Escobar du Sahara : à la barre, Latifa Raafat règle ses comptes

Saïd Naciri : “J’ai reçu 18 MDH et si je donne le nom du donateur, il y aura un scandale”

Nouvelles révélations de Saïd Naciri durant l’audience du vendredi 30 mai. L’ex-président du Wydad et du Conseil préfectoral de Casablanca indique avoir reçu, en 2018, un cadeau de 18 millions de DH de la part d’un citoyen saoudien.

Si le procureur s’interroge sur le lien entre ce “cadeau” et le transfert de l’ancien joueur du Wydad et ex-international marocain, Achraf Bencharki, Saïd Naciri assure que les deux transactions n’ont aucun lien.

Sans révéler l’identité du citoyen saoudien, pour éviter un “scandale”, Saïd Naciri indique avoir acheté le centre Wellness du Wydad avec cet argent-là.

D’autres éléments ont marqué cette audience. Il s’agit des tensions entre le procureur général du Roi et les avocats de Saïd Naciri. Des tensions qui ont été rapidement apaisées, après une suspension de l’audience.

Celle-ci marque également la fin de l’audition de Saïd Naciri. Il sera encore interrogé par les avocats de la défense si le président Torchi le juge nécessaire. Mais, l’accusé a d’ores et déjà remercié la cour et appelé à une justice équitable. Voici ce qui a été dit.

Des échanges douteux

10h07. L’audience n’a pas encore commencé, mais comme à chaque fois, les accusés sortent du box pour saluer leurs avocats. L’instant est bref, mais précieux : certains en profitent pour échanger un regard ou un geste avec leurs proches, postés de l’autre côté de la salle. Pour la première fois et pour un bref instant, l’on aperçoit Abdenbi Bioui à l’extérieur du box.

Trois minutes plus tard, la sonnerie retentit. La présence se lève à l’entrée de la formation appelée à statuer sur l’affaire, conduite par le juge Ali Torchi. Celui-ci appelle Saïd Naciri à la barre et relance le fil des enregistrements téléphoniques entre lui et Hadj Ben Brahim.

Ces éléments ont déjà fait l’objet de longues discussions lors d’audiences précédentes. Mais, ce vendredi 30 mai 2025, le président Torchi en ajoute un nouveau : une conversation entre Saïd Naciri et Fadwa A., compagne de Hadj Ben Brahim, datée du 13 novembre 2021.

— Président Torchi : “Vous lui dites ‘est-ce que tu as fait la demande’ et elle vous répond que oui, qu’elle vous l’a envoyée sur WhatsApp. De quoi s’agit-il ici ?”

— Saïd Naciri : “De son frère, Rachid”.

— Président Torchi : “Dans ce cas, pourquoi lui dites-vous ‘dites à Hadj que tout se passera bien’ ?”

— Saïd Naciri : “Je ne sais plus… Ah ! C’était à propos de l’argent qu’il me demandait, pour l’aider”.

— Président Torchi : “Mais vous parlez de document, pas d’argent (…). Ensuite, vous ajoutez ‘ce dont on a parlé l’autre jour, c’est ok’. De quoi s’agit-il encore ?”

— Saïd Naciri : “De son frère”.

— Président Torchi : “À Hadj Ahmed Ben Brahim, vous dites ‘on y travaille’. Expliquez”.

— Saïd Naciri : “Cette personne voulait être transférée…”. L’accusé est interrompu par le magistrat.

— Président Torchi : “Mais il a déjà fait la demande auprès des parties concernées. Quel travail faites-vous, alors ?”

— Saïd Naciri : “Je lui ai dit que je n’ai payé personne, mais que je me renseigne pour l’aider, et que je souhaite que Dieu fasse bien les choses. C’est une expression que tous les Marocains utilisent”.

Un début d’audience tendu

10h48. Le président Torchi passe la parole au procureur général du Roi, qui interroge Saïd Naciri sur la villa située dans le quartier Californie, à Casablanca.

Saïd Naciri affirme avoir acheté la villa en 2019, mais y être entré dès 2017, avec les clés remises par le propriétaire lui-même, Belkacem Mir, au Club du Wydad. Il mentionne la présence de plusieurs personnes ce jour-là, dont Maha K.I., responsable RH du Wydad, le chauffeur de Belkacem Mir et un directeur du club.

Entre les questions du procureur général du Roi, le président Torchi intervient par moments. Il s’interroge sur la présence de témoins lors de ce qui semble être une transaction immobilière. “Vous vous assuriez d’avoir des témoins ?”, demande-t-il à l’accusé. Ce à quoi Saïd Naciri rétorque : “J’achetais la villa, je ne la volais pas”.

Le représentant du parquet enchaîne les questions sur la villa, pourtant déjà abordées lors de précédentes audiences. Il n’explique pas encore son raisonnement, mais cette répétition exaspère les avocats de l’accusé.

“Quelle est la date exacte de votre entrée dans la villa en tant que propriétaire ?”, “qui vous a donné les clés ?”, “y avait-il des personnes avec vous ?”, “le personnel de la villa était-il le vôtre ?”, “qui vous a ouvert la porte ?”, “qui était dans la villa lorsque vous êtes arrivé ?”, etc. Mais la question qui fait bondir les avocats de Saïd Naciri, c’est : “Comment avez-vous introduit l’eau et l’électricité à la villa ?”.

“De quoi la défense a-t-elle peur ?”

11h11. Me Messaoudi, avocat de Saïd Naciri, prend la parole : “On s’oppose à toutes ces questions car notre client y a déjà répondu. Est-ce qu’on cherche à le piéger ?”

Le procureur du Roi réagit aussitôt : “Nous ne posons pas ces questions sans raison. Écoutez, Monsieur, la raison…”. Il est interrompu par l’avocat furieux. Me Messaoudi proteste : “Ne me dites pas écoute !”, lui lance-t-il de manière répétitive. Il est rejoint, dans sa fureur, par ses confrères. Ils sont une dizaine à défendre Saïd Naciri.

Les voix montent, les échanges se tendent. Et le président intervient : “La défense redoute-t-elle que la vérité éclate ?”.  Nouvelle salve d’indignations du côté des avocats.

Un autre avocat de Saïd Naciri réplique : “Ces questions, il y a déjà répondu. Si c’était nous qui les posions, le président nous aurait arrêtés.

Le président relance : “S’il a déjà répondu et qu’il est prêt à le faire à nouveau, de quoi la défense a-t-elle peur ?”

Les cris l’emportent, étouffant toute parole. Le président suspend l’audience et quitte la salle, suivi de ses conseillers et du procureur général du Roi.

Trente minutes plus tard, l’audience reprend. L’un des avocats de Saïd Naciri prend la parole pour calmer les esprits, tandis que le président Torchi invite l’accusé à revenir à la barre.

Le représentant du parquet tient à préciser qu’il n’a jamais voulu offenser la défense et qu’un but précis guide ses questions. “Je ne m’adresse pas directement à l’accusé, bien que la loi me le permette. Je passe par le président, qui décide lesquelles retenir. Ce sont alors ses questions. Je présente mes excuses à la cour et à l’assistance. Je voulais savoir comment l’eau et l’électricité ont été raccordées avec une autorisation du notaire, alors que, d’après le dossier, ce dernier n’est intervenu qu’en 2019. Comment a-t-il pu agir avant, dans une transaction qui n’était pas encore finalisée ?”.

“J’ai reçu un cadeau de 18 millions de DH”

Saïd Naciri répond enfin à la question du procureur général du Roi : “En 2017, j’ai signé un acte de principe au nom d’une personne intéressée par la villa. En 2018, elle s’est désistée. J’ai alors lancé les travaux, qui ont duré jusqu’en 2020. Mais la signature de l’acte final date de 2019. Ce délai s’explique par le fait que Belkacem Mir, le propriétaire de la villa, n’a accepté de transférer la villa à mon nom qu’à condition que je paie la totalité du prix. J’ai tardé à régler, car l’argent initialement prévu a été utilisé ailleurs. J’ai donc dû attendre la vente du bien dans lequel je résidais, et que j’avais acquis en 2013 auprès de Salaheddine Aboulghali. Cette vente a eu lieu en mai 2019. J’ai ensuite pu finaliser le paiement. L’argent dont je disposais en 2018 est un cadeau de 18 millions de dirhams d’un citoyen saoudien. Il a finalement servi à l’achat du [centre, ndlr] Wellness au bénéfice du Wydad”.

— Procureur général du Roi : “Quelle est la raison de ce cadeau ?”.

— Saïd Naciri : “Je suis prêt à fournir les noms si la cour le souhaite, mais je précise que cette personne est un ami du Maroc”.

— Procureur général du Roi : “Nous voulons juste connaître la raison”.

— Saïd Naciri : “Je lui ai rendu un service. Si la cour n’est pas convaincue par ma réponse, je peux fournir plus de détails”.

— Procureur général du Roi : “Ce cadeau n’était-il pas une contrepartie pour le transfert du joueur Achraf Bencharki ?”

— Saïd Naciri : “Non, ce transfert à Al Hilal est sans lien”.

— Procureur général du Roi : “C’est une coïncidence que ce cadeau ait eu lieu en même temps que le transfert ?”

— Saïd Naciri : “Cela n’a rien à voir. Je pourrais donner des détails et des noms, mais cela risque de provoquer un scandale”.

Voiture, appartements et géolocalisation

Le procureur général du Roi balaie plusieurs sujets à la suite, revenant sur des points déjà discutés, sans lien apparent entre eux, ce qui donne à l’audience un rythme décousu mais intense.

— “Avez-vous déjà dit à Hadj Ben Brahim qu’il ne faisait pas l’objet d’un mandat d’arrêt au Maroc ?”, demande le représentant du parquet.

— “Pourquoi l’aurais-je fait, et comment aurais-je pu le savoir ? Je n’en ai entendu parler qu’en 2023”, lui répond l’accusé.

— Procureur général du Roi : “Abdelwahed Chaouki, avait-il les clés de l’appartement de Mohammédia ?”

— Saïd Naciri : “Oui. Et il ne me les a pas rendues”.

— Procureur général du Roi : “Concernant la voiture achetée auprès de Fajrine Auto [Mercedes Classe S 350, ndlr], comment a-t-elle été payée ?”

— Saïd Naciri : “J’ai fourni toutes les preuves : date, moyens de paiement, etc. Même le vendeur confirme qu’il me l’a vendue à moi, contrairement à ce que dit Hadj Ben Brahim”.

— Procureur général du Roi : “Le vendeur a aussi déclaré que vous ne lui aviez pas réglé la totalité, donc il l’a revendue à quelqu’un d’autre”.

— Saïd Naciri : “J’ai prouvé avoir payé la totalité”.

— Procureur général du Roi : “L’appartement à Hay Fath à Rabat vous appartenait-il ou à la société AKAP ?”

— Saïd Naciri : “Le titre foncier est au nom de ma société AKAP depuis 2015. Lui [Hadj Ben Brahim, ndlr] était en prison. Je souhaite juste être confronté à quelqu’un de raisonnable”.

— Procureur général du Roi : “Wissam N., vous avez échangé avec lui par téléphone à plusieurs reprises. Qui est-ce ?”

— Saïd Naciri : “Il travaillait pour Hadj Ben Brahim, mais je ne l’ai pas vu depuis 2016. Comment a-t-il pu témoigner contre moi par Zoom, sans fournir de numéro de téléphone, de passeport ou de lieu de résidence ? Ce que je sais, c’est qu’il est décédé dans un accident de voiture”.

— Procureur général du Roi : “Selon les données de géolocalisation, vous étiez près de la villa appartenant à Latifa Raafat, épouse de Hadj Ben Brahim, le 17 décembre 2013 vers 22h37. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?”.

— Saïd Naciri : “Premièrement, ce 17 décembre, Latifa Raafat prétend avoir organisé un dîner pour des invités de son mari venus les féliciter pour leur mariage. Sauf qu’à cette époque, ce n’était pas son mari, mais son compagnon. J’ai déjà démontré qu’ils n’étaient pas mariés à ce moment-là”.

“Ensuite, la police judiciaire m’a d’abord parlé du 28 décembre. Je leur ai expliqué que ce n’était pas possible, car elle était en dehors du Maroc ce jour-là. Ils m’ont alors dit qu’il y avait eu une erreur et que c’était en réalité le 17 décembre. Voici donc les preuves qui montrent que je n’étais pas chez elle : j’étais au Sofitel, où j’ai effectué deux paiements avec ma carte bancaire, et puis, à 23h30, j’étais au Hyatt Regency pour dîner. Je n’ai pas dîné chez Latifa Raafat, et voici la preuve du paiement du dîner”, explique l’accusé.

À propos de ce dîner, Saïd Naciri évoque un repas à la “Maison Berbère”, à Zagora, entre Latifa Raafat et Hadj Ben Brahim. Selon lui, c’est lui qui a réglé l’addition de ce dîner en tête-à-tête, le 29 novembre 2013. “Même le serveur, qui s’appelle Bassou, est prêt à témoigner”, assure Saïd Naciri, sans expliquer la pertinence ni l’importance de ce dîner ou du paiement qu’il a effectué.

“Quant à la géolocalisation, on me dit qu’en plus de moi, six personnes se trouvaient sur place. Pourquoi ne croit-on que leurs déclarations ? Il faudrait faire comme pour moi : géolocalisez leurs téléphones”, lance Saïd Naciri.

“La Bentley, je l’ai eue après 35 ans de travail”

12h37. Le procureur général du Roi l’interroge ensuite sur la gestion des comptes du Wydad Athletic Club. “Après être devenu président en 2014, vous avez fermé le compte du club en juillet et en avez ouvert un en septembre. Comment les comptes étaient-ils traités durant ces mois ?”

— Saïd Naciri : “Quel compte ai-je fermé ? J’ai ouvert un compte au nom de mon fils avant de devenir président, le 13 juin 2014. Voici les documents, avec une procuration qui m’a été donnée par lui. Le 2 octobre 2023, un expert-comptable a établi qu’il n’y a aucun fait criminel dans nos comptes. J’aimerais qu’on remonte mes comptes jusqu’en 1990, car on me parle comme si j’étais né en 2014.

“J’avais un supermarché rue de Rome, au bd 2 Mars, ainsi qu’un café dans le même quartier. J’avais une pâtisserie à Roches Noires et deux magasins à Derb Ghallef. La Bentley, je l’ai eue après trente-cinq ans de travail”.

— Procureur général du Roi : “Étiez-vous avec Abdenbi Bioui quand il a rencontré Samira F. ?”

— Saïd Naciri : “Cette Samira F. est un fantôme”.

Le président Torchi intervient et lui rappelle que la question est « avez-vous assisté à cette rencontre ?”. “Non”, répond Saïd Naciri.

La défense veut convoquer les témoins

Le président Torchi demande au représentant de l’administration des Douanes (partie civile) s’il a des questions. La réponse est non. Il donne alors la parole à la défense, et Me Jadoui pose les questions au nom de tous les avocats de Saïd Naciri.

— Me Jadoui : “Dans un PV de la police judiciaire, il est indiqué que Saïd Naciri a communiqué par téléphone avec le numéro +221 78 30*** [nous ne dévoilons pas le reste pour préserver l’anonymat de la personne, ndlr]. Et que ce numéro était utilisé par Hadj Ben Brahim. Vrai ou faux ?”

— Saïd Naciri : “C’est un numéro sénégalais. Franchement, je n’ose pas dire à qui il appartenait. Il s’agit d’une personne qui siège, à ce jour, à la Fédération sénégalaise. Je ne veux pas dire de qui il s’agit”.

— Me Jadoui : “Qui est Fatima Zahra B. ?”

— Saïd Naciri : “Je ne l’ai jamais vue”.

— Me Jadoui : “Qui est Hicham E.O. ?”

— Saïd Naciri : “Je ne le connais pas”.

Me Jadoui présente alors une requête à la cour : “On peut dire ce qu’on veut des morts, mais les vivants peuvent se défendre. Je demande l’application de l’article 424 du Code de procédure pénale pour convoquer ces personnes. Nous n’avons pas peur de la vérité”.

Me Meskini, comprenant que le président Torchi s’apprête à clore l’audition de son client, se joint à la demande de son confrère. Il invoque l’article 422 du même texte pour solliciter la convocation de personnes ayant témoigné contre son client en amont du procès. Il s’agit de :

Saïd Naciri, de son côté, insiste pour verser au dossier “plus de 1.000 copies de chèques” tirés de ses comptes et de ceux de son fils. “S’il y a la moindre irrégularité, je suis prêt à m’en expliquer”.

13h14. Enfin, il s’adresse au président Torchi dans un dernier mot : “Je demande pardon à la cour si j’ai dérangé ou si j’ai été lourd. J’espère avoir pu vous rapprocher de la vérité. Et j’espère que je vais obtenir mon droit dans la justice équitable. Merci à la justice !”.

Il termine sous les applaudissements d’une partie de l’assistance. Le président recadre aussitôt : “Ce n’est pas le lieu pour les applaudissements ! On n’est pas dans un match de foot. Si vous voulez applaudir, sortez dehors pour le faire”. Il lève alors l’audience. La prochaine est fixée au 12 juin.

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Ce qu’il faut retenir

– Saïd Naciri continue de réfuter les accusations à son encontre et clame son innocence.

– L’accusé révèle avoir reçu un don de 18 millions de DH de la part d’un citoyen saoudien et préfère ne pas dévoiler les raisons pour éviter “un scandale”.

– Après avoir été auditionné par le président Torchi, c’est au tour de ses avocats de poser des questions.

– La prochaine audience du procès de Saïd Naciri aura lieu le 12 juin 2025.

Saïd Naciri : “Tout l’argent sur mon compte bancaire est allé au Wydad”

Sarcasme et répartie. Ce sont les mots d’ordre de cette audience du vendredi 23 mai, durant laquelle Saïd Naciri a répondu, point par point, aux accusations portées contre lui ; y compris celle relative au trafic de drogue.

Nationalité marocaine pour le Malien, mouvements suspects sur son compte bancaire, transferts d’argent au WAC… Saïd Naciri a livré sa version des faits sur l’ensemble des éléments évoqués à l’audience.

Il réfute toutes les accusations de Hadj Ben Brahim, dément les propos de Latifa Raafat et explique que les millions sur son compte et sur celui de son fils émanent en partie de donateurs au profit du WAC. Voici ses explications en détails.

Le Malien qui voulait devenir Marocain

10h05. Dès le démarrage de l’audience, le président Torchi appelle Saïd Naciri à la barre pour poursuivre son audition. Il commence par une question directe : Avez-vous promis la nationalité marocaine à Hadj Ben Brahim ?

“Non, c’est même inconcevable”, répond Saïd Naciri. Mais devant la police judiciaire, Hadj Ben Brahim déclare qu’en 2013, “il vous a dit qu’il avait besoin de la nationalité marocaine et que vous lui avez répondu qu’il fallait avoir une attestation du cheikh de la zaouia naciria. Et que tout serait réglé dans un délai de 3 mois”.

“Saïd Naciri m’a demandé de l’aider dans sa campagne électorale. J’ai demandé à ma fiancée, Latifa Raafat, de venir avec son groupe musical pour organiser une célébration à Zagora”, lit le président Torchi en rapportant les propos du Malien.

“Il m’a remis un document qui est toujours chez mon ex-épouse, dans un coffre. Lorsqu’elle avait vu le document, elle m’avait dit qu’il ne va pas m’aider. Et c’est bien ce qu’il s’est passé. Pourtant, je lui ai offert une voiture, une Hyundai i10. Et une autre à Z. Naciri (fils de Saïd Naciri, ndlr)”, poursuit Ben Brahim.

Mais selon Saïd Naciri tout ceci est faux. “Ce sont encore des contradictions. Il dit que le document est toujours chez son ex-femme. Il faut que Latifa Raafat vienne et nous dise s’il voulait la nationalité marocaine ou seulement un certificat d’honneur pour attester qu’il a visité la zaouia naciria. Même moi, je suis Marocain et j’ai reçu le même certificat”.

Le président Torchi lui demande alors : Qui a dit au cheikh de la Zaouia que la mère du Malien est marocaine ?

Saïd Naciri : Lui-même.

-Président Torchi : Vous l’avez entendu ?

-Said Naciri : Tout ceci est le fruit de l’imagination de Ben Brahim. Il est aidé dans ce sens par Latifa Raafat (…). Ben Brahim ne fait que parler.

-Président Torchi : Vous aussi, vous ne faites que parler. Tout le monde parle !

Le magistrat lui demande ensuite d’expliquer qui est Redouane N., dont il présente les déclarations consignées dans un PV de la police judiciaire.

“C’est le cheikh de la zaouia naciria”, répond Saïd Naciri.

Selon lui, Said Naciri rend régulièrement visite à la zaouia. “Alors qu’il était encore parlementaire, il est venu au festival avec un citoyen Malien. Il l’a ensuite emmené chez moi pour déjeuner et m’a demandé de rédiger à la main un certificat. Il m’a dit que la mère du Malien est marocaine d’une descendance ‘Naciria’. Le Malien m’a remis une Hyundai i10, sans la transférer à mon nom”, indique Redouane N. à la police judiciaire.

Said Naciri semble mal comprendre ce qui lui est lu. Au départ, il confirme les propos de Redouane N., puis se ravise, après explication du juge Torchi. Lorsqu’il comprend enfin ce qu’a dit Redouane N., il réfute ses propos et affirme ne lui avoir jamais dit que la mère du Malien était marocaine.

10h31. Le président Torchi revient sur le sujet des voitures importées de Chine par la société de Ben Brahim. Certains de ces véhicules ont été saisis en 2015, transportant de la Chira. C’est ce qui a conduit à la chute de Ben Brahim et, par ricochet, à celle des accusés dans cette affaire.

Une autre partie de ces voitures a été entreposée dans le club du WAC. Chose que l’ancien président du club ne nie pas. Cela dit, il assure que c’était pour rendre service à un ami qui a acheté ces voitures de chez Ben Brahim. Ces faits sont qualifiés de recel.

Mais le point qui intéresse le président Torchi aujourd’hui, c’est de savoir si Saïd Naciri est intervenu de quelque manière que ce soit pour permettre l’obtention d’assurances, permettant à ces voitures de circuler.

Le président Torchi lit les déclarations de Taoufik Z., directeur de la société importatrice de ces voitures : “Je me suis rendu à Casablanca pour prendre des attestations d’assurance (W18) de l’assurance Attaoune”.

Saïd Naciri contre-argumente : “Le directeur de l’assurance, Ahmed A. a affirmé que je n’avais rien à voir avec cette histoire, même s’il me connait. Il a même envoyé son salarié Saïd B. pour témoigner. Et selon ce dernier, c’est lui-même qui s’est rendu à Rabat pour remettre ces documents au responsable d’un showroom sur place. Voici le PV de ses déclarations. C’est un document officiel, mais personne n’y a prêté attention”.

Le tant attendu volet du trafic de drogue

10h39. Après avoir permis au greffier de consigner les références de ce document, le président Torchi annonce que l’audition va désormais se concentrer sur un autre chef d’accusation : le trafic de drogue.

Le magistrat commence par rappeler les propos de Ben Brahim. D’après ce dernier, Saïd Naciri occupait le poste de “coordinateur du réseau de trafic de drogue”, assumant le rôle de “responsable n°1 de la logistique et des relations extérieures”. Un vocabulaire aux accents professionnels pour désigner des activités illicites.

Mais pour Saïd Naciri, tout ceci est faux. “C’est encore son imagination qui parle”.

Le président Torchi confronte Saïd Naciri aux données de localisation téléphonique du 15 août 2023, qui indiquent la présence de Abdenbi Bioui, Belkacem Mir et de lui-même à Rabat.

“Oui, j’étais bien avec Belkacem Mir ce jour-là”, reconnaît Saïd Naciri. “Je lui avais demandé de me restituer un chèque. Il m’a même sollicité pour régler une somme liée aux impôts, mais j’ai refusé, car cela ne me concernait pas. Je ne l’avais pas revu depuis 2019. En revanche, Abdenbi Bioui n’était pas avec nous. Peut-être était-il à Rabat le même jour, mais rien d’anormal à cela, puisqu’il y travaille et y possède même un logement”.

Le président Torchi confronte alors Saïd Naciri aux déclarations de Latifa Raafat devant la police judiciaire. La chanteuse affirme s’être rendue à Casablanca avec son fiancé de l’époque, Hadj Ben Brahim.

Celui-ci s’est arrêté pour rencontrer Saïd Naciri, qui leur a “présenté plusieurs alliances”. Latifa Raafat explique avoir refusé, préférant choisir elle-même sa bague de mariage. Elle ajoute que son fiancé a, par la suite, remis à Saïd Naciri un sachet contenant une importante somme d’argent.

Face à ces accusations, Saïd Naciri relativise. “C’est ce qu’elle a déclaré à la police judiciaire, mais devant le juge d’instruction, elle dit tout autre chose. Elle précise ne pas avoir assisté à la scène et que ces faits lui ont été rapportés par son ex-mari. Alors, qui doit-on croire ? Latifa Raafat version police judiciaire ? Celle entendue par le juge d’instruction ? Ou celle qui s’exprime dans la presse, sans être encore venue devant la Cour ? Il n’y aurait aucun mal à ce qu’elle vienne s’expliquer. Si elle se contredit, c’est bien parce que ses propos sont faux”.

Me Jadoui, avocat de Saïd Naciri, demande au président d’afficher les déclarations de Latifa Raafat devant le juge d’instruction.

“Voilà, elle dit n’avoir jamais vu Ben Brahim me remettre quoi que ce soit”, s’exclame Saïd Naciri en découvrant l’extrait à l’écran.

“Elle affirme que je lui ai présenté des alliances… Est-ce que je suis bijoutier ?”, ironise-t-il. “Elle décrit son ex-mari comme quelqu’un incapable de subvenir à ses besoins, et c’est pourtant lui qui m’aurait remis, soi-disant, 2 millions de dirhams à blanchir ?”.

Et d’ajouter : “Hadj Ben Brahim affirme avoir commis des actes et n’en est même pas inquiété”.

108 MDH de mouvements bancaires douteux

11h14. Une pause de dix minutes est réclamée par les juges. Et dès la reprise de l’audience, le président Torchi passe aux choses sérieuses : les comptes de Saïd Naciri.

Les montants sont affichés sur les écrans de la salle 8 (détail ci-dessous). Ils concernent la période allant de 2014 à 2023, durant laquelle un total de 89.910.934 DH a été déposé sur le compte personnel de Saïd Naciri.

Il convient de noter que sur les écrans, il est possible de voir le montant total, la durée examinée (2014-2023) et le détail des montants annuels, sauf pour l’année 2023, faute d’espace sur l’écran.

“Il faut préciser que chacune de ces sommes s’étale sur douze mois. Ce ne sont pas des dépôts directs. Et il ne faut pas oublier que ces chiffres commencent en 2014, mais qu’à l’époque j’avais 45 ans, j’avais déjà mes sociétés, etc. Ce que je dois vous expliquer, c’est d’où vient cet argent et où il va. Et c’est ce que je vais faire. Mais d’abord, je vous présente un document d’un compte bancaire où je suis déficitaire à hauteur de 81.000 DH. Et je précise qu’avant 2014, mon compte était normal”, explique l’accusé.

“Entre 2015 et 2023, j’ai déposé 52 millions de DH sur les comptes de l’association du Wydad Athletic Club. Et puisque la société sportive n’a été activée qu’en 2019, j’ai déposé, entre 2020 et 2025, 32 millions de DH sur le compte de la société sportive. Soit un total de 84 millions de DH”, explique-t-il.

“Tout l’argent sur mon compte bancaire est allé au Wydad. Voici les documents bancaires qui le prouvent…”, poursuit l’accusé, qui est interrompu par le magistrat. Celui-ci lui demande d’abord de préciser “pourquoi ces dépôts ont été effectués sur le compte personnel de Saïd Naciri au lieu du compte de l’association du WAC”.

Aboulghali, Aït Manna, Bendou… 50 donateurs du WAC

“Avant de me présenter à la présidence, la situation du club était connue de tous. Le président sortant avait dit qu’il voulait quitter mais il y avait une lourde dette. Je ne pouvais pas travailler sans argent. J’ai donc rassemblé plusieurs amis, 50 ou 55, chez un autre ami qui a organisé un dîner. Je peux vous donner les noms de tous ceux qui étaient présents. Il y avait Abderrahim Bendou qui m’a remis 250.000 DH”, explique Saïd Naciri.

Le président insiste et demande : “n’y avait-il pas de compte bancaire de l’association en 2014 ?”.

“Il était bloqué en raison des dettes”, indique Saïd Naciri qui enchaîne aussitôt sur la liste de ses donateurs : “Karim N., Salaheddine Aboulghali, Hicham Aït Manna”. S’il n’a cité que ces noms, Saïd Naciri précisera plus tard, qu’ils sont bien plus nombreux. Il indique également qu’ils étaient tous adhérents du Wydad, sauf quelques uns.

-Président Torchi : “Mais quelle est la relation de votre fils avec le Wydad ? Sur son compte, il y a eu 18.546.070 DH entre 2014 et 2023”.

-Saïd Naciri : “J’ai rassemblé tout cet argent lors du dîner. C’est mon fils. Et j’avais un mandat pour gérer son compte. À l’époque, il avait 18 ans et si je ne peux pas avoir confiance en lui, en qui pourrais-je avoir confiance ?”.

Saïd Naciri tente ensuite de justifier les paiements qu’il a effectués personnellement pour le compte du Wydad. Il explique avoir réglé, depuis son propre compte bancaire, des dépenses qui auraient normalement dû transiter par celui du club, en raison de la situation financière délicate du WAC à ce moment-là.

Il s’agit, précise-t-il, de paiements liés au recrutement de joueurs comme Bilal Asoufi (KAC), Noussair Abdellatif (MAS) ou encore Yassine Lakhal. Il évoque également le règlement d’un hébergement à l’hôtel Golden Tulip pour loger un membre de l’encadrement. Pour étayer ses propos, Saïd Naciri présente des justificatifs bancaires à l’appui.

“La liste est longue. Si je devais tout détailler sur cette période, il me faudrait deux jours”, lance-t-il, provoquant un éclat de rire dans la salle.

Interrogé sur la traçabilité comptable de ces opérations, il répond : “Tout a été réglé par chèque. Vous savez, même au restaurant, je paie par carte ou par chèque. Je n’ai jamais remis de cash à un joueur”.

-Président Torchi : “Quelle est votre relation avec Abderrahim Benddou ?”

-Saïd Naciri : “Il m’a fait un don de 250.000 DH pour le Wydad”.

-Président Torchi : “Quelle garantie avait-il que vous alliez réussir ?”

-Saïd Naciri : “Notre amitié ! Nous avons fait beaucoup d’opérations commerciales ensemble”.

-Président Torchi : “C’est par amour du WAC ou parce que vous êtes du même parti politique ?”

-Saïd Naciri : “Benddou est un Rajaoui…”

-Président Torchi : “Laissez le Raja, là on parle du Wydad”.

-Saïd Naciri : “Il y a plus de 2 millions de chèques entre Benddou et moi. Des chèques de 250.000 voire même 500.000 DH par jour”.

-Président Trochi : “Qui est Karim N. ?”

-Saïd Naciri : “C’est le fils d’un ami à mon père. Son père était agriculteur. Il m’a donné 100.000 DH dont 50.000 DH était sous forme de prêt mais il y a renoncé par la suite”.

-Président Torchi : “Quelle est votre relation avec Salaheddine Aboulghali ? Selon ses déclarations, vous lui auriez demandé de se rendre à votre domicile à Casablanca, quartier Californie. Une fois sur place, vous lui avez présenté une déclaration sur l’honneur, comportant son nom, prénom, et le numéro de sa CIN, ainsi qu’une somme d’argent remise en 2014. Vous lui avez ensuite demandé de faire légaliser ce document directement chez vous”.

Saïd Naciri confirme : “Tout cela est vrai. J’ai l’habitude de collaborer avec lui dans le cadre de mon activité. J’ai même servi de médiateur entre lui et Benddou”.

-Président Torchi : “Pourquoi la déclaration sur l’honneur date de 2023 alors que l’argent a été remis en 2014 ?”

-Saïd Naciri : “Car la police voulait connaître l’origine de ces sommes”.

-Président Torchi : “Et quel est son rapport avec le Wydad ?”

-Saïd Naciri : “Il est adhérent du WAC à ce jour”.

“Si j’étais impliqué dans le trafic de drogue, je ne lui aurais même pas répondu”

12h27. Le magistrat présente à l’accusé la retranscription d’un appel entre lui et Hadj Ben Brahim datant du 13 juillet 2021.

Après un échange cordial, vous lui dites “après ce mois”. De quoi vous parlez ?, demande le président Torchi.

“Du transfèrement !”, indique Saïd Naciri qui poursuit : “Vous avez dit qu’il s’agit d’un appel de juillet 2021. Il dit ensuite que j’ai une relation avec le ministre de la Justice, mais les élections ont eu lieu en septembre 2021 et le gouvernement n’a été constitué qu’en octobre 2021. Lui et Fadwa ont composé le gouvernement eux-mêmes !”. Nouvel éclat de rire dans la salle, alors que le ton sarcastique de l’accusé détend brièvement l’atmosphère.

-Président Torchi : “Le 26 juillet 2022, vous avez discuté au téléphone avec une personne inconnue au sujet de Ben Brahim. Mais quelle est votre relation avec lui pour qu’à chaque fois une personne différente vous appelle à son sujet ?”

-Saïd Naciri : “Je lui parlais sans mauvaise intention. La preuve c’est qu’il m’a répété pendant longtemps qu’il devait de l’argent à Abdenbi Bioui, il me parlait de 50.000 ou 70.000 DH et du jour au lendemain, en 2023, il me parle de 3 millions de DH. Vous voyez dans la retranscription de l’échange que ma réaction est spontanée. Je lui ai dit : ‘mais que t’a-t-il vendu ou que lui as-tu vendu pour avoir une dette de 3 millions de DH ?’. Si j’étais au courant, je ne lui aurais pas posé la question. J’ai aussi continué à lui parler alors qu’il avait porté plainte contre moi, sans que je le sache. Si j’étais impliqué dans le trafic de drogue, je ne lui aurais même pas répondu”.

12h55. Le président Torchi lève l’audience et fixe la prochaine comparution de Saïd Naciri au 30 mai.

Belkacem Mir : baron de la drogue… et grand trafiquant d’or ?

Au cours du procès qui se tient à la chambre criminelle de Casablanca émerge un pan moins connu de l’affaire dite « Escobar du Sahara » : le trafic de l’or. Un accusé incarne en particulier ce versant du dossier. Il s’agit de Belkacem Mir. Ancien député du Parti authenticité et modernité (PAM) et beau-frère de Abdenbi Bioui — présenté comme le cerveau du réseau —, il est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans la contrebande d’or en provenance du Sahel.

« Je n’ai aucun lien avec le commerce de l’or. Mes seules activités, c’est l’immobilier et l’agriculture. Tout le monde à Oujda me connaît comme promoteur et agriculteur », s’est défendu Belkacem Mir, entendu par le juge Ali Torchi lors de l’audience du vendredi 11 avril.

D’où lui vient alors ce statut ? Des révélations du baron malien Hadj Ahmed Benbrahim, celui qui a inspiré l’appellation médiatique de cette affaire. Entendu comme plaignant et témoin, il décrit Mir comme l’un des plus gros acteurs du marché clandestin de l’or au Maroc.

Selon sa déposition à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), Belkacem Mir aurait importé de l’or depuis le Niger et le Mali, via la frontière sud du pays, jusqu’à Oujda. Il affirme lui avoir personnellement livré à sept reprises 100 kg d’or.

Plus globalement, il assure que l’accusé commerçait avec des fournisseurs maliens et mauritaniens, achetant entre 30 et 120 kg d’or à chaque transaction.

Face à ces accusations, Mir maintient sa ligne de défense. « Je ne suis pas un marchand d’or. Donnez-moi la preuve de ces accusations. N’y a-t-il pas des interceptions d’appels téléphoniques avec ces fournisseurs ? Des moyens de me localiser en Mauritanie ou au Mali ? », poursuit l’accusé. Ce dernier nie également les allégations selon lesquelles il avait pour usage de troquer son cannabis contre de l’or, comme le laisse entendre Benbrahim.

Belkacem Mir est l’un des principaux accusés dans cette vaste affaire de trafic de stupéfiants. Il est poursuivi notamment pour « commerce, transport, exportation et tentative d’exportation de drogues », « corruption », « falsification de documents officiels », « facilitation de l’entrée et de sortie irrégulières vers et depuis le territoire marocain dans le cadre d’une bande criminelle ».

Le procès se poursuivra le vendredi 18 avril. L’audience sera consacrée à l’interrogatoire d’une autre figure du PAM, Saïd Naciri, présenté comme le logisticien du réseau criminel.

Belkacem Mir : « Saïd Naciri m’a remis 1 million de dirhams au parking du Parlement »

L’affaire « Escobar du Sahara » révèle des ramifications complexes, notamment des transactions immobilières opaques potentiellement liées au trafic international de drogue. Ce vendredi 4 avril 2025, la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca a entendu l’ancien parlementaire du PAM, Belkacem Mir, longuement interrogé sur la mystérieuse villa du quartier Californie à Casablanca, un des points focaux de ce dossier.

Devant le juge Ali Torchi, Belkacem Mir a été interrogé sur son rôle dans l’acquisition et la revente de cette propriété de 2.000 m², un bien qui apparaît comme un point central dans le récit embrouillé de cette affaire.

La saga de la villa de Californie, passant de Abdenbi Bioui à Belkacem Mir, puis à Saïd Naciri, tout en étant revendiquée par El Hadj Benbrahim, illustre à elle seule les intrications de cette affaire où ces figures sont accusées d’avoir été les leaders d’un large réseau de commerce de stupéfiants.

La plainte initiale émane du trafiquant de drogue malien El Hadj Benbrahim, actuellement incarcéré au Maroc. Ce dernier affirme avoir été spolié de cette villa qu’il aurait acquise en 2013 auprès de Abdenbi Bioui, figure centrale du dossier.

Selon les déclarations de Benbrahim, l’achat, d’un montant de 30,3 millions de dirhams réglés en espèces, n’a été formalisé que par un simple contrat sous seing privé, le vendeur invoquant à l’époque des « problèmes » liés au bien. La raison de ce manque de formalisme s’est avérée plus tard : Abdenbi Bioui a vendu la villa à l’insu de sa véritable propriétaire, son ex-épouse. Cette dernière avait d’ailleurs déposé une plainte, avant de se rétracter sous la pression de son ancien conjoint.

Face à la police, El Hadj Benbrahim a déclaré avoir résidé dans la villa jusqu’en 2014 avec son ex-épouse, la chanteuse Latifa Raafat. Après leur divorce, sa concubine a continué à occuper les lieux jusqu’en 2019. Durant cette période, le Malien était détenu en Mauritanie.

Devant la BNPJ, Latifa Raafat a également livré son témoignage, affirmant qu’après son divorce avec El Hadj Benbrahim, la villa aurait été transformée en un lieu de débauche où l’accusé Saïd Naciri organisait des soirées.

C’est sur le point de la propriété et de l’occupation du bien que les déclarations de Belkacem Mir divergent considérablement. L’ancien parlementaire a affirmé devant la cour avoir lui aussi acquis la même villa, la même année 2013, auprès du même Abdenbi Bioui. La transaction s’est élevée à 16,5 millions de dirhams, et Abdenbi Bioui a utilisé une fausse procuration de son ex-épouse pour conclure la vente.

L’imbroglio se densifie avec le récit de la rencontre entre Belkacem Mir et El Hadj Benbrahim, également en 2013. Selon l’ancien parlementaire, il aurait prêté les clés de la villa à Benbrahim, alors marié à la célèbre chanteuse marocaine Latifa Raafat, pour qu’ils y résident temporairement. Un prêt qui interroge, alors que Mir affirme être le propriétaire légitime du bien, produisant un certificat de propriété et des factures d’eau et d’électricité à son nom. « C’était ma villa, j’ai les documents qui le prouvent », a-t-il insisté face aux affirmations de Benbrahim.

L’histoire ne s’arrête pas là. Belkacem Mir a ensuite cédé la villa à un autre acteur clé de cette affaire : Saïd Naciri, ancien président du Wydad de Casablanca, également poursuivi dans ce procès. La vente, conclue définitivement en 2019 après un contrat de réservation signé en 2017, s’est faite pour un montant de 16,5 millions de dirhams, soit le prix que Belkacem Mir dit avoir payé à Abdenbi Bioui.

Belkacem Mir a avoué devant le juge Ali Torchi que les montants versés par Saïd Naciri dans le cadre de cette transaction ont été effectués sans l’intervention d’un notaire. L’ancien parlementaire a détaillé les modalités de paiement, évoquant un acompte en espèces et des chèques de garantie versés par Naciri, le solde étant réglé ultérieurement en espèces : « On a signé un contrat de réservation en 2017, dans les locaux du club du Wydad et devant des salariés du club. Saïd Naciri m’a remis 6,5 millions de dirhams en espèces et cinq chèques correspondant chacun à 2 MDH », explique l’accusé.

« C’étaient des chèques de garantie. Saïd Naciri m’a remis le reliquat du montant en plusieurs tranches et en espèces, contre quoi je lui restituais les chèques correspondants. La cession définitive ne s’est faite qu’en 2019, lorsqu’il m’a donné tout l’argent, excepté 500.000 DH en plus d’un montant de 650.000 DH qu’il devait me payer à la suite d’un redressement fiscal », poursuit Belkacem Mir.

« Pourquoi lui faisiez-vous tant confiance alors qu’il s’agit de gros montants ? », lui demande le juge Ali Torchi. « C’est un ami et un collègue au Parlement où l’on se rencontrait une fois par semaine », répond Belkacem Mir, qui ajoute que son partenaire lui a même remis un montant d’un million de dirhams dans le parking de l’institution parlementaire.

Point intéressant, Saïd Naciri aurait acquis la villa non pas en son nom propre, mais au nom de sa « société civile immobilière Prado« , une manœuvre justifiée, selon les dires de Belkacem Mir, par la volonté d’éviter certains frais.

L’interrogatoire de Belkacem Mir se poursuivra le 11 avril 2025. L’accusé sera entendu sur le volet principal du dossier : le trafic international de drogue.

Abderrahim Bioui : « Les trafiquants de drogue, je leur souhaite la peine de mort »

« Je n’ai aucun lien avec le trafic de drogue. Je suis totalement opposé à cette pratique. Les trafiquants ne méritent pas dix, vingt ans de prison. Ils méritent la peine capitale ». Jugé aux côtés de son frère aîné, Abdenbi Bioui, dans l’affaire dite de l' »Escobar du Sahara », Abderrahim Bioui a été interrogé ce vendredi 21 mars par la chambre criminelle de Casablanca.

Dirigeant de l’entreprise Bioui Travaux et maire de la commune de Aïn Sfa (Oriental), l’accusé a réfuté toute implication dans ce dossier, où il est présenté comme l’une des figures de proue d’un vaste réseau international de trafic de stupéfiants.

L’arrestation de Abderrahim Bioui remonte à octobre 2023. Elle a été déclenchée par le témoignage de l’homme qui a inspiré le nom de l’affaire : El Hadj Ahmed Benbrahim, un ressortissant malien et puissant baron de la drogue en Afrique. Depuis sa cellule de prison à El Jadida, celui que l’on compare au Colombien Escobar avait dénoncé ses connexions au Maroc. Parmi les individus cités, Abderrahim Bioui est décrit comme le gérant du réseau en association avec son frère Abdenbi et avec l’aide de Said Naciri, accusé d’être le logisticien du groupe.

« Je n’ai jamais vu El Hadj Ahmed Benbrahim et il ne m’a jamais vu. Je souhaite qu’on organise une confrontation », répond l’accusé lorsque le juge Ali Torchi lui expose les déclarations du « Malien ». Ce dernier évoque pourtant des rencontres récurrentes entre 2013 et 2014. Au cours de ces six réunions, qui se sont déroulées précisément à Fès, dans un hôtel, Abderrahim Bioui lui aurait remis des sommes allant de 4 à 5 MDH à chaque fois. Ces montants étaient destinés à financer l’exportation de drogue depuis le Maroc vers la Libye, en passant par l’Algérie et le Niger.

En 2015, au moins trois opérations sont évoquées, impliquant 15, 10 puis 40 tonnes de chira. Ce dernier convoi a été intercepté par le BCIJ. Une prise d’envergure. Sur les 40 tonnes, Benbrahim attribue une grande partie aux frères Bioui. Parmi les véhicules saisis, un camion inclus dans une livraison de sept véhicules de marque chinoise que Abdenbi Bioui avait acquis en 2014 auprès du ressortissant malien.

Selon l’enquête, les véhicules restants – qui n’ont jamais été homologués par les autorités – ont été utilisés dans l’exploitation de carrières par la société Co-Fabri Bitumes, une filiale de Bioui Travaux. Ces véhicules sont également soupçonnés d’avoir été employés dans le trafic qui s’est poursuivi encore quelques mois avant le début des arrestations. Convoqué par la BNPJ en octobre 2023, Abderrahim Bioui aurait ordonné à ses employés de transporter les camions dans une ferme à Aïn Sfa. Ils ont alors été privés de leur GPS avant d’être démantelés. Les numéros de châssis ont été détruits à l’aide de chalumeaux.

Une tentative de dissimuler de futures pièces à conviction ? L’homme d’affaires parle plutôt d’une pratique courante pour les véhicules défectueux. « Après deux ou trois accidents, les garder devient plus coûteux que de les démonter en pièces détachées. Celles-ci sont ensuite vendues ou utilisées comme pièces de rechange. Le numéro de série est brûlé pour qu’il ne soit pas réutilisé à des fins malveillantes », explique Abderrahim Bioui. « Les GPS ont été enlevés parce que nous payons un abonnement pour et qu’il n’est plus utile de les conserver dans des camions destinés à la casse », ajoute-t-il.

Sur la période post-2022, l’intéressé a versé, à un rythme quasi quotidien, 2 à 12 MDH sur ses huit comptes bancaires personnels. Confronté à l’origine de ces montants, Abderrahim Bioui répond : « Ces sommes, c’est rien ! Je gagne 100 millions de dirhams par an grâce à la vente de mes produits agricoles. L’activité de bétail me rapporte quant à elle 20 millions de dirhams. Je ne parle même pas des revenus de mon entreprise, Bioui Travaux. Ces cinq dernières années, nous avons fait passer le chiffre d’affaires à 1,7 milliard de DH. Je peux justifier chacun de ces chiffres, expertise à l’appui« .

Depuis 2015, Abderrahim Bioui est le propriétaire et gérant unique de Bioui Travaux, entreprise familiale jusqu’alors dirigée par son frère Abdenbi. Ce dernier s’en était-il retiré concomitamment à son élection à la tête du conseil régional de l’Oriental ? La réponse de Abderrahim laisse suggérer la piste de l’éviction, et non celle d’un élu qui se serait retiré par crainte d’un conflit d’intérêts. « Mon frère était doué pour gagner de l’argent, mais ne savait pas le garder ».

Prison locale Aïn Sebaâ 1 : Bioui et Naciri ne bénéficient d’aucun traitement de faveur

Dans un communiqué de la direction de la prison locale Aïn Sebaâ 1, cet établissement réagit aux allégations diffusées sur les réseaux sociaux par un ancien détenu. Il y fait état d’un traitement de faveur dont auraient bénéficié Abdenbi Bioui et Said Naciri, poursuivis dans le cadre de l’affaire dite « Escobar du Sahara ».

La direction de la prison affirme que, contrairement à ces allégations, la cellule individuelle de Said Naciri est soumise à des fouilles périodiques selon la réglementation en vigueur et qu’aucune substance illicite n’y a été découverte.

Pour Abdenbi Bioui, la même source nie le fait que sa cellule ait été repeinte avant qu’il y soit incarcéré, comme le prétend l’ex-détenu. La peinture et les travaux de réfection se font selon les besoins de l’entretien, sans distinction entre les détenus, affirme la direction de la prison locale Aïn Sebaâ 1.

Affaire Bioui-Naciri : un « intermédiaire » au cœur de transactions immobilières suspectes

Devant le tribunal, Fouad Y. se défend en expliquant qu’il n’était qu’un simple intermédiaire, chargé par Saïd Naciri de trouver des acheteurs pour deux appartements. Pourtant, les acquéreurs affirment lui avoir remis directement le montant de la vente, convaincus qu’il était le véritable propriétaire. Une divergence qui alimente les interrogations, surtout que le réel propriétaire de ces appartements était Hadj Ahmed Ben Brahim, alias « Escobar du Sahara ».

L’audience a également été marquée par l’audition d’un nouvel accusé, Abderrahim Bioui, frère de Abdenbi Bioui, principal mis en cause dans ce dossier. Il est interrogé sur des accusations d’intimidation et d’humiliation portées par l’ex-femme de son frère. Face aux témoignages, il nie en bloc.

« Saïd Naciri n’est pas une personne lambda »

Fouad Y., entrepreneur et ancien résident en Allemagne, a fait la connaissance de Saïd Naciri en 2013 par l’intermédiaire de Abdenbi Bioui. En juillet 2014, ce dernier le contacte pour l’aider à vendre deux appartements.

« J’ai informé des agents immobiliers de la disponibilité de ces appartements. Ensuite, j’ai été contacté par un policier haut gradé dans la région qui m’a dit être intéressé par ces appartements pour un membre de sa famille et pour un de ses amis », poursuit l’accusé qui assure qu’à ce moment-là, il ne savait pas encore que le véritable propriétaire de ces appartements était Hadj Ben Brahim, alias le Malien.

Or, selon les déclarations des acquéreurs recueillies par la police judiciaire, Fouad Y. se présentait comme le propriétaire des biens et leur a même fait visiter plusieurs appartements avant que leur choix se porte sur l’un d’eux. C’est pourquoi ils lui ont remis le montant de la vente. Mais Fouad Y. relève avec insistance une contradiction dans les propos des acquéreurs. Selon lui, tantôt ils évoquent une remise du montant de la vente dans le restaurant de Fouad Y. en présence de la notaire, tantôt à son étude.

L’accusé affirme qu’il a agi en simple intermédiaire, sans commission, et sur instruction de Saïd Naciri, allant jusqu’à orienter les acheteurs vers la notaire Salima B., à sa demande.

« Saïd Naciri n’est pas une personne lambda. Il ne va pas me rouler dans la farine », déclare l’accusé pour confirmer la confiance placée en celui qu’il pensait être son mandant, et pour le compte de qui il a réceptionné le montant de la vente.

« On m’a remis l’avance avant que je ne sache qui était le véritable propriétaire », assure-t-il.

Le procureur l’interroge : « Pourquoi avoir continué à encaisser des paiements alors que la notaire était impliquée ? »

Fouad Y. se défend en expliquant que les chèques lui avaient été remis dès le départ. Et il lui a été demandé de les verser séparément et progressivement.

Mais le dossier prend une autre tournure lorsque le procureur l’interroge sur son activité dans l’exploitation des sables. L’avocat de la défense intervient aussitôt, rappelant que cette accusation ne figure pas dans le dossier. Le parquet en prend note et demande l’ajout d’un nouveau chef d’accusation.

Une vente avec procuration

Une seconde transaction, effectuée en février 2015, relance les soupçons. Fouad Y. déclare avoir signé un acte de vente au nom et pour le compte de Saïd Naciri sur la base d’une procuration, un point que la défense conteste fermement. L’avocat M’barek Meskini réclame l’audition de deux notaires pour clarifier les responsabilités dans ces ventes.

Il souhaite que ces notaires présentent les documents liés à ces ventes pour déterminer « qui a signé l’acte et qui a reçu l’argent ».

La défense de Saïd Naciri se constitue partie civile contre Fouad Y. Aucune demande de réparation n’a toutefois été formulée.

En fin d’audience, un nouvel accusé est appelé à la barre : Abderrahim Bioui, président communal et frère de Abdenbi Bioui, principal accusé dans l’affaire. Il doit répondre à des accusations liées à l’ex-femme de son frère, Samia M., qui affirme avoir été humiliée publiquement par lui. Face aux témoignages, il nie catégoriquement les faits.

Il l’interrogera sur d’autres volets lors de la prochaine audience fixée au 21 mars.

LIRE AUSSI : Notre dossier « Affaire Bioui-Naciri »

Escobar du Sahara : Saïd Naciri se constitue partie civile

Fouad Y., accusé dans cette affaire de complicité de faux, affirme devant la section des crimes financiers de la Cour d’appel de Casablanca, que Saïd Naciri l’a mandaté pour trouver des acquéreurs à deux de ses appartements.

Or, ces biens appartenaient en réalité à Hadj Ben Brahim, alias le Malien.

En réponse à ces allégations, Saïd Naciri et ses avocats se portent partie civile. Ils affirment que Saïd Naciri n’a jamais mandaté Fouad Y. et n’a aucun lien avec ces biens.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune demande de réparation n’a été mentionnée. L’audience est toujours en cours et l’audition de Fouad Y. se poursuit.

À noter que la défense de Saïd Naciri a demandé à le présenter à la barre pour confronter Fouad Y. Ce que la Cour a préféré reporter.

« Escobar du Sahara » : la branche algérienne du réseau

L’affaire dite de « l’Escobar du Sahara » est un dossier maroco-algérien. Alors que l’on parlait jusque-là du réseau de trafic international de drogue dirigé par l’ex-parlementaire Abdenbi Bioui, le procès met en lumière des ramifications et d’importantes complicités chez le voisin de l’Est.

Ces éléments sont incarnés par un certain Abdelkader l’Algérien, dirigeant présumé d’une cellule criminelle opérant depuis l’Algérie et qui servait de relais à la branche marocaine pour exporter le cannabis vers d’autres pays, dont l’Égypte.

Le nom de Abdelkader l’Algérien est revenu avec insistance lors de l’audience tenue ce vendredi 21 février à la chambre criminelle de Casablanca. L’implication de cet individu a été évoquée à travers le cas de Jamal M., l’un de ses compatriotes jugés parmi la vingtaine d’accusés arrêtés dans cette affaire.

« Je n’ai aucun rapport avec le trafic de drogue. Ma relation avec Abdelkader est purement amicale », déclare l’accusé. Le juge Ali Torchi a eu beau relancer Jamal M. sur la nature de ses liens avec le trafiquant algérien, il ne recevra aucune réponse de l’accusé, longuement interrogé dans la salle 8 de la cour d’appel.

Pourtant, l’intéressé peut difficilement plaider l’absence d’éléments à charge. Interceptés par la BNPJ, des dizaines d’appels téléphoniques révèlent une relation qui va au-delà des rapports amicaux. Des échanges, certains datant de quelques jours avant le début des arrestations en octobre 2023, suggèrent une relation de subordination envers Abdelkader l’Algérien, son employeur.

Jamal M., trentenaire à l’allure chétive, est présenté comme le correspondant de Abdelkader au Maroc. L’enquête fait remonter son recrutement à 2021, une période qui coïncide avec son entrée dans le Royaume. Il obtiendra la même année la nationalité marocaine.

Suivant les consignes de son patron, il s’établira à Casablanca, précisément dans le quartier du Maârif, où il louera un appartement pour une mensualité de 7.000 DH.

Depuis le Maroc, Jamal M. participera à plusieurs opérations d’exportation de cannabis cultivé à Ketama, au nord du pays. La nature de son rôle n’a pas été explicitée lors de l’interrogatoire à l’audience. On comprendra néanmoins qu’il faisait office de coordonnateur entre la branche marocaine et son employeur en Algérie. On lui prêtera également plusieurs rencontres avec Abdelkader l’Algérien à Tlemcen.

Une coopération fructueuse ? Des éléments semblent l’indiquer. En moins de deux ans, l’intéressé s’est constitué un patrimoine immobilier de plusieurs millions de dirhams, dont un appartement de 1,7 MDH à Mohammédia. Au garage, une Porsche Cayenne (valeur estimée à près de 1 MDH) et une Audi Q3…

« J’achète et vends des voitures. C’est ma seule activité », répond Jamal M., interpellé sur de nombreux transferts d’argent au Maroc et en dehors du Royaume. Des sommes liées selon lui à son business de voitures d’occasion.

Qu’en est-il de ses trois appartements ? « Je les ai achetés après la vente d’un local commercial en Algérie, légué par mon père en 2018 », se défend Jamal M., interrogé par le juge sur la célérité avec laquelle il s’est constitué un patrimoine au Maroc.

La vente du local en question aurait rapporté près de 3 MDH à l’accusé. Une somme qu’il aurait, selon ses dires, fait entrer en plusieurs tranches au Maroc via l’aéroport. Le tout sous les radars des autorités marocaines.

« Avez-vous déclaré ces montants à l’Office des changes ? », l’interroge le juge Ali Torchi. « Non, puisque l’argent est entré sous forme de petits montants introduits par des membres de la famille », répond Jamal M.

Les interrogatoires se poursuivront le vendredi 28 février.

Affaire « Escobar du Sahara » : des fonctionnaires communaux à la barre

La chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca poursuit l’interrogatoire des accusés dans l’affaire dite « Escobar du Sahara« . Ce jeudi 23 janvier, le juge Ali Torchi n’avait pas encore entamé les questions relatives au trafic international de drogue, principal volet de ce procès ouvert en mai 2024. Le magistrat souhaite d’abord élucider les accusations de spoliation immobilière visant Abdenbi Bioui.

Les faits remontent à 2013. L’ancien président de la région de l’Oriental est accusé de s’être approprié deux biens de son ex-conjointe via des procurations fallacieuses, avec des complicités au sein des services de légalisation de la commune d’Oujda.

Des fonctionnaires de la commune sont ainsi suspectés d’avoir aidé Bioui en légalisant frauduleusement lesdites procurations. Ces documents ont fait l’objet d’une expertise de la police judiciaire qui a confirmé la falsification de signatures attribuées à la victime.

« C’est une faute professionnelle. Il n’y a jamais eu de volonté de falsification ». Entendu par le juge, Tayeb T. réfute les accusations de « faux » qui le visent. Au moment des faits, il était responsable du registre où les opérations ont été numérotées et consignées. Mais il résume son rôle à l’enregistrement des données qui lui ont été transmises par des collègues. « Je ne suis pas chargé des vérifications. C’est la fonction de l’agent vérificateur », insiste l’intéressé.

S’il assure qu’une dame s’est présentée personnellement pour enregistrer les procurations, Tayeb T. estime que c’était à l’agent vérificateur de s’assurer préalablement de son identité et de sa signature.

L’agent vérificateur, c’est Soulaimane K., et il a également été interrogé lors de l’audience. Il affirme avoir accueilli l’ex-conjointe de Bioui en personne, tout en vérifiant méticuleusement son identité et les raisons de sa venue.

Comme son collègue, Soulaimane K. nie toute implication dans la falsification des procurations et tout lien avec Abdenbi Bioui qu’il ne connaît pas personnellement, selon ses dires. « Ma probité ne souffre d’aucun doute. Quel intérêt aurais-je à falsifier pour le compte de Bioui ? », clame-t-il devant le juge Ali Torchi.

Dans ce volet de l’affaire, le président tente encore d’élucider une inconnue : les deux procurations ont des traces dans les registres, mais les documents eux-mêmes sont introuvables dans les archives de la commune.

Au moment où nous mettions cet article en ligne, le président avait levé l’audience pour une heure…

Affaire Bioui-Naciri : qui seront les témoins convoqués ? Décision le 26 novembre

Le juge Ali Torchi statuera le 26 novembre sur les demandes de convocation des témoins dans l’affaire de trafic international de drogue impliquant Abdenbi Bioui et Saïd Naciri.

Ces requêtes formulées par la défense ont été mises en délibéré à l’issue d’une audience tenue ce vendredi 22 novembre à la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca (section des crimes financiers), où le procès a repris après trois semaines de suspension en raison de la grève des avocats.

Mardi prochain, la formation chargée du dossier rendra son verdict concernant les listes de témoins sollicitées par la défense. On y retrouve des personnalités du monde politique, telles que Hicham Ait Manna, député-maire de Mohammédia (RNI), et Saleheddine Aboulghali, député du PAM.

La défense souhaite également la convocation d’Ahmad Ahmad, ancien président de la Confédération africaine de football (CAF), et de Latifa Raafat, célèbre chanteuse marocaine. Cette dernière avait déjà été entendue lors de l’enquête préliminaire. Les avocats des accusés souhaitent qu’elle témoigne à l’occasion de ce procès désormais public.

Le nom de Latifa Raafat est lié au principal protagoniste du dossier : El Hadj Benbrahim. Elle a été l’épouse de ce grand baron malien des stupéfiants, aujourd’hui incarcéré au Maroc pour une affaire connexe. Il accuse Abdenbi Bioui et Saïd Naciri, qu’il identifie comme ses associés dans le trafic, de l’avoir spolié de ses biens immobiliers au Maroc. Il est aujourd’hui partie civile et leur réclame une indemnisation. La défense exige qu’il se présente au procès pour livrer ses éléments lors d’une confrontation avec les accusés.

Le représentant du ministère public s’est dit opposé à la citation des témoins listés par la défense, à l’exception de ceux déjà entendus lors de l’enquête préliminaire et de l’instruction judiciaire. Il estime ainsi « dépourvue d’intérêt » la citation de témoins tels qu’Ahmad Ahmad, Hicham Ait Manna ou Saleheddine Aboulghali.

Ce vendredi, les avocats de la défense ont réaffirmé s’en tenir à leurs demandes. L’un d’eux, Me Mohammed Messaoudi, a estimé que l’audition des témoins à l’audience est « une garantie du procès équitable, de la présomption d’innocence et des principes constitutionnels ».

Qui sera convoqué ? Tout en fixant la date de sa décision au 26 novembre, le juge Ali Torchi a renvoyé l’affaire au 29 du même mois pour la poursuite des débats.