Bassin du Sebou : un tiers de capacité de stockage en plus grâce aux barrages en chantier

Malgré une amélioration des précipitations par rapport à l’année précédente, les ressources en eau du bassin du Sebou restent en deçà des moyennes annuelles. En 2023-2024, le déficit pluviométrique a atteint 25,4%, une situation exacerbée par la succession de plusieurs années de sécheresse.

Lors du conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique du Sebou (ABHS), réuni sous la présidence du ministre de l’Équipement et de l’eau, Nizar Baraka, plusieurs conventions ont été approuvées pour renforcer la protection contre les inondations, la préservation du domaine public hydraulique et l’approvisionnement en eau potable et agricole.

Extension de la capacité de stockage du bassin de Sebou

Les projets en cours permettront d’augmenter la capacité de stockage du bassin à 8,14 milliards de mètres cubes (MMm³), contre 6,1 MMm³ actuellement. Parmi ces projets majeurs :

Par ailleurs, la construction de neuf petits barrages est programmée, conformément aux recommandations des commissions régionales présidées par les walis.

Le transfert des eaux du bassin de Sebou vers celui du Bouregreg constitue un projet crucial. À ce jour, plus de 610 Mm³ ont été acheminés vers le barrage Sidi Mohammed Ben Abdallah, contribuant à l’approvisionnement en eau potable de Rabat et du nord de Casablanca.

 

Protection de l’environnement et lutte contre la pollution

Dans le cadre du programme de dépollution du bassin de Sebou, plusieurs stations collectives de traitement des margines issues des unités de trituration d’olives ont été mises en place. En parallèle, le gouvernement met en œuvre des mesures pour répondre aux pénuries d’eau, notamment par l’acquisition de camions-citernes et la réalisation de forages de reconnaissance.

Un programme de réutilisation des eaux usées traitées pour l’arrosage des espaces verts est déjà en place à Bouknadel et à Salé. D’autres projets similaires sont à l’étude pour Fès, Meknès, Ifrane et Kénitra.

Bilan des réserves en eau

Les barrages du bassin de Sebou ont reçu près de 600 Mm³ à la suite des dernières précipitations, portant leur taux de remplissage à 44%, soit environ 2,7 MMm³ stockés. Le barrage Al Wahda, infrastructure majeure de la région et du pays, affiche un taux de remplissage de 50%, correspondant à 1,6 MMm³.

Sécurité hydrique: L’impact positif des dernières précipitations sur les réserves des principaux barrages (images satellites)

Dans un contexte d’amplification de réchauffement climatique, l’année 2024 a connu un début difficile marqué par la diminution des précipitations et une hausse inédite des températures. Cette situation a fait naître la menace d’une sécheresse très sévère qui pourrait freiner la croissance et amplifier le chômage rural, principalement tributaire de l’agriculture.

La situation hydrique actuelle a incité le gouvernement à accélérer ses projets en programmant la construction de 18 grands barrages, dont le barrage de M’dez dans la province de Sefrou, qui est en quasi-finalisation et permettra d’accumuler jusqu’à 700 millions de mètres cubes d’eau. Outre la construction de barrages, l’action gouvernementale compte également beaucoup sur la mobilisation des ressources non conventionnelles, plus particulièrement les projets de désalinisation, afin de diminuer la pression sur les eaux douces.

Grâce aux récentes précipitations, les barrages ont pu stocker un volume cumulé de 5,237 milliards de mètres cubes à ce jour, ce qui représente 32,49 % de leur capacité totale. Il est à noter que ce volume est à peu près l’équivalent de celui enregistré l’année dernière à la même période, qui s’élevait à 32,80%. Mais cette année, une grande partie des dotations à l’irrigation ont été sacrifiées.

Compilées par nos soins, nous illustrons l’évolution du niveau de remplissage des plus grands barrages du pays par imagerie satellitaire durant les quatre premiers mois de l’année 2024.

Barrage Al Wahda

Plus grand barrage du Maroc, le barrage Al Wahda (l’unité) a une capacité de retenue d’environ 3,522 milliards de mètres cubes d’eau. A ce jour, ses réserves atteignent 59,16% de ce volume, soit un impressionnant total de 2 milliards et 83 millions de mètres cubes d’eau stockée, la plus grande quantité stockée à l’échelle nationale, représentant  près de 40% des réserves d’eau du pays. A titre de comparaison, le volume d’eau stocké dans le barrage Al Wahda équivaut à environ deux fois la quantité cumulée dans tous les barrages du bassin de Loukkos, dont la plupart ont atteint leur capacité maximale, soit un total de 1 milliard et 98 millions de mètres cubes.

La comparaison entre janvier 2024 et avril 2024 montre une importante augmentation des réserves, qui ont bondi de 30 % suite aux précipitations abondantes enregistrées en mars et avril.

Barrage Bin Ouidane

En plus de son importance hydrique, le barrage de Bin Ouidane constitue une destination touristique de renommée nationale. La diminution des réserves d’eau a entraîné une baisse de l’afflux touristique dans cette région, affectant considérablement l’économie locale, qui repose en grande partie sur l’activité touristique, tant directement qu’indirectement. Malgré les dernières précipitations, les réserves actuelles ne dépassent pas 108 millions de mètres cubes, soit seulement 8,8% des capacités du barrages.

Barrage Al Massira

Situé à proximité de Settat, le barrage Al Massira joue un rôle factionnaire dans l’approvisionnement en eau potable de la région de Casablanca-Settat et plus particulièrement de la ville de Casablanca, qui compte plus de quatre millions d’habitants. Malheureusement, depuis six ans, le barrage est en situation de détresse, ses réserves d’eau diminuant d’année en année, n’ont pas pu dépasser cette année le seuil de 2%. Le suivi de la situation entre janvier 2024 et avril 2024 révèle une augmentation timide de ses retenus.

Cependant, cette augmentation ne reflète pas la situation réelle. En effet, une comparaison des niveaux de remplissage des barrages avec ceux de 2016 met en évidence l’ampleur des réserves manquantes dues à la succession d’années de sécheresse.

1,5 million de m3 d’eau s’évaporent quotidiennement au Maroc (Baraka)

« Le Maroc figure parmi les pays qui souffriront le plus du réchauffement climatique. Rien qu’au cours des deux dernières années, nous avons enregistré une augmentation des températures de deux degrés (+1,99 degrés), soit un niveau plus élevé que la moyenne mondiale« , a relevé  Nizar Baraka, en réponse à des questions orales, le mardi 2 janvier à la Chambre des Conseillers.

Il a également indiqué que la moyenne d’évaporation de l’eau des barrages est désormais de 1,5 million mètres cubes par jour. Pour prendre une unité de mesure plus parlante, ce sont 1,5 milliard de litres qui partent chaque jour en évaporation.

Si nous procédons au calcul de la moyenne annuelle, cela signifie qu’en moyenne, 547 millions de mètres cubes d’eau des barrages s’évaporent chaque année au Maroc. Ce chiffre représente plus du double de la capacité annuelle de la future structure de dessalement de Casablanca, qui est de 200 millions de mètres cubes, extensible à 300 millions de mètres cubes par an.