Éducation : Aziz Akhannouch défend son bilan et promet une école publique performante

Dans son exposé dédié à la réforme de l’éducation qu’il a présenté lors de la séance mensuelle consacrée aux politiques publiques tenue ce lundi 19 mai à la Chambre des Représentants, Akhannouch a affirmé que les écoles pionnières constituent une réponse aux appels à l’amélioration de l’école publique et aux discours royaux successifs soulignant le besoin des familles marocaines d’un enseignement de qualité pour leurs enfants. Ces référentiels ont encadré la réforme éducative de l’école publique dans l’objectif de bâtir une école du futur « plus performante ».

Akhannouch a souligné que ces écoles réunissent toutes les conditions nécessaires à l’amélioration des apprentissages, notamment par l’adoption de nouvelles méthodes pédagogiques permettant d’atteindre les objectifs fixés. Il a ajouté que l’année scolaire 2023-2024 a marqué le lancement effectif du projet, qui a concerné plus de 620 écoles primaires et bénéficié à plus de 300.000 élèves.

Le chef du gouvernement a précisé que cette expérience a eu « des résultats très positifs », atteignant des objectifs encourageants et apportant des transformations profondes dans la compréhension des apprenants. Ce progrès dans l’acquisition des apprentissages fondamentaux a concerné l’ensemble des matières, traduisant un rattrapage « de un à deux ans de retard scolaire ».

Akhannouch a établi un lien entre cette amélioration et les nouvelles méthodes pédagogiques ainsi que l’environnement d’apprentissage favorable, qui ont renforcé la compréhension et l’implication des élèves en classe. Il a noté que les élèves ayant bénéficié des formations dispensées dans ces écoles ont obtenu de meilleurs résultats que ceux qui n’y ont pas eu accès (82% des élèves).

Il a indiqué que ce bilan encourageant a incité le gouvernement à étendre l’application de ce modèle, en particulier à partir de la rentrée scolaire 2024-2025, qui a coïncidé avec le doublement du nombre d’écoles pionnières, atteignant 2.626 établissements, regroupant 30% des élèves de l’enseignement public.

Le chef du gouvernement a souligné que l’exécutif se félicite des résultats positifs enregistrés dans le secteur de l’éducation nationale, de l’enseignement préscolaire et du sport, précisant que l’offre gouvernementale dans ce domaine se caractérise par la clarté et la crédibilité, et accorde une grande importance à l’éducation comme pilier de l’État social.

Il a ajouté que le gouvernement œuvre à redonner ses lettres de noblesse à la profession d’enseignant, se félicitant du succès du dialogue social sectoriel mené avec une approche participative avec les syndicats de l’enseignement et la mobilisation des ressources financières nécessaires à la réforme.

Dans ce sens, il a rappelé l’allocation annuelle de 9,5 milliards de DH supplémentaires à l’horizon 2027, soulignant que le gouvernement, depuis sa nomination, a fait du chantier de la réforme du système éducatif un choix stratégique dépassant la seule gestion sectorielle, et visant à bâtir une école publique permettant « le développement des compétences, l’ascension sociale et l’intégration dans le Maroc de demain que nous aspirons tous à construire ».

Akhannouch a précisé que la conviction du gouvernement est que la réforme globale du système éducatif nécessite la mise à disposition des moyens matériels suffisants. Il a mentionné que, dans ce but, le gouvernement a prévu » 85 milliards de DH dans la dernière loi de finances, contre 68 en 2019″.

Il a ajouté que la préoccupation commune du gouvernement et du Parlement est de restaurer la confiance des familles marocaines dans l’école publique. Il a insisté sur la nécessité de rompre avec les anciennes approches d’exécution de la réforme, qui empêchaient les élèves d’acquérir les apprentissages de base durant leur scolarité, et de lutter contre les taux élevés d’abandon scolaire, notamment dans les cycles collégial et secondaire.

Akhannouch a souligné que les évaluations nationales et internationales (PISA 2018 et PNEA 19) ont mis en évidence une véritable crise dans les apprentissages fondamentaux au sein de l’école marocaine, précisant que les études menées en 2018 ont montré que seulement 30% des élèves des écoles publiques maîtrisent les apprentissages de base, tandis que le Maroc se classait 75e sur 79 pays pour la proportion d’élèves atteignant les compétences minimales.

Concernant le décrochage scolaire, il a indiqué que le Maroc enregistre depuis 2016 plus de 300.000 abandons scolaires dans le milieu rural et urbain. Il a affirmé que, face à cette situation préoccupante, il était nécessaire de revoir les choix pédagogiques pour combler les déficits accumulés et permettre à l’école de jouer ses rôles sociaux et économiques.

Sur la base des concertations menées par le gouvernement à travers le ministère de l’Éducation nationale, Akhannouch a rappelé l’adoption de la feuille de route 2022-2026, inspirée des dispositions de la loi-cadre n° 51.17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, et en cohérence avec le programme gouvernemental.

Le coût des écoles pionnières s’élève à 30.000 DH annuellement par classe

Concernant les coûts, Akhannouch a précisé que la moyenne de mise en œuvre, hors masse salariale, était de 25.000 DH par classe au primaire et de 30.000 DH au collège, sur une seule année scolaire. Les frais annuels de fonctionnement s’élèvent à 8.000 DH par classe au primaire et à 12.000 DH au collège.

Il a souligné que le développement de l’école publique reste tributaire de l’amélioration de son infrastructure pédagogique, raison pour laquelle le gouvernement s’est engagé à renforcer la numérisation des établissements. Ainsi, durant l’année scolaire en cours, le ministère a créé 189 écoles primaires, dont 129 en milieu rural.

Il a également mentionné l’extension des écoles communautaires en milieu rural, en raison de leur rôle crucial dans la lutte contre le décrochage scolaire. Grâce à l’intervention du gouvernement, 335 établissements devraient être opérationnels d’ici 2025, ciblant près de 90.000 élèves. Un environnement numérique moderne a également été mis en place afin d’assurer un accès équitable et de développer les compétences numériques de tous les acteurs.

Le chef du gouvernement a précisé que plus de 30 classes ont été équipées en matériel technologique, pédagogique et matériel pour garantir le succès de cette initiative. Il a salué l’engagement des acteurs du secteur éducatif, dont plus de 44.000 enseignants, 560 inspecteurs pédagogiques volontaires et 2.626 directeurs dans les écoles concernées.

Dans le même esprit, Akhannouch a affirmé que le gouvernement dispose d’une nouvelle vision de la formation initiale et continue, axée sur un accompagnement régulier des enseignants dans les classes, une évaluation continue des apprentissages et une valorisation des pratiques pédagogiques. Les évaluations menées par les instances officielles ont confirmé l’importance des formations dispensées aux enseignants dans l’amélioration de leurs pratiques, selon l’approche TARL et l’enseignement explicite, aussi bien en milieu urbain que rural.

Il a ajouté que le ministère avait lancé des formations à l’enseignement explicite pour les enseignants du primaire dans les écoles pionnières, leur transmettant des compétences couvrant plusieurs approches et techniques pédagogiques. Cette méthode vise à permettre aux élèves de mieux maîtriser les apprentissages fondamentaux, en adéquation avec l’approche TARL, et à toucher tous les acteurs concernés par l’enseignement.

Concernant le suivi de cette expérience, Akhannouch a signalé la mise en place de mécanismes d’accompagnement impliquant plus de 200 coordinateurs couvrant l’ensemble des directions provinciales. Ces coordinateurs sont formés pour créer des dispositifs de proximité et résoudre les difficultés rencontrées dans les établissements.

Il a précisé que ces dispositifs poursuivent trois objectifs principaux : accompagner l’engagement des écoles pionnières en vue de la rentrée scolaire prochaine, en termes d’infrastructures, d’équipements et de formations ; suivre la mise en œuvre des objectifs stratégiques de la feuille de route ; et soutenir les chefs d’établissement et leurs équipes pédagogiques et administratives, notamment dans les collèges.

Akhannouch a indiqué qu’au vu de ces résultats encourageants et conscient des défis majeurs auxquels font face les collèges, en particulier en ce qui concerne le décrochage scolaire, le gouvernement a lancé le projet des collèges pionniers afin d’impulser une transformation qualitative du rendement des établissements concernés.

Aziz Akhannouch loue le processus de réforme universitaire

Akhannouch a indiqué que son gouvernement a constaté le climat positif qui a marqué cette rentrée universitaire, laquelle consacre le passage à la vitesse supérieure dans la mise en œuvre des chantiers stratégiques du le Plan national d’accélération de la transformation de l’écosystème de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, connu sous le nom de PACTE ESRI 2030. Il a affirmé qu’il s’agit « d’une vision visant à établir un modèle universitaire conforme aux standards internationaux, reposant sur l’autonomisation, l’apprentissage tout au long de la vie et la valorisation du capital humain ».

« L’accent est mis sur l’accompagnement des chantiers de développement prioritaires en termes de compétences, de capacités de recherche et d’innovation, et de renforcement de l’employabilité à travers des formations de haute qualité », a ajouté le chef du gouvernement en soulignant que « l’université marocaine a connu un engouement croissant pour les formations universitaires grâce à l’ampleur des réformes entreprises ».

Il a indiqué que « le nombre d’étudiants inscrits s’élève à 1,3 million, dont 91% dans les universités publiques », précisant que « le gouvernement propose une offre pédagogique nouvelle et diversifiée répondant aux besoins nationaux, avec 4.000 filières nouvelles, dont 1.000 dans les établissements privés et 3.000 dans les universités publiques ».

Akhannouch a précisé que de nouveaux centres d’excellence ont été créés pour consacrer l’excellence universitaire et académique dans les établissements à accès ouvert. Leur nombre s’élève à plus de 82, regroupant plus de 186 parcours et accueillant plus de 15.000 étudiants.

Ces centres, a-t-il poursuivi, sont orientés vers les métiers d’avenir et répondent aux besoins du tissu socio-économique et aux priorités nationales. Dans le cadre de l’implication des universités dans les chantiers sociaux et économiques menés par le gouvernement, l’offre de formation dans les établissements à accès régulé repose sur « la nécessité de préparer un capital humain capable d’accompagner les grandes transformations que connaît le Royaume ».

Akhannouch a indiqué que la vision gouvernementale dans ce domaine vise cinq objectifs principaux : atteindre un total de 100.000 diplômés d’ici 2027 parmi les ingénieurs, techniciens et cadres intermédiaires pour accompagner l’évolution de l’industrie nationale et les investissements créés ; augmenter la densité des professionnels de la santé d’ici 2030 ; former 10.000 assistants sociaux à l’horizon 2030 ; former des enseignants du primaire et du secondaire en augmentant leur nombre à 50.000 d’ici fin 2025 ; et renforcer le nombre de diplômés dans les disciplines numériques pour atteindre 22.500 diplômés à l’horizon 2027.

Le chef du gouvernement a souligné que le gouvernement travaille à la mise en œuvre effective de la réforme du cycle doctoral, avec l’ouverture de plus de 245 filières de doctorat regroupant plus de 11.700 doctorants pour l’année universitaire 2024-2025, dans des domaines liés aux priorités nationales de développement. Il a également mentionné la poursuite de la mise en œuvre du programme national de formation de 1.000 doctorants de nouvelle génération, avec des projets de recherche innovants, auxquels sont confiées des missions d’encadrement pédagogique des cours dirigés et travaux pratiques, en contrepartie d’une bourse mensuelle nette de 7.000 DH.

Rapport sur les écoles pionnières : syndicats et parents d’élèves en demandent la généralisation

Au regard des données, on peut considérer que l’expérience est positive. C’est la conclusion formulée par la nouvelle présidente du CSEFRS, Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Rahma Bourqia s’exprimait mercredi 30 avril, au cours d’une réunion du Conseil, consacrée à la présentation et à la discussion du projet de rapport relatif au projet des Écoles Pionnières.

Grosso modo, lors de la discussion, les syndicats se sont déclarés en faveur de cette réforme qui, soulignent-ils, est favorable à l’enseignant. Ce dernier travaille désormais dans de meilleures conditions, avec un environnement plus efficace et des outils plus performants.

La Fédération des associations de parents d’élèves s’est également prononcée en faveur de la réforme.

Ces deux membres du conseil ont plaidé en faveur de la généralisation des écoles pionnières.

De la discussion du projet de rapport, on peut conclure également qu’il faut continuer à suivre cette réforme, parce que les conditions de généralisation sont toujours complexes et qu’il faut des évaluations successives pour accompagner les différentes étapes.

Méthodologie des outils d’évaluation du rapport

Afin d’améliorer l’apprentissage de base, réduire le décrochage scolaire, adapter la pédagogie et valoriser les enseignants, sa méthodologie a nécessité la collaboration de 626 écoles, de 2.457 enseignants et de 8.732 étudiants qui ont répondu à de nombreux questionnaires. Ces chiffres concernent l’année 2023-2024.

Les données qui ont servi de base au rapport ont été collectées via la plateforme CSPro par 47 enquêteurs formés à cet effet avec 12 superviseurs qui ont mené des opérations de contrôle dans plusieurs écoles des régions de l’Ouest.

Pour évaluer le degré de conformité aux objectifs de l’étude, des indicateurs qui vont de 0 à 100 ont été élaborés et plus ces derniers sont proches de 100, plus le niveau de conformité aux normes de qualité est élevé.

L’évaluation des institutions, enseignants et étudiants a montré que les efforts ont permis d’arriver à un niveau de performance global satisfaisant avec un score de conformité de 79 points sur 100.

Les troix axes du concept des écoles pionnières

Le concept des écoles pionnières vise à améliorer la qualité des apprentissages, à réduire les difficultés d’apprentissage en mathématiques et en langues, à promouvoir le bien-être des élèves, à renforcer le rôle de l’enseignant et à assurer les apprentissages fondamentaux.

Les mesures prises dans ce contexte s’articulent autour de trois axes principaux : l’élève, l’enseignant(e), et l’établissement.

Au niveau de l’élève, le projet vise principalement à surmonter les difficultés d’apprentissage en mathématiques et en langues, grâce à l’adoption d’une approche d’enseignement explicite et de l’approche Teaching at the Right Level (TaRL).

Avant son déploiement à grande échelle, ce projet a été expérimenté dans 626 écoles primaires lors de l’année scolaire 2023-2024. En 2024-2025, elle a été étendue à 2.600 écoles et 1,3 million d’élèves.

L’évaluation effectuée par le Conseil supérieur vise à mesurer le degré de conformité des indicateurs de ces établissements avec les critères initialement définis pour le projet Les Écoles Pionnières. Elle cherche également à identifier les principaux facteurs de succès des grands axes du projet, à tirer les leçons des défis rencontrés lors de sa mise en œuvre, ainsi qu’à mettre en lumière les disparités entre les régions et au sein des régions afin d’assurer une mise en œuvre plus équitable lors de la phase de généralisation.

Dans le détail, la dimension institution relative à la sécurité et à la propreté des écoles ciblées a atteint un degré élevé de congruence de 83 points, mais l’analyse a montré que certaines écoles nécessitent une attention particulière en termes de propreté des installations sanitaires, qui a enregistré le score de conformité le plus faible (59 points) à l’image des régions de Souss-Massa (40 points) et de Tétouan-Tanger-Al Hoceima (56 points).

Bien que la plupart des institutions aient obtenu des scores supérieurs à 75 points, certaines éprouvent encore des difficultés à atteindre les résultats escomptés. En effet, l’écart de score entre l’institution la plus et la moins performante est de 42 points.

Si les institutions rurales ont obtenu des résultats proches de celles en milieu urbain (78 points contre 80 points), dans les zones urbaines, on note que les pourcentages d’établissements très performants (27 %) et ceux moins performants (23 %) sont assez proches mais dans la ruralité, il y a moins d’écoles très performantes (13 %) et un plus grand nombre peu performants (35 %).

On observe aussi des différences lorsqu’on étudie le degré de congruence par région, notamment entre la région de l’Est qui obtient 86 points et 69 points pour celle de Dakhla-Oued Ed-Dahab.

Des professeurs plus performants dans les zones urbaines

Concernant l’axe relatif aux performances des enseignants, la dimension pédagogique a obtenu 86 points, soit la moyenne la plus élevée qui reflète, selon le rapport, leur engagement à appliquer les méthodes spécifiées.

Sachant que la qualité de l’éducation dépend de la qualité de la formation des enseignants, de leurs pratiques en classe et des ressources pédagogiques, ces éléments constituent des dimensions essentielles auxquelles les institutions doivent adhérer selon les normes requises.

Ainsi, les institutions présentent un degré moyen de conformité de 60 points, avec une différence notable entre les zones urbaines et rurales en faveur de la zone urbaine (68 points contre 48 points).

Cette différence est attribuée à la faible performance des institutions rurales qui ont réalisé un score moyen de 47 points tandis que les institutions urbaines ont enregistré un score moyen de 82 points.

Au niveau régional, la région de l’Oriental se distingue par sa haute performance, reflétée par son score de conformité de 93 points, alors que celles de Beni Mellal-Khenifra, Drâa-Tafilalet et Dakhla-Oued Eddahab ont respectivement obtenu 12 points, 16 points et enfin 35 points.

Des progrès en termes d’apprentissage, mais des difficultés persistent

Pour l’axe des étudiants, la dimension relative à l’accompagnement et à la gestion des difficultés d’apprentissage a obtenu 87 points, ce qui témoigne de leur suivi efficace au niveau national.

Ainsi, les établissements ont enregistré un score moyen de 76 points pour le temps d’apprentissage et de 70% pour l’évaluation du temps d’absence des étudiants qui s’explique soit par des maladies (52%) soit par des problèmes familiaux (24%).

En termes de progrès d’apprentissage, les résultats sont généralement satisfaisants, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, où des scores de 84 et 83 points ont été enregistrés. mais l’analyse régionale révèle des différences significatives entre des régions comme Guelmim qui a obtenu 96 points alors que Beni Mellal et de Dakhla ont obtenu respectivement 70 et 73 points.

Concernant l’engagement des établissements à fournir le soutien nécessaire aux élèves qui continuent à faire face à des difficultés d’apprentissage même après avoir bénéficié de séances de soutien intensives, les résultats montrent une performance moyenne de 87 points, sans différence significative entre les zones urbaines et rurales.

L’amélioration a cependant été notable en mathématiques et en français par rapport à l’arabe, avec 67% et 62% des élèves qui ont vu leur niveau s’améliorer, contre seulement 50% dans la langue arabe.

En conclusion, bien que le programme des écoles pionnières ait permis des avancées indéniables dans l’amélioration des apprentissages fondamentaux, sa réussite à long terme dépendra de la capacité à surmonter les défis régionaux, structurels, pédagogiques, méthodologiques et organisationnels.

En 2025-26, la couverture en écoles pionnières atteindra 51% de l’ensemble. 2 à 3 années plus tard, tout le primaire sera couvert.

Cette année 2024-25, cette expérience s’est également étendue à 230 collèges pionniers et 200.000 élèves.

Les effets de la réforme commenceront à devenir très visibles dans 5 à 6 ans, avec une remontée probable du Maroc dans les classements internationaux relatifs aux apprentissages.

Débat. Réparer l’école marocaine : trois voix pour une réforme

Trois figures majeures de la pensée éducative ont débattu des écoles pionnières et du futur de la réforme. Au fil d’un échange vif mais respectueux, les visions se sont confrontées : faut-il se satisfaire des premiers succès obtenus dans les apprentissages ? Ou ouvrir dès maintenant un nouveau front de réforme, plus large, plus structurel ? Médias24 a organisé et animé ce débat inédit, dans le but de faire émerger les lignes de tension, les convergences possibles… et les véritables enjeux.

D’un côté, Youssef Saâdani, membre du CSEFRS (Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique), ex-conseiller du ministre de l’Éducation nationale et qui a joué un rôle très important dans la conception de la réforme actuellement menée par ce ministère.

De l’autre, Amine Sbihi, également membre du CSEFRS et ex-ministre de la Culture, un homme connu pour sa culture et sa franchise et qui a une vision différente ou divergente de ce que devrait être la réforme.

Et enfin, Abdennasser Naji, expert dans ce domaine, président de la fondation AMAQUEN pour la qualité de l’enseignement. M. Naji est également connu pour ses positions critiques contre la réforme et sa vision d’une réforme plus globale.

Après un débat animé qui a duré près de deux heures, la conclusion de Médias24 est la suivante:

-L’amélioration des apprentissages doit être le fondement de toute réforme. A ce stade, les résultats obtenus sont indéniables. La réussite de cette partie de la réforme est un enjeu majeur pour l’avenir de nos enfants et le futur du Maroc.

-Les arguments en faveur d’une réforme plus large méritent d’être approfondis et examinés. A notre sens, ils ne sont pas en contradiction avec la feuille de route qui a été lancée.

Voici un premier compte rendu factuel, sous forme de verbatim, du débat. Ce verbatim, vous le remarquerez, a été organisé intervenant par intervenant et ne suit pas le cheminement qui a été celui du débat.

Le document vidéo intégral figure également dans cet article. Son visionnage permettra à chacun de nos lecteurs de se faire sa propre opinion.

Médias24 reviendra sur les analyses et opinions de chacun des intervenants à part. ET continuera à suivre cette réforme inédite de l’Education au Maroc.

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Le système éducatif marocain est confronté à une crise persistante des apprentissages, malgré les initiatives entreprises pour l’améliorer. C’est le constat alarmant dressé par Youssef Saâdani. Le nouveau système d’apprentissage qui est en voie de généralisation, et qui est testé dans les écoles pionnières, engendre une amélioration significative de ces apprentissages.

Lors de l’émission « Zone Franche » sur les écoles pionnières, M. Saâdani a souligné que la feuille de route 2022-2026 a été mise en œuvre suite à un « diagnostic sur lequel il y a peut-être consensus », à savoir l’existence d’une « crise des apprentissages » au sein du système éducatif marocain.

Pour étayer ce constat, il a évoqué les évaluations diagnostiques menées en début d’année scolaire 2024-2025 auprès de « plus d’un million d’élèves qui sont actuellement dans les établissements pionniers ». Les résultats de ces évaluations s’étaient avérés préoccupants : « 66% des élèves n’avaient pas les compétences de base en langue arabe, en mathématiques et en langue française ».

M. Saâdani a rappelé que la « moyenne mondiale pour ces compétences-là est de 80% à la fin du CP ou au début de l’année scolaire suivante ». Il a également souligné que « ces pourcentages apparaissent également dans les rapports internationaux comme TIMSS, ou PIRLS, où l’on constate que le niveau minimum est maîtrisé au Maroc par environ 30% ou 40% des élèves, tandis que dans les autres pays, 80 à 90% atteignent le niveau minimum des compétences ».

Il a par ailleurs rappelé que « les lacunes s’accumulent d’année en année », soulignant « une accumulation des difficultés ».

>Écoles pionnières : « une réforme qui entre enfin dans la classe » 

Youssef Saâdani est revenu sur la logique, les fondements et les premiers résultats de l’initiative de l’ »école pionnière ». Selon lui, cette réforme marque une rupture avec les pratiques passées, en cherchant à « rendre la réforme effective dans les classes » et à « outiller les enseignants pour améliorer concrètement les apprentissages ».

« L’école pionnière poursuit deux objectifs fondamentaux », affirme Youssef Saadani. « Le premier est de lutter contre les difficultés importantes dans les apprentissages de base. Le second est l’’opérationnalisation’ : faire en sorte que la réforme ne s’arrête plus à la porte de la classe ».

Il déplore une série de réformes restées sans impact concret, malgré des textes fondateurs comme ceux de la COSEF, le plan d’urgence ou encore les travaux sur le « curriculum » de 2014 à 2020. « Toutes les expérimentations menées depuis 20 ou 30 ans n’ont montré aucun impact sur les apprentissages. Même en arabe, où l’on disposait d’un bon ‘curriculum’, l’enquête de l’USAID a montré l’absence d’effets tangibles ».

Pour remédier à cette déconnexion entre la politique éducative et la réalité des classes, la feuille de route 2022-2026 et le projet d’école pionnière visent et « opérationnaliser » la réforme. « C’est entrer dans les classes, dans les méthodes pédagogiques, aux côtés des enseignants et des élèves ».

Selon lui, « ce dispositif constitue une véritable ‘courroie de transmission’ qui manquait au système éducatif marocain » et qui permettrait aux ministres successifs de disposer d’un « outil de mise en œuvre », quel que soit le contenu de la réforme à venir.

Contredisant certaines idées reçues, Youssef Saadani insiste sur le fait que les difficultés sont généralisées sur tout le territoire : « Les données dont nous disposons montrent que les problèmes d’apprentissage ne sont pas propres au milieu rural. À Casablanca ou au cœur de Rabat, les niveaux sont parfois inférieurs à ceux observés dans des écoles satellitaires en milieu montagneux ».

Il cite le PNEA 2019 qui démontre que « les écarts entre rural et urbain sont peu significatifs ». Le vrai problème se situe « dans la classe elle-même », quel que soit le contexte géographique.

>Le programme TARL : « sortir des centaines de milliers d’élèves de l’illettrisme »

Face à l’accumulation des lacunes chez les élèves, le ministère a mis en place le programme « TARL » (« Teaching At the Right Level »), un dispositif de remédiation structuré, adapté au contexte marocain.

« En septembre, on met le programme de côté pour se concentrer sur les apprentissages fondamentaux : langue arabe, mathématiques, français », explique-t-il. « Les élèves sont évalués, répartis en groupes selon leur niveau, et participent à des activités pédagogiques ludiques ».

Inspiré d’une initiative internationale, ce programme a été « marocanisé » et « adapté au système national ». Aujourd’hui, « plus de 2.600 établissements, soit un tiers des écoles primaires, y participent, touchant plus de 1,3 million d’élèves et plus de 40.000 enseignants ».

Au début de chaque année scolaire, des évaluations sont effectuées et des programmes de remédiation – ou rattrapage, sont mis en place. Grâce à cela, on veut améliorer les apprentissages, et réduire fortement l’abandon scolaire.

>Des évaluations rigoureuses et indépendantes

La réforme se veut fondée sur « les données probantes ». « Quatre évaluations indépendantes ont été menées dès la première année », précise Saâdani. Parmi elles : l’ONDH, le Conseil Supérieur CSEFRS, Fondation Sanady (une association d’enseignement et de soutien scolaire) et le J-PAL, centre affilié au MIT dirigé par deux prix Nobel.

« Nous n’avons connaissance d’aucune politique publique, au Maroc ou ailleurs, qui ait exigé autant d’évaluations indépendantes à son lancement », affirme-t-il.

>Trois piliers inspirés des meilleures pratiques mondiales

Une méta-analyse internationale conduite en 2023, portant sur 13.000 études, a identifié trois interventions les plus efficaces au monde : « l’enseignement ciblé » (TARL), « la pédagogie structurée » (enseignement explicite, mentorat), et « le suivi rigoureux des apprentissages ».

« Ce sont précisément les trois piliers de l’école pionnière : le pilier curatif avec TARL, le pilier préventif avec une pédagogie structurée et le pilier évaluatif« , souligne M. Saâdani. « Ce sont les ‘meilleurs choix éducatifs’ (‘best buys’) qu’un pays peut faire aujourd’hui, sur la base de la recherche scientifique ».

Mais il insiste : « Il ne suffit pas que cela fonctionne dans les publications. Ce qui compte, c’est que ça marche sur le terrain. Et aujourd’hui, les données montrent clairement que ça marche ».

Amine Sbihi: La vision stratégique et la loi-cadre doivent être des constantes de la réforme de l’éducation

Dans ses interventions, Amine Sbihi, membre du Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique et ancien ministre de la culture, a appelé à replacer les discussions autour de l’école pionnière dans le cadre de référence fondamental que sont « la Vision Stratégique » et « la Loi-Cadre ». Selon lui, ces textes doivent rester la « boussole » de toute réforme éducative.

« Toute réforme, doit nécessairement avoir comme seule référence fondamentale, la Vision Stratégique et la Loi-Cadre », a-t-il souligné.

>Une crise systémique, pas seulement pédagogique

Pour Amine Sbihi, les difficultés d’apprentissage ne relèvent pas uniquement de l’approche pédagogique, mais d’une crise plus profonde : celle du « modèle de l’école marocaine ».

« Le modèle qui a été fondé après l’indépendance a expiré. Il a atteint le maximum de ce qu’il pouvait apporter au système ».

À l’époque, « avec 2.000 à 3.000 écoles », un pilotage centralisé pouvait fonctionner. Mais aujourd’hui, avec « 12.000 établissements d’enseignement et 7 millions d’apprenants », cette centralisation devient un frein. Il rappelle que le « Nouveau Modèle de Développement » a lui-même identifié la « centralisation excessive » comme l’un des principaux obstacles au développement national.

> »L’école marocaine n’est pas une institution »

Selon M. Sbihi, la véritable crise des apprentissages vient aussi de la faiblesse de la structure scolaire, notamment dans le primaire.

« L’école primaire marocaine n’est pas une institution. C’est juste un lieu où des enseignants viennent, avec un seul directeur. Une école de 500 élèves avec une seule personne dans l’administration pédagogique, ce n’est pas une institution ».

Il compare avec les écoles privées, sans en faire l’éloge, mais en se fondant sur les données du ministère : « Avec les mêmes enseignants, les mêmes programmes, mais dans un cadre institutionnel structuré, les écoles privées obtiennent en moyenne des résultats trois fois meilleurs, parce qu’elles disposent d’une organisation, d’un directeur pédagogique, de réunions régulières avec les parents, d’une vie interne ».

Pour sortir de cette crise, Amine Sbihi plaide pour un changement de paradigme : faire de l’école publique une « institution à part entière », dotée de son « administration pédagogique », de son « autonomie », de « moyens financiers » et d’un cadre propice à l’émulation pédagogique, à travers des « groupes pédagogiques ».

« La réforme doit partir de là : donner aux établissements les prérogatives administratives, financières et pédagogiques nécessaires. Ensuite seulement, on pourra leur demander des comptes ».

> »Le modèle des écoles pionnières est à l’opposé du modèle de l’école nouvelle »

Sur la question des écoles pionnières, M. Sbihi reconnaît des réussites mais soulève trois critiques fondamentales. La première touche à la gouvernance. « Le modèle des écoles pionnières est opposé à 100 % à celui de l’école nouvelle tel que défini dans la Vision Stratégique ».

Il rappelle que cette vision prône l’ »autonomie des établissements« , une gouvernance décentralisée et responsabilisante, alors que dans le cas des écoles pionnières : « Le ministère et les administrations centrales interviennent dans les moindres détails et court-circuitent les institutions locales. Elles deviennent l’administration directe de l’établissement ».

>Une efficacité ciblée mais limitée sur le plan pédagogique

Deuxième critique : l’approche pédagogique adoptée. « L’approche des écoles pionnières donne des résultats en matière de remédiation des grandes difficultés, et nous le confirmons. Mais elle ne prépare pas les élèves moyens ou bons à affronter les défis cognitifs d’aujourd’hui et de demain ».

Il déplore que cette approche ne permette pas à tous les élèves de « développer leur potentiel » ni de viser « des compétences supérieures ».

> »Une généralisation impossible en l’état »

Troisième point, essentiel selon lui : le manque de viabilité du modèle à grande échelle. « Ce modèle n’est pas généralisable. Il a été conçu pour 600 établissements. Pour passer à 5.000, il faudrait un encadrement spécialisé, notamment des inspecteurs. »

Aujourd’hui, le Maroc compte environ « 1.200 inspecteurs pour 5.000 écoles primaires ». Un ratio qui rend la généralisation peu réaliste, sans un investissement massif en ressources humaines.

>Vers une vision élargie et partagée de la réforme

Pour Amine Sbihi, il est urgent de repositionner le débat autour d’une compréhension claire des objectifs initiaux de la réforme. « Il y a un manque criant d’information sur ce que sont réellement les écoles pionnières. On entend beaucoup de choses dans le débat public, souvent basées sur des informations incomplètes ou non partagées ».

Il appelle à inscrire les avancées constatées dans le cadre plus large de la Vision Stratégique, avec pour horizon non seulement 2026, mais aussi les défis éducatifs de 2050.

Abdennasser Naji: La crise des apprentissages au Maroc : un regard critique sur les écoles pionnières

« La crise des apprentissages au Maroc est ancienne. Si l’on revient à la participation du Maroc aux évaluations internationales, elle remonte à 1999 », rappelle Abdennasser Naji, président de la fondation AMAQUEN pour la qualité de l’enseignement. « Cela fait donc 25 ans que notre pays participe régulièrement à ces évaluations, et à chaque cycle, les résultats confirment l’existence d’une crise persistante des apprentissages ».

Les chiffres sont éloquents : une part très importante des élèves marocains ne parvient pas à maîtriser les compétences fondamentales. « Le pourcentage d’élèves ne maîtrisant pas les compétences minimales ou de base oscille, selon les années, entre 60 % et 80 %, » précise M. Naji, même si une légère amélioration a été notée entre 2015 et 2019.

Cette situation est aggravée, selon lui, par des facteurs méthodologiques, comme le calendrier des évaluations nationales. Celles-ci, réalisées en début d’année scolaire, ne donneraient pas une image fidèle du potentiel des élèves. « Évaluer en début d’année scolaire – début septembre – revient à interroger un élève au moment où il est au plus bas de ses capacités », contrairement aux évaluations internationales comme PIRLS ou TIMSS, planifiées en fin d’année scolaire.

>Les réformes passées : des contraintes multiples

Les causes de cette crise structurelle sont multiples et complexes. Abdelnasser Naji pointe notamment un pilotage perfectible des réformes antérieures. La Charte Nationale d’Éducation et de Formation, par exemple, a souffert d’un « manque de ressources financières suffisantes à ses débuts », ne recevant un accompagnement budgétaire conséquent qu’avec le Programme d’urgence (2009-2012).

De plus, l’engagement envers la Charte n’était pas suffisamment ferme, son caractère non contraignant permettant « des arbitrages politiques contraires » à ses orientations. Le Programme d’urgence lui-même a rencontré des « difficultés de gestion, une pénurie d’enseignants, et un manque de formation adéquate pour ceux en poste ».

>Les écoles pionnières : une approche à nuancer ?

Face à ce constat, l’initiative actuelle des « écoles pionnières » vise à améliorer directement la qualité des apprentissages. Cependant, M. Naji appelle à une analyse nuancée de cette approche. « Ces écoles, bien qu’ayant pour but de relever le niveau d’apprentissage, ne reflètent pas pleinement l’esprit de la Vision Stratégique ni celui de la Loi-Cadre, qui appellent à une réforme globale du système éducatif, et non à une simple focalisation sur l’établissement scolaire, » estime-t-il.

En se concentrant trop exclusivement sur l’établissement, on risque de « négliger des composantes essentielles comme la gouvernance du système ou la qualification des enseignants ». Il insiste sur l’importance de la formation initiale des maîtres : « Si l’on forme l’enseignant uniquement à travers des formations continues pour accompagner les écoles pionnières, sans améliorer la formation initiale, la réforme reste incomplète ».

>Standardisation vs liberté pédagogique

Le modèle pédagogique adopté, notamment l’enseignement dit « explicite », suscite également des interrogations. Si l’approche s’inspire de pratiques internationales, elle « tend vers une standardisation excessive des approches, ce qui limite la liberté pédagogique de l’enseignant. Or, la Vision stratégique justement sur cette liberté », pour permettre l’adaptation aux besoins spécifiques des élèves. Cette standardisation, utile au démarrage, pourrait devenir un frein si elle empêche l’enseignant de « développer ses propres solutions face aux situations pédagogiques ».

Enfin, l’efficacité même de l’enseignement explicite n’est pas universelle. Citant les études internationales, M. Naji rappelle que cette méthode « est efficace dans des contextes spécifiques — notamment pour les élèves en difficulté ou en milieu défavorisé — mais […] elle ne peut être considérée comme la seule méthode efficace ».

En conclusion, tout en reconnaissant l’objectif louable d’améliorer les apprentissages, Abdennasser Naji plaide pour un ajustement du modèle des écoles pionnières. Il appelle à une réforme « durable, équilibrée et véritablement ancrée dans la diversité des besoins du système éducatif marocain », en pleine cohérence avec la Vision Stratégique et la Loi-Cadre.

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Le débat que Médias24 a organisé n’a pas opposé les défenseurs et les opposants d’une réforme, mais plutôt des visions complémentaires et parfois divergentes, autour d’un enjeu commun : offrir à tous les élèves marocains les conditions d’apprentissage qu’ils méritent.

L’école pionnière montre des résultats tangibles. Elle corrige une faille structurelle : l’absence, jusqu’ici, d’un lien concret entre les ambitions affichées des réformes et leur mise en œuvre dans les classes. Elle donne aux enseignants des outils, aux élèves des chances, et aux décideurs des données. Cela, en soi, est une avancée majeure. Elle améliore les apprentissages et va probablement réduire l’abandon scolaire.

Mais à ce stade, elle ne répond pas à toutes les questions. Que faire du pilotage du système, des institutions scolaires fragiles, de l’autonomie des établissements, de la formation initiale des enseignants ? Comment dépasser l’urgence de la remédiation pour viser l’excellence ? Ces enjeux sont cruciaux, et ils ne contredisent pas la dynamique en cours. Ils l’interpellent, ils l’enrichissent, ils appellent à un second souffle.

Ce débat n’est donc pas clos. Il ne fait que commencer. Et s’il doit être tranché, il ne le sera pas dans les cénacles d’experts, mais dans les salles de classe. À condition que l’école publique retrouve ce qu’on attend d’elle : sa capacité à instruire, à émanciper, et à incarner une promesse d’égalité pour la nation tout entière.

Reportage. Wadi El Makhazine, un modèle d’école communautaire pionnière en pleine transformation

Entre modernisation des infrastructures, nouvelles approches pédagogiques et implication renforcée des enseignants et des parents, l’école communautaire Wadi El Makhazine dans la commune d’Ouled Ziane s’impose comme un modèle de transformation du système éducatif.

En intégrant le programme des Écoles pionnières, cette institution incarne les ambitions de la feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Éducation nationale, articulée autour de trois piliers fondamentaux : l’élève, l’enseignant et l’établissement.

 

Une vision axée sur l’amélioration des apprentissages

Ce programme vise à doubler d’ici 2026 le taux d’élèves maîtrisant les apprentissages fondamentaux, à réduire la déperdition scolaire de 30% et à renforcer les activités parascolaires. L’école Wadi El Makhazine applique ces principes en mettant l’accent sur des méthodes pédagogiques innovantes comme l’enseignement explicite et le programme d’apprentissage TARL (Teaching at the Right Level).

« Nous effectuons des évaluations régulières pour mesurer l’impact des stratégies mises en place. Les résultats montrent des progrès tangibles en mathématiques, en arabe et en français », affirme Hassan El Bilali, le directeur provincial de l’Éducation nationale à Berrechid. Cette approche permet de mieux cibler les difficultés des élèves et d’y apporter des réponses adaptées.

Un environnement scolaire modernisé

L’un des axes majeurs de la réforme concerne l’amélioration des infrastructures scolaires. L’école communautaire Wadi El Makhazine a ainsi bénéficié d’un programme de modernisation visant à créer un cadre d’apprentissage stimulant. « L’école a été équipée de matériel pédagogique moderne, facilitant l’enseignement et renforçant l’attractivité des cours », explique son directeur, Abdeslam Derrari.

De plus, l’implantation d’un collège pionnier à proximité permet d’assurer une continuité pédagogique aux élèves après le primaire, répondant ainsi à l’engagement de la feuille de route pour lutter contre l’abandon scolaire.

Des enseignants mieux formés et accompagnés

Le programme Écoles pionnières met un accent particulier sur la formation continue des enseignants. Ces derniers bénéficient de formations certifiantes et d’un accompagnement régulier par des inspecteurs pédagogiques. « Nos visites ont deux objectifs : l’encadrement des enseignants et l’évaluation de l’efficacité des méthodes appliquées. Nous adoptons une approche à la fois préventive et corrective pour assurer une amélioration continue », précise un inspecteur pédagogique.

Une implication active des parents et de la communauté

L’implication des parents est un autre axe fort du projet. Des rencontres régulières sont organisées pour leur permettre de suivre l’évolution de leurs enfants et d’échanger avec les enseignants. « Les parents sont très satisfaits du programme. Ils constatent une amélioration dans les résultats de leurs enfants et une motivation accrue pour l’apprentissage », témoigne un enseignant à l’école Wadi El Makhazine.

Forte de son succès, l’expérience des écoles communautaires pionnières comme Wadi El Makhazine inspire l’extension du programme. Alors que la première phase a concerné sept écoles et dix unités scolaires, l’objectif est d’atteindre 75% des écoles d’ici l’année prochaine.

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L’ONDH prépare une enquête de terrain sur les écoles pionnières

L’objectif de la mission est « d’observer la dynamique scolaire » au sein des 2000 écoles du Programme National « Écoles pionnières (EP)«  lancées au titre de l’année scolaire 2024-2025 afin « d’en mesurer les résultats et d’éclairer les décisions prévues dans le cadre de la procédure de labellisation de ces établissements », peut-on lire dans les documents relatifs à l’appel d’offres.

Il s’agit d’une étude de terrain pilotée par l’Observatoire national du développement humain (ONDH) visant à « apprécier dans quelle mesure le modèle d’école pionnière a atteint ses objectifs en termes de degré de correspondance/concordance entre ce qui est visé par le programme EP (normes et standards de qualité) et ce qui est effectivement mis en œuvre et atteint sur le terrain ».

En d’autres termes, il s’agit d’observer comment les acteurs des 2.000 établissements concernés par la mission appliquent les normes et objectifs prévus par le programme, sur l’ensemble du système.

L’ONDH doit disposer, à l’issue de cette enquête de terrain, des données quantitatives fiables sur le dispositif et ses effets. Cela permettra de repérer les écarts éventuels entre les orientations du programme et la réalité des pratiques, afin d’y remédier.

Sur le plan des objectifs spécifiques de la mission, l’étude porte sur trois dimensions clés du programme EP :

– Au niveau de l’établissement scolaire : vérifier que chaque école pionnière respecte les normes de qualité requises (organisation, encadrement, conditions d’apprentissage, méthodes pédagogiques, etc.). Étude à même de révéler l’environnement au sein duquel les enseignants exercent et les élèves évoluent, les nouvelles approches mises en œuvre à l’école.

– Au niveau des enseignants : apprécier l’évolution des pratiques pédagogiques et de la formation des enseignants dans ces écoles. Il s’agit notamment d’observer l’adoption des méthodes d’enseignement explicite et des nouveaux outils pédagogiques par les instituteurs volontaires, ainsi que l’implication des encadrants (inspecteurs) mobilisés.

– Au niveau des élèves : mesurer les progrès des apprentissages des élèves bénéficiaires du programme à titre des EP (2024-2025). L’étude analyse dans quelle mesure les élèves des écoles pionnières amélioreront leurs résultats dans les trois matières fondamentales (arabe, français et mathématiques) par rapport aux objectifs fixés. Cet axe vise à quantifier la plus-value éducative du programme pour les élèves scolarisés dans ces 2000 écoles.

L’estimation maximale des prestations est établie à 8,8 millions de DH.

Le programme « établissements pionniers »

Écoles pionnières : le directeur pédagogique du ministère décrypte une réforme clé

Ls écoles pionnières marocaines, source d’inspiration à l’échelle internationale? C’est en quelques mots ce qui a été dit à PAris le 5 mars dernier, dans le cadre d’une conférence internationale de haut nieau, au sujet de la réforme de l’Education.

La qualité des apprentissages par les élèves est devenue au centre des objectifs de l’école, à l’échelle internationale. Ce recentrage a été opéré en partie grâce aux enquêtes internationales telles que PISA, TIMSS ou PIRLS, qui aboutissent à des classements internationaux périodiquement publiés.

Le Maroc est très mal classé dans ces enquêtes. Mais, il n’est pas le seul à s’en préoccuper. Des pays évolués comme la France ou l’Allemagne, s’en préoccupent et en font des débats publics.

Le 5 mars 2025, à Paris, le Conseil scientifique de l’éducation nationale français, a réuni une conférence internationale sur le thème « Les enquêtes internationales : quels enseignements pour l’éducation en France ?« . Plusieurs pays étrangers ont été invités à ces débats qui ont duré plus de 9 heures. Et le pays présenté comme une source d’inspiration pour les autres, ce fut le Maroc. Sebastien Dehaene, président du Conseil français, en a parlé en termes élogieux (26:30 vidéo ci-dessous).

Le Maroc a focalisé une partie de sa réforme sur les écoles pionnières, dans le but d’améliorer les apprentissages des langues, des maths et des sciences.

Le Maroc participe depuis plus de deux décennies à plusieurs évaluations internationales des systèmes éducatifs. Ces enquêtes, selon Youssef El Azhari, directeur général de l’action pédagogique au Ministère de l’Education nationale au Maroc, « offrent un cadre précieux pour accompagner, mesurer et évaluer les réformes éducatives engagées par le Royaume depuis le début des années 2000 ». Il s’exprimait dans le cadre de cette conférence internationale organisée à Paris (à partir de 5:52:00). directeur général de l’action pédagogique au Ministère de l’Education nationale au Maroc. Voici un résumé très succint de sa présentation intitulée « Quand les résultats des enquêtes internationales influencent les politiques éducatives : le cas du Maroc ».

Le système éducationnel du Royaume participe aux enquêtes TIMSS depuis 1999, à PIRLS depuis 2001, et plus récemment à PISA, dont il a rejoint le programme en 2018 et a renouvelé sa participation en 2022.

Malgré cet engagement, le haut responsable reconnaît que les résultats restent préoccupants. « Bien qu’on observe une légère tendance à l’amélioration, les résultats révèlent que le niveau moyen des élèves marocains demeure très faible« , a-t-il souligné.

Concernant la baisse de performance constatée récemment, M. El Azhari tient à nuancer l’impact de la crise sanitaire : « Certes, la pandémie a eu un effet négatif important sur les apprentissages, mais elle n’explique pas à elle seule les faibles performances. Le niveau était déjà bas avant cette crise ».

Il cite à cet égard le Programme national d’évaluation des acquis (PNEA), conduit par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, qui confirme cette tendance préoccupante.

De l’analyse des réformes menées entre 2000 et 2020, trois constats majeurs se dégagent :

  1. « Un rythme de progrès très lent » ;

  2. « Une forme de saturation dans les acquis » ;

  3. «  Une fragilité préoccupante : à la moindre perturbation, comme la pandémie, les résultats chutent significativement ».

Pour le directeur général, le Maroc souffre aussi du caractère partiel et sectorisé des réformes entreprises. « Elles se sont souvent concentrées sur une seule composante du curriculum à la fois, sans vision d’ensemble ».

Il énumère : « Réformes des approches pédagogiques, révisions des contenus, réforme des examens vers 2008, changements dans la formation continue ou initiale des enseignants… mais jamais ces réformes n’ont abordé de manière intégrée l’ensemble du système ».

Vers une réforme globale et intégrée

Pour dépasser ces limites, Youssef El Azhari plaide pour un changement de paradigme : «  Ces constats plaident en faveur de la nécessité d’adopter une approche plus holistique, plus cohérente, qui s’adresse à l’ensemble du curriculum et à l’ensemble des élèves, dans le but d’améliorer durablement la qualité de l’éducation au Maroc. »

L’objectif, martèle-il en filigrane, est de rompre avec les effets dispersés pour entrer dans une logique de transformation structurelle du système éducatif.

Une priorité : assurer à chaque élève le meilleur enseignement possible

Poursuivant son analyse, Youssef El Azhari a rappelé un principe fondamental de transformation éducative : « Le célèbre rapport McKinsey de 2007 reste toujours d’actualité : pour améliorer la qualité d’un système éducatif, il faut garantir à chaque élève le meilleur enseignement possible ».

Ce principe résonne particulièrement avec les défis rencontrés par le système éducatif marocain, notamment en matière d’acquis scolaires.

Apprentissages fragiles, retards persistants

Une autre réalité majeur concerne la faiblesse des apprentissages, que M. El Azhari qualifie de «  criante ». «  On observe un retard significatif, parfois de plusieurs années, et des écarts très importants entre les élèves  », a-t-il affirmé.

Ces inégalités s’expriment sur plusieurs plans : entre l’enseignement public et privé, mais aussi entre milieux urbains et ruraux, ou encore selon les contextes socio-économiques.

M. El Azhari a également évoqué un fait alarmant : la perte rapide des acquis scolaires annuels. « Dès la reprise des cours, une part non négligeable des apprentissages de l’année précédente semble oubliée ».

Des solutions adaptées au contexte marocain

Toute réforme éducative, souligne-t-il, doit tenir compte de la réalité marocaine. « Aujourd’hui, le Maroc compte environ 12.000 établissements publics et près de 7.500 établissements privés (15% du total des élèves), qui accueillent au total près de 8 millions d’élèves, dont 4,5 millions rien que dans le primaire. Le système repose sur environ 240.000 enseignants, dont 140.000 au niveau primaire ».

C’est dans ce cadre que s’inscrit le nouveau modèle pédagogique, avec pour finalité de mettre chaque élève dans les conditions de sa réussite, en l’aidant à mieux maîtriser ses apprentissages.

« Il s’agit de prendre les élèves tels qu’ils sont, et de les accompagner progressivement vers des niveaux supérieurs  »,  explique M. El Azhari.

Ce changement repose sur une philosophie claire : agir sur les difficultés au lieu de les subir. « Cela suppose d’abord de détecter les problèmes en temps réel. Autrement dit, l’évaluation doit être continue, et les remédiations apportées sans attendre », a-t-il insisté, mettant en garde contre l’accumulation des lacunes, qui finit par hypothéquer la réussite scolaire à long terme.

Youssef El Azhari précise que la réussite ne doit pas se résumer à l’abolition du redoublement, souvent critiqué. Pour lui, « la véritable réussite des élèves consiste à faire en sorte que chaque élève atteigne le niveau requis pour progresser vers le cycle suivant avec de réelles compétences ».

Inspecteurs : d’agents de contrôle à accompagnateurs pédagogiques

Au cœur de la mise en œuvre de cette réforme ambitieuse, les inspecteurs jouent un rôle fondamental. Ils constituent «  l’un des piliers essentiels de la transformation en cours », souligne le responsable. Ces derniers ont été formés aux nouvelles approches pédagogiques, notamment à l’approche Teaching at the Right Level (TARL) et à l’approche explicite, cette dernière étant privilégiée lors des phases d’introduction des apprentissages.

Mais plus encore, leur rôle a profondément évolué. « L’accompagnement pédagogique est désormais privilégié par rapport au simple contrôle », affirme-t-il. Alors qu’il y a encore quelques années, une visite annuelle, voire biannuelle, constituait la norme, les écoles pionnières bénéficient aujourd’hui de visites hebdomadaires.

Ce changement de fréquence a eu des effets structurants : la relation entre inspecteurs et enseignants s’est profondément transformée. Les inspecteurs sont désormais perçus comme des conseillers pédagogiques, des partenaires dans l’amélioration continue, et non plus comme de simples évaluateurs.

Modernisation des équipements pour accompagner la transformation

L’évolution pédagogique a aussi nécessité une transformation matérielle des établissements. Les leçons scriptées, largement adoptées dans les écoles pilotes, sont désormais disponibles sur support numérique. Cela a entraîné l’équipement progressif des classes en vidéoprojecteurs, ordinateurs et pointeurs, pour soutenir la mobilité des enseignants et garantir une meilleure transmission des apprentissages.

Une réforme « pilotée avec rigueur et par étapes »

Depuis le lancement des écoles pionnières en 2022, le ministère a adopté une approche progressive, rigoureusement pilotée.

« L’objectif est une généralisation rapide mais maîtrisée », insiste M. El Azhari.

Une réforme portée par une forte adhésion sociale

Cette nouvelle approche pédagogique et organisationnelle suscite une forte adhésion sociale. «  De plus en plus de parents souhaitent que leurs enfants soient scolarisés dans ces établissements pilotes, preuve de leur impact positif  », indique le responsable.

Mais cette réussite soulève un impératif : veiller à ce que l’élargissement du programme ne compromette pas la qualité. «  La réussite de la réforme repose sur la capacité à maintenir, dans la durée, les standards observés aujourd’hui  », ajoute-t-il avec prudence.

Une gouvernance solide au service d’un changement à grande échelle

À mesure que le programme des écoles pionnières monte en puissance, sa réussite repose désormais sur une gouvernance rigoureuse. «  Nous sommes passés d’une phase où la conception et la vérification in situ des résultats étaient essentielles, à une phase de généralisation, qui ne peut réussir sans une gouvernance forte et un portage institutionnel au plus haut niveau », insiste Youssef El Azhari.

Cette gouvernance se structure autour de plusieurs niveaux de pilotage :

Cette organisation est d’autant plus cruciale que le système éducatif marocain est fortement décentralisé. Les 12 régions du pays disposent chacune d’une académie régionale d’Éducation et de Formation (AREF), dotée d’une certaine autonomie. «  Il est donc nécessaire d’harmoniser l’action de toutes ces structures autour d’un même objectif  », explique le responsable.

Une évaluation indépendante pour mesurer l’impact réel

Soucieuse de crédibilité et de rigueur, la réforme a également été soumise à une évaluation indépendante d’impact, menée en parallèle des évaluations internes et du suivi des inspecteurs. Cette démarche a été pilotée en partenariat avec l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir, en collaboration avec les chercheurs du J-PAL, reconnus mondialement pour leur expertise en économie expérimentale de l’éducation.

L’évaluation a porté sur 138 écoles pionnières et 138 écoles témoins comparables, constituant un groupe de contrôle. Les résultats mesurent l’évolution du pourcentage de réponses justes dans les disciplines évaluées (arabe, français, mathématiques).

Les élèves des écoles pionnières ont enregistré un gain net de 22 points de pourcentage :

« Nous étudions actuellement les raisons de cette performance plus modeste en arabe », précise Youssef El Azhari.

Un impact exceptionnel reconnu au niveau international

Les chercheurs du J-PAL ont également replacé ces résultats dans une perspective internationale. Selon eux, une réforme est considérée comme ayant un effet modéré à partir d’un impact de 0,1 écart-type (SD). Le programme marocain atteint un impact de 0,9 SD, ce qui le classe parmi les plus forts effets jamais mesurés à l’échelle mondiale.

« Selon les chercheurs, seules 10 % des réformes éducatives dans le monde dépassent 0,4 SD. Notre programme atteint 0,9, ce qui rend le cas marocain particulièrement remarquable  », affirme fièrement le M. El Azhari.

Vers une évaluation à plus grande échelle et une visibilité internationale

En 2024, la même évaluation d’impact est reconduite, cette fois sur l’ensemble des 2.626 établissements actuels engagés dans le programme. « Les résultats définitifs seront disponibles à la fin de l’année scolaire, mais les premières tendances sont encourageantes  », indique M. El Azhari.

Par ailleurs, le Maroc se prépare à inscrire ses écoles pionnières dans les prochaines grandes enquêtes internationales, notamment PIRLS 2026 et TIMSS 2027

Seules les écoles ayant appliqué intégralement le programme depuis le départ seront sélectionnées. « Nous sommes impatients de voir comment ces établissements se positionneront dans ces évaluations internationales », ajoute-t-il.

«  Le défi aujourd’hui est de réussir le passage d’un projet pilote, à une extension modérée, puis à une généralisation à grande échelle  », conclut Youssef El Azhari. « Nous sommes conscients de la complexité du processus, mais aussi pleins d’espoir, car les premiers résultats sont très prometteurs ».

Les écoles pionnières, un programme éducatif marocain parmi les plus performants au monde (experts)

Dans un précédent article, nous avions révélé les premiers détails d’une évaluation indépendante du système marocain des écoles pionnières, menée par le Morocco Innovation and Evaluation Lab (MEL) en collaboration avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et le Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab (J-PAL). Ci-après, nous publions le document produit par les experts concernant les résultats de cette étude.

Celle-ci a mis en lumière que l’impact global du programme des écoles pionnières est supérieur à celui de tout autre programme gouvernemental, plaçant le Maroc parmi les 1% des pays les plus performants dans ce domaine. Les résultats ont montré des progrès significatifs dans les apprentissages des 320.000 élèves concernés, témoignant d’une réelle avancée dans la réforme éducative du pays.

L’évaluation actuelle, pilotée dans 626 écoles primaires à travers le Maroc durant l’année scolaire 2023-2024, souligne l’impact significatif enregistré par le programme sur les apprentissages des élèves. Elle situe les choix effectués par le Maroc parmi les 1% meilleurs du point de vue de progrès en matière d’apprentissage dans la catégorie des pays comparables, indique le rapport.

Les résultats révèlent une amélioration de 0,9 écart-type des résultats d’apprentissage, indiquant que l’élève moyen dans une école pionnière performe désormais mieux qu’environ 82% des élèves du groupe de comparaison. Les effets les plus marquants ont été observés en français et en mathématiques, où l’élève moyen surpasse respectivement 90% et 82% des élèves de la catégorie de comparaison. En ce qui concerne l’arabe, l’élève moyen dépasse environ 69% des élèves comparables. Le programme a également permis des avancées dans divers domaines, incluant la lecture et plusieurs disciplines de mathématiques.

Le modèle Écoles pionnières repose sur une approche multidimensionnelle englobant les trois axes de la feuille de route 2022-2026 : l’élève, l’enseignant et l’école. Les principaux volets du programme incluent une pédagogie structurée, une remédiation ciblée selon le niveau d’apprentissage des élèves, ainsi que la spécialisation des enseignants dans l’enseignement de l’arabe, du français et des mathématiques. En outre, un système de certification de qualité reconnaît les écoles participant avec succès au programme.

Voici le rapport complet de l’évaluation des écoles pionnières, détaillant les résultats et les analyses des experts :

Chiffres, formation et écoles pionnières : les nouveautés de la rentrée scolaire 2024-2025

Le ministère de l’Education nationale a organisé ce vendredi 6 septembre sa conférence annuelle dédiée aux nouveautés de la rentrée scolaire.

Les principaux objectifs pour la nouvelle année sont la poursuite de l’amélioration des apprentissages des élèves dans tous les cycles d’enseignement, ainsi que la réduction du taux d’abandon et de la surcharge des classes.

Pour ce faire, plusieurs moyens et outils ont été mis en œuvre par le ministère.

Amélioration du nombre d’élèves au collège et au lycée

Avant de faire le point sur ces outils et moyens, Chakib Benmoussa est d’abord revenu sur les chiffres de la rentrée.

Pour cette nouvelle année scolaire, le nombre d’élèves atteint 8,112 millions, dont 6,975 millions dans les établissements publics, et 1,136 million dans les écoles privées.

Si le nombre d’élèves du primaire public, qui s’élève à 3,715 millions, est en baisse de 1,3%, ceux du collège (2 millions d’élèves) et du lycée (1,235 million d’élèves) sont en hausse, respectivement de 5% et de 12%, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Aux 8,112 millions d’élèves de ces trois cycles s’ajoutent également ceux du préscolaire, qui sont d’environ 1 million dans le privé et le public. C’est une augmentation continue d’environ 3% par an de manière générale, mais elle est davantage plus élevée dans le public, ou elle s’établit cette année entre 5% et 6%, ce qui démontre la réduction du nombre d’établissements d’enseignement préscolaire non organisés, laissant place à des établissements organisés, avec une bonne qualité d’apprentissage.

Au total, le nombre d’élèves, du préscolaire au baccalauréat, qui ont rejoint les établissements scolaires publics et privés cette année s’élève à un peu plus de 9 millions.

Le ministre Benmoussa a également noté une augmentation du nombre d’établissements et des salles de classe, visant à réduire la surcharge, et à répondre au besoin national en terme d’éducation nationale.

Ainsi, 189 nouveaux établissements publics ont ouvert leurs portes cette année, et près de 3.500 salles ont été rajoutées dans des établissements déjà existants. En ce qui concerne les internats, 15 nouvelles structures, spécialement dans le monde rural, ont ouvert leurs portes pour cette rentrée.

Le nombre d’établissements scolaires dans tout le Royaume s’élève ainsi à environ 12.300, dont 8.433 primaires, 2.298 collèges et 1.568 lycées, auxquels s’ajoutent 13.000 annexes.

18.000 enseignants nouveaux, dont 8.000 en remplacement des départs

En termes de ressources humaines, Chakib Benmoussa a souligné une augmentation, avec 18.000 enseignants qui rejoignent les établissements publics du pays, dont 8.000 en remplacement des départs en retraite, ou des cadres ou responsables qui ont quitté le système éducatif.

Les 10.000 autres enseignants ont été recrutés dans l’objectif de réduire la surcharge au niveau des classes. Au primaire, les classes dont le nombre d’élèves est supérieur à 40 ne dépassent pas les 4% au total, contre 20% au collège, et 10% au lycée.

Notons que le nombre total des enseignants, tous cycles confondus, s’élève cette année à 288.072.

Une aide sociale en remplacement du programme « Un million de cartables »

L’autre nouveauté de cette rentrée est le remplacement du mythique programme « Un million de cartables » par une aide sociale de 200 DH par élève dans le cycle primaire et 300 DH pour ceux du collège et du lycée ; une aide qui bénéficiera aux 3 millions de familles concernées par le soutien social de l’Etat.

Cette aide sera lancée, selon Benmoussa, à partir de la semaine prochaine, et sera gérée par l’INDH (Initiative nationale pour le développement humain). « Auparavant, les cartables distribués aux élèves coûtaient entre 100 et 120 DH, et le lycée n’en bénéficiait pas », a-t-il expliqué. « L’opération a donc été élargie ».

100 MDH déboursés par la Caisse de compensation pour maintenir les prix des manuels

Pour ce qui est des manuels scolaires, le ministre de l’Education nationale a fait savoir que l’Etat a fait un grand effort pour maintenir le niveau des prix.

« La Caisse de compensation a déboursé 100 millions de DH au profit des éditeurs, pour couvrir le prix des feuilles qui a augmenté, dans le but de maintenir le prix des manuels au même niveau », a-t-il déclaré lors de la conférence de ce vendredi.

« Une organisation préalable a par ailleurs été mise en place depuis des mois aux niveaux local, provincial et régional, avec l’accompagnement du ministère de l’Intérieur, pour que cette rentrée ait lieu en ce début du mois de septembre », a-t-il poursuivi.

« La rentrée des classes a eu lieu à partir de ce mercredi [4 septembre, ndlr], et les élèves ont continué à rejoindre leurs classes progressivement selon les niveaux, pour une rentrée effective le lundi 9 septembre prochain ».

Écoles pionnières : le programme élargi à 1,3 million d’élèves

À la lumière de l’ensemble des évaluations et des résultats positifs obtenus lors de la première année expérimentale des écoles pionnières, le processus de généralisation progressive commence cette rentrée scolaire avec un ajout de 2.000 écoles supplémentaires par an. Cette année, plus de 1,3 million d’élèves seront concernés, soit 30% des élèves du primaire et près de 45.000 enseignants ont été formés et engagés pour mener cette transformation des apprentissages, a déclaré Chakib Benmoussa.

Rappelons que la première phase expérimentale a concerné 626 classes et 320.000 élèves, soit 7% des élèves du primaire, issus des milieux rural et urbain. 10.500 enseignants ont été formés pour accompagner cette première phase, et quatre évaluations réalisées sur ce programme ont montré de bons résultats et un impact positif sur les apprentissages des élèves. La publication des résultats définitifs de la dernière enquête est prévue vers mi-septembre.

Notons que ce nouveau modèle d’école primaire publique repose sur la transformation concrète des pratiques d’enseignement en classe. Tous les enseignants bénéficient de formation, d’un accompagnement de proximité assuré par les inspecteurs et d’outils pour renforcer l’efficacité de leur travail au quotidien.

Une première évaluation de cette phase pilote a été conduite par l’association Sanady pour vérifier l’impact du programme de remédiation TaRL, et une deuxième évaluation de perception qualitative a été réalisée par l’Observatoire national du développement humain (ONDH) auprès des enseignants et des acteurs impliqués dans les écoles pionnières. Cette seconde enquête a été menée dans 5 régions (Casablanca-Settat, Fès-Meknès, l’Oriental, Draâ-Tafilalet, Béni Mellal-Khénifra) selon un tirage au sort des écoles. Elle a ainsi révélé que le programme a des effets concrets sur la vie scolaire.

Une troisième évaluation a ensuite été menée par l’Instance nationale d’évaluation (INE), rattachée au Conseil supérieur de l’éducation, pour mesurer la performance des établissements pionniers. Enfin, une quatrième évaluation a été conduite par le centre de recherche fruit du partenariat entre l’UM6P et J-PAL affilié à l’université américaine MIT, qui vise à quantifier l’impact sur les apprentissages des élèves. Les résultats préliminaires de cette dernière enquête révèlent un impact positif des écoles pionnières sur les apprentissages. La publication des résultats définitifs est prévue pour mi-septembre 2024.

Outre la généralisation des écoles pionnières, le ministère de l’Education nationale lance également cette année la phase pilote du programme des collèges pionniers, dont les nouveautés feront l’objet d’un autre article.

Institutionnalisation pour sécuriser la dynamique de transformation des écoles 

Afin de pérenniser les résultats prometteurs du projet d’école pionnière, désormais confronté au défi de sa généralisation et son amélioration, et de mener à bien l’expérimentation du modèle collège pionnier, le ministère a conduit un vaste chantier pour assurer l’institutionnalisation des efforts, de l’engagement et des résultats des équipes sur le terrain : enseignants, inspecteurs, directeurs, équipes managériales des échelons provinciaux, régionaux et du central.

Le ministère mise également sur la formation initiale et continue des enseignants. La formation dans les Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation a été adaptée, intégrant désormais les nouvelles pratiques pédagogiques : TaRL et enseignement explicite.

Par ailleurs, l’organisation du concours de recrutement pour cette année a été avancée en octobre, afin de permettre une formation optimale des futurs enseignants, avec une augmentation de la part des lauréats.

Au niveau de la formation continue, une formation certifiante a été introduite au profit des inspecteurs pédagogiques et des enseignants, orientée sur la pratique au sein des écoles pionnières et collèges pionniers, qui a concerné plus de 60.000 bénéficiaires. Une formation au PEI (projet d’établissement intégré) a été menée au profit de tous les directeurs d’établissements. Le PEI  constitue le cadre méthodologique de transformation et d’engagement des acteurs.

Un nouveau statut plus motivant qui améliore la gestion de carrière

En termes de statut des enseignants, le statut unifié, dont le décret a été publié récemment, crée une seule catégorie de fonctionnaires de l’Éducation nationale pour mener la transformation de l’école publique, grâce à un cadre qui garantit les droits et l’équité, basé sur le mérite, la clarification des responsabilités, avec un parcours de carrière plus attractif et des possibilités de promotions privilégiées.

La totalité des « ex-cadres des AREF » ou appelés « contractuels » ont tous été titularisés fonctionnaires de l’Education nationale. Il s’agit de plus de 110.000 enseignants.

Le Conseil de gouvernement approuve le projet de décret du label « Écoles pionnières »

Le projet de décret vise à créer un label de distinction et de mérite intitulé « Écoles pionnières » pour les établissements d’’enseignement public participant volontairement au projet « Écoles pionnières », afin de garantir la qualité de l’enseignement, de l’apprentissage, de la gestion et de l’administration, d’améliorer l’environnement scolaire, d’augmenter le niveau de maîtrise des apprentissages, de renforcer l’ouverture des apprenants et de réduire les taux de décrochage et d’abandon scolaires.

En vertu de ce décret, les enseignants des établissements publics d’enseignement labellisés « Écoles pionnières », ayant reçu la certification dans leur approche pédagogique, bénéficieront d’une prime financière.

Cette prime sera également accordée aux employés participant directement à toutes les opérations liées à l’obtention de ce label, après avoir reçu une certification pour leur participation à des sessions de formation et pour leur contribution au projet de l’établissement, tout en respectant les principes d’équité et d’égalité des chances dans toutes les opérations et mesures liées à l’obtention du label « Écoles pionnières ».

Le projet « Écoles pionnières » repose sur un certain nombre d’initiatives visant à transformer de manière globale la performance de ces établissements autour de trois axes liés à l’élève, à l’enseignant et à l’établissement scolaire. La phase pilote, lancée au cours de l’année scolaire 2023-2024 dans 626 écoles primaires publiques situées en milieu urbain, semi-urbain et rural, a bénéficié à 322.000 élèves. Elle a pu compter sur la participation volontaire de 10.700 enseignants travaillant dans ces établissements, et sur l’encadrement et le soutien de 157 inspecteurs pédagogiques.

L’évaluation interne préliminaire réalisée par les enseignants et les inspecteurs, ainsi que l’évaluation qualitative externe effectuée par l’Observatoire national du développement humain (ONDH), ont révélé des progrès significatifs dans le niveau des apprenants de ces établissements, grâce au travail collaboratif de l’équipe pédagogique et administrative, outre l’importance de l’engagement des acteurs impliqués dans la réussite de ce projet.

Une évaluation quantitative externe des apprentissages sera également réalisée par le laboratoire J-PAL, en coopération avec l’Université Mohammed VI Polytechnique. Une évaluation des établissements scolaires participant à ce projet est actuellement menée par l’Instance nationale d’évaluation relevant du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique.

Compte tenu des résultats positifs enregistrés, le ministère œuvre à l’extension progressive des « Écoles pionnières« , portant leur nombre de 626 actuellement à 2.626 écoles primaires au cours de l’année scolaire 2024-2025, avec un nombre prévu d’élèves bénéficiaires atteignant 1.300.000, soit 30% des élèves du cycle primaire.

L’objectif est de généraliser ce projet pour atteindre 8.630 écoles primaires au cours de l’année scolaire 2027-2028. Une phase pilote pour les collèges pionniers sera également lancée dans 232 établissements au cours de l’année scolaire 2024-2025, passant à 730 établissements en 2025-2026, en vue de la généralisation pour l’année scolaire 2028-2029.

Le label « écoles pionnières » au menu du Conseil de gouvernement ce jeudi

Au début de ses travaux, le Conseil examinera trois projets de décret.

Le premier a trait au label « écoles pionnières », et le deuxième modifie et complète le décret portant attribution d’un complément de rémunération aux enseignants-chercheurs des facultés de médecine et de pharmacie et des facultés de médecine dentaire, précise le communiqué.

Le troisième porte application de la loi édictant des mesures particulières relatives à la commercialisation directe des fruits et légumes produits dans le cadre de l’agrégation agricole.

Le Conseil achèvera ses travaux par l’examen de propositions de nomination à des fonctions supérieures, conformément à l’article 92 de la Constitution.

Ecoles pionnières : session de formation à Casablanca au profit des inspecteurs pédagogiques

Lors d’une visite au Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation de la région Casablanca-Settat, le lundi 6 mai, le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports, Chakib Benmoussa, a supervisé l’avancement d’une session de formation axée sur les nouvelles méthodes pédagogiques des « écoles pionnières ». Ces ateliers visent à surmonter les défis d’apprentissage des élèves dans les matières fondamentales.

Chakib Benmoussa a ainsi observé les cours dispensés aux inspecteurs pédagogiques de la région Casablanca-Settat, faisant partie des 407 bénéficiaires à l’échelle nationale. Ces initiatives s’inscrivent dans la préparation de l’expansion du modèle des écoles pionnières au niveau primaire, avec l’objectif d’impliquer 2.000 nouvelles écoles publiques à travers le pays pour l’année scolaire 2024-2025, touchant ainsi environ un million d’élèves.

Dans une déclaration à la presse, le ministre a souligné l’importance de ces ateliers de formation. Une opération de formation théorique et de terrain a été lancée la semaine dernière au profit d’environ 400 inspecteurs supplémentaires. Ces inspecteurs assumeront plusieurs tâches, principalement la formation des enseignants des Ecoles pionnières prévues pour l’année prochaine, a-t-il expliqué. Environ 32.000 enseignants seront formés à partir de la fin du mois de mai courant.

De son côté, le directeur du Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation de Casablanca-Settat, Fadil Douhed, a fait savoir que ce centre accueille cette semaine cinq ateliers de formation pour préparer les inspecteurs de la région. Les inspecteurs bénéficiant de ces ateliers encadreront les enseignants, ce qui permettra au personnel enseignant d’acquérir des compétences pratiques.

A cette même occasion, le ministre s’est enquis du déroulement d’une session de formation sur l’enseignement de la langue amazighe au cycle primaire, qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du plan du ministère en la matière visant la généralisation progressive de l’enseignement de cette langue au niveau du primaire, grâce notamment à la mise à disposition de ressources humaines qualifiées.

A noter que les ateliers d’échange susmentionnés, organisés du 6 mai au 9 mai, se focalisent sur l’enseignement selon le niveau approprié (TaRL) et la méthode pédagogique explicite, et comprennent des formulations sur le renforcement des capacités des professeurs dans la mise en œuvre de ces approches pour la langue arabe, le français et les mathématiques, ainsi que des mécanismes de suivi, qui combinent les volets théorique et pratique en classe à l’aide d’outils pédagogiques spéciaux qui ont été élaborés à cet effet.

Cette phase aboutira à la formation de 407 inspecteurs pédagogiques aux approches de l’enseignement selon le niveau approprié et l’efficacité pédagogique. Ils seront chargés de former, du 27 mai au 15 juin 2024, 32.000 enseignants au niveau national (le premier groupe du 27 mai au 5 juin et le deuxième groupe du 6 au 15 juin).

Voici les détails du collège pionnier qui sera lancé dès la prochaine rentrée scolaire

Après une première expérience positive du projet des écoles pionnières, le ministère de l’Education s’apprête à lancer, à partir de la prochaine rentrée scolaire 2024-2025, l’expérimentation des collèges pionniers. 

200.000 cas d’abandon par an

Le point d’entrée principal de ce nouveau programme est la lutte contre l’abandon scolaire, afin d’assurer l’effectivité de la scolarité obligatoire.

En effet, « c’est au niveau des collèges que l’abandon scolaire se concentre le plus », nous explique une source du ministère de l’Education nationale. « Nous avons environ 200.000 élèves qui abandonnent chaque année les bancs du collège, et plusieurs facteurs y contribuent ».

« Nous avons tout d’abord la crise des apprentissages qui s’accumule au cours des années du primaire et qui fait que les élèves arrivent sans avoir le niveau qui leur permet de réussir au collège », poursuit notre interlocuteur. « Le collège est un espace d’apprentissage plus complexe que le primaire, étant donné qu’il y a davantage de matières enseignées, et des notions plus difficiles. On bascule également vers l’enseignement des sciences en langue française, ce qui crée de la complexité à laquelle les élèves, à la sortie du primaire, ne sont pas nécessairement préparés ».

D’autres facteurs cités par notre source peuvent également contribuer à ce phénomène d’abandon. « Il s’agit notamment du fait que les pratiques pédagogiques ne sont pas nécessairement adaptées, ou encore le fait que bien souvent, on travaille pour finir des programmes ou pour accompagner les meilleurs de la classe sans nécessairement accompagner la majorité des élèves qui sont plus en difficulté ».

Certains facteurs sont, pour leur part, plus spécifiques au collège. « Ce sont des adolescents qui font face au manque d’attractivité des collèges, pas seulement en termes d’infrastructure et d’espace, mais aussi d’activités. Les collégiens ne s’y retrouvent pas et ne s’y reconnaissent pas ».

« Il y a donc cet enjeu d’attractivité des collèges en tant qu’espace d’épanouissement et de développement personnel et, enfin, il y a des sujets qui ont trait à la situation sociale et psychosociale des élèves. Il s’agit d’adolescents en construction, etc. », souligne notre source.

« C’est donc une expérimentation plus complexe. Notre enjeu est d’intervenir sur les facteurs qui influencent le plus et qui contribuent le plus à cette problématique d’abandon, mais aussi sur lesquels le système d’éducation nationale peut agir directement ».

230 collèges participeront à cette expérimentation pilote

Lors de la prochaine rentrée, 230 collèges pionniers, représentant environ 200.000 élèves, participeront à cette première phase d’expérimentation.

Si une montée en charge est prévue, une évaluation s’impose pour mesurer l’impact des différentes composantes du programme sur la rétention des élèves, leur épanouissement et leur apprentissage. « L’évaluation continue est très importante. C’est d’ailleurs un élément fondamental de la feuille de route 2022-2026. Il y aura ainsi, l’année prochaine, des évaluations qui permettront d’ajuster les différents composantes du collège, avant de généraliser l’expérience progressivement ».

Comment ces collèges ont-ils été sélectionnés ? D’après notre interlocuteur, ce choix repose principalement sur les remontées terrain. « Nous avons demandé aux Académies régionales d’éducation et de formation (Arefs) et aux directions provinciales de nous proposer chacune entre 10 et 30 établissements avec des indications sur le taux d’abandon. Il faut que ce soit des établissements où ce fléau existe pour pouvoir agir dessus. Outre ce critère, il y a également du volontariat, comme pour les écoles pionnières ».

Une méthode à quatre axes

L’objectif principal du ministère de l’Education nationale est donc de réduire le taux d’abandon actuel dans les collèges, « et en travaillant sur l’abandon, on doit travailler sur les deux autres objectifs stratégiques de la feuille de route de la réforme dans laquelle s’inscrit ce projet », à savoir la qualité des apprentissages et l’épanouissement des élèves, nous explique le ministère.

« On a besoin de collèges attractifs et d’équipes pédagogiques et administratives mobilisées. Par rapport au primaire, le collège compte beaucoup plus d’enseignants, d’inspecteurs et d’acteurs qui interviennent, que ce soit le conseiller en orientation, le surveillant général ou encore le spécialiste social ».

Le modèle élaboré par le ministère pour faire face à ce phénomène repose sur quatre principaux axes, dont le premier est similaire à celui des écoles pionnières. Il s’agit du projet d’établissement intégré.

« L’idée est que l’équipe de l’établissement fédère ses efforts autour d’un projet qui définit les priorités de l’établissement, notamment au regard des trois objectifs stratégiques de la feuille de route. Le projet d’établissement existe déjà dans le système éducatif. Ce n’est pas une nouveauté. C’est plutôt la manière de le conduire qui est innovante. Sa philosophie a complètement été transformée, de manière à ce qu’il devienne vraiment un outil de gestion qui aide l’établissement à s’inscrire dans ce processus d’amélioration ».

Les préparatifs en cours dans ces collèges

Ce volet a été entamé au niveau des 230 collèges identifiés. « Nous sommes déjà allés à la rencontre de ces collèges. On a bouclé un cycle de rencontres régionales, où l’on a été en contact direct avec ces structures, leurs directeurs et les acteurs qui vont intervenir, et où le modèle d’intervention a été présenté. On a également été à l’écoute de leurs propositions, craintes et interrogations », souligne notre source.

« La première étape de préparation pour ces collèges, c’est de travailler sur le projet d’établissement intégré. Ce volet est en cours en ce moment. Pour lancer la dynamique dans les collèges, des équipes constituées au niveau de chaque établissement, font un travail de diagnostic sur leurs besoins et leurs priorités pour les transcrire dans un projet d’établissement intégré ».

« Il y a donc actuellement un recensement en cours de l’ensemble des besoins, que ce soit en termes de matériel informatique, d’équipements pédagogiques ou sportifs, pour que l’on soit dans les temps pour la réhabilitation, l’équipement, et l’aménagement de ces collèges à la rentrée prochaine ».

L’année démarrera avec quatre à huit semaines de remédiation intensive

Le second axe est, lui, centré sur l’élève. Il s’agit de la remédiation, du soutien et de l’accompagnement personnalisé.

Dans le secteur public, « nous avons des élèves qui sont en difficulté et, du coup, on agit  à la fois en préventif et en curatif sur l’apprentissage de ces élèves-là, afin de maximiser leurs chances de réussite », ajoute notre interlocuteur.

Ce second axe se compose de quatre actions. La première est relative à la remédiation intensive en début d’année scolaire, pour pallier les lacunes accumulées. Durant quatre à huit semaines, les enseignants animeront des modules de remédiation selon le niveau réel des élèves, avec une focalisation sur les prérequis dont ils ont besoin pour réussir.

« Le programme scolaire ne débutera réellement qu’au terme de cette remédiation, dont l’objectif est de réduire au maximum l’écart entre le niveau réel des élèves et le niveau nécessaire pour poursuivre leur scolarité au collège ».

La seconde action est le soutien tout au long de l’année en mathématiques et en français pour les élèves qui en ont besoin. « Ces deux matières sont déterminantes dans la réussite académique des élèves au collège. En plus d’être des matières, ce sont des outils pour d’autres matières, notamment les sciences. L’idée est donc de programmer un certain volume horaire dans l’emploi du temps des élèves, dont pourrait bénéficier une partie des élèves qui ont des difficultés ».

La troisième action est la veille pour identifier les élèves à risque d’abandon et proposer des plans d’action adaptés à leur situation. « Dans ce sens, la Direction des systèmes d’information (DSI) a développé un outil qui permet aux équipes de veille, au sein des établissements, de détecter les élèves à risque, puis d’identifier des interventions personnalisées, à savoir le soutien scolaire ou encore l’accompagnement psychosocial… Le ministère invite aussi les équipes de veille à suivre une certaine méthodologie de travail, avec des réunions régulières, d’abord pour identifier les élèves à risque, ensuite pour développer les plans d’action nécessaires et, enfin, pour faire le suivi de la réalisation de ces interventions ».

Dans la pratique, « chacun des membres de la cellule de veille qui sera constituée aura un rôle spécifique à jouer en fonction des besoins de l’élève, que ce soit un professeur, un enseignant principal, un conseiller en orientation ou un spécialiste social, etc. ».

Des parcours adaptés de dernière chance

Enfin, la quatrième action a trait aux parcours adaptés aux élèves en difficulté. « Cet élément sera expérimenté au fur et à mesure. L’objectif est que les élèves qui sont en situation de difficulté critique au niveau académique, qui ont par exemple redoublé à plusieurs reprises, et pour lesquels les interventions préventives n’ont pas permis de pallier leurs lacunes, soient orientés vers des parcours adaptés, ayant pour objectif la réussite de ces élèves, soit au sein du collège, soit à l’extérieur du collège, notamment les écoles de la deuxième chance ».

« C’est une action de dernier recours. On cible un objectif de zéro exclusion, en limitant l’abandon au maximum. L’effort est mis sur la prévention avec la remédiation, le soutien et l’accompagnement tout au long de l’année. Mais en ce qui concerne les élèves pour lesquels subsistent des besoins et des difficultés, ils seront orientés vers ces parcours adaptés ».

Formation des enseignants vers fin mai-début juin

Le troisième axe de la méthode mise en place par le ministère de l’Education nationale pour faire face au fléau d’abandon est relatif aux « pratiques pédagogiques efficaces ». Il s’agit, concrètement, « d’outiller les enseignants en cours et outils pédagogiques qui leur permettront de structurer leurs séances, d’assurer l’interactivité avec les élèves, mais aussi la maîtrise des compétences et des connaissances par les élèves ».

« Enseigner n’est pas un exercice anodin », estime le ministère. « Cela demande de l’ingénierie, de la précision et de l’amélioration continue. C’est ce qu’on essaie de faire en développant des supports pédagogiques qui traduisent sur le papier les meilleures pratiques en termes d’enseignement efficace, pour focaliser chaque leçon sur des objectifs clairs, réduire la charge cognitive pour les élèves et assurer la maîtrise des objectifs d’apprentissage fixés ».

En parallèle, les enseignants seront également formés et accompagnés sur le terrain par des inspecteurs formés. L’inspecteur ne sera pas seulement dans une relation d’évaluation de l’enseignant, mais aussi et surtout dans une démarche d’accompagnement pour sa formation continue et son développement pour assurer la mise en pratique des approches efficaces ».

Selon notre source, les formations n’ont pas encore commencé. « Nous sommes encore dans la phase de conception, visant la préparation de la boîte à outils pédagogiques ».

« Des équipes d’inspecteurs et d’enseignants travaillent pour développer ces outils-là, en concertation avec des experts. Le démarrage des formations est prévu à partir de fin mai, début juin ».

Cap sur les activités parascolaires et sportives

Enfin, le quatrième axe du modèle collège pionnier concerne les activités parascolaires et sportives. « Ce ne sont pas des activités parallèles, ni uniquement du divertissement. Elles ne sont pas non plus optionnelles. Ce sont des activités qu’on veut institutionnaliser dans les collèges, qui sont inscrites dans les emplois du temps, qui sont encadrées et qui sont inscrites dans des objectifs de compétences précis. On cherche à construire des compétences, soit en complémentarité avec ce qui s’enseigne dans les autres matières, soit pour renforcer les compétences qui s’enseignent dans les autres matières ».

Cet axe repose sur les activités parascolaires dans une multitude de domaines, que ce soit le théâtre, la lecture, le débat, les sciences, l’environnement ou la musique, qui seront inscrites dans les emplois du temps des élèves. Il repose aussi sur le sport scolaire. « En plus des deux heures de sport que les élèves ont traditionnellement dans leur emploi du temps, nous ambitionnons de réactiver les associations de sport scolaire au sein des collèges pour proposer davantage d’activités aux élèves ».

« Les enseignants de sport seront également outillé pour offrir un accompagnement, notamment aux élèves qui connaissent une baisse de motivation, indisciplinés ou autre. L’objectif est de profiter aussi de ces activités pour bénéficier de moments d’échange et de coaching avec les enseignants », conclut notre interlocuteur.