Sécurité hydrique : neige sur l’Atlas, barrages en hausse… la fin de la sécheresse ?

Le retour des précipitations durant le mois de décembre et début janvier a apporté un véritable soulagement, tant au niveau du couvert végétal que de l’important manteau neigeux recouvrant l’Atlas. Cela laisse espérer une bonne recharge des ressources, à condition toutefois que les précipitations se poursuivent dans les mois à venir.

À ce jour, le taux de remplissage des barrages a atteint 43,9%, soit un volume de 7,3 milliards de mètres cubes. Cela représente une hausse de 2,5 MMm3 par rapport à l’année dernière, dont près de 2 MMm3 ont été accumulés durant les trois dernières semaines.

De son côté, la saison agricole devrait profiter de ces pluies qui ont concerné les quatre coins du pays, bénéficiant notamment à la culture céréalière. Celle-ci atteint cette année 3,5 millions d’hectares, marquant une reprise après plusieurs années d’incertitude.

L’abondance neigeuse de retour sur le massif atlasique

Constituant une source majeure pour la recharge des cours d’eau, mais surtout des nappes souterraines affaiblies par sept années de sécheresse consécutives, le manteau neigeux atlasique s’est formé dès novembre 2025. Il s’est étendu en décembre pour atteindre 41.446 km² au 23 décembre 2025.  En janvier 2026, la surface enneigée persiste sur de grandes étendues, comme le montrent les relevés satellitaires.

Étendue de la couverture neigeuse au niveau de l’Atlas par coloration orange (image du 1ᵉʳ janvier 2026).

D’après la Direction de la météorologie nationale, les principaux sommets du Haut et du Moyen Atlas continuent de recevoir des précipitations neigeuses. Le Jbel Hayane, près d’Ifrane, a notamment enregistré une hauteur de 50 cm durant les dernières vingt-quatre heures.

Dans un article précédent, nous avons exposé le rôle de l’enneigement dans la recharge de plusieurs nappes, notamment celles situées dans ces zones, comme démontré par des publications récentes. Cependant, cette recharge naturelle est compromise par une irrigation privée intense qui entrave la reconstitution des réserves.

La tempête Francis à l’origine de multiples inondations

Les récentes précipitations ont eu un impact positif sur le couvert végétal de plusieurs régions agricoles, notamment celles de Doukkala-Abda et de Settat-Berrechid. Ces dernières avaient été gravement impactées durant les années passées par l’épisode chronique de sécheresse.

Parcelles agricoles inondées par l’oued Oum Errabia près de Laaounate (image du 5 janvier 2026)

Les relevés satellitaires dans les régions de Doukkala et de la Chaouia relèvent un retour en force du couvert végétal après la survenue de cet important épisode pluvieux. Cette amélioration s’est toutefois accompagnée de crues de plusieurs oueds qui ont inondé des parcelles agricoles.

Après le drame de Safi, les précipitations qui ont suivi ont impacté les régions rurales de la province. Plusieurs surfaces inondées sont apparues les 4 et 5 janvier 2026 entre Had Harara et Jamaa Shaim, où plusieurs lacs temporaires sont visibles du ciel.

Inondation près de Jemaa Shaim aux environs de Safi (image satellitaire du 5 janvier 2026).

À cela s’ajoute la crue de l’oued Bouguedra. Ce cours d’eau, qui ne constituait auparavant qu’un filet d’eau, a causé durant le week-end dernier des crues importantes qui ont coupé la route provinciale menant à Safi. Ces inondations ont provoqué un retour de l’eau au niveau de l’oued Chaaba, sans toutefois causer de dégâts comparables au drame du 14 décembre. Il devient désormais clair qu’il s’agissait alors d’un phénomène climatique extrême et localisé dans la ville de Safi.

En effet, cet épisode pluvieux a causé d’importantes élévations du niveau des oueds. C’est le cas de l’oued Tensift qui a déversé ces derniers jours d’importants volumes de sédiments, alors que son embouchure, il y a quelques années, était fermée en raison de la diminution du débit.

Un volume gigantesque de sédiments déversés par l’oued Tensift dans l’océan au niveau de Souiria Kdima (image satellitaire du 02 janvier 2025)

Dans la région de Doukkala, le niveau de l’oued Oum Errabia en aval a également augmenté par rapport à la même date l’an dernier, où ce cours d’eau était quasiment sec. De même, plusieurs parcelles agricoles de la région ont été inondées.

 

 

À la suite des récentes intempéries, les niveaux de l’oued Oum er-Rbia ont considérablement augmenté. Cette situation contraste fortement avec l’année dernière, où le cours d’eau était très faible et la couverture végétale particulièrement réduite, même pour une saison hivernale.

Plus au sud, la région Souss-Massa a également profité des précipitations exceptionnelles qui ont touché le Maroc via la tempête « Francis ». L’oued Souss a vu son niveau monter rapidement en l’espace de deux jours, provoquant des débordements.

 

À la suite des fortes pluies, l’oued Souss, un cours d’eau souvent asséché, a vu son lit se remplir à nouveau en quelques jours.

Des précipitations abondantes qui n’effacent pas les stigmates du réchauffement

L’examen des précipitations pour la période entre décembre 2025 et janvier 2026, dans plusieurs stations météorologiques comme Casablanca, Chefchaouen et Safi, a montré l’enregistrement de cumuls exceptionnels supérieurs à la normale.

Cumul pluviométrique enregistré entre le 1ᵉʳ décembre et le 5 janvier dans la station météorologique de Chefchaouen (source : Organisation mondiale de météorologie).
Cumul pluviométrique enregistré entre le 1ᵉʳ décembre et le 5 janvier dans la station météorologique de Casablanca (source : Organisation mondiale de météorologie).
Cumul pluviométrique enregistré entre le 1ᵉʳ décembre et le 5 janvier dans la station météorologique de Safi (source : Organisation mondiale de météorologie).

Dans le Nord, les précipitations enregistrées sont faiblement au-dessus de la moyenne des précipitations enregistrées habituellement. Cependant, les régions de Casablanca et Safi ont enregistré un cumul exceptionnel, supérieur à la normale et même par rapport à une bonne année pluvieuse.

Bien qu’importante, la survenue de ces intempéries ne permet pas de décréter la fin de l’épisode de sécheresse, vu le caractère exceptionnel de ces pluies. Les prochains mois seront donc décisifs pour aider à améliorer davantage la situation hydrique et permettre une bonne saison agricole.

Les effets du réchauffement climatique ne vont pas disparaître, vu que le monde n’a pas encore diminué suffisamment ses émissions de gaz à effet de serre. Par sa position géographique, le Maroc est davantage exposé aux phénomènes climatiques extrêmes, ce qui oblige à être mieux préparé pour s’adapter aux différents risques naturels.

Si la conscience de la crise hydrique est désormais acquise, l’urgence réside dans la limitation des surfaces d’irrigation privée, obstacle majeur à la recharge naturelle des nappes. Le recours aux eaux non conventionnelles, bien que stratégique, ne doit pas être un permis de gaspiller les ressources conventionnelles. Ces réserves naturelles constituent une force régionale pour le Maroc, contrairement à d’autres pays dépourvus d’infrastructures suffisantes et contraints de puiser irréversiblement dans leurs réserves souterraines.

Eau : la riposte marocaine en chiffres (dessalement, nappes, Al Ghayt, réutilisation des eaux usées)

Le Maroc accueille la 19ᵉ édition du Congrès international de l’eau du 1ᵉʳ au 5 décembre 2025 à Marrakech. Après l’édition organisée à Pékin en 2023, la 19ᵉ édition se tient dans un contexte climatique spécial, suite à une année 2024 marquée par une sécheresse record ayant touché la majorité des pays du globe.

Impacté par la succession de sept années de sécheresse, le Maroc a bien compris l’urgence de revoir sa stratégie hydrique et est passé à l’action à travers plusieurs projets dans les quatre coins du pays, garantissant ainsi le maximum possible de justice territoriale.

Dans son allocution, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, a fait le point sur les principales réalisations visant à renforcer la sécurité hydrique du pays :

ONEE et OCP sont à la pointe du secteur de la gouvernance des ressources hydriques

En plus des acteurs réglementaires, la gestion de l’eau relève également de la responsabilité d’institutions publiques et privées. En tant que planificateur et producteur national de l’alimentation en eau potable, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a historiquement contribué à la généralisation de l’accès à l’eau potable en milieu urbain depuis les années 1990, ainsi qu’à la satisfaction de 99 % de la demande en milieu rural.

Actuellement, cette approche est concrétisée par le Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation 2020-2027, en cours de mise en œuvre, qui traite précisément des questions liées à l’eau, à l’alimentation, à l’énergie et à l’environnement.

En marge de cette édition, l’ONEE a achevé la phase II de son Plan national d’assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées (PNAM). Cofinancée par des bailleurs de fonds européens à hauteur de 176 millions d’euros, cette seconde phase a permis d’améliorer l’assainissement liquide dans plus de 30 centres urbains.

Face à l’accentuation de la sécheresse, l’ONEE perçoit dans l’approche Nexus Eau-Énergie-Alimentation une voie permettant de réduire l’empreinte carbone des projets de dessalement, tout en garantissant un accès durable, plus facile et plus abordable pour les populations.

L’ONEE choisit désormais de renforcer la planification par l’anticipation, qui peut être développée grâce à la recherche et au développement, et de rechercher des technologies permettant une qualification plus précise des aléas climatiques.

De son côté, OCP Green Water a été créé initialement pour répondre aux exigences environnementales de mobilisation des eaux non conventionnelles dans ses opérations minières.

L’objectif est d’atteindre 100 % d’utilisation d’eau non conventionnelle pour toutes les opérations minières et de production d’engrais d’ici la fin de 2027. Cet objectif a déjà été atteint en juillet dernier, soit deux ans et demi avant la date initialement prévue, afin de faire face à l’urgence imposée par le stress hydrique survenu dans le pays et d’honorer ses engagements socio-économiques en fournissant de l’eau potable issue du dessalement aux villes où il opère.

D’ici 2027, OCP Green Water devrait permettre d’économiser concrètement plus de 600 millions de mètres cubes d’eau douce par an, qui pourront être utilisés pour l’agriculture ou d’autres activités génératrices de revenus.

« Ces incitations ne sont pas seulement un label. Ce sont des opportunités pour accroître la productivité, réduire l’impact environnemental et construire des systèmes alimentaires plus cohérents et résilients. En tant que leader internationale, OCP est prêt à jouer un rôle clé et son potentiel pour soutenir cette transformation durable », a plaidé Ahmed Zniber, CEO OCP Green Water.

La préservation des ressources hydriques dans le secteur de l’habitat

De son côté, le département de l’urbanisme mène plusieurs actions pour la préservation de l’eau à l’échelle de la planification urbaine. Il intervient principalement à deux niveaux : la résilience face au stress hydrique et l’adaptation aux risques d’inondation.

Récemment, le ministère a généralisé des plans d’aménagement incluant une nouvelle génération de documents d’urbanisme ainsi qu’un règlement général d’aménagement 2.0. Ce dernier vise à mettre en œuvre les objectifs de développement durable (ODD) en encourageant l’innovation, et répond aux enjeux de résilience et d’adaptabilité.

Cette nouvelle génération de documents introduit le règlement alternatif. Par exemple, en matière de perméabilité des sols, lorsqu’un projet respecte un coefficient de perméabilité supérieur à celui prévu par la réglementation, il bénéficie d’un bonus de constructibilité.

Sur le plan institutionnel, le département de l’urbanisme du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville (MATNUHPV), le ministère de l’Équipement et de l’eau, et le ministère de la transition énergétique et du développement durable (MTEDD) ont élaboré une feuille de route visant à prioriser les actions de rationalisation de la consommation d’eau et d’utilisation des eaux non conventionnelles.

Cette feuille de route mise sur la maîtrise de la rationalisation de la consommation d’eau potable dans le secteur résidentiel, le recours à des ressources en eaux non conventionnelles et la promotion des mesures d’efficacité hydrique dans le bâtiment.

Parmi les actions phares de cette feuille de route figure l’élaboration d’un règlement de plomberie sanitaire pour les bâtiments résidentiels, alors que le Maroc ne dispose pas encore d’une telle réglementation, pourtant présente dans plusieurs pays référents en matière de gouvernance hydrique.

D’une grande importance, cette réglementation permettra de renforcer la surveillance normative et de développer les capacités techniques dans ce secteur crucial pour la préservation de l’eau.

Avec la GIZ, le département de l’urbanisme développe actuellement deux projets pilotes d’adaptation au niveau régional, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, et au niveau de la ville de Marrakech. Il s’agit de mettre en œuvre techniquement la gestion de l’eau dans la planification urbaine à travers un géo référentiel, qui couvre toutes les étapes, depuis l’analyse urbaine jusqu’au suivi et à l’évaluation du plan d’adaptation aux aléas climatiques.

L’étude de conception du barrage Ras El Ma d’Ifrane bientôt lancée

L’étude sera réalisée sur une période globale de 14 mois, en trois étapes :

– Établissement des éléments de conception (5 mois)

Cette phase inclut une analyse critique des études antérieures, portant sur le choix du site, les études géologiques et hydrologiques, ainsi que les dimensions et types d’ouvrages prévus. Une étude topographique complète est également prévue.

– Études d’avant-projet détaillé (APD) (6 mois)

Elle consistera à affiner les éléments techniques du projet, notamment sur les aspects structurels et fonctionnels de l’ouvrage.

– Dossier de consultation des entreprises (DCE) (3 mois)

Cette phase préparera la mise en concurrence des entreprises pour la réalisation des travaux.

Le site du barrage Ras El Ma est situé dans la commune Ben Smim relevant de la province d’Ifrane. Il relève de la zone d’action de l’Agence du bassin hydraulique de Sebou.

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170 M€ de financement de la BEI pour l’ONEE : signature prévue ce jeudi 22 mai pour renforcer le réseau électrique

Il est prévu que le vice-président de la BEI rencontre plusieurs membres du gouvernement marocain et s’entretienne également avec les dirigeants de plusieurs institutions partenaires, dont le groupe CDG, l’ONEE et MASEN. Cette visite accorde une attention particulière aux secteurs de l’énergie, de l’eau potable et de l’éducation.

Pour Ioannis Tsakiris, le Maroc est considéré comme « un partenaire stratégique de la BEI dans la région Sud de la Méditerranée ». « Cette mission marque une nouvelle étape dans notre partenariat de confiance fondé sur une vision à long terme. Elle réaffirme notre engagement en faveur d’un développement durable, inclusif et résilient au Maroc, pleinement aligné sur les priorités nationales et les grandes transitions économiques et environnementales en cours du pays ».

Pour en savoir plus sur cette visite et les investissements potentiels envisagés, Médias24 s’est entretenu en exclusivité avec Ioannis Tsakiris.

Médias24 : Pourquoi la BEI choisit-elle aujourd’hui d’intensifier sa présence au Maroc ? Qu’est-ce qui rend ce pays stratégique dans votre portefeuille d’investissement ?

Ioannis Tsakiris : le Maroc est un partenaire stratégique de la Banque européenne d’investissement depuis plus de quarante ans. Ce partenariat s’inscrit pleinement dans le cadre de la coopération entre le Royaume et l’Union européenne, dont la BEI est le bras financier.

Au fil du temps, notre coopération s’est renforcée, en conjuguant une approche projet par projet – qui reste au cœur de notre action – et, dans certains cas, des instruments plus globaux comme les prêts-cadres, lorsque cela s’avère pertinent.

Aujourd’hui, le Maroc fait face à des défis structurants et porte des ambitions fortes en matière de transition énergétique, de gestion durable de l’eau, d’innovation digitale et de développement du capital humain. Ce sont précisément ces priorités que nous accompagnons, dans une logique d’alignement stratégique avec les engagements européens, notamment dans le cadre du Partenariat vert UE–Maroc.

L’année 2024 a été marquée par un niveau d’engagement significatif, avec 500 millions d’euros mobilisés pour des projets structurants. Ce chiffre traduit une volonté commune d’intensifier notre coopération et de répondre, ensemble, aux besoins de financement durables du pays. Au-delà du volume, c’est la qualité des projets et leur impact qui illustrent notre engagement renouvelé.

Nous sommes à la fois une banque publique, une banque de développement et la banque de l’Union européenne. Cela nous permet de proposer des conditions financières très avantageuses

– Le Maroc reçoit aussi des financements de la Banque mondiale, de la BAD, ou du FMI. Qu’est-ce qui distingue la BEI dans sa manière d’intervenir ? Quelle est votre valeur ajoutée spécifique ?

La BEI se distingue d’abord par son statut unique : nous sommes à la fois une banque publique, une banque de développement et la banque de l’Union européenne. Cela nous permet de proposer des conditions financières très avantageuses, grâce à notre notation AAA et à la combinaison d’instruments européens que nous mobilisons régulièrement – notamment les garanties et subventions de l’UE dans le cadre du Partenariat vert ou de Global Gateway.

Notre modèle intègre également une expertise capitalisée à la fois dans et en dehors de l’Union européenne, ce qui nous permet de partager des savoir-faire éprouvés dans des contextes variés. Cette capacité à faire le lien entre des expériences européennes et des projets internationaux constitue une réelle valeur ajoutée pour nos partenaires.

Enfin, notre offre couvre l’ensemble des besoins du secteur public comme du secteur privé, de manière complémentaire et intégrée : financement d’infrastructures à long terme, soutien aux PME à travers la microfinance ou des lignes de crédit, investissements dans les fonds propres, appui à la structuration de projets via des services de conseil (souvent cofinancés par l’UE). Cette approche sur mesure, associée à un accompagnement rapproché, nous permet d’adapter nos outils aux spécificités de chaque projet et de chaque partenaire.

– Comment jugez-vous la qualité de la coopération avec les institutions marocaines, notamment en matière de gouvernance des projets et de suivi de leur exécution ?

La qualité de notre partenariat avec les autorités marocaines est remarquable. Elle repose sur une relation de confiance construite dans la durée, une forte convergence de vues sur les priorités de développement, et un niveau élevé d’engagement de nos interlocuteurs. Que ce soit avec le ministère de l’Économie et des finances, l’ONEE, MASEN, la CDG ou d’autres institutions publiques, nous constatons une grande rigueur dans le suivi des projets, une volonté de réforme constante et une réelle capacité d’exécution.

Cette coopération de qualité permet à nos financements de se traduire concrètement sur le terrain, dans des délais maîtrisés et avec un impact réel. C’est un élément essentiel dans notre décision d’intensifier notre présence au Maroc.

– Comment la BEI veille-t-elle à ce que ses financements bénéficient réellement aux citoyens, en termes de retombées locales, d’emploi et de lutte contre les inégalités ?

À la BEI, chaque projet est sélectionné avant tout sur la base de son impact socio-économique. Notre objectif n’est pas seulement de financer, mais de créer des conditions durables pour améliorer le quotidien des populations. C’est pourquoi nos équipes d’experts conduisent une évaluation approfondie de chaque opération, en intégrant dès le départ des critères liés à l’emploi, à l’équité territoriale, à l’environnement et aux retombées sociales.

Nous veillons à ce que nos financements produisent des résultats concrets sur le terrain. C’est le cas, par exemple, du prêt de 500 millions d’euros signé en 2024 pour accompagner la reconstruction post-séisme, qui a été conçu pour rétablir des services publics essentiels — écoles, hôpitaux, routes — avec des standards de résilience accrus. C’est aussi le cas dans le secteur de l’eau, où nos investissements soutiennent l’extension des réseaux d’accès à l’eau potable dans des zones particulièrement exposées aux effets du changement climatique.

Ce souci d’impact local guide l’ensemble de notre action. Il se traduit également par le soutien actif au secteur privé, notamment aux PME, qui sont un levier essentiel de création d’emplois et d’opportunités économiques, en particulier pour les jeunes et dans les territoires moins favorisés.

À la BEI, notre priorité est claire : chaque euro que nous investissons doit avoir un impact réel dans la vie des citoyens. Nous ne finançons pas simplement des projets, nous soutenons des actions concrètes qui améliorent le quotidien, créent des emplois, renforcent la cohésion sociale et luttent contre les inégalités.

Avant de financer un projet, nos équipes examinent de près son utilité pour le territoire et sa capacité à répondre à des besoins concrets : accès à l’éducation, aux soins, à l’eau potable, ou encore à des infrastructures sûres et durables.

Dans le domaine de l’eau aussi, nos investissements permettent de développer l’accès à l’eau potable dans les régions les plus exposées au changement climatique. Ce sont des projets très concrets, pensés pour avoir un effet immédiat et durable sur la vie des gens.

Un nouveau financement de 170 millions d’euros (plus de 1,77 MMDH) en faveur de l’ONEE sera signé demain (22 mai 2025) pour renforcer le réseau de transport électrique national

– La création de « BEI Monde » marque un tournant vers l’extérieur. Quelle est votre vision pour l’Afrique à long terme, et le Maroc peut-il servir de hub pour vos opérations régionales ?

La création de BEI Monde s’inscrit dans une volonté d’amplifier l’action extérieure de l’Union européenne, en mettant l’accent sur l’impact, la proximité terrain et la logique partenariale. Il est cependant important de rappeler que notre engagement au-delà de l’UE n’est pas nouveau. La BEI soutient le Maroc depuis 1979, et nous fêtons cette année vingt ans de présence physique à Rabat, avec un portefeuille d’investissements qui dépasse aujourd’hui 10 milliards d’euros.

L’Afrique est aujourd’hui une priorité stratégique pour la BEI, et notre vision à long terme repose sur un partenariat d’égal à égal, au service d’une croissance durable, inclusive et résiliente. Dans cette perspective, le Maroc joue un rôle singulier et précieux. Son positionnement géographique, sa stabilité, son engagement en faveur de la coopération Sud-Sud et son rayonnement diplomatique en font un acteur régional structurant, tant en Afrique qu’au sein du bassin méditerranéen.

Le Maroc peut ainsi contribuer à renforcer les synergies régionales autour de la Méditerranée, dans le prolongement du Pacte méditerranéen (Med Pact) porté par l’Union européenne. Notre action au Maroc s’inscrit aussi dans une logique de capitalisation. Les projets, les expertises et les modèles développés ici peuvent inspirer des initiatives ailleurs sur le continent, tout en renforçant la coopération interrégionale entre les deux rives.

– Quels sont les projets d’énergies renouvelables que la BEI accompagne actuellement au Maroc, et comment évaluez-vous leur impact à la fois climatique et économique ?

La BEI accompagne depuis de nombreuses années la stratégie du Maroc en matière de transition énergétique. Nous avons contribué à plusieurs projets structurants dans ce domaine, à commencer par le parc éolien de Jbel Lahdid, cofinancé avec la KfW, qui s’inscrit dans le cadre du Programme éolien intégré de l’ONEE. Nous soutenons également le programme Noor Atlas, porté par MASEN, qui vise à améliorer l’accès à une énergie propre et fiable dans des zones rurales aujourd’hui peu desservies.

Dans le prolongement de ces investissements, un nouveau financement de 170 millions d’euros (plus de 1,77 MMDH) en faveur de l’ONEE sera signé demain (22 mai 2025) pour renforcer le réseau de transport électrique national, et ainsi faciliter l’intégration des capacités renouvelables dans le mix énergétique.

Ces projets ont un impact direct sur les objectifs climatiques du Maroc. Ils permettent de réduire la dépendance aux énergies fossiles, de renforcer la stabilité du système électrique, et d’accélérer l’atteinte des engagements pris dans le cadre de la Contribution déterminée au niveau national (CDN).

Mais leur portée va au-delà du climat. Ils participent aussi à l’attractivité économique du territoire, à la création d’emplois qualifiés et à la structuration d’un écosystème industriel local autour des énergies vertes. C’est dans cet esprit que la BEI entend poursuivre son rôle de catalyseur de la transition énergétique, au service d’un développement durable et souverain.

Nous prévoyons d’accompagner davantage le transport urbain et interurbain, levier essentiel de développement territorial, de cohésion sociale et de réduction des émissions

– Dans quels secteurs la BEI compte-t-elle intensifier ses investissements au Maroc dans les prochaines années ?

Dans les années à venir, nous continuerons à concentrer nos efforts sur les secteurs qui sont au cœur des priorités du Maroc et de son partenariat stratégique avec l’Union européenne. La transition énergétique demeurera un axe structurant, avec un soutien renforcé aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique et aux infrastructures bas carbone.

L’adaptation au changement climatique et la gestion durable de l’eau figureront également parmi nos priorités, dans un contexte de stress hydrique accentué. Nous serons particulièrement attentifs aux projets qui renforcent la résilience des territoires, tout en assurant un meilleur accès aux ressources essentielles.

Le développement du capital humain restera un pilier important de notre engagement, à travers l’appui à l’éducation, à la formation professionnelle et au numérique, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.

En parallèle, nous poursuivrons nos actions en faveur d’une croissance économique plus inclusive. Cela passe par un appui accru au secteur privé, notamment via des instruments adaptés pour les PME, les projets industriels durables et l’entrepreneuriat à fort impact. Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, tout comme des partenaires de long terme tels que la CDG, jouera un rôle clé dans cette dynamique.

Nous coopérons également avec plusieurs institutions financières marocaines dans le cadre de nos financements intermédiés, qui jouent un rôle essentiel grâce à leur connaissance fine du tissu économique local et à leur capacité à relayer efficacement notre soutien vers les entreprises.

Enfin, nous prévoyons d’accompagner davantage le transport urbain et interurbain, levier essentiel de développement territorial, de cohésion sociale et de réduction des émissions.

Notre objectif demeure constant : soutenir un développement plus inclusif, plus résilient et plus durable, au bénéfice direct des citoyens marocains.

Ressources hydriques. Après des années de sécheresse, la nouvelle vie des nappes du Sud-Est

Après six années de sécheresse ayant touché tout le Maroc, le Sud-Est s’apprête à vivre une campagne céréalière prometteuse. Une dizaine de photos et vidéos circulant sur le Web témoignent des activités de récolte, manuelles et mécanisées, sur une dizaine de sites de la région, notamment dans la vallée de l’Oued Draa à Tata, la commune de Maider, Tinejdad et Sidi Ali Rissani.

Cette amélioration notable de la situation agricole résulte principalement des importantes précipitations enregistrées en septembre dernier.

À l’encontre des régions du nord et du centre, l’activité agricole dans les régions du Sud-Est repose sur des techniques d’irrigation ingénieuses telles que l’épandage de crues pour sourcer de l’eau pour les activités. La région a par ailleurs bénéficié d’un nouvel épisode pluvieux conséquent entre mi-avril et début mai, venant conforter les réserves en eau disponibles.

Au niveau hydrologique, l’Agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rheris a constaté une augmentation marquée des volumes et des débits de ressources après le dernier épisode pluvieux.

Contactée par nos soins, l’ABH de Guir-Ziz-Rheris nous a fait part d’une amélioration notable de la situation hydrique actuelle du bassin, notamment souterraine, principale ressource en eau de la région.

La région Guir-Ziz-Rheris renaît grâce à une saison exceptionnelle

Les bassins de Guir-Ziz-Rheris ont connu une amélioration hydrologique remarquable au premier semestre 2025, marquée par une pluviométrie exceptionnelle affichant un excédent de 44% par rapport à 2024.

La station météorologique d’Errachidia a enregistré un cumul pluviométrique de 118,6 mm sur les six premiers mois, contre seulement 19 mm l’année précédente. Le mois d’avril 2025 s’est distingué avec 58,4 mm de précipitations, dont un pic journalier de 33 mm le 12 avril.

>> Le système de stockage hydrique de la région démontre une nette progression.

Les quatre grands barrages (capacité totale 586 Mm³) et dix petits barrages (14,3 Mm³) de la zone affichent des résultats encourageants. Le barrage Hassan Addakhil, plus important ouvrage de la région, accumule actuellement 226 millions de m³ (72,25 % de sa capacité), soit une augmentation de 45 % par rapport à 2024. L’ensemble des grands barrages affiche un taux de remplissage global de 60 %, contre seulement 19% à la même période l’an dernier.

Évolution du barrage Hassan Addakhil

Comparaison entre le 12 mai 2025 et le 12 mai 2024

>> La dynamique hydrique régionale connaît une revitalisation significative

Dans la région du Sud-Est, l’eau est revenue avec la réapparition de jaillissements au niveau des sources, dont la célèbre source bleue de Meskhi, dont le niveau d’eau commence à augmenter et à revenir à la normale après un assèchement total l’année dernière.

Les averses enregistrées ont provoqué d’importantes crues dans les cours d’eau, notamment dans les bassins du Maïder, du Guir, du Rhéris et de l’amont du Ziz, avec des débits de pointe exceptionnels. Le plus important a atteint plus de 3.200 m³/s, enregistré à la station hydrologique de Tazarine dans le bassin du Guir (un débit correspondant à une période de retour millénale).

https://youtube.com/shorts/UZlE0mKTHDA?si=rdd4Oz4wKse5uLuN

Les pluies ont eu un impact très positif sur les nappes phréatiques des bassins du Guir, du Ziz et du Rhéris, en particulier les nappes quaternaires (superficielles), principalement alimentées par les crues des oueds. Ces nappes ont connu une hausse significative au cours du premier trimestre de l’année hydrologique 2024-2025, avec une augmentation variant entre 6 et 8 mètres par rapport à l’année précédente. Cette remontée a été particulièrement observée dans les nappes quaternaires de Tinjdad, Jorf, Erfoud, Boudnib, Goulmima, Rich et Tazarine.

La répartition de la demande en eau dans la région des bassins de Guir-Ziz-Rhéris

L’amélioration récente des ressources hydriques, consécutive aux précipitations abondantes, ne doit pas masquer la nécessité impérieuse d’une gestion rationnelle de l’eau. Les efforts institutionnels, bien que substantiels, doivent être complétés par une prise de conscience collective et une responsabilisation de tous les usagers (citoyens, grands et petits agriculteurs…).

Les bassins de Guir-Ziz-Rhéris disposent de quatre systèmes aquifères principaux aux caractéristiques distinctes. Les aquifères crétacés du bassin d’Errachidia-Boudnib offrent des ressources renouvelables de 154,5 millions de m³. Les formations jurassiques du Haut Atlas présentent un potentiel renouvelable de 211,3 millions de m³. Les aquifères primaires de l’Anti-Atlas constituent une réserve plus modeste de 18,9 millions de m³. Quant aux nappes quaternaires superficielles, elles totalisent 164,7 millions de m³ de ressources d’eau renouvelables, mais subissent une pression importante, se traduisant par un déficit annuel de 23,4 millions de m³.

 

Carte montrant l’étendue des nappes des bassins Guir Ziz Ghris et Maider (source : ABHGZR)

Les besoins en eau potable sont assurés principalement à partir des eaux souterraines, à l’exception de l’adduction en eau potable au niveau d’Errachidia-Tafilalet, qui est assurée conjointement à partir de la nappe du Haut Atlas et des eaux du barrage Hassan Addakhil.

La recharge artificielle des nappes, une opération vitale pour durabiliser les oasis de la région

Pour développer et mobiliser efficacement les ressources en eau, l’agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rheris met en œuvre annuellement plusieurs projets de recharge artificielle des nappes. Cette approche constitue un moyen essentiel pour renforcer les ressources hydriques, particulièrement crucial dans les régions oasiennes et qui cible principalement les nappes phréatiques superficielles qui alimentent les systèmes traditionnels d’irrigation (khettaras).

Image montrant un seuil pour la recharge de nappe

L’agence hydraulique a notamment développé plusieurs projets de construction de seuils hydrauliques destinés à reconstituer périodiquement les réserves des nappes lors de chaque épisode pluvieux.

Durant la période 2021-2024, 14 seuils ont été réalisés dans les provinces de Zagora, Errachidia et Tinghir, pour un investissement total de 37 millions de dirhams. Huit autres seuils sont actuellement en construction dans les provinces de Zagora, d’Errachidia et de Midelt, avec un budget alloué de 25 millions de dirhams, tandis que trois nouveaux seuils sont programmés cette année dans la province de Zagora, pour un montant de 6 millions de dirhams.

Pour optimiser le suivi et l’entretien de ces infrastructures, l’agence du Guir-Ziz-Rheris a installé un réseau de piézomètres équipés de systèmes automatiques de monitoring à proximité des seuils. Ces dispositifs permettent d’évaluer et de quantifier précisément l’impact des projets sur la recharge des nappes phréatiques.

Niveau piézométrique doté d’une station de monitoring des seuils.

Infrastructures hydrauliques, une grande transformation au Sud-Est du Maroc

Aujourd’hui, les ressources en eau mobilisables dans la région du Sud-Est restent limitées, avec un volume ne dépassant pas 322 millions de mètres cubes, tandis que les nappes souterraines subissent une pression croissante. Plusieurs projets structurants sont prévus pour s’achever dans les prochaines années et devraient transformer radicalement la mobilisation des ressources hydriques, permettant une gestion plus efficiente et durable, particulièrement pour le développement d’une agriculture durable mieux adaptée aux enjeux actuels.

Face aux effets des changements climatiques qui devraient se manifester par des sécheresses prolongées et des épisodes pluvieux intenses mais brefs, l’Agence du bassin hydraulique du Guir-Ziz-Rhéris (ABHGZR) et le ministère de l’Équipement et de l’Eau ont identifié la nécessité d’investir dans des infrastructures hydrauliques de grande capacité, une gestion rationnelle des ressources et l’exploitation des eaux non conventionnelles. Cette approche s’accorde avec le cadre du nexus Eau-Énergie-Agriculture, visant à optimiser les synergies entre ces secteurs clés.

Parmi les projets phares, le barrage Kheng Grou, actuellement en construction dans le bassin du Guir, représente un investissement majeur. Avec une capacité de retenue prévue de 1.070 millions de mètres cubes et un taux d’avancement dépassant déjà 49%, cet ouvrage devrait être livré en juillet 2026.

Parallèlement, le programme national pour l’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 prévoit la construction de 16 petits barrages dans la région, pour un budget total de 640 millions de dirhams. Trois de ces ouvrages, Kheng Maïder, Amsaad et Aich Ait Aaza, situés dans la province de Tinghir, sont déjà en chantier, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère pour l’optimisation de la gestion de l’eau dans le Sud-Est marocain.

AgriEdge supervise plus de 2 millions d’hectares grâce au digital (AgriTech)

La première question qui a nourri la réflexion pour aboutir à la naissance d’AgriEdge est : comment développer une agriculture de précision adaptée au contexte marocain et africain ? L’entreprise voit le jour en 2017 grâce à un programme entrepreneurial lancé au sein du groupe OCP.

AgriEdge est incubée à l’Université Mohammed VI Polytechnique. « Nous avons existé sous forme de département, travaillé avec des chercheurs de l’université. Nous nous sommes beaucoup appuyés sur les laboratoires de l’établissement », relate Faissal Sehbaoui. Au fur et à mesure, un écosystème riche se crée.

En 2023, AgriEdge devient une filiale d’Innovx. Actuellement, l’entreprise est présente dans plusieurs pays africains. D’après son directeur général, elle supervise plus de 2 millions d’hectares grâce au digital, et est connectée avec 90.000 agriculteurs sur le continent.

AgriEdge permet d’optimiser la fertilisation en réduisant de 20% la quantité d’azote, et en améliorant de 24% le rendement de l’agriculteur.

Problématique de la data

Le secteur agricole, au niveau international, connaît une contrainte de disponibilité et de qualité de la data. En outre, en raison du changement climatique, les saisons ne se ressemblent plus.

« La data collectée l’année dernière ne va pas être utile pour cette année. Nous avons alors développé des modèles appelés modèles hybrides, leadés par cette ligne directrice du savoir-faire agronomique, amélioré avec l’IA, pour l’optimiser, booster sa performance », précise Faissal Sehbaoui.

En novembre 2024, AgriEdge lance l’initiative « Ask for AgWater ». Celle-ci vise à révolutionner les pratiques d’irrigation en intégrant des technologies de pointe dans la gestion opérationnelle, tactique et stratégique de l’eau au niveau de l’exploitation.

« Nous devons avoir une approche écosystémique pour favoriser l’adoption d’outils digitaux sur l’eau. Avec cette initiative, nous travaillons sur la vulgarisation, la formation de tout ce qui est nouvelles technologies concernant la gestion de l’eau”, précise le directeur général de la filiale d’Innovx.

L’initiative vise 10.000 agriculteurs et 200 cadres, dont des agronomes, afin de les former et de les sensibiliser à la valeur ajoutée que peuvent créer les nouvelles technologies dans la gestion de l’eau au niveau d’une ferme agricole.

AquaEdge

L’une des premières solutions à voir le jour chez AgriEdge se nomme AquaEdge. Cette dernière s’appuie « sur des images satellites, sur des capteurs et, grâce à l’intelligence artificielle, transforme toute cette data en recommandation agronomique.

La recommandation est liée à la quantité d’eau nécessaire à la plante, au meilleur moment pour l’arroser, en vue d’optimiser chaque goutte d’eau d’une exploitation agricole donnée.

« Cette solution permet toujours aux agriculteurs de réduire jusqu’à 30% d’eau. Ce quantité est énorme dans un contexte de sécheresse. Cela permet à l’agriculteur d’aller jusqu’au bout de sa saison et de réduire sa facture énergétique”, déclare Faissal Sehbaoui.

Innovations

AgriEdge est à l’origine de deux innovations. La première, CarboEdge, aide l’agriculteur à calculer son empreinte carbone, mais également à la simuler. « C’est-à-dire que s’il souhaite investir dans les panneaux solaires, il peut effectuer une simulation sur cette plateforme et voir combien d’empreinte carbone il peut gagner”, explique Faissal Sehbaoui.

La deuxième innovation, Trial Edge, simplifie les essais agronomiques sur le terrain, à travers une plateforme de digitalisation des essais au champ. De la conception au reporting, TrialEdge permet de digitaliser les protocoles, de centraliser le suivi et la collecte des données. Cette innovation veut également consolider les essais agronomiques.

Bassin de Sakia El Hamra et Oued Eddahab : un plan en cours pour anticiper les pénuries d’eau

Face aux tensions croissantes sur les ressources hydriques, l’Agence du bassin hydraulique de Sakia El Hamra et Oued Eddahab (ABHSHOD) engage une nouvelle étape dans la planification de la gestion de la sécheresse. Un plan de gestion de la pénurie d’eau (PGPE) est en cours d’élaboration pour l’ensemble de la zone d’action de l’Agence, avec un budget alloué de 1,2 million de dirhams.

Ce travail s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de gestion intégrée des ressources en eau, conformément aux dispositions de la loi 36-15 relative à l’eau. Il vise à anticiper les situations de stress hydrique et à mettre en place des réponses opérationnelles adaptées, en particulier dans les régions les plus vulnérables.

Trois axes structurent l’étude en cours :

Le calendrier de mise en œuvre s’étale sur une période de 12 mois à compter du démarrage effectif des travaux, répartis comme suit : 5 mois pour la première phase, 3 mois pour la deuxième, et 4 mois pour la troisième.

Voici l’état d’avancement des chantiers de barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift

Le conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique (ABH) de Tensift pour l’année 2024, tenu le mercredi 26 février, a été marqué par la présentation de l’état d’avancement des projets hydriques engagés et la planification de nouvelles initiatives pour faire face à la rareté des ressources en eau.

Parmi les projets en cours, plusieurs barrages stratégiques connaissent une avancée significative. Le barrage Ait Ziat, situé dans la province d’Al Haouz et d’une capacité de 185 millions de mètres cubes, a vu sa durée de réalisation réduite de 17 mois.

Le barrage Boulaouane à Chichaoua, dont la capacité atteint 66 Mm3, a également bénéficié d’une accélération des travaux, réduisant les délais de 6 mois.

En parallèle, le barrage moyen Tassa Ouirgane, d’une capacité de 3 Mm3, est en cours de construction dans le cadre du programme de développement des zones touchées par le séisme d’Al Haouz.

De même, le barrage collinaire Oulad Salem à Safi est en cours d’aménagement pour soutenir l’irrigation et l’abreuvement du cheptel.

Dans le cadre de la gestion des ressources en eaux souterraines, l’Agence poursuit l’application des dispositions du contrat de la nappe phréatique d’Al Haouz-Mejjat, notamment avec l’installation de 84 compteurs intelligents pour surveiller les prélèvements d’eau, l’acquisition de camions-citernes pour renforcer l’approvisionnement et la mise en place de 34 unités mobiles de traitement des eaux saumâtres.

Par ailleurs, quatre unités de dessalement de l’eau de mer ont été mises en place à Essaouira.

En raison de la persistance du stress hydrique, le bassin du Tensift a enregistré un déficit pluviométrique de 44,1% durant l’année hydrologique 2023-2024. En conséquence, plusieurs projets structurants ont été programmés.

La station de dessalement de Safi annoncée pour mars 2026

Parmi eux, le renforcement de l’approvisionnement en eau potable du Grand Marrakech via la station de dessalement de l’eau de mer de Safi, dont la mise en service est prévue en mars 2026. La poursuite des forages d’exploration et la construction de dix petits barrages complètent ces chantiers.

En outre, de nouveaux projets sont envisagés pour optimiser l’utilisation des ressources en eau. Il s’agit notamment de la préparation de contrats de gestion des nappes phréatiques de Meskala-Kourimat et Oulad Bousbaa, ainsi que de l’expansion de l’usage des eaux usées traitées pour l’irrigation des espaces verts de Marrakech avec, à l’étude, l’extension de cette mesure à Essaouira, Chichaoua, Tamnara, Oued Eddahab et Imintanoute.

DATA. Amélioration des réserves des barrages par rapport à l’année précédente

En ce mois de février 2025, les barrages marocains connaissent une amélioration notable de leur taux de remplissage par rapport à l’année précédente, selon les dernières données fournies par le ministère de l’Équipement et de l’eau. À la date du 11 février 2025, le taux de remplissage global des barrages s’élève à 27,61%, contre 24,08% en février 2024.

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Les réserves en eau des barrages au Maroc sont passées de 3.882,59 Mm³ le 11 février 2024 à 4.649,02 Mm³ le 11 février 2025. Cela représente une augmentation de 766,44 Mm³ par rapport à l’année dernière.

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Barrages en amélioration notable

Certains barrages ont enregistré une amélioration significative de leurs réserves d’eau. Parmi eux :

  • Sidi Mohammed Ben Abdellah a vu son taux de remplissage passer de 21,58% à 39,31%, avec une réserve passant de 210,40 Mm³ à 383,22 Mm³.
  • Mansour Eddahbi est passé de 14,79% à 43,49%, avec une réserve passant de 65,89 Mm³ à 193,74 Mm³.
  • Hassan Addakhil affiche une augmentation de 34,96%, passant de 26,47% à 61,43%, avec une réserve passant de 82,79 Mm³ à 192,15 Mm³.
  • Idriss Ier a enregistré un taux de remplissage de 24,94% au 11 février 2025, en hausse par rapport aux 17,19% de l’année précédente, avec une réserve d’eau passant de 194,20 Mm³ à 281,71 Mm³, soit une augmentation de 87,52 Mm³.
  • Mohammed V progresse de 30,87%, atteignant un taux de remplissage de 46,89%, avec une réserve passant de 38,29 Mm³ à 112,07 Mm³.

 

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Un projet de 132 MDH pour une gestion durable des ressources en eau dans le Haut Atlas

Le ministère de l’Équipement et de l’eau, en partenariat avec l’ambassade d’Allemagne et l’ambassade du Danemark au Maroc, ont lancé lundi 28 janvier à Rabat, un nouveau projet de coopération dans le domaine de l’eau.

Bénéficiant d’un cofinancement des gouvernements allemand et danois, ce projet, qui sera mis en œuvre par l’Agence de coopération allemande de développement (GIZ), a pour objectif de donner un appui aux territoires impactés par le séisme et de développer un mode de gouvernance innovant des ressources naturelles, à travers la mise en place du contrat de rivière sur le bassin versant de l’Ourika.

Il s’articule autour de quatre principaux axes, à savoir la gouvernance des ressources en eau, la reconstruction, la relance économique, ainsi que le développement des compétences nécessaires pour généraliser et reproduire les pratiques innovantes testées dans le cadre du projet.

Pour la mise en œuvre concrète des initiatives du projet baptisé « Territoires durables – Modes de vies durables et résilients au Maroc », un contrat d’exécution a été signé par le directeur général de l’ingénierie hydraulique, Abdelaziz Zerouali, la cheffe du département Afrique du Nord de la GIZ, Doreen Fontaine et la conseillère technique principale du nouveau projet, Anne Chaponnière.

Une deuxième convention de partenariat a été également signée par le directeur de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift (ABHT), Mohamed Chtioui, le directeur régional de l’ANEF de Marrakech Safi, Abdelaziz Hajjaji et Mme Chaponnière, consistant à définir les conditions et les modalités de mise en œuvre des activités du projet ainsi que les moyens à engager.

« Depuis le séisme de 2023 et en application des hautes directives du Roi Mohammed VI, le gouvernement marocain a mis en œuvre une série d’initiatives visant à répondre aux besoins urgents des populations sinistrées, tout en adoptant une vision stratégique pour la gestion des ressources en eau », a déclaré le ministre de l’Équipement et de l’eau, Nizar Baraka.

Il a ainsi précisé que plusieurs mesures ont été déployées pour garantir la disponibilité de l’eau potable, renforcer les infrastructures hydriques et préserver les ressources naturelles essentielles à la vie des populations rurales, saluant les coopérations allemande et danoise pour leur appui au secteur de l’eau au Maroc, et notamment à ce projet.

De son côté, l’ambassadrice du Royaume du Danemark au Maroc, Berit Basse a relevé que les approches d’adaptation intégrées ainsi que les objectifs ambitieux du projet nécessitent des innovations tant sur le plan social que technique, notant que le Danemark se réjouit de contribuer, à travers ce projet, à l’amélioration des conditions de vie de la population locale ainsi qu’à la promotion des solutions fondées sur la nature.

Quant au directeur général de l’ANEF, Abderrahim Houmy, il a affirmé qu’il s’agit d’une initiative porteuse d’espoir et d’opportunités pour les régions affectées par le séisme et d’un engagement fort en faveur de la résilience des populations, de la gestion durable des ressources naturelles et de la lutte contre les impacts du changement climatique.

Dans ce sens, il a expliqué que le Maroc fait face à des enjeux environnementaux et hydriques majeurs, avec des phénomènes extrêmes exacerbés par les changements climatiques, se traduisant par une hausse des températures et une baisse des précipitations, ajoutant à cet égard que le séisme a rappelé l’urgence d’adopter des approches intégrées et résilientes pour reconstruire et protéger nos territoires, d’où la pertinence de ce projet qui s’inscrit parfaitement dans cette vision.

92 MDH pour renforcer le système de production et de distribution de l’eau potable à Taounate

D’un coût global de 92 millions de DH, ce projet est financé par l’ONEE à travers un prêt conjoint de la Banque Kreditanstalt für Wiederaufbau (KFW), l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque africaine de développement (BAD), indique l’Office dans un communiqué.

Ce projet consiste en l’extension et l’équipement des stations de pompage des eaux brutes et traitées, l’extension et l’équipement de la station de traitement de l’eau potable par un débit supplémentaire de 8.640 m³ par jour, le renforcement des adductions des eaux brutes et traitées à travers la pose de conduites de diamètre de 400 mm sur une longueur de 9.800 mètres linéaires, la construction de deux réservoirs d’eau potable d’une capacité de 800 m³ et 500 m³, ainsi que le renforcement de la ligne électrique, précise-t-on.

Ce projet permettra de porter la capacité de production de la station de traitement à 12.960 m³ par jour et la capacité globale de stockage d’eau potable à 3.350 m³ dans la ville de Taounate.

Ce projet, qui s’inscrit dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI) 2020-2027, permettra de satisfaire les besoins en eau potable de la ville de Taounate et des communes avoisinantes à l’horizon 2030, bénéficiant à une population globale de plus de 149.000 habitants, relève la même source.

(Avec MAP)

Data. Barrages marocains : hausse notable des réserves au 2 janvier 2025

Au 2 janvier 2025, le bilan global des barrages met en lumière une amélioration notable par rapport à l’année précédente, malgré des disparités importantes entre les différentes infrastructures.

Avec des réserves totales de 4.790,03 Mm³, contre 3.751,12 Mm³ en 2024, et un taux de remplissage global de 28,44%, en hausse par rapport aux 23,27% de l’année précédente, le pays renforce ses capacités hydriques. Ce bilan est toutefois marqué par des performances variables entre les barrages, certains enregistrant une hausse notable tandis que d’autres peinent à atteindre leur plein potentiel.

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Trois barrages enregistrent les plus fortes hausses de réserves

Le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah a une capacité normale de 974,79 Mm³. Ses réserves ont augmenté de 177,83 Mm³ au 2 janvier 2024 à 368,91 Mm³ au 2 janvier 2025, soit une variation de 191,08 Mm³. Le taux de remplissage est passé de 18,24% à 37,84% sur la même période.

Le barrage Mansour Eddahbi dispose d’une capacité normale de 445,52 Mm³. Ses réserves ont progressé de 62,41 Mm³ au 2 janvier 2024 à 226,16 Mm³ au 2 janvier 2025, enregistrant une augmentation de 163,75 Mm³. Le taux de remplissage a grimpé de 14,01% à 50,76%.

Le barrage Hassan Addakhil a une capacité normale de 312,79 Mm³. Ses réserves ont augmenté de 84,22 Mm³ au 2 janvier 2024 à 225,61 Mm³ au 2 janvier 2025, soit une variation de 141,39 Mm³. Le taux de remplissage est passé de 26,93% à 72,13%.

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