Équivalence : les diplômes français désormais reconnus automatiquement au Maroc

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation a annoncé une nouvelle mesure qui marque un tournant pour des milliers de diplômés marocains formés en France.

Cette décision, officialisée par le Bulletin officiel n° 7392 du 10 février 2025, vise à simplifier un processus jusque-là perçu comme complexe et chronophage. L’obtention d’une équivalence impliquait un long parcours administratif, comprenant le dépôt de dossiers, leur examen par des commissions spécialisées et, enfin, la publication des décisions dans le Bulletin officiel.

En supprimant cette étape pour les diplômes français, le ministère entend fluidifier l’accès au marché de l’emploi et lever un obstacle administratif souvent décrié par les diplômés.

Équivalence des diplômes. Les médecins généralistes diplômés d’Ukraine et de Russie en colère

Douche froide, le 3 février dernier, pour les médecins généralistes diplômés de quelques universités ukrainiennes et russes.

Ce jour-là sont publiées au Bulletin officiel des décisions du ministre de l’Enseignement supérieur (prises le 3 janvier) apportant des changements de taille au processus d’obtention de l’équivalence de leurs diplômes.

Plus précisément, la durée des stages à effectuer au Maroc, nécessaires pour obtenir cette équivalence, passe à deux ans et demi, voire trois ans, au lieu de deux auparavant. Il s’agit, entre autres, des lauréats de l’Université d’État de médecine de Zaporije et de la Kharkiv National Medical University pour qui les stages au Maroc passent respectivement à trois ans et à deux ans et demi.

Pour les lauréats de l’Université d’État de Tchouvarie I.N. Oulaynov en Russie, cette période de stage a été fixée à trois ans.

Dix ans pour devenir médecin généraliste

Ces nouveaux changements ont provoqué une levée de boucliers dans les rangs des médecins généralistes concernés, dont la plupart ont rejoint le Collectif des médecins généralistes lauréats d’Ukraine et de Russie (CMGLUR), une organisation créée il y a près d’une année.

Ce collectif, qui revendique 500 membres, a estimé que ses adhérents seront particulièrement lésés par ces nouvelles dispositions. Dans un communiqué, ce collectif dit s’élever contre « la démarche unilatérale » du ministère de l’Enseignement supérieur et l’absence de toute forme de concertation avec les concernés.

Les membres de ce collectif se disent déterminés à mener toutes les formes de protestation possibles pour amener le département de tutelle à rectifier le tir.

« Initialement, notre collectif militait pour réduire la durée du stage de deux à une année, et voilà qu’on se retrouve avec six mois supplémentaires, voire une année », s’insurge un membre de ce collectif qui n’a pas souhaité être cité.

« Les études de médecine généraliste en Russie ou en Ukraine nécessitent une année préparatoire et six ans d’études. De retour au Maroc, nous attendons six mois pour faire aboutir la demande d’équivalence. Si l’on y ajoute la durée du stage telle qu’elle vient d’être prolongée par le ministère, cela donne dix ans pour être médecin généraliste. C’est excessif et exagéré », commente notre interlocuteur.

La validation des cursus, au cas par cas

Médias24 a sollicité à maintes reprises une réaction du ministre de l’Enseignement supérieur aux revendications du CMGLUR, mais Azeddine Midaoui n’a pas souhaité donner suite à nos demandes et relances.

Un fin connaisseur des secteurs de la santé et de l’enseignement supérieur nous apporte un éclairage. « Quand on soumet une demande d’équivalence de diplôme, on fournit aussi une idée globale du cursus suivi, et le ministère maîtrise parfaitement la nature des cursus des universités étrangères et suit régulièrement les changements qui y interviennent », affirme notre interlocuteur pour qui le volet théorique ne pose généralement pas de problèmes.

« Mais, quand on en vient au volet pratique, j’ai tendance à donner raison au ministère dans ce cas précis. N’oublions pas que nous parlons des lauréats des universités de deux pays qui sont en guerre après une longue pandémie », poursuit le spécialiste.

Un praticien de longue date, qui a dirigé plusieurs services au ministère de la Santé, opte pour un « discours plus franc ». « Il faut crever l’abcès. Tout d’abord, pourquoi ces jeunes Marocains choisissent-ils l’Ukraine et la Russie alors qu’aucun problème ne se pose avec les lauréats formés en France et au Sénégal, par exemple ? » , s’interroge notre interlocuteur qui a eu à encadrer les stages de centaines de lauréats d’Ukraine et de Russie, et a donc une idée très précise de la formation qu’ils ont suivie.

« Pour les diplômés auxquels vous faites référence, la prolongation de la durée de leur stage au Maroc doit être considérée comme une aubaine pour eux, mais aussi pour le secteur de la santé du pays », conclut le praticien.

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Digitalisation de la gestion de l’équivalence des diplômes étrangers

La nouvelle plateforme numérique vise à numériser la gestion des dossiers d’équivalence des diplômes étrangers à l’un des certificats nationaux qui clôture les études dans les cycles d’enseignement et le Brevet technique supérieur (BTS), et à les mettre à disposition des usagers via internet pour les exploiter et les utiliser, explique un communiqué du ministère.

Cette plateforme numérique permettra une interaction continue avec les usagers, une réponse rapide à leurs requêtes et une réduction des délais de leur traitement, fait savoir le communiqué.

Elle vise également à supprimer le caractère matériel de l’équivalence des certificats étrangers et à fournir des services à distance en déposant les dossiers de demande d’équivalence et en suivant leur statut par voie numérique sans qu’il soit nécessaire pour les demandeurs d’équivalence de se déplacer auprès du service concerné au ministère.

Cette plateforme donne aussi la possibilité d’accéder à un ensemble de services dont la consultation et le téléchargement de références juridiques en matière d’équivalence des diplômes, ainsi que de s’informer des procédures et formalités administratives, ainsi que des documents requis pour la demande d’équivalence, selon le ministère.

Elle permet également de télécharger le guide référentiel d’équivalence des diplômes étrangers aux diplômes nationaux, en plus de la liste des décisions d’équivalence publiées au bulletin officiel de 1967 à aujourd’hui.

La plateforme permettra aux usagers de soumettre leur candidature après avoir conservé les données les concernant et le certificat ou diplôme auquel la candidature doit être assimilée.

Des formulaires électroniques seront mis à la disposition des candidats en remplacement des formulaires papiers.

Cette plateforme leur permettra également de visualiser et de suivre l’état d’avancement du traitement de la demande d’obtention de l’équivalence en temps réel, depuis le stade d’enregistrement et de dépôt de la demande jusqu’à la réception d’une lettre d’approbation ou de rejet, ainsi qu’une copie de la décision d’équivalence qui sera reçue immédiatement après sa publication au Bulletin officiel.