens, sur leur vie quotidienne, mais aussi l’impact économique et social ».
La pertinence des services à travers la coconstruction
Le ministre a d’autre part plaidé pour une logique de co-construction, impliquant directement les usagers dès la phase de conception. « Il nous faut absolument placer les utilisateurs au cœur de la démarche, en les associant dès la conception des outils ».
« Cette logique de coconstruction est la clé, d’abord pour garantir la pertinence, l’appropriation, mais surtout l’utilité concrète des services qui sont déployés, notamment dans les secteurs sensibles comme la gestion de l’eau, l’agriculture, la santé, les infrastructures, l’aménagement du territoire, sans oublier évidemment les eaux et forêts », a-t-il ajouté.
Le ministre a également mis en avant le rôle croissant des technologies innovantes dans la modernisation des services climatiques. « Le recours accru aux technologies innovantes, telles que l’intelligence artificielle, les systèmes satellitaires – et j’ajouterai nano-satellitaires – ainsi que les plateformes numériques, offre aujourd’hui des perspectives inédites pour améliorer la précision, la rapidité, l’accessibilité et la qualité des prévisions ».
Dans cette dynamique, le développement des prévisions climatiques fondées sur les impacts est devenu, selon lui, un axe prioritaire. « Il s’agit non seulement d’anticiper les évolutions climatiques – et Dieu seul sait combien le débat est vif entre changement climatique et dérèglement climatique, une question à laquelle il nous faudra bien répondre –, mais aussi et surtout d’en anticiper les effets tangibles sur nos systèmes socio-économiques ».
Le responsable gouvernemental a également appelé à un renforcement des synergies institutionnelles, estimant que l’intégration des services d’alerte précoce et des services climatiques dans les politiques publiques nécessite des mécanismes de coordination plus efficaces. « Nous devons renforcer les synergies entre institutions afin d’assurer une meilleure intégration des services dans les politiques publiques. Cela passe par la consolidation des mécanismes de concertation intersectorielle, la mise en place d’une gouvernance efficace à travers la commission interministérielle qui agit déjà fortement dans ce domaine ».
Une gouvernance climatique plus cohérente
Le ministre a en outre insisté sur la nécessité d’une gouvernance climatique plus cohérente, agile et territorialisée, capable de répondre aux besoins concrets des utilisateurs. « Il nous faut une gouvernance climatique qui soit plus proche des besoins réels des territoires et des citoyens. Une approche territorialisée est indispensable pour mieux partager les connaissances, orienter les actions et renforcer notre capacité d’adaptation face aux effets du climat », a-t-il souligné.
Dans cette dynamique, la reconnaissance du réseau climatique d’État comme infrastructure nationale stratégique s’impose, selon le ministre, comme une évidence. « Je peux vous assurer que nous allons tout faire pour le mettre en place rapidement ». Ce réseau constitue un pilier fondamental pour garantir une observation continue, assurer la qualité des données et la fiabilité des services produits, autant de conditions « sine qua non pour une prise de décision éclairée et efficace ».
Le PPP pour accélérer le développement des nouveaux services
Par ailleurs, le ministre a insisté sur l’importance de l’investissement dans l’innovation, soulignant le rôle déterminant des partenariats public-privé.
« L’innovation ne peut être durable sans investissement. Le rôle des partenariats public-privé devient ici essentiel, non seulement pour accélérer le développement des nouveaux services, mais aussi pour mobiliser les ressources financières nécessaires ».
Il a dans le même esprit appelé à renforcer les capacités locales et régionales, afin d’autonomiser les acteurs de terrain dans l’utilisation et l’interprétation des données. « Nous devons œuvrer à renforcer les capacités locales et régionales, afin de donner aux acteurs territoriaux les moyens d’utiliser, d’interpréter et surtout de valoriser les informations climatiques en toute autonomie », a insisté Nizar Baraka.
La coopération internationale et régionale, notamment dans le cadre de la coopération Sud-Sud, constitue un autre levier à activer. « Les échanges entre pays permettent de partager des expériences réussies, de mutualiser les efforts et de bâtir des initiatives conjointes porteuses de résilience ».
Dans ce sens, il a plaidé pour un partage sécurisé et équitable des données climatiques, le qualifiant de « levier fort de l’action publique ». Un partage nécessaire à la transparence, à la coordination et à l’efficacité des réponses collectives.
« Il est nécessaire de communiquer avec les citoyens et de les intégrer dans le processus de réaction et d’action face aux événements climatiques extrêmes ».
Le financement climatique pour transformer les ambitions en actions
Pour que les ambitions se concrétisent, le financement climatique apparaît comme un enjeu structurant. « Rien ne pourra se faire sans un soutien financier conséquent. Le financement climatique, notamment par les banques multilatérales de développement, constitue un axe important. Mais il y a aussi le financement vert et les obligations vertes, que l’on pourrait mobiliser pour financer ces modèles et les systèmes d’alerte indispensables à l’action », a-t-il précisé.
Un financement, selon lui, qui conditionne la capacité à transformer les ambitions en actions tangibles, à atteindre les plus vulnérables et à construire une résilience réelle et durable.
La DGM, une institution amenée à se réformer
Le ministre a également salué le rôle stratégique joué par la Direction générale de la météorologie (DGM). « La DGM joue un rôle de premier plan en tant qu’acteur régional de référence. Ce positionnement stratégique, reconnu à l’échelle internationale, reflète un engagement constant, une excellence scientifique et une volonté de coopération active avec ses partenaires régionaux« , a-t-il affirmé.
Face aux défis croissants imposés par les dérèglements climatiques, Nizar Baraka estime toutefois que cette institution doit entamer une transformation structurelle. « Les défis à venir exigent une transformation en profondeur. C’est pourquoi, en tant qu’autorité de tutelle, nous sommes engagés dans l’accompagnement de la DGM dans sa transformation institutionnelle pour en faire une agence nationale de la météorologie, avec un statut à la hauteur de ses missions », a-t-il précisé.
Cette réforme s’inscrit selon le ministre dans le cadre de la vision 2035 du ministère, qui accorde une place centrale à la résilience, à la science et à l’innovation dans les politiques publiques.
« La Direction générale de la météorologie est prête à s’investir pleinement pour accompagner nos frères africains, en vue de développer un centre africain de météorologie et de prévision à moyen terme. Il s’agira d’un outil stratégique pour agir et anticiper les actions futures à l’échelle régionale », a-t-il conclu.
