Greening des agrumes : une menace préoccupante pour la filière

« Il ne faut pas se demander sil apparaîtra, mais quand« , prévient le Dr Mamoudou Sétamou, entomologiste agricole spécialisé dans la gestion intégrée des ravageurs des agrumes. Pour ce professeur au Département des sciences agronomiques et des ressources naturelles de l’université du Texas, l’apparition au Maroc de la maladie HLB des agrumes, aussi appelée « greening des agrumes » [ou huanglongbing, maladie du dragon jaune en chinois, ndlr], n’est malheureusement qu’une question de temps.

En cause, la proximité de pays déjà touchés, l’intensification des échanges commerciaux et les changements climatiques qui augmentent le risque d’apparition de cette maladie bactérienne qui a déjà ravagé des milliers d’hectares d’agrumes à travers le monde. Face à ce danger latent, les professionnels du secteur ont appelé à un renforcement urgent des mesures de biosécurité, à l’occasion du 1er Congrès national des agrumes, organisé du 12 au 15 mai à Marrakech.

« Nous ne sommes pas encore conscients du danger qui nous guette au Maroc », déplore Kacem Bennani Smires, président de l’interprofession Maroc Citrus. « Nous sommes certes obsédés par la sécheresse qui nous a coûté très cher. Mais il faut également sensibiliser les autorités compétentes à ce sujet. Ce serait vraiment dommage de ne pas prendre les précautions nécessaires avant qu’il ne soit trop tard », insiste-t-il.

D’autant qu’aucun traitement n’est connu pour l’instant. Il s’agit d’une réalité pour l’industrie des agrumes, notamment en Floride, au Brésil et dans certaines régions d’Asie et d’Afrique. Cette maladie se propage par le greffage de matériel infecté, ainsi que par une bactérie (Candidatus Liberibacter) transmise par des insectes vecteurs, le psylle africain ou asiatique des agrumes. Le « greening des agrumes » se matérialise à travers les symptômes suivants :

– jaunissement asymétrique des feuilles (semblable à une carence en nutriments) ;

– fruits déformés, plus petits, au goût amer, qui ne mûrissent pas uniformément ;

– chute prématurée des fruits ;

– déclin progressif de l’arbre, pouvant mener à sa mort.

Toutefois, il est nécessaire de distinguer le HLB d’une carence nutritionnelle. « Cette dernière se manifeste par une décoloration symétrique des feuilles, alors que le HLB cause une marbrure asymétrique », indique le Dr Mamoudou Sétamou, en rappelant que c’est parfois très difficile de faire la différence, ce qui rend le diagnostic compliqué.

Le cycle biologique du vecteur asiatique commence par la ponte des œufs sur les jeunes pousses qui apparaissent en période de croissance. Le cycle complet, de l’œuf à l’adulte, prend environ douze à quinze jours. Autrement dit, pendant un cycle végétatif de quatre à six semaines, on peut avoir jusqu’à trois générations successives.

« Une seule femelle peut pondre jusqu’à 800 œufs, rendant la lutte extrêmement difficile. Le vecteur se nourrit de la sève de l’arbre, ce qui va l’infecter s’il s’agit d’un arbre malade, et il va ensuite transmettre la maladie à d’autres arbres », explique Mamoudou Sétamou.

Il n’y a pas encore de HLB au Maroc

En se voulant rassurant, un représentant de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) assure que, « contrairement à ce qu’on peut entendre, il n’y a pas encore de HLB au Maroc ». Il souligne que les analyses effectuées dans les laboratoires du pays n’ont jamais révélé la présence de la bactérie, tout en insistant sur le fait que la filière des agrumes est autosuffisante en termes de plants, ce qui limite leur importation.

Un deuxième intervenant suggère que « les conditions climatiques du Maroc ne sont pas favorables au développement de la maladie, notamment parce que les températures peuvent dépasser les 40 °C ou 45 °C dans certaines régions, ce qui serait défavorable à la survie du vecteur ».

Ce à quoi le Dr Mamoudou Sétamou rétorque en indiquant qu’en cas de forte chaleur, « la bactérie se réfugie au niveau des racines lorsqu’il fait chaud, avant d’émerger quand la température baisse. Donc l’effet des fortes chaleurs sur la bactérie est temporaire ». Une chose est sûre, aucun traitement curatif n’est connu pour s’en débarrasser.

« Même les antibiotiques, utilisés dans certains pays, n’offrent qu’une protection temporaire ; les bactéries reviennent une fois le traitement arrêté. Pour lutter contre le vecteur, il faut détruire les arbres infectés ».

Les participants au panel soulignent que le Maroc n’est actuellement pas prêt à faire face à cette menace en raison de lacunes au niveau des systèmes de détection, des infrastructures de lutte et de la coordination entre les acteurs de la filière. Ils recommandent :

– une implication renforcée de l’État à travers des campagnes de sensibilisation pour les producteurs ;

– des programmes de formation pour les techniciens ;

– l’élaboration de plans d’urgence pour permettre une réaction rapide en cas d’apparition du ravageur ou de la maladie ;

– un maillage territorial efficace pour assurer une détection précoce.

La mobilisation de tous les acteurs professionnels et étatiques est essentielle pour éviter de reproduire les situations vécues par des pays comme les États-Unis, le Brésil ou l’Espagne, qui ont mis en place des stratégies nationales trop tardivement, avec de lourdes conséquences.

Agrumes : un tiers du verger perdu, la filière tire la sonnette d’alarme

Organisé par Maroc Citrus, sous l’égide du ministère de l’Agriculture, l’événement rassemble producteurs, conditionneurs, industriels, exportateurs, chercheurs et décideurs publics, dans le but de dresser un état des lieux complet et de tracer une feuille de route face aux défis actuels et futurs de la filière.

La rencontre intervient à un moment charnière : les agrumes représentent plus de 1,5 million de tonnes de production annuelle – dont un tiers destiné à l’export –, génèrent 32 millions de journées de travail, et font vivre plus de 13.000 familles rurales, tout en approvisionnant 50 stations de conditionnement et 4 unités industrielles de transformation en jus. Mais la sécheresse prolongée a entraîné une perte de près de 30% des superficies cultivées, passant de 128.000 ha en 2016 à 91.342 ha en 2024.

Médias24 s’est entretenu avec Kacem Bennani Smires, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), pour comprendre les priorités actuelles de la filière, les attentes vis-à-vis des pouvoirs publics, ainsi que les perspectives envisagées pour relancer durablement la dynamique du secteur.

Médias24 : Quels résultats concrets attendez-vous de ce congrès en matière de recommandations, de politiques publiques ou d’engagements interprofessionnels ?

Kacem Bennani Smires : Le Maroc, grâce aux nombreux progrès et chantiers lancés lors des deux dernières décennies, s’impose aujourd’hui comme une plateforme de plus en plus visible sur les radars des investisseurs internationaux. Nous attendons de ce congrès qu’il permette, avant tout, de mieux informer les professionnels sur l’état actuel du verger national, de partager les meilleures pratiques et de mobiliser l’ensemble des parties prenantes autour de l’enjeu crucial de la survie de la filière.

C’est aussi l’occasion de nourrir une réflexion collective sur les orientations à adopter en matière de politiques publiques, afin d’assurer un accompagnement durable face aux défis climatiques.

L’une de nos grandes satisfactions est l’engouement suscité par cette initiative. Nous avions prévu initialement 200 participants, mais le succès rencontré nous a amenés à accueillir plus de 500 personnes. Ce fort intérêt traduit une vraie dynamique interprofessionnelle que nous souhaitons renforcer, notamment à travers les échanges scientifiques prévus, avec la présentation de vingt sujets de recherche susceptibles d’alimenter les futures stratégies du secteur.

– Le recensement agrumicole actualisé fait état d’une perte de 37.000 ha depuis 2016. Quelles leçons tirez-vous de cette contraction brutale ?

– Deux facteurs nous ont amenés à perdre le tiers de nos vergers. Le premier, et de loin le plus important, est la sécheresse. Elle a impacté profondément la production nationale et fragilisé l’équilibre global de la filière.

Le deuxième a résidé un moment donné dans un déséquilibre variétal, avec une surreprésentation des clémentines dont les volumes, bien supérieurs à la capacité de commercialisation, ont engendré une saturation des marchés.

– Vous dites que le tiers du verger a été perdu à cause de la sécheresse. Que préconisez-vous pour le futur ?

– Face à la perte d’un tiers du verger due à la sécheresse, plusieurs scénarios sont envisageables pour l’avenir, chacun avec ses avantages, ses limites et ses implications économiques.

Quoi qu’il en soit, la question de l’eau est au cœur de toutes nos préoccupations. Il est temps de nous rassembler, l’État, la Comader et l’ensemble des parties prenantes, autour d’une même table pour définir ensemble une stratégie durable, capable de préserver notre patrimoine agricole, en particulier dans les zones de l’intérieur où la vulnérabilité est la plus forte.

– Comment évaluez-vous aujourd’hui la compétitivité du Maroc face aux poids lourds comme l’Égypte, la Turquie ou l’Espagne ?

– Il ne faut pas mettre l’Espagne, l’Égypte et la Turquie sur le même plan, car chacun de ces pays présente un profil de compétitivité très différent.

L’Espagne, en tant que membre de l’UE évolue dans un cadre commercial comparable au nôtre, mais avec une longueur d’avance en termes de positionnement. Elle est parfaitement structurée pour répondre aux exigences de la grande distribution, ce qui en fait un concurrent direct de plus en plus affûté.

En revanche, la Turquie et l’Égypte bénéficient d’un avantage compétitif lié à la dévaluation massive de leurs monnaies : la livre turque a perdu environ 15 fois sa valeur, et la livre égyptienne près de 7 fois. Cela réduit considérablement leurs coûts de production exprimés en devises étrangères. Leurs exportations sont très compétitives, notamment sur les marchés sensibles au prix comme la Russie.

Cela dit, le Maroc bénéficie d’une monnaie stable, ce qui rassure les professionnels et facilite les engagements à long terme. Si nous rencontrons des difficultés sur certains marchés, notamment sur les oranges en Europe, notre véritable force réside dans notre capacité à respecter les cahiers des charges les plus stricts, qu’il s’agisse de traçabilité, de résidus phytosanitaires ou de normes sociales. Par ailleurs, nous avons su diversifier nos débouchés, ce qui reste un levier important de résilience pour la filière.

Oranges : le modèle égyptien est confronté à ses propres limites

– L’orange est aujourd’hui en difficulté à l’export. Quelles sont les pistes concrètes pour relancer cette filière spécifique ?

– L’orange marocaine, tout comme l’orange espagnole, connaît actuellement des difficultés à l’export, principalement en raison de la compétitivité de l’Égypte, qui s’est imposée comme un acteur majeur sur ce segment. Cela dit, le modèle égyptien est confronté à ses propres limites. La forte concurrence entre opérateurs égyptiens crée une pression sur les prix et une instabilité qui fragilise leur position.

Par ailleurs, l’Égypte est en train de se repositionner sur le segment du jus d’orange, profitant du recul du Brésil fournisseur principal de l’orange industrielle (pour le jus) et dont la production a été fortement impactée par le virus du greening. Cette évolution pourrait ouvrir de nouvelles opportunités pour l’orange de table marocaine, notamment si les volumes égyptiens se redirigent en partie vers la transformation industrielle.

La NadorCott, l’une des variétés d’agrumes les plus nobles et les plus rentables au monde

– Concernant la NadorCott, existe-t-il aujourd’hui des garanties pour protéger sa notoriété à l’international ?

– La NadorCott est une variété d’origine marocaine, découverte par M. Nadori, chercheur marocain. C’est une chance exceptionnelle pour notre pays d’avoir mis au point ce qui est aujourd’hui reconnu comme l’une des variétés d’agrumes les plus nobles et les plus rentables au monde. Grâce à ses qualités gustatives, sa belle présentation et surtout sa tardivité dans le calendrier, elle rencontre un succès international, aussi bien auprès des producteurs qu’auprès des consommateurs.

Sur le plan juridique, la NadorCott est protégée à l’échelle internationale, notamment dans le cadre de l’UPOV (Union internationale pour la protection des obtentions végétales), ce qui permet au Maroc de préserver ses droits sur cette variété. Au niveau national, l’Association des Producteurs de NadorCott au Maroc (APNM) assure le respect des licences de production, la traçabilité et la qualité, garantissant ainsi la pérennité de cette réussite.

30% du volume total récolté sont perdus

– Quelles sont, selon vous, les principales limites du marché local des agrumes ?

– Actuellement, deux tiers de la production sont consommés localement, ce qui représente un volume conséquent. Cependant, cette consommation locale souffre d’un manque important de traçabilité fiable. L’un des principaux obstacles réside dans la multiplicité et la fragmentation des intermédiaires, qui éclatent l’information à chaque étape du circuit. En l’absence de données centralisées ou de systèmes de collecte structurés, il devient difficile de suivre les produits de manière cohérente et transparente.

Par ailleurs, la chaîne de distribution moderne, comprenant la gestion du froid, le transport et le stockage, est pratiquement inexistante. Cela limite fortement la conservation des produits dans des conditions optimales, compromettant leur qualité à l’arrivée chez le consommateur.

Enfin, l’étalement dans le temps des opérations de cueillette et de vente, ajouté à une gestion logistique peu maîtrisée, engendre une perte estimée à 30% du volume total récolté. Cette situation constitue un véritable frein à la valorisation de la production locale. Les producteurs et les consommateurs paient le prix de cette désorganisation : les premiers sont ceux qui reçoivent le moins, et les derniers ceux qui paient le plus.

– Une réforme juridique des marchés de gros est jugée urgente. Quelle est votre vision pour cette réforme ? Et quels obstacles freinent encore sa mise en œuvre ?

– La réforme des marchés de gros s’inscrit dans une nécessité systémique, comme l’a d’ailleurs souligné le Conseil de la concurrence dans son rapport de l’année dernière. Le dysfonctionnement actuel du marché local se traduit notamment par un écart préoccupant entre le prix payé au producteur et celui payé par le consommateur final. Cet écart s’explique par la multiplicité des intermédiaires et les pertes considérables tout au long de la chaîne, exacerbées par la désorganisation des systèmes de stockage et de la chaîne du froid.

Notre vision pour cette réforme repose sur une modernisation complète de l’écosystème des marchés de gros: création de plateformes logistiques intégrées, introduction de technologies de traçabilité et de gestion numérique, professionnalisation des intervenants et révision des cadres de gouvernance. Ce changement ne peut réussir qu’avec une volonté politique affirmée, une concertation interprofessionnelle forte et un accompagnement financier adapté pour permettre une transition efficace vers un système plus équitable, transparent et performant.

– Concernant la main-d’œuvre, un nouveau modèle collaboratif est évoqué. Que pourrait-il impliquer en termes de droit social, de rémunération et de protection des travailleurs ?

– La main-d’œuvre fait aujourd’hui face à un double défi : social et structurel. D’un côté, une partie des ouvriers refuse d’être déclarée, par crainte de perdre leurs aides sociales. C’est une impasse qu’il faut absolument dépasser. L’ouvrier gagnerait à penser à long terme, à accéder à une protection sociale, à bénéficier de droits à la retraite… Ce sont des acquis essentiels pour la stabilité du secteur.

De l’autre côté, la pression sur la main-d’œuvre ne cesse de croître, notamment à cause de l’essor de cultures comme les fruits rouges ou le maraîchage. Durant les mois de pic (de novembre à mars) la tension devient critique, au point que le recours à de la main-d’œuvre étrangère devient une perspective à envisager sérieusement pour répondre aux besoins.

https://medias24.com/2025/05/13/congres-national-des-agrumes-des-vergers-jeunes-mais-une-superficie-en-recul-recensement/

Les agrumes marocains font leur entrée sur le marché japonais

Treizième client du Maroc en produits agroalimentaires, le Japon est réputé pour ses exigences strictes, a affirmé l’organisme chargé de la promotion et du contrôle des exportations agricoles et maritimes du Maroc dans un communiqué.

« L’acceptation des agrumes marocains, notamment la très prisée Nadorcott, atteste du respect des normes sanitaires les plus rigoureuses et ouvre la voie à une diversification des variétés exportées, en fonction des préférences du marché », poursuit la même source.

« Nous souhaitons le développement des agrumes marocains au Japon, car les Japonais les adorent », a déclaré Yoichi Fukuda, importateur japonais cité par le communiqué, mettant en avant l’intérêt croissant des consommateurs nippons pour la qualité marocaine.

Avec une culture alimentaire axée sur la fraîcheur et la saisonnalité, le Japon affiche une consommation élevée de fruits frais, ce qui en fait un débouché majeur pour les agrumes marocains.

« Le Maroc jouit d’une très belle image auprès des Japonais. Nous souhaitons la bonne réussite et le développement des agrumes marocains au Japon », a confirmé Kento Takegami, responsable des achats dans une entreprise japonaise d’importation.

Afin de renforcer cette avancée, une mission économique organisée par Morocco Foodex accompagne une délégation d’une dizaine d’exportateurs marocains au Japon en avril.

Cette mission a pour objectif de tisser des partenariats durables avec les donneurs d’ordre, et de renforcer la visibilité de l’offre marocaine via des rencontres BtoB, des visites du marché de Tokyo et une campagne de communication ciblée.

« Nous avons accompagné une dizaine d’entreprises à Tokyo pour promouvoir les agrumes marocains sur ce marché très demandeur de l’origine Maroc », a affirmé El Mehdi El Alami, directeur du développement et de la promotion au sein de Morocco Foodex.

« Cet engouement a été démontré par la présence d’une trentaine d’acheteurs, et nous sommes très satisfaits de cette mission », a-t-il ajouté.

En 2023, les exportations marocaines de produits agroalimentaires vers le Japon ont atteint 18.000 tonnes, pour une valeur de 14 milliards de yens.

Les exportateurs marocains visent une hausse significative des volumes d’exportation à moyen et long termes, en capitalisant sur cette ouverture stratégique.

Marrakech accueillera le 1er Congrès national des agrumes du 13 au 15 mai

Pendant trois jours, les acteurs majeurs de la filière agrumicole (producteurs, conditionneurs, transformateurs, exportateurs, chercheurs, industriels et institutionnels) se rassemblent pour réinventer ensemble l’avenir des agrumes marocains, indique Maroc Citrus dans un communiqué.

L’un des temps forts du congrès sera la présentation en avant-première des résultats du recensement et de la cartographie du verger agrumicole marocain. Il s’agit d’un travail de fond mené par Maroc Citrus, qui servira de base à l’analyse stratégique et à la prise de décision sectorielle, précise la même source.

Ce rendez-vous, qui se tiendra sur le thème « Challenges multiples sur la filière des agrumes : quels leviers pour agir ? », promet d’être un espace d’échange entre tous les acteurs de la chaîne agrumicole, une tribune scientifique pour partager les derniers résultats de la recherche et une plateforme de concertation pour bâtir une feuille de route ambitieuse et réaliste.

Selon les organisateurs, ce congrès inédit est né d’un constat clair : la filière agrumicole traverse une période décisive. Entre changements climatiques, stress hydrique, augmentation des coûts de production, raréfaction de la main d’œuvre et concurrence internationale accrue, il devient urgent de réfléchir, d’agir et d’innover.

Exportations d’agrumes. Face à une rude concurrence, le gouvernement va verser une prime de 1 DH/kg

Le jeudi 10 octobre 2024, le gouvernement a annoncé une série de mesures visant à soutenir le secteur agricole particulièrement affecté par la sécheresse persistante. Parmi les mesures phares figure l’instauration d’une prime d’exportation pour les agrumes destinés à l’Union européenne, fixée à 1 dirham par kilo exporté. 

Cette aide sera appliquée au cours de la campagne d’exportation 2024-2025, avec pour objectif de renforcer la compétitivité des agrumes marocains sur le marché européen face à une concurrence internationale accrue. Une décision qui intervient en application du contrat-programme de la filière, signé en 2023 entre l’Etat et la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc-Citrus). 

La prime d’exportation pour les agrumes était très attendue par les exportateurs marocains. Ces derniers ont vu leurs ventes vers l’Europe reculer, non seulement en raison d’une baisse de la production, mais aussi d’une concurrence de plus en plus féroce. En effet, le Maroc a perdu d’importantes parts de marché en Russie, un marché crucial qui absorbait plus de 50% des exportations marocaines d’agrumes. 

La situation n’en est pas moins préoccupante en Europe, où des pays comme l’Égypte gagnent du terrain, non seulement sur le marché des oranges, mais aussi sur le segment des clémentines et des mandarines, où le Maroc occupe historiquement une position importante.  

L’Égypte réduit le gap sur les mandarines et les clémentines 

Selon les données de la Commission européenne, les exportations marocaines d’agrumes frais et transformés vers l’Europe ont diminué significativement au cours des dix dernières années, passant de 135.200 tonnes en 2013-2014 à 91.360 t en 2023-2024. La dynamique autrefois positive s’est inversée à partir de la saison 2016-2017, lorsqu’un pic de 230.560 t avait été atteint.

Les importations européennes d’agrumes frais et transformés provenant du Maroc.

Pendant cette période, d’autres pays ont consolidé leur présence sur le marché européen des agrumes, notamment l’Égypte. En 2023-2024, les importations européennes en provenance de ce pays ont atteint 635.350 t, contre seulement 124.910 t dix ans auparavant. L’Égypte se distingue surtout par ses exportations d’oranges fraîches qui représentent 78% de ses ventes d’agrumes en Europe.

Les importations européennes d’agrumes frais et transformés provenant d’Égypte.

En dix ans, les importations d’oranges fraîches des pays européens en provenance d’Égypte ont fortement augmenté, passant de 120.460 t à 492.220 t.

Les importations européennes d’oranges fraîches provenant d’Égypte.

En revanche, les exportations marocaines d’oranges vers l’Europe se sont effondrées, atteignant à peine 8.470 t en 2023-2024, contre 59.380 t durant la campagne 2013-2014.

Les importations européennes d’oranges fraîches provenant du Maroc.

Le Maroc reste, pour l’instant, un partenaire privilégié de l’Union européenne pour les clémentines et les mandarines. Lors de la dernière campagne, il a exporté 73.800 t vers l’Europe, un volume proche de celui d’il y a dix ans. Des exportations qui ont connu un pic notable de 127.430 t en 2021-2022.

Les importations européennes de clémentines et de mandarines provenant du Maroc.

Cependant, l’Égypte commence à concurrencer sérieusement le Maroc sur le marché des clémentines et des mandarines, réduisant progressivement l’écart entre les deux pays, surtout au cours des trois dernières années. Alors qu’en 2013-2014, les exportations égyptiennes de mandarines et de clémentines vers l’Europe étaient de 1.400 t seulement, elles ont atteint 33.110 t en 2023-2024, marquant une progression rapide dans ce segment, en particulier lors des trois dernières campagnes d’exportation. 

Les importations européennes de clémentines et de mandarines provenant d’Égypte.

Le Maroc place ses espoirs dans le contrat-programme

Plusieurs facteurs ont permis à l’Égypte de développer sa filière agrumicole de manière significative, notamment en termes d’investissement au niveau des infrastructures de production et de distribution. En outre, les terres fertiles dans la vallée et le delta du Nil offrent des conditions de sol et de climat idéales pour la culture des agrumes. La chaleur permet également d’allonger la saison de culture, assurant une production tout au long de l’année. 

Pour sa part, le Maroc mise sur le contrat-programme afin d’améliorer les indicateurs de la filière. Il s’agira notamment d’atteindre les objectifs suivants à l’horizon 2030 :

la stabilisation de la superficie agrumicole actuelle avec une limite de 130.000 ha ;

le renouvellement et/ou la reconversion de 22.500 ha ;

– l’amélioration de la production pour atteindre 3.340.000 t, notamment à travers l’augmentation des rendements ;

l’amélioration du taux de conditionnement pour atteindre 66% contre 33% en 2020 ;

l’amélioration du taux de transformation pour atteindre 10% contre 2% en 2020 ;

la promotion des exportations pour atteindre 1.000.000 t contre 630.000 t en 2020.

Toutefois, ces visées se heurtent à une problématique majeure, à savoir la pénurie d’eau, en particulier dans la région de Souss-Massa où les vergers d’agrumes occupent un peu plus de 39.000 ha dans le Souss, soit près de la moitié de la superficie nationale dédiée à cette filière. Cela dit, la production prévisionnelle augure d’une campagne d’exportation en amélioration par rapport à la saison précédente. 

Souss-Massa. Les performances de la filière agrumicole en amélioration

La récolte des variétés précoces d’agrumes a démarré dans la région de Souss-Massa à la fin du mois de septembre. Les premières exportations ont été expédiées il y a quelques jours, stimulées par des prévisions de production plus élevées que lors de la campagne précédente. Selon la direction régionale de l’agriculture de Souss-Massa, les vergers d’agrumes occupent un peu plus de 39.000 hectares dans le Souss, soit près de la moitié de la superficie nationale dédiée à cette filière.

D’après nos informations, la production prévisionnelle est estimée à 471.550 tonnes, soit une hausse de 28 % par rapport à la campagne 2023-2024. Dans le détail, la production attendue des variétés de petits fruits (Clémentine, Nour, Nova, Ortanique, Nadorcott) s’élève à 297.750 tonnes, en hausse de 26 %.

Celle des variétés d’oranges (Navel, Salustiana, Sanguine, Maroc Late) est estimée à 155.800 tonnes, en hausse de 37 %. Enfin, la production prévisionnelle de citrons et autres agrumes devrait atteindre 18.000 tonnes. Sur le plan des exportations, une augmentation de 39 % est prévue pour un total de 380.100 tonnes, dont 301.750 tonnes de petits fruits et 74.550 tonnes d’oranges.

Des résultats en nette amélioration, en raison « des conditions climatiques qui étaient meilleures lors de cette campagne par rapport à la précédente, où les vergers avaient souffert de cinq vagues de chaleur. Cette année, le climat a été favorable pendant la floraison et la nouaison », explique à Médias24 une source professionnelle.

« Certes, il y a bien eu des vagues de chaleur, mais moins nombreuses que lors de la campagne précédente et, surtout, elles sont intervenues après le 15 juillet, au-delà du stade critique du cycle de production des agrumes qui correspond à la nouaison (le moment où les fruits commencent à se former, ndlr) », poursuit-elle. Ainsi, le rendement s’est amélioré, tout comme la qualité.

« En termes de qualité, l’absence de vagues de chaleur fréquentes et extrêmes, qui retardent la coloration, a été bénéfique aux fruits. En plus de la coloration et du calibre, qui sont meilleurs que l’année dernière, le taux de jus et de sucre est également satisfaisant », précise notre interlocuteur.

Une amélioration de la coloration est attendue

En outre, si la récolte précédente avait révélé un problème de granulation, qui se traduit par un fruit à l’aspect blanchâtre et sec, c’est moins le cas pour la campagne 2024-2025. De plus, « les prochaines pluies annoncées devraient également contribuer à améliorer la coloration des fruits », annonce-t-il.

Cela dit, les conditions climatiques n’ont pas été optimales tout au long du cycle de production. « Les fortes rafales de vent qu’a connues la région au mois d’avril ont causé des marbrures sur les fruits dans les fermes où il y avait moins de brise-vent comme les cyprès. »

De surcroît, les ressources hydriques n’étaient pas illimitées. Certains producteurs en ont souffert, notamment ceux qui dépendent des dotations agricoles provenant des barrages. « Il y a eu des vergers qui ont été arrachés en totalité pour laisser place à d’autres cultures nécessitant moins d’eau, comme le cactus, la vigne ou la pêche nectarine notamment dans les zones de Oulad Teima et El Guerdan », déplore notre source.

« Dans le meilleur des cas », poursuit notre source, « ces agriculteurs ont donné un peu d’eau aux arbres pour les maintenir en vie en attendant que les barrages se remplissent. Certains ont réduit la superficie de 40 à 60 %, en fonction des dotations qu’ils recevaient habituellement des barrages. »

Cette réalité ne date malheureusement pas d’hier. Bien que la mise en place du Plan Maroc Vert a permis d’augmenter la superficie agrumicole à l’échelle nationale de 45.000 hectares, passant de 85.000 en 2008 à 130.000 hectares en 2020, les dernières années sèches ont mis à mal ce développement. Environ 35.000 hectares d’agrumes ont été arrachés ces dernières années, ramenant ainsi la superficie agrumicole en dessous des 100.000 hectares.

Réduction des superficies cultivées : que devient une terre agricole lorsqu’elle n’est pas exploitée ?

À l’image de l’érosion des sols et de la perte de fertilité, la réduction des superficies cultivées n’est pas sans conséquence sur le plan agronomique. D’un point de vue socio-économique, c’est l’ensemble de l’écosystème rural qui en pâtit, puisque des milliers d’emplois directs et indirects sont menacés. 

Ces dernières années, la sécheresse et la baisse des ressources en eau allouées aux périmètres irrigués a conduit à un recul des surfaces agricoles effectivement exploitées. Selon le ministère de l’Agriculture, lors de la saison agricole 2023-2024, la superficie emblavée en cultures d’automne et d’hiver, notamment les céréales d’automne, s’élève à environ 2,5 millions d’hectares, contre 4 millions d’hectares lors des campagnes normales, soit une baisse significative de 31%.

En outre, les surfaces des cultures fourragères s’élèvent à 470.000 ha, celles des légumineuses alimentaires à 109.000 ha et celles des cultures sucrières à 22.000 ha, « soit 42% de moins que prévu, en raison de l’indisponibilité de l’irrigation dans les régions de Doukkala et Tadla« , ajoute la même source.

Certes, historiquement, la jachère est une pratique qui consiste à laisser au repos temporairement une terre labourable en ne lui faisant pas porter de récolte. « Elle est même conseillée dans les programmes de rotation des cultures« , explique à Médias24 le Dr Rachid Bouharroud, chercheur et expert en entomologie et lutte intégrée des cultures. 

« C’est une sorte de repos qui permettra à la terre de se revitaliser et aussi de casser le cycle de vie des ravageurs et maladies du sol », poursuit notre interlocuteur. Mais quand l’inexploitation des terres agricoles est le fruit de conditions climatiques défavorables, elle a plus d’inconvénients que d’avantages. 

Appauvrissement des sols et perte de biodiversité

Lorsqu’une terre agricole n’est pas cultivée, elle se fragilise, au même titre que l’écosystème qui l’entoure. D’après plusieurs experts sondés par Médias24, les répercussions sont multiples et se résument comme suit :

– l’érosion du sol ;

– la perte de fertilité ;

– l’infestation de mauvaises herbes ;

– la perte de biodiversité.

En l’absence de culture aidant à maintenir la structure du sol en place, l’érosion peut se produire plus facilement. Les pluies et le vent ont plus de chances d’emporter les couches supérieures du sol. De fait, il est constaté une réduction de la fertilité. La capacité du sol à soutenir la croissance future des plantes est elle aussi menacée.

D’autant que les terres non cultivées « perdent leurs matières organiques et les nutriments essentiels. Par conséquent, le sol s’appauvrit« , nous explique un expert. Et comme la nature a horreur du vide, les mauvaises herbes ont tendance à proliférer, impliquant une perte de diversité. Car au-delà de leur importance économique, les terres agricoles sont des habitats naturels pour les insectes, les oiseaux et autres animaux.

Des pertes d’emplois directs et indirects

Sur le plan économique, la réduction des superficies cultivées augmente de facto la dépendance d’un pays aux importations. Dans le cas du Maroc, il est plus que probable que les importations de blé vont augmenter, puisque les prévisions en termes de production céréalière ne dépassent pas les 33 millions de quintaux en 2023-2024.

À cela s’ajoute l’impact socio-économique sur un monde rural où l’activité agricole est fondamentale. D’après le haut-commissariat au Plan (HCP), l’économie nationale a connu  en 2023 la perte de 198.000 éploré en milieu rural. Selon une étude de Médias24, la perte approche les 1,2 million d’emplois ruraux depuis 2016 jusqu’à fin mars 2024.

Contacté par nos soins, Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), assure que l’impact est plus important que ne le laissent croire les chiffres. Le recul de l’activité agricole dans certains périmètres irrigués est tangible sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Exode rural

Agriculteurs, ouvriers agricoles, usines d’emballage… c’est tout un écosystème qui subit les effets de la diminution des superficies cultivées. Car « s’il n’y a pas de production, il n’y a pas d’emploi« , synthétise notre interlocuteur. « Par exemple », reprend-il, « les cultures de betteraves qui atteignaient une surface de 65.000 ha employaient plus de 50.000 personnes. Nous sommes désormais à 22.000 ha. Par conséquent, plus de 30.000 emplois ont été perdus uniquement au niveau de la filière de la betterave ».

Or, un ouvrier agricole qui n’a plus la possibilité de pratiquer l’une des rares activités qui s’offrent à lui n’a d’autre choix que de grossir les rangs des urbains. « On risque d’assister à un grand déplacement, comme à chaque fois qu’il y a eu de gros problèmes de sécheresse par le passé, notamment dans les années 1980 ».

Des agriculteurs dans le rouge financièrement

La filière agrumicole n’est pas épargnée non plus. Depuis quelques années, les superficies d’agrumes sont passées de plus de 120.000 ha à un peu plus de 95.000 ha, soit une baisse non négligeable d’environ 25.000 ha, en raison notamment de la sécheresse et du manque de ressources pour l’irrigation.

Une situation qui a également eu pour « conséquences des pertes d’emplois au niveau de l’industrie agroalimentaire. Car les stations d’emballage en souffrent. Dans la région de Berkane, il y a 17 stations d’emballage mais à peine quatre qui fonctionnent« , déplore le président de la Comader.

La perte de capacité productive entraîne également une hausse des prix des produits agricoles. En bout de chaîne, la facture du panier du consommateur est beaucoup plus salée que d’habitude. Plusieurs mécanismes ont été mis en place par le gouvernement pour y faire face, comme les subventions pour aider les agriculteurs à faire face à la flambée des prix des intrants (semences, engrais…).

« Il y a eu aussi l’arrêt des exportations. Mais c’est en faisant pression sur l’agriculteur », souligne Rachid Benali. « À Rabat, j’ai acheté de la tomate à 4,70 DH dans un supermarché, c’est anormal. Car le producteur lui-même a un coût de revient de près de 4 DH. » Sauf que tous les agriculteurs n’ont pas des ressources financières illimitées pour réduire leur marge bénéficiaire.

Notamment les plus petits d’entre eux. « Il faut faire attention au futur des exploitants agricoles. Ils se retrouvent dans des situations financières difficiles et ont de plus en plus de difficultés à obtenir des crédits », prévient M. Benali. « Ils se rabattent sur leur cheptel qui diminue d’année en année. Car le cheptel, c’est la deuxième banque de l’agriculteur« , souligne notre interlocuteur.

Multiplier les stations de dessalement

Face à ce constat, il existe heureusement des solutions pour assurer la pérennité des capacités de production et des emplois agricoles. D’un point de vue agronomique, plusieurs pratiques sont à adopter en vue d’une gestion durable des terres agricoles et pour prévenir les nombreux problèmes associés à l’inactivité des terres. En l’occurrence, planter des cultures de couverture comme la luzerne pendant les périodes où la terre est inactive pour prévenir l’érosion, enrichir le sol en nutriments et supprimer les mauvaises herbes.

Sans oublier de mettre en œuvre des pratiques d’irrigation efficaces pour éviter le gaspillage d’eau et minimiser les risques de pénurie d’eau. Au niveau socio-économique, la station de dessalement de Chtouka-Ait Baha représente une solution concrète à reproduire dans plusieurs zones côtières du Royaume.

« S’il n’y avait pas la station de dessalement d’Agadir, on aurait eu un problème sérieux au niveau de l’alimentation en eau potable dans la région et de l’irrigation », souligne Rachid Benali.

« Il faut proposer aux agriculteurs plus d’eau dessalée à partir de stations. Ceux qui cultivent des produits aquavores ont les moyens d’acheter de l’eau car ils exportent leurs produits. Mais, pour le moment, cette stratégie n’est pas développée à l’échelle nationale, et le monde rural en paie le prix », conclut notre interlocuteur.

À noter qu’en plus de la station de dessalement de Chtouka-Ait Baha, qui est déjà en service, une autre station verra le jour à Dakhla en 2025. Elle permettra d’irriguer plus de 5.000 ha, en produisant de l’eau dessalée grâce à un parc d’éoliennes. Ces deux stations entrent dans le cadre du dessalement de l’eau de mer, qui a pour objectifs l’approvisionnement en eau potable des villes et le développement des projets d’irrigation.

Six projets sont en cours de réalisation et permettront de produire 143 Mm3 par an additionnels. De surcroît, les études sont en cours pour neuf projets de dessalement de l’eau de mer pour l’irrigation dans les zones de Sidi Rahal, Tan-Tan, l’Oriental, Guelmim, Chichaoua, Oualidia, Tiznit, Taroudant et Boujdour, sur une superficie totale de près de 120.000 ha.

SIAM. Dans le Souss, la campagne agricole est placée sous le signe de la résilience

« Le SIAM est un événement capital pour la région Souss-Massa, puisque c’est l’occasion de présenter le bilan des réalisations agricoles et les différents projets qui s’inscrivent dans le cadre du changement climatique », affirme au micro de Médias24 Nor-Eddine Kessa, directeur régional de l’Agriculture de Souss-Massa, ce jeudi 25 avril. 

Réalisé dans le stand spécialement dédié à la région au Salon international de l’agriculture (SIAM) à Meknès, cet entretien a mis en lumière la résilience du secteur agricole dans une zone productive qui dispose d’un vivier aussi riche que diversifié, étalé sur plus de 460.000 hectares, répartis entre environ 120.000 exploitations.

« Souss-Massa est la première région productrice et exportatrice des primeurs, notamment la tomate, qui représente 65% de la production« , souligne Nor-Eddine Kessa. Des capacités de production qui font face à une importante pénurie d’eau mais qui parviennent à maintenir un niveau de production raisonnable et une dynamique positive. 

« La région connaît une pénurie d’eau puisque nous n’avons pas dépassé les 100 mm en moyenne. Il n’y a que la province d’Agadir-Ida-Ou Tanane qui a atteint les 120 mm », déplore notre interlocuteur. Une situation loin d’être idéale, mais qui n’a pas vraiment eu d’impact sur la culture de primeur.

La réalisation du programme d’assolement a atteint plus de 28.000 hectares de primeurs. « D’ailleurs, il n’y a pas eu de pénurie pendant le mois de Ramadan, d’où l’importance et l’utilité de l’usine de dessalement qui a permis la pérennité de l’irrigation et une mise en valeur du périmètre irrigué de Chtouka », souligne-t-il.

Deux nouveaux périmètres irrigués en préparation

A ce titre, d’autres projets d’irrigation sont attendus avec impatience, notamment celui qui doit arroser 10.000 hectares à Tiznit. « C’est un projet dont les études sont en cours et qui permettra l’irrigation d’un nouveau périmètre pour les primeurs afin d’assurer une disponibilité de la tomate de manière constante sur le marché local« , précise notre interlocuteur.

A cela s’ajoute un autre périmètre irrigué par dessalement. D’une superficie de 40.000 hectares, « il est destiné à la pérennisation de l’agriculture dans le Souss amont et aval, à travers une nouvelle station de dessalement (début des travaux en 2025) qui va desservir le périmètre d’Issen et le périmètre d’El Guerdane pour l’irrigation de quatre filières, les primeurs, les viandes rouges, le lait et les agrumes ». 

Décrit comme un tournant dans l’histoire du Souss, ce projet est en effet primordial, notamment pour la filière agrumicole, dont la région accueille près de la moitié (39.600 ha) de la superficie nationale, mais qui fait face à une sécheresse intense. « A cause d’une diminution des apports pluviométriques et d’un arrêt de l’irrigation dans certaines zones de production, cette année, nous avons eu une dotation de 400.000 tonnes d’eau contrairement à d’autres campagnes où l’on avait eu 650.000 tonnes d’eau« , déplore Nor-Eddine Kessa. 

Cela dit, le directeur régional de l’Agriculture insiste sur la notion de résilience qui caractérise le Souss et ses agriculteurs : « La dynamique est toujours positive, notamment en matière de production laitière où l’on dépasse les 330 millions de litres chaque année ; avec aussi une production du terroir également très importante, notamment l’argan, le safran, le miel et les amandes ».

Cette résilience est aussi le fait d’un accompagnement du ministère de l’Agriculture. Parmi ces dispositions, la distribution d’engrais subventionnés et les aides destinées à l’achat de semences de tomates, oignons et pommes de terre. Ces aides ont concerné « plus de 4.000 ha de tomate, à raison de 70.000 DH/hectare. Même chose pour les superficies de pomme de terre et d’oignon », conclut notre interlocuteur.

SIAM. Ouverture du marché brésilien aux agrumes marocains

La filière agrumicole marocaine s’apprête à conquérir un nouveau territoire sur le continent américain. Après le Canada et les Etats-Unis (27% du total des exportations), le Brésil vient s’ajouter à la liste, après l’accord signé le jeudi 25 avril à l’occasion de la 16e édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM).   

« Après l’accord conclu avec le marché japonais pour l’exportation d’agrumes marocains cette année, celui signé avec le Brésil traduit l’excellence de la filière agrumicole, dont les professionnels sont très bien organisés dans le cadre de l’interprofession Maroc Citrus et qui font un excellent travail d’amélioration continue de la qualité, de la productivité et des contrôles sanitaires », s’est félicité Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture. 

Cet accord est le fruit d’un long processus. « Un examen minutieux mené par nos autorités compétentes a conclu de manière favorable à la reconnaissance de la qualité et de la conformité des agrumes marocains », a déclaré l’ambassadeur du Brésil, Alexandre Parola.

Le processus de négociations techniques a été lancé en 2018 par l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et les services phytosanitaires du ministère de l’Agriculture et de l’élevage du Brésil (MAPA). Il avait pour objectif de définir les conditions et les exigences phytosanitaires d’exportation des agrumes marocains vers ce pays d’Amérique du Sud. 

Des conditions strictes qui visent à atténuer les risques phytosanitaires et à appliquer les exigences phytosanitaires, pour assurer la réussite des échanges commerciaux. L’expertise marocaine n’est pas étrangère à la finalisation du processus d’ouverture du marché brésilien aux exportations des agrumes marocains.

« Nous possédons un centre parmi les plus modernes pour le contrôle strict de la cératite [mouche méditerranéenne des fruits, ndlr]. Ce centre permet donc de contrôler cette maladie pour que le pays reste indemne », a souligné Mohammed Sadiki.  En outre, l’accord signé en appellera certainement d’autres.

« En permettant l’entrée des agrumes marocains sur notre marché, nous ouvrons la porte à d’autres opportunités tant pour le producteur marocain que pour le consommateur brésilien. Cela contribuera aussi à diversifier notre offre alimentaire et à renforcer le lien entre nos deux nations », se réjouit l’ambassadeur du Brésil.  

Le ministre de l’Agriculture a rappelé que la superficie plantée en agrumes au Maroc est de « 130.000 hectares », dont une grande partie cultivée dans la région de Souss-Massa (39.600 hectares). Les exportations dépassent les 600.000 tonnes, majoritairement à destination de l’Union européenne, de l’Asie et du continent américain.

Zoom sur la campagne agricole 2023-2024 dans la région de Béni Mellal-Khénifra

En contrebas des cimes du Moyen Atlas, les plaines agricoles des cinq provinces de la région de Béni Mellal-Khénifra sont indispensables au pays en matière de production végétale et animale. Représentant environ 10% de la superficie agricole utile au niveau national, les périmètres agricoles de Béni Mellal-Khénifra connaissent un début de campagne où l’emblavement des céréales bat son plein.

Alors que les dernières récoltes oléicoles et agrumicoles sont au mieux moroses, les agriculteurs placent de grands espoirs dans la campagne agricole 2023-2024. Cependant, avec une dotation agricole en baisse à partir des barrages (56 Mm3), le déficit pluviométrique ne plaide pas pour l’optimisme.

Contactée par Médias24, la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra fait état d’un cumul pluviométrique inférieur à celui de l’année dernière. Les précipitations pour la saison 2023-2024 ont atteint 27 mm à fin novembre, contre 46 mm lors de la dernière campagne agricole. Un cumul en baisse de 41% par rapport à l’année dernière, dont voici la répartition provinciale : 

– Béni Mellal : 48 mm ; 

– Azilal : 28 mm ; 

– Khénifra : 26 mm ; 

– Fqih Ben Saleh : 23 mm ; 

– Khouribga : 19 mm.

Le canal qui traverse la commune d’Afourer.

 721.000 ha de superficie cultivée

Ce déficit hydrique a évidemment des répercussions sur les superficies cultivées. La superficie agricole utile de 960.000 hectares (205.000 ha irrigués) n’a pas été exploitée à son maximum par le programme d’assolement automnal relatif à la campagne 2023-2024, puisque ce dernier prévoit une superficie cultivée de 721.000 ha, dominée par les céréales. Elle se répartit comme suit :

– céréales : 600.000 ha ; 

– betterave sucrière : 13.340 ha ; 

– légumineuses : 9.100 ha ; 

– culture fourragères : 86.000 ha ; 

– multiplication des semences certifiées : 6.500 ha ; 

– cultures maraîchères : 3.800 ha.

Un champ de céréales à Afourer.

En plus des céréales, l’arboriculture est l’une des filières phares de la région, à laquelle plusieurs milliers d’hectares sont consacrés. Les grenades et surtout les agrumes ont acquis une renommée internationale, comme en témoigne la mandarine Nadorcott. Voici le programme d’assolement arboricole détaillé : 

– olivier : 102.500 ha ; 

– agrumes : 18.900 ha ; 

– pommier : 5.000 ha (58.000 t de production moyenne) ; 

– grenadier : 2.800 ha ; 

– caroubier : 12.000 ha (10.000 t de production moyenne).

Un verger d’agrumes dans la province de Béni Mellal.

Par ailleurs, les capacités de production végétale de la région englobent également des cultures à haute valeur ajoutée, comme le safran (350 ha) et le sésame, à hauteur de 850 ha, soit 90% de la superficie nationale, pour un rendement moyen de 8,2 quintaux par hectare.   

Pour clore le chapitre des capacités productives de la campagne 2023-2024, il convient de faire le point sur la production animale dans la région. Béni Mellal-Khénifra compte 100.000 vaches laitières, dont 30.000 vaches de race pure. La production moyenne de lait est d’environ 280 millions de litres (12% de la production nationale). 

Concernant la production de viande rouge, elle est de 75.000 t en moyenne (12% de la production nationale). Le cheptel est quant à lui composé de 4,2 millions de têtes : 

– bovins : 365.700 têtes ;

– ovins : 2,9 millions de têtes ; 

– caprins : 970.000 têtes. 

Les résultats de la campagne 2022-2023

Avec un cumul pluviométrique de 242 mm lors de la campagne 2022-2023, les principaux résultats enregistrés en matière de production agricole dans la région Béni Mellal-Khénifra s’établissent comme suit :

– céréales : 6,1 Mq, soit une hausse de 1,7% par rapport à 2021-2022 ;

– cultures sucrières : 222.000 t, soit une baisse de 55,6% par rapport à la précédente campagne ; 

– agrumes : 196.000 t, soit une baisse de 57,7% par rapport à 2021-2022 ; 

– oléiculture : 136.000 t, soit une baisse de 37,1% par rapport à 2021-2022 ; 

– sésame : 850 ha (90% de la superficie nationale) pour une production de 700 t (95% de la production nationale) ; 

– grenadier : 2.780 ha pour une production de 39.000 t (50% de la production nationale) ; 

– niora : 701,5 ha cultivés à Afourer, Oulad Mbarek et Fqih Ben Saleh, pour une production de 18.160 t ;

– viande rouge : 80.000 t (-5,9% par rapport à 21-22) ; 

– viande blanche : 50.000 t (-9% par rapport à 21-22) ; 

– lait : 170 millions de litres (-27,7% par rapport à 21-22) ; 

– miel : 750 t. 

Béni Mellal-Khénifra. Voici la dotation agricole fixée à partir des barrages

« La dotation agricole annuelle à partir des barrages est estimée à 56 millions de mètres cubes« , indique à Médias24 la Direction régionale de l’Agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra. Dans le détail, cette dotation se répartit ainsi : 

– barrage Bin El Ouidane : 40 millions de mètres cubes

– barrage Ahmed El Hansali : 16 millions de mètres cubes.

Cette situation n’est pas idéale au moment où le coup d’envoi de la nouvelle campagne agricole a été donné. Mais difficile de faire autrement. Et pour cause, à la date du 12 décembre 2023, le taux de remplissage des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia est de 4,79%, l’équivalent de 237,39 millions de mètres cubes, sur une capacité de retenue de 4,9 milliards de mètres cubes. Et cette réserve est théorique puisqu’elle inclut la vase.

Le barrage de Bin El Ouidane ne contient pas plus de 58 millions de mètres cubes (4,7%) sur une capacité de stockage de 1,2 milliard de mètres cubes. De son côté, la retenue d’eau artificielle Ahmed Al Hansali dispose d’à peine 43 Mm3 sur une capacité de stockage de 669 Mm3.

Les ressources hydriques qui se raréfient font peser une menace constante sur les rendements agricoles dans la région de Béni Mellal-Khénifra, où la superficie agricole utile est de 960.000 ha, dont 205.000 ha irrigués. Preuve en est des performances mitigées des filières oléicoles et agrumicoles de la région.

https://medias24.com/2023/12/03/barrage-bin-el-ouidane-ou-linexorable-agonie-dun-monument/