À Davos, Anthropic revendique une IA capable d’automatiser l’ingénierie logicielle

À Davos, Dario Amodei ne s’est pas exprimé en observateur inquiet de l’avenir du travail, mais en dirigeant technologique mettant en avant la puissance croissante de son produit.

Le PDG d’Anthropic, entreprise américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle générative et à l’origine du modèle « Claude », a expliqué que les progrès récents de l’IA permettent désormais d’envisager une automatisation très large des tâches de développement logiciel.

Une transformation en cours des besoins en compétences

Selon lui, dans un avenir proche, les modèles d’IA pourront écrire, tester, corriger et maintenir du code de bout en bout, avec une intervention humaine réduite à des fonctions de supervision. « Nous pourrions être à un horizon de six à douze mois de modèles capables d’assurer, de bout en bout, l’ensemble des tâches réalisées par les ingénieurs logiciels« .

Amodei a d’ailleurs souligné que, dans certaines équipes, les ingénieurs passent déjà moins de temps à coder eux-mêmes qu’à relire, orienter et valider le code produit par l’IA.

La valeur ajoutée humaine se déplacerait ainsi vers la définition des objectifs, l’architecture des systèmes et le contrôle de la qualité, plutôt que vers l’exécution technique.

Cette prise de position s’inscrit dans un discours plus large tenu à Davos par plusieurs dirigeants du secteur de l’IA.

Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, a notamment évoqué une transformation en cours des besoins en compétences.

Sans annoncer de suppressions massives d’emplois, ces dirigeants convergent sur l’idée que l’automatisation par l’IA modifie rapidement la structure de la demande de travail dans les métiers technologiques.

Dans ce contexte, certaines entreprises pourraient revoir leurs stratégies de recrutement. Plutôt que de constituer de larges équipes de développeurs, elles pourraient privilégier des profils plus expérimentés, capables de concevoir des systèmes complexes, de piloter des agents d’IA et de formuler des instructions efficaces, ce que l’on désigne de plus en plus comme le prompt engineering.

L’ingénieur logiciel ne disparaît pas, mais son rôle se recompose autour de fonctions d’orchestration et de responsabilité, dans un environnement où l’exécution est largement automatisée.

En 2024, la moitié des salariés déclarés à la CNSS gagne au plus 3.200 DH (OMTPME)

Selon le rapport annuel de l’Observatoire marocain de la TPME, l’emploi formel déclaré à la CNSS s’est établi à 4.931.100 salariés en 2024, contre 4.766.924 en 2023 et environ 3,8 millions en 2021.

La masse salariale déclarée à la CNSS s’est établie, en 2024, à 221,8 MMDH, en hausse annuelle de 8,6%, après 9,7% en 2023.

Cette progression traduit une dynamique continue de formalisation du marché du travail, portée par la reprise économique post-Covid et par l’élargissement de la base déclarative des entreprises.

Emploi formel et rémunérations

Sur la période récente, la croissance de l’emploi formel reste néanmoins plus rapide que celle des salaires, ce qui pose la question de la qualité des postes créés.

La structure des rémunérations illustre clairement ce constat. En 2024, 46,6% des salariés déclarés, soit environ 2,3 millions d’employés, perçoivent un salaire n’excédant pas le SMIG, contre 54,8% en 2023 et 44% en 2022.

Si cette baisse relative traduit un léger déplacement vers les tranches supérieures, la concentration des bas salaires demeure très marquée.En 2024, 72,7% des employés perçoivent un salaire mensuel inférieur à 4.000 DHPlus de 72,7% des employés gagnent moins de 4.000 DH par mois en 2024, contre 74,3% en 2023. À l’autre extrémité de l’échelle, seuls 2,8% des salariés déclarent un salaire supérieur à 20.000 DH, une proportion quasi inchangée depuis plusieurs années.

Le salaire mensuel moyen s’élève à 5.862 DH, tandis que le salaire médian est de 3.173 DH, ce qui indique que la moitié des salariés déclarés perçoivent un salaire inférieur ou égal à ce niveau.

Situation de l’emploi féminin

La configuration salariale pèse particulièrement sur l’emploi féminin. En 2024, les femmes représentent 1.596.881 salariées déclarées, soit 32,4% de l’emploi total, en léger recul par rapport à 2023 et à 2022.

En valeur absolue, l’emploi féminin progresse, mais sa part relative stagne autour de 32% depuis plus de cinq ans. Cette stabilité reflète des difficultés structurelles d’insertion sur le marché du travail formel.

L’analyse par tranche de salaires met en évidence une surexposition des femmes aux bas revenus. Plus de la moitié des salariées, soit 51,6%, perçoivent un salaire inférieur ou égal au SMIG, contre 44,2% chez les hommes.

À l’inverse, seules 2,8% des femmes accèdent à des rémunérations supérieures à 20.000 DH, une proportion identique à celle des hommes mais qui reste marginale au regard de l’ensemble du marché.

Dans les régions du Sud, plus de 80% des femmes déclarées se concentrent dans la tranche du SMIG ou en dessous. À l’opposé, Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra présentent une structure salariale relativement plus équilibrée.

Sur le plan sectoriel, l’emploi formel demeure dominé par les services, le commerce et l’industrie manufacturière. Ces secteurs concentrent l’essentiel de l’emploi féminin déclaré, en particulier dans le textile, les services sociaux, l’enseignement et certaines activités de commerce.

Cette spécialisation sectorielle contribue à expliquer la faiblesse des rémunérations moyennes des femmes et la lenteur de leur progression vers des emplois à plus forte valeur ajoutée.

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Ces données portent exclusivement sur l’emploi formel privé déclaré, hors fonction publique, auto-emploi et secteur informel.

Emploi et chômage : ce que révèle la science économique sur les limites du modèle marocain

L’Association marocaine de sciences économiques (AMSE) a réuni, le jeudi 27 novembre, chercheurs et praticiens à la faculté de Souissi autour d’un thème qui ne cesse de revenir dans les débats, à savoir l’emploi et le chômage au Maroc. Il s’agit du 18e congrès de l’association.

Les travaux et les discussions ont porté sur plusieurs facettes de l’emploi, notamment les relations entre politique monétaire, emploi et chômage, ainsi que sur les déterminants du chômage, en particulier celui des diplômés.

La portée limitée du levier monétaire sur l’emploi

La conduite de la politique monétaire marocaine pendant l’épisode d’inflation post-Covid donne plusieurs enseignements. Le diagnostic posé par le professeur Ayoub Rabhi, de l’Université internationale de Rabat (UIR), dégage un constat intéressant. Dans un contexte où une grande partie de l’inflation provenait de chocs externes, de la hausse des prix de l’énergie, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et de la révision des marges, le resserrement monétaire n’a pas exercé les mêmes effets sur l’ensemble de l’économie.

Selon lui, le marché du travail est resté fragile, avec un chômage persistant et une création d’emplois insuffisante, alors que les profits des banques ont fortement progressé et que la charge d’intérêts de l’État s’est alourdie.

Les établissements financiers, principaux détenteurs de la dette publique (bons et obligations), ont bénéficié de rendements plus élevés sans augmentation notable du risque. Cette configuration relance une question sensible : jusqu’où peut-on s’en remettre à la hausse des taux pour traiter une inflation importée, au prix d’un coût potentiel pour l’emploi et les finances publiques ?

Une autre présentation a cherché à mesurer, de façon concrète, le canal qui relie les décisions de la Banque centrale aux emplois dans le secteur privé formel. En exploitant plus de vingt ans de données macroéconomiques marocaines, le travail montre qu’une hausse du taux directeur finit par freiner l’activité, resserrer progressivement le crédit aux entreprises privées et, avec un certain délai, peser sur l’emploi salarié déclaré.

L’effet n’est pas significatif, mais il est bien là. Concrètement, une hausse d’un point de pourcentage du taux directeur se traduit, à court terme, par un recul de l’emploi salarié privé d’environ 0,1 à 0,2 point de pourcentage et par une baisse du crédit aux entreprises de l’ordre de 0,3 point, avant que les variables ne se stabilisent sur le moyen terme.

L’impact reste donc faible en apparence, mais suffisant pour confirmer que la politique monétaire passe principalement par le système bancaire et touche en priorité le noyau formel de l’économie, là où l’accès au crédit est structuré et où les emplois sont déclarés. Un large pan du marché du travail, marqué par l’informalité, échappe en grande partie à ce canal.

Croissance et emploi durable : les limites du modèle marocain

La relation croissance-emploi au Maroc a aussi été réexaminée sur une longue période. Les résultats indiquent que la croissance crée des emplois, mais beaucoup moins qu’on ne le suppose dans le débat public, en particulier lorsque l’activité est tirée par des secteurs peu intensifs en main-d’œuvre.

L’auteur souligne que stimuler la demande, comme cela se fait classiquement au Maroc via des relances budgétaires ou des politiques monétaires expansionnistes, ne permet pas de créer ou de maintenir durablement l’emploi. Selon lui, seule une action ciblée sur l’offre peut générer un emploi durable. En d’autres termes, les politiques de l’offre constituent la voie la plus efficace pour renforcer la création d’emplois dans la durée.

Par ailleurs, concernant la question du salaire minimum et son impact sur le chômage, les résultats présentés sont plus nuancés que le discours habituel.

L’impact sur l’emploi dépend du secteur, de la productivité, des marges des entreprises et de l’existence ou non de mécanismes d’accompagnement. Autrement dit, la discussion sur le salaire minimum ne peut pas être isolée d’une réflexion plus large sur la structure productive et le partage de la valeur ajoutée.

Marché du travail au T3-2025 : plus d’emplois, mais un sous-emploi en expansion

D’après la note sur le marché de l’emploi relative au troisième trimestre 2025, émanant du HCP, le marché de l’emploi présente des indicateurs contrastés.

En effet, le chômage reste élevé, notamment en milieu urbain, tandis que le sous-emploi touche près d’une personne active occupée sur dix. La note trimestrielle confirme une structure dominée par l’emploi rémunéré, mais dont la qualité demeure hétérogène pour une proportion significative, en particulier dans le BTP et dans l’agriculture.

La situation de l’emploi et du chômage au T3-2025

La population active compte 12.461.000 personnes, dont 8.180.000 en milieu urbain et 4.281.000 en milieu rural. Le taux d’activité s’établit à 43,3% au niveau national, avec 42,3% en urbain et 45,2% en rural. L’écart entre les sexes demeure prononcé. Les hommes affichent un taux d’activité de 68,1%, tandis que les femmes plafonnent à 19,1%. La participation des jeunes au marché du travail reste limitée, le taux d’activité des 15-24 ans s’établissant à 22,7%.

Pour ce qui est de l’emploi, le stock au troisième trimestre 2025 s’élève à 10.833.000 personnes. Les villes concentrent 6.845.000 actifs occupés, tandis que les campagnes en comptent 3.987.000. Le taux d’emploi demeure à 37,6% au niveau national, avec 35,4% en milieu urbain et 42,1% en milieu rural.

Par ailleurs, le chômage concerne 1.629.000 personnes. Le taux national de chômage s’établit à 13,1 %, avec 16,3 % en milieu urbain et 6,9 % en milieu rural. Le taux de chômage des femmes atteint 21,6 %, tandis que celui des jeunes demeure nettement plus élevé, à 38,4 %.

Les villes souffrent de trois mauvais indicateurs: le taux d’emploi très bas (35,4%, ce qui signifie que seulement une personne sur trois travaille); le taux de chômage élevé (16,3%); et enfin un taux de chômage élevé chez les jeunes.

Il convient de souligner qu’il n’est pas possible d’extrapoler la valeur absolue des jeunes et des femmes en situation de chômage, dans la mesure où la note du HCP ne fournit pas la ventilation détaillée des populations actives et des actifs occupés selon l’âge et le sexe.

Le sous-emploi s’installe comme symptôme structurel du marché du travail

Les données du HCP montrent que le taux du sous-emploi au niveau national s’élève à 11,1%. Autrement dit, parmi les 10.833.000 personnes occupées, 1.199.000 se trouvent en situation de sous-emploi. Cette situation recouvre plusieurs réalités, notamment un manque d’heures travaillées, un revenu insuffisant généré par l’activité exercée ou encore une inadéquation entre la formation et le poste occupé.

Le sous-emploi touche 651.000 personnes actives occupées en milieu urbain, soit 9,5% de l’emploi urbain. En milieu rural, la situation est plus préoccupante, l’agriculture demeurant l’activité dominante. Le taux du sous-emploi y atteint 13,8%, ce qui correspond à 549.000 personnes occupées.

La répartition selon la nature du sous-emploi fait apparaître que, dans les zones rurales, le sous-emploi lié à la durée du travail demeure le plus fréquent. En revanche, dans les zones urbaines, ce sont le sous-emploi lié au revenu et l’inadéquation entre les activités exercées et la formation reçue qui prédominent.

Par ailleurs, la structure de la population employée montre que l’emploi rémunéré représente 91,5% de l’emploi total, soit 9.912.195 personnes parmi les 10.833.000 actifs occupés. Les villes en regroupent 6.708.100, contre 3.205.548 en milieu rural. À l’intérieur de cet ensemble, les salariés représentent 6.740.293 personnes, dont 4.903.621 en urbain et 1.833.573 en rural. Les auto-employés totalisent 3.171.902 personnes, dont 1.804.479 en urbain et 1.371.975 en rural.

Il convient de souligner que, si l’on raisonne en glissement annuel, l’économie marocaine a créé 167.000 emplois entre le troisième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025. Cependant, le sous-emploi est passé de 1.066.000 à 1.199.000 personnes, soit un ajout de 133.000.

Autrement dit, 79,6% des emplois créés sur la période correspondent à des situations de sous-emploi, ce qui traduit certes une amélioration quantitative du marché du travail, mais sans réel progrès sur le plan qualitatif.

Médias24

Croissance et emploi : un lien de plus en plus distendu au Maroc (IRES)

Face aux difficultés persistantes du marché de l’emploi au Maroc, il est souvent répété que seule la croissance économique peut apporter une solution.

Autrement dit, la création d’emplois est le résultat d’une croissance soutenue, qui demeure le seul véritable catalyseur du marché du travail. Or, l’analyse de l’élasticité entre croissance et création d’emplois montre qu’elle est faible, et qu’elle s’est encore affaiblie lors de la dernière décennie par rapport aux années 2000.

C’est dans ce contexte qu’intervient le rapport « Croissance économique et création d’emplois : pourquoi l’économie marocaine peine à créer de l’emploi ?« , publié par l’Institut royal des études stratégiques (IRES). Le diagnostic établi sur la période 2000-2024 montre que l’économie marocaine a connu une croissance dont l’impact sur l’emploi est resté limité.

Pourquoi le lien entre croissance et emploi s’est-il progressivement affaibli ?

Le rapport souligne que l’élasticité emploi-croissance s’est affaiblie depuis les années 2000. Parmi les causes, il met en avant la faible performance de l’industrie, la faiblesse des effets d’entraînement et le poids persistant de l’agriculture.

L’industrie n’a pas réussi à absorber le recul de la création d’emplois enregistré dans les autres secteurs

L’industrie illustre cette tendance. La valeur ajoutée du secteur manufacturier est tombée d’un rythme annuel de 4,2% entre 2000 et 2008 à 2,8% entre 2020 et 2023.

À titre d’exemple, le textile, autrefois premier pourvoyeur d’emplois industriels, a vu sa part dans l’emploi industriel passer de 49% à 29% sur la période, au profit de branches plus capitalistiques où les besoins en main-d’œuvre sont moindres.

Cette évolution montre que la transformation structurelle de l’économie est restée limitée dans ses résultats. En principe, l’industrie aurait dû absorber une partie de la main-d’œuvre libérée par d’autres secteurs, en particulier l’agriculture, qui a perdu de nombreux emplois sous l’effet des conditions climatiques.

Or cela n’a pas été le cas, puisque le poids de la valeur ajoutée agricole dans l’économie n’a reculé que marginalement, passant de 8,9% en 1999 à 8,2% en 2024, tout en continuant de concentrer plus de 27% de l’emploi total.

Les effets d’entraînement intersectoriels apparaissent eux aussi faibles. En moyenne, un million de dirhams de demande finale génère six emplois directs. En ajoutant l’emploi indirect, ce chiffre atteint neuf emplois, avec un multiplicateur moyen de 1,51.

Autrement dit, dix emplois créés dans un secteur ne produisent que cinq emplois supplémentaires dans les autres, via la demande d’intrants intermédiaires.

L’agriculture demeure le secteur le plus intensif, avec plus de 23 emplois directs par million de dirhams de demande finale, contre moins de deux dans l’industrie et un peu plus de cinq dans les services. Mais cette intensité s’accompagne d’une forte vulnérabilité aux aléas climatiques.

L’IRES relève aussi que le rythme de recomposition sectorielle n’a pas favorisé une absorption suffisante de la main-d’œuvre. L’économie s’est orientée vers des créneaux modernes et exportateurs, mais faiblement inclusifs sur le plan de l’emploi. L’informalité persiste comme un facteur structurant du marché du travail, accentuant la précarité et limitant la diffusion des bénéfices de la croissance.

Par ailleurs, le rapport souligne que le cadrage macroéconomique n’a pas suffisamment intégré la dimension de l’emploi dans les arbitrages de politique économique. Les dispositifs actifs ont eu un impact mesuré et n’ont pas inversé la tendance de fond.

Un point de croissance, deux réalités

Le résultat est une élasticité décroissante entre croissance et emploi, traduite par un chômage structurellement élevé et une baisse du taux d’activité, particulièrement chez les jeunes et les femmes.

Le rapport indique que, selon les estimations de la Banque mondiale et du HCP, l’élasticité emploi-croissance atteignait environ 30.000 emplois pour chaque point de croissance entre 2000 et 2010. Ce lien s’est toutefois affaibli par la suite, tombant à près de 15.000 emplois pour chaque point de croissance entre 2010 et 2019.

Suivant la même logique, Médias24 estime cette élasticité en s’appuyant sur les données annuelles de l’emploi émanant du HCP. Notre analyse va au-delà du stock d’emplois total et examine séparément la réaction de l’emploi urbain et rural à chaque point de croissance.

Ainsi, entre 2000 et 2010, l’élasticité emploi-croissance s’élevait à environ 19.000 emplois urbains et 11.000 emplois ruraux pour chaque point de croissance. Autrement dit, la croissance profitait simultanément aux deux segments, même si l’urbain en captait la part la plus importante.

Sur la période 2010-2019, la situation s’est profondément modifiée. L’élasticité en milieu urbain a bondi à plus de 32.000 emplois par point de croissance, tandis que le rural a basculé en négatif, avec une élasticité de -16.000 emplois.

Ce résultat s’explique en grande partie par la succession de sécheresses, qui a annulé l’effet positif de la croissance sur l’emploi agricole et plongé l’élasticité rurale en territoire négatif. Concrètement, un point de croissance pouvait bien générer des emplois en milieu rural, mais les pertes liées aux sécheresses dépassaient systématiquement ces gains.

Conseil de Bank Al-Maghrib : le statu quo reste le scénario le plus probable

À une journée de la tenue du Conseil de Bank Al-Maghrib, prévu le 24 juin, tous les acteurs économiques étaient à l’écoute et attendaient la décision. Une décision qui fixera le ton des conditions monétaires pour le troisième trimestre 2025.

Le taux d’intérêt représente la variable la plus influente dans l’architecture économique moderne : il irrigue toute l’économie. Il influence le coût du crédit, le rythme de l’investissement, la dynamique de la consommation, l’évolution de l’emploi et la trajectoire de l’inflation. Rien, ou presque, n’échappe à sa portée.

Dans ce contexte, Médias24 propose une lecture structurée de la conjoncture. L’objectif : éclairer les ressorts macroéconomiques susceptibles d’influencer la décision du Conseil. Pas d’intuition, pas d’approximation : uniquement les données, arrêtées à fin mai (pour l’inflation, l’emploi et les finances publiques) et à fin avril (pour le crédit, la monnaie et les échanges extérieurs).

La situation se résume en un mot : contrastée. L’inflation est maîtrisée, la croissance hors agriculture se redresse, le crédit repart timidement, l’emploi urbain se stabilise. Mais en toile de fond, les déséquilibres jumeaux, budgétaire et commercial, s’aggravent. Ainsi, le statu quo du taux directeur paraît le scénario le plus plausible pour Bank Al-Maghrib.

Voici l’état des lieux macroéconomique du Royaume, tel qu’il ressort des données officielles les plus récentes.

L’inflation

À fin mai 2025, l’inflation au Maroc reste modérée et maîtrisée, avec une variation annuelle de l’indice des prix à la consommation limitée à 0,4%. Cette stabilité résulte d’une faible pression aussi bien sur les produits alimentaires (0,5% sur un an) que sur les produits non alimentaires (0,3%).

Sur une base mensuelle, l’IPC a même reculé de 0,4%, en raison notamment de la baisse des prix des produits alimentaires de 0,8% et de celui des produits non alimentaires de 0,1%.

Cette évolution suggère une détente conjoncturelle sur l’offre alimentaire, probablement liée à des conditions climatiques plus favorables pour les cultures de printemps et à une demande intérieure modérée.

L’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et administrés, est resté inchangé en mai par rapport à avril, mais affiche une hausse de 1,1% sur un an. Cette inertie reflète une stabilisation globale des prix, dans un contexte où les tensions sur les composantes volatiles et réglementées restent limitées.

Par ailleurs, sur l’ensemble des cinq premiers mois de l’année 2025, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 1,4% par rapport à la même période en 2024, confirmant une dynamique désinflationniste.

Il est à noter que la modération de l’inflation observée en mai s’est inscrite dans un environnement international encore relativement stable, sans transmission notable de chocs externes.

La croissance

Selon la note de conjoncture du haut-commissariat au Plan (HCP), l’économie nationale aurait enregistré une progression de 4,2% au premier trimestre 2025, en variation annuelle. Cette dynamique positive aurait concerné l’ensemble des branches d’activité, avec une contribution notable des services, des industries extractives et des secteurs secondaires.

La croissance hors agriculture se serait maintenue à un rythme soutenu, consolidant la reprise observée dans les activités manufacturières, le commerce, le transport, et le tourisme, dans un environnement marqué par la normalisation des prix et l’amélioration des anticipations sectorielles.

La valeur ajoutée des industries manufacturières aurait poursuivi son redressement, en lien avec une amélioration de la demande intérieure, notamment dans l’agroalimentaire, le textile et la chimie. Le secteur tertiaire, quant à lui, bénéficierait de la poursuite de la dynamique touristique, du raffermissement des services de transport et de la stabilité dans les télécommunications.

La branche agricole, bien qu’encore impactée par les conditions climatiques défavorables de la campagne d’automne, commencerait à bénéficier des précipitations enregistrées en mars, annonçant une amélioration progressive des rendements des cultures de printemps. Cette contribution modeste mais croissante du secteur primaire soutiendrait la perspective d’une consolidation de la croissance au deuxième trimestre.

Ainsi, au deuxième trimestre 2025, la croissance économique se maintiendrait autour de 3,8%, selon les projections du HCP, dans un contexte d’amélioration du secteur agricole et de résilience continue des services marchands. Cette trajectoire traduirait une reprise progressive mais encore différenciée selon les secteurs, avec une croissance largement tributaire de la demande intérieure.

Le marché du travail

En glissement annuel, le premier trimestre de 2025 a été marqué par une amélioration significative du marché du travail au niveau national, avec la création nette de 282.000 emplois, dont 285.000 en milieu urbain, contre une perte marginale de 3.000 postes en milieu rural.

Cette performance est largement imputable aux secteurs des services, de l’industrie et du BTP, traduisant une reprise de l’activité dans les branches non agricoles. En revanche, le secteur agricole poursuit sa contre-performance, enregistrant une perte de 72.000 emplois, confirmant ainsi sa vulnérabilité structurelle face aux aléas climatiques.

Il convient de souligner que la dynamique est portée exclusivement par l’emploi rémunéré (319.000), tandis que l’emploi non rémunéré recule, un signal positif en termes de formalisation et de qualité de l’emploi.

Le taux d’activité progresse légèrement à 42,9%, traduisant une hausse de la population active, tandis que le taux d’emploi atteint 37,2%.

Toutefois, le chômage reste à un niveau élevé, avec un taux de 13,3%, en baisse de 0,4 point seulement, et un niveau particulièrement préoccupant chez les jeunes, les femmes et les diplômés.

En parallèle, le sous-emploi s’aggrave de manière significative, touchant 1,25 million de personnes, soit 11,8% de la population active occupée. Cette hausse est plus marquée en milieu rural, où le taux atteint 14,8%.

Les finances publiques

L’exécution budgétaire à fin mai 2025 met en évidence une dynamique contrastée des finances publiques. Selon le bulletin mensuel de statistiques des finances publiques émanant de la TGR, les recettes ordinaires ont progressé de 19,6% en glissement annuel, atteignant 171,4 MMDH, tirées par la forte hausse des recettes fiscales, en augmentation de 19%.

De même, les recettes non fiscales affichent également une performance notable, soit une évolution de 24,7% en glissement annuel, portée par les versements des comptes spéciaux et les dividendes des monopoles publics.

En parallèle, les dépenses ordinaires ont crû plus rapidement encore de 24,4%, notamment en raison de l’envolée des dépenses de biens et services (26,2%) et des charges d’intérêts de la dette (13%), ces dernières traduisant une pression accrue sur le coût du financement public.

Les remboursements et dégrèvements fiscaux ont bondi de 75,8%, signalant un effort de régularisation des arriérés, mais exerçant aussi une contrainte sur la marge budgétaire disponible. Les dépenses d’investissement ont augmenté de 26,4%.

En dépit de cette hausse des recettes, le solde global du Trésor reste déficitaire à 22,9 MMDH, contre 11,2 MMDH un an plus tôt, traduisant un creusement du besoin de financement. Celui-ci a été couvert à hauteur de 44,6 MMDH, dont plus de la moitié par recours au financement intérieur et un tiers par le financement extérieur.

Le crédit bancaire et les statistiques monétaires

L’analyse du crédit bancaire à fin avril 2025 révèle un environnement monétaire marqué par une expansion du crédit bancaire de 5,4% en glissement annuel.

Le crédit au secteur non financier a progressé de 4,2% en glissement annuel à fin avril 2025. Cette évolution est principalement portée par le secteur public, dont les encours ont enregistré une hausse significative de 7,3% sur un an, traduisant une dynamique soutenue de financement des administrations et des établissements publics.

De même, le crédit au secteur privé a crû de 3,8% en variation annuelle. Dans le détail, les crédits accordés aux sociétés non financières privées ont progressé de 2,3%, tandis que les prêts aux ménages ont affiché une hausse de 2,6%. Cette évolution suggère une confiance modérée des ménages dans leurs perspectives de revenu et de consommation, dans un contexte de stabilisation des prix.

Par objet économique, les crédits à l’équipement ont enregistré une forte progression de 19,1% en glissement annuel, traduisant une dynamique d’investissement soutenue. Les crédits immobiliers, quant à eux, ont progressé de 3,3%, indiquant une demande modérée.

La masse monétaire (agrégat M3) a progressé de 6,9% en glissement annuel à fin avril 2025. Cette évolution traduit une expansion de la liquidité dans l’économie, portée notamment par une hausse des dépôts à vue de 8,4% et une augmentation de la circulation fiduciaire de 8,4%. Les avoirs officiels de réserve ont également connu une progression notable, s’élevant à 8,9% sur un an.

Les échanges extérieurs

La balance commerciale du Maroc à fin avril 2025 continue de se détériorer, avec un déficit qui s’élève à 108,9 MMDH, en aggravation de 22,8% par rapport à la même période de 2024.

Cette évolution résulte d’une progression vigoureuse des importations de 9,1%, atteignant 263 MMDH, contre une hausse modeste des exportations de 1,2% à 154,1 MMDH. Le taux de couverture s’est ainsi contracté de 4,6 points, traduisant un affaiblissement relatif de la capacité des exportations à compenser la facture des importations.

Du côté des importations, la hausse est particulièrement marquée dans les produits finis d’équipement et de consommation, ce qui reflète un maintien de la demande intérieure mais aussi une forte dépendance aux intrants et aux biens durables étrangers. En revanche, les importations d’énergie ont reculé de 4,9%, notamment du fait d’une baisse des achats de gasoil et fuel.

Les exportations, quant à elles, stagnent, avec des performances inégales entre secteurs. Cette évolution peut être interprétée comme un signe de perte de compétitivité relative ou de ralentissement de la demande étrangère.

Dans ce contexte, le solde des services joue un rôle crucial de stabilisateur : il affiche un excédent en hausse de 11,9%, atteignant 46,3 MMDH, soutenu par des recettes touristiques dynamiques. Cependant, les transferts des MRE reculent de 3,7%, à 35,9 MMDH.

Les IDE, en revanche, confirment une tendance positive avec une progression du flux net de 37,2%, atteignant 11,1 MMDH.

Le statu quo du taux directeur reste le scénario le plus probable pour BAM

À la lumière du tableau de bord macroéconomique arrêté à fin avril-mai 2025, le scénario le plus probable est celui d’un maintien du taux directeur inchangé à 2,25%. Cette hypothèse présente une probabilité élevée.

L’inflation est basse et maîtrisée, à seulement 0,4% en mai en glissement annuel, écartant tout risque immédiat de désancrage des prix. La croissance du crédit reste modérée mais positive, en particulier sur les segments porteurs tels que les crédits à l’équipement et à l’immobilier.

Sur le marché du travail, la création nette d’emplois demeure soutenue, mais le taux de chômage reste élevé à 13,3%, avec un sous-emploi persistant. S’ajoute à cela un creusement significatif du déficit budgétaire, conjugué à une hausse rapide des dépenses courantes et d’investissement, ce qui limite la marge de manœuvre macroéconomique à court terme.

Dans ce contexte, une nouvelle baisse du taux directeur, bien que possible, ne semble ni urgente ni stratégiquement justifiée. La politique monétaire de Bank Al-Maghrib reste actuellement accommodante, avec un taux directeur réel faible, ce qui permet de soutenir l’activité sans générer de pressions inflationnistes.

Dans un environnement marqué par une inflation modérée (1,4%  comme taux moyen des cinq premiers mois) et des anticipations bien ancrées, ce niveau d’accommodation monétaire paraît équilibré. Toute décision de détente supplémentaire de la part de Bank Al-Maghrib devrait s’appuyer sur des signaux clairs de ralentissement de l’activité ou d’insuffisance du crédit, ce qui n’est pas encore le cas au vu des indicateurs disponibles.

Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient, et plus particulièrement la tension autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, doit être suivi de très près. Une escalade militaire ou la fermeture partielle du détroit provoqueraient une flambée des prix du brut, affectant directement le Maroc à travers la facture énergétique et les canaux de l’inflation importée.

La prise en considération de ce scénario de choc pétrolier fait que le statu quo du taux directeur permettrait à Bank Al-Maghrib de conserver sa réactivité, sans s’être engagée prématurément dans une voie de baisse.

Emploi. La DGAPR va recruter 700 assistants-surveillants

Ces deux concours auront lieu le 6 juillet prochain à Rabat (500 postes) et à Marrakech (200) pour renforcer les effectifs de la DGAPR dans l’ensemble des établissements pénitentiaires.

Les candidats admissibles doivent être âgés de 21 à 30 ans, être titulaires du baccalauréat et répondre aux exigences demandées pour ce genre de postes. Seront priorisés ceux des candidats qui ont passé leur service militaire ou qui justifient de compétences techniques (arts martiaux par exemple).

Les candidats présélectionnés seront soumis à des examens écrits, des épreuves sportives (dont le 1.200 mètres haies), un examen oral et/ou pratique.

Ce recrutement serait-il lié à la prochaine entrée en vigueur de la loi sur les peines alternatives avec un rôle de premier plan pour la DGAPR ?

« Il s’agit d’un recrutement normal, comme la DGAPR en organise chaque année », nous répond une source à l’administration pénitentiaire.

Dans la loi des finances de 2025, cette administration a eu droit à 1.000 postes budgétaires.

L’Anapec porte la voix du Maroc au Congrès mondial des services publics de l’emploi à Abidjan

Dirigée par Imane Belmaati, l’Anapec s’inscrit dans une dynamique de renforcement des partenariats africains, portée par deux mandats successifs à la présidence de l’Association mondiale des services publics d’emploi (AMSEP), indique un communiqué de l’Agence nationale.

Lors de son allocution d’ouverture, Imane Belmaati a souligné l’importance de cette confiance accordée au Maroc. « Ces deux mandats illustrent non seulement la reconnaissance de nos pairs, mais aussi le rôle moteur du Maroc en matière d’innovation et de coopération internationale pour promouvoir des politiques actives d’emploi ».

Sous la houlette d’Imane Belmaati, l’Anapec a multiplié les initiatives pour renforcer la coopération Sud-Sud autour d’un espace africain des services publics d’emploi (SPE). À Abidjan, des réunions bilatérales intensives ont été tenues avec les directeurs généraux des SPE de plusieurs pays africains, notamment : le Mali, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Djibouti, la Mauritanie, la Guinée, le Niger, le Sénégal, le Togo, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Sénégal. Objectif : structurer une coopération renforcée à travers un espace de dialogue, de partage de bonnes pratiques et de renforcement des compétences des services publics d’emploi au niveau continental.

Citée dans le communiqué, Imane Belmaati a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective face aux transformations technologiques, démographiques et géopolitiques qui redessinent les marchés du travail. « L’Afrique, riche de sa jeunesse, doit être actrice des transitions globales et les orienter selon ses propres priorités », a-t-elle déclaré. Elle a appelé également à un investissement massif dans la formation, la requalification des compétences et la modernisation des SPE pour répondre aux défis de l’emploi.

En fédérant les efforts des institutions africaines, l’Anapec aspire à jouer un rôle central pour l’inclusion économique et le développement durable à l’échelle du continent. Le congrès d’Abidjan restera ainsi une étape marquante dans la consolidation de cette vision, où le Maroc, à travers l’Anapec, continue de jouer un rôle de pionnier pour une Afrique plus résiliente et inclusive.

Chômage. 282.000 emplois créés au T1 2025, mais le sous-emploi en capte les deux tiers

Selon la note trimestrielle du haut-commissariat au Plan (HCP), l’économie marocaine a enregistré, en glissement annuel, la création nette de 282.000 emplois au premier trimestre 2025. Cette évolution résulte d’un gain de 285.000 emplois en milieu urbain, partiellement contrebalancé par une perte de 3.000 emplois en milieu rural.

Conséquemment, le taux de chômage national s’est établi à 13,3%, contre 13,7% à fin mars 2024. En milieu urbain, il a reculé à 16,6%, soit une baisse de 1 point de base. En revanche, le milieu rural a enregistré une hausse, le taux de chômage atteignant 7,3%, contre 6,5% un an plus tôt.

Par ailleurs, le taux de chômage demeure particulièrement élevé avec 37,7% chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, 19,9% chez les femmes et 19,4% chez les personnes diplômées.

Source : HCP

L’analyse de l’évolution trimestrielle de la création nette d’emplois (voir graphique) montre que ce résultat constitue, en glissement annuel, la troisième hausse consécutive depuis le T3 2024. Il s’agit également de la plus forte création nette d’emplois observée sur cette période (du T1 2022 au T1 2025) et d’un signal potentiellement favorable concernant le marché du travail rural. Bien que le nombre d’emplois y reste en léger recul, la perte limitée à 3.000 postes pourrait indiquer une stabilisation après plusieurs trimestres de dégradation.

Cette amélioration peut être partiellement attribuée à la nature cyclique de l’activité agricole ainsi qu’aux précipitations survenues en mars 2025, qui ont contribué à renforcer l’emploi dans le milieu rural.

Il est à noter que, contrairement aux idées reçues sur l’incapacité du marché de l’emploi à absorber les nouveaux entrants, les créations nettes d’emplois, au titre du premier trimestre 2025, ont dépassé la croissance de la population active. Cette dernière a augmenté de 173.000 personnes actives, pour 282.000 emplois créés. Ce différentiel a entraîné une baisse mécanique du chômage, en glissement annuel.

Au premier trimestre 2025, l’économie marocaine a enregistré, en glissement annuel, une création nette de 319.000 emplois rémunérés, à la suite de la création de 299.000 emplois en milieu urbain et de 20.000 en milieu rural. Cette évolution reste largement favorable et confirme la solidité de la tendance enclenchée depuis le quatrième trimestre 2023, période à partir de laquelle l’emploi rémunéré s’est maintenu en création nette positive de manière ininterrompue.

En parallèle, l’emploi non rémunéré poursuit son repli, avec une perte nette de 37.000 emplois au T1 2025, légèrement inférieure à celle enregistrée au T4 2024 (-51.000). Cette baisse s’inscrit dans une tendance continue de contraction observée depuis le premier trimestre 2023.

Qu’en est-il de la qualité des emplois créés ?

Pour juger de la solidité du marché du travail, il faut également tenir compte de la qualité des emplois créés.

L’analyse des données montre une hausse du taux de sous-emploi, qui est passé de 10,3% au premier trimestre 2024 à 11,8% au premier trimestre 2025. Cette progression est davantage marquée en milieu rural, où le sous-emploi a atteint 14,8%, contre 12,5% un an auparavant, soit une hausse de 2,3 points de pourcentage. En milieu urbain, la détérioration est plus modérée.

En volume, le nombre de personnes en situation de sous-emploi est passé de 1.069.000 à 1.254.000, soit une augmentation de 185.000 postes en glissement annuel. Rapporté aux 282.000 emplois nets créés sur la même période, cela signifie que près de 66% de ces nouveaux postes relèvent du sous-emploi, ce qui équivaut à près de deux tiers des créations nettes.

Ce constat souligne que, bien que le marché de l’emploi enregistre une dynamique positive en termes quantitatifs, la qualité des emplois générés demeure une problématique structurelle, notamment dans les zones rurales.

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Ci-après, le texte intégral de la note du HCP :

L’économie marocaine doit croître d’au moins 3,6% par an pour inverser la courbe du chômage (étude)

Créer de l’emploi ne relève pas d’un mécanisme autonome. Il s’agit, avant tout, d’une retombée de la croissance économique. Or, au Maroc, de nombreuses études ont mis en lumière la faible élasticité emploi-croissance, c’est-à-dire la faible capacité de l’économie à transformer la croissance du PIB en opportunités d’emplois.

Une étude récente du Policy Center for the New South chiffre cette élasticité à seulement 0,23. Autrement dit, une hausse de 1% du PIB réel ne génère en moyenne qu’une progression de 0,23% de l’emploi. Ce ratio, relativement faible, est insuffisant pour répondre aux besoins démographiques et sociaux du pays.

Dans ce contexte, une étude publiée le 23 avril 2025 dans la revue « Applied Economics Letters » apporte un éclairage quantitatif utile. Intitulée « Required economic growth for job creation : application to some MENA countries« , cette étude, signée par l’économiste El Mostafa Bentour, enseignant-chercheur à l’Université Grenoble Alpes, estime, pour plusieurs pays de la région MENA, le seuil de croissance réelle minimale à partir duquel une économie parvient à réduire durablement son taux de chômage, en créant suffisamment d’emplois pour absorber la progression de la population active.Au Maroc, la croissance réelle minimale permettant de faire baisser le chômage est estimée à 3,6  %Pour le Maroc, ce seuil de croissance est estimé à 3,6%. Cela signifie que ce n’est qu’au-delà de cette croissance que le tissu économique marocain est susceptible de générer un volume d’emplois suffisant pour absorber les flux d’entrants sur le marché du travail tout en réduisant progressivement le stock de chômeurs. Une croissance inférieure à ce seuil n’aurait donc, selon l’étude, qu’un effet limité, voire nul, sur la résorption du chômage.

L’analyse distingue également des sous-périodes pour le cas marocain. Entre 1996 et 2006, avec une croissance moyenne de 4,8%, supérieure au seuil de 3,6%, le chômage a connu une baisse significative, passant de 15,5% à 9,7%. La tendance s’est poursuivie entre 2007 et 2011, bien que de manière plus modérée.

En revanche, sur la période 2012-2019, la croissance moyenne est retombée à 3,2%, en deçà du seuil critique, ce qui s’est accompagné d’une remontée du chômage.

De même, la croissance économique réelle entre 2019 et 2024 a atteint son pic en 2023 avec 3,4%, en excluant le rebond mécanique de 2021 consécutif à l’année 2020 marquée par la pandémie de Covid-19. Une telle croissance, de 3,4%, reste inférieure au seuil minimal requis, ce qui explique pourquoi le taux de chômage a continué de se creuser au cours des cinq dernières années.

Réunion de suivi de la mise en œuvre de la feuille de route pour l’emploi

Aziz Akhannouch, a présidé, le mercredi 23 avril à Rabat, une réunion de travail consacrée à l’examen de l’état d’avancement de la mise en œuvre de la feuille de route pour le secteur de l’emploi, annoncée par le gouvernement en février dernier, en présence des représentants des différents départements ministériels concernés.

Cette réunion, qui s’inscrit dans le cadre d’une série de séances de travail dédiées au suivi de la mise en œuvre de cette feuille de route, a été l’occasion de passer en revue les différentes mesures opérationnelles visant à stimuler le marché de l’emploi, érigé en priorité gouvernementale.

À cette occasion, le chef du gouvernement a souligné la mise en place d’un dispositif de gouvernance visant à assurer la coordination des interventions des différents départements concernés, mettant en avant la création d’un comité de pilotage chargé du suivi de la feuille de route ainsi que d’un comité ministériel pour l’emploi, chargé de veiller à l’état d’avancement des initiatives inscrites dans cette feuille.

Il a fait état d’une évaluation périodique des résultats des initiatives, en vue de mesurer leur impact sur les principaux indicateurs d’emploi et d’apporter les ajustements nécessaires.

Aziz Akhannouch a, par ailleurs, réitéré son appel à l’ensemble des intervenants dans le secteur de l’emploi à se mobiliser davantage et à renforcer la coordination en vue de consolider l’efficacité des interventions publiques inscrites dans le cadre de la feuille de route, à laquelle le gouvernement a alloué une enveloppe budgétaire de près de 15 milliards de DH en vue de promouvoir l’emploi.

Investissement et emploi

De son côté, le ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences a affirmé, dans une déclaration à la presse à l’issue de cette réunion, que tout acte d’investissement doit être générateur d’emplois stables et suffisants. Younes Sekkouri a insisté sur la nécessité de « faciliter la tâche de tout entrepreneur afin que son projet d’investissement puisse voir le jour et se traduise par la création d’opportunités d’emploi « .

Il a rappelé que cette réunion marquait le début d’une série de rencontres opérationnelles destinées à dégager des mesures concrètes, à la suite de la circulaire relative à la feuille de route pour l’emploi, précisant que cette séance était spécifiquement consacrée à la relation entre l’investissement et l’emploi.

« Pour la première fois dans l’histoire des politiques de l’emploi dans le Royaume, nous sommes dans une logique où chaque département ministériel productif est responsabilisé », a-t-il fait remarquer, ajoutant qu’il avait été procédé à « l’identification de nombre de sujets précis qui requièrent des actions concrètes, car la création d’emplois à partir des investissements ne passe pas seulement par des initiatives, mais également par des autorisations et des cahiers de charges ».

Younes Sekkouri a, en outre, fait savoir que cette réunion a permis aussi de débattre de la question du financement de la TPME, tout en pointant de façon précise le type de problèmes rencontrés par les entreprises.

De son côté, le ministre de l’Industrie et du commerce a mis en avant l’importance de l’opérationnalisation des orientations de la feuille de route relative au secteur de l’emploi.

Qualifiant ce chantier de « prioritaire », Ryad Mezzour a souligné que l’ensemble des départements gouvernementaux est fortement mobilisé, avec des mesures détaillées, des objectifs fixés et un suivi opérationnel périodique pour faire face aux différents défis. « Il s’agit de suivre et d’évaluer toutes les mesures mises en place à même de créer de l’emploi en faveur des jeunes le plus rapidement possible, un emploi qui valorise toutes les opportunités offertes dans ce sens ».

Feuille de route 2030 pour l’emploi : que vaut vraiment la nouvelle stratégie ?

Face à un taux de chômage officiellement élevé au Maroc, actuellement à 13,3%, le gouvernement a récemment présenté une nouvelle stratégie pour l’emploi. Selon Zakaria Garti, la situation a « suscité de nombreux débats », notamment sur la divergence potentielle des chiffres officiels avec ceux d’autres institutions comme le Haut-commissariat au plan (HCP). Dans ce contexte, la feuille de route gouvernementale affiche des objectifs ambitieux : « réduire le taux de chômage à 9% d’ici 2030 » et assurer « la création de 1,4 million d’emplois« .

Pour financer ce plan, « une enveloppe de 15 milliards de DH a été allouée« . Cette somme est principalement répartie entre un soutien à l’investissement via la « charte d’investissement » (12 milliards DH), le maintien de l’emploi rural (1 milliard DH) et l’amélioration de l’efficacité des programmes d’emploi (2 milliards DH), précise l’analyse.

La stratégie repose sur « environ huit initiatives » clés. L’une des premières est « l’activation des dispositions de la charte d’investissement pour les petites et moyennes entreprises (PME) ». Initialement restrictive (plus de 50 emplois créés et plus de 50 millions de DH investis), les « critères d’éligibilité vont être élargis » pour inclure les investissements entre 1 et 50 millions de DH. Cela s’accompagne d’une promesse de « simplification des procédures administratives ».

D’autres mesures concernent la formation et l’insertion, avec la « généralisation du programme ‘Tadrij‘ » d’orientation professionnelle visant plus de 100.000 bénéficiaires et l’augmentation des participants aux programmes « ‘Idmaj’, ‘Tahfiz‘ », ciblant « environ 200.000 personnes supplémentaires ». Les entreprises formatrices verront leurs indemnités augmenter de 4.000 à 5.000 DH mensuels, et la durée maximale des stages sera réduite à 12 mois pour favoriser les « embauches » directes plutôt que l’enchaînement des stages.

Le secteur agricole est également ciblé avec l’objectif d’atteindre « 4 millions d’hectares par an » dédiés aux céréales. M. Garti soulève ici une interrogation : « Est-ce la surface semée ou récoltée ? ». Il rappelle qu’avec la sécheresse, la surface semée est tombée à 2,5 millions d’hectares en 2024, pour une récolte effective d’environ 1,85 million. Atteindre 4 millions d’hectares nécessiterait un recours massif à « l’irrigation complémentaire » (un programme vise 1 million d’hectares), dont le coût estimé entre 30.000 et 60.000 DH/ha pose la question de l’adéquation du budget global de 15 milliards.

Le plan inclut aussi le renforcement du rôle de l' »Anapec » et la création de « ‘Career Centers' » pour un meilleur suivi des chercheurs d’emploi. L’augmentation du taux d’activité des femmes (actuellement 20% contre 70% pour les hommes), avec un objectif de 700.000 femmes supplémentaires sur le marché du travail, passera par la création de « crèches » et le renforcement du « transport et de l’éclairage public » pour garantir des conditions de mobilité sûres.

La lutte contre le « décrochage scolaire » vise à réduire les abandons de 300.000 à 200.000 par an via les « écoles de la deuxième chance » et 400 « ‘centres d’excellence' ». Enfin, la stratégie insiste sur la « coordination » entre les institutions comme l’OFPPT et l’Anapec, qualifiée de « chose la plus difficile » actuellement.

Cependant, Zakaria Garti exprime un fort scepticisme quant à la réalisabilité de l’objectif phare de 9% de chômage. Il s’appuie sur une étude du « Policy Center for the New South (PCNS) » estimant « l’élasticité croissance-emploi » au Maroc à « 0,23 ». Selon les calculs de cette étude, basés sur l’absorption des 500.000 nouveaux actifs prévus d’ici 2030 et la réduction visée du chômage, atteindre 9% nécessiterait une croissance économique annuelle moyenne de « 7,9% », un rythme que le Maroc n’a « jamais réalisé […] historiquement », hormis en 2021 avec l’effet de rattrapage post-Covid.

Même le simple maintien du taux de chômage actuel exigerait une croissance annuelle de « 4% à 4,4%« . Un scénario visant 6,6% de chômage demanderait une croissance de « 10,4% », jugée irréaliste. Le scénario le plus « logique », visant 11,9% à 12% de chômage, nécessiterait déjà une croissance de « 4% à 5% ».

En conclusion, l’analyste estime que « réduire le chômage à 9% au Maroc reste très difficile, pour ne pas dire impossible, sans des réformes majeures et fondamentales, économiques ».