Comment l’UM6SS mise sur l’intelligence artificielle et la simulation pour réinventer la pédagogie médicale

Médias24 : Quel regard portez-vous sur la manière dont la digitalisation redéfinit aujourd’hui les pratiques et les méthodes pédagogiques en médecine ?

Pr Mohamed Adnaoui : La digitalisation représente aujourd’hui la quatrième révolution industrielle. Elle s’impose à tous les secteurs, y compris celui de l’enseignement, en offrant des opportunités d’innovation et d’adaptation aux besoins des générations futures.

Dans le domaine de la santé, l’intelligence artificielle est appelée à transformer en profondeur plusieurs aspects : la pratique quotidienne, le diagnostic, la décision clinique, l’analyse prédictive, la médecine de précision, les objets connectés, la télémédecine ou encore l’exploitation des big data.

Un autre volet important de la digitalisation réside dans sa capacité à servir à la fois les étudiants, les enseignants et, plus largement, la société. Elle ne se limite pas à la pédagogie, mais s’étend également aux aspects pratiques de la formation.

Aujourd’hui, les chirurgiens se forment à l’aide de robots, ce qui représente un tournant significatif. Cela implique une intégration de la digitalisation dans toutes les sphères, aussi bien pédagogiques que décisionnelles, au sein des établissements.

– Quelle place l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé (UM6SS) accorde-t-elle à la transformation numérique dans sa stratégie de développement ?

– L’engagement est clair. Depuis que le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation a lancé l’initiative « Université 4.0 », avec le plan Pact ESRI 2030, toutes les universités ont été invitées à suivre cette dynamique. L’UM6SS a répondu présent, avec la volonté affirmée d’être à la pointe de cette transition.

Nous avons commencé par digitaliser nos plateformes d’enseignement. Les étudiants ne viennent plus en cours pour recevoir passivement un enseignement ; les supports sont accessibles en ligne, en amont, et les séances sont désormais consacrées à l’interaction.

Nous avons également supprimé l’usage du papier pour les examens, désormais réalisés sur tablette. Cette démarche favorise l’équité, renforce la sécurité des évaluations et améliore leur efficacité.

Sur le plan hospitalier, nous avons intégré un système d’information hospitalier permettant de fluidifier les services aux patients : consultation sans ordonnance papier, transmission directe à la pharmacie et déclaration automatique à la CNSS, par exemple.

Cette approche hospitalo-universitaire vise à faire converger la pédagogie et la pratique médicale dans un même écosystème digitalisé. Former, c’est aussi anticiper les compétences de demain.

– Comment anticipez-vous, justement, l’évolution des besoins en compétences dans les métiers de la santé face à l’émergence des nouvelles technologies ?

– Dès le départ, nous avons fait le choix de digitaliser les examens, en les organisant sur tablette. Cette décision a été précédée par une phase pilote : nous avons commencé par la quatrième année, formé les enseignants, les techniciens et les étudiants, et réalisé des examens blancs pour assurer une transition progressive.

Ensuite, le processus a été généralisé. Aujourd’hui, qu’ils soient à Rabat, à Casablanca, à Dakhla ou ailleurs, tous nos étudiants passent leurs examens le même jour, à la même heure, selon les mêmes modalités.

– La digitalisation va-t-elle jusqu’à réinventer les méthodes d’évaluation ? Peut-on imaginer, à terme, des examens en réalité virtuelle ou basés sur la simulation ?

– C’est déjà une réalité. Les évaluations virtuelles et intelligentes sont en place. Nous sommes entrés pleinement dans l’ère de la robotisation et de l’apprentissage assisté, qui s’inscrit dans une logique d’accompagnement individualisé.

Un exemple significatif est celui de l’apprentissage par simulation, crucial dans la formation médicale. L’étudiant est mis en situation sur une machine programmée pour reproduire un ensemble d’actes cliniques, qui sont ensuite enregistrés et comptabilisés. Une fois ce niveau atteint, il passe à des pratiques sur modèles animaux, avant d’être accompagné par un senior en salle d’opération.

Cependant, cette transformation doit être encadrée juridiquement et éthiquement. Ce sont des dimensions fondamentales à intégrer pour garantir une mise en œuvre responsable.

– L’ouverture prochaine de deux campus à Marrakech et Agadir marque une nouvelle étape pour l’UM6SS. Quelle est la philosophie qui sous-tend cette extension géographique ?

– Les fondations, à but non lucratif et d’utilité publique, ont vocation à accompagner l’action de l’État. La Fondation Mohammed VI œuvre ainsi à développer un écosystème complet —hospitalier, éducatif, de recherche — en élargissant l’offre de formation.

Le Maroc est en pleine transformation. Dans la perspective de grands événements comme la Coupe d’Afrique ou la Coupe du monde, il est essentiel de renforcer les capacités des régions, notamment sur le plan socio-économique et éducatif.

L’ouverture de campus à Marrakech et Agadir vise donc à rapprocher l’enseignement des étudiants, en leur offrant la même qualité d’accompagnement qu’à Rabat ou à Casablanca. Cela incarne pleinement l’esprit du nouveau Maroc.

La FM6SS lance un Hub de médecine de précision

Après avoir fait ses preuves en tant qu’acteur majeur dans le domaine de la Médecine 4.0, la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé (FM6SS) annonce la création d’un Hub de médecine de précision.

Ce projet ambitieux vise à renforcer les capacités de diagnostic, de traitement et de services de pointe en intégrant des technologies de nouvelle génération et une approche interdisciplinaire, indique un communiqué de la Fondation.

Le Hub sera structuré autour de trois unités complémentaires :

– Une plateforme génomique, équipée de technologies de séquençage de nouvelle génération (NGS), de génotypage avancé et de monitoring permettant des analyses approfondies pour un diagnostic précis et personnalisé.

– Un laboratoire de culture cellulaire, dédié au développement de nouvelles options en matière de thérapies cellulaires.

– Une unité clinique, qui sera intégrée à l’Hôpital universitaire international Mohammed VI de Rabat, qui assurera la prise en charge des patients et la mise en œuvre des avancées de la médecine de précision.

Le tout supporté par une biobanque avec un datacenter dédié, qui constituera une ressource nationale pour la conservation des échantillons biologiques et des données associées.

En intégrant la médecine de précision dans le parcours de soins, ce projet permettra d’améliorer significativement la détection précoce, le diagnostic et le suivi des maladies complexes, notamment en oncologie et dans les maladies rares.

Études en médecine. La commission des étudiants réagit favorablement à la déclaration d’Akhannouch

Dans un communiqué publié le jeudi 30 mai, la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie (CNEMEP) affirme « avoir reçu avec enthousiasme le discours du chef du gouvernement, qui a récemment souligné l’importance cruciale de la formation médicale et pharmaceutique pour l’État ».

Cette déclaration est perçue comme une étape vers la résolution d’une crise qui perdure depuis plus de six mois et qui perturbe la bonne marche de la formation dans les cycles de médecine au Maroc.

Les membres de la Commission ont manifesté leur satisfaction face à cette ouverture du dialogue. Ils considèrent cette initiative comme une « avancée significative vers une médiation sérieuse et constructive, visant à éclaircir les nombreux points de tension qui subsistent depuis plus de deux ans ».

Parmi les priorités de cette médiation, la Commission met en avant la nécessité de « reporter les examens de la prochaine session« . Ce report est vu comme une opportunité pour parvenir à une résolution de la crise, en permettant aux étudiants et au gouvernement de travailler ensemble pour surmonter les obstacles actuels.

En outre, la question des sanctions disciplinaires sera également abordée de manière prioritaire lors des discussions.

La CNEMEP a annoncé qu’elle tiendra « prochainement » une assemblée générale pour discuter des propositions et des avancées réalisées.

Cette réunion sera l’occasion de faire le point sur la situation et de tracer une feuille de route pour le futur, avec l’objectif de reprendre le cours normal de l’année universitaire et de sauver ce qui peut encore l’être.

Peut être une image de texte

Études en médecine : Akhannouch promet des solutions « claires » concernant la future forme de formation

Dans une déclaration à la presse à l’issue d’une réunion tenue avec les doyens des facultés de médecine et de pharmacie du Royaume, en présence du ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, Abdellatif Miraoui, et consacrée à passer en revue les « efforts déployés dans le cadre de la réforme du secteur de la formation dans le domaine de la santé », Aziz Akhannouch a souligné qu’ »un grand travail a été accompli à cet égard, au cours des dernières semaines ».

Dans ce cadre, le chef du gouvernement a relevé l’existence d’une vision claire pour aller de l’avant et de façon positive sur la voie de la réforme, afin de fournir tous les moyens et de créer des « conditions favorables pour les étudiants en médecine et en pharmacie, pour la poursuite de leurs études et la réalisation de la réussite escomptée, la formation des médecins du futur, et l’instauration d’une médecine au niveau requis ».

Dans ce contexte, Aziz Akhannouch a indiqué qu’il existe des solutions qui seront présentées prochainement portant sur la qualité de la formation et l’élargissement de la base du stage, tout en apportant une vision claire sur la future forme de formation dans le domaine de la médecine au cours des prochaines années afin que les étudiants aient une vision claire de leur avenir académique.

 

Depuis plusieurs mois, les étudiants en médecine enchaînent les protestations pour dénoncer la réforme lancée par les ministères de tutelle et exiger des réponses concrètes à leurs revendications.