Les effets secondaires du dirham fort : bénédiction pour les importateurs, casse-tête pour les exportateurs

Le taux de change a toujours occupé une place centrale dans le débat économique au Maroc. Il est souvent cité comme l’un des facteurs ayant des effets significatifs directs et indirects qui expliqueraient les insuffisances et retards de développement du pays, voire comme un frein négatif en défaveur de la compétitivité des exportations, de l’ouverture croissante de la balance commerciale et contre l’allocation des investissements et la diversification de la structure productive de l’économie.

Selon les données relatives au taux de change nominal du dirham, la monnaie marocaine a connu une tendance d’appréciation très modérée au cours des dix dernières années. Un dirham plus fort peut, en théorie, pénaliser la compétitivité des exportations, surtout lorsque les pays concurrents directs ont vu leurs monnaies se déprécier sur la même période, rendant ainsi leurs produits relativement moins chers, leur conférant un avantage prix à l’international et même sur le marché local.

À titre d’exemple, sur les dix dernières années (2015-2024), le dirham s’est légèrement déprécié de 0,7% par rapport à l’euro, mais s’est apprécié de 6,9% face au dollar. Étant donné que le taux de change effectif moyen du dirham repose sur un panier de devises composé à 60% d’euros et à 40% de dollars, l’évolution nominale du dirham par rapport à son panier de référence est de seulement de 2,34%*, ce qui correspond à une légère appréciation nominale, mais synonyme d’une stabilité nominale remarquable sur dix ans lorsqu’on analyse les cours de change d’autres devises de pays en développement partenaires ou concurrents (Égypte, Turquie, Chine, Tunisie, etc.).

Sur la même période, les monnaies des pays qui opèrent dans des secteurs exportateurs semblables à ceux du Maroc, notamment la Turquie et l’Égypte, ont connu des dépréciations massives. La livre turque a perdu plus de 83% de sa valeur initiale face à l’euro et plus de 92% face au dollar, tandis que la livre égyptienne a perdu plus de 82% face au dollar.

Cette chute nominale place, en apparence, ces deux pays devant le Maroc sur le plan de la compétitivité-prix, car un produit turc ou égyptien converti en devises étrangères semble bien meilleur marché qu’un produit marocain.

Cependant, cette lecture reste trompeuse car elle repose uniquement sur le taux de change nominal. En Égypte et en Turquie, les dépréciations brutales des monnaies se sont accompagnées d’une inflation interne galopante. Au moment de la rédaction de cet article, le taux directeur s’établit à 2,25% au Maroc, avec une inflation inférieure à 1%. En Égypte, le taux directeur atteint 22% et l’inflation 12%. En Turquie, le taux directeur s’élève à 39,5% et l’inflation à 32,9%.

Le gain de compétitivité nominal est donc largement érodé par la hausse des coûts domestiques, notamment les salaires, l’énergie et les intrants importés. Autrement dit, une dépréciation du taux de change nominal ne se traduit pas automatiquement par un gain de compétitivité, laquelle se mesure avant tout à travers le taux de change réel.

Taux de change effectif réel et compétitivité-prix

Pour évaluer la compétitivité réelle du dirham par rapport à d’autres monnaies, nous avons utilisé les taux de change effectifs réels. Cet indicateur mesure l’évolution d’une monnaie en tenant compte à la fois des taux de change bilatéraux et des différentiels d’inflation avec les partenaires commerciaux. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement du prix nominal du dirham, mais bien de son pouvoir d’achat externe réel, c’est-à-dire de la véritable compétitivité-prix.

Les données couvrant la période 2010-2023 ont été extraites, pour le Maroc et la Turquie, à partir de la base de données de la Banque des règlements internationaux (BIS). En revanche, les données relatives à l’Égypte ne sont disponibles ni auprès de la BIS, ni du FMI, ni de la Banque mondiale. Toutefois, la plateforme CEIC Data fournit le taux de change effectif réel de l’Égypte, mais sur une période différente, allant de 2013 à 2024.

Pour le Maroc, le taux de change passe de 97,1 en 2010 à 98,2 en 2023, soit une hausse de 1,1%, correspondant à une appréciation réelle moyenne de 0,08% par an. Le dirham est resté stable en termes réels, reflet du régime d’ancrage sur le panier euro-dollar et de la stabilité macroéconomique.

Pour la Turquie, le taux de change passe de 176,9 en 2010 à 85,3 en 2023, soit une baisse de 51,8% et une dépréciation réelle moyenne de 5,46% par an. Cette évolution traduit une forte baisse du pouvoir d’achat externe de la livre turque et un gain significatif de compétitivité-prix, favorisant les exportations. Toutefois, ce gain s’est accompagné d’une grande volatilité monétaire et d’un affaiblissement du pouvoir d’achat intérieur.

Pour l’Égypte, la livre égyptienne a vu son taux de change effectif réel passer de 97,0 en 2013 à 74,1 en 2024, soit une dépréciation réelle de 23,7% à un rythme moyen de -2,4% par an. Cette trajectoire reflète les dévaluations successives de 2016, 2022 et 2023, qui ont entraîné une forte baisse du pouvoir d’achat externe et un gain de compétitivité-prix.

Dans le même sens, contacté par Médias24, un membre de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et acteur actif dans l’export estime que l’appréciation du dirham a pénalisé les exportations marocaines, en particulier au début de la deuxième décennie.

« Le dirham a conservé une certaine stabilité et a même gagné en valeur, ce qui a pesé sur les exportations marocaines », explique-t-il. « Nous encaissons en devises étrangères. Or, avec un dirham plus fort, le montant converti en monnaie nationale diminue. L’exportateur voit donc son chiffre d’affaires en dirhams reculer. Pour préserver sa marge, il n’a d’autre choix que de négocier les prix. Cela reste possible pour un grand exportateur disposant d’un pouvoir de négociation et opérant dans un secteur à faible concurrence. En revanche, pour les entreprises actives dans des domaines très concurrentiels comme le textile ou les agrumes, et confrontées à des pays dont la monnaie s’est fortement dépréciée, tels que l’Égypte ou la Turquie, les marges se contractent ».

Taux de change et compétitivité des exportations, un facteur parmi d’autres

Il convient de noter toutefois que la compétitivité ne se réduit pas au seul facteur monétaire. La stabilité du dirham offre au Maroc un atout de prévisibilité et de crédibilité macroéconomique. La Turquie et l’Égypte, malgré leurs dévaluations, souffrent d’une prime de risque plus élevée, d’une volatilité monétaire et d’un environnement financier instable.Le taux de change peut aider, peut nuire, mais il n’explique jamais à lui seul un retard ou un avantage durableLe sujet est complexe et ne peut pas être résumé en une seule équation. La compétitivité est un faisceau de prix relatifs et de productivité, organisé autour du coût de l’énergie, des salaires réels, de l’efficacité du capital, de la qualité logistique, de l’accès au financement, de l’effort de R&D et de l’investissement privé. Le taux de change n’en est qu’un élément. Il peut aider, il peut nuire, mais il n’explique jamais à lui seul un retard ou un avantage durable.

Le marché fixe le prix de la monnaie, mais il ne le fait jamais dans le vide. En Turquie et en Égypte, le régime de change est flottant, avec des phases de gestion active et des épisodes de dépréciations rapides lorsque les déséquilibres s’accumulent. La Turquie a utilisé la flexibilité comme soupape, au prix d’une forte instabilité réelle. L’Égypte a alterné arrimages de facto et sauts de change, ce qui a détruit la lisibilité du signal de prix et comprimé la capacité à investir.

Le Maroc a suivi un chemin inverse. Le dirham est resté remarquablement stable, ancré à un panier euro-dollar et encadré par une bande de fluctuation élargie après 2018. Bank Al-Maghrib est intervenue de manière ponctuelle pour lisser des tensions, notamment après la période Covid, lorsque l’appréciation approchait la limite de la bande. L’objectif n’était pas de manipuler un avantage prix artificiel, mais de garantir le maintien du taux de change à l’intérieur de la bande prédéfinie.

Cette stabilité a ses coûts et ses bénéfices. Elle limite la volatilité importée, protège le pouvoir d’achat et réduit la prime de risque. En revanche, elle ne procure pas le levier immédiat d’une dévaluation compétitive. Pour compenser, il faut progresser là où la monnaie ne peut pas tout faire, en maintenant un coût de l’énergie bas et prévisible, en alignant les salaires réels sur la productivité, en améliorant l’efficacité des chaînes d’approvisionnement, en finançant durablement l’innovation et en encourageant un investissement privé orienté vers la montée en gamme. Cet équilibre permet de transformer la stabilité du change en un avantage structurel plutôt qu’en inertie.

En Turquie, le taux de change effectif réel a fortement reculé au cours de la décennie, offrant aux exportations un avantage-prix important. Cet effet a été amplifié par des investissements productifs, une base industrielle plus mûre et des infrastructures logistiques de haute qualité. C’est cette combinaison entre coût relatif et efficacité structurelle qui fonde la compétitivité des exportations turques.

En Égypte, la dépréciation réelle de la livre a été plus modérée que celle observée en Turquie. Cependant, la compétitivité égyptienne repose davantage sur les facteurs de production, en particulier le coût du travail. Les salaires réels y demeurent très faibles, ce qui compense partiellement la moindre ampleur de la dépréciation monétaire.

On ne peut donc pas expliquer un manque de compétitivité par un seul levier de politique économique. Une monnaie faible peut alléger le prix de vente à l’export, mais la hausse des coûts des intrants importés, la prime de risque et l’instabilité macroéconomique peuvent rapidement en annuler partiellement les effets. La compétitivité durable se construit sur la productivité, l’investissement et la qualité des infrastructures, bien plus que sur le seul niveau du taux de change.

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*: 0,6×(-0,7) + 0,4×(6,9) = 2,34%.

Tomates fraîches : le Maroc 2ᵉ fournisseur de l’UE et 3ᵉ exportateur mondial

Le Maroc est le troisième exportateur mondial de tomates fraîches, avec 11% de part de marché et un taux de croissance annuel moyen de 11%, supérieur à la moyenne mondiale (3%). Il figure derrière le Mexique et les Pays-Bas. L’Union européenne (les 27 pays + Royaume-Uni) reste le premier marché importateur mondial, représentant 42% des volumes et 54% de la valeur.

Ces chiffres, annoncés par l’Établissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (Morocco Foodex) à l’occasion de la Morocco Tomato Conference, qui s’est tenue le mercredi 21 mai à Agadir, classent le Maroc comme deuxième fournisseur de l’UE avec 24% de part de marché, derrière les Pays-Bas.

Il est également le deuxième fournisseur du Royaume-Uni, qui a importé 396.000 tonnes en 2024, dont 27,1% en provenance du Maroc.

La tomate marocaine est également présente sur d’autres marchés :

– Afrique subsaharienne : 31.000 t exportées (+23%), 2e fournisseur ; 

– Pays du Golfe : 3.000 t exportées (+39%), 6ᵉ  fournisseur.

À fin avril 2025, les exportations marocaines de tomates fraîches affichent une dynamique croissante avec un volume total de 621.000 t, soit une hausse de 9% par rapport à la campagne 2023-2024 (570.000 t). L’Union européenne, incluant le Royaume-Uni, demeure le principal marché de destination, absorbant à elle seule 570.000 t, en progression de 8%. 

La région Souss-Massa, véritable pôle de production, continue de jouer un rôle central en assurant à elle seule 609.000 t des exportations nationales. Le Maroc se spécialise également dans les tomates de segmentation (cerise, allongées, etc.), avec 350.000 t exportées en 2024-2025 (+35%). L’UE en a absorbé 239.000 t. 

Un marché en croissance mais fortement concurrentiel

Le Maroc fait face à une concurrence internationale soutenue sur le marché de la tomate fraîche. Parmi ses principaux concurrents, la Turquie se distingue par une dynamique exportatrice forte, bien que largement dépendante du marché européen. L’Espagne, malgré un recul de sa production de 21% en 2024, demeure un acteur historique influent.

Les Pays-Bas, quant à eux, dominent la production sous serre haut de gamme, tandis que le Mexique règne en Amérique du Nord. Des pays comme l’Italie, la France et le Portugal enregistrent une croissance plus modérée, mais régulière.

Le Maroc doit également relever plusieurs défis de taille. Sur le plan phytosanitaire, le virus ToBRFV représente une menace persistante pour la production.

Les conditions climatiques extrêmes, à l’instar de la sécheresse, des vagues de chaleur et des pluies excessives, compliquent davantage la donne. À cela s’ajoutent les exigences environnementales croissantes, notamment celles imposées par le Green Deal européen, ainsi que la hausse des coûts logistiques liée à la réorganisation des alliances maritimes.

Enfin, la compétition s’intensifie, en particulier avec la Turquie, dans un contexte mondial marqué par des barrières non tarifaires et des tensions géopolitiques, comme celles liées à l’accord UE-Mercosur [traité de libre-échange critiqué pour ses impacts sur l’agriculture et l’environnement, ndlr].

La taille du marché mondial de la tomate fraîche en 2024 est estimée à 207 milliards de dollars et, à l’horizon 2029, elle atteindra une valeur de 261,41 milliards de dollars. Les facteurs de croissance reposent notamment sur l’utilisation accrue de la tomate dans différents secteurs et aussi sur les initiatives des différents gouvernements pour améliorer la productivité. D’ailleurs, la production mondiale s’élève actuellement à 197 millions de t, avec une progression attendue jusqu’à 205 millions de t en 2028, soit un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de 1%.

Une autre tendance notable réside dans l’augmentation de la demande pour les petites variétés de tomates, particulièrement marquée sur le marché européen. En Europe, la production de tomates fraîches devrait reculer, passant de 17 millions de t en 2024 à 16,5 millions en 2028. Cette baisse s’explique notamment par la réduction des surfaces cultivées, qui passeraient de 86.615 hectares en 2024 à 76.000 hectares en 2028.

Ce contexte offre une véritable opportunité pour les pays exportateurs comme le Maroc, surtout en réponse à une demande européenne toujours soutenue, en particulier au Royaume-Uni, où les consommateurs montrent une nette préférence pour les tomates en vrac, biologiques et premium.

Le Maroc n’exporte pas de produits avicoles vers la Chine, rappelle la FISA face aux rumeurs

La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole au Maroc (FISA) a démenti les rumeurs circulant ces derniers jours au sujet d’une supposée suspension des importations de produits avicoles marocains par la Chine. Dans un communiqué publié le 14 mai 2025, la FISA précise qu’aucun produit avicole marocain n’a jamais été exporté vers le marché chinois, faute d’accord sanitaire entre les deux pays.

Selon la fédération, les articles et les publications relayées sur les réseaux sociaux évoquant une telle mesure sont donc « dénués de tout fondement ». Le Maroc n’ayant pas d’accord d’exportation en matière avicole avec la Chine, il ne peut y avoir de suspension de flux commerciaux inexistants.

La clarification intervient alors que certaines rumeurs liaient cette prétendue décision chinoise à la détection d’un foyer de la maladie de Newcastle dans la région de Rabat-Salé-Kénitra.

La FISA rappelle à ce sujet que le dernier cas recensé remonte à février 2024. Celui-ci a été « traité et clôturé » conformément aux protocoles sanitaires en vigueur, et aucun autre cas n’a été signalé depuis.

La maladie de Newcastle, bien que source de pertes économiques dans les élevages, ne présente « aucun risque pour la santé humaine », souligne encore la FISA. Elle est considérée comme endémique dans de nombreux pays producteurs de volailles, mais reste maîtrisable grâce à des programmes de vaccination et de surveillance sanitaire.

Face à la propagation d’informations jugées infondées, la FISA appelle à la vigilance et assure que la sécurité sanitaire est pleinement garantie tout au long de la chaîne de valeur, en étroite coordination avec l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Les produits avicoles marocains, affirme la fédération, « demeurent sûrs à la consommation ».

Les exportations marocaines vers l’Égypte devraient atteindre 5 MMDH d’ici 2027 (Omar Hejira)

En réponse à une question orale sur les discussions Maroc-Égypte concernant la promotion des exportations marocaines, le lundi 12 mai à la Chambre des représentants, Omar Hejira a fait savoir qu’une importante délégation marocaine, composée de plus de 40 chefs d’entreprises et exportateurs, a effectué une visite de travail en Égypte à la fin de la semaine dernière.

Cette visite, a-t-il poursuivi, a donné lieu à des résultats préliminaires notables, dont l’organisation de plus de 200 rencontres entre opérateurs économiques des deux pays (B to B), permettant de conclure des accords d’étape en vue de leur mise en œuvre à plus grande échelle à court terme.

Omar Hejira a également mis en avant la forte volonté d’améliorer la balance commerciale entre le Maroc et l’Égypte, faisant remarquer que, dans le secteur de l’industrie automobile, les exportations marocaines vers l’Égypte sont passées de 400 véhicules à 3.000 véhicules actuellement, avec une perspective d’atteindre 5.000 unités en 2025 et 8.000 unités à l’horizon 2026.

 

 

Pour le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, les relations commerciales entre le Maroc et l’Égypte « constituent un modèle de coopération arabe », les deux pays frères étant liés par des liens historiques et des intérêts économiques communs.

Omar Hejira a souligné que cette volonté politique, sous la conduite éclairée du Roi Mohammed VI, continue de renforcer les relations bilatérales pour un partenariat fructueux et un avenir prometteur.

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Exportation de l’artisanat : les formalités désormais digitalisées via PortNet

Une convention de partenariat a été signée, le 7 mai à Rabat, pour la dématérialisation des formalités d’exportation des produits de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire.

Cette convention a été paraphée par le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’économie sociale et solidaire, Lahcen Essaadi, le directeur général de l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII), Abdellatif Amrani, et le directeur général de Portnet S.A, Youssef Ahouzi.

Elle concerne le projet de digitalisation des formalités liées à la délivrance des certificats d’exportation des produits de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire via la plateforme PortNet, et de celles liées à la souscription au registre des exportateurs de l’artisanat.

Initié par le ministère de l’Industrie et du commerce, ce projet est mis en œuvre en concertation avec le secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’économie sociale et solidaire qui est chargé du traitement des formalités d’octroi des certificats d’exportation et d’enregistrement au registre des exportateurs de l’artisanat, le guichet unique PortNet, en charge de la mise en œuvre technique et l’ADII pour l’échange électronique de ce certificat avec son système pour l’aboutissement des formalités à l’export des produits de l’artisanat.

Intervenant à cette occasion, Omar Hejira a souligné qu’il s’agit d’un pas de plus vers le renforcement de la compétitivité des exportateurs de l’artisanat national et de leur alignement avec les exigences du commerce international.

« La signature d’aujourd’hui illustre notre engagement à moderniser et à dynamiser le commerce extérieur dans ce secteur clé, et nous soutenons pleinement cette transition digitale qui contribuera à faciliter l’accès des acteurs de l’export de l’artisanat aux marchés internationaux, tout en renforçant la transparence, l’efficacité et la rapidité des formalités d’exportation », a-t-il ajouté.

De son côté, Lahcen Essaadi a indiqué que le secteur de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire constitue un levier stratégique du développement économique et social au Maroc.

Le secrétariat d’État, a-t-il poursuivi, s’emploie activement à renforcer la présence de ces produits sur les marchés internationaux, relevant que cette convention de partenariat vient consolider cette dynamique et ajouter une nouvelle pierre à l’édifice des exportations des coopératives et des entreprises, dans la perspective de leur intégration au sein de l’écosystème national du commerce extérieur.

Pour sa part, Abdellatif Amrani a mis en exergue l’importance de cette convention qui, pour lui, permettra de fluidifier les échanges commerciaux et de réduire considérablement les délais de traitement des dossiers d’exportation. « Cette initiative s’aligne parfaitement avec la stratégie nationale de dématérialisation des procédures douanières et contribuera à améliorer le classement du Maroc dans les indices internationaux de facilitation du commerce ».

Quant à Youssef Ahouzi, il s’est félicité de cette initiative qui permettra à la plateforme PortNet de proposer un ensemble de procédures administratives facilitant l’exportation des produits de l’artisanat. « Nous sommes heureux que ces procédures aident les acteurs du secteur à améliorer leur efficacité et à faciliter les démarches administratives nécessaires à l’exportation de ces produits à l’international ».

Plusieurs initiatives de formation et de sensibilisation ont été organisées au profit des services de l’artisanat et des opérateurs du secteur, sous la coordination du ministère de l’Industrie et du commerce et avec l’encadrement des équipes de PortNet, afin d’accompagner le lancement de la phase expérimentale de ce projet.

(Avec MAP)

Un dispositif public d’assurance-crédit à l’export pour sécuriser jusqu’à 7,5 MMDH vers les marchés à risque

Une rencontre dédiée à la présentation du projet du « dispositif d’assurance publique complémentaire à l’export » a été organisée, mardi 22 avril à Casablanca, en présence du ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, et du secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira.

Ce dispositif, dont le lancement opérationnel est prévu pour le 1er juin 2025, a été conçu en concertation avec l’ensemble des acteurs publics et privés de l’écosystème de l’assurance à l’export afin de renforcer la compétitivité des entreprises exportatrices vers des marchés stratégiques présentant un certain niveau de risque, non couverts par les assurances privées.

Son opérationnalisation repose sur un fonds public dédié, mis à la disposition de la Société centrale de réassurance (SCR), devenue Atlantic Re, qui se chargera de la gestion du mécanisme public d’assurance-crédit à l’export et assurera la réassurance des risques, avec une rétention collective des opérateurs ayant un agrément en assurance-crédit à l’export.

Avec un investissement de 100 MDH, ce dispositif, qui intègre un système de tarification modulée en fonction des pays et du niveau de risque, garantissant ainsi une couverture adaptée aux réalités des marchés, « couvrira jusqu’à 7,5 MMDH d’exportation additionnelle par an, permettant de générer un effet levier significatif, avec jusqu’à 75 dirhams d’exportation additionnelle pour chaque dirham investi », souligne Mehdi Arifi, directeur du pôle business development chez Atlantic Re.

Intervenant à cette occasion, M. Mezzour a indiqué que ce dispositif « s’inscrit pleinement dans la dynamique nationale actuellement en marche en matière de promotion du commerce extérieur ».

« C’est un levier stratégique au service de la politique nationale d’appui à l’export », a affirmé le ministre, ajoutant qu’il contribuera à élargir la présence des produits marocains à l’international tout en réduisant l’exposition des entreprises aux risques inhérents aux marchés émergents ».

De son côté, M. Hejira a relevé que ce nouveau mécanisme s’inscrit dans la feuille de route 2025-2027 pour le développement du commerce extérieur et constitue un outil stratégique pour stimuler les exportations marocaines.

« Conçu en parfaite adéquation avec les attentes et les besoins exprimés par les opérateurs, ce dispositif vise à renforcer la compétitivité et l’internationalisation des entreprises en les accompagnant dans leur quête de nouveaux débouchés, notamment vers les marchés faiblement couverts et à fort potentiel », a-t-il noté.

Afin d’identifier les meilleures pratiques et d’adapter le modèle retenu aux spécificités du marché marocain, une étude de benchmark international a été menée en partenariat avec l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et a révélé que les exportateurs marocains concentrent leurs activités sur des zones géographiques à faible risque, principalement en Europe et dans les pays de l’OCDE.

Les marchés émergents comme ceux de l’Afrique et du Moyen-Orient restent largement non couverts, ce qui constitue un frein au développement des exportations marocaines dans ces régions.

Le nouveau dispositif, qui vise à combler cette lacune, sera déployé dans une première étape pour couvrir les risques commerciaux et politiques pour les acheteurs publics et privés issus de 15 pays jugés stratégiques en Afrique.

Maroc–États-Unis. Voici les principaux produits exportés en 2023 et 2024 (infographie)

Dans une précédente analyse, Médias24 s’était penché sur la structure des échanges commerciaux entre le Maroc et les États-Unis afin d’analyser les impacts potentiels liés à la hausse des droits de douane décidée par Washington contre les exportations de plusieurs pays.

Verdict : l’impact direct, s’il devait se matérialiser, resterait limité, compte tenu du poids relativement marginal des exportations marocaines vers le marché américain, avec lequel le Royaume maintient par ailleurs une balance commerciale déficitaire.

Au-delà des chiffres globaux, il est utile d’analyser les exportations marocaines vers les États-Unis produit par produit, afin d’identifier les secteurs phares de cette relation commerciale bilatérale, et de mieux comprendre les leviers et vulnérabilités de l’échange entre les deux pays.

Voici donc, en millions de dirhams, le Top 10 des exportations marocaines vers les États-Unis en 2023 et 2024.

Il est à noter que le Maroc et les États-Unis ont signé un accord de libre-échange en juin 2004, entré en vigueur le 1er janvier 2006.

Transit des exportations : aucun ralentissement majeur à Tanger Med (source autorisée)

Contrairement à certaines rumeurs relayées récemment et faisant état d’un ralentissement au port de Tanger Med, affectant soit-disant les exportations marocaines vers l’Europe et le Royaume-Uni, une source autorisée précise que le problème ne concerne pas ce port.

Les retards observés se situent au niveau du port de Tanger-Ville, principalement dédié au trafic maritime des passagers et à certaines cargaisons spécifiques.

Ces perturbations sont dues, selon la même source, aux conditions météorologiques défavorables, notamment à de fortes rafales de vent ayant temporairement perturbé la navigation.

Droits de douane américains. Un impact limité pour le Maroc et des opportunités à saisir

Le Maroc est relativement épargné par la nouvelle tarification douanière de Donald Trump. L’impact sera limité, selon les chiffres que nous avons compilés et les sources que nous avons sollicitées.

Le 2 avril 2025, fidèle à ses promesses, l’Oncle Sam a dévoilé sa nouvelle grille de droits de douane appliqués à chaque pays.

Les taux ainsi calculés par la Maison-Blanche ne se limitent pas aux seuls droits de douane : ils amalgament plusieurs taxes, incluant les barrières douanières, la TVA et des taux quantifiés pour représenter, selon Washington, les manipulations monétaires, la Chine étant particulièrement pointée du doigt.

Excédent commercial américain avec le Maroc

L’objectif initial de Trump, à travers ces mesures tarifaires, était de réduire le déficit commercial avec les grandes puissances telles que la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Union européenne. Cependant, pour une économie comme celle du Maroc, les données de l’Office des changes indiquent que, depuis 1998, les États-Unis enregistrent un excédent dans le commerce bilatéral avec le Royaume.

Depuis 2010, le déficit commercial annuel du Maroc vis-à-vis des États-Unis s’établit à un minimum de 10 MMDH. Il a atteint un pic historique de 40,4 MMDH en 2022, puis 47,6 MMDH en 2023, avant de se replier à 31,4 MMDH en 2024*


Par ailleurs, les exportations marocaines vers les États-Unis, après une période de stagnation, ont amorcé une dynamique haussière notable, en particulier à la suite de la signature de l’accord de libre-échange en 2005, entré en vigueur le 1er janvier 2006. Entre cette date et la fin de l’année 2024*, la valeur des exportations marocaines vers le marché américain est passée de 2,5 MMDH à 18,9 MMDH, enregistrant ainsi une progression de plus de 656%.

Aucun impact significatif sur le Maroc

Face à cette situation, l’impact direct des tarifs sur l’économie marocaine mérite d’être analysé sous plusieurs angles. Pour le Maroc, le taux affiché est de 10% sur les exportations vers les États-Unis. Toutefois, cet impact doit être mesuré à l’aune de plusieurs ratios, notamment celui représentant la part des exportations marocaines destinées aux États-Unis par rapport au total national.En 2024, les exportations marocaines vers les États-Unis ne représentent que 4,2% du total des exportations du MarocEntre 2022 et 2024, les exportations marocaines vers les États-Unis se sont élevées à 14,4 MMDH, 12,7 MMDH et 18,9 MMDH respectivement. Sur cette période, elles ont représenté 3,4% en 2022, 3% en 2023, puis une hausse à 4,2% en 2024*.

Ainsi, l’application d’un droit de douane de 10% sur 3% à 4% des exportations totales ne peut pas être considérée comme significative. L’impact aurait été plus marqué si le marché américain absorbait, par exemple, 20% à 25% des exportations marocaines.

Un expert en commerce international, consulté à ce sujet, confirme ce constat : « À ce stade, aucun impact significatif n’est à prévoir sur les exportations marocaines. Pour une économie comme celle du Maroc, qui ne dépend pas du marché américain pour écouler ses produits à l’international, l’effet restera relativement limité. Le pays serait soumis à un droit de douane de 10%, soit le taux le plus bas prévu dans cette nouvelle grille tarifaire », explique-t-il.

Secteur automobile : des incertitudes persistantes

Certaines zones d’ombre subsistent, notamment dans le secteur de l’automobile, où les principales interrogations portent sur les investissements d’origine chinoise. Le secteur sera-t-il soumis au taux de 10%, ou risque-t-il plutôt d’être concerné par un relèvement tarifaire, au motif que les investissements en jeu sont d’origine chinoise  ? Ce pays est en effet actuellement soumis à un droit de douane de 34% selon la nouvelle grille américaine.

Dans le même ordre d’idées, une source proche du dossier confirme que les autorités marocaines ont sollicité des éclaircissements auprès des responsables américains concernant le secteur automobile : « Une demande a été formulée pour évaluer l’impact potentiel sur les exportations du secteur automobile, mais nous sommes toujours en attente d’un retour », précise-t-elle.

Selon la même source, les autorités américaines restent prudentes : « Washington considère qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur les conséquences pour le secteur automobile au Maroc ».L’impact sur les exportations totales, comme sur l’industrie automobile, demeure négligeable, même en cas de relèvement des droits de douane

Il est important de distinguer deux niveaux d’analyse pour évaluer l’impact potentiel d’une hausse des droits de douane sur le secteur automobile, sous prétexte qu’il s’agirait d’investissements d’origine chinoise : d’une part, l’effet sur les exportations marocaines dans leur globalité, et d’autre part, celui sur le secteur automobile à titre spécifique.

Du point de vue agrégé, bien que les exportations automobiles occupent une place significative dans les échanges bilatéraux avec les États-Unis, se classant au troisième rang après les engrais et les appareils et matériels électriques, leur poids relatif reste limité. D’après les données de l’Office des changes, la part des exportations automobiles dans le total des exportations marocaines à destination des États-Unis s’élevait à 12,7% en 2022, à 13,2% en 2023, puis à 11% en 2024*.

Dès lors, même en cas de relèvement des droits de douane sur ce segment, l’impact global sur la structure des exportations nationales resterait négligeable. En effet, les exportations vers les États-Unis ne représentent que 4,2% des exportations marocaines totales, et l’automobile ne constitue que 11% de ce sous-ensemble.

La combinaison de ces deux ratios donne un poids relatif d’environ 0,46%, soit moins d’un demi-point de pourcentage du total des exportations nationales potentiellement exposées à ce risque tarifaire.

→ Poids relatif = 0,042 × 0,11 = 0,0025 = 0,46%

À un niveau plus sectoriel, s’agissant spécifiquement des exportations automobiles, les chiffres de l’Office des changes montrent un total de 157,7 MMDH en 2024 (hors quatrième trimestre), dont 1,2 MMDH seulement sont destinés au marché américain. Cela représente à peine 0,76% des exportations du secteur, un niveau trop marginal pour susciter des perturbations notables ou fragiliser la dynamique de l’industrie automobile nationale.

→ Poids des USA dans les exportations auto = 1,2 / 157,0,0076 = 0,76%

Une fenêtre d’opportunités pour le Maroc ?

Comme l’indiquent les données et l’analyse présentées, les effets négatifs d’une hausse des droits de douane sur les exportations marocaines vers les États-Unis restent limités. Il convient alors de s’interroger sur les éventuelles opportunités que pourrait générer ce contexte de recomposition commerciale.

Lorsque les États-Unis augmentent les tarifs sur les produits chinois, ces derniers deviennent plus chers et donc moins compétitifs. Pour les entreprises américaines ou internationales qui produisent en Chine, le coût d’importation grimpe. Elles se retrouvent donc face à un choix : continuer à payer plus cher, ou bien trouver un autre pays où produire à moindre coût et sans barrières tarifaires.

C’est là que le Maroc entre en jeu. Il offre un accès préférentiel aux marchés américain et européen, grâce à ses accords de libre-échange. Il est proche géographiquement des grands centres de consommation, propose une main-d’œuvre qualifiée et dispose de zones industrielles bien connectées.

Dans cette logique, les entreprises cherchent à délocaliser une partie de leur production vers des pays fiables, politiquement stables et intégrés au commerce mondial. Le Maroc peut être l’un de ces pays.

Prenons l’automobile et l’aéronautique. Le Maroc produit déjà des faisceaux de câblage et des composants pour les grandes marques mondiales. Si une entreprise souhaite éviter les surtaxes appliquées aux pièces produites en Chine ou dans d’autres pays soumis à des taux douaniers élevés, elle peut choisir de relocaliser une partie de sa production au Maroc. Elle bénéficiera ainsi de droits de douane réduits et de délais de livraison plus courts vers l’Europe ou l’Amérique.

Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large appelée « friendshoring » : produire chez des partenaires considérés comme sûrs et proches.

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* Les données 2024 sur les échanges commerciaux proviennent de la base de données gouvernementale américaine, l’Office des changes n’ayant, à ce stade, publié que les statistiques des trois premiers trimestres.

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Rappel de poivrons marocains en Allemagne : deux lots issus d’un seul verger identifiés par l’ONSSA

Le 21 mars 2025, les autorités allemandes ont émis une alerte à travers le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF), signalant la présence excessive d’abamectine, un pesticide, dans un lot de poivrons en provenance du Maroc et acheminé en Allemagne via des opérateurs espagnols.

Ce dépassement des seuils autorisés a conduit au retrait immédiat des produits concernés du marché allemand, soulevant des interrogations quant au respect des normes sanitaires dans les exportations agricoles marocaines.

Médias24 a contacté l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) pour obtenir des précisions sur cette affaire. L’organisme a confirmé avoir reçu la notification du RASFF et avoir immédiatement lancé une enquête approfondie afin d’identifier l’origine du problème et de prendre les mesures nécessaires.

Contrairement aux inquiétudes initiales, les investigations de l’ONSSA ont permis d’établir que seuls deux lots issus d’un même verger étaient concernés par cette non-conformité, et non l’ensemble des exportations marocaines de poivrons vers l’Allemagne.

Face à cette situation, l’ONSSA a mis en place des mesures immédiates et strictes :

L’abamectine : un pesticide autorisé mais réglementé

L’abamectine est un insecticide homologué pour la culture du poivron, avec des limites maximales de résidus (LMR) établies à 0,05 ppm au Maroc et 0,09 ppm selon le Codex Alimentarius. Ce dépassement des seuils réglementaires en Allemagne a donc nécessité une intervention corrective immédiate, bien que l’usage de cette substance soit légal dans l’agriculture marocaine.

L’ONSSA rappelle que des plans annuels de surveillance et de contrôle des résidus de pesticides dans les fruits et légumes sont mis en place afin de garantir la salubrité des produits consommés au Maroc et exportés.

En 2025, 1525 échantillons ont déjà été analysés à travers les marchés de gros, points de vente et exploitations agricoles. Ces contrôles ont conduit à l’établissement de 30 procès-verbaux d’infraction et à la destruction de 1,5 tonne de produits non conformes.

Ce rappel en Allemagne illustre l’efficacité du dispositif de traçabilité et de contrôle mis en place par l’ONSSA, qui veille à garantir la conformité des produits agricoles marocains aux normes internationales, précise notre source.

Pour l’année 2024, l’ONSSA a réalisé 5.716 analyses, incluant 275 échantillons de poivrons, et dressé 155 procès-verbaux d’infraction, avec 73 tonnes de produits détruits pour non-conformité.

Un souffle d’optimisme dans le textile marocain, mais gare au mirage des chiffres !

Le textile marocain démarre 2025 sur une note positive. En janvier, les exportations du secteur, cuir inclus, ont progressé de 5%, générant un surplus de 180 millions de dirhams par rapport à la même période en 2024. À lui seul, le segment des vêtements confectionnés, pilier de l’industrie, affiche une envolée de 7,9%. De quoi entrevoir une reprise du secteur ? Pas si vite, préviennent les experts.

Interrogé par Médias24, Abderrahmane Atfi, industriel et ex-président régional de l’Association marocaine des industries du textile (AMITH) pour Casablanca, tempère l’enthousiasme : « Un seul mois ne suffit pas à parler de reprise. Il faut au moins attendre la tendance du premier trimestre. Beaucoup d’usines ont connu un démarrage tardif, ce qui a simplement décalé des expéditions prévues fin 2024 vers janvier et février ».

Un rebond conjoncturel ou un véritable frémissement de la demande ? L’industrie textile marocaine est suspendue aux chiffres des mois à venir pour trancher.

Une stagnation persistante en 2024

Malgré cette embellie en début d’année, les tendances de long terme montrent des fragilités. En 2024, les exportations du textile et cuir ont enregistré un recul de 0,5%, prolongeant une dynamique de stagnation observée ces dernières années. Ce repli est principalement attribuable à la diminution des exportations de chaussures.

« La contraction est liée au recul des exportations de chaussures. On devrait plutôt analyser le comportement des exportations des textiles-habillement, et c’est plutôt une stagnation. La persistance de l’inflation, et donc du recul du pouvoir d’achat des consommateurs, explique en partie l’atonie du marché. La persistance des guerres s’ajoute aux incertitudes », souligne Abderrahmane Atfi.

Par ailleurs, l’architecture actuelle des exportations textiles marocaines repose en grande partie sur des relations établies avec un nombre limité d’acteurs et de marchés. En particulier, la prédominance du groupe Inditex structure fortement l’écosystème du secteur.

Un seul mois ne suffit pas à parler de reprise. Il faut au moins attendre la tendance du premier trimestre

« La dynamique de l’écosystème avec le groupe Inditex explique largement la domination des articles confectionnés sur les volumes exportés. Les statistiques confirment plutôt une concentration encore plus forte de nos exportations sur l’Espagne », précise notre interlocuteur.

Ce positionnement, bien qu’il assure une certaine résilience à court terme, expose néanmoins le secteur à une dépendance accrue et limite sa capacité à créer davantage de valeur ajoutée.

Le textile marocain pris en étau entre l’Asie et la Turquie

Face aux géants asiatiques et turcs, le textile marocain joue sur un échiquier dominé par des acteurs intégrés, ultra-compétitifs et solidement implantés sur le marché européen.

« Avec 94% de parts de marché en Europe, ces acteurs exercent une véritable mainmise. Le Maroc, avec à peine 3,2%, peine à se frayer un chemin. Ce n’est pas une question de qualité, mais de puissance industrielle. Les concurrents asiatiques et turcs disposent d’un arsenal redoutable : approvisionnement direct en matières premières, textile en amont hyperdéveloppé, offre diversifiée en habillement et innovation technologique avancée. Ils s’appuient aussi sur un gigantesque marché intérieur immense, globalement de près de 3 milliards d’habitants, qui leur assure une flexibilité sans égale », explique Abderrahmane Atfi, industriel et ex-président régional de l’AMITH à Casablanca.

Le Maroc, avec à peine 3,2%, peine à se frayer un chemin. Ce n’est pas une question de qualité, mais de puissance industrielle

Pourtant, le Maroc ne manque pas d’atouts. Sa proximité avec l’Europe lui confère une agilité logistique précieuse dans l’univers de la fast fashion, où la réactivité est reine. Son savoir-faire, fruit de décennies d’expertise textile, reste un atout indéniable. Mais dans une bataille où l’adaptabilité et l’innovation dictent les règles, ces avantages ne suffisent plus.

« Nous avons longtemps capitalisé sur notre positionnement unique dans la chaîne d’approvisionnement européenne. Mais aujourd’hui, il ne suffit plus d’être bien placé sur la carte ou d’avoir une main-d’œuvre qualifiée. Il faut investir massivement dans l’amont textile, renforcer nos capacités industrielles et intégrer les technologies les plus avancées. Cela passe aussi par un effort majeur dans la formation aux nouveaux métiers du textile : innovation, mode, design, ingénierie textile… Si nous voulons jouer dans la cour des grands, nous devons muscler notre jeu », préconise Abderrahmane Atfi.

Au-delà de la simple rivalité commerciale, les règles du jeu elles-mêmes évoluent. L’Europe, en durcissant ses exigences en matière de traçabilité et de normes environnementales, redéfinit l’accès au marché. Mais ce qui ressemble à une contrainte pourrait se transformer en opportunité pour le Maroc, qui a déjà amorcé des démarches en faveur du textile durable.

D’ici 2030, nous ambitionnons de créer 100.000 nouveaux emplois. À nous de transformer cette ambition en réalité

Autre piste stratégique : briser la dépendance au marché européen en explorant de nouveaux débouchés, notamment en Afrique et sur d’autres marchés émergents.

« Nous avons les cartes en main. Nos centres de formation – CTTH, ESITH, Casa Académie – sont des piliers sur lesquels nous devons nous appuyer pour saisir ces opportunités. Mais cela exige un engagement plus fort des pouvoirs publics. Un accompagnement stratégique et des investissements ciblés seront déterminants pour assurer l’avenir du textile marocain, un secteur clé pour l’emploi. D’ici 2030, nous ambitionnons de créer 100.000 nouveaux emplois. À nous de transformer cette ambition en réalité », conclut Abderrahmane Atfi.

Dépréciation du dollar face au dirham : voici les implications sur les importations en dollars

Depuis le début de l’année 2025, le dollar américain a enregistré une baisse notable sur le marché des changes, s’établissant à une dépréciation de 4,2% face au dirham entre le 2 janvier et le 11 mars. Ce phénomène suscite des interrogations quant à ses implications économiques, notamment pour le Maroc, dont près de 50% des importations sont libellées en dollars, principalement dans les secteurs de l’énergie et de l’alimentation.

Cette dépréciation du billet vert trouve son origine dans plusieurs dynamiques économiques et financières. D’une part, les politiques protectionnistes renforcées sous la nouvelle administration Trump ont contribué à un ralentissement des échanges commerciaux internationaux, réduisant ainsi la demande de dollars sur les marchés. D’autre part, une fuite de capitaux hors des États-Unis vers d’autres actifs et devises plus attractifs a accru l’offre de dollars, contribuant à sa baisse relative face à plusieurs monnaies, y compris le dirham marocain.

Interrogé par Médias24, un économiste spécialiste en politiques de change explique ce phénomène. « Lorsque les investisseurs se détournent des actifs en dollars pour se repositionner sur d’autres devises ou sur des valeurs refuges comme l’or, cela crée une pression baissière sur le dollar. L’offre excédentaire de billets verts sur le marché des changes entraîne mécaniquement une baisse de leur valeur ».

Cependant, cette tendance reste à surveiller et pourrait être temporaire. L’ampleur de la dépréciation dépendra des politiques monétaires de la Réserve fédérale américaine (Fed) et des ajustements des marchés financiers face aux incertitudes géopolitiques et commerciales.Il est rare que les baisses de coûts à l’importation soient intégralement répercutées sur les prix finauxLa baisse du dollar, toutes choses égales par ailleurs, devrait avoir un effet favorable sur le coût des importations marocaines. En supposant que les prix internationaux restent constants, une dépréciation de plus de 4% se traduit mécaniquement par une baisse équivalente des coûts d’importation en dirhams.

Prenons un exemple concret : une entreprise marocaine qui importait 100.000 DH de produits libellés en dollars verra sa facture diminuer d’environ 4%, soit un nouveau coût de 96.000 DH. Cette dynamique de change constitue un allégement significatif pour les importateurs, en particulier dans les secteurs fortement dépendants des approvisionnements en devises américaines, comme les hydrocarbures et certaines denrées alimentaires.

Toutefois, cet effet peut être neutralisé par d’autres facteurs. « Il est important de noter que la transmission de la baisse du dollar aux prix finaux ne sera ni immédiate ni totale. Les importateurs peuvent choisir de préserver leurs marges, et d’autres facteurs peuvent venir atténuer l’effet positif attendu », souligne notre interlocuteur.

Une transmission incomplète aux consommateurs

Malgré une baisse « théorique » du coût des importations, qui devrait avoir lieu, les consommateurs ne bénéficieront pas nécessairement d’une réduction proportionnelle des prix. Ce phénomène s’explique par le concept d’Exchange Rate Pass-Through (ERPT), qui mesure l’élasticité des prix aux variations du taux de change, c’est-à-dire dans quelle mesure ces fluctuations se répercutent sur les prix finaux.

L’ERPT est exprimé en pourcentage et mesure la proportion dans laquelle une variation du taux de change se répercute sur les prix finaux des biens importés.

Par exemple, un ERPT de 40% signifie qu’une dépréciation de 10% du dollar entraînera une baisse de 4% des prix des produits importés. À l’inverse, un ERPT de 80% implique qu’une variation de 10% du taux de change se traduira par une baisse de 8% des prix. Plus le taux de pass-through est élevé, plus l’impact du taux de change sur les prix est direct et rapide.

Ainsi, si la baisse du dollar réduit le coût d’importation, elle ne se traduira pas nécessairement par une baisse équivalente des prix à la consommation. Comme l’indique notre économiste, « il est rare que les baisses de coûts à l’importation soient intégralement répercutées sur les prix finaux. La transmission peut être partielle et différée dans le temps, en fonction des contrats commerciaux, des stratégies de tarification des entreprises et des rigidités nominales ».

→ Le rôle des produits dérivés et des stratégies de couverture

Un autre élément clé qui peut limiter l’impact de la dépréciation du dollar est l’utilisation des produits dérivés financiers. Les entreprises marocaines, en particulier les grandes sociétés importatrices, ont souvent recours à des instruments de couverture tels que les contrats à terme (forwards), les options de change, ou encore les swaps de devises pour se protéger contre la volatilité des taux de change.

En d’autres termes, même si le dollar baisse aujourd’hui, les entreprises ayant sécurisé leurs achats via des produits dérivés à un taux antérieur plus élevé ne bénéficieront pas immédiatement de cette dépréciation. Cette situation peut neutraliser en partie l’effet positif attendu sur le coût des importations.

« Beaucoup d’importateurs marocains utilisent des produits de couverture pour se prémunir contre la volatilité du taux de change. Si une entreprise a couvert ses achats à un taux supérieur, elle continuera à payer ce taux jusqu’à l’expiration de son contrat, ce qui peut limiter l’effet de la baisse actuelle du dollar », indique l’expert.

Il convient de souligner que l’évaluation précise de l’ampleur de l’ERPT au Maroc nécessite des données détaillées et longitudinales sur les prix des biens importés, incluant les coûts d’acquisition en dollars et les taux de change appliqués sur une période étendue.

Un effet contrasté sur les exportations marocaines

Si l’appréciation du dirham face au dollar réduit la facture des importations, elle peut en revanche pénaliser les exportations, dont environ 35% à 38% sont libellées en dollars. Une baisse du dollar implique que, pour un même volume de ventes en devises américaines, les exportateurs reçoivent moins de dirhams.

Prenons l’exemple du phosphate, l’un des principaux produits d’exportation du Maroc. Si le dollar se déprécie de 4%, les recettes en dirhams issues des exportations de phosphate diminueront dans la même proportion, à condition que les prix internationaux restent stables. Cela constitue une perte pour les producteurs marocains qui réalisent une part significative de leur chiffre d’affaires en dollars.

La baisse du dollar allège plus la facture des importations qu’elle ne pénalise les exportations

Cependant, cet effet peut être compensé par une éventuelle hausse des prix internationaux. Si la demande mondiale de phosphates augmente, les prix peuvent s’ajuster à la hausse, permettant aux exportateurs marocains de maintenir leurs revenus en dirhams malgré la baisse du dollar.

Dans tous les cas, l’effet net reste globalement positif pour le Maroc, car 50% des importations sont en dollars, contre seulement 35% à 38% des exportations, et les importations dépassent largement les exportations.

« La structure du commerce extérieur marocain fait que l’appréciation du dirham face au dollar, bien qu’elle puisse pénaliser certaines exportations, reste globalement bénéfique. L’économie marocaine importe bien plus en dollars qu’elle n’exporte, ce qui signifie que la baisse du dollar allège plus la facture des importations qu’elle ne pénalise les exportations », conclut notre spécialiste en politiques de change.