Saïd Naciri : “J’ai reçu 18 MDH et si je donne le nom du donateur, il y aura un scandale”
Nouvelles révélations de Saïd Naciri durant l’audience du vendredi 30 mai. L’ex-président du Wydad et du Conseil préfectoral de Casablanca indique avoir reçu, en 2018, un cadeau de 18 millions de DH de la part d’un citoyen saoudien.
Si le procureur s’interroge sur le lien entre ce “cadeau” et le transfert de l’ancien joueur du Wydad et ex-international marocain, Achraf Bencharki, Saïd Naciri assure que les deux transactions n’ont aucun lien.
Sans révéler l’identité du citoyen saoudien, pour éviter un “scandale”, Saïd Naciri indique avoir acheté le centre Wellness du Wydad avec cet argent-là.
D’autres éléments ont marqué cette audience. Il s’agit des tensions entre le procureur général du Roi et les avocats de Saïd Naciri. Des tensions qui ont été rapidement apaisées, après une suspension de l’audience.
Celle-ci marque également la fin de l’audition de Saïd Naciri. Il sera encore interrogé par les avocats de la défense si le président Torchi le juge nécessaire. Mais, l’accusé a d’ores et déjà remercié la cour et appelé à une justice équitable. Voici ce qui a été dit.
Des échanges douteux
10h07. L’audience n’a pas encore commencé, mais comme à chaque fois, les accusés sortent du box pour saluer leurs avocats. L’instant est bref, mais précieux : certains en profitent pour échanger un regard ou un geste avec leurs proches, postés de l’autre côté de la salle. Pour la première fois et pour un bref instant, l’on aperçoit Abdenbi Bioui à l’extérieur du box.
Trois minutes plus tard, la sonnerie retentit. La présence se lève à l’entrée de la formation appelée à statuer sur l’affaire, conduite par le juge Ali Torchi. Celui-ci appelle Saïd Naciri à la barre et relance le fil des enregistrements téléphoniques entre lui et Hadj Ben Brahim.
Ces éléments ont déjà fait l’objet de longues discussions lors d’audiences précédentes. Mais, ce vendredi 30 mai 2025, le président Torchi en ajoute un nouveau : une conversation entre Saïd Naciri et Fadwa A., compagne de Hadj Ben Brahim, datée du 13 novembre 2021.
— Président Torchi : “Vous lui dites ‘est-ce que tu as fait la demande’ et elle vous répond que oui, qu’elle vous l’a envoyée sur WhatsApp. De quoi s’agit-il ici ?”
— Saïd Naciri : “De son frère, Rachid”.
— Président Torchi : “Dans ce cas, pourquoi lui dites-vous ‘dites à Hadj que tout se passera bien’ ?”
— Saïd Naciri : “Je ne sais plus… Ah ! C’était à propos de l’argent qu’il me demandait, pour l’aider”.
— Président Torchi : “Mais vous parlez de document, pas d’argent (…). Ensuite, vous ajoutez ‘ce dont on a parlé l’autre jour, c’est ok’. De quoi s’agit-il encore ?”
— Saïd Naciri : “De son frère”.
— Président Torchi : “À Hadj Ahmed Ben Brahim, vous dites ‘on y travaille’. Expliquez”.
— Saïd Naciri : “Cette personne voulait être transférée…”. L’accusé est interrompu par le magistrat.
— Président Torchi : “Mais il a déjà fait la demande auprès des parties concernées. Quel travail faites-vous, alors ?”
— Saïd Naciri : “Je lui ai dit que je n’ai payé personne, mais que je me renseigne pour l’aider, et que je souhaite que Dieu fasse bien les choses. C’est une expression que tous les Marocains utilisent”.
Un début d’audience tendu
10h48. Le président Torchi passe la parole au procureur général du Roi, qui interroge Saïd Naciri sur la villa située dans le quartier Californie, à Casablanca.
Saïd Naciri affirme avoir acheté la villa en 2019, mais y être entré dès 2017, avec les clés remises par le propriétaire lui-même, Belkacem Mir, au Club du Wydad. Il mentionne la présence de plusieurs personnes ce jour-là, dont Maha K.I., responsable RH du Wydad, le chauffeur de Belkacem Mir et un directeur du club.
Entre les questions du procureur général du Roi, le président Torchi intervient par moments. Il s’interroge sur la présence de témoins lors de ce qui semble être une transaction immobilière. “Vous vous assuriez d’avoir des témoins ?”, demande-t-il à l’accusé. Ce à quoi Saïd Naciri rétorque : “J’achetais la villa, je ne la volais pas”.
Le représentant du parquet enchaîne les questions sur la villa, pourtant déjà abordées lors de précédentes audiences. Il n’explique pas encore son raisonnement, mais cette répétition exaspère les avocats de l’accusé.
“Quelle est la date exacte de votre entrée dans la villa en tant que propriétaire ?”, “qui vous a donné les clés ?”, “y avait-il des personnes avec vous ?”, “le personnel de la villa était-il le vôtre ?”, “qui vous a ouvert la porte ?”, “qui était dans la villa lorsque vous êtes arrivé ?”, etc. Mais la question qui fait bondir les avocats de Saïd Naciri, c’est : “Comment avez-vous introduit l’eau et l’électricité à la villa ?”.
“De quoi la défense a-t-elle peur ?”
11h11. Me Messaoudi, avocat de Saïd Naciri, prend la parole : “On s’oppose à toutes ces questions car notre client y a déjà répondu. Est-ce qu’on cherche à le piéger ?”
Le procureur du Roi réagit aussitôt : “Nous ne posons pas ces questions sans raison. Écoutez, Monsieur, la raison…”. Il est interrompu par l’avocat furieux. Me Messaoudi proteste : “Ne me dites pas écoute !”, lui lance-t-il de manière répétitive. Il est rejoint, dans sa fureur, par ses confrères. Ils sont une dizaine à défendre Saïd Naciri.
Les voix montent, les échanges se tendent. Et le président intervient : “La défense redoute-t-elle que la vérité éclate ?”. Nouvelle salve d’indignations du côté des avocats.
Un autre avocat de Saïd Naciri réplique : “Ces questions, il y a déjà répondu. Si c’était nous qui les posions, le président nous aurait arrêtés.
Le président relance : “S’il a déjà répondu et qu’il est prêt à le faire à nouveau, de quoi la défense a-t-elle peur ?”
Les cris l’emportent, étouffant toute parole. Le président suspend l’audience et quitte la salle, suivi de ses conseillers et du procureur général du Roi.
Trente minutes plus tard, l’audience reprend. L’un des avocats de Saïd Naciri prend la parole pour calmer les esprits, tandis que le président Torchi invite l’accusé à revenir à la barre.
Le représentant du parquet tient à préciser qu’il n’a jamais voulu offenser la défense et qu’un but précis guide ses questions. “Je ne m’adresse pas directement à l’accusé, bien que la loi me le permette. Je passe par le président, qui décide lesquelles retenir. Ce sont alors ses questions. Je présente mes excuses à la cour et à l’assistance. Je voulais savoir comment l’eau et l’électricité ont été raccordées avec une autorisation du notaire, alors que, d’après le dossier, ce dernier n’est intervenu qu’en 2019. Comment a-t-il pu agir avant, dans une transaction qui n’était pas encore finalisée ?”.
“J’ai reçu un cadeau de 18 millions de DH”
Saïd Naciri répond enfin à la question du procureur général du Roi : “En 2017, j’ai signé un acte de principe au nom d’une personne intéressée par la villa. En 2018, elle s’est désistée. J’ai alors lancé les travaux, qui ont duré jusqu’en 2020. Mais la signature de l’acte final date de 2019. Ce délai s’explique par le fait que Belkacem Mir, le propriétaire de la villa, n’a accepté de transférer la villa à mon nom qu’à condition que je paie la totalité du prix. J’ai tardé à régler, car l’argent initialement prévu a été utilisé ailleurs. J’ai donc dû attendre la vente du bien dans lequel je résidais, et que j’avais acquis en 2013 auprès de Salaheddine Aboulghali. Cette vente a eu lieu en mai 2019. J’ai ensuite pu finaliser le paiement. L’argent dont je disposais en 2018 est un cadeau de 18 millions de dirhams d’un citoyen saoudien. Il a finalement servi à l’achat du [centre, ndlr] Wellness au bénéfice du Wydad”.
— Procureur général du Roi : “Quelle est la raison de ce cadeau ?”.
— Saïd Naciri : “Je suis prêt à fournir les noms si la cour le souhaite, mais je précise que cette personne est un ami du Maroc”.
— Procureur général du Roi : “Nous voulons juste connaître la raison”.
— Saïd Naciri : “Je lui ai rendu un service. Si la cour n’est pas convaincue par ma réponse, je peux fournir plus de détails”.
— Procureur général du Roi : “Ce cadeau n’était-il pas une contrepartie pour le transfert du joueur Achraf Bencharki ?”
— Saïd Naciri : “Non, ce transfert à Al Hilal est sans lien”.
— Procureur général du Roi : “C’est une coïncidence que ce cadeau ait eu lieu en même temps que le transfert ?”
— Saïd Naciri : “Cela n’a rien à voir. Je pourrais donner des détails et des noms, mais cela risque de provoquer un scandale”.
Voiture, appartements et géolocalisation
Le procureur général du Roi balaie plusieurs sujets à la suite, revenant sur des points déjà discutés, sans lien apparent entre eux, ce qui donne à l’audience un rythme décousu mais intense.
— “Avez-vous déjà dit à Hadj Ben Brahim qu’il ne faisait pas l’objet d’un mandat d’arrêt au Maroc ?”, demande le représentant du parquet.
— “Pourquoi l’aurais-je fait, et comment aurais-je pu le savoir ? Je n’en ai entendu parler qu’en 2023”, lui répond l’accusé.
— Procureur général du Roi : “Abdelwahed Chaouki, avait-il les clés de l’appartement de Mohammédia ?”
— Saïd Naciri : “Oui. Et il ne me les a pas rendues”.
— Procureur général du Roi : “Concernant la voiture achetée auprès de Fajrine Auto [Mercedes Classe S 350, ndlr], comment a-t-elle été payée ?”
— Saïd Naciri : “J’ai fourni toutes les preuves : date, moyens de paiement, etc. Même le vendeur confirme qu’il me l’a vendue à moi, contrairement à ce que dit Hadj Ben Brahim”.
— Procureur général du Roi : “Le vendeur a aussi déclaré que vous ne lui aviez pas réglé la totalité, donc il l’a revendue à quelqu’un d’autre”.
— Saïd Naciri : “J’ai prouvé avoir payé la totalité”.
— Procureur général du Roi : “L’appartement à Hay Fath à Rabat vous appartenait-il ou à la société AKAP ?”
— Saïd Naciri : “Le titre foncier est au nom de ma société AKAP depuis 2015. Lui [Hadj Ben Brahim, ndlr] était en prison. Je souhaite juste être confronté à quelqu’un de raisonnable”.
— Procureur général du Roi : “Wissam N., vous avez échangé avec lui par téléphone à plusieurs reprises. Qui est-ce ?”
— Saïd Naciri : “Il travaillait pour Hadj Ben Brahim, mais je ne l’ai pas vu depuis 2016. Comment a-t-il pu témoigner contre moi par Zoom, sans fournir de numéro de téléphone, de passeport ou de lieu de résidence ? Ce que je sais, c’est qu’il est décédé dans un accident de voiture”.
— Procureur général du Roi : “Selon les données de géolocalisation, vous étiez près de la villa appartenant à Latifa Raafat, épouse de Hadj Ben Brahim, le 17 décembre 2013 vers 22h37. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?”.
— Saïd Naciri : “Premièrement, ce 17 décembre, Latifa Raafat prétend avoir organisé un dîner pour des invités de son mari venus les féliciter pour leur mariage. Sauf qu’à cette époque, ce n’était pas son mari, mais son compagnon. J’ai déjà démontré qu’ils n’étaient pas mariés à ce moment-là”.
“Ensuite, la police judiciaire m’a d’abord parlé du 28 décembre. Je leur ai expliqué que ce n’était pas possible, car elle était en dehors du Maroc ce jour-là. Ils m’ont alors dit qu’il y avait eu une erreur et que c’était en réalité le 17 décembre. Voici donc les preuves qui montrent que je n’étais pas chez elle : j’étais au Sofitel, où j’ai effectué deux paiements avec ma carte bancaire, et puis, à 23h30, j’étais au Hyatt Regency pour dîner. Je n’ai pas dîné chez Latifa Raafat, et voici la preuve du paiement du dîner”, explique l’accusé.
À propos de ce dîner, Saïd Naciri évoque un repas à la “Maison Berbère”, à Zagora, entre Latifa Raafat et Hadj Ben Brahim. Selon lui, c’est lui qui a réglé l’addition de ce dîner en tête-à-tête, le 29 novembre 2013. “Même le serveur, qui s’appelle Bassou, est prêt à témoigner”, assure Saïd Naciri, sans expliquer la pertinence ni l’importance de ce dîner ou du paiement qu’il a effectué.
“Quant à la géolocalisation, on me dit qu’en plus de moi, six personnes se trouvaient sur place. Pourquoi ne croit-on que leurs déclarations ? Il faudrait faire comme pour moi : géolocalisez leurs téléphones”, lance Saïd Naciri.
“La Bentley, je l’ai eue après 35 ans de travail”
12h37. Le procureur général du Roi l’interroge ensuite sur la gestion des comptes du Wydad Athletic Club. “Après être devenu président en 2014, vous avez fermé le compte du club en juillet et en avez ouvert un en septembre. Comment les comptes étaient-ils traités durant ces mois ?”
— Saïd Naciri : “Quel compte ai-je fermé ? J’ai ouvert un compte au nom de mon fils avant de devenir président, le 13 juin 2014. Voici les documents, avec une procuration qui m’a été donnée par lui. Le 2 octobre 2023, un expert-comptable a établi qu’il n’y a aucun fait criminel dans nos comptes. J’aimerais qu’on remonte mes comptes jusqu’en 1990, car on me parle comme si j’étais né en 2014.
“J’avais un supermarché rue de Rome, au bd 2 Mars, ainsi qu’un café dans le même quartier. J’avais une pâtisserie à Roches Noires et deux magasins à Derb Ghallef. La Bentley, je l’ai eue après trente-cinq ans de travail”.
— Procureur général du Roi : “Étiez-vous avec Abdenbi Bioui quand il a rencontré Samira F. ?”
— Saïd Naciri : “Cette Samira F. est un fantôme”.
Le président Torchi intervient et lui rappelle que la question est « avez-vous assisté à cette rencontre ?”. “Non”, répond Saïd Naciri.
La défense veut convoquer les témoins
Le président Torchi demande au représentant de l’administration des Douanes (partie civile) s’il a des questions. La réponse est non. Il donne alors la parole à la défense, et Me Jadoui pose les questions au nom de tous les avocats de Saïd Naciri.
— Me Jadoui : “Dans un PV de la police judiciaire, il est indiqué que Saïd Naciri a communiqué par téléphone avec le numéro +221 78 30*** [nous ne dévoilons pas le reste pour préserver l’anonymat de la personne, ndlr]. Et que ce numéro était utilisé par Hadj Ben Brahim. Vrai ou faux ?”
— Saïd Naciri : “C’est un numéro sénégalais. Franchement, je n’ose pas dire à qui il appartenait. Il s’agit d’une personne qui siège, à ce jour, à la Fédération sénégalaise. Je ne veux pas dire de qui il s’agit”.
— Me Jadoui : “Qui est Fatima Zahra B. ?”
— Saïd Naciri : “Je ne l’ai jamais vue”.
— Me Jadoui : “Qui est Hicham E.O. ?”
— Saïd Naciri : “Je ne le connais pas”.
Me Jadoui présente alors une requête à la cour : “On peut dire ce qu’on veut des morts, mais les vivants peuvent se défendre. Je demande l’application de l’article 424 du Code de procédure pénale pour convoquer ces personnes. Nous n’avons pas peur de la vérité”.
Me Meskini, comprenant que le président Torchi s’apprête à clore l’audition de son client, se joint à la demande de son confrère. Il invoque l’article 422 du même texte pour solliciter la convocation de personnes ayant témoigné contre son client en amont du procès. Il s’agit de :
- Hadj Ahmed Ben Brahim
- Latifa Raafat
- Abdelwahed Chaouki
- Wissam D.
- Taoufik Z.
- Oussama B.
- Oussama K.
- Wissam N.
Saïd Naciri, de son côté, insiste pour verser au dossier “plus de 1.000 copies de chèques” tirés de ses comptes et de ceux de son fils. “S’il y a la moindre irrégularité, je suis prêt à m’en expliquer”.
13h14. Enfin, il s’adresse au président Torchi dans un dernier mot : “Je demande pardon à la cour si j’ai dérangé ou si j’ai été lourd. J’espère avoir pu vous rapprocher de la vérité. Et j’espère que je vais obtenir mon droit dans la justice équitable. Merci à la justice !”.
Il termine sous les applaudissements d’une partie de l’assistance. Le président recadre aussitôt : “Ce n’est pas le lieu pour les applaudissements ! On n’est pas dans un match de foot. Si vous voulez applaudir, sortez dehors pour le faire”. Il lève alors l’audience. La prochaine est fixée au 12 juin.
∴∴∴
Ce qu’il faut retenir
– Saïd Naciri continue de réfuter les accusations à son encontre et clame son innocence.
– L’accusé révèle avoir reçu un don de 18 millions de DH de la part d’un citoyen saoudien et préfère ne pas dévoiler les raisons pour éviter “un scandale”.
– Après avoir été auditionné par le président Torchi, c’est au tour de ses avocats de poser des questions.
– La prochaine audience du procès de Saïd Naciri aura lieu le 12 juin 2025.