Face à l’anarchie médiatique, l’ANME appelle à une régulation « plus ferme »

Dans un communiqué, l’ANME souligne l’émergence de « pratiques dangereuses qui fragilisent la profession » : l’usurpation du statut de journaliste, la normalisation du sensationnalisme, et la confusion entre journalisme et création de contenu sur les réseaux sociaux.

Elle alerte sur la montée d’un climat où l’information rigoureuse et encadrée cède la place à une anarchie médiatique alimentée par la recherche effrénée d’audience et de profit.

Face à ces dérives, l’Association appelle à un encadrement législatif plus strict et à un renforcement des réglementations existantes afin de lutter contre la prolifération des contenus trompeurs. Elle insiste sur la distinction essentielle entre les médias professionnels, soumis à des obligations légales et éthiques, et certains créateurs de contenu qui exploitent les plateformes numériques à des fins lucratives, souvent en contournant les règles fiscales et déontologiques.

L’ANME salue également les efforts des autorités en matière de régulation du secteur, notamment à travers le travail de la commission provisoire pour la gestion des affaires du secteur de la presse et de l’édition. Elle appelle enfin à une mobilisation collective des institutions et de la société civile pour protéger le droit du public à une information fiable et de qualité.

L’éthique ou “l’espace commun” entre référentiels religieux et universels (Asma Lamrabet)

S’il fallait résumer les cinquante minutes de présentation de l’ouvrage de la chercheuse et écrivaine Asma Lamrabet, ce serait à travers son message “adressé au système éducatif” qui doit, selon elle, jouer un rôle dans “l’éducation à un universel humain”, qui est “le produit d’un héritage civilisationnel pluriel et dont le référentiel religieux de l’islam doit faire partie intégrante”.

Pour l’essayiste et la féministe, “il s’agit d’enseigner aux jeunes générations que les valeurs telles que la liberté, la justice, l’égalité, le savoir, la raison, l’amour, le respect des divergences, etc. sont non seulement intrinsèques à l’islam, mais également à l’Orient, à l’Occident, au monde… Et qu’elles ne sont le monopole d’aucune civilisation, ni dévolues à aucune culture ou idéologie donnée”.

C’est dans ce sens qu’Asma Lamrabet estime que le fait de “construire” un “espace éthique commun” qui inclut “les grandes valeurs universelles, ainsi qu’un référentiel religieux porteur de sens, ouvert, pluriel et humaniste”, ne constitue pas une concession mais plutôt une ”nécessité” et une ”évidence”.

“Le Maroc ainsi que d’autres sociétés musulmanes ont le potentiel humain, spirituel et politique nécessaire pour mettre en œuvre cet espace éthique commun. En tout cas, nous l’espérons pour les générations à venir”, déclare-t-elle lors de la présentation de son dernier ouvrage Islam et libertés fondamentales : pour une éthique universelle, le jeudi 12 décembre (Editions En Toutes Lettres, 184 pages, 95 DH).

Et pour expliquer la source de ses conclusions, la chercheuse aux multiples publications revient à la genèse de cet ouvrage tout en développant sa réflexion autour de deux axes : d’abord la compréhension de ce que signifient les référentiels universels, puis ce qu’impliquent les référentiels religieux. Cette approche lui a permis de conclure ce qu’il est nécessaire de mettre en œuvre pour allier les deux dans un espace commun, à savoir l’éthique.

Requestionner l’imaginaire sous le prisme de l’éthique

Lors de la présentation de son livre, Asma Lamrabet a souligné que la genèse de cet ouvrage est ancrée dans le contexte marocain, marqué par des débats récurrents sur les libertés fondamentales et les réformes attendues du Code de la famille. Ces questions, qui trouvent des échos dans d’autres sociétés musulmanes, révèlent un antagonisme supposé entre droits humains universels et valeurs islamiques.

Pour l’autrice, cette opposition découle de lectures figées des deux référentiels, qu’elle appelle à déconstruire. Elle insiste sur la nécessité de questionner les imaginaires collectifs et les normes conceptuelles qui alimentent cette tension.

“Ce livre n’est pas une réponse définitive à toutes ces questions, mais une tentative de mettre en évidence de manière non exhaustive les principaux points de tension de cette thématique cruciale et de proposer de :

Tout cela afin de prendre le risque d’ouvrir d’autres voies de reconstruction et d’alternatives qui se veulent vraiment universelles et qui prennent en compte les principes éthiques fondateurs des deux référentiels. Et ceci pour construire sereinement, si possible, ‘un lieu commun’, c’est-à-dire un lieu qui sera celui des universalismes des deux référentiels. Un lieu commun qui soit légitime, inclusif et cohérent”.

Vers un universel inclusif

Asma Lamrabet rappelle que “l’universel” est aujourd’hui de plus en plus critiqué et remis en question dans sa configuration euro-centrée. Citant des penseurs tels que Paul Ricœur et Enrique Dussel, elle rappelle qu’il existe plusieurs propositions visant à le “renommer”.

“Rappelons aussi qu’il ne s’agit pas ici de renier l’apport incontournable de l’Occident à la formulation des droits humains, mais plutôt de dénoncer le refus ou le déni d’une certaine élite savante occidentale à réinscrire les autres traditions culturelles épistémologiques au sein d’un patrimoine commun qui serait véritablement universel. Ce qui est donc à critiquer ici, ce n’est pas le fondement humaniste des valeurs dites universelles mais de leur accaparation, voire de leur instrumentalisation géopolitique par l’Occident”, souligne Asma Lamrabet.

L’autrice propose de renouer avec une vision véritablement universelle, fondée sur un dialogue interculturel et interreligieux. Elle rappelle que l’héritage humaniste de l’Andalousie médiévale, marqué par les contributions croisées des traditions juives, chrétiennes et musulmanes, offre un modèle inspirant de co-construction des savoirs.

Et d’ajouter : “Cependant, cette critique de l’instrumentalisation des droits humains, tout en étant légitime et nécessaire, ne peut être effective que si elle se fait parallèlement à une autocritique de la tradition musulmane et de toute l’approche théologico-politique. Autrement dit, il faut balayer d’abord devant sa porte”.

Réconcilier spiritualité musulmane et valeurs universelles

Un autre aspect central du livre est la relecture des notions religieuses telles que la charia et le fiqh. Asma Lamrabet déconstruit les interprétations réductrices qui en font des systèmes rigides. Elle critique l’héritage colonial qui a contribué à figer ces concepts sous la forme d’un “droit musulman” souvent inadapté aux réalités contemporaines.

Dans “Islam et libertés fondamentales”, Asma Lamrabet invite à dépasser les clivages et à ouvrir de nouvelles perspectives. Son approche, à la fois critique et constructive, propose de réconcilier les valeurs humanistes universelles avec une spiritualité musulmane éthique et inclusive.

Pour elle, ce dialogue est essentiel pour répondre aux défis de sociétés en quête de justice sociale, d’égalité et de liberté, tout en respectant leurs identités culturelles et religieuses. Un chemin ambitieux, mais nécessaire, vers une éthique véritablement universelle.

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Nouveau Code d’éthique pour la Chambre des représentants

Lors de cette séance, 117 députés ont voté en faveur de la proposition d’amendement, tandis que deux députées se sont abstenues.

Les amendements adoptés, tels qu’approuvés par la commission du règlement intérieur, concernent 27 articles, dont sept relatifs à l’application de l’effet juridique à la lumière de la décision de la Cour constitutionnelle n°23/209, sept articles amendés portant sur divers sujets et 13 articles relatifs au Code d’éthique parlementaire.

La majorité des amendements relatifs à l’application de l’effet juridique à la lumière de la décision de la Cour constitutionnelle visent à garantir la représentation de l’opposition parlementaire aux postes de comptable et de secrétaire du bureau de la Chambre.

L’amendement introduit à l’article 54 prévoit ainsi que les groupes de l’opposition présentent les noms de leurs candidats pour un poste de comptable et/ou de secrétaire, et que seul un(e) député(e) de l’opposition est éligible pour l’un ou l’autre ou pour les deux.

S’agissant de la représentation proportionnelle dans la désignation des membres des commissions d’enquête, la formule de l’article 5 de la loi organique relative aux modalités de fonctionnement des commissions d’enquête parlementaires a été adoptée textuellement. L’amendement prévoit ainsi que les membres des commissions d’enquête sont nommés par le Bureau de la Chambre en tenant compte du principe de la représentation proportionnelle des groupes et des groupements parlementaires, sur proposition de ces derniers.

En ce qui concerne la nature des rapports entre les commissions permanentes et un certain nombre d’organes et d’institutions constitutionnelles, les amendements prévoient que les prérogatives de ces commissions se limitent à l’étude des rapports et des avis qu’elles émettent et des budgets annexes présentés par le gouvernement.

Dans le cadre d’un autre amendement relatif au respect des dispositions de la loi organique relative à la Loi des finances concernant la programmation de chaque réunion de la commission des finances, la formule de l’initiative du gouvernement pour demander, à titre exclusif, la convocation de ce type de réunions, a été retenue après la suppression de l’initiative du bureau de la commission pour convoquer de telles réunions, en raison de son incompatibilité avec la Constitution.

« Moraliser » la vie parlementaire

D’autre part, les amendements relatifs au Code d’éthique parlementaire se sont concentrés sur l’élaboration des mécanismes nécessaires pour rendre contraignantes les dispositions du Code, de manière à moraliser la vie parlementaire et à consolider la confiance dans les institutions élues.

Dans ce contexte, le premier amendement rappelle le Code d’éthique comme partie intégrante du règlement intérieur de la Chambre des représentants, en prenant comme référence le contenu du message royal à l’occasion du 60e anniversaire de la création du Parlement marocain.

Ainsi, l’ajout d’un paragraphe stipulant que « le Conseil établit un Code d’éthique qui fait partie intégrante du présent règlement intérieur et qui comprend notamment les principes, les devoirs et les règles que tous les députés doivent respecter » a été approuvé.

Pour assurer la mise en œuvre de ce Code, un amendement supplémentaire prévoit qu' »au début de chaque mandat parlementaire, le Bureau de la Chambre des représentants mandate quatre de ses membres, dont deux de l’opposition, pour former une commission au sein du Bureau ».

Cette commission « a pour mission de suivre la mise en œuvre du Code d’éthique, en plus d’effectuer un certain nombre de tâches, dont la plus importante est d’enquêter sur les infractions potentielles commises par les députés (mentionnées dans le Code) et d’en informer le Bureau de la Chambre ».

La commission chargée de l’éthique soumet ses recommandations sur chaque situation portée à son attention au Bureau de la Chambre qui est chargé de suivre et de contrôler le respect du Code d’éthique. De plus, la commission prépare un rapport annuel sur ses activités, qu’elle soumet au Bureau de la Chambre. D’autres nouvelles dispositions apportées au règlement intérieur fixent les objectifs du Code d’éthique en se référant au Message Royal du 17 janvier 2024. Ces objectifs consistent à élever le niveau du travail parlementaire en faisant prévaloir les intérêts supérieurs du pays et des citoyens, ainsi que la moralisation de la vie parlementaire.

La Chambre des représentants est ainsi appelée à jouer pleinement son rôle dans la diffusion des valeurs démocratiques, la consolidation de l’État de droit, la promotion de la culture de participation et de dialogue et le renforcement de la confiance dans les institutions élues.

D’autre part, les obligations des députés en matière d’éthique sont précisées, incluant « une clause sur la déclaration de toute incompatibilité avec leur fonction et une clause leur enjoignant de déclarer les cadeaux reçus lors de l’exercice de leurs fonctions officielles et de les déposer au musée de la Chambre ».

Afin de sensibiliser à l’importance du respect du Code d’éthique, les amendements approuvés prévoient que chaque membre du Conseil signe, au début de la législature, un formulaire de déclaration sur l’honneur attestant de leur connaissance des dispositions du règlement intérieur, en particulier celles relatives au Code d’éthique.

La nouvelle structure du règlement intérieur de la Chambre des représentants, qui compte désormais 504 articles, est passée de 10 à 12 parties. Elle comprend notamment les organes et structures de la Chambre et leurs compétences et les fonctions constitutionnelles de la Chambre des représentants en matière de législation, de suivi et d’évaluation des politiques publiques.

Il est aussi question, dans cette nouvelle structure, de la diplomatie parlementaire, la communication et la démocratie participative, les rapports de la Chambre avec les institutions constitutionnelles ainsi que le Code d’éthique parlementaire.

(Avec MAP)