Cannes : « Everybody Loves Touda » primé aux Critics Awards for Arab Films

Le film « Everybody Loves Touda » de Nabil Ayouch a ainsi remporté le prix du meilleur scénario et celui de la meilleure actrice (Nisrin Erradi).

« Everybody Loves Touda » sort désormais dans les salles à travers le monde. Après la France, la Belgique et la Suisse, le film vient de commencer son exploitation en Suède et en Roumanie. Il sera dans les salles en Allemagne le 29 mai, et sortira bientôt en Italie, en Norvège et au Danemark, selon un communiqué de la maison de production « Ali n' ».

Le long métrage ayant remporté plusieurs prix avait intégré la sélection officielle du Festival de Cannes l’an dernier et avait été sélectionné pour représenter le Maroc aux Oscars 2025 dans la catégorie « Meilleur film étranger ».

Cannes : le pavillon marocain met en lumière de jeunes talents, sous le regard de Rachida Dati

Le pavillon marocain a accueilli, le 18 mai, la ministre française de la Culture, Rachida Dati, venue à la rencontre de jeunes cinéastes marocains participant à l’atelier de coproduction Maroc-France. Cette initiative, née de l’accord de coproduction signé à Cannes le 18 mai 2024 entre le Maroc et la France, est portée par le Centre cinématographique marocain (CCM) et le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

L’atelier vise à accompagner une nouvelle génération de réalisateurs marocains dans le développement de longs métrages de fiction et d’animation, en leur offrant l’opportunité d’échanger avec des producteurs français accrédités au festival et au Marché du film.

La visite de Mme Dati s’est déroulée en présence d’Abdelaziz El Bouzdaini, secrétaire général du ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication et directeur par intérim du CCM, ainsi que du président du CNC, Gaëtan Bruel. Deux projets lui ont été présentés : un long métrage d’animation en 3D et un autre film mêlant narration classique, intelligence artificielle et animation.

« C’est un plaisir de visiter le pavillon marocain, toujours très fréquenté et ouvert », a déclaré Rachida Dati à la MAP, saluant la mise en œuvre concrète de l’accord bilatéral signé un an plus tôt avec son homologue marocain, Mohamed Mehdi Bensaid.

Elle a souligné le professionnalisme des jeunes porteurs de projets marocains et mis en avant l’expertise croissante du Royaume dans des domaines en plein essor comme le film d’animation, la vidéo ou encore le gaming. « C’est une coopération d’égal à égal dont nous avons beaucoup à gagner », a-t-elle estimé, appelant à envisager la prochaine étape de ce partenariat renforcé.

Pour sa part, Abdelaziz El Bouzdaini a indiqué que cinq projets marocains ont été sélectionnés dans le cadre d’un appel à candidatures lancé avec la partie française. « Des rencontres B2B ont été organisées aujourd’hui en marge du Festival », a-t-il précisé, soulignant que la plupart des projets retenus sont portés par de jeunes réalisateurs à l’aube de leur carrière.

(Avec MAP)

Festival de Cannes : Leïla Slimani membre du jury de la 78e édition

Le jury aura l’honneur de décerner la palme d’or à l’un des 21 films en compétition, après Anora de Sean Baker, remis par le jury de Greta Gerwig en 2024, indique un communiqué du festival.

Présidé par l’actrice française Juliette Binoche, le jury de cette édition est composé, outre Leïla Slimani, de l’actrice et cinéaste américaine Halle Berry, de la réalisatrice et scénariste indienne Payal Kapadia, et de l’actrice italienne Alba Rohrwacher.

Le réalisateur, documentariste et producteur congolais Dieudo Hamadi, le réalisateur et scénariste coréen Hong Sangsoo, le metteur en scène et producteur mexicain Carlos Reygadas, et l’acteur américain Jeremy Strong font également partie du jury.

Le palmarès sera révélé le 24 mai prochain lors de la cérémonie de clôture, d’après la même source.

Leïla Slimani a publié son premier roman en 2014, Dans le jardin de l’ogre, remarqué par la critique et proposé pour le prix de Flore 2014. Son deuxième roman, également chez Gallimard, Chanson douce, a obtenu le prix Goncourt 2016 et le Grand Prix des lectrices Elle 2017. Il est adapté au cinéma en 2019, avec Karin Viard et Leïla Bekhti.

Elle publie ensuite trois autres romans aux éditions Gallimard : Le Pays des autres (Grand prix de l’Héroïne Madame Figaro 2020), Regardez-nous danser et J’emporterai le feu.

La Marocaine Asmae El Moudir membre du jury « Un certain regard » à Cannes 2024

« Un certain regard » est une section dérivée de la sélection officielle du Festival de Cannes. Cette section parallèle fait concourir des films originaux et favorise la découverte de nouveaux talents.

Présidé par l’acteur, réalisateur, scénariste et producteur canadien Xavier Dolan, le jury de cette édition est composé, outre Asmae El Moudir, de la scénariste et réalisatrice franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré, de l’actrice germano-luxembourgeoise Vicky Krieps et du critique de cinéma, réalisateur et écrivain américain Todd McCarthy.

Le jury « Un certain regard » du 77e Festival de Cannes aura pour mission « de remettre le Palmarès de cette section qui célèbre un jeune cinéma, d’auteur et de découverte », selon les organisateurs.

Dans cette sélection parallèle, 18 longs-métrages ont été sélectionnés, dont huit premiers films, notamment Le Procès du chien de Laetitia Dosch, The Shameless de Konstantin Bojanov ou encore September Says d’Ariane Labed.

(Avec MAP)

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Le nouveau film de Nabil Ayouch en sélection officielle de Cannes

Cette sélection est une nouvelle étape pour Nabil Ayouch, après avoir intégré la compétition officielle en 2021 pour Haut et Fort, la Quinzaine des Réalisateurs pour Much Loved en 2015 et la section Un Certain Regard pour Les Chevaux de Dieu en 2012.

Le rôle principal de Everybody Loves Touda est porté par Nisrin Erradi. Elle y incarne Touda, une femme qui ne rêve que d’une chose : devenir une Cheikha. Se produisant tous les soirs dans les bars de sa petite ville de province sous le regard des hommes, Touda nourrit l’espoir d’un avenir meilleur pour elle et son fils. Maltraitée et humiliée, elle décide de tout quitter pour les lumières de Casablanca, peut-on lire dans un communiqué.

Produit par Ali’n Productions (Maroc), en coproduction avec Les Films du Nouveau Monde (France), Velvet Films (Belgique), SnowGlobe (Danemark), Viking Film (Pays-Bas) et Staer (Norvège), Everybody Loves Touda est vendu à l’étranger par MK2 International. Le film sortira prochainement au cinéma au Maroc, conclut le communiqué.

Ce qu’apportera au Maroc la nomination à Cannes du film de Nabil Ayouch (Avis d’experts)

« Pour les gens du métier, la nomination du film « Haut et fort » du réalisateur Nabil Ayouch est une consécration mondiale qui cartographie le Maroc dans le Graal », se félicite Sarim Fassi-Fihri en rappelant qu’être sélectionné au plus grand festival au monde qu’est Cannes est « le top du top ».

« Haut et fort » n’est pas le 1er film marocain à concourir à la palme d’or »

« Si jusqu’à présent, les films marocains ont pu participer aux catégories parallèles comme Un certain regard, la Quinzaine des réalisateurs et enfin la semaine de la critique, c’est la deuxième fois de toute l’histoire du cinéma marocain que nous participons à la compétition officielle qui réunit 23 films.

« Avant lui, il y a eu le documentaire « Ames et rythmes » du réalisateur marocain Abdelaziz Ramdani, produit par le CCM, qui avait été sélectionné pour concourir sans succès à la palme d’or de l’édition 1962 mais qui n’avait pas été médiatisé comme il se doit à l’époque, malgré l’effet de première.

« C’est la raison pour laquelle peu de gens savent que le Maroc a déjà été sélectionné pour concourir à la sélection officielle de ce festival qui constitue encore une fois une véritable consécration planétaire.

« A terme, le cinéma marocain suivra les traces de la Roumanie »

« Arriver à un tel niveau de compétition avec des concurrents de classe mondiale est par conséquent remarquable et quoiqu’il arrive, Nabil Ayouch et le Maroc ont d’ores et déjà gagné », avance Fassi-Fihri.

Selon le patron du CCM, sa sélection dans la short-list du festival permettra au cinéma marocain d’avoir à terme la même visibilité mondiale que la Roumanie qui a commencé à être reconnue à l’international après ses participations et ses prix aux festivals de Cannes (Palme d’or) et Berlin (Ours d’or)

« L’effet à court-terme sera certainement l’ouverture des portes à notre cinéma national dans d’autres grands festivals à l’image de ceux de Berlin, Venise, San Sebastien et tant d’autres », prédit le directeur.

« Une éventuelle palme d’or ne sera que la cerise sur le gâteau »

« Si le film de Ayouch devrait se vendre plus facilement, il y aura aussi un changement de perception de notre cinéma parmi les grands distributeurs plus à l’écoute lors de la sortie d’autres films marocains. », espère Fassi-Fihri qui précise toutefois que Ayouch n’a jamais eu de mal à financer ses productions.

« Quelle que soit la décision que les jurés prendront, Nabil et le cinéma marocain ont déjà gagné car même s’il remporte la palme d’or, celle-ci ne sera que la cerise sur le gâteau », conclut le DG qui se réjouit à l’avance des futures retombées positives internationales pour l’image du cinéma marocain.

« Haut et fort », un film 100% marocain

Se voulant également optimiste pour l’avenir du cinéma national grâce à « la première véritable participation du Maroc à un tel niveau de compétition, le critique cinématographique Bilal Marmid a tenu à préciser que « Haut et fort » a été totalement réalisé, filmé, monté par l’équipe marocaine du réalisateur marocain Nabil Ayouch et en partie financé par le CCM soit l’argent du contribuable marocain.

« Faire partie des 23 films sélectionnés pour la compétition officielle est donc une vraie consécration pour le parcours de ce réalisateur qui connait très bien le festival de Cannes dont il est un habitué.

« Une consécration qui devrait motiver les cinéastes africains »

« Une consécration qui ne pourra que motiver les cinéastes marocains et africains qui sont peu ou pas assez représentés chaque année dans la compétition officielle de ce festival.

« A partir du 6 juillet prochain, toute la planète aura donc les yeux rivés sur le festival et notamment sur le film de Ayouch qui non seulement bénéficiera d’une visibilité extraordinaire auprès des futurs spectateurs mais également auprès des acteurs du plus grand marché du film de la planète.

« Une nomination qui ouvre la porte aux Oscars »

« En effet, la force de sa participation ne réside pas dans la quête de la palme d’or mais plutôt dans ce qui viendra après la cérémonie des prix à savoir sa sélection dans d’autres festivals comme celui des Oscars.

« Ainsi, tout comme Nadine Labaki, prix du jury à Cannes, pour « Capharnaüm » puis finaliste dans la short-list du meilleur film étranger aux oscars américains, « Haut et fort » pourra suivre le même chemin.

« Sa sélection va donc baliser le terrain aux confrères marocains de Ayouch qui a compris avant tout le monde que le succès d’un film ne se limitait pas à un tournage, un montage et une projection mais aussi et surtout à la quête préalable de distributeurs et de vendeurs internationaux dès le montage financier.

« Un avant et un après »

« Cela facilite ensuite la tâche pour être sélectionné dans les meilleurs festivals de la planète comme Cannes, Berlin et Venise mais cela n’aidera pas les cinéastes à obtenir des fonds étrangers car c’est un travail à part basé avant tout sur la qualité d’un scénario », affirme Marmid pour qui il y aura cependant un avant et un après « Haut et fort ».

« En effet, si Nabil a déjà participé aux catégories « Un certain regard » et à la « Quinzaine des réalisateurs », désormais, il joue clairement dans la cour des plus grands réalisateurs du monde entier.

« L’occasion de préciser que tous les cinéastes sélectionnés à la compétition officielle du festival de Cannes sont automatiquement sélectionnés les années suivantes pour concourir à un de ses prix », précise le critique en ajoutant que la carrière déjà prolifique de Ayouch va être boosté avec sa sélection.

Les précédentes participations du Maroc au festival de Cannes

Sur les différentes participations du Maroc au festival de Cannes, Marmid rappelle par ordre chronologique décroissant celle de Meryem Touzani en 2019 pour son film « Adam » dans la catégorie « Un certain regard ».

Vient ensuite en 2018 celle de Meryem Benmbarek dans la même catégorie pour son premier long-métrage Sophia, « Zin Li fik » de Nabil Ayouch en 2017 dans la « Quinzaine des réalisateurs », Leila Kilani en 2016 pour son film « Sur la planche », dans la même catégorie, « Les Chevaux de Dieu » de Nabil Ayouch dans un certain regard, Faouzi Bensaid avec « Mille moi » et Narjis Nejjar pour les « Yeux secs », tous deux en 2003 dans la catégorie parrallèle « Un certain regard », conclut le critique de cinéma qui en profite pour demander au CCM de retrouver et publier le documentaire disparu de Abdelaziz Ramdani qui avait été le premier film marocain à concourir à la palme d’or.

Entretien. Nabil Ayouch réagit à la sélection de son film en compétition officielle à Cannes

Médias24 : Après l’annonce de votre nomination à la prestigieuse Palme d’or du festival de Cannes, vous devez certainement être harcelé de coups de téléphone laudateurs…

Nabil Ayouch : J’avoue que c’est le cas.

-Avez-vous été surpris en apprenant cette nouvelle ?

-Si nous étions plutôt confiants pour être sélectionnés dans les catégories « Quinzaine des réalisateurs » ou « Un certain regard » nous ne savions pas qu’on pouvait arriver à un tel niveau de compétition car c’est bien beaucoup plus complexe d’y arriver.

Quoi qu’il en soit, c’est une excellente nouvelle.

-Avez-vous conscience d’entrer dans l’histoire du cinéma marocain qui n’a jamais réussi à concourir pour la palme d’or ?

-Bien évidemment et j’en suis d’ailleurs extrêmement fier et très heureux pour nous tous.

D’abord pour le film et mon équipe, mais surtout pour le cinéma marocain et mon pays qui est le Maroc.

-Votre sélection est d’autant plus remarquable que vous avez de très grosses pointures comme concurrents à l’image de Sean Penn, Jacques Audiard, Paul Verhoeven, Léo Carrax…

-C’est vrai qu’il y a du très beau monde et je me dois d’accepter cette compétition qui m’honore.

– De pestiféré à Much Loved, vous allez cette fois-ci être porté aux nues par tous les Marocains et faire l’unanimité y compris par les autorités qui avaient censuré ce film jugé anti-marocain…

-(Rires), je ne sais pas mais la situation a beaucoup évolué depuis l’extrême-violence dont j’ai fait l’objet.

Avec le temps, je pense que mes détracteurs ont pris du recul et ont fini par comprendre le sens de ma démarche cinématographique qui n’était absolument pas de casser mon pays.

Partant de ce constat, il y a lieu de pardonner et d’avancer.

-En laissant derrière vous les nombreuses attaques contre votre intégrité ?

-Tout cela est désormais derrière moi car j’ai un amour profond pour mon pays et le peuple marocain.

-Après les menaces de mort dont vous avez été l’objet, certains auraient peut-être choisi de partir…

-Pas moi, parce que tous mes films reflètent ma passion pour le Maroc et parce que des crises et des disputes arrivent dans toutes les histoires de cœur mais au final l’amour triomphe toujours.

-Pourquoi “Haut et fort” a été sélectionné pour la palme d’or et pas Zin li fik ?

-N’étant pas dans le secret des délibérations, je ne peux pas répondre à cette question mais peut-être que les jurés ont jugé qu’il avait les bonnes qualités pour faire partie de la sélection officielle.

-Quelques mots sur votre film et son positionnement par rapport aux précédents ?

-C’est l’histoire d’un ancien rappeur qui arrive dans un centre culturel de Sidi Moumen et trouve une bande de jeunes filles et garçons désœuvrés à qui il transmettra sa passion pour le hip-hop.

Sa thématique est la transmission sachant que grâce à lui, ils vont réussir à s’exprimer à travers cet art.

-Il ne risque donc pas de déclencher des polémiques comme l’avaient fait Ali Zaoua ou Zin li fik avec des thèmes chers à l’Occident ?

-Effectivement, ce n’est pas le cas mais c’est une erreur de laisser croire que les organisateurs de festivals sélectionnent les films juste parce qu’ils contiennent un côté polémique.

Beaucoup de Marocains pensent que c’est le cas mais c’est ne pas faire honneur voire même insulter l’intelligence des cinéphiles.

Pour cette édition, Cannes a visionné 2.300 films contre 1.700 d’habitude pour n’en retenir que quelques-uns.

A partir de là, je peux vous assurer que leurs critères de sélection ne sont pas basés sur le scandale mais sur une proposition cinématographique car si c’était sur d’autres critères, le festival n’existerait plus depuis longtemps.

-En réalité, ce n’est pas la première fois que vous ou même votre femme la cinéaste Myriam Touzani participaient au Festival de Cannes ?

-En effet, ma femme a déjà été nominée pour son long-métrage Adam dans la catégorie Un certain regard et pour ma part, j’ai concouru pour « Les chevaux de Dieu » et à la quinzaine des réalisateurs avec « Much Loved ».

-Est-ce qu’encore une fois, on peut dire que ce film est l’œuvre d’un documentaliste de la société marocaine plutôt que d’un cinéaste tout court ?

-Il est évident qu’avant toute chose, j’ai toujours été un cinéaste mais après chacun a sa manière de faire des films qui est souvent extrêmement liée à son parcours personnel.

C’est d’autant plus le cas pour moi que je porte en moi une histoire que peu de gens connaissent.

-C‘est-à-dire ?

-L’histoire de mon enfance ne s’est pas déroulée au Maroc mais dans une banlieue parisienne chaude où issu d’une classe moyenne, j’ai grandi dans une ville très communautariste mais aussi assez violente.

Ce qui m’a sauvé et donné envie de faire du cinéma, c’est un centre culturel à savoir une maison de la jeunesse et de la Culture (MJC), qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle que l’on voit dans mon dernier film.

C’est donc un peu de mon enfance qu’il y a dedans et c’est pour cette raison qu’il y a souvent une approche naturaliste dans tous mes films qui est lié à mon parcours.

Au final, rien ne se fait par hasard.

-Le cinéma vous a donc sauvé de la délinquance propre à certaines banlieues françaises ?

-Pas forcément même si j’ai eu beaucoup d’amis qui ont fini en prison ou qui sont morts mais en réalité grâce à mes parents et à mon éducation je ne pense pas que j’aurais pu tomber là-dedans.

-En réalité, le cinéma m’a surtout sauvé d’une perte d’identité sachant qu’à l’époque, j’étais en réel manque d’identité à savoir éclaté entre la France et le Maroc et ballotté entre deux cultures.

Avec le temps, l’art et la culture m’ont donc beaucoup aidé pour me définir et savoir qui j’étais véritablement.

Notamment, grâce à ce centre culturel de Sarcelles sans qui je ne serai probablement pas devenu réalisateur ou en tout cas je n’aurais pas fait le même type de films si je n’étais pas passé par cette MJC.

Je suis donc hyper reconnaissant car avec ce film, j’ai vraiment l’impression de rendre une partie de ce qui m’a été donné pendant ma jeunesse, y compris au Maroc pour son énorme apport.

-Où a véritablement commencé votre carrière de cinéaste ?

-Ce qui est beau dans mon histoire c’est que la découverte et l’apprentissage de mon identité marocaine se sont faits grâce et par le cinéma parce que c’est là où tout s’est construit.

Ainsi, mon premier court-métrage avec Jamel Debbouze a été réalisé dans le désert marocain avec une envie furieuse d’explorer le Maroc (Tiznit, Taroudant, Tafraout) que j’ai d’ailleurs revisité ensuite avec mon film Mektoub.

Idem pour Ali Zaoua qui est également un film sur la quête identitaire qui me caractérise.

-Au départ, vous n’êtiez pas arabophone ?

-Absolument pas, j’ai fait l’effort d’apprendre l’arabe parce que j’aime cette langue et que je n’avais malheureusement pas eu l’occasion de l’apprendre durant ma jeunesse parisienne.

Pour cela, j’ai été m’instruire dans les livres et dans la rue avec tous les Marocains et Marocaines qui m’entouraient et qui ont bien voulu m’aider.

Tout cela partait d’une volonté de se connecter ou plutôt de se reconnecter à mes racines.

-Vous auriez pu vous contenter de faire des films en français ?

-Ce n’est pas arrivé pour plusieurs raisons et en particulier grâce à l’attachement que j’ai pour le Maroc et pour la beauté des âmes et des cœurs que j’y trouve.

En effet quand vous êtes cinéaste, vous allez d’abord vers ce qui vous inspire le plus.

-Contrairement à l’idée reçue, vous n’êtes donc pas un fils de bourgeois qui ne connait rien au Maroc et veut imposer des idées du haut de son piédestal occidental mais un enfant de banlieue défavorisé ?

-Evidemment car encore une fois les gens ne connaissent pas mon parcours et me jugent à tort.

Puisque vous m’en donnez l’occasion, je tiens à redire que je suis très fier d’être qui je suis et de mes origines et bien évidemment d’être le fils de mon père Noureddine Ayouch et de ma mère.

-Votre histoire personnelle a-t-elle permis d’inspirer votre œuvre cinématographique ?

-En effet, elle est liée à ma manière de faire des films et elle est encore plus proche de mon dernier long-métrage qui porte une part importante d’autobiographie et donc de mon enfance.

-Pourquoi de film en film, votre enfance est de plus en plus présente ?

-Avec les années, beaucoup de choses remontent à la surface et si cela ne se traduit pas forcément dans tous mes films, en réalité personne n’échappe à d’où il vient.

Mon enfance m’a forgé car si j’étais né à Anfa ou passé par le lycée Lyautey, je n’aurais certainement pas du tout approché des quartiers populaires comme celui de Sidi Moumen.

-Sarcelles et Sidi Moumen, même combat ?

-Plutôt même maux et même effets car le jour où je suis arrivé à Sidi Moumen, je me suis retrouvé dans le Sarcelles de mon enfance.

D’ailleurs bien avant les attentats de 2003 et mon film « Les chevaux de Dieu », j’y avais tourné un documentaire sur le microcrédit pour la Fondation Zakoura et déjà à cette époque (1995), j’étais persuadé qu’une explosion de violence était inévitable à terme.

Entre rupture du lien identitaire et social, le manque de lieux de vie pour les jeunes pour s’exprimer et se retrouver, le bidonville se prêtait en effet idéalement à une bombe sociale qui n’attendait qu’un détonateur.

-Pour conclure, avez-vous l’impression d’avoir déjà gagné ?

-D’une certaine manière car être en compétition pour la première fois de l’histoire du Maroc, c’est déjà la plus belle des victoires.