Casablanca : saisie de plus de 107.000 comprimés psychotropes (DGSN)

Un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) indique que cette opération sécuritaire s’est également soldée par l’arrestation de trois individus soupçonnés de liens avec un réseau criminel de trafic de stupéfiants et de substances psychotropes.

Selon les premiers éléments de l’enquête, les services de la police de Casablanca avaient interpellé mercredi une personne en flagrant délit de détention et de trafic de 9.000 comprimés de type « Rivotril« , avant que les investigations ne conduisent à l’interpellation de trois autres individus pour liens présumés avec cette activité criminelle.

Les perquisitions ont permis de saisir le reste de cette quantité record de comprimés hallucinogènes, qui allaient être écoulés au niveau national.

Les quatre suspects ont été soumis à l’enquête judiciaire sous la supervision du parquet compétent, en vue d’arrêter toutes les personnes impliquées dans ce réseau criminel et révéler leurs éventuels liens avec d’autres réseaux de trafic de stupéfiants et de psychotropes.

Possession de drogue : amende record au tribunal de Aïn Sebaâ

Le tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ à Casablanca a prononcé une sanction pécuniaire exceptionnelle de 4.353.767.660 DH à l’encontre d’un individu poursuivi pour possession illégale de drogue. Selon le dispositif de ce jugement rendu le 27 mars 2025, l’amende représente le double de la valeur des drogues concernées.

L’affaire, qui a été jugée au bout de deux audiences, aurait pu passer inaperçue, mais c’était sans compter les montants astronomiques en jeu. À titre de comparaison, le célèbre baron du trafic de drogue Mounir Rammach avait été condamné au début des années 2000 à près de 3,5 milliards de DH.

En plus de cette lourde amende, le prévenu, un certain A.K., a été condamné à six mois de prison avec sursis. Une somme additionnelle de 108.844.190 DH devra également être versée, correspondant à la valeur des drogues qui n’ont pas pu être saisies lors de l’enquête.

La sanction pécuniaire infligée devra être versée à l’Administration des douanes et des impôts indirects (ADII), partie civile dans cette affaire. Les drogues saisies ont été confisquées, et les frais judiciaires seront à la charge de l’accusé.

Médias24 livre ces éléments en attendant plus de détails. Au moment où nous rédigions ces lignes, nous n’avions pas encore élucidé les circonstances de l’affaire ni la nature ou la quantité exacte des produits saisis. Démarré fin février à la chambre correctionnelle, le procès a été jugé au bout de deux audiences.

Saisie de près de deux tonnes de résine de cannabis à Kénitra

Selon un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), cette opération a été coordonnée avec les services de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) aux premières heures de ce jeudi 27 mars.

Les enquêteurs ont ainsi réussi à intercepter un véhicule utilitaire sur la route reliant Kénitra et Sidi Allah El Bahraoui. Les perquisitions effectuées sur place ont permis la découverte de quelque 50 ballots totalisant 1.924 kilogrammes de résine de cannabis, en plus de plusieurs fausses plaques d’immatriculation.

Selon la même source, des investigations sur le terrain sont toujours en cours pour l’arrestation du conducteur du véhicule qui a réussi à prendre la fuite, et de ses éventuels complices.

Saisie de plus de 53.000 comprimés d’ecstasy à Béni Ansar

Le premier mis en cause a été appréhendé immédiatement après son arrivée à bord d’une navette maritime en provenance d’un pays européen, indique une source sécuritaire, ajoutant que l’opération de perquisition et de fouille de son véhicule a permis la saisie en sa possession de 53.400 comprimés psychotropes de type ecstasy.

Les investigations menées dans le cadre de cette affaire ont permis d’identifier un deuxième suspect pour sa participation présumée à cette activité criminelle, qui a été arrêté à la suite d’une opération sécuritaire menée au niveau du port maritime de Béni Ansar, a-t-on ajouté de même source.

Les comprimés d’ecstasy saisis le 26 février 2025 au port de Béni Ansar.

Les mis en cause ont été placés en garde à vue à la disposition de l’enquête judiciaire menée sous la supervision du parquet compétent, en vue d’élucider les tenants et aboutissants de cette affaire, d’identifier l’ensemble des individus impliqués et de déterminer les éventuelles ramifications de cette activité criminelle aux niveaux national et international, précise la même source.

Cette opération conjointe s’inscrit dans le cadre des efforts intenses et continus menés par les différents services de sûreté pour lutter contre le trafic international de drogues et de psychotropes, ainsi que toutes les formes de criminalité transfrontalière.

Casablanca : un individu arrêté pour avoir volontairement percuté plusieurs personnes dans un service-drive

Port de Casablanca : saisie de 3,619 tonnes de Chira (source sécuritaire)

Canaries : avec la coopération de la DGST, saisie de plus de 4,7 tonnes de haschich

L’opération, rendue possible grâce à une « étroite coopération policière » avec le Maroc, a permis de déployer un dispositif de surveillance maritime qui a localisé les embarcations chargées de 131 ballots de drogue à environ 80 kilomètres au large des côtes, rapporte mardi la presse locale en citant des sources policières.

Les quatre membres d’équipage des deux embarcations ont été interpellés par les unités de la Guardia Civil présentes sur place lors de cette intervention en haute mer.

Les mis en cause ont été placés à la disposition de la justice espagnole, qui a ordonné leur détention provisoire, indique la même source.

(Avec MAP)

El Guergarat : la Douane intercepte 38 kg de cocaïne

Cette opération effectuée à l’import, conjointement avec les services de la Sûreté nationale, a été réalisée à la suite d’un contrôle par scanner d’un véhicule en provenance de l’étranger, indique un communiqué de la Direction régionale des Douanes de Dakhla-Oued Eddahab.

Les quantités de drogue saisies étaient dissimulées dans une cachette aménagée au niveau de la cabine dudit véhicule, précise la même source.

Coopération sécuritaire : un haut responsable américain en visite au Maroc

Le secrétaire adjoint Todd D. Robinson s’entretiendra avec des responsables de la sécurité, de la justice et de « l’application des lois sur l’importance des systèmes de justice transparents, responsables et efficaces en tant qu’éléments essentiels de la bonne gouvernance, et soulignera l’engagement des États-Unis à soutenir ces nations, à renforcer leurs cadres juridiques et à améliorer leurs capacités d’application de la loi », annonce un communiqué du département d’Etat américain.

Les ravages psychosociaux de Lbouffa exposés par le Dr Hachem Tyal

Comme indiqué dans un précédent article, au centre d’addictologie du CHU de Casablanca qui reçoit en moyenne une quarantaine de patients par jour, depuis près de deux ans, une admission sur deux concerne désormais des toxicomanes accros à Lbouffa. C’est dire à quel point cette drogue se répand fortement.

Il s’agit de débris de cocaïne, synthétisés à partir d’une réaction chimique avec de l’ammoniac ou des bicarbonates de soude. Brûlés puis inhalés, ces cristaux, qui peuvent être extrêmement toxiques (l’ammoniac est un puissant corrosif), produisent un effet « stimulant », et confèrent une forte assurance et une estime de soi accrue.

Cette drogue de synthèse, apparentée à de la cocaïne de très mauvaise qualité, provoque non seulement des troubles du comportement, mais aussi des dépassements qui peuvent aller jusqu’au passage à l’acte criminel, alerte le Dr Hachem Tyal, président de la Fédération nationale de la santé mentale, contacté à ce sujet.

La drogue se répand rapidement, notamment à cause de son prix de vente abordable. À titre de référence, Lbouffa est vendue à 100 DH le gramme, l’équivalent de 5 à 7 doses, soit moins de 20 DH la dose, contrairement à la cocaïne « crue », c’est-à-dire non synthétisée, ou « cuite », dont le prix du gramme varie entre 600 et 700 DH.

C’est pourquoi Lbouffa est surnommée la « drogue du pauvre ». L’accessibilité de cette drogue est d’ailleurs une des raisons principales pour lesquelles elle fait des ravages. « Le prix est tellement bas qu’on en consomme à tour de bras », constate notre interlocuteur.

Accro dès la première prise

Lbouffa est aussi et surtout « la drogue qui a le plus gros pouvoir addictif jusqu’à présent. Dès la première prise, une envie irrépressible incite à en reprendre et on est prêt à tout pour assouvir ce besoin », fait savoir le Dr Tyal.

D’autant plus que son mode d’utilisation n’est pas très compliqué. Le produit est chauffé dans un premier temps sur une plaque à feu doux, puis mélangé à de l’ammoniac jusqu’à ce qu’il prenne la forme de cristaux, nous explique-t-on.

Il est ensuite soit inhalé à l’aide de pipes en verre, soit fumé. Les jeunes aspirent généralement la fumée dans une petite bouteille d’eau bricolée, à travers un stylo à bille vidé de son encre qui fait office de paille.

Lbouffa provoque chez le consommateur un effet immédiat, et la descente est aussi rapide que l’euphorie intense produite au moment de la prise. Le drogué peut ainsi vite devenir très irritable et violent, ce qui explique « l’envie irréfrénable » d’en reprendre aussitôt, précise le spécialiste.

Par ailleurs, pour apaiser ces montagnes russes émotionnelles, les consommateurs de Lbouffa se retrouvent souvent à prendre d’autres drogues, notamment une benzodiazépine (le rivotril en l’occurence). Cela leur permet de surmonter l’état de dépression qui survient peu après la consommation, poursuit-il.

L’adolescent, victime parfaite de Lbouffa

L’accessibilité de cette drogue et l’immédiateté de la sensation d’euphorie séduisent les jeunes et adolescents, principales victimes de Lbouffa, nous fait savoir le spécialiste. Leur fragilité émotionnelle favorise également le processus d’addiction.

« Les adolescents ont généralement à ce stade un comportement qui défie l’autorité et résiste aux règles établies. Ils aiment aussi prendre des risques, et sont à la recherche de nouvelles expériences et d’une validation des pairs en reproduisant leurs comportements pour ne pas être exclus. »

L’adolescence est ainsi le moment par excellence pour tomber dans l’addiction, car toutes les conditions sont réunies. « Certains peuvent développer des maladies mentales à l’occasion d’une seule prise, mais la plupart développent des troubles du comportement plus ou moins graves. »

À la moindre sensation de manque, les consommateurs accros ont une attitude agressive et peuvent faire du mal aux autres comme à eux-mêmes. En dehors des dépassements que provoque cette drogue, les retombées sur l’appareil cardiovasculaire et respiratoire, ainsi que le système nerveux, sont fréquents, voire irréversibles, nous explique-t-on.

Mettre le doigt sur la plaie

Pour le Dr Tyal, « expliquer ce qu’est Lbouffa et parler de ses effets non seulement sur le consommateur, mais aussi sur son entourage, est nécessaire ». « On a tendance à penser que ces malheurs n’arrivent qu’aux autres, mais personne n’est à l’abri de l’addiction. »

Il faut aussi sensibiliser les parents et l’entourage à être vigilants et à savoir détecter l’addiction, souligne notre interlocuteur. « Les ruptures entre un avant et un après sont assez claires, et il ne faut pas les prendre à la légère. Ainsi, dès qu’on a le moindre doute d’addiction, il faut mettre la personne potentiellement accro à Lbouffa entre les mains d’un spécialiste qui, dans un premier temps, a les moyens de confirmer l’addiction à travers des examens urinaires, avant le démarrage du protocole de prise en charge. »

« Les drogues expliquées à mes enfants », un livre pour sensibiliser avec la pédagogie

C’est dans un contexte propice à laggravation des addictions que la psychiatre et addictologue Imane Kendili publie la deuxième édition de son livre, « Les drogues expliquées à mes enfants » (Orions Editions), disponible en français, en arabe et bientôt en anglais. La première était sortie en novembre 2019.

Près d’un an après l’apparition de la crise sanitaire, l’entrée en vigueur d’un confinement de trois mois et la mise en place du modèle d’enseignement hybride, Imane Kendili constate que ces trois facteurs ont été (pour le confinement), et sont toujours (pour l’enseignement hybride), des facteurs à risque pour les enfants et adolescents qui, avant cette période, présentaient déjà des fragilités psychologiques et des addictions naissantes, notamment aux écrans. Le chamboulement, voire la perte, des repères sociaux et spatiaux-temporaux a rompu le fragile équilibre des personnes sujettes à des addictions, aussi bien à des produits qu’à des comportements, nous avait-elle expliqué en avril 2020, alors en plein confinement.

Elle nous le redit encore aujourd’hui : « Le fait que les enfants et adolescents soient amenés à passer plus de temps chez eux en raison de l’enseignement à distance a largement contribué à renforcer les addictions et les troubles du comportement. Certains adolescents sont complètement désinsérés et les parents, dépassés, ne savent plus comment les cadrer. Les écrans, par exemple, offrent un plaisir immédiat sans aucun travail neuronal.«  Autant dire que la publication de cette deuxième édition n’est donc pas fortuite.

Des facteurs propices aux risques de dépendance

« C’est un livre de prévention et de sensibilisation pour que les parents, les enseignants et les adolescents eux-mêmes puissent parler de consommation de drogue et n’entretiennent pas de fausses croyances. Le livre est très simplifié pour parler de sujets tabous comme il y en a beaucoup au Maroc. J’ai dédié ce livre à mes enfants : j’y parle de drogues comme je le ferais avec mes propres enfants« , explique Imane Kendili.

Elle y explique ce que sont les drogues, notamment le sucre, les écrans, le cannabis, le tabac, l’alcool, la LSD, la cocaïne, l’ecstasy et même le Red Bull, qui contient de la taurine, ainsi que leurs effets sur le cerveau. Les dernières pages de l’ouvrage sont consacrées aux parents : elles expliquent ce qu’est un cerveau dépendant et soulignent l’importance de la valorisation et de l’estime de soi, mais aussi de l’autonomie chez les plus jeunes.

« Au Maroc, les enfants sont encore très assistés. Il est fréquent d’en rencontrer qui, à l’âge de sept ou huit ans, ne se douchent et ne s’habillent pas seuls. Cela pose la question de la dépendance et de la non dépendance. Il y a effectivement une corrélation entre la dépendance en termes d’autonomie, qui devient une dépendance cérébrale et peut se muer en une dépendance à des substances. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la relation maternelle première, au sens psychanalytique, est avant tout une relation de dépendance ; une relation fusionnelle qui, si elle n’est pas régulée, peut constituer un terrain fertile aux addictions. Les parents qui répondent constamment et instantanément aux besoins de l’enfant en font un individu fragile et plus enclin à développer des addictions. Ce sont aussi des enfants qui n’ont pas été habitués à développer des stratégies de résilience et de résolution des problèmes, et qui ne savent pas, ou peu, se fixer eux-mêmes des lignes rouges parce qu’ils ont toujours été entourés d’adultes qui assuraient, pour eux, à leur place, le filet de sécurité. Une fois adultes, ces enfants sont psychiquement immatures, moins résilients, moins aptes à se protéger, et surtout avides de plaisirs immédiats qui peuvent les conduire à développer des comportements addictifs. La drogue, c’est un peu comme un biberon : dès qu’un problème apparaît, le cerveau dépendant va faire taire la difficulté en la dépassant par des solutions faciles et instantanées« , explique Imane Kendili.

A l’adolescence, ces mêmes parents sont parfois désarmés face à certaines croyances tenaces et erronées, auxquelles ils ne savent pas quoi répondre. « Le cannabis, c’est une drogue douce« , entend-t-on souvent dire de la part de jeunes (et moins jeunes) qui en minimisent les effets. Or pour Imane Kendili, cette distinction entre « drogues douces » et « drogues dures » n’est absolument pas pertinente. « La consommation de cannabis, plus encore au Maroc où son contenu est un peu anarchique, peut provoquer des maladies mentales comme la bipolarité et la schizophrénie. Le cannabis s’est beaucoup démocratisé chez les jeunes ; c’est la raison pour laquelle nous faisons beaucoup de prévention et de sensibilisation, en particulier dans les établissements scolaires, afin qu’ils mettent en place leurs propres limites.« 

Des changements timides mais encourageants

Parmi les facteurs de risque, Imane Kendili cite le terrain génétique, surtout lorsqu’il y a des problèmes d’addiction dans la famille, les comorbidités (l’anxiété ou les troubles de l’hyperactivité) et les facteurs environnementaux. « La stabilité familiale, le système de résilience, la socialisation positive sont autant d’outils à développer pour que l’enfant puisse lui-même disposer de ses propres outils de résilience« , souligne la psychiatre. Et d’ajouter : « La prise en charge passe par un réajustement psychothérapeutique et un recadrage cognitif. L’adolescence est une période propice à la recherche de nouvelles familles de valorisation, de transition et d’appartenance. Or lorsqu’il n’y a rien qui vienne remplir le vide (la nature en ayant horreur), comme les activités sportives ou culturelles, et donc socialisantes, les adolescents se démarquent différemment, par la délinquance, la drogue ou l’agressivité.« 

Depuis quelques années, Imane Kendili observe des changements timides mais encourageants en matière de perception des addictions : « Il y a six ou sept ans, parler d’addiction aux jeux vidéos au Maroc, c’était impensable. Parler d’enfants violents à 13, 14 ans, parce qu’ils passaient leur temps à jouer sur les écrans et devenaient parfois extrêmement violents lorsqu’ils en étaient privés, c’était impensable également. Les choses changent, donc, même si beaucoup reste encore à faire.« 

Le sevrage des usagers de drogues dures compliqué par les restrictions de déplacement

Les restrictions imposées dans le cadre de la crise sanitaire compliquent la prise en charge et le suivi des personnes souffrant de dépendance aux opiacés, notamment l’héroïne, la morphine et la codéine. C’est ce qui inquiète Maria Sabir, médecin psychiatre et addictologue au service d’addictologie de l’hôpital psychiatrique universitaire Arrazi, à Salé, et vice-présidente de l’Association marocaine d’addictologie (AMA).

« Depuis l’apparition du Covid-19, les déplacements entre régions sont devenus plus compliqués, parce qu’il faut désormais obtenir une autorisation de déplacement, mais aussi parce que tous les usagers de drogues injectables n’ont pas les moyens financiers de se déplacer d’une région à une autre. A titre d’exemple, nous avons des patients qui habitent à Ksar El Kébir et Chefchaouen et qui se déplacent une fois par semaine, voire deux fois par mois, au centre d’addictologie de l’hôpital Arrazi pour récupérer leurs doses de méthadone. Ce sont d’anciens patients qui suivent notre programme depuis plus d’une année. Ils se trouvent parfois dans l’impossibilité de se déplacer et cela décale leurs prises« , explique Maria Sabir.

Le traitement à la méthadone, prescrit depuis juin 2010 au Maroc, est destiné aux personnes dépendantes aux opiacés. C’est ce qu’on appelle un traitement de substitution : « La méthadone se fixe dans le cerveau au même endroit que les opiacés que prennent habituellement les patients, et leur permet d’arrêter leur consommation sans ressentir les signes de manque, qui sont difficiles à vivre et douloureux, et l’envie de consommer – ce qu’on appelle le craving. » Ce médicament est pris par voie orale, sous forme de sirop, une fois par jour durant la première année du traitement. La délivrance du traitement peut ensuite être hebdomadaire ou bimensuelle. « La prise par voie orale permet de réduire les comportements à risques liés à l’injection, notamment la contamination au VIH et à l’hépatite C, et donc de protéger l’usager. Ce médicament peut également être prescrit chez les femmes enceintes qui prennent régulièrement des drogues opioïdes, afin de protéger le fœtus. C’est un traitement au long cours, généralement sur plusieurs années« , précise Maria Sabir.

Difficile de cerner le nombre réel d’usagers d’opiacés au Maroc, les études de prévalence étant à ce jour relativement peu nombreuses, indique Maria Sabir. « Tout ce que l’on sait, c’est que les habitants des villes du nord du pays sont les plus exposés à l’héroïne et aux divers opiacés. En effet, du fait de sa position géographique, le Maroc est une voie de transit clé pour certains trafics de drogues, comme le cannabis, l’héroïne, la cocaïne et les drogues de synthèse. »

Pour Imane Kendili, psychiatre et addictologue contactée par Médias24, les chiffres relatifs aux usagers d’opiacés seraient de toute façon sous-estimés, « car tous les consommateurs ne se présentent pas dans des centres« . Et d’ajouter : « Il y en a plein qui consomment mais qu’on ne voit jamais dans ces structures. Il y a des ghettos entiers d’usagers de drogues injectables dans le nord du Maroc, notamment dans les montagnes, parfois composés d’adolescents.« 

Des centres insuffisamment pourvus en ressources humaines

Les usagers officiellement diagnostiqués peuvent se rendre dans les sept centres d’addictologie du Maroc qui délivrent de la méthadone : le centre d’addictologie du CHU Ibn Rochd à Casablanca, celui de l’hôpital psychiatrique universitaire Arrazi à Salé, trois centres à Tanger (Hasnouna, Bir Chifa et Hay Jadid), un centre à Tétouan et un autre à Nador.

Mais voilà, comme l’explique Maria Sabir, depuis l’apparition de la crise sanitaire, la prise quotidienne de ce traitement est conditionnée par les aléas générés par les restrictions des déplacements entre les régions. Dans le nord du Maroc, plusieurs patients sont contraints de se rendre à Salé et Casablanca dans l’espoir de se voir administrer leur dose de méthadone, car les centres de Tanger, Tétouan et Nador manquent considérablement de ressources humaines. « Il ne s’agit pas d’une pénurie de méthadone, mais de personnel« , indique Mohammed El Khammas, médecin chargé du programme de réduction des risques auprès des personnes usagères de drogues injectables à l’Association marocaine de lutte contre le sida (ALCS), contacté par Médias24.

« Ces centres doivent être composés de ressources multidisciplinaires, entre psychiatres, psychologues et médecins addictologues. L’addictologie est une spécialité rare au Maroc, et de surcroît non reconnue en tant que spécialité médicale. Ce manque de reconnaissance ne motive pas les médecins addictologues. Beaucoup quittent ce domaine pour travailler en tant que médecin généraliste, avec une patientèle plus stable psychologiquement« , ajoute Mohammed El Khammas. A Tétouan par exemple, le centre d’addictologie est « quasiment vide« , d’autant que tous les usagers ne viennent pas uniquement des seules villes de Tanger, Tétouan et Nador, mais de toutes les autres petites villes aux alentours. « Les transports et les déplacements nécessitent de l’argent, et les usagers n’en ont pas ou très peu« , déplore Mohammed El Khammas.

Joint par Médias24, Hicham El Mernissi, coordinateur à Tétouan du projet de l’ALCS de réduction des risques auprès des usagers de drogues injectables, explique en effet que les centres d’addictologie du nord sont confrontés à un important turn-over des médecins, conjugué à un manque criant de psychiatres, d’addictologues et, plus généralement, de personnel soignant formé à la gestion des addictions. « Le personnel n’est pas suffisamment qualifié dans les domaines clés : il y a par exemple très peu d’infirmiers formés en addictologie et en psychiatrie« , souligne cet assistant social. Il pointe également un problème de répartition géographique de ces structures : « Le centre de Tétouan prend en charge les usagers de toute la province, notamment les villes de Fnideq et Martil. Or la demande dépasse largement ses capacités et ses ressources humaines. » Rien que dans ce centre, la liste d’attente dépasse les 1.000 pesonnes.

Une prise non régulée de méthadone peut à nouveau créer une dépendance

Une attente très longue qui pousse donc certains usagers à se rendre à Salé ou Casablanca. « Les centres d’addictologie de Salé et de Casablanca, soumis à une pression moins forte, ont la possibilité d’accueillir ces patients et les incluent dans leur programme. Ce sont des patients qui changent de lieu d’habitation pendant au moins une année du fait de la prescription quotidienne de thadone durant la première année du traitement« , explique Maria Sabir.

Problème : la « paperasserie administrative« , selon Mohammed El Khammas, en vigueur depuis la mise en place des restrictions des déplacements entre régions, complique énormément leurs déplacements. « Certains n’ont même pas de carte d’identité et d’autres sont recherchés par la police pour des délits anciens. Ils ont peur d’être arrêtés s’ils se rendent auprès des autorités locales pour obtenir une dérogation, aussi parce qu’ils savent que leur consommation est légalement répréhensible. Même avec une ordonnance, la délivrance des dérogations varie en fonction des responsables et des zones. Certains acceptent, d’autres pas. Ce sont autant de composantes multifactorielles qui rendent très difficile l’accès aux soins des usagers de drogues injectables, plus encore en cette période.« 

Conséquence : le risque de rechute est très important et, surtout, ces difficultés favorisent l’essor du marché noir. Car la méthadone se vend aussi sous le manteau, par des dealers. Elle peut alors elle-même devenir une drogue, explique Imane Kendili : « Lorsque sa consommation n’est pas régulée, la méthadone peut être détournée de son usage : certains usagers peuvent en consommer plus que de raison et en refaire une drogue. C’est pour cela que, durant la première année du traitement, les doses leur sont administrées au jour le jour par un personnel soignant qui connaît précisément le dosage quotidien, et pas sur plusieurs jours. C’est un produit prescrit et qui doit être pris tous les jours dans une structure hospitalière ou un centre dédié, justement pour éviter les dérives.«