Quand Essaouira devient une immense scène : instants choisis du Festival Gnaoua 2025

Du 19 au 21 juin, Essaouira s’est, une nouvelle fois, transformée en un vaste espace de fête et de dialogue. Un espace suspendu dans le temps, entièrement dédié à la musique, aux rencontres et au vivre-ensemble. La 26ᵉ édition du Festival Gnaoua et musiques du monde s’est achevée sur une note puissante, empreinte de groove, de mémoire et d’humanité. Plus de 300.000 festivaliers ont répondu présent à ce grand rendez-vous du métissage musical.

Entre les remparts de la médina et la plage, les guembris ont répondu aux saxophones. Les chants mandingues se sont entremêlés aux pulsations afro-cubaines. Quant aux voix gnaoua, elles ont vibré au rythme des tambours sénégalais.

Une ouverture haute en couleur

Dès la parade d’ouverture, portée par les Maâlems dans un tourbillon de couleurs, l’ambiance était donnée : festive, généreuse et intense.

Sur la grande scène Moulay El Hassan, les concerts se sont enchaînés avec une progression musicale finement orchestrée. L’ouverture maroco-sénégalaise — réunissant Hamid El Kasri, la Compagnie Bakalama, Abir El Abed et Kya Loum — a immédiatement placé la barre très haut.

Soirée d'ouverture de festival Gnaoua 2025

Par la suite, les fusions ont révélé toute leur richesse : Houssam Gania avec Marcus Gilmore, Dhafer Youssef aux côtés de Maâlem Morad El Marjani, ou encore Cimafunk en duo avec Khalid Sansi.

Dhafer Youssef aux côtés de Maâlem Morad El Marjani, Festival Gnaoua 2025

CKay, The Leila, et un moment suspendu : le concert de Fehd Benchemsi & The Lallas, ont marqué les esprits. Ce dernier a offert un set généreux, mêlant rock, gnaoua et chaâbi, dans une communion festive et poétique qui a rassemblé toutes les générations.

Ckay au Festival Gnaoua 2025

Au total, 350 artistes issus de plus d’une douzaine de pays — du Sénégal à la Turquie, en passant par Cuba, la Syrie ou encore la Côte d’Ivoire — ont foulé les différentes scènes du festival. Parmi eux, 40 Maâlems Gnaoua, figures tutélaires et nouveaux visages de la tradition.

The Leila au Festival Gnaoua 2025

Essaouira, scène à ciel ouvert

Étudiants, familles, passionnés ou curieux de passage : tous étaient au rendez-vous. Dans les files d’attente, les cafés ou les ruelles de la médina, on entendait autant de langues que de rires.

Comme toujours, à Essaouira, la musique unit au-delà des origines, des âges et des horizons. Le public du Festival Gnaoua ne se contente pas d’écouter. Il danse, il interroge, il participe. Il est l’écho vivant d’une mémoire partagée.

Durant trois jours, la ville entière s’est faite scène. Des concerts intimistes se sont tenus dans les zaouias ou à Bayt Dakira. Au Borj Bab Marrakech, des sons kurdes ont résonné. Sur la plage, les jeunes Maâlems ont conquis un public attentif et conquis, mêlant groove berbère et oud électrique.

Penser, transmettre, dialoguer

Dans le cadre de la Chaire UM6P des Croisements culturels et Globalisation, deux tables rondes inédites ont permis un échange rare entre chercheurs, penseurs et Maâlems Gnaoua.

Dans ces dialogues profonds, sans filtre, les savoirs universitaires ont rencontré les savoirs du corps, de la transe et de la transmission orale. Une conversation à hauteur d’homme, nourrie par l’écoute mutuelle, la curiosité et le respect des héritages. Les mots savants se sont mêlés à ceux du vécu pour interroger ensemble la place du patrimoine vivant.

Parallèlement, le programme Berklee at Gnaoua Festival, mené pour la deuxième année en partenariat avec le Berklee College of Music, a rassemblé 74 jeunes musiciens issus de 23 nationalités. Pendant une semaine, ils ont partagé une résidence créative, des ateliers de formation et des échanges inspirants avec des professeurs de renommée mondiale.

Le rendez-vous est déjà fixé. La 27ᵉ édition du Festival Gnaoua et musiques du monde se tiendra du 25 au 27 juin 2026. Avec une promesse intacte : faire vibrer les rythmes que les frontières ne peuvent contenir.

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Gnaoua : les maâlems posent la base, la relève s’empare du rythme

À Essaouira, la 26e édition du Festival Gnaoua résonne plus que jamais comme une passerelle entre générations. Sur scène comme dans les coulisses, une conviction revient chez tous ceux qui font battre le cœur du festival : il est temps pour la jeune génération de Gnaouis de s’imposer. Avec travail, patience et authenticité, tout devient possible, à condition de rester fidèle à l’essence de cet art.

C’est ce que nous ont confié trois figures qui incarnent chacune à sa manière la richesse et l’évolution de la tagnaouite : les maâlems Hamid El Kasri, Mustapha Baqbou et l’artiste multi-instrumentiste Fahd Benchemsi.

Maâlem Baqbou, la transmission en héritage

Présent à chaque édition depuis les débuts du festival, Maâlem Mustapha Baqbou est une figure tutélaire de la tagnaouite. Originaire de Marrakech, il porte cet héritage depuis son enfance, transmis par son père et son grand-père. Aujourd’hui, il le transmet à son tour.

« C’est à notre tour de passer le flambeau », confie-t-il, après sa prestation avec Najib Bekkass, l’un de ses plus fidèles disciples, avec qui il a partagé la scène lors de la deuxième soirée du festival. Une transmission vivante, en musique, et pleine d’émotion.

Hamid El Kasri : « Les jeunes gnaouis prennent place »

Maâlem Hamid El Kasri, lui, savoure cette édition. « Les fusions de cette année, c’est exactement ce que je cherche », affirme-t-il avec enthousiasme. Tambours africains, voix profondes venues du continent, rythmes envoûtants : tout résonne à l’unisson avec les qraqeb gnaouis.

Initié dès l’âge de 7 ans, El Kasri est reconnu pour sa capacité unique de fusionner les styles du Nord et du Sud du Maroc, forgeant une signature musicale reconnaissable entre toutes. Sa voix, grave et vibrante, est devenue emblématique.

Pour lui aussi, le message aux jeunes est clair : « Il faut apprendre auprès des grands maâlems, travailler sans relâche et développer sa propre identité. Ce n’est pas facile, mais c’est possible ».

Fahd Benchemsi, entre passion et réinvention

Acteur et musicien, Fahd Benchemsi est un autre visage de cette nouvelle génération gnaouie. Il se dit «  piégé » entre deux amours : la tagnaouite traditionnelle, qu’il écoute pour lui, et les fusions, qu’il joue pour le public.

 

Pour sa première participation sur la grande scène de la plage, il a livré un concert vibrant aux côtés du maâlem Hicham Merchane, fils du légendaire Abdelkbir Merchane. Un moment fort, mêlant sonorités gnaouies, influences ghiwanies et énergie féminine, portée par son groupe The Lallas.

Fahd, passionné depuis toujours par les musiques marocaines, a enrichi son approche à Los Angeles, au contact de musiciens de jazz, soul et gospel. De retour au pays, il fusionne ces influences avec respect et audace. Son titre « Baba Mimoun« , entre groove et spiritualité, en est la preuve.

Une scène à prendre

Chez Baqbou, El Kasri et Benchemsi, une même conviction : la scène gnaouie est prête à accueillir ses jeunes héritiers. Mais cela demande du temps, de la rigueur et surtout une fidélité à l’âme de cet art.

Et comme le dit Hamid El Kasri : « Les jeunes doivent s’imprégner de tout, puis tracer leur propre chemin. Moi aussi, je suis passé par là ».

Essaouira renoue avec la magie du Festival Gnaoua

Sous un ciel étoilé bercé par la rosée nocturne et les embruns de l’Atlantique, la ville d’Essaouira a renoué avec la magie du Festival Gnaoua, qui s’est ouvert ce jeudi 19 juin par une parade haute en couleur, ouvrant ainsi le bal de trois jours de festivités.

Bien plus qu’un événement musical, le Festival Gnaoua incarne « une célébration du patrimoine, du dialogue et de l’humanité partagée », a déclaré sa productrice Neila Tazi.

À travers ce festival, « nous souhaitons offrir non seulement des performances, mais aussi des rencontres, un espace où les cultures s’écoutent, les traditions sont honorées et où de nouveaux chemins artistiques se dessinent », a-t-elle poursuivi, notant qu’il représente un exemple vivant de la manière dont la culture peut bâtir des ponts au-delà des différences.

Neila Tazi, productrice du Festival Gnaoua
Neila Tazi, productrice du Festival Gnaoua

Sur la scène Moulay Hassan, les couleurs rouge, jaune et vert dominaient l’espace, donnant le ton d’un spectacle où les cultures dialoguent par la musique. La médina a été transformée pour l’occasion en scène à ciel ouvert.

Le voyage musical a démarré avec Hamid El Kasri, figure emblématique de la tagnaouite, qui a livré une performance magistrale. Il était accompagné de la Compagnie Bakalama, troupe sénégalaise aux danses traditionnelles envoûtantes et aux percussions puissantes avec des sabar et djembé, faisant résonner l’Afrique jusqu’au cœur d’Essaouira.

Hamid El Kasri au Festival Gnaoua.
Hamid El Kasri au Festival Gnaoua.

À leurs côtés, la chanteuse Abir El Abed a offert un souffle poétique et métissé, entre andalou et gnaoua, tandis que la voix grave et vibrante de Kya Loum, imprégnée de rock, soul et jazz, a capté toute l’attention du public.

La soirée s’est poursuivie avec une autre fusion audacieuse : celle de Maâlem Houssam Gania, héritier de l’immense Mahmoud Gania et gardien d’une tradition séculaire, et du batteur américain Marcus Gilmore. Ensemble, ils ont livré un dialogue percussif subtil, où le guembri ancestral croisait les envolées rythmiques d’un jazz contemporain habité.

Le Joudour Project de Majid Bekkas est venu clore cette première soirée. Pionnier de la fusion gnaoua-jazz depuis les années 1980, Bekkas démontre la richesse de son concept African Gnaoua Blues, en tissant des passerelles entre la transe gnaouie, le blues africain et les improvisations jazz.

Tout au long de la soirée, les spectateurs se sont laissés porter, tantôt guidés par les frappes vibrantes des tambours africains, tantôt envoûtés par les notes profondes du guembri. Mais, tous réunis sous le ciel d’Essaouira, dansaient, chantaient, respiraient cette ambiance unique qu’offre chaque année le Festival Gnaoua.

Un rendez-vous incontournable pour les maâlems et les passionnés de Gnaoua, mais aussi pour tous les amateurs de musiques du monde, de spiritualité douce et de good vibes.

Le 26e Festival Gnaoua dévoile une nouvelle série de fusions musicales

Depuis sa création en 1998, le Festival Gnaoua et musiques du monde d’Essaouira s’est imposé comme un événement musical unique, fondé sur une tradition essentielle, celle des maâlems gnaoua qui, maîtres incontestés de la transe et gardiens d’un héritage ancestral, ouvrent chaque année les portes de leur art à des musiciens venus du monde entier, soulignent les organisateurs dans un communiqué.

Au cœur de cette alchimie, des fusions inédites et envoûtantes, où le Maroc entre en résonance avec les musiques du monde, de l’Afrique subsaharienne aux Amériques, de l’Europe à l’Asie, en passant par les rives méditerranéennes, ont-ils relevé.

Après avoir levé le voile sur ses premiers temps forts, le festival a dévoilé ce lundi 11 mai une nouvelle série de fusions qui viendront marquer cette 26e édition, ajoute la même source, précisant que d’autres concerts et moments forts seront révélés dans les prochaines semaines.

Ainsi, le public aura rendez-vous avec un concert intitulé « Groove sacré, funk sans frontières » avec maâlem Khalid Sansi et Cimafunk.

« Artiste de Casablanca et figure montante de la scène gnaoua, maâlem Khalid Sansi incarne le renouveau d’un art ancestral qu’il fait dialoguer avec les rythmes du monde. Issu d’une lignée gnaoua et formé très jeune auprès de son père, il forge une esthétique à la croisée du spirituel, de la danse et de la performance contemporaine. De collaborations avec Jacques Schwarz-Bart à des créations avec des danseurs ou des jazzmen africains, il multiplie les ponts entre traditions et modernité », indique la même source.

« Cette année, il remonte sur la scène du Festival Gnaoua pour un face-à-face électrique avec Cimafunk, phénomène cubain du funk afro-latin. Véritable électrochoc musical, Cimafunk dynamite la musique cubaine avec une énergie irrésistible. Héritier spirituel de James Brown, il mêle funk incandescent, rythmes afro-cubains et conscience afro-descendante dans un cocktail explosif. Une collision incandescente entre groove caribéen et transe gnaoua, portée par deux artistes en quête de libération sonore », relève le communiqué.

Les festivaliers vibreront également avec maâlem Morad El Marjan et Dhafer Youssef, le temps d’un concert intitulé « Dialogue mystique entre deux héritages sacrés ».

« Figure de la nouvelle génération gnaouie, Morad El Marjan cultive un lien profond avec l’héritage musical et spirituel des anciens, tout en s’ouvrant à de nouvelles sonorités venues d’autres univers musicaux. Né à Rabat, formé sur scène dans les festivals du Royaume, il s’est imposé par son jeu expressif, son humilité et sa volonté de transmettre », selon la même source.

« Sa rencontre avec Dhafer Youssef, maître du oud et alchimiste du jazz spirituel, s’annonce comme un moment suspendu : une conversation entre deux formes d’élévation, où les lignes du guembri dialoguent avec les envolées mystiques du oud. Originaire de Tunisie, Dhafer Youssef est aujourd’hui l’un des artistes les plus respectés de la scène musicale internationale. Inclassable, il fait dialoguer oud, jazz, chant soufi et textures électroniques avec une virtuosité rare. Collaborateur de géants comme Herbie Hancock ou Marcus Miller, il incarne une vision libre et lumineuse des musiques du monde. Cette fusion s’annonce subtile, introspective, vibrante », poursuit le communiqué.

Au menu figure également le concert « Femmes puissantes, mémoires vivantes« , animé par Asmaa Hamzaoui, Bnat Timbouktou et Rokia.

« Fille du maâlem Rachid Hamzaoui, Asmaa Hamzaoui a su, avec talent et détermination, ouvrir un espace féminin dans une tradition longtemps masculine. Avec son groupe Bnat Timbouktou, elle réinvente la tagnaouite au féminin, abordant des thèmes profonds comme l’exil, les racines et la mémoire. Sa voix grave, son jeu de guembri assuré et sa présence scénique en font une figure majeure du renouveau gnaoui », font savoir les organisateurs.

« Elle partage aujourd’hui la scène avec Rokia Koné, chanteuse malienne à la voix puissante et engagée. Venue de Ségou et surnommée « la Rose de Bamako », Rokia Koné incarne la force des grandes voix africaines. Membre des Amazones d’Afrique, révélée au monde avec Bamanan, elle marie racines mandingues et influences modernes avec une intensité bouleversante », ajoute la même source.

Depuis ses débuts, le Festival Gnaoua a toujours mis à l’honneur les grandes voix féminines africaines, en fusion avec les maâlems, à l’image de figures telles qu’Oumou Sangaré ou Fatoumata Diawara, notant que ce nouveau duo s’inscrit dans cette lignée, entre transmission, sororité musicale et fusion des héritages.

« En plus de leurs fusions, Cimafunk, Rokia Koné et Dhafer Youssef se produiront également en concerts individuels sur la scène Moulay El Hassan, lieu emblématique du Festival Gnaoua. Chacun d’eux livrera au public un moment fort et personnel, une immersion dans l’essence de son univers musical. Avec ces concerts, le festival poursuit sa vocation de faire dialoguer les musiques du monde avec l’héritage gnaoui, tout en mettant en lumière les grandes figures de la création musicale contemporaine ».

« Depuis plus de vingt-cinq ans, le Festival Gnaoua et musiques du monde d’Essaouira écrit l’histoire d’une musique sans frontières. Chaque édition est une invitation à l’échange, à l’inattendu, à l’émerveillement partagé. Plus qu’un festival, il offre une expérience collective unique et régénératrice », poursuit le communiqué, avant de conclure que d’autres annonces suivront très bientôt pour dévoiler de nouveaux temps forts et refléter toute la richesse de cette 26e édition.

Récit. Festival Gnaoua d’Essaouira, un quart de siècle d’histoire !

Difficile de relater trois jours d’une atmosphère mystique à Essaouira qui vient d’accueillir, comme chaque année, le Festival Gnaoua. Nous allons tout de même tenter d’évoquer la richesse de ce rendez-vous incontournable, avec une particularité cette année : la grand-messe musicale célébrait sa 25e édition.

Le public toujours fidèle au rendez-vous

À Essaouira, l’expression « le Festival Gnaoua vient avec son vent » alimente les veillées familiales, nous racontent des Souiri sur place. Qu’il s’agisse d’un mythe ou d’une simple coïncidence, les habitants de la cité des alizés sont convaincus que le vent s’invite particulièrement durant le festival.

Si les visiteurs accordent peu ou pas d’intérêt au vent qui souffle sur la ville, c’est parce que le jeu en vaut la chandelle. Se perdre dans les dédales d’Essaouira pour (re)vivre l’expérience de cette manifestation artistique sans pareille.

Cette année, ils étaient 400.000 festivaliers à affluer au Festival Gnaoua, selon Neyla Tazi, soit 100.000 festivaliers de plus qu’en 2023. Les foules humaines qui se déplacent d’une scène à l’autre ne font que confirmer le chiffre avancé par la cofondatrice du Festival Gnaoua.

Hommes d’affaires ou politiques, influenceurs, jeunes et moins jeunes ont pris part à cette 25e édition inaugurée le jeudi 27 juin à Bab Doukkala.

Les mâalems gnaoua avaient repris place ce jour dans les rues d’Essaouira, en tête de la parade d’ouverture. Un spectacle haut en couleur pour donner le ton des festivités à venir.

Mehdi Bensaid, André Azoulay, Rita Zniber, Miriem Bensaleh-Chaqroun, José Luis Rodríguez Zapatero, entre autres, étaient au premier rang lors de la cérémonie d’ouverture.

Sur place, nous avons également croisé le secrétaire général du PPS, Mohamed Nabil Benabdallah. Grand habitué du festival, le politicien s’est réjoui, au micro de Médias24, de la réussite de cette manifestation artistique de grande envergure. « C’est toujours un plaisir d’être à Essaouira. C’est d’abord une ville qui présente une singularité de par le creuset qu’elle représente, de par le fort enracinement dans la tradition mais, en même temps, l’ouverture sur le monde. Le Festival Gnaoua est venu ouvrir des perspectives nouvelles. Vous le voyez, aujourd’hui, dans les rues d’Essaouira, à travers les différents spectacles. Vous voyez que toutes les composantes et les couches sociales du peuple marocain sont là, des plus défavorisés aux plus aisées, dans le cadre d’une marche et d’une fréquentation commune ».

La musique, ce langage universel

Si le Festival Gnaoua remporte un franc succès auprès de différentes couches sociales, c’est parce qu’il permet à tous de communiquer dans une langue universelle, celle de la musique.

Un constat que nous confirme le chef d’orchestre du festival, Karim Ziad : « Pour une fusion musicale réussie, les artistes doivent parler ce même langage qu’est la musique. Si cela continue ainsi, je crois que le Festival Gnaoua va inventer d’ici dix ans un style musical qui sera reconnu mondialement ».

Le concert d’ouverture, véritable hymne au métissage, en est la parfaite illustration. Commémorant la fraternité transatlantique en rythmes, celui-ci a en effet célébré dans la médina, sur la scène Moulay Hassan –  la plus grande –, les influences africaines, hispaniques et outre-Atlantique. Nuit mémorable où des sons endiablés venus de différents coins du monde ont ainsi déferlé sur la cité des alizés.

Des rythmes engageants et engagés

À Essaouira, les festivaliers ont également chanté la Palestine. Plusieurs d’entre eux, vêtus d’un keffieh, ce carré de tissu symbole de la cause palestinienne, ont ainsi brandi le drapeau de la Palestine, clamant ensemble de vive voix : « Free, Free, Palestine ». Une scène répétée à maintes reprises, notamment lors du concert du rappeur palestinien Saint Levant, dont la performance a mêlé rythmes engageants et engagés, ou encore lors des complaintes du chaâbi-algérois version rumba et flamenco du groupe Labess.

Les moments forts de la 25e édition du Festival Gnaoua n’avaient pas trait qu’à la musique.

À l’occasion de son premier quart de siècle, le festival a ainsi initié deux nouveaux projets aux grandes ambitions, notamment le lancement d’un programme de formation en partenariat avec l’une des plus prestigieuses institutions musicales au monde, Berklee College of Music (Boston, Massachusetts), et la création d’une chaire dédiée à la culture gnaoua en partenariat avec le Center for African Studies de l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir.

Les 28 et les 29 juin s’est aussi tenue, en marge du festival, la 11e édition du Forum des droits humains sur le thème « Maroc, Espagne, Portugal : une histoire qui a de l’avenir ».

« Nous avons choisi cette thématique parce que nous avons voulu sortir le débat autour de l’enjeu du Mondial de sa dimension organisationnelle, du défi logistique, du défi des infrastructures. Nous avons voulu aussi mettre en débat le fait que ces trois pays ont une très belle histoire commune, une histoire qui a pu être difficile par périodes, par moments ; mais aussi une histoire importante qui a permis à ces trois pays de se construire et qui sont des pays amis, des pays solidaires sur le plan politique, sur le plan économique, mais aussi sur le plan culturel », nous expliquait Neyla Tazi.

Loin de l’énergie débordante des grandes scènes, de la programmation spéciale prévue pour chaque édition ou encore des événements organisés chaque année parallèlement au festival, il est important de souligner, qu’à Essaouira, l’esprit gnaoua se vit toute l’année. Les mâalems se livrent quotidiennement à la tradition, envoûtant passants et résidents.

Le Festival Gnaoua n’est donc pas autre chose qu’une escapade thérapeutique qui confirme et nous rappelle la mysticité d’une ville où esprit et corps se réconcilient. À Essaouira, les âmes perdues retrouvent leur voie.

Festival Gnaoua : A Essaouira, José Luis Zapatero parle de la nécessité de faire du Mondial 2030 la coupe mondiale de la paix

Cette année, la 11e édition du Forum des droits humains du Festival Gnaoua est placée sous le thème des relations Maroc-Espagne-Portugal.

Prenant part à ce débat qui se tient les 28 et 29 juin, l’ancien président du gouvernement d’Espagne, José Luis Rodríguez Zapatero a affirmé lors de son intervention introductive : « C’est un plaisir d’être ici, une fois de plus, au Maroc, dans cette terre de paix, dans ce congrès et ce festival culturel d’entendement. Une exigence nous invite à travailler ensemble pour la défense des droits de l’homme et de la femme. J’aimerais ainsi que le Mondial 2030, organisé par nos trois pays amis, soit le concours mondial de football pour la paix ».

« Nous devrions donc tous les trois nous engager pour qu’en 2030, nous arrivons à ce stade où la paix règne au monde. A l’heure qu’il est, nous souffrons le plus de victimes mortelles de guerres depuis la Seconde Guerre mondiale, notamment avec la guerre en Ukraine et avec ce qu’endure le peuple palestinien à Gaza. Je tiens ici à condamner les actions barbares d’Israël. Il n’y a pas de droit à la défense qui permette d’impunément tuer des enfants, des filles, des femmes et des jeunes », enchaine-t-il.

« […] Garantir l’égalité de genre, les droits des femmes, c’est certainement le meilleur changement que nous avons vécu dans les 50 dernières années. Le futur de la paix, du progrès, le futur de la dignité dans tous les coins de la planète va dépendre de tous. C’est pour cela que je considère que ce débat, que ce festival avec tout son bagage traditionnel, doit nous servir de facteur de motivation, d’encouragement et d’appui », a ajouté le responsable espagnol.

« C’est ici qu’on vit la musique et c’est ici qu’on vit la culture. Et là où la culture apprend, c’est là où la culture adoucit les mœurs, facilitant par conséquent la paix. La Méditerranée est avant tout l’espace de la culture. De grandes civilisations sont nées en Méditerranée. Aujourd’hui, l’Espagne, le Maroc et le Portugal ont une grande responsabilité à porter. Nous devons agir pour que le Mondial 2030 soit la coupe mondiale de la paix », conclut ce dernier.

Plus de 400.000 festivaliers sont attendus cette année au Festival Gnaoua (Neila Tazi)

Dans une déclaration à Médias24 après la séance inaugurale de la 11e édition du Forum des droits humains organisé en marge du Festival Gnaoua, Neila Tazi revient sur l’évolution de cette grand-messe musicale qui a contribué à faire émerger Essaouira comme une destination de tourisme culturel par excellence. Elle évoque aussi le choix du thème de ce forum, placé cette année sous le signe des relations entre le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Médias24 : Le festival fête aujourd’hui son premier quart de siècle. Qu’est-ce qui a changé depuis l’édition de 1998, et comment cet événement s’est-t-il développé au fil des années ?

Neila Tazi : Beaucoup de choses ont changé, sauf l’esprit et l’âme du festival, puisque c’est ce que nous avons cherché à préserver tout au long de ces vingt-cinq années, parce que c’est ce qui a fait la magie de ce festival, de sa création ; ce qui a fait son authenticité, sa spontanéité, sa dimension inclusive, cette invitation à tous ceux qui veulent venir avec un esprit libre, ouvert, rencontrer les Gnaouas, la ville d’Essaouira, les Souiris, qui sont tellement accueillants.

Donc voilà un espace de trois jours qui donne beaucoup d’espoir, de se retrouver, d’être ensemble et de partager simplement des idées, une envie d’évoluer ensemble et de construire un monde meilleur, je dirais, parce que les artistes ont un rôle très important.

On a pu le voir pendant le Covid, lorsque nous étions, chacun chez soi, isolés ; on s’est tous repliés, réfugiés dans la culture, les livres, les films, la musique, et aussi sur des questions politiques où nous avons la chance d’avoir la voix des artistes qui s’élèvent lorsque trop de gens restent silencieux.

Et je pense que ce festival a permis de nous faire grandir sur le plan intellectuel, sur le plan de nos idées, tous autant que nous sommes et qui sommes fidèles à cet événement. Nous avons aussi été les témoins du formidable développement économique que ce festival a apporté à la ville d’Essaouira.

– Comment le Festival Gnaoua a-t-il contribué à faire émerger Essaouira comme une destination de tourisme culturel par excellence ?

– Il y a forcément un avant et un après-festival. À Essaouira, l’image d’une ville touristique culturelle est un défi très difficile. Ça a été démontré par des études, des experts de renom, de grandes organisations telles que l’OCDE.

On arrive à asseoir l’image d’une destination culturelle par des choix, des investissements. Il peut s’agir d’investissements dans des musées, des infrastructures, ou dans de grands événements. Cela a été le cas à travers le Festival Gnaoua et musiques du monde, et aussi une grande politique de développement par la culture qui a été choisie ici à Essaouira.

Le Festival Gnaoua a donné beaucoup de rayonnement à la ville. Cette année, par exemple, il verra affluer plus de 400.000 festivaliers.

Des médias du monde entier viennent chaque année relayer ce qui se passe ici et reviennent. Ce qui est très important à signaler, parce que pour pouvoir fidéliser des médias marocains, internationaux, il faut que les médias trouvent véritablement chaque année des choses à dire, des choses à raconter. Qu’ils trouvent aussi les conditions d’accueil pour exercer leur travail.

Et puis il y a aussi les artistes. Chaque année, on compte 15, 20 ou 25 pays invités, entre les musiciens qui se produisent sur scène et aussi les intellectuels qui interviennent dans notre forum. Il y a beaucoup de nationalités différentes. Et toutes ces personnes sont de merveilleux ambassadeurs de tout ce que nous faisons. Elles relayent ce travail partout dans le monde. Et je peux vous assurer qu’elles ont joué un rôle essentiel.

C’est un travail qui a pris du temps et qui s’est développé petit à petit en fonction de nos moyens, de nos possibilités. Mais je dirais que c’est un projet de développement durable. Aujourd’hui, c’est cela l’essentiel. Vous savez, on peut avoir beaucoup de moyens, beaucoup de choses et faire des choses qui ne durent pas. Le plus difficile, c’est de faire des choses qui durent, qui s’enracinent, qui s’installent et qui gagnent en crédibilité et en légitimité.

– Pourquoi avoir placé la 11e édition du Forum des droits humains sous le signe des relations Maroc-Espagne-Portugal?

– Nous avons choisi cette thématique parce que nous avons voulu sortir le débat autour de l’enjeu du Mondial de sa dimension organisationnelle, du défi logistique, du défi des infrastructures. Nous avons voulu aussi mettre en débat le fait que ces trois pays ont une très belle histoire commune, une histoire qui a pu être difficile par périodes, par moments ; mais aussi une histoire importante qui a permis à ces trois pays de se construire et qui sont des pays amis, des pays solidaires sur le plan politique, sur le plan économique, mais aussi sur le plan culturel.

Nous avons voulu donner la parole à nos intellectuels, à nos artistes, à des personnalités politiques, comme nous avons pu l’entendre ce matin avec l’ancien Premier ministre espagnol José Luis Zapatero, parce que ces échanges sont importants.  Pour donner aussi la parole à notre diaspora, aux Marocains du monde, qui observent ce qui se passe au Maroc, qui sont heureux et fiers de voir la vitesse à laquelle le pays évolue, les positions qu’il prend. 

Et à travers ces discussions, nous voulons initier une approche beaucoup plus élargie sur le rôle de tout un chacun dans la préparation de ce qui sera un grand défi pour nous en 2030, dont la réussite va bien sûr dépendre de l’organisation des matchs, mais aussi de l’implication du public, des populations. Chaque personne qui va y travailler va devoir être fière d’organiser ce Mondial avec trois pays amis, trois pays qui se soutiennent et qui ont envie de réussir ensemble.

EN IMAGES. Essaouira en transe dès l’ouverture du Festival Gnaoua

Ce jeudi 27 juin s’ouvre, à Bab Doukkala, le Festival Gnaoua et musiques du monde d’Essaouira. Le coup d’envoi, comme chaque année, est marqué par une parade d’ouverture menée par les mâalems gnaoua, qui ont déambulé dans les rues à la rencontre des Souiris et des festivaliers.

Chaque édition est certes spéciale, mais celle-ci l’est encore plus : le festival célèbre son premier quart de siècle.

 

L’ouverture a été marquée par un spectacle haut en couleur, qui donne le ton des trois jours de festivités à venir.

Suivra dans la soirée le concert d’ouverture qui, célébrant la fraternité transatlantique en rythmes, va réunir sur la scène Moulay Hassan les mâalems Hassan Boussou et My Tayeb Dehbi avec la Compagnie Dumanlé, Nino de Los Reyes, Sergio Martinez & Ilê Aiyê.

Le Festival Gnaoua, qui se tient jusqu’au 29 juin à Essaouira, promet des nuits mémorables où des sons enfiévrés venus des quatre coins du monde déferleront sur la cité des Alizés. Dans la cartographie des rendez-vous musicaux internationaux, 53 concerts, dont 6 concerts fusions et plus de 400 artistes au total.

Buika (Espagne), Saint Levant (Palestine), The Brecker Brothers Band Reunion (États-Unis), Labess (France, Algérie) et Bokanté (États-Unis, Guadeloupe) sont quelques-unes des têtes d’affiche qui illumineront cette 25e édition. Flamenco, blues, jazz, musique orientale, rap, rumba gitane, chaâbi… tous les styles sont au rendez-vous.

Parallèlement aux concerts se tiendra la 11e édition du Forum des droits humains du Festival Gnaoua et musiques du monde, organisé en partenariat avec le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) autour de la thématique d’actualité « Maroc, Espagne, Portugal : une histoire qui a de l’avenir ».