Pourquoi la nouvelle loi 11-16 régissant la profession d’agent de voyages a renforcé la concurrence étrangère (Opérateurs)

« L’adoption en août 2022 de la loi 11-16 a renforcé la transparence dans l’octroi des licences d’agents de voyages, grâce à une plateforme digitale facilitant la procédure administrative, mais la suppression de certains garde-fous a ouvert notre secteur à une concurrence plus inquiétante », dénoncent plusieurs interlocuteurs, craignant d’être dépassés par l’arrivée croissante d’opérateurs étrangers en quête d’opportunités commerciales.

« Un assouplissement des conditions d’octroi qui élargit le champ des candidatures »

Ayant pour vocation de s’adapter à l’évolution des habitudes d’achat et de consommation des voyageurs, ainsi qu’au développement de l’e-tourisme par le biais d’une plateforme digitale, le nouveau cadre réglementaire instauré a non seulement permis de faciliter les conditions d’accès à l’activité d’agents de voyages, mais aussi de multiplier leur nombre et le type de profil accepté.

L’assouplissement des modalités d’octroi de la licence a en effet permis à toutes les personnes désireuses de se lancer dans ce secteur d’activité, naguère plus encadré, de le faire sans aucune contrainte, à partir du moment où elles disposent des capacités intellectuelles, morales et financières adaptées.

« Dispensés des obligations antérieures, les acteurs étrangers s’engouffrent dans la brèche »

En effet, les candidats au métier d’agent de voyages sont désormais non seulement dispensés de présenter des aptitudes particulières, un diplôme spécialisé ou des garanties financières, mais également de toute obligation d’exclusivité, ce qui leur permet d’opérer dans le même temps dans d’autres secteurs d’activité que le tourisme grâce à la création d’une nouvelle licence de « distributeur de voyages ».

Sollicité par Médias24, Fouzi Zemrani, ex-président de la FNAVM (Fédération nationale des agents de voyages du Maroc), a tenu à préciser que l’évolution récente de la loi 11-16 régissant la profession d’agent de voyages a attiré de nombreux opérateurs étrangers qui, jusqu’en 1996, n’avaient pas le droit d’exercer sur le territoire sans être dûment assistés du concours d’entités marocaines, physiques ou morales, titulaires d’une licence A ou B pour organiser des circuits, excursions et autres manifestations artistiques.

« Un nombre croissant de plateformes accaparent la clientèle étrangère »

Si depuis 1996, la loi 31-96 avait abandonné la gradation des licences A et B ainsi que la nécessaire marocanité du partenaire, elle avait imposé de créer au moins 5 emplois permanents et de réaliser 50% de son chiffre d’affaires en devises, obligations que la loi 11-16, adoptée en 2022, a abandonnées.

« Confrontés à un nombre croissant de plateformes étrangères qui accaparent la majorité des clients internationaux et coupent l’herbe sous le pied des opérateurs nationaux, avec une absence totale de garde-fous législatifs préjudiciable à leurs intérêts, la profession doit de surcroît gérer la concurrence déloyale de l’informel », rappelle Fouzi Zemrani qui regrette l’absence de levier public pour accompagner les agents de voyages dans leur marche inexorable vers la désintermédiation.

Et de conclure que lorsqu’on légifère pour actualiser une loi, l’objectif est d’améliorer le quotidien des acteurs de l’écosystème et non pas de valoriser les nouveaux venus au détriment des anciens qui avaient déjà dû survivre à la pire crise financière de leur histoire, à savoir la crise sanitaire du Covid-19.

Inflation et visas vont limiter les voyages des Marocains à l’étranger

Selon Khalid Benazzouz qui préside l’association des agents de voyages de la région Casablanca-Settat, avec la fin de la crise et le classement du Maroc en zone verte, ne nécessitant plus de contrôle aux frontières internationales, les Marocains devraient être nombreux à partir en vacances à l’étranger.

« Le maintien du test PCR encouragera les séjours en Espagne, mais… »

« Dès la fin du Ramadan, les nationaux vont commencer à se renseigner pour aller en Espagne et en France durant les vacances scolaires, mais le maintien du test PCR, qui coûte en moyenne 80 euros par personne, va en décourager une partie qui devra, s’il n’est pas levé entre-temps, le présenter au retour. »

« Sachant que son coût financier n’est pas négligeable pour une famille de quatre personnes et que le résultat négatif de ce test n’est pas exigé par voie maritime, cela devrait certainement encourager les séjours touristiques vers l’Espagne qui est proche des côtes marocaines, mais il y a toujours un problème de visa. »

« En effet, malgré le récent rapprochement politique du Maroc et de son voisin ibérique, nos clients font toujours face à des délais de rendez-vous longs pour déposer leur dossier de visa, sans compter qu’il y a de plus en plus de rejets inexpliqués ou injustifiés pour un pays comme la France. »

« La destination turque va profiter des difficultés d’obtention du visa Schengen »

« A partir de là, la Turquie, sans visa pour les Marocains et qui avait déjà le vent en poupe avant la crise sanitaire, va largement profiter de cette situation qui décourage un nombre important de nos vacanciers. Située au carrefour de l’Europe et de l’Asie, cette destination offre en plus l’avantage d’être proche du Maroc et, surtout d’être très abordable au niveau des prix de transport aérien, d’hébergement, de shopping… »

« En effet, après deux années de quasi-confinement dans nos frontières, les gens ont très envie d’aller ailleurs même si, à titre personnel, je leur recommande les destinations marocaines qui sont très bien parties pour faire le plein aussi bien dans le Sud, le Nord et l’Oriental dans la station balnéaire de Saïdia », conclut Benazzouz. Il ajoute que malgré la crise internationale et l’inflation qui frappent leur pouvoir d’achat, « les nationaux se débrouilleront d’une manière ou d’une autre pour financer leurs vacances ».

« La crise a lessivé financièrement les nationaux souhaitant voyager à l’étranger »

Moins optimiste sur un rush des séjours marocains à l’étranger, l’ancien vice-président de la CNT, Fouzi Zemrani, pense que « les nationaux ont été lessivés financièrement par deux années de crise ».

« Ceux qui ont des moyens financiers partiront certainement à l’étranger, mais ils ne seront pas si nombreux, car les Marocains sont exténués et n’ont pas d’argent pour voyager comme avant la crise. De plus, comme il est très probable que les écoles ne fermeront qu’à partir du 1er août, la majorité des familles ne pourront pas voyager durant le mois de juillet et auront un temps de vacances limité à celui d’août. »

« L’inflation des billets d’avion limitera le tourisme des Marocains à l’étranger »

« Il ne faut pas oublier que la guerre en Ukraine, qui est en train de provoquer une incroyable inflation mondiale, aura bientôt de graves conséquences sur les départs internationaux de touristes marocains. »

« Si ce conflit devait s’éterniser, les prix des billets pour aller dans les destinations favorites des Marocains qui sont encore abordables vont flamber », conclut Zemrani qui ne croit pas à une hausse significative des séjours étrangers de Marocains, sauf pour les classes aisées peu nombreuses.

S’il est vrai que l’inflation mondiale des prix de l’énergie pourrait renchérir le coût des séjours à l’étranger, la dépréciation du cours de la livre turque favorisera les arrivées étrangères en Turquie, notamment en provenance du Maroc.

Tourisme : la fin de la crise sanitaire va booster la formule des ftours du ramadan

Comme chaque année à la veille du Ramadan, hôteliers et restaurateurs s’organisent pour proposer à leurs clients une formule buffet au moment de la rupture du jeûne. L’occasion de s’intéresser à un phénomène qui va prendre de l’ampleur dans une période post-crise et de fêtes de Pâques et Pessah.

« La fin de la crise va générer une soif de sorties nocturnes et de ftours à l’extérieur »

Sachant que la fréquentation étrangère n’a jamais été élevée durant le mois de ramadan, Médias24 a interrogé Fouzi Zemrani, l’ancien vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT) sur les préparatifs de la profession dans une période différente des deux années de crise, qui coïncide avec la reprise mondiale du tourisme.

« Avec la baisse des arrivées de la clientèle internationale générée par la période du Ramadan, les hôteliers des grandes villes comme Casablanca, Rabat, Marrakech… ont toujours proposé des formules ftours aux clients nationaux. »

« Durant le Covid, le couvre-feu a empêché les gens de sortir. Mais étant presque sortie de la pandémie pour entrer dans une période endémique, l’activité touristique est en train de reprendre des couleurs, et il y aura sans doute de nombreuses sorties ramadanesques avec un rush vers les ftours », indique Fouzi Zemrani. Ce dernier attend impatiemment le retour des liaisons aériennes low-cost qui devrait intervenir dès la fin du Ramadan. Il espère aussi la réouverture de nombreux hôtels et restaurants, vu que près de 50% sont toujours fermés à Marrakech.

Des milliers de juifs d’origine marocaine en renfort durant le mois de ramadan

Optimiste sur la perspective d’un « mois de ramadan lucratif », un hôtelier de la ville ocre qui propose des buffets ftours se réjouit du fait que de nombreux juifs d’origine marocaine, devenus israéliens, américains, canadiens ou français, vont venir durant la deuxième quinzaine d’avril pour célébrer en famille les fêtes de Pessah.

« Cela va beaucoup aider l’ensemble du secteur touristique, car rien que dans la ville ocre, ce sont plus de dix grands hôtels qui ont été totalement privatisés du 15 au 23 avril, à savoir en pleine période du Ramadan. »

« Sachant que cela correspond à des milliers d’arrivées de visiteurs, qui de surcroît sont très fidèles aux traditions de leur pays d’origine, ce mois de ramadan se présente dans des conditions idéales », estime notre hôtelier qui s’attend par ailleurs à une reprise importante en été, avec une arrivée massive de visiteurs étrangers à partir de mai.

« Le Ramadan n’aura pas d’impact négatif sur le taux de remplissage hôtelier »

Convaincu de l’intérêt des ftours pour les restaurateurs, le directeur général de l’hôtel Sirayane nous apprend que des restaurants comme le Cabestan réalisaient, avant la pandémie, jusqu’à 400 couverts par soir.

En ce qui concerne les réservations dans son établissement, Mehdi Bennani Smirès nous révèle que le taux d’occupation étranger atteint d’ores et déjà 60% pour le mois de ramadan.

« Ce taux élevé s’explique par le fait que ce Ramadan va coïncider avec les vacances scolaires de Pâques et les fêtes de Pessah, mais aussi avec la fin de la crise sanitaire qui génère d’énormes envies de voyager », précise l’hôtelier. Il considère toutefois que le Maroc pourrait faire beaucoup mieux avec le même réseau aérien que 2019, s’il n’y avait l’obligation de présenter aux frontières marocaines un résultat négatif au test PCR.

Marrakech : la haute saison du printemps plafonnera à un taux d’occupation hôtelier de 40%

Après la récente réouverture des frontières, les opérateurs de la locomotive touristique du Maroc attendaient avec impatience les mois de mars et d’avril, synonymes de haute saison, pour retrouver un taux d’occupation de 80% et plus, mais tout porte à croire qu’il sera au moins divisé par deux.

Remise en cause de la fiabilité du test PCR à l’origine de nombreuses annulations

C’est ce que pensent plusieurs hôteliers de Marrakech. Parmi eux, Mehdi Bennani Smires, gérant du Sirayane Boutique Hôtel & Spa. Il dénonce le maintien de l’obligation de présenter un test PCR négatif à l’arrivée au Maroc.

Selon lui, les voyageurs testés positifs 48 heures avant l’embarquement se sont vus contraints d’annuler leur départ à la dernière minute, et ont perdu de ce fait la somme avancée à la réservation. La publicité négative occasionnée a généré par la suite de nombreuses annulations.

« De plus, malgré l’obligation de présenter un test PCR négatif de moins de 48 heures à nos frontières, les tests antigéniques et rapides, qui sont pratiqués à l’arrivée sur ces personnes déjà testées, révélaient une moyenne journalière de 30 à 40 cas positifs, ce qui interroge sur la fiabilité des tests PCR qui sont exigés », s’indigne Mehdi Bennani Smires.

« Une mesure incompréhensible quand on sait que même l’Arabie saoudite a fini par supprimer l’obligation de présenter un test PCR négatif pour les voyageurs de la Omra, qui connaît un énorme brassage de populations diverses », dénonce encore cet hôtelier, qui craint une importante désaffection des touristes.

« Avant la crise, les mois de mars et d’avril nous permettaient de faire le plein d’arrivées étrangères avec du tourisme scolaire et golfique. Or aujourd’hui, nous sommes loin du compte avec des réservations qui permettent d’espérer un taux d’occupation hôtelier de 32% contre 70% pour la même période de 2019 », ajoute Mehdi Bennani Smires.

« Entre une logistique compliquée pour se faire tester et un coût prohibitif pour de nombreux voyageurs, ces derniers nous préfèrent par conséquent l’Espagne, la Turquie, les Emirats arabes unis et l’Egypte », conclut Mehdi Bennani Smires. Il reste persuadé qu’une suppression définitive des tests ferait exploser rapidement les arrivées au Maroc.

Une mesure qui fait perdre 50% des arrivées étrangères au Royaume

Tout aussi remonté que son confrère contre le maintien de l’obligation de présenter un test PCR négatif pour franchir les frontières marocaines, le président d’une grande chaîne hôtelière nous rappelle, dans un premier temps, que les mois de mars, d’avril et de mai représentent la meilleure période de l’année à Marrakech.

« En termes de business, ce trimestre correspond à la très haute saison. Mais avec cette histoire de tests qui n’a toujours pas été supprimée, une vente sur deux va vers une autre destination que le Maroc », déplore-t-il.

« En effet, le coût d’un test PCR pour quatre personnes sera d’au moins 320 euros (4 x 80), et presque autant pour un couple souhaitant venir passer un week-end, et qui choisit la formule test PCR rapide (180 euros par personne) », estime notre source, dubitative quant à cette contrainte supplémentaire.

En cas de suppression, le taux de remplissage hôtelier passera de 40% à 80%

Concernant l’éventuelle suppression de cette mesure qui freine les arrivées étrangères, le président d’une des fédérations de la Confédération nationale du tourisme (CNT) indique que la ministre de tutelle, Fatim-Zahra Ammor, soumise à une intense pression des tours opérateurs étrangers, fait de son mieux pour convaincre ses homologues des ministères de la Santé et de l’Intérieur.

« Sans cette obligation, nous aurions pu atteindre un taux d’occupation hôtelier de 80%, mais dans le contexte actuel, le secteur hôtelier devrait réaliser au mieux 40% à la fin de cette période de fêtes. Nous allons donc perdre 50% du potentiel d’arrivées, soit une vente sur deux qui ira dans la poche de nos concurrents directs. Le retour à la normale prendra plus de temps », déplore notre source.

« Partout dans le monde, l’industrie du tourisme a repris à une vitesse vertigineuse, alors que le Maroc, lui, a choisi de maintenir des contraintes incompréhensibles comme la fermeture des casinos et des boîtes de nuit, ce qui a pour effet de retarder la relance », conclut notre interlocuteur. Ce dernier regrette que les arrivées actuelles d’étrangers ne soient constituées en réalité que de touristes fidèles au Maroc.

« Pas de véritable visibilité sur l’évolution des réservations avant mai ou juin prochain »

Face au « climat mondial anxiogène généré par l’attaque russe en Ukraine », l’ancien vice-président de la CNT, Fouzi Zemrani, reste sceptique sur la possibilité d’atteindre un taux d’occupation hôtelier de 40%.

« Sachant que les frontières étaient encore fermées il y a tout juste un mois, je pense que c’est un chiffre plutôt optimiste, d’autant que la période du ramadan va démarrer au début du mois d’avril. Cela dit, les fêtes juives de Pâques vont nous permettre de recevoir, du 14 au 24 avril, de nombreux groupes d’Israéliens qui ont privatisé plusieurs hôtels », déclare Fouzi Zemrani. Selon lui, il faudra attendre mai, ou même juin, pour avoir une véritable visibilité sur l’évolution des réservations.

Tourisme : l’exclusion des agences de voyages du plan d’urgence divise la profession

Si la crise sanitaire regroupait jusqu’au mardi 18 janvier l’ensemble des métiers du tourisme, qui faisaient front commun pour obtenir des concessions du ministère de tutelle, l’exclusion des 1.248 agents de voyages du plan de soutien aura suffi à faire voler en éclats l’unanimité d’un secteur en crise depuis mars 2020.

« Un plan d’urgence réservé aux seuls hôteliers »

Joint par Médias24, Khalid Miftah, secrétaire général de l’Association nationale des agents de voyages marocains (ANAVM), se dit ainsi « stupéfait » par une omission qui ne profitera qu’à une partie des acteurs.

« En effet, si à ce jour, personne ne sait encore comment sera réparti le soutien financier du gouvernement aux opérateurs, notre exclusion de ce plan d’urgence n’a aucun sens ni fondement réel.

« Notre secteur, qui est un élément indispensable de la chaîne de valeur, ne comprend pas comment il est possible de consacrer la moitié d’une enveloppe budgétaire de 2 milliards de dirhams, soit 1 MMDH, aux seuls hôteliers avec qui nous sommes habitués à travailler par notre rôle de prescripteurs de voyages.

« La composition des bénéficiaires de ce plan d’urgence laisse à penser qu’ils sont les seuls à représenter l’industrie du tourisme et que les agences de voyages n’ont par conséquent aucun rôle à jouer.

« Notre surprise est d’autant plus grande qu’à l’issue d’un sit-in devant le siège du ministère du Tourisme, nous avions transmis toutes nos revendications et avions bon espoir de les voir satisfaites », dénonce Khalid Miftah, se disant pessimiste sur l’avenir de son secteur lâché par sa tutelle.

« Le lobbying hôtelier a fini par payer mais au détriment des intérêts des agents de voyages »

Tout aussi furieuse que son collègue par  » le comportement injuste » du ministère, Rajae Ould Hammama, porte-parole de l’ANAVM, avance que, selon elle, l’exclusion des agences de voyages s’explique par le poids infime des associations régionales d’agents de voyages qui sont beaucoup moins puissantes que celles des hôteliers.

« Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir que ces derniers contrôlent 90% de la Confédération nationale du tourisme. D’ailleurs, à ce jour, nous n’avons reçu aucun soutien de leur part », regrette Ould Hammama, avant de demander au ministère de rectifier l’intitulé du communiqué de presse qu’elle estime trompeur.

« Un sit-in qui n’aura eu aucun effet positif »

« Au lieu de « Plan d’urgence au tourisme », il serait plus approprié au regard de son contenu de l’intituler « Plan d’urgence aux hôteliers ».

En effet, c’est tromper l’opinion publique que de prétendre que toutes les branches de l’industrie touristique ont bénéficié d’une aide gouvernementale », explique la chargée de communication qui a peu d’espoir sur un retournement de situation en faveur de l’ANAVM.

« Nous sommes d’autant moins optimistes qu’à l’issue de notre sit-in du 4 janvier, nous avions déposé un dossier complet avec nos 11 principales demandes, comme la suspension de certains impôts et de la taxe professionnelle, qui nous coûte plusieurs dizaines de milliers de dirhams par an avec une activité nulle.

« Pourquoi sommes-nous toujours astreints à payer des assurances et à régler les cotisations sociales de nos employés, alors que nous sommes à l’arrêt total du fait de la fermeture des frontières », conclut la porte-parole, pour qui le seul espoir de sortie de crise résidera dans la réouverture des frontières.

« 2 MMDH correspondent à un simple emplâtre sur une jambe de bois »

Agent de voyages et ex-vice-président de la CNT, Fouzi Zemrani estime que 2 milliards de dirhams pour aider à relancer la machine est un montant largement insuffisant pour un secteur en crise depuis près de deux années.

« Arriver avec un plan de relance qui contient 5 points est, selon moi, un simple plâtre sur une jambe de bois car les pertes enregistrées se chiffrent à beaucoup plus que deux malheureux milliards de dirhams. En effet, si on n’alloue pas les moyens nécessaires, le secteur ne se remettra pas de sitôt.

« Un plan d’urgence qui ne fera que diviser le secteur  »

« De plus, donner à un pan du tourisme et en oublier sciemment un autre n’est pas une bonne stratégie ; Mme Ammor est ministre du Tourisme et pas de l’hébergement hôtelier.

« Si les hôteliers n’ont aucune responsabilité dans les choix de la ministre, ce plan d’urgence aura au final plus divisé que réuni un secteur qui doit être appréhendé dans sa globalité, car on ne peut pas réduire l’industrie touristique à un simple dortoir », estime Zemrani, qui juge également injuste de maintenir la taxe professionnelle à des agents de voyages qui ont une activité quasiment nulle.

Ci-après, communiqué de presse de l’ANAVM publié mardi 18 janvier : Communiqué 18 du janvier.

Les demandes de la CNT pour booster le tourisme interne cet été

Les nationaux n’étaient pas assez nombreux dans les établissements d’hébergement lors de la dernière saison estivale. Pour combler l’énorme vide laissé par les touristes étrangers (80% de l’activité en temps normal), le vice-président de la Confédération nationale du tourisme nous liste les propositions de solutions adressées au gouvernement pour corriger le tir et faire voyager les nationaux en masse.

« L’urgence est de vacciner les employés du secteur »

Fouzi Zemrani avance que la première action des autorités publiques, devra être, de vacciner en priorité le personnel du secteur.

« La CNT a sollicité ses interlocuteurs publics pour qu’il y ait une vaccination prioritaire de tous les employés qui travaillent dans le tourisme car, si durant l’été prochain, les établissements doivent recevoir des nationaux, il faudrait que leur personnel soit déjà complètement immunisé.

« Ainsi, si le Maroc reçoit prochainement une cargaison de doses de vaccins, elle doit être réservée en premier lieu aux salariés des opérateurs touristiques (hôtels, restaurants …).

« Cela leur permettrait d’accueillir sans aucun risque, en juillet et août prochains, et de manière rassurante une partie du marché national qui a suffisamment de moyens financiers pour voyager.

Des récompenses pour les fonctionnaires de 1ère ligne contre la pandémie

« En second lieu, nous avons demandé aux ministères de la Santé, de l’Education nationale, de l’intérieur et enfin de la défense, de débloquer des chèques-vacances au profit de tous les fonctionnaires qui étaient en première ligne, pour combattre la pandémie actuelle.

« Cela sera une manière de remercier ces très nombreuses personnes qui travaillent pour l’Etat car elles ont, non seulement pris des risques mortels, mais ont également beaucoup souffert par leur mobilisation permanente (gardes médicales, absence de permissions pour les forces de sécurité …).

« Sachant que cela ne concernera qu’une partie de ses fonctionnaires, la subvention de l’Etat dans la facture hôtelière ne sera pas insupportable pour ses caisses qui récolteront de nouvelles recettes.

« Si la CNT n’a pas encore estimé le nombre de bénéficiaires de cette reconnaissance publique, cela devrait concerner de très nombreux ménages qui n’étaient pas habitués à voyager dans des hôtels, sachant qu’ils se rendaient plutôt chez leur famille ou alors dans des centres publics estivaux.

« Ces chèques-vacances devraient donc leur permettre de profiter des installations touristiques et de faire tourner les entreprises du secteur qui devront, de leur côté, faire certains efforts sur les prix.

Défiscaliser momentanément les produits touristiques pour le marché national

« Pour cela, il conviendra de mettre en place une 3ème mesure publique qui consistera à défiscaliser momentanément de la TVA les produits touristiques destinés aux seuls nationaux.

« Ainsi, au lieu d’appliquer un taux de TVA de 10 à 20% qui dépend de la nature des prestations offertes, le gouvernement pourrait faire adopter par le Parlement une loi de finances rectificative d’urgence pour faire baisser ou même annuler cet impôt pendant une certaine période.

« Le ministère des Finances et la Direction générale des impôts seront certainement très réservés pour baisser voire annuler la TVA, d’une manière ponctuelle, mais certains pays dont la France ont fait passer un projet de loi qui a défiscalisé tous les services touristiques, type hôtellerie ou restauration.

« Si cela peut sembler compliqué, il est préférable d’annuler cet impôt sectoriel durant un temps déterminé au lieu de le garder, alors qu’il n’y a aucune recette et que l’Etat n’a donc rien à perdre », propose Zemrani, en ajoutant que cela permettra aux Marocains de profiter de tarifs plus attractifs et, in fine, multiplier le nombre de touristes nationaux sensibles aux baisses des nuitées.

Un chèque-vacances de 3.000 dirhams dans certaines entreprises privées

« Concernant le secteur privé, les industries (agro-alimentaire…) qui ont gagné beaucoup d’argent durant la pandémie pourront également faire un effort financier pour récompenser leurs employés, en offrant un chèque-vacances d’une valeur minimale de 3.000 dirhams, pour chaque chef de famille.

« Si la CNT n’a pas fait de simulation, c’est parce qu’au départ, nous avions proposé la mise en place d’une épargne mensuelle pour tous les salariés du secteur privé ainsi récompensés par leur employeur.

« Concrètement, l’employé et son patron épargnent chaque mois une même somme dont le total sera versé au salarié au moment des vacances.

« Il faut préciser que cette épargne n’est pas une prime sur laquelle l’employeur va payer des taxes, car elle est totalement défiscalisée », conclut Zemrani qui, faute d’adoption définitive de plusieurs suggestions de la CNT dont une proposition de loi de l’Istiqlal en juillet 2020 sur les chèques-vacances, invite le gouvernement à débloquer des aides d’urgence pour permettre au secteur de survivre.

Pour l’été, les opérateurs touristiques ne pourront compter que sur les nationaux

Alors que toute la profession s’attendait à un début de reprise en juillet ou août prochains, le blocus aérien entamé en février à cause de l’aggravation de la situation sanitaire en Europe qui est confinée, auquel s’ajoute une campagne de vaccination en retard sur ses objectifs exclut un redémarrage en été.

« La saison estivale est d’ores et déjà compromise »

Se disant désormais convaincu que la saison estivale est en grande partie compromise, Fouzi Zemrani, vice-président de la Confédération nationale du tourisme, avance qu’il faudra tabler sur les seuls nationaux sachant que la plupart des marchés étrangers émetteurs sont confinés et ne peuvent plus se déplacer, d’autant plus que les liaisons aériennes avec le Maroc sont suspendus pour 32 pays.

« Avec l’aggravation croissante de la situation sanitaire et la pénurie de vaccins en Europe, il serait vraiment étonnant que les visiteurs viennent en masse durant l’été prochain au Maroc. En étant réaliste, ça ne sera, selon moi, pas le cas avant décembre prochain pour ne pas dire mars ou avril 2022.

« La mobilité des touristes locaux dépendra de l’état d’avancement de la vaccination »

« Pour limiter la casse lors de la saison estivale, il faudra faciliter la mobilité interurbaine des Marocains.

« Le problème est que leurs déplacements sont intimement liée à l’état d’avancement de la campagne nationale de vaccination qui a pris du retard sur son objectif initial de se terminer en mai prochain.

« Ce retard n’est pas énorme par rapport aux pays européens mais il faut cependant espérer qu’il sera comblé rapidement grâce à l’importation d’un nouveau type de vaccins comme le russe Sputnik.

« Le Maroc n’obtiendra pas l’immunité collective en mai prochain »

« Si on parle de l’arrivée imminente de 4 millions de doses, à moins d’un miracle, nous n’obtiendrons pas en mai la fameuse immunité collective comme s’y était engagé en public notre ministre de la santé.

« La seule consolation est que nous ne sommes pas les seuls à ne pas remplir nos objectifs initiaux car la plupart des autres pays de la planète, hormis les USA, Israël et la GB, sont tous en train de patauger.

« En termes de route vers l’immunité collective de sa population, le Maroc est plutôt bien placé dans le monde arabe et sur le continent africain mais ce n’est pas pour autant qu’il est sorti de l’auberge.

La CNT réclame un passeport sanitaire et la vaccination prioritaire des employés du secteur

« Sachant que ses visiteurs étrangers sont déjà soumis à l’obligation de présenter un test PCR négatif aux frontières marocaines, nous recommandons l’institution prochaine d’un passeport sanitaire à l’image de plusieurs destinations touristiques mondiales comme par exemple l’Espagne, la Grèce, ….

« A court-terme, la CNT demande également au gouvernement de vacciner en priorité le personnel du secteur touristique », réclame le vice-président tout en sachant qu’avec la pénurie actuelle de vaccins, il faudra certainement encore attendre un peu ».

« Les hôteliers pourront faire mieux que l’été dernier sans restriction de la circulation interne »

A la question de savoir s’il était possible d’attirer plus de locaux que l’été dernier, Zemrani affirme possible d’augmenter leur nombre à condition de ne pas imposer les mêmes restrictions de voyager d’août qui avaient refroidi les ardeurs des voyageurs et fini par plomber totalement la saison estivale.

« Ainsi, si l’on continue sur la voie actuelle, le secteur pourra peut-être faire mieux que l’été dernier mais pour cela, il faudra d’abord mettre les nationaux en confiance pour qu’ils puissent voyager en toute quiétude ».

« Pour la deuxième fois, le tourisme local nous permettra de survivre en attendant la reprise internationale »

Zemrani insiste sur le fait que ce n’est pas le moment de se relâcher en termes de mesures de prévention et de distanciation sociale.

« Aussi contraignant soit le couvre-feu, il convient de ne pas ruiner tous les efforts accomplis en autorisant par exemple les grands rassemblements publics durant le Ramadan comme la prière des Tarawih avec le résultat que l’on sait après l’autorisation de la tenue de la fête du sacrifice.

« Sachant que dans les meilleurs années, le tourisme domestique ne représentait pas plus d’un tiers du chiffre d’affaires du secteur hôtelier, il ne faut pas s’attendre à des résultats extraordinaires mais cela lui permettra au moins de survivre avant la reprise », conclut Zemrani pour qui l’amélioration espérée en fin d’année dépendra de la situation épidémiologique à l’échelle internationale.

Tourisme: Le risque de quarantaine dissuade les nationaux de voyager

Si la fermeture des issues de la ville de Safi s’impose pour des considérations sanitaires, il n’empêche que cette décision gouvernementale a provoqué plusieurs annulations de la part de Marocains qui avaient réservé un séjour hôtelier dans plusieurs villes touristiques du pays.

En effet, la crainte de se retrouver incapables de rentrer chez eux si les autorités décident de les confiner sur place après la découverte d’éventuels clusters a eu pour résultat de les décourager de se rendre dans des destinations comme Tétouan, Agadir …

La mise en quarantaine de Safi a aggravé la situation

Sollicité par Medias24, Fouzi Zemrani affirme que la détérioration de la situation sanitaire dans certaines villes inquiète déjà les éventuels clients d’hôtels qui réfléchissent à deux fois avant de voyager.

« Confrontés à ce risque, ils préfèrent rester dans leur cocon avec leur famille et leurs proches et ne pas sortir de leur cercle de confort pour aller ailleurs.

« Et le confinement de la ville de Safi a aggravé les choses, même si la ville n’est pas connue pour être une destination touristique.

« A partir de là, les nationaux ne seront pas chauds pour voyager même si de nombreux hôteliers leur ont proposé un remboursement des frais avancés en cas de deuxième vague ou de confinement.

Une médiatisation qui va aussi décourager les futurs touristes étrangers

« De plus, les étrangers notamment français seront également réticents à venir au Maroc si demain les frontières devaient ouvrir, car cette publicité ne joue pas en faveur du tourisme.

« En effet, sachant que les journaux français ont titré sur le confinement de 300.000 personnes dans une ville marocaine, cela ruine tout le travail qu’ont effectué les opérateurs pour assurer les étrangers.

« Par ailleurs, la quarantaine de 9 jours qui est toujours d’actualité pour les visiteurs internationaux et les MRE ne risque pas de les encourager à venir chez nous.

Des mesures restrictives qui n’arrangent rien

« Ainsi, quoi qu’il arrive et quelles que soient les mesures d’encouragement gouvernementales, l’été est très mal parti en termes de remplissage car ni les nationaux ni les étrangers ne seront au rendez-vous.

« Avec les nombreuses mesures de restriction comme la fermeture des restaurants à 23 heures ou des plages à 18h, les gens préfèreront rester chez eux en attendant que cela passe.

Des faillites à la clé

« Quand même une compagnie comme Royal Air Maroc décide de licencier 850 personnes et de vendre une vingtaine d’avions qui représentent des centaines de milliers de sièges par an, il y aura certainement de nombreuses faillites chez les opérateurs et notamment les hôteliers.

« Dans l’état actuel des choses, certains n’ouvriront pas car ils n’ont pas l’assurance d’avoir une clientèle.

D’autres pays touristiques ont été en mesure de rassurer les clients locaux et étrangers

« Si la santé des Marocains passe avant les considérations financières, il y a tout de même des mesures alternatives à mettre en place car nous devons apprendre à vivre avec le coronavirus.

« Il convient de ménager la chèvre et le chou à l’image de pays touristiques comme l’Espagne, la Turquie, la France et l’Italie qui n’ont toujours pas vaincu le coronavirus mais qui ont mis en place un plan pour accueillir dans les meilleures conditions les touristes et pour faire redémarrer le tourisme.

Le tourisme doit apprendre à vivre avec la pandémie

« S’il est acquis que nous ne reviendrons pas au rythme pré-pandémie avant au moins avril 2021, nous ne pouvons pas sous prétexte de cette crise sanitaire arrêter de vivre complètement.

« En effet, si les gens ne sortent pas de chez eux et ne consomment pas, comment l’État va-t-il récupérer des impôts et pouvoir faire face à ses engagements ?

Nécessité de responsabiliser les clients

« Ceci dit, je me dois de rajouter que, malheureusement, nombre de nos concitoyens confondent déconfinement et fin du virus.

« Ainsi, si le plan sanitaire est obligatoire pour ouvrir tous les hôtels, il faut aussi que les conditions sanitaires soient respectées dans les taxis, les restaurants, les souks et que le touriste soit responsable.

Un taux de remplissage de moins de 15% est attendu

« Au final, face aux risques encourus, il est compréhensible que des nationaux veuillent reporter leur voyage.

« Avec un tourisme national qui représente 30 % de taux de remplissage hôtelier en période normale et des autorités qui imposent aux hôteliers de réduire leur capacité d’accueil de 50 %, il reste en théorie 15 % d’éventuels clients marocains mais avec la crainte instillée par des villes comme Safi, Tanger sans compter les clusters qui risquent d’émerger ailleurs, on n’atteindra certainement pas ce pourcentage », conclut le vice-président qui s’attend au pire été de l’histoire du tourisme marocain.

La Bourse de Casablanca termine dans le vert