Sonasid : nouveaux produits, opportunités de développement, la stratégie décryptée par le DG

Le groupe Sonasid a affiché un chiffre d’affaires consolidé en légère progression de 3,7% à fin juin à 2,54 MMDH. Néanmoins, il a surtout connu une fonte de ses marges sur cette période par rapport à l’année précédente avec un EBITDA en retrait de 30% à 123 MDH. Cette baisse a notamment été induite par un effet prix défavorable et un contexte marché tendu.

Cela n’inquiète pas outre mesure le management de l’entreprise cotée, puisque le groupe affiche une résilience notable, portée par son plan stratégique visant à améliorer l’efficacité opérationnelle et lancer des produits à forte valeur ajoutée pour compenser la volatilité des cours de l’acier et de la ferraille.

Le contexte dans lequel évolue le groupe est marqué par d’importantes actualités susceptibles d’influer le cours de son développement positivement ou négativement. On peut citer l’atonie du secteur immobilier, la fin de la mesure de sauvegarde depuis ce 15 octobre 2023, ou encore les perspectives d’importants projets de construction à la suite du programme de reconstruction d’Al Haouz et ceux liés à l’annonce de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et de la Coupe du Monde 2030.

Médias24 s’est rendu au siège de Sonasid pour rencontrer son directeur général, Ismaïl Akalay. Il analyse pour nous la situation du marché international et nous confie en primeur de nouvelles stratégies sur le développement de l’entreprise.

Une matière première plus chère et un prix de vente plus bas 

« Au niveau du marché international, nous constatons une stabilisation du cours du minerai de fer allant de 110 à 120 dollars, le cours historique étant de 70 dollars. Sonasid base son processus de production sur le recyclage de la ferraille et non sur le minerai de fer, comme cela pourrait être le cas pour les hauts fourneaux. Aujourd’hui, nous constatons que certains opérateurs abandonnent ce minerai et commencent à s’approvisionner en ferraille pour soutenir leur effort de décarbonation. Par conséquent, ces acteurs siphonnent une partie du marché de la ferraille, ce qui alimente une pression haussière des prix de la ferraille », explique Ismaïl Akalay.

De plus, sur certains segments, Sonasid fait face à une concurrence locale plus féroce avec une hausse des importations observée durant le premier semestre. « Le fil machine et rond à béton ont vu leurs prix baisser du fait de la forte concurrence et des importations. Aujourd’hui, avec la levée des mesures de sauvegarde, le fil machine est fortement concurrencé par les importations en provenance d’Europe du Sud », concède-t-il.

Les mesures de sauvegarde sur le rond à béton, elles, sont arrivées à échéance le 15 octobre. Mais l’impact de cette levée sur Sonasid ne sera pas majeur car « l’amendement de l’accord de libre-échange Maroc-Turquie sera mis en place en imposant 36% de droit de douane sur le rond à béton et le fil à machines turques à partir d’octobre 2023. La durée d’application de ce droit est de cinq ans (renouvelable pour une durée de cinq années) », explique le dirigeant.

Les mesures de sauvegarde se traduisaient par une taxe de 50 euros la tonne importée de rond à béton au-delà des quotas. Le plus grand concurrent sur ce produit est la Turquie, mais à l’expiration des mesures de sauvegarde, les droits de douane seront de 36% sur le produit originaire de ce pays, ce qui est plus élevé que les 50 euros qui étaient appliqués.

Sonasid mettra un pied dans l’automobile dès novembre

Par ailleurs, le groupe essaie d’innover en proposant de nouveaux produits à forte valeur ajoutée. En décembre 2022, il avait lancé sa fibre d’acier avec une capacité de production de 20 KT par an. 80% de cette production était destinée au marché nord-américain ; le reste sur le marché local.

« Pour la fibre d’acier, nous remarquons que la demande est en hausse sur le marché marocain. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de proposer uniquement un produit à la vente. Nous œuvrons au quotidien pour offrir un service adapté aux besoins spécifiques de nos clients. Nous avons décidé de développer un bureau d’études en interne afin de déterminer au mieux les spécificités techniques des fibres d’acier requises dans les constructions de nos clients et proposer une solution optimisée pour leurs projets », explique Ismaïl Akalay.

Le produit est désormais exporté et commercialisé en Afrique du Sud, au Canada et en France dans le cadre de l’élargissement du métro parisien, mais aussi à Dubaï. « Nous venons de renforcer notre présence commerciale pour développer l’export de la fibre marocaine aux Etats-Unis. Parallèlement, nous avons décidé de doubler notre capacité de production pour passer à 40 KT à l’horizon 2025. Cela se fera en deux temps avec une montée en production à 30 KT en 2024 puis à 40 KT en 2025″, précise le dirigeant.

Le sidérurgiste va également lancer un investissement dans le précontraint (fil machine torsadé utilisé par les entreprises faisant du béton prêt à l’emploi, ndlr). Actuellement, l’intégralité du précontraint au Maroc est importée, mais dès le premier trimestre 2024, la réalisation industrielle sera lancée pour ce produit avec une production qui démarrera en fin d’année.

L’annonce notable est surtout le lancement du groupe dans l’industrie automobile. Évoquée il y a plusieurs mois, cette industrie était lorgnée par Sonasid. Désormais, le groupe a mis le pied dans le secteur avec un développement produit dérivé de la fibre d’acier. « Ce produit sera commercialisé à partir du mois de novembre 2023. Notre client fournissant de nombreux constructeurs automobile utilisera le produit Sonasid au niveau des câbles des portes, sièges et coffres des voitures », nous apprend le dirigeant.

Cela sera une arme de plus pour Sonasid de lancer un produit à forte valeur ajoutée pour lutter contre la volatilité des matières premières. L’autre opportunité, c’est bel et bien la conjoncture globale à moyen terme avec le besoin grandissant d’infrastructure dans le pays, notamment suite à l’annonce de la Coupe du Monde.

Le marché va se développer de façon importante

Après le drame d’Al Haouz, la nécessité de reconstruire est présente et certains acteurs marocains, dont Sonasid, vont de fait prendre part à cet épisode de reconstruction et d’accompagnement du développement de la région. Le marché semble d’ailleurs l’anticiper. Une hausse assez notable du cours est affichée depuis le 2 octobre de 23%, passant de 550 dirhams à 680 dirhams le titre.

« Au vu des récents événements, le marché connaîtra certainement une hausse de la demande. Sonasid a développé une expertise technique et opérationnelle qui le positionne en acteur incontournable du marché marocain avec la gamme la plus complète de produits longs de grande qualité, conformes aux exigences des normes nationales du secteur. Par ailleurs, à travers notre filiale Longometal Armatures, nous sommes en capacité de fournir les armatures industrielles. En somme, les signaux sont au vert. Nos équipes commerciales présentes et mobilisées sur l’ensemble du territoire se tiennent prêtes à répondre au développement de la demande nationale », explique le directeur général.

Un rond à béton antisismique prévu pour début 2024

Notons que le pays a une capacité installée de 3,5 MT sur le secteur sidérurgique, pour un marché de 1,2 MT. De fait, si la demande progresse, l’acteur national ne rencontrera aucune difficulté à satisfaire cette demande. « Notre laminoir de Nador tourne à 30% de sa capacité, nous sommes donc en mesure d’augmenter notre production », explique-t-il.

D’ailleurs, le groupe a prévu de lancer en 2024 le rond à béton antisismique sur lequel il travaille en recherche et développement depuis deux ans. Bien que des normes parasismiques soient en vigueur au Maroc dans le cadre des constructions, il n’existe pas de rond à béton antisismique. « Il y a différentes qualités de rond à béton antisismique. L’idée est de développer un rond à béton hautement ductile et flexible. Cela requiert une chimie spéciale qui nécessite un coût de fabrication plus élevé », explique le dirigeant.

De fait, le groupe travaille actuellement à l’obtention de la norme de ce nouveau produit. « L’ensemble de nos produits sont certifiés et répondent aux normes et exigences du marché. En vue de la mise sur le marché de notre rond à béton antisismique, nos équipes ont réalisé, avec l’appui des équipes R&D d’ArcelorMittal, plusieurs essais industriels. Nous travaillons aujourd’hui sur l’obtention des certifications nécessaires », conclut Ismaïl Akalay.

Sonasid : une bonne résilience en 2022 grâce à l’efficacité opérationnelle et à la fibre d’acier

Le groupe a organisé, le 20 mars, une conférence de presse à Casablanca pour présenter ses résultats 2022.

Une année qui a été jalonnée de challenges pour le sidérurgiste, qui a dû faire face à une forte contraction sur le marché de la construction, notamment le logement social qui consomme 15.000 tonnes de rond à béton par mois, du fait de l’inflation persistante.

Le groupe affiche en 2022 un chiffre d’affaires en croissance de 10% à 4 851 MDH, parvenant à maintenir son EBITDA à 303 MDH en 2022, en progression de 1% par rapport à l’année précédente, ce qui représente 6% du chiffre d’affaires annuel. Un résultat obtenu grâce notamment à la bonne exécution du programme stratégique, axé sur le renforcement de la compétitivité, l’optimisation des coûts fixes et le développement de nouveaux relais de croissance, qui a permis de maîtriser l’impact de la contraction du marché de la construction.

Le RNPG est ressorti en baisse de 20% à 86 MDH, en raison de la baisse des volumes et d’un impact non récurrent lié à la réévaluation de l’ensemble des actifs et passifs d’impôts différés (selon la norme IAS12), dans le cadre de la hausse de l’impôt sur les sociétés prévue par la loi de finances 2023. Dans la même lignée, le dividende recule de 21% à 30 dirhams par action au titre de l’année 2022.

Un retrait de la demande amorti par de bonnes performances opérationnelles et un bon dynamisme de la fibre d’acier

Malgré un bon effet prix, durant l’année 2022, le groupe a subi une forte contraction de la demande durant le second semestre. « Dans ce contexte, Sonasid a connu une année 2022 compliquée, notamment avec l’arrêt de la construction des logements sociaux qui consomment 15.000 tonnes par mois de rond à béton. Cela s’est vu sur la baisse dans la consommation de ciment l’an dernier. Grâce à notre stratégie de performance opérationnelle, nous avons pu amortir ce choc et maintenir notre EBITDA à niveau. C’est aussi le fruit de nos nouveaux projets comme la fibre d’acier », souligne le directeur général du groupe, Ismaïl Akalay. Le directeur financier, Youssef Hbabi, a précisé que la contraction du marché avait compté pour 60 MDH et l’effet de change négatif avait pesé pour 31 MDH en 2022.

Le groupe a en effet lancé son projet de fibre d’acier, dont la production et les premières ventes ont été réalisées en décembre 2022 dans son usine de Nador. « Il était prévu que cette production démarre au 4e trimestre, mais il y a eu des retards causés par l’équipementier qui devait nous livrer les équipements », explique le DG. Une partie de cette fibre, dont la majorité est destinée à l’export, a été vendue, notamment à la France, dans le cadre de la réalisation du métro parisien. « Nous participons à la construction de ce métro avec la fibre d’acier. Nous avons également exporté en Afrique du Sud et alimenté le marché local avec des industriels qui construisent des usines », précise Ismaïl Akalay.

La directrice marketing et commerciale du groupe, Assia Baraka, a d’ailleurs confirmé cette bonne dynamique export, avec une ambition de réaliser d’ici 3 ans 15% du chiffre d’affaires total du groupe à l’export, dont 5% représentés par la fibre d’acier. Cette année, la fibre jouera son rôle de relai de croissance grâce à un effet d’année pleine avec une capacité de production de 20.000 tonnes par an.

Le groupe entend aussi développer de nouveaux projets de développement d’acier à forte valeur ajoutée pour doubler son EBITDA d’ici 2025. « Nous avons commencé avec la fibre et avons d’autres projets que nous lancerons cette année. Nous avons l’ambition de nous appuyer sur notre centre de recherche et sur la transformation des nuisances de la sidérurgie en valeur ajoutée, comme la poussière d’acier. Tout cela permettra l’amélioration opérationnelle de nos usines », explique Ismaïl Akalay. Le groupe compte également appuyer cela à travers des investissements importants de l’ordre de 140 MDH à 150 MDH cette année.

La dynamique en 2023 pourrait être boostée par l’annonce des aides aux logements

Le directeur général confiait que l’année 2023 avait commencé comme s’est terminée l’année 2022. Une demande assez faible est perceptible, notamment du fait de l’arrêt du logement social. « Le logement social est quasiment à l’arrêt du fait de la hausse des matériaux de construction. Nous sommes tous dans l’attente de l’annonce de l’aide aux primo-acquéreurs des logements sociaux. Si cela est annoncé, je pense que ce sera une très bonne nouvelle », note le DG du groupe.

Parallèlement, des annonces d’investissements ont été faites sur l’infrastructure. « Le ministre a annoncé que 45 MMDH seront dépensés cette année ; nous surveillons donc la situation et serons au rendez-vous pour profiter de cette opportunité », poursuit Ismaïl Akalay.

Le groupe pourra aussi profiter du retrait des produits turcs du marché marocain cette année, notamment du fait de la catastrophe engendrée par le séisme. « Erdogan a annoncé un besoin de 4 millions de tonnes d’acier pour reconstruire ce qui a été détruit lors du séisme. Cela conduira donc la production turque vers son marché domestique et non vers l’exportation. Nous aurons donc un niveau de produits sidérurgiques turcs très faible cette année », explique le directeur général.

Le groupe compte également profiter de son acier vert pour s’offrir des opportunités d’export au sein de l’Union européenne, à l’arrivée effective de la taxe carbone en 2026.

Une préparation à la mise en place de la taxe carbone

Dès juillet 2022, le directeur général du groupe nous informait que Sonasid allait bénéficier d’un processus de certification de son acier vert par un bureau en Europe, du fait que le groupe produit son acier à partir d’énergie renouvelable à 85%.

La directrice marketing et communication a expliqué durant la conférence que « dès la fin de cette année, il faudra déclarer les émissions de carbone par produit. Entre 2023 et 2025, il s’agira simplement d’une déclaration des émissions et à partir de 2026, des droits seront appliqués en fonction des émissions de carbone ». Le groupe est en cours de certification auprès de l’institut technique du Luxembourg, qui a commencé à faire le compte des émissions de CO2 du groupe. « Ce travail théorique est terminé, nous attendons un second certificateur qui devrait venir sur le terrain. Nous espérons être certifiés courant de cette année », explique le dirigeant.

Le groupe cherche également à atteindre les 100% d’énergie renouvelable avec l’installation de 4 MWh, notamment avec l’installation, dans un premier temps, du parc photovoltaïque de Nador en juillet dernier.