Harmonie divine à Fès : entre baroque italien et nouba andalouse

À Fès, la nuit tombait doucement sur Bab Al Makina quand les premières notes se sont élevées. Un silence sacré a enveloppé l’enceinte historique, bientôt rempli par une musique venue d’un autre temps. Dans le cadre enchanteur du Festival de Fès des musiques sacrées, la deuxième soirée de la 28ᵉ édition a donné lieu à une création originale mêlant Italie et Maroc : Vêpres de la Sainte Vierge. Un concert spirituel et magistral, qui a tissé des liens entre la musique baroque de Claudio Monteverdi et la tradition andalouse marocaine.

Plus qu’un hommage croisé, une célébration du dialogue artistique, portée par deux ensembles d’exception et inspirée par le thème de cette édition : Renaissance.

Cette œuvre inédite, portée par l’Orchestre et les Chœurs du Festival Monteverdi d’Italie aux côtés de l’Orchestre arabo-andalou de Fès dirigé par Mohamed Briouel, a tissé un pont sensible entre les polyphonies sacrées de Claudio Monteverdi et les mélismes envoûtants du répertoire andalou. Une rencontre musicale qui n’a pas simplement juxtaposé deux univers : elle les a fait vibrer à l’unisson, dans une fresque sonore à la fois liturgique et poétique.

Ce projet prend tout son sens dans le cadre du partenariat mis à l’honneur cette année entre le Maroc et l’Italie, pays invité de cette 28ᵉ édition. Il s’inscrit aussi dans une relation symbolique et culturelle forte entre Fès et Florence ; deux cités d’histoire et de savoir, deux foyers d’art et de spiritualité.

Le thème de cette édition ne pouvait être plus approprié. Il renvoie autant à l’héritage florentin du XVIᵉ siècle qu’à l’élan créatif du dialogue interculturel contemporain.

Dans une déclaration à Médias24, Antonio Greco, chef de l’Orchestre Monteverdi, confie son émotion : « Je suis originaire de Crémone, la ville natale de Monteverdi, considéré comme le fondateur de la musique classique occidentale. Ce soir, nous avons joué sa musique dans une terre chargée d’histoire, avec Mohamed Briouel, figure emblématique de la musique andalouse. Cette rencontre m’a profondément touché. Ce que nous avons créé, c’est un véritable dialogue entre deux musiques, deux sensibilités, deux cultures ».

Ce mariage entre Monteverdi et les noubas andalouses traditionnelles a captivé le public. Tantôt recueilli, tantôt transporté par l’énergie des chœurs, le public a salué la performance avec une ferveur quasi religieuse. « Nos oreilles ont été caressées », soufflait une spectatrice, encore émue à la sortie.

 

Mohamed Briouel, pour sa part, voit dans cette création un manifeste du festival lui-même : « C’est cela, l’essence du Festival de Fès. Le concert de ce soir l’exprime parfaitement : deux cultures qui se rencontrent et fusionnent à travers la musique. La musique baroque et la musique andalouse, unies dans une même spiritualité ».

À Bab Al Makina, l’écho des voix sacrées s’est mêlé au souffle du vent, transportant les harmonies de Fès à Florence, de Crémone à Rabat. Une traversée des siècles, où la musique est, plus que jamais, un langage de paix et de transcendance.

Festival de Fès des musiques sacrées : La Princesse Lalla Hasnaa ouvre une 28e édition sous le signe de la renaissance

Le concert d’ouverture du Festival de Fès des musiques sacrées a offert une succession de fragments inspirés de la beauté du monde, de la multiplicité de ses expressions et de l’esthétisme d’une Afrique colorée, baroque et parfois burlesque.

Dans une scénographie narrative et chorégraphique exceptionnelle, ce spectacle a mis en scène, en sons et en images, la thématique centrale de l’édition 2025, valorisant la notion de « Renaissance » comme une impulsion de renouveau culturel, spirituel et artistique, dont le Maroc se veut un modèle.

Des dizaines d’artistes représentatifs de la programmation diversifiée du festival de Fès se sont succédé devant les murailles historiques de Bab Al Makina, parmi lesquels les femmes de Mayotte (îles Comores) qui perpétuent le rituel soufi du « Deba », l’ensemble soufi « Areej » du Sultanat d’Oman et la Compagnie Méhansio de Côte d’Ivoire.

Il s’agit également des « Kassaïdes » mourides du Sénégal, des Tambours du Burundi, de la danse mystique du « Sama » de Meknès, et du chant sacré de la renaissance, interprété par la mezzo-soprano et colorature Battista Acquaviva.

Au terme de ce concert inaugural, la Princesse Lalla Hasnaa a remis le « Prix jeunes talents-Esprit de Fès« , organisé en partenariat avec la Fondation « Esprit de Fès », aux lauréats du conservatoire de musique de la capitale spirituelle du Royaume. Ainsi, les Prix du piano, du qanoun, du violon et du luth (oud) sont revenus respectivement à Imane Berrada, à Hiba Azzegar, à Zakaria Almoubakir et à Saad Ghannami.