Autoproduction électrique : le groupe OCP fait le grand pas à Ouled Fares (province de Khouribga)

Après avoir sécurisé l’approvisionnement en eau de Khouribga grâce à un pipeline alimenté par de l’eau dessalée, permettant l’utilisation de 100 % d’eau non conventionnelle, c’est au tour du segment énergétique de faire passer le site de Khouribga à 100 % d’énergies renouvelables.

Dans la région Ouled Fares, près de Khouribga, le groupe OCP a inauguré, ce lundi 1ᵉʳ décembre 2025, la mise en exploitation de la première phase de son programme d’investissement dans l’énergie verte.

https://www.youtube.com/watch?v=WUseY-XvDwk&feature=youtu.be

Avec un investissement de près de 1,8 milliard de dirhams, la première phase du programme solaire, d’une capacité totale de 202 MWc, inclut notamment la centrale Ouled Fares (105 MWc), qui représente la plus grande capacité solaire photovoltaïque installée au Maroc, ainsi que celles de Benguérir (67 MWc) et de Foum Tizi (30 MWc).

Des retombées directes et tangibles, dès la première phase

Sur le plan concret, la mise en exploitation de cette première phase permettra d’éviter l’émission de 307.000 tonnes de CO₂ par an, en remplaçant l’utilisation d’électricité issue d’énergies fossiles, dont 205.000 tonnes pour le seul site de Khouribga.

 » Ce programme solaire vient de notre ambition de décarbonation, puisque nous avons un objectif de décarbonation totale à l’horizon 2040, avec un objectif intermédiaire visant à atteindre la décarbonation de nos émissions directes et de l’énergie électrique que nous consommons d’ici 2030« , a déclaré Hanane Mourchid, membre du Strategic Committee et responsable développement durable et innovation du groupe OCP.

D’ici 2027, le groupe OCP vise à satisfaire 100 % de ses besoins en électricité grâce aux énergies renouvelables. Un objectif supplémentaire de 2 GW de capacité sera poursuivi après 2027, parallèlement à l’augmentation de sa capacité de production, le tout étant accompagné d’au moins 2 GWh de stockage.

Conçus par OCP Green Energy pour une durée de vie d’au moins 30 ans, les trois projets lancés et les projets futurs réhabilitent efficacement d’anciens sites miniers. En mobilisant ce type de foncier, ils garantissent une monétisation à long terme de ces sites miniers, permettant ainsi de les rentabiliser efficacement et en même temps une remise en état des terres exploitées auparavant.

« Dans une approche intégrée, nous avons essayé de faire émerger, dans cette première phase, des écosystèmes locaux. Nous avons opté pour une structuration qui nous a permis d’impliquer au maximum les acteurs locaux et de donner la chance à ces capacités d’émerger. Cela nous a également permis d’atteindre une compétitivité qui fait qu’aujourd’hui nous avons accès à une énergie propre à un niveau substantiellement plus intéressant que le coût global du marché », a précisé Omar Kadir, CEO OCP Green Energy.

Pour l’intégration locale, ce projet a permis d’atteindre un taux de 60 % dans l’installation de 371.493 panneaux photovoltaïques. De plus, la phase de construction a généré 1 600 emplois directs, dont 69 % provenaient de la main-d’œuvre locale.

S’ajoutent à cela les technologies déployées localement, qui ont été intégrées et qui émanent de la R&D du groupe OCP dans le domaine des technologies vertes, menées par lui-même, ses filiales dont l’UM6P, via son Green Energy Park et InnovX. Cette R&D a permis, par exemple, le développement d’un Digital Twin pour la gestion à distance des centrales photovoltaïques, des essais de conformité des panneaux solaires et le rabotage de nettoyage des panneaux solaires sans eau…

Stockage par batteries (BESS) : OCP concrétise le premier projet au niveau national

Dans un premier temps, l’électricité produite sera destinée aux activités industrielles du groupe, incluant les activités minière et chimique, ainsi qu’à l’énergie demandée par les stations de dessalement du groupe et à d’autres off-takers industriels s’installant dans les parcs industriels développés par le groupe.

Afin de gérer l’intermittence, les projets d’énergies renouvelables destinés à une industrie stratégique comme le groupe OCP ne peuvent se réaliser sans un investissement dans le stockage, qui permet de conserver l’énergie pour la fournir lorsque les conditions climatiques ne sont pas favorables.

La question du stockage est ce qui a différé la décision d’investissement du groupe dans de grandes capacités renouvelables. En effet, le prix de cette technologie était, il y a quelques années, cinq fois plus élevé qu’aujourd’hui, ce qui allongeait considérablement le temps de rentabilité de ces projets.

En parallèle de la mise en service de ses trois centrales solaires, l’OCP s’engage dans une étape pionnière en introduisant au Maroc le premier système de stockage d’énergie par batteries (BESS) à grande échelle. Matérialisé par une première commande de batteries Lithium Fer Phosphate (LFP) pour le stockage, ce dispositif affichera une capacité de 25 MW/125 MWh (garantissant cinq heures d’autonomie) et devrait être mis en service en 2026.

« Grâce à ce levier de flexibilité, nous réduisons significativement l’intermittence des sources d’énergies renouvelables, assurons une meilleure adéquation avec le profil de demande, renforçons la stabilité du réseau et garantissons ainsi une meilleure intégration au système électrique national », a souligné Omar Kadir.

Dans le cadre de son programme d’investissement vert de 13 milliards de dollars (2023-2027), le groupe OCP a récemment concrétisé plusieurs étapes clés à portée stratégique et durable. Ces réalisations incluent la mise en service et l’extension des capacités de sa station de dessalement de Jorf Lasfar, la réalisation du premier pipeline destiné à alimenter une ville interne en eau dessalée, et enfin cette étape de démarrage de la première phase de son programme d’énergie renouvelable.

Parallèlement, dans un contexte concurrentiel de plus en plus complexe, le groupe poursuit un objectif stratégique visant à augmenter sa capacité de production dès l’année prochaine par le démarrage de la première phase du programme stratégique Mzinda-Meskala (SP2M) alors que d’autres projets, notamment de durabilité, prennent également forme.

170 M€ de financement de la BEI pour l’ONEE : signature prévue ce jeudi 22 mai pour renforcer le réseau électrique

Il est prévu que le vice-président de la BEI rencontre plusieurs membres du gouvernement marocain et s’entretienne également avec les dirigeants de plusieurs institutions partenaires, dont le groupe CDG, l’ONEE et MASEN. Cette visite accorde une attention particulière aux secteurs de l’énergie, de l’eau potable et de l’éducation.

Pour Ioannis Tsakiris, le Maroc est considéré comme « un partenaire stratégique de la BEI dans la région Sud de la Méditerranée ». « Cette mission marque une nouvelle étape dans notre partenariat de confiance fondé sur une vision à long terme. Elle réaffirme notre engagement en faveur d’un développement durable, inclusif et résilient au Maroc, pleinement aligné sur les priorités nationales et les grandes transitions économiques et environnementales en cours du pays ».

Pour en savoir plus sur cette visite et les investissements potentiels envisagés, Médias24 s’est entretenu en exclusivité avec Ioannis Tsakiris.

Médias24 : Pourquoi la BEI choisit-elle aujourd’hui d’intensifier sa présence au Maroc ? Qu’est-ce qui rend ce pays stratégique dans votre portefeuille d’investissement ?

Ioannis Tsakiris : le Maroc est un partenaire stratégique de la Banque européenne d’investissement depuis plus de quarante ans. Ce partenariat s’inscrit pleinement dans le cadre de la coopération entre le Royaume et l’Union européenne, dont la BEI est le bras financier.

Au fil du temps, notre coopération s’est renforcée, en conjuguant une approche projet par projet – qui reste au cœur de notre action – et, dans certains cas, des instruments plus globaux comme les prêts-cadres, lorsque cela s’avère pertinent.

Aujourd’hui, le Maroc fait face à des défis structurants et porte des ambitions fortes en matière de transition énergétique, de gestion durable de l’eau, d’innovation digitale et de développement du capital humain. Ce sont précisément ces priorités que nous accompagnons, dans une logique d’alignement stratégique avec les engagements européens, notamment dans le cadre du Partenariat vert UE–Maroc.

L’année 2024 a été marquée par un niveau d’engagement significatif, avec 500 millions d’euros mobilisés pour des projets structurants. Ce chiffre traduit une volonté commune d’intensifier notre coopération et de répondre, ensemble, aux besoins de financement durables du pays. Au-delà du volume, c’est la qualité des projets et leur impact qui illustrent notre engagement renouvelé.

Nous sommes à la fois une banque publique, une banque de développement et la banque de l’Union européenne. Cela nous permet de proposer des conditions financières très avantageuses

– Le Maroc reçoit aussi des financements de la Banque mondiale, de la BAD, ou du FMI. Qu’est-ce qui distingue la BEI dans sa manière d’intervenir ? Quelle est votre valeur ajoutée spécifique ?

La BEI se distingue d’abord par son statut unique : nous sommes à la fois une banque publique, une banque de développement et la banque de l’Union européenne. Cela nous permet de proposer des conditions financières très avantageuses, grâce à notre notation AAA et à la combinaison d’instruments européens que nous mobilisons régulièrement – notamment les garanties et subventions de l’UE dans le cadre du Partenariat vert ou de Global Gateway.

Notre modèle intègre également une expertise capitalisée à la fois dans et en dehors de l’Union européenne, ce qui nous permet de partager des savoir-faire éprouvés dans des contextes variés. Cette capacité à faire le lien entre des expériences européennes et des projets internationaux constitue une réelle valeur ajoutée pour nos partenaires.

Enfin, notre offre couvre l’ensemble des besoins du secteur public comme du secteur privé, de manière complémentaire et intégrée : financement d’infrastructures à long terme, soutien aux PME à travers la microfinance ou des lignes de crédit, investissements dans les fonds propres, appui à la structuration de projets via des services de conseil (souvent cofinancés par l’UE). Cette approche sur mesure, associée à un accompagnement rapproché, nous permet d’adapter nos outils aux spécificités de chaque projet et de chaque partenaire.

– Comment jugez-vous la qualité de la coopération avec les institutions marocaines, notamment en matière de gouvernance des projets et de suivi de leur exécution ?

La qualité de notre partenariat avec les autorités marocaines est remarquable. Elle repose sur une relation de confiance construite dans la durée, une forte convergence de vues sur les priorités de développement, et un niveau élevé d’engagement de nos interlocuteurs. Que ce soit avec le ministère de l’Économie et des finances, l’ONEE, MASEN, la CDG ou d’autres institutions publiques, nous constatons une grande rigueur dans le suivi des projets, une volonté de réforme constante et une réelle capacité d’exécution.

Cette coopération de qualité permet à nos financements de se traduire concrètement sur le terrain, dans des délais maîtrisés et avec un impact réel. C’est un élément essentiel dans notre décision d’intensifier notre présence au Maroc.

– Comment la BEI veille-t-elle à ce que ses financements bénéficient réellement aux citoyens, en termes de retombées locales, d’emploi et de lutte contre les inégalités ?

À la BEI, chaque projet est sélectionné avant tout sur la base de son impact socio-économique. Notre objectif n’est pas seulement de financer, mais de créer des conditions durables pour améliorer le quotidien des populations. C’est pourquoi nos équipes d’experts conduisent une évaluation approfondie de chaque opération, en intégrant dès le départ des critères liés à l’emploi, à l’équité territoriale, à l’environnement et aux retombées sociales.

Nous veillons à ce que nos financements produisent des résultats concrets sur le terrain. C’est le cas, par exemple, du prêt de 500 millions d’euros signé en 2024 pour accompagner la reconstruction post-séisme, qui a été conçu pour rétablir des services publics essentiels — écoles, hôpitaux, routes — avec des standards de résilience accrus. C’est aussi le cas dans le secteur de l’eau, où nos investissements soutiennent l’extension des réseaux d’accès à l’eau potable dans des zones particulièrement exposées aux effets du changement climatique.

Ce souci d’impact local guide l’ensemble de notre action. Il se traduit également par le soutien actif au secteur privé, notamment aux PME, qui sont un levier essentiel de création d’emplois et d’opportunités économiques, en particulier pour les jeunes et dans les territoires moins favorisés.

À la BEI, notre priorité est claire : chaque euro que nous investissons doit avoir un impact réel dans la vie des citoyens. Nous ne finançons pas simplement des projets, nous soutenons des actions concrètes qui améliorent le quotidien, créent des emplois, renforcent la cohésion sociale et luttent contre les inégalités.

Avant de financer un projet, nos équipes examinent de près son utilité pour le territoire et sa capacité à répondre à des besoins concrets : accès à l’éducation, aux soins, à l’eau potable, ou encore à des infrastructures sûres et durables.

Dans le domaine de l’eau aussi, nos investissements permettent de développer l’accès à l’eau potable dans les régions les plus exposées au changement climatique. Ce sont des projets très concrets, pensés pour avoir un effet immédiat et durable sur la vie des gens.

Un nouveau financement de 170 millions d’euros (plus de 1,77 MMDH) en faveur de l’ONEE sera signé demain (22 mai 2025) pour renforcer le réseau de transport électrique national

– La création de « BEI Monde » marque un tournant vers l’extérieur. Quelle est votre vision pour l’Afrique à long terme, et le Maroc peut-il servir de hub pour vos opérations régionales ?

La création de BEI Monde s’inscrit dans une volonté d’amplifier l’action extérieure de l’Union européenne, en mettant l’accent sur l’impact, la proximité terrain et la logique partenariale. Il est cependant important de rappeler que notre engagement au-delà de l’UE n’est pas nouveau. La BEI soutient le Maroc depuis 1979, et nous fêtons cette année vingt ans de présence physique à Rabat, avec un portefeuille d’investissements qui dépasse aujourd’hui 10 milliards d’euros.

L’Afrique est aujourd’hui une priorité stratégique pour la BEI, et notre vision à long terme repose sur un partenariat d’égal à égal, au service d’une croissance durable, inclusive et résiliente. Dans cette perspective, le Maroc joue un rôle singulier et précieux. Son positionnement géographique, sa stabilité, son engagement en faveur de la coopération Sud-Sud et son rayonnement diplomatique en font un acteur régional structurant, tant en Afrique qu’au sein du bassin méditerranéen.

Le Maroc peut ainsi contribuer à renforcer les synergies régionales autour de la Méditerranée, dans le prolongement du Pacte méditerranéen (Med Pact) porté par l’Union européenne. Notre action au Maroc s’inscrit aussi dans une logique de capitalisation. Les projets, les expertises et les modèles développés ici peuvent inspirer des initiatives ailleurs sur le continent, tout en renforçant la coopération interrégionale entre les deux rives.

– Quels sont les projets d’énergies renouvelables que la BEI accompagne actuellement au Maroc, et comment évaluez-vous leur impact à la fois climatique et économique ?

La BEI accompagne depuis de nombreuses années la stratégie du Maroc en matière de transition énergétique. Nous avons contribué à plusieurs projets structurants dans ce domaine, à commencer par le parc éolien de Jbel Lahdid, cofinancé avec la KfW, qui s’inscrit dans le cadre du Programme éolien intégré de l’ONEE. Nous soutenons également le programme Noor Atlas, porté par MASEN, qui vise à améliorer l’accès à une énergie propre et fiable dans des zones rurales aujourd’hui peu desservies.

Dans le prolongement de ces investissements, un nouveau financement de 170 millions d’euros (plus de 1,77 MMDH) en faveur de l’ONEE sera signé demain (22 mai 2025) pour renforcer le réseau de transport électrique national, et ainsi faciliter l’intégration des capacités renouvelables dans le mix énergétique.

Ces projets ont un impact direct sur les objectifs climatiques du Maroc. Ils permettent de réduire la dépendance aux énergies fossiles, de renforcer la stabilité du système électrique, et d’accélérer l’atteinte des engagements pris dans le cadre de la Contribution déterminée au niveau national (CDN).

Mais leur portée va au-delà du climat. Ils participent aussi à l’attractivité économique du territoire, à la création d’emplois qualifiés et à la structuration d’un écosystème industriel local autour des énergies vertes. C’est dans cet esprit que la BEI entend poursuivre son rôle de catalyseur de la transition énergétique, au service d’un développement durable et souverain.

Nous prévoyons d’accompagner davantage le transport urbain et interurbain, levier essentiel de développement territorial, de cohésion sociale et de réduction des émissions

– Dans quels secteurs la BEI compte-t-elle intensifier ses investissements au Maroc dans les prochaines années ?

Dans les années à venir, nous continuerons à concentrer nos efforts sur les secteurs qui sont au cœur des priorités du Maroc et de son partenariat stratégique avec l’Union européenne. La transition énergétique demeurera un axe structurant, avec un soutien renforcé aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique et aux infrastructures bas carbone.

L’adaptation au changement climatique et la gestion durable de l’eau figureront également parmi nos priorités, dans un contexte de stress hydrique accentué. Nous serons particulièrement attentifs aux projets qui renforcent la résilience des territoires, tout en assurant un meilleur accès aux ressources essentielles.

Le développement du capital humain restera un pilier important de notre engagement, à travers l’appui à l’éducation, à la formation professionnelle et au numérique, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.

En parallèle, nous poursuivrons nos actions en faveur d’une croissance économique plus inclusive. Cela passe par un appui accru au secteur privé, notamment via des instruments adaptés pour les PME, les projets industriels durables et l’entrepreneuriat à fort impact. Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, tout comme des partenaires de long terme tels que la CDG, jouera un rôle clé dans cette dynamique.

Nous coopérons également avec plusieurs institutions financières marocaines dans le cadre de nos financements intermédiés, qui jouent un rôle essentiel grâce à leur connaissance fine du tissu économique local et à leur capacité à relayer efficacement notre soutien vers les entreprises.

Enfin, nous prévoyons d’accompagner davantage le transport urbain et interurbain, levier essentiel de développement territorial, de cohésion sociale et de réduction des émissions.

Notre objectif demeure constant : soutenir un développement plus inclusif, plus résilient et plus durable, au bénéfice direct des citoyens marocains.

Clôture de la 16ᵉ Conférence de l’Énergie : un brainstorming France-Maroc au service de l’eau et des énergies vertes

Après une dernière édition organisée en 2022, la Conférence de l’Énergie signe son grand retour, un événement d’autant plus symbolique qu’il se déroule cette année au sein du complexe solaire de Ouarzazate, quelques jours après sa remise en fonction.

Cette 16ᵉ édition a été marquée par une forte mobilisation gouvernementale, conduite par le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et les principaux ministres concernés, notamment Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, et Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau.

Elle s’inscrit dans le sillage de la dernière visite du président français Emmanuel Macron au Maroc, qui a abouti à la conclusion de 22 accords stratégiques, dont une part significative concerne le secteur de l’énergie et plus particulièrement les énergies vertes. Une dynamique qui explique naturellement le choix de la France comme pays à l’honneur cette année, succédant ainsi aux Émirats Arabes Unis lors de la précédente édition.

Ce moment précis, à l’issue de cet évènement, offre une occasion idéale pour dresser le bilan des avancées accomplies, identifier les leviers d’accélération et renforcer les engagements nationaux.

Leila Benali : le Maroc a besoin aujourd’hui de plus de gaz naturel qu’il y a 5 ans

Dans son allocution, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, a souligné que la priorité n’est pas la possession de l’énergie seule, mais la maîtrise de l’outil industriel. Cette maîtrise est essentielle pour assurer la gestion dans le temps des projets énergétiques, à l’image du complexe Noor Ouarzazate, récemment remis en l’état et qui représente à lui seul 10% de la capacité installée en énergies renouvelables.

Le Maroc atteint aujourd’hui un point d’inflexion stratégique dans ses projets d’énergies renouvelables. Comme l’a souligné Benali, les investissements dans les énergies renouvelables ont été multipliés par 4, et ceux dans les réseaux par 5, reflétant une dynamique forte. Les cinq prochaines années constituent une fenêtre d’opportunité unique pour accélérer cette transition et concrétiser les ambitions nationales.

L’objectif initial d’atteindre 52 % de capacité installée en énergies renouvelables d’ici 2030, annoncé par le Chef du gouvernement, reste réalisable, comme l’a reconfirmé Leila Benali, entre 2026 et 2027. Les efforts les plus exigeants ont été consentis il y a 15 ans : création de MASEN, mettre en place des infrastructures, attirer les bons investissements, surmonter les défis…

Avec la participation active des parties prenantes publiques et privées, le Maroc est désormais en mesure de financer et de développer des projets renouvelables dépassant 300 à 400 MW, ce qui devrait lui permettre de surpasser ses objectifs initiaux, a réaffirmé la ministre de la Transition énergétique.

Bien que cet objectif soit très important, Leila Benali a affirmé que le véritable défi aujourd’hui réside dans le fait que, bien que le Maroc ait atteint un taux d’électrification rurale de 99,9 %, le dernier kilomètre demeure le plus difficile à parcourir. L’expérience acquise lors du séisme d’Al Haouz a démontré l’efficacité des solutions décentralisées, avec le déploiement réussi par MASEN de mini-réseaux qui se sont révélés non seulement opérationnels mais aussi économiquement viables dans plusieurs zones reculées. Ces solutions innovantes, aujourd’hui éprouvées sur le terrain, pourraient ainsi constituer la clé pour parachever cette électrification rurale totale, tout en offrant une alternative parfois plus économique que les extensions classiques du réseau.

En ce qui concerne l’hydrogène vert, Leila Benali a indiqué que les discussions sont en cours avec les six premiers partenaires qui ont signé les six premiers contrats de réservation de fonciers pour 6 mois. L’approche choisie, dans le cadre de l’offre du Maroc, s’appuie sur une gestion partagée des risques entre acteurs publics et privés qui combine une vision à long terme et une flexibilité opérationnelle, essentielle pour les technologies en phase de maturation.

En plus des énergies renouvelables intermittentes et les projets d’hydrogène vert, Leila Benali a précisé que le Maroc a besoin aujourd’hui de plus de gaz naturel qu’il y a 5 ans pour assurer la transition énergétique.

Pour atteindre cet objectif de transition, Leila Benali a saisi cette occasion pour annoncer un appel à manifestation d’intérêt imminent concernant l’infrastructure gazière. Mme Benali a souligné que cette infrastructure était attendue de longue date, accusant un retard de 20 ans par rapport à la première feuille de route dédiée à l’infrastructure gazière, élaborée en 2004.

« Cet appel à manifestation d’intérêt va permettre de mettre en place une première installation à Nador, les connexions de pipeline avec le gazoduc Maghreb Europe, la connexion avec les zones industrielles de Kénitra-Mohammedia qui ont énormément besoin d’électricité verte et de gaz et le but au final, c’est de relier l’ensemble avec le future terminal sur la façade Atlantique de Dakhla pour relier notre infrastructure gazière marocaine avec le gazoduc Afrique Atlantique », a expliqué Leila Benali.

Rappelons qu’une feuille de route d’infrastructure gazière (2024-2030) a été présenté en 2024 par la ministre de la Transition énergétique et qui a annoncé l’ossature des projets de développement de l’infrastructure nationale à court et moyen termes.

Nizar Baraka : le modèle marocain se base sur une approche NEXUS-Eau Énergie-Sécurité alimentaire

De son côté, Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’eau a ajouté que le progrès du Maroc dans le domaine du renouvelable pour atteindre ses objectifs de durabilité se projette également pour rebâtir la sécurité hydrique affaibli par la succession des années de sécheresse qui s’inscrit dans une logique récente NEXUS pour assurer une synergie entre Eau-Energie-Sécurité alimentaire.

L’ensemble des projets de dessalements engagés à savoir celle de Dakhla qui sera opérationnelle cette année, de Casablanca qui sera opérationnelle au plus tard en début 2027 ainsi que d’autres (Rabat, Tanger, Nador…) seront sourcés à partir d’énergies renouvelables a expliqué le ministre de l’Equipement. L’objectif est d’avoir le bas carbone mais également d’avoir le meilleur coût.

À terme, ces projets de dessalement sont destinés en premier à assurer l’eau potable pour l’ensemble de la population dont 75% se concentre dans les villes côtières et même aller au delà par le raccordement des nouvelles usines de dessalement à des villes intérieures.

Le ministre Nizar Baraka a cité en exemple la station de dessalement de Safi, dont l’eau sera acheminée vers Benguérir et Youssoufia, avec une extension jusqu’à Marrakech. Ce projet, d’une capacité de 80 millions de mètres cubes, a déjà vu le lancement des travaux de canalisation et qui sera opérationnelle dès mars 2026.

Dans le cadre du pilier sécurité alimentaire de l’approche Nexus, cette approche permettra de préserver l’eau pour les villes intérieures et pour l’agriculture. Celle-ci devrait également bénéficier de plus de 500 millions de mètres cubes d’eaux dessalées, qui seront destinés à l’irrigation d’une superficie comprise entre 100.000 et 150.000 hectares.

En plus des grandes installations de dessalement, Nizar Baraka a évoqué les efforts déployés par le ministère de l’Industrie, ainsi que le rôle clé joué par l’industrie marocaine, qui a acquis une expertise et un savoir-faire dans la construction et la fabrication des stations monoblocs de dessalement et de déminéralisation de l’eau.

Aujourd’hui, grâce à ces efforts, plus de 200 stations monoblocs ont été déployées sur l’ensemble du territoire en collaboration avec le ministère de l’Intérieur. Ces installations permettent de couvrir une large partie du pays et de répondre aux besoins en eau potable des populations rurales.

Gérard Mestrallet : l’étude d’une liaison d’énergie renouvelable entre Nador et Marseille est en cours

Dans son intervention, Gérard Mestrallet, envoyé spécial du président de la République Française pour le partenariat stratégique franco-marocain dans le domaine énergétique, a souligné la dynamique de coopération entre les deux pays.

Les accords stratégiques France-Maroc s’articulent autour des priorités de la stratégie énergétique marocaine, notamment le développement des énergies renouvelables (éolien, solaire), la production d’hydrogène vert et d’ammoniac vert, ainsi que le transport d’énergie, qu’il s’agisse d’électrons ou de molécules, où la France dispose d’une expertise significative.

Sur le plan institutionnel, la collaboration est bien établie, avec des échanges réguliers entre les parties prenantes, notamment avec le ministère de la Transition énergétique. Des travaux ont été engagés pour étudier une connectivité directe entre le Maroc et la France, et par extension, l’Europe, dans un marché électrique déjà intégré. L’objectif est d’examiner la faisabilité d’une production d’électricité renouvelable au Maroc, acheminée jusqu’à Nador, puis vers Marseille via un câble sous-marin, un projet qui est en cours d’étude et qui pourrait constituer une contribution majeure à la transition énergétique européenne à l’image du projet Xlinks entre le Maroc et le Royaume-Uni.

2025, une année de bilan et une fenêtre d’opportunités pour des ambitions plus avantageuses à l’horizon de 2035

À l’issue de la 16ᵉ édition de la Conférence de l’Énergie, les échanges entre experts et décideurs ont souligné l’importance de la décarbonation industrielle. Celle-ci est désormais considérée comme un point focal de compétitivité pour les entreprises marocaines, et son succès requiert la mise en place de mécanismes adaptés pour faciliter l’accès des industriels aux énergies renouvelables : des Corporate PPA (contrats d’achat d’électricité) pour sécuriser l’approvisionnement, une tarification claire, des financements innovants et des zones industrielles bas carbone. Ces solutions combinées permettront d’offrir une énergie verte compétitive et fiable aux acteurs industriels.

Cette même dialectique se retrouve dans le domaine du dessalement, où une dynamique nationale forte est clairement ressentie. À cela s’ajoute l’intégration des énergies renouvelables qui doit devenir la norme dans les projets de dessalement. De plus, le modèle de partenariat public-privé est central pour déployer à grande échelle des projets durables, financièrement soutenables et dotés d’une bonne gouvernance. Enfin, le Maroc doit miser sur ses talents pour faire du dessalement durable un pilier résilient et respectueux de l’environnement, au service de l’ensemble des parties prenantes, à commencer par la société, les industriels et les agriculteurs.

La conférence a également mis en évidence le rôle important des applications bas carbone dans la valorisation des énergies renouvelables. L’accent a été mis sur leur capacité à renforcer la souveraineté énergétique du pays, à dynamiser l’innovation industrielle et à structurer de nouvelles chaînes de valeur locales. En effet, des piliers technologiques tels que l’hydrogène vert, les e-fuels et le stockage d’énergie apparaissent comme des moyens essentiels pour transformer le potentiel des énergies renouvelables en applications concrètes à forte valeur ajoutée.

Près de 60 GWh d’électricité renouvelable commercialisés par les clients moyenne tension de l’ONEE

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a annoncé, lundi 14 avril, l’ouverture de l’accès à l’énergie verte au profit de ses clients de la moyenne tension (MT).

« L’ONEE qui joue un rôle central dans la mise en œuvre de la stratégie énergétique nationale visant une transition vers un modèle énergétique durable, sobre en carbone et compétitif, franchit une nouvelle étape en ouvrant l’accès à l’énergie verte à ses clients MT », indique l’Office dans un communiqué.

« L’Office confirme ainsi son rôle moteur dans le développement du marché des énergies renouvelables ». Un rôle qu’il a « pleinement assuré » depuis la promulgation de la loi 13-09 sur les énergies renouvelables, en remplissant une double mission : celle de catalyseur pour les investisseurs souhaitant développer des projets de production d’énergies renouvelables, et celle de facilitateur pour les clients désireux de réduire leur empreinte carbone, poursuit la même source.

Et de poursuivre que ce début 2025 marque ainsi un jalon important, avec la fourniture des premiers kilowattheures verts aux clients MT.

En effet, près de 60 GWh d’électricité d’origine renouvelable viennent d’être commercialisés par des producteurs privés raccordés au réseau de transport national de l’ONEE au bénéfice de plusieurs clients MT de l’Office, précise la même source.

Il s’agit notamment de Tanger Med Utilitie au niveau de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, de Saint Gobain à la zone franche de Kénitra dans la région Rabat-Salé-Kénitra et de Managem avec deux sites de consommation à Ouarzazate dans la région Drâa-Tafilalet.

Depuis la promulgation de la loi 13-09 et l’ouverture du marché pour l’énergie propre, les clients THT et HT ont déjà bénéficié d’un volume cumulé de plus de 21,2 TWh d’électricité verte.

En effet, plus d’une trentaine de clients THT-HT, industriels pour la majorité, s’approvisionnent de cette énergie renouvelable dans le cadre de la loi 13-09, avec plus d’une centaine de sites de consommation.

Pour garantir la qualité et la continuité de fourniture de l’énergie électrique pour l’ensemble des utilisateurs du système électrique tout en favorisant une pénétration massive des énergies renouvelables dans le mix électrique national, l’ONEE déploie d’importants programmes de développement de moyens de flexibilité et de solutions de stockage d’électricité répondant aux défis posés par l’intermittence de ces sources.

Un vaste programme d’extension et de renforcement du réseau de transport est également en cours par l’ONEE, avec une multiplication par cinq des investissements annuels prévus à l’horizon 2030.

(Avec MAP)

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Xlinks dans l’impasse : les lenteurs britanniques menacent le mégaprojet

« Cela fait quatre ans. Nous avons tout fait comme demandé, mais ce processus prend énormément de temps ». Pour la première fois depuis le lancement du projet, Dave Lewis, président de Xlinks, est sorti de sa réserve. Dans une interview accordée au Telegraph, il a exprimé ouvertement sa frustration face aux retards accumulés en raison des lenteurs administratives pour l’obtention de l’autorisation au Royaume Uni.

Après des années d’attente, la direction de Xlinks craint désormais la défection de ses bailleurs internationaux, excédés par les interminables délais administratifs. Face à cette situation, l’entreprise étudie déjà des plans B, avec l’Allemagne et un autre pays non annoncé en tête de liste, au cas où les démarches administratives n’aboutiraient pas dans les prochains mois.

Carte synthétisant le projet Xlinks.

Cette menace de délocalisation ne concerne pas à l’heure actuelle le Maroc, mais plutôt l’Écosse, où l’usine de fabrication des câbles sous-marins sera délocalisée vers un autre pays si le projet n’aboutit pas au Royaume-Uni.

Rappelons que Xlinks affiche déjà un carnet d’investisseurs impressionnant : 100 millions de livres sterling levés précédemment auprès de majors énergétiques (TotalEnergies, TAQA) et d’institutions financières internationales. Ce soutien des grandes entreprises énergétiques confère au projet une crédibilité importante et facilite la finalisation du financement requis. D’ailleurs, la société a récemment testé l’appétit des marchés de la dette pour lever les fonds restants, et l’opération a été largement sursouscrite, selon les dirigeants de xlinks.

Sans notice de consentement de développement, le projet reste dans l’impasse

Classé en septembre 2023 comme projet d’infrastructure d’importance nationale, Xlinks doit obtenir une notice de consentement de développement (DCO) pour être approuvé. Ce dispositif, qui équivaut à une étude d’impact environnemental, permet aux projets considérés comme stratégiques par le gouvernement britannique de bénéficier d’une procédure d’autorisation centralisée au niveau ministériel.

Le projet est actuellement dans la phase de préexamen, qui dure généralement trois mois. Durant cette période, l’autorité en charge de l’examen est nommée, et les parties intéressées peuvent s’inscrire pour participer à la consultation.

Représentation 3D de la plateforme de conversion qui sera située à Devon si le projet se concrétise.

S’ensuivra la phase d’examen proprement dite, pouvant s’étendre jusqu’à neuf mois, au cours de laquelle l’autorité examinatrice posera des questions sur le projet. Xlinks, ainsi que toutes les parties prenantes inscrites, auront alors l’opportunité de soumettre leurs observations dans le respect des délais impartis.

À l’issue de cette phase, l’autorité d’examen rédigera un rapport de recommandation qui sera transmis au ministère concerné. Ce dernier disposera alors de trois mois pour rendre sa décision finale. Compte tenu de ce calendrier réglementaire qui dure, dans l’optimum, 18 mois, l’obtention de l’autorisation ne pourrait intervenir, dans le meilleur des cas, avant l’année 2026.

Nécessitant un délai de cinq années pour sa construction, même en cas d’approbation en 2026, Xlinks ne pourrait être opérationnel avant 2031 (scénario le plus optimiste). Un délai particulièrement long qui inquiète les investisseurs, déjà mobilisés sur ce projet depuis plusieurs années.

Récemment, le ministère britannique du Logement a publié un document de travail mettant en lumière la dégradation progressive de ce système d’autorisation. Les chiffres révèlent une nette augmentation des délais d’approbation. Alors qu’en 2012, un projet obtenait son consentement de développement en moyenne en 2,6 ans, ce délai s’est allongé à 4,2 ans en 2021, soit une augmentation du délai de 61%.

D’autres complications se font jour

Dans une lettre datée du 25 mars 2025, les autorités françaises ont exprimé de vives critiques quant à l’acceptabilité environnementale du projet de câble sous-marin reliant le Maroc au Royaume-Uni, qui doit traverser les eaux territoriales françaises.

Premièrement, le tracé proposé, qui longe les côtes françaises au niveau des départements de la Gironde et des Landes, est jugé insatisfaisant sur le plan environnemental. Le prétexte avancé par Xlinks concernant les difficultés techniques liées à la pose du câble au-delà de 1.000 mètres de profondeur n’a pas été suffisamment étayé par des justifications techniques convaincantes.

Deuxièmement, le franchissement du Gouf de Capbreton, une zone classée en protection forte par la France, constitue un problème environnemental majeur. Cette zone écologiquement sensible abrite des habitats marins uniques et des espèces protégées, ce qui la rend incompatible avec le projet. Par ailleurs, les opérations de maintenance répétées risquent d’y causer des impacts environnementaux cumulatifs difficiles à évaluer.

Troisièmement, le passage du câble à travers deux sites Natura 2000 en Bretagne, habitats d’espèces protégées comme le grand dauphin et le marsouin commun, nécessitera une stricte conformité aux prescriptions des gestionnaires de ces sites protégés.

En somme, les autorités françaises estiment que Xlinks n’a pas fourni suffisamment d’éléments pour démontrer la compatibilité environnementale du projet avec la préservation de l’environnement marin.

Pour la suite du processus, elles exigent une analyse comparative des scénarios de tracé possibles, détaillant les mesures d’évitement des zones sensibles, et évaluant précisément les impacts cumulatifs du projet. Les méthodes de pose et de maintenance des câbles devront être optimisées pour limiter les nuisances, notamment sonores, et des compensations environnementales crédibles devront être proposées.

À l’instar de la France, d’autres échanges devront être menés avec les pays que traversera le câble sous-marin, notamment l’Espagne et le Portugal, pour lesquels une autorisation de conformité environnementale devra être consentie.

2025, l’année du dernier espoir  

Outre la conformité environnementale, Xlinks sollicite un engagement contractuel à long terme du gouvernement britannique, indexé sur l’inflation, afin de garantir un prix de vente fixe pour son électricité. Le tarif proposé par Xlinks, d’environ 70 £/MWh, se révèle compétitif et inférieur aux coûts de production de l’énergie nucléaire, de la biomasse et de l’énergie hydroélectrique.

Le contexte géopolitique actuel, marqué par l’incertitude (guerre en Ukraine et crise au Moyen-Orient), plaide pour la production locale d’énergies renouvelables au Royaume-Uni au lieu de dépendre d’un autre pays, notamment via des parcs éoliens offshore dont les coûts s’avèrent compétitifs. Malgré un prix de l’électricité parmi les plus élevés du continent, le gouvernement britannique semble privilégier les sources d’énergie produites localement (nucléaire, hydroélectrique, éolienne…).

Bien que le Maroc offre un potentiel considérable en énergies renouvelables, grâce à un ensoleillement plus long et des vents plus constants, les dirigeants de Xlinks craignent que leur projet ne soit compromis par cette priorité donnée à la production nationale ; c’est la raison pour laquelle Xlinks envisage activement des alternatives en dehors du Royaume-Uni.

Pour rappel, Xlinks vise à relier le Maroc au Royaume-Uni par quatre câbles sous-marins à haute tension, chacun transportant 1,8 GW. Ce mégaprojet, couvrant une superficie de 1.500 km² et combinant énergie solaire et éolienne (7 GW solaire, 4,5 GW éolien et 5 GW de batteries), pourrait fournir 8% de l’électricité du Royaume-Uni dans les cinq ans suivant le début de sa construction.

Premières injections d’électricité par le parc éolien de Dakhla

Le parc éolien de 60 MW, qui alimentera directement la future station de dessalement de Dakhla, a été achevé. « Il y a quelques jours, nous avons officiellement injecté nos premiers gigawattheures dans le réseau », a annoncé Loic Jaegert Huber, directeur régional d’Engie pour l’Afrique du Nord d’Engie.

À terme, il s’agit de :

– 112.000 m³ d’eau douce/jour produits par dessalement, soit 37 millions de m³/an ;

– 5.200 hectares de terres agricoles irriguées ;

– 7 millions de m³/an dédiés à l’eau potable de Dakhla et sa région ;

– Des clients industriels alimentés en énergie renouvelable, via l’excédent d’électricité.

Autorisation du projet Xlinks au Royaume-Uni, un processus long et complexe

Le Royaume-Uni a mené une transition énergétique remarquable ces dernières années, réduisant considérablement ses émissions de CO2 liées à la production d’électricité. Selon les données du National Energy System Operator (NESO), le pays a atteint un nouveau record en matière de production d’électricité bas carbone en 2024, grâce à une diminution significative de la part des combustibles fossiles, qui est passée de 76,33% en 2010 à 25,7%, au profit des énergies renouvelables, dont la contribution est passée de 2,04% à environ 41,85% en 2024.

Sur la même période 2010-2024, non seulement la part des énergies renouvelables a progressé, mais également celle des importations qui a atteint 16,38% du mix énergétique, dépassant ainsi la part de l’énergie nucléaire, estimée à environ 14,29%.

Cependant, face à une demande accrue cet hiver, le réseau électrique britannique a lancé à trois reprises des alertes au marché de la capacité, exhortant les producteurs à augmenter leur production, signalant un risque imminent de pénurie.

Une annonce qui a été saisie par la compagnie Xlinks pour plaider l’importance de son projet d’interconnexion électrique entre le Maroc et le Royaume-Uni, surtout l’hiver où le vent ne souffle pas trop pour faire tourner les éoliennes britanniques.

Selon le journal The Guardian, la dernière note de marché de capacité a conduit à des dépenses records d’environ 12 millions de livres sterling, atteignant jusqu’à 5.000 livres sterling le mégawattheure, plus de 50 fois le prix habituel du marché pour fournir seulement 3 heures d’électricité supplémentaires. Par contre, le projet Xlinks promet un coût de production bien plus compétitif, à hauteur de 100 livres sterling le mégawattheure une fois la connexion établie.

Rappelons que d’ici 2030, ce projet vise à connecter le Maroc au Royaume-Uni par quatre câbles sous-marins à haute tension, transportant une puissance de 1,8 GW chacun. Un projet qui sera bâti sur une superficie de 1.500 km2 d’énergie solaire et éolienne combinée (7 gigawatts d’énergie solaire, 4,5 gigawatts d’énergie éolienne et 5 gigawatts de batteries) représenterait 8 % de l’énergie du Royaume-Uni, livrée dans les cinq premières années suivant le début de sa construction.

Autorisation de planification du projet, une procédure longue et très stricte au Royaume-Uni

Au Maroc, toutes les autorisations préalables ont été obtenues et les études de terrain ont été menées à bien dans la partie marocaine, le tronçon le plus long du projet. Du côté britannique, le projet est considéré comme une infrastructure d’importance nationale nécessitant une notice de consentement au développement (DCO), l’équivalent d’une étude d’impact environnementale (EIE), pour être approuvé.

Au Royaume-Uni, le projet soumis à l’examen de conformité environnementale comprend environ 371 km de câbles sous-marins de courant continu haute tension (CCHT), regroupés en deux paires qui viendraient à terre à Cornborough Range, dans le Devon, et se poursuivraient sur environ 14 km sur terre jusqu’à deux stations de conversion situées à l’ouest de la sous-station 400 kV d’Alverdiscott. Les stations de conversion seraient connectées à la sous-station 400 kV d’Alverdiscott par des câbles de CCHT.

 

Représentation 3D de la plateforme de conversion qui sera située à Devon, au Royaume-Uni.

La phase la plus longue et la plus complexe du processus d’autorisation, à savoir la phase de pré-candidature, a été menée à bien. Durant cette phase, qui dure en moyenne deux ans, le porteur du projet doit consulter les parties prenantes et élaborer un document de programme détaillant les modalités de cette consultation.

Suite à la soumission des documents requis et après les premières consultations avec les parties prenantes, le projet a reçu un avis favorable le 20 décembre 2024 et sera désormais soumis à une enquête publique. Une enquête qui permettra au public et aux autres parties prenantes de donner leur avis sur le projet.

La phase de pré-examen, d’une durée d’environ trois mois, est en cours. Durant cette période, l’autorité compétente est désignée et toute personne souhaitant s’exprimer sur le projet est invitée à s’inscrire. Vient ensuite la phase d’examen proprement dite, qui peut durer jusqu’à neuf mois.

À l’issue de cette phase, un rapport détaillé est établi et soumis au secrétaire d’État, qui dispose alors de trois mois pour prendre une décision. Compte tenu de ces délais réglementaires, le démarrage des travaux est envisagé pour début 2026 au plus tôt.

En attendant, Xlinks poursuit activement le développement de son projet

Fort de son classement en tant que projet d’intérêt national, Xlinks a déjà sécurisé environ 100 millions de livres sterling auprès d’investisseurs de renommée mondiale tels que Taqa d’Abou Dhabi, TotalEnergies, Octopus, Gie, Enova et Africa Finance Corporation, tous acteurs majeurs du secteur énergétique.

Tout en recherchant activement davantage d’investisseurs, l’entreprise dispose également de propositions intéressantes de la part d’agences de crédit à l’exportation et de banques commerciales pour des financements complémentaires.

Un autre aspect important de ce projet concerne l’approvisionnement. À ce jour, plus de 95 % des appels d’offres liés à la première phase de construction ont été lancés et ont reçu des réponses satisfaisantes, y compris dans le domaine de la production. Xlinks négocie actuellement avec le gouvernement britannique un contrat de différence, une option qui devrait être source de plus d’attractivité pour le projet.

Pour sa part, la société belge GeoXYZ, choisie par Xlinks, a mené à bien les premières études préalables du tracé du câble sous-marin, long de 4.000 kilomètres. Ces études ont notamment porté sur la reconnaissance des fonds marins, incluant l’identification de quatre canyons sous-marins et ont été finalisées en 2023.

Les campagnes d’études en cours ont pour objectif de lever les dernières incertitudes et de permettre à Xlinks de solliciter les autorisations nécessaires pour la pose du câble qui devra traverser également les eaux territoriales de l’Espagne, de la France et du Portugal. Elles porteront principalement sur des aspects plus spécifiques tels que la géotechnique et l’environnement afin de garantir la durabilité du projet et de minimiser son impact sur les écosystèmes marins.

Actuellement, le navire Geo Ocean III, mandaté pour réaliser les études géotechniques et environnementales, effectue des études dans la baie de Gascogne, en France.

Volvo Trucks inaugure la première édition des Greendays

C’est au sein de l’Institut de formation des métiers du transport et de la logistique que Volvo Trucks a décidé d’héberger la première édition des Greendays. L’événement a rassemblé plusieurs acteurs clés de l’écosystème Green, soulignant l’engagement de la marque à atteindre le Net Zero en 2040 en proposant des camions alimentés par des alternatives neutres en carbone.

« Dans le monde et au Maroc, nous souhaiterions apporter notre jalon à la transformation positive du marché. Ce que nous faisons au quotidien, les décisions que nous prenons et notre manière d’agir s’inscrivent dans cet état d’esprit. Notre voyage vers la durabilité est un pas de géant. Aujourd’hui, nous voulons laisser une action marquante pour les générations futures : nous déclarons fièrement notre engagement en faveur d’un air plus pur, de villes plus calmes et d’un monde plus sûr pour nos enfants », a souligné Goran Travancic, directeur général Volvo Maroc.

C’est dans ce cadre que la 1re édition des Greendays de Volvo a vu le jour. Cette occasion permet de discuter et d’apporter des solutions à un pays en pleine mutation. Cette édition scellera un pacte entre les acteurs clés, qui se rencontreront régulièrement pour constituer une communauté active et échanger sur la transformation énergétique.

« Nous avons déployé des partenariats stratégiques solides avec des acteurs locaux pour contribuer au développement de la stratégie de la marque. Ces partenariats renforcent un écosystème engagé et adaptable aux contraintes locales », a déclaré Goran Travancic.

Volvo Trucks travaille conjointement avec Solar Power, un acteur 100% marocain engagé dans la transition énergétique et la décarbonation, et membre de Green Tech Partners. Solar Power est actif dans toutes les étapes du processus de mise en œuvre de leur projet d’énergie, avec des solutions allant du solaire photovoltaïque pour l’électricité aux chaudières biomasses pour la thermique. Solar Power a réalisé de nombreux projets d’énergies renouvelables (EnR) au Maroc totalisant plus de 20 MW installés sur tout le territoire.

Né en Suède en 1929, Volvo Trucks construit des véhicules dans 130 pays, avec plus de 104.000 employées et un réseau de 2.300 points de vente. La marque a vendu plus d’un million de véhicules qui sillonnent le monde.

La Somas inaugure à Mohammedia sa 4e cavité de stockage de gaz butane

La Société marocaine de stockage (Somas) a inauguré, vendredi 12 juillet, sa quatrième cavité de stockage de gaz butane à Sidi Larbi (commune rurale de Sidi Moussa Ben Ali, Mohammedia).

Selon les données communiquées par la société à cette occasion, cette expansion stratégique répond à la demande croissante du marché et augmente l’autonomie nationale en gaz butane à plus de 40 jours.

« Le gaz butane fait partie des produits énergétiques les plus consommés au Maroc, enregistrant une croissance annuelle de plus de 3% en moyenne. Sa consommation a atteint 3,2 millions de tonnes équivalent pétrole en 2023, représentant 26% de notre consommation nationale en produits pétroliers », a déclaré, à cette occasion, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali.

« Dans le cadre de sa stratégie pour soutenir la transition énergétique nationale, la Somas ambitionne de développer davantage les capacités de stockage souterrain, renforçant ainsi la sécurité et la fiabilité de l’approvisionnement énergétique du Maroc », a déclaré le président du Conseil d’administration de la Somas, Tawfiq Hamoumi.

« Cette expansion significative renforce notre capacité à assurer un approvisionnement stable et sécurisé en gaz butane, tout en soutenant la transition énergétique nationale, avec des solutions durables et innovantes », a noté, pour sa part, le directeur général de la société, Khalid Baghri.

Parallèlement, a-t-il poursuivi, ce projet contribue au développement économique et social de la ville de Mohammedia, et plus particulièrement, la commune de Sidi Moussa Ben Ali, avec la création de près de 50 emplois directs et indirects, ainsi que des améliorations significatives des infrastructures locales ».

EnR : « 61 projets en cours portés par le secteur privé pour 53 MMDH » (FZ Al Khalifa)

Le Maroc a pour objectif d’atteindre 52% de la puissance électrique installée à partir de sources renouvelables et de réduire la consommation d’énergie de 20% à horizon 2030.

Pour atteindre ces objectifs, et après le solaire, l’offre Maroc de l’hydrogène vert a été dressée et plusieurs actions ont été mises en place pour accompagner la taxe carbone de l’Union européenne. Médias24 a contacté Fatima Zahra Al Khalifa, présidente du Cluster EnR, pour faire le point sur l’évolution du secteur marocain des énergies renouvelables.

Médias24 : Pouvez-vous dresser un état des lieux du secteur des énergies renouvelables au Maroc ?

Fatima Zahra Al Khalifa : L’état des lieux du secteur, après près de 14 ans suite au lancement du Plan solaire marocain en 2009, est positif à mon sens. Le Maroc se positionne aujourd’hui comme un pionnier en matière de transition énergétique.

D’ailleurs, le Royaume a été classé premier en Afrique en matière d’attractivité des investissements EnR, selon le dernier classement mondial réalisé par le Renewable Energy Country Attractiveness Index.

Ainsi, le Maroc est sur la bonne voie en matière de transition énergétique, avec en plus une capacité renouvelable installée à fin 2023 de 4.600 MW, contre près de 4.100 MW en 2022 (1.430 MW d’éolien, 1.771 MW d’hydroélectrique et 830 MW de solaire), permettant ainsi d’atteindre une capacité EnR dans le mix énergétique de 42% à fin 2023 (hors autoproduction estimée entre 700 MW et 1 GW) contre 38% en 2022.

– Quelles sont les récentes réalisations notables du secteur, selon vous ? 

– Nous nous réjouissons de l’accélération des grands projets énergétiques portés par l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen), de la finalisation en cours du cadre réglementaire en faveur du décentralisé (loi auto-production), de l’injection en moyenne tension ( loi 13-09) et de la publication des tarifs par l’ANRE.

Egalement, entre autres, la publication de la nouvelle stratégie du Maroc en matière de développement durable (SNDD), la publication de l’offre Maroc en matière d’hydrogène vert, la revue à la hausse des objectifs en matière de diminution des émissions CO2 pour la lutte contre les changements climatiques et le lancement de projets pilotes en matières de mobilité électrique.

De plus, les technologies sont de plus en plus matures et économiquement viables, ce qui offre d’énormes opportunités d’investissement.

– Qu’en est-il de l’écosystème des EnR au Maroc ? Pensez-vous qu’il est assez mature pour assurer l’accélération du secteur ?

– Aujourd’hui, l’écosystème est mature avec des acteurs institutionnels et publics opérant sur l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur ainsi qu’un secteur privé disposant d’une grande expérience dans les filières renouvelables, des références et une expertise.

Sans oublier l’existence de produits et mécanismes de financement vert ainsi que des subventions pour soutenir les investissements dans le secteur.

– Quels sont les principaux projets en cours ? 

– Une capacité supplémentaire de 374 MW est prévue pour l’année 2024 avec la mise en service des projets éoliens Nassim Repowering Koudia El Baida (100 MW) et Nassim Jbel Lahdid (270 MW) et ce, hors projets prévus par le privé suite à l’adoption de la loi 13-09 relative à l’autoproduction.

– Qu’en est-il des projets portés par le secteur privé ?

– Plus de 61 projets portés par le secteur privé sont en cours de développement ou de réalisation de près de 4,6 gigawatts, ce qui représentent des investissements très importants de près de 53 MMDH.

La décarbonation de l’industrie constitue également une réelle opportunité avec un potentiel additionnel de 3.000 MW à horizon 2030 en plus des retombées économiques relatives à la mobilité durable avec 10.000 véhicules électriques estimés à 2025 ainsi que les stations de dessalement et les stations solaire prévues.

– Pensez-vous que l’offre marocaine est compétitive au niveau international ?

– La stratégie énergétique du Maroc représente une opportunité unique pour le développement d’une industrie EnR exportable et compétitive. Cette opportunité concerne l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur, à savoir l’ingénierie et les services, la production industrielle, l’installation de capacités EnR, la maintenance, le contrôle, etc., mais également toutes les filières, que ce soient les grands projets EnR (solaire, éolien, hydraulique, biomasse) ou les applicatifs (pompage solaire, PV décentralisé, éclairage publique, chauffe eaux solaires, etc.) ainsi que l’efficacité énergétique.

Au niveau local, les grands projets d’énergies renouvelables représentent de réelles opportunités économiques pour les entreprises marocaines, notamment dans le cadre des projets portés par Masen à réaliser entre 2023 et 2027 et estimés à plus de 4 GW (près de 2.600 MW en solaire et 1.700 MW en éolien) et répartis sur plusieurs régions au Maroc.

– Dans ce sens, quel est le positionnement de cet écosystème marocain au niveau continental ? 

– L’écosystème marocain est un pilier de coopération régionale et internationale basé sur une approche marocaine priorisant une coopération « Sud-Sud » sans oublier la coopération « Sud-Nord » portée par des initiatives stratégiques telles que la « SET Roadmap (Sustainable Electricity Trade) », ayant pour objectif de créer les conditions d’échanges d’énergie verte.

Il se veut une locomotive régionale et un trait d’union entre les pays de l’Afrique dans le secteur des énergies renouvelables, développant ainsi un hub énergétique régional permettant le renforcement des interconnexions pour une intégration méditerranéenne durable. Le Maroc met en avant le partage de son savoir-faire et son modèle de transition énergétique facilitant les économies d’échelle, participant à l’amélioration technologique et à la diversification pour une meilleure stabilisation des bouquets énergétiques.

A cet effet, l’intégration des systèmes énergétiques africain est considérée comme un élément important d’une vision en favorisant une intégration régionale. Ce rôle permet d’assurer le déploiement des stratégies énergétiques intégrées et à grande échelle, afin de créer une force de frappe pour la lutte contre les changements climatiques.

Cette intégration régionale favorisera la coopération entre les pays africains et permet de démultiplier les échanges énergétiques, industriels, commerciaux et in fine, favorisera la création d’une économie africaine forte et solidaire pour une croissance rapide et un développement du continent.

Un défi: l’imminence de la taxe carbone aux frontières

– Quels sont les principaux défis et obstacles auxquels fait face le secteur des EnR au Maroc? 

– Bien que le Maroc ait accompli des avancées significatives dans le secteur des énergies renouvelables, certains défis subsistent.

Le premier défi est la nécessité d’accélérer le déploiement des modalités pour faire face à l’imminence de la taxe carbone aux frontières, à travers l’accélération de la décarbonation des industries locales, les certificats d’origine verts et la revente des crédits carbone sur le marché international.

Un second défi serait l’accélération du renforcement du réseau national pour accompagner les objectifs ambitieux de la stratégie énergétique nationale et être en mesure d’accueillir les nouvelles capacités prévus à l’horizon 2050.

En parallèle, il est également important de continuer la mise en œuvre du chantier réglementaire pour suivre les évolutions du marché et surtout son ouverture. Il faudra aussi innover en matière de mécanismes de financement vert et des partenariats publics privés afin d’accompagner de façon efficiente la stratégie énergétique, dont le rythme s’accélère. Sans oublier les innovations technologiques, notamment en matière de nouvelles technologies et d’objets connectés appliqués à l’énergie (stockage, systèmes de monitoring, etc.).

Pour finir, l’un des défis les plus importants à mon sens est de maximiser davantage l’impact positif du secteur en faveur du développement socio-économique du pays, notamment à travers la maximisation de l’intégration industrielle dans le cadre des projets EnR, le renforcement des capacités industrielles, la promotion du made in Morocco, l’appui à l’export de l’expertise et des composants locaux, et l’appui à l’entreprenariat vert à travers la création de startups Greentech pour accompagner la stratégie de transition énergétique.

Energies renouvelables : appel à projets au profit de 20 startups marocaines

Pour relever le défi d’un développement économique durable à travers la création d’emplois verts, le Cluster EnR et le Moroccan Climate Innovation Center (MCIC) ont lancé en 2014 le Green Business Incubator. Ce dernier a pour mission de soutenir et d’accompagner le développement des startups opérant dans le secteur des énergies renouvelables, des Green Technologies et de l’environnement pour un impact positif et durable sur le développement socio-économique du pays.

Dans ce cadre, les deux parties lancent un appel à projets qui s’adresse aux startups établis au Maroc ayant cinq ans d’ancienneté au maximum démontrant d’un projet avec un caractère innovant et opérant dans le secteur des Energies renouvelables, CleanTech et GreenTech.

Les candidats sélectionnés dans le cadre de cet appel à projets auront accès gratuitement à un programme d’accompagnement d’une durée de 12 mois renouvelable une fois pour le développement de leurs idées et projets comprenant les services suivants :

Hébergement : espace de coworking, salle de réunion, matériel informatiques.

Renforcement des compétences : formations Business & Soft skills, assistance technique en fonction des besoins, coaching individuel.

Financement Tech Start : une contribution financière pouvant atteindre 400.000 DH pour les startups disposant de brevets d’invention et pouvant couvrir jusqu’à 80% des dépenses liées à la réalisation du projet innovant. Seul un maximum de 12 startups pourra éventuellement bénéficier du financement Tech Start.

Mise en relation et Networking : accès à une base de données de plus 300 industriels du secteur des énergies renouvelables, participation à l’ensemble des évènements et séminaires organisés par le Cluster EnR.

La soumission des candidatures se fait en remplissant le formulaire d’inscription disponible sur ce lien avant le 3 juin 2024.

Hydrogène vert : interrogations sur les capacités, les financements et les conflits d’usage

L’hydrogène vert est un produit chimique et un vecteur énergétique extrait de l’électrolyse de l’eau à partir d’une électricité provenant de sources renouvelables (hydraulique, éolienne, solaire, etc.). Ce processus d’électrolyse permet de séparer la molécule d’eau (H2O) en atomes d’oxygène et d’hydrogène (H2). Ce dernier peut aussi subir (en combinaison avec du carbone ou de l’azote) d’autres transformations chimiques pour produire du méthane de synthèse, de l’ammoniac, voire des e-carburants de synthèse…

Les principaux intrants sont donc l’électricité d’origine renouvelable et l’eau. Par extension, ces deux intrants nécessitent des terrains à profusion idéalement placés dans les zones à fort potentiel renouvelable (avec un mix optimal entre éolien et solaire sur le même site) et une connexion maritime, notamment pour le dessalement de l’eau et le transport des produits finis.

Une transition au renouvelable à peine entamée

L’expérience marocaine en matière d’énergies renouvelables, bien que citée en exemple en Afrique, n’est pas sans limite. Ainsi, malgré un niveau d’investissement soutenu dans les énergies renouvelables (EnR), les taux d’intégration industriels restent très faibles.

Par ailleurs, les quantités d’énergie renouvelables produites restent en deçà des besoins électriques du pays. Le Maroc, malgré une capacité installée de près de 38%, reste largement dépendant de l’électricité d’origine fossile, comme explicité par le dernier rapport annuel de l’Agence nationale de régulation de l’électricité (ANRE).

Selon cet opus publié fin décembre 2023, sur les 41,41 tWh/an produits en 2022, 81,3% de l’électricité produite au Maroc provient d’énergies de sources fossiles, dont le charbon représente plus de 70%, contre 18,1% de sources renouvelables. L’essentiel de cette production renouvelable vient de l’éolien (12,9%), suivi du solaire (3,5%).

Cette faiblesse de la production en EnR par rapport à la capacité installée est tout à fait normale, car elle dépend des facteurs de charge (rendement des capacités installées), un paramètre inhérent aux EnR. C’est le coût de l’intermittence : la production est dépendante des 1.800 heures de plein ensoleillement par an et de la vitesse du vent (dépassant 5 m/s à 10 m/s pour les meilleurs emplacements) et de sa régularité, soit 3.500 heures pleinement venteuses par an.

En reprenant les chiffres de l’ANRE, on tombe sur un facteur de charge de 39% pour l’éolien et de 20% pour le solaire, soit de bons indicateurs même si ces mêmes facteurs de charge sont faibles en comparaison avec le charbon ou le gaz par exemple. Cela plombe mécaniquement les ratios globaux puisque le rendement de l’hydraulique, malgré une capacité installée de 11,8%, a une production qui tend vers zéro avec la multiplication des années de sécheresse et l’assèchement des barrages. Ceux-ci ont fonctionné en moyenne 10 jours sur 365 en 2022, contre quelques semaines, voire quelques mois, dans le cas des années pluvieuses et neigeuses.

Ainsi, si l’on isole l’hydraulique, la capacité installée en renouvelable productif est de 26% avec une part de production de 16,4%, ce qui est plutôt satisfaisant. Avec ce retraitement, on voit bien que les besoins du Maroc en production de renouvelables durables sont encore importants et nécessitent des investissements importants pour atteindre l’objectif de 52% du mix électrique (en termes de production) à l’horizon 2030.

Vers des besoins croissants en renouvelables

La dépendance au fossile (notamment du charbon à plus de 70%) fait que le pays a encore de grands besoins pour « verdir » son électricité. D’autant plus que, lors de la COP 28, le gouvernement s’est engagé dans son agenda 2050, au terme duquel il doit fermer sa dernière station à charbon, à remplacer au moins 35 tWh/an par du renouvelable productif pour ne pas tomber en panne électrique.

Les sites d’énergie renouvelable devraient dans ce sens servir d’abord à produire de l’électricité pour les besoins de la consommation locale. Car comme montré plus haut, toutes choses étant égales par ailleurs (taux de charge et répartition éolien/solaire), nous devons au minimum tripler la capacité installée en éolien et solaire, soit passer de 2,39 GW à 8 GW.

Ajoutez à cela la production d’eau issue du dessalement, pour laquelle le Maroc compte produire 1,5 milliard de mètres cubes d’eau dessalée par an annuellement ; ce qui représentera, selon les divers experts marocains, l’équivalent de 10% de la consommation électrique actuelle, soit près de 5,5 tWh/an en comptant les pertes, ou encore l’équivalent d’une capacité installée d’au moins 2 GW supplémentaires.

OCP aussi cherche à verdir sa consommation électrique à l’horizon 2027 en atteignant 100% de renouvelable, soit 4 tWh contre 2,8 actuellement grâce à un plan d’action volontariste. Pour cela, le groupe vise la mise en place de plusieurs capacités, notamment en photovoltaïque et solaire, aussi bien pour ses besoins en production industrielle qu’en dessalement d’eau de mer. Selon la communication du groupe, celui-ci cherche à installer, à l’horizon 2027, une capacité renouvelable de 3,8 GW − 1,2 GW solaire et 2,6 GW éolien −, apportant l’équivalent d’une production de près de 11 tWh selon les facteurs de charge constatés au Maroc.

Il cherche aussi à produire un million de tonnes d’ammoniac vert en 2027 et à atteindre 3 millions en 2032. Le groupe consomme actuellement 2 millions de tonnes d’ammoniac gris entièrement importé. Il devrait être autonome au terme de son programme d’investissement. Ce chiffrage de 3 millions de tonnes d’ammoniac équivaut, selon les estimations d’un économiste et expert financier en énergie contacté par Médias24, à 25 tWh en consommation électrique, soit l’équivalent d’un peu plus de 56% de la consommation annuelle du Maroc actuellement.

Conflits d’usage

Selon les chiffres avancés par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son rapport de 2020 intitulé « Accélérer la transition énergétique pour installer le Maroc dans la croissance verte », le potentiel en énergies éolienne et solaire au Maroc est estimé à environ 500 tWh/an, répartis entre l’éolien onshore (350 tWh) avec un taux de charge moyen de 5.000 heures, et le solaire photovoltaïque PV (150 tWh).

Selon le rapport de l’institution constitutionnelle, le potentiel pour l’éolien se situe entre Tiznit et Bir Guendouz, sur une bande de 12 à 15 km de large et 1.500 km de long. Pour le solaire, « des hypothèses très conservatrices ont été fixées à 60 parcs de 1 GW produisant 2,5 tWh, sur une superficie estimée à 600 km² », peut-on lire dans une note de bas de page explicitant les estimations du CESE. Partant de là, les superficies des zones à potentiel renouvelable sont estimées entre 18.000 et 20.000 km².

Sachant que les sites n’offrent pas tous des rendements maximaux et équivalents, d’autres experts avancent une estimation de 355 tWh sur la base de l’hypothèse de superficies retenue par le CESE, mais en appliquant les facteurs de charge moyens actuellement expérimentés au Maroc, soit 3.500 heures pleines par an pour l’éolien et 1.800 heures pleines par an pour le solaire photovoltaïque. Quoi qu’il en soit, cette quantité, bien qu’importante, n’est pas infinie ; elle est au contraire définie et limitée. Surtout si l’on cherche des sites optimaux où se mélangent les meilleurs rendements de solaire et d’éolien pour maximiser les facteurs de charge, et donc le fonctionnement des électrolyseurs.

Il faut aussi que ces sites dédiés à la production d’hydrogène aient un accès à la mer, aussi bien pour dessaler l’eau que pour dégager la production. Actuellement, le ministère de la Transition énergétique a déjà shortlisté une dizaine de projets d’hydrogène, pour un total de 1,4 million d’hectares (14.000 km²), pour des projets destinés à l’hydrogène vert, notamment à l’export, soit quasiment 80% de la réserve foncière déterminée par le rapport du CESE. Pour autant, les détails des projets, notamment leurs destinations, les conditions de financement ou de commercialisation, les retombées économiques et d’emploi à court et long terme, les conditions de l’accompagnement public et des collectivités territoriales, etc., n’ont pas été définis, à part peut-être celui d’OCP, aussi inclus dans la shortlist.

En effet, selon le rapport du foncier public, huit projets portés par les sociétés Taqa Morocco SA, CIP (groupement Copenhagen Infrastructure Partner et AP Moller Capital), Dahamco SA, Power Sur, ORNX Boujdour et Laâyoune, Falcon et OCP se sont vu promettre des terrains « destinés à la production d’hydrogène et d’ammoniac vert sur une superficie globale et approximative de 1.406.567 hectares ». Il ne cite donc pas le projet Xlinks visant à alimenter 8% des besoins électriques en Grande-Bretagne à partir du Maroc, grâce à une ferme solaire et éolienne de 200 km². Si l’on ajoute ce projet-là, c’est presque la totalité de l’espace recensé par le CESE (offrant les meilleurs potentiels de rendement et de rentabilité) qui sera déjà allouée.

D’où proviendront les fonds ?

En plus de ce premier conflit d’usage entre production d’énergie verte destinée à l’électricité et au dessalement de l’eau pour les besoins propres du Maroc, ainsi que la production d’ammoniac pour l’OCP, versus la production d’hydrogène dédié à l’export, un autre conflit d’usage va rapidement apparaître : celui de l’accès au financement. En effet, les investissements dans les EnR et dans l’hydrogène coûtent extrêmement cher.

Les investissements nécessitent aussi des installations entièrement importées, et donc un très grand besoin en devises. Comme ordre de grandeur, l’appel d’offres lancé par l’ONEE de 850 MW en éolien a été valorisé à 1,24 milliard d’euros à déployer sur cinq sites. Avec ce qui s’annonce, ce sont des dizaines de fois ces montants qu’il faudra mobiliser.

Le rapport sur le foncier public donne un chiffre de 224 milliards de DH uniquement pour les huit projets dédiés à l’hydrogène vert shortlistés par le ministère de la Transition énergétique. À cela, il faudra ajouter les besoins de financement de projets complémentaires comme le hors site pour l’export (ports, pipelines, canalisations…), ainsi que les autres projets électriques ou de dessalement, etc., pour les besoins propres du Maroc. Et ce, sans parler du reste de l’économie avec un déficit budgétaire en hausse, le Plan national de l’eau, la Coupe du monde, les 550 milliards d’investissements productifs, etc. Des besoins de financements inouïs qui devront sûrement être financés sous forme d’IDE pour ne pas créer un effet d’éviction ou une concurrence sur le financement bancaire au niveau national, d’autant plus que les experts consultés nous affirment que le financement bancaire net au Maroc ne dépasse pas 50 milliards de DH annuellement.

L’obligation de financement des projets d’hydrogène à travers les fonds étrangers semble être la conviction de l’Egypte, qui vient de publier son « offre hydrogène« . Celle-ci stipule qu’au moins 70% des financements des projets d’hydrogène vert doivent impérativement provenir de l’étranger. L’offre impose aussi un taux d’intégration minimal de 20% et un taux d’emploi national de 70%. Des conditions pour permettre aux investisseurs de profiter d’un crédit impôt entre 30% et 55% sur les bénéfices générés par l’exportation d’hydrogène vert, et d’une exonération de TVA sur tous les intrants liés à la mise en place des investissements.

Le pays, qui a annoncé sa stratégie d’hydrogène vert en 2022, en marge de la COP 27 à Charm el-Cheikh, veut se positionner comme un hub énergétique entre l’Europe et l’Asie. Il compte profiter du point de passage stratégique du canal de Suez pour développer des capacités portuaires d’alimentation des navires qui y transitent en e-carburants (notamment le méthanol, un dérivé de l’hydrogène vert), du fait que le transport maritime sera le premier secteur à être décarboné dès 2030 à la faveur d’une règlementation internationale contraignante. Son offre sur l’investissement dans l’hydrogène, validée par le Parlement début janvier 2024, n’est toutefois pas cumulable avec les autres avantages accordés aux investisseurs étrangers.

Dans cette course à la décarbonation de l’économie occidentale grâce à l’hydrogène vert, la couleur est annoncée. L’offre Maroc, sans cesse reportée depuis plus d’un an, a tout intérêt à être bien calibrée pour maximiser les gains du pays et ne pas hypothéquer son développement en alimentant une « bulle hydrogène » qui ne cesse d’enfler à coups d’effets d’annonce aux nombreux facteurs inconnus.

https://medias24.com/2024/01/15/hydrogene-vert-le-maroc-se-lance-dans-une-course-effrenee-mais-attention-a-leffet-de-bulle/