Un drone malien chute près de la frontière avec l’Algérie

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, un drone des Forces armées maliennes (FAMa) s’est écrasé près de Tinzaouatine, dans la région de Kidal (Mali). Dans un communiqué, l’état-major général des armées maliennes a indiqué que l’aéronef, engagé dans une mission de surveillance, s’était abîmé dans la zone.

De son côté, le ministère algérien de la Défense affirme que ses forces ont abattu un drone malien armé après qu’il a pénétré de deux kilomètres dans l’espace aérien algérien. L’intervention aurait été menée par une unité de défense aérienne opérant dans le secteur de la 6e région militaire, ajoute le ministère dans un communiqué.

Armement. Le turc Bayraktar s’installe au Maroc

Partenaire du Maroc depuis plusieurs années, notamment pour les fournitures de drones aux FAR, le turc Bayratkar a décidé d’ouvrir une filiale au Maroc sous la dénomination Atlas Defense.

Selon l’acte de constitution de cette nouvelle société, publié au Bulletin officiel des annonces légales du 29 janvier (page 2239), cette entité aura pour spécialités la conception, la fabrication et la maintenance de drones et d’équipements aéronautiques sans pilote, le développement, la production et la distribution de solutions technologiques pour les industries de la défense, en plus de la fabrication d’équipements électroniques, mécaniques et robotiques.

Constituée sous forme de SARL, le capital social d’Atlas Defense est de 2,5 millions de DH répartis à parts égales entre les frères Lutfi Halouk Bayraktar et Selcuk Bayraktar, alors que la gérance échoit au premier.

L’acte de constitution de cette société a été enregistré au tribunal de commerce de Rabat le 5 décembre 2024, sous le numéro 182219.

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Le turc Baykar annonce la livraison aux FAR du drone Bayraktar TB2

Le constructeur aéronautique turc Baykar, spécialisé dans les drones à usage militaire, a annoncé dans son bilan annuel la livraison aux FAR, en août 2024, du drone Bayraktar TB2.

Le Bayraktar TB2 est un drone tactique de moyenne altitude et longue endurance (MALE), capable de mener des missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) ainsi que des attaques armées. Il offre toutes les solutions nécessaires à l’opérateur dans un système intégré qui comprend la plateforme armée/drone Bayraktar TB2, une station de contrôle et un terminal de données au sol, un terminal d’affichage à distance, une base avancée avec générateur et des modules remorques.

Sa vitesse de déplacement varie entre 70 et 120 KTAS (nœuds). Il peut transporter une charge utile allant jusqu’à 150 kg et jusqu’à quatre munitions intelligentes guidées par laser. Sa masse maximale au décollage (MTOW) atteint 700 kg, propulsée par un moteur à combustion interne de 100 chevaux.

Le Bayraktar TB2 se distingue par son autonomie totale pour les phases de décollage, d’atterrissage, de croisière et de roulage, ce qui en fait un outil opérationnel hautement efficace. Avec une envergure de 12 mètres, une longueur de 6,5 mètres et une hauteur de 2,2 mètres, il est conçu pour une polyvalence optimale.

Selon Abdelhamid Harifi, expert militaire contacté par Médias24, cette livraison « s’inscrit dans une stratégie globale visant à étoffer les capacités technologiques et opérationnelles du Royaume en matière de drones, tout en attendant la réception des drones Akinci qui représentent une avancée significative sur le plan technologique. »

L’expert souligne que les Akinci, également développés par Baykar, surpassent les Bayraktar TB2 en termes de performance.

« Contrairement aux Bayraktar, qui dépendent d’un guidage radio nécessitant des antennes relais terrestres, les drones Akinci utilisent un système de guidage par satellite« , explique M. Harifi. « Cela leur confère un rayon d’action bien plus important, avec une capacité à opérer sur de vastes distances sans interruption. »

Cette caractéristique est cruciale pour les missions nécessitant une couverture étendue ou une endurance prolongée. Les drones guidés par satellite peuvent intervenir dans des environnements géographiques complexes ou dans des zones éloignées sans dépendre d’une infrastructure terrestre lourde, offrant ainsi une flexibilité stratégique accrue.

« Avec les Akinci, le Maroc pourra déployer ses drones au Sahara tout en les pilotant depuis la base aérienne de Benguerir, grâce à un réseau satellitaire de communication (SATCOM) », précise M. Harifi.

Afin de soutenir cette capacité, le Royaume travaille actuellement au déploiement de nouveaux satellites dédiés aux communications militaires. « Ce réseau SATCOM sera entièrement sécurisé et propre au Maroc, garantissant une autonomie et une confidentialité totales dans la gestion des opérations », ajoute-t-il.

Ces avancées témoignent de la volonté du Royaume de s’adapter aux évolutions technologiques et de renforcer sa capacité de projection dans un environnement stratégique en constante mutation.

Drones Akinci : une avancée stratégique pour le Maroc et une perception alarmiste en Espagne

Dans une analyse publiée par The Diplomat in Spain, l’expert militaire espagnol Óscar Ruiz souligne que ces drones Akinci de dernière génération représentent un saut technologique majeur pour la flotte marocaine, avec des capacités accrues en termes de portée, de précision et de puissance de frappe. Il s’interroge également sur leur « impact potentiel sur la sécurité régionale, notamment pour l’Espagne, qui pourrait voir ces équipements comme un outil renforçant la capacité de surveillance et d’intervention du Maroc dans des zones stratégiques ».

Cette inquiétude n’est pas nouvelle et semble s’inscrire dans une logique récurrente de lobbying médiatique en faveur de l’armée espagnole. Selon Abdelhamid Harifi, analyste en questions de défense, « la presse espagnole pratique souvent un lobbying en faveur de l’armée, en insistant sur la nécessité d’augmenter les budgets de défense. Cela passe systématiquement par la diabolisation de tout contrat militaire marocain, parfois même en relayant des informations sur des faux contrats ».

Dans ce contexte, l’acquisition des drones Akinci est perçue comme une nouvelle occasion de susciter l’inquiétude, bien que Harifi souligne que « le Maroc ne considère pas l’Espagne comme une menace et reste convaincu que tout différend avec ce pays membre de l’OTAN se règlera par des voies diplomatiques ». Il rappelle également que le Maroc ne dispose pas d’installations militaires significatives dans le nord du pays qui pourraient représenter une menace directe pour l’Espagne.

Un drone aux capacités impressionnantes

Le Bayraktar Akinci représente une avancée technologique majeure pour les Forces armées royales (FAR). Avec un rayon d’action de 6.000 km, une autonomie de 25 heures et une capacité d’emport équivalente à un chasseur de combat, ce drone est équipé de technologies avancées, notamment la communication par satellite et une faible signature radar.

Selon Harifi, ces caractéristiques font de l’Akinci « un vecteur important dans la stratégie militaire dissuasive du Maroc ». Il précise : « Ce drone envoie un message clair : le Maroc est désormais capable d’exploiter l’espace aérien ennemi pour attaquer ses défenses et ses cibles stratégiques avec précision, tout en minimisant les risques pour ses propres forces ».

Un outil de dissuasion, pas une course à l’armement

Contrairement à certaines analyses alarmistes, Harifi insiste sur le fait que le Maroc n’est pas engagé dans une course à l’armement. « Le Royaume a des priorités en matière de développement et des échéances importantes à honorer, comme l’organisation de la Coupe du Monde 2030 ».

Ainsi, l’acquisition des drones Akinci s’inscrit dans une logique de renforcement des capacités de défense, sans pour autant signifier une volonté de confrontation ou de domination régionale.

Maroc-Algérie : quand les drones accélèrent la course à l’armement

Les drones sont considérés comme des game changers dans les guerres modernes. Dans notre région, une course à l’armement en drones est en cours. Le Maroc est précurseur dans ce domaine, mais l’Algérie veut rattraper son retard… tandis que le polisario est en train de s’équiper de drones iraniens, selon diverses sources médiatiques.

Pour l’expert militaire Abdelhamid Harifi, contacté par Médias24, cette nouvelle donne doit pousser le Maroc à améliorer et à diversifier ses équipements de défense anti-drone, mais aussi à investir dans la formation et la qualification des ressources humaines militaires pour les missions en relation avec les drones.

Après les drones émiratis et chinois, l’Algérie s’équipe en drones turcs

L’Algérie fait partie des pays ayant commandé les drones Anka, produits par la compagnie publique turque TAI, selon le journal turc spécialisé dans l’industrie de la défense Savunma Sanayi ST. C’est donc une information qui se confirme, puisque que nous avions rapporté précédemment l’intention de l’Algérie d’en commander une dizaine.

TAI Anka-S (Source : Wikimedia Commons)

Abdelhamid Harifi explique qu’il s’agit de 12 Anka de nouvelle génération. Les Anka, dont la première version a été développée en coopération avec Israël, ont évolué, pour la dernière génération, vers des drones d’attaque de type MALE (Medium Altitude Long Endurance), avec également des versions dédiées à la guerre électronique.

Yabhon United 40 (Source : Wikimedia Commons)

Il souligne que l’intérêt de l’armée algérienne pour les drones n’est pas nouveau, puisqu’elle disposait déjà d’une panoplie, dont des drones émiratis, les Adcom Yabhon Flash-20 et Yabhon United-40, et d’autres chinois tels que le CH4-Rainbow, un MALE de combat inspiré du MQ-9 Reaper américain.

CH-4 Rainbow (Source : Wikimedia commons)

L’Iran fournit des drones au polisario, en collusion avec l’Algérie

L’éditorialiste américain Llewellyn King a alerté, dans une chronique publiée le 25 février, reprise par plusieurs médias américains dont le Boston Herald, sur le « déploiement en cours des drones iraniens en Afrique du Nord, suscitant une menace directe sur le Maroc ».

Le présentateur du White House Chronicle, sur la chaîne américaine PBS, indique que l’Iran, en collusion avec l’Algérie, fournit les rebelles du polisario en drones, alors que les diplomates marocains soulèvent activement le problème auprès des gouvernements occidentaux.

La semaine dernière, dans une déclaration à la chaîne de télévision israélienne i24NEWS, le directeur du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ), Habboub Cherkaoui, s’est félicité de la normalisation des relations avec Israël pour faire face aux défis sécuritaires relatifs à la menace en provenance d’Iran et de ses proxys (mandataires, ndlr).

Débris de drone kamikaze iranien Shahed-136 utilisé en Ukraine (Source : Wikimedia Commons)

Abdelhamid Harifi juge lui aussi « très importante » cette menace sécuritaire. « Si jamais ils utilisent ces drones à partir du territoire algérien, il y aurait alors une guerre régionale, car le Maroc pourra exercer son droit de poursuite dans le territoire d’où provient cette menace », prévient-il.

« Si les dégâts peuvent être limités, comme on l’a vu en Ukraine, leur charge explosive étant très faible, ils ont un effet psychologique important. Et puis l’on n’acceptera pas de voir un seul Marocain en mourir ou en être blessé, notamment s’ils visent des cibles civiles. Si une attaque de ce genre était détectée, c’est que l’Algérie aura été impliquée. »

La réponse aux drones n’est pas « plus de drones »

Par ailleurs, Abdelhamid Harifi précise que la réponse à ces équipements en drones, de la part de l’Algérie et du polisario, est de s’équiper en moyens anti-drones, et non pas en « plus de drones » car, poursuit-il, « à ce jour, il n’y a pas encore de combat drone-drone, ce n’est pas un combat air-air ».

Ces moyens anti-drones sont des systèmes de guerre électronique pour la détection, le brouillage et la neutralisation. Il faut aussi explorer de nouvelles techniques de captation, comme ce qui se fait en guerre d’Ukraine, en utilisant des filets anti-drone ou encore les fusils à pompe.

« Même les drones commerciaux à 100 dollars peuvent présenter une menace s’ils sont utilisés de manière hostile. Aujourd’hui, les Ukrainiens utilisent des petits drones achetés sur internet pour désigner des cibles à leur artillerie. Ce sont de petits drones avec une signature sonore très faible, ce qui peut faire mal », ajoute Abdelhamid Harifi. C’est la raison pour laquelle il juge important de diversifier les moyens anti-drones dont le Maroc dispose.

D’autre part, il recommande de mettre l’accent sur la formation et de constituer un réservoir de militaires qualifiés. « Ce n’est pas seulement une question de matériel, c’est une question d’hommes aussi. Il faut être prêt à répondre aux situations d’urgence, car la menace sécuritaire sur nos frontières est énorme », signale-t-il.

L’escadre de drone marocaine constituée d’engins chinois, turcs et israéliens

« Même si l’utilisation des drones par les FAR est très ancienne, l’intérêt a été renforcé après la guerre du Haut-Karabakh et la guerre qui a lieu actuellement en Ukraine. L’apport opérationnel des drones a été considéré comme un game changer, que ce soit pour la surveillance, l’acquisition de cibles, le renseignement, les attaques aériennes ou la guerre électronique », souligne Abdelhamid Harifi.

Wing Loong 1 (Source : Wikimedia commons)

Dès la reprise des hostilités au Sahara, le Maroc a opté pour des drones chinois, Wing Loong 1, avec l’aide des Emiratis. Puis il a démontré un intérêt particulier pour les drones américains MQ9-Reaper. Rien n’est acté à ce stade, mais l’intérêt marocain est toujours là.

MQ-9 Reaper (Source : Wikimedia commons)

« D’ailleurs, à ce sujet, parmi les sénateurs américains en visite au Maroc cette semaine de manière inopinée, deux étaient derrière le blocage de la livraison de ces drones au Maroc. C’est un signe qui peut présager des déblocages sur plusieurs contrats au niveau du Congrès américain », signale Abdelhamid Harifi.

« Vu l’urgence et la nécessité d’avoir un outil disponible à temps pour faire face aux menaces qui existent à nos frontières, et comme outil de dissuasion, le Maroc a opté pour des drones TB-2 turcs, qui allient la qualité au bon prix. On en a acheté une vingtaine, puis on a pris l’option pour douze autres. »

Le Bayrakta TB-2 était donc le premier drone d’attaque aux capacité prouvées, à l’apport opérationnel réel, à avoir officiellement rejoint les Forces Royales Air (FRA) pour ce genre de mission. Il a un grand apport en termes de puissance de feu et de surveillance, notamment pour contrecarrer la menace sécuritaire au Sahara marocain.

« Pour renforcer cette flotte et faire face à quelques lacunes du TB-2, le Maroc a opté pour l’achat des Wing Loong 2, une sorte de copie du Reaper américain. D’ailleurs, il a été développé à partir des débris d’un drone MQ-9 américain détruit par les Iraniens. Ils ont récupéré les débris et les ont fournis aux Chinois. »

Wing Loong 2 (Source : Wikimedia commons)

« C’est un bon drone qui peut apporter une puissance de feu à l’escadre drone marocaine, d’autant que la menace à laquelle il fait face est constituée de milices moyennement armées. » Le Maroc dispose aussi de plusieurs unités des Heron israéliens, de grands drones de surveillance.

(Source : Forum FAR-Maroc)

 

Le nouveau partenariat avec Israël facilitera l’acquisition de nouveaux types de drones

« Aujourd’hui, nous sommes en train de métamorphoser l’escadre drone à travers de nouveaux achats effectués auprès de partenaires israéliens, qui ont toujours été un grand fournisseur de drones pour les FRA. Selon les médias israéliens, ces nouveaux drones couvriront plusieurs rôles : des drones d’attaque, des drones kamikazes et des drones pour des missions électroniques. »

IAI Heron 1 (Source : Wikimedia commons)

« Aujourd’hui, le Maroc voit les drones kamikazes comme un moyen de dissuasion. On entend que le Maroc est en train d’acheter des Harop, une sorte de missile qui frappe à 1.000 km, avec une charge explosive importante. »

Drone kamikaze Harop

Par ailleurs, le Maroc envisage également de produire des drones sur son sol. Des investissements dans ce sens sont en cours. L’information a été confirmée par Abdellatif Loudiyi, ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé de l’Administration de la Défense nationale, lors de son passage au Parlement à l’occasion de la discussion du projet de loi de finances.

Selon Abdelhamid Harifi, le Maroc a été le premier pays du continent à utiliser des drones dans son arsenal militaire, à partir des années 1980, pour des missions de surveillance, de renseignement et d’acquisition de cibles pour l’artillerie. Depuis, les missions de l’escadre drone ont évolué, en intégrant les missions d’attaque et en se dotant de technologies dernier cri.