La France renvoie à son tour des responsables algériens

La France a convoqué le chargé d’affaires algérien à Paris pour dénoncer la décision « injustifiée et injustifiable » d’Alger d’expulser des fonctionnaires français d’Algérie et lui indiquer que Paris allait riposter en renvoyant des diplomates algériens, a annoncé mercredi 14 mai le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot.

« Notre réponse est immédiate, elle est ferme et elle est strictement proportionnée à ce stade, avec la même demande, c’est-à-dire le renvoi en Algérie de tous les agents titulaires de passeports diplomatiques qui n’auraient pas actuellement de visa« , a affirmé le ministre sur la chaîne BFMTV, sans préciser leur nombre.

(Avec AFP)

Alger annonce de nouvelles expulsions de fonctionnaires français, Paris promet de répondre « de manière immédiate »

Selon l’Agence de presse algérienne, qui cite des « sources informées », cette convocation intervient après la constatation, par les services compétents algériens, de « manquements répétés de la partie française aux procédures établies en matière d’affectation de personnel diplomatique et consulaire ».

Cette annonce intervient près d’un mois après l’expulsion de douze fonctionnaires mi-avril.

La France répondra de « manière immédiate » à cette décision « incompréhensible », a réagi ce lundi 12 mai, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.

(Avec agences)

La France et l’Algérie relancent leur « coopération migratoire et sécuritaire »

Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune se sont entretenus par téléphone le lundi 31 mars. Les discussions ont porté sur « l’état des relations bilatérales et les tensions accumulées ces derniers mois », a annoncé l’Élysée dans un communiqué.

Les deux chefs d’État sont convenus de la « reprise sans délai de la coopération sécuritaire« .

Ils ont également convenu qu’une coopération migratoire confiante, fluide et efficace, permettant de traiter toutes les dimensions de la mobilité entre les deux pays, devait être immédiatement réactivée, dans une logique de résultats répondant aux préoccupations respectives, indique l’Élysée.

Par ailleurs, les deux chefs d’État ont décidé de relancer les travaux de la commission mixte des historiens, qui se réunira prochainement en France.

Concernant la coopération judiciaire, les deux présidents ont acté la reprise des échanges et des coopérations dans ce domaine.

Les deux présidents ont également souligné l’importance de renforcer la coopération économique, notamment dans les secteurs d’avenir, en veillant au « respect des intérêts mutuels ». Le président français a exprimé son soutien à la révision de l’accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie.

Les deux parties ont aussi abordé le cas de l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné en Algérie. Emmanuel Macron a appelé à un geste de clémence et d’humanité en raison de l’âge et de l’état de santé de l’auteur.

Les deux présidents ont également convenu de se rencontrer prochainement pour approfondir ce dialogue.

L’escalade des tensions entre Paris et Alger avait débuté après la décision de la France de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara, le 30 juillet dernier. Un sujet qui n’a pas été explicitement mentionné dans le communiqué, lequel met plutôt l’accent sur l’importance d’un « dialogue d’égal à égal » et rappelle l’engagement des deux partenaires envers la légalité internationale et les principes édictés par la Charte des Nations Unies.

Algérie : l’écrivain Boualem Sansal condamné à cinq ans de prison ferme

Boualem Sansal était poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, notamment « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l’économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ».

Lors de son procès le 20 mars, le procureur du tribunal correctionnel de Dar El Beida, près d’Alger, avait requis dix ans de prison ferme contre le romancier.

(Avec AFP)

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Une liste d’Algériens à expulser de France « bientôt » transmise à Alger

Cette liste, comprenant « plusieurs dizaines » de noms, devrait être officiellement adressée à l’Algérie très prochainement, rapporte l’Agence France-Presse (AFP), qui cite trois sources gouvernementales.

« C’est une première liste », a déclaré, mercredi sur la radio RTL, le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, faisant état de quelques dizaines de personnes.

Le refus de l’Algérie d’accepter des ressortissants en situation irrégulière, renvoyés par Paris, a fini d’envenimer des relations déjà très dégradées depuis la reconnaissance, par la France, de la souveraineté marocaine sur le Sahara.

(Avec AFP)

La France annonce des « mesures de restriction de circulation à l’égard de certains dignitaires algériens »

Dans une interview télévisée, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé avoir pris des « mesures de restriction de circulation et d’accès au territoire national pour certains dignitaires algériens », et dit être « prêt à en prendre davantage ».

Le ministre a justifié ces mesures, qui datent d’il y a « quelques semaines », par le refus d’Alger d’accueillir certains ressortissants sous OQTF, et l’incarcération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal.

« Ce sont des mesures réversibles qui s’éteindront dès lors que la coopération à laquelle nous appelons reprendra », a expliqué le chef de la diplomatie française. Mais si aucune évolution n’est observée, « je suis prêt à prendre davantage de mesures », a-t-il affirmé.

Le chef de la diplomatie française s’est également dit « prêt à aller à Alger« , si cela permet « de débloquer un certain nombre de situations ».

Jean-Noël Barrot a toutefois assumé une position plus nuancée que son collègue Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, qui veut engager un « rapport de forces » avec Alger. « Ce n’est pas toujours avec les outils les plus durs qu’on obtient des résultats. D’ailleurs on a pu le mesurer par le passé, puisque lorsqu’on a durci le ton avec l’Algérie, on a fait baisser le nombre d’expulsions », a souligné le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.

La réaction d’Alger

Dans un communiqué rédigé à la hâte pour répondre à Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères algérien a indiqué que ces mesures, « prises sans respecter les droits des ressortissants algériens détenteurs de passeports diplomatiques et de services, sont toujours en cours de mise en œuvre ».

Le ministère algérien justifie ce retard par « l’absence d’un accord concernant les modalités d’application de cet accord, qui n’a pas encore été finalisé entre les autorités françaises et algériennes ».

La grande mosquée de Paris ou la machine algérienne de propagande en France

La politique algérienne s’infiltre dans la religion en France, notamment à travers la grande mosquée de Paris, la plus ancienne des mosquées de France métropolitaine servant au culte. Alors que les relations entre les deux pays traversent une grosse crise, le rôle et la place de ce lieu et la place de cette institution sont au centre de débats avec des appels à les remettre en cause.

La décision de construire une mosquée à Paris se concrétise au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il était en effet question de rendre hommage aux dizaines de milliers de morts de confession musulmane qui ont combattu pour la France.

Inaugurée le 15 juillet 1926 par le Sultan Moulay Youssef (vidéo ci-dessous), la grande mosquée de Paris est régie par la Société des habous et lieux saints de l’islam, une association loi de 1901 (loi encadrant le fonctionnement des associations situées en France), propriétaire de l’édifice à la suite d’une donation de la Ville de Paris.

Le financement de la mosquée a bénéficié du concours de l’État français à travers la loi du 19 août 1920 qui accorde suivant le rapport d’Édouard Herriot une subvention de 500.000 francs pour la construction d’un institut musulman regroupant une mosquée, une bibliothèque et une salle d’étude et de conférences.

Mais cette loi dérogeait au principe de laïcité édicté par la loi de séparation des Églises et de l’État adoptée en 1905. Pour contourner cet obstacle juridique, c’est à une institution ayant son siège en Algérie française, notamment la Société des habous des lieux saints de l’islam, fondée à Alger en 1917, qu’est confiée en 1921 la construction et l’administration de la mosquée. Pour pouvoir recevoir la subvention, un nouvel acte de cadi modifie ses statuts pour la transformer en association régie par la loi de 1901 ayant également pour but la construction d’une mosquée et d’un Institut musulman à Paris.

Les trois quarts des coûts de construction ont été couverts par le Maroc à l’époque. Inspirée de la mosquée el-Qaraouiyyîn de Fès, la mosquée a été construite en béton armé. Le décor et les zelliges en particulier ont été réalisés par des artisans spécialisés du Maroc et spécialement de Fès et Meknès avec des matériaux traditionnels.

Le Roi Hassan II a lui-même demandé l’acquisition par le Maroc, d’un terrain à Paris, pour construire une autre mosquée, gérée celle-là par le royaume et dirigée par un imam marocain ou un Français de souche musulman:

Une annexe d’Alger?

Financièrement, la grande mosquée de Paris est choyée par Alger. Le ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, retire dans les années 1980 la tutelle de la mosquée du ministère et de la Ville de Paris, ce qui permet à l’Algérie de financer un tiers du budget de la mosquée.

En 2015, le ministre algérien des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, a annoncé officiellement l’ouverture via l’ambassade d’Algérie en France, des procédures visant à acquérir la propriété de la grande mosquée de Paris. Des propos démentis par le recteur de la grande mosquée de Paris de l’époque, Dalil Boubakeur, qui a souligné que toutes les activités de la grande mosquée de Paris étaient régies par la loi française et que son statut n’a actuellement subi aucune modification.

Depuis le 2 janvier 2023, la Grande mosquée de Paris assure la certification halal des produits exportés de la France vers l’Algérie. Le financement est indirect, mais possiblement conséquent, observe Europe 1.

Si la mosquée est juridiquement indépendante, elle reste néanmoins, religieusement et culturellement, liée à l’État algérien, dont l’avis pèse dans la nomination de son recteur. Sept directeurs ou recteurs ont dirigé à travers les années la mosquée de Paris, l’Institut musulman de la mosquée de Paris et la Société des habous des lieux saints de l’islam (Kaddour Benghabrit, Ahmed Benghabrit, Hamza Boubakeur, Cheikh Abbas, Tedjini Haddam, Dalil Boubakeur, Chems-Eddine Hafiz). Et tous sont d’origine algérienne…

Instrumentalisation de la religion à des fins politiques

Chems-Eddine Hafiz, actuel recteur de la grande mosquée de Paris depuis 2020, est pointé du doigt à cause de l’instrumentalisation de la religion en France pour servir la cause de l’Algérie, à l’heure que la France vient d’arrêter 6 influenceurs algériens dont certains franco-algériens pour promotion de la haine et appels à la violence, notamment à commettre des attentats en France.

Le recteur et avocat franco-algérien, qui au cours de sa carrière d’avocat défendra, entre autres, le polisario, est interpellé dans une tribune parue dans Le Figaro signée Chawki Benzehra, journaliste et opposant algérien exilé et Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie.

Ces derniers unissent leur voix et adressent une lettre ouverte à Chems-Eddine Hafiz, en réponse à un communiqué les visant nommément. Ils lui demandent également d’appeler à la libération de Boualem Sansal, écrivain et essayiste franco-algérien arrêté et mis en garde à vue par Alger, à cause de ses récentes déclarations faites au média Frontières :  » Quand la France a colonisé l’Algérie, toute la partie ouest de l’Algérie faisait partie du Maroc : Tlemcen, Oran et même jusqu’à Mascara. Toute cette région faisait partie du royaume« .

Dans un son communiqué, le recteur de l’institution musulmane qualifie le lanceur d’alerte Chawki Benzehra, à l’origine de l’arrestation de deux influenceurs algériens, « d’obscur blogueur » et dénonce les propos tenus par Xavier Driencourt.

Le recteur a particulièrement condamné les propos tenus sur CNews par Chawki Benzehra. Durant son passage sur CNews, Chawki Benzehra a appelé à « s’intéresser à la mosquée de Paris qui accueille des influenceurs, et qui les finance. Le recteur de la mosquée rencontre chaque mois le président algérien Tebboune. Est-ce que vous considérez que c’est normal qu’il y ait un agent d’influence du régime algérien et de la junte militaire algérienne sur le sol français et qu’il soit à la tête de la mosquée de Paris ? Et que cette mosquée soit au service d’une campagne de déstabilisation de la France ? ». Des propos rejetés par le recteur dans son communiqué.

« Que peut donc réunir un ancien ambassadeur en Algérie, haut fonctionnaire d’un pays que vous critiquez et un réfugié politique algérien qui n’entre pas, par ses déclarations, dans vos schémas politiques? C’est vous, Monsieur le recteur, qui nous avez réunis. Peut-être préférez-vous fédérer, structurer, organiser les réseaux des soi-disant influenceurs algériens, leur dicter le discours officiel : Al Moudjahid, l’Expression, El Khabar et l’APS le font avec vous », rétorquent Chawki Benzehra et Xavier Driencourt dans leur tribune sur le Figaro.

Les influenceurs algériens en France, outils d’une campagne orchestrée par Alger

Au cours des derniers jours, la police française a arrêté plusieurs « influenceurs » algériens pour incitation à la violence et au meurtre, visant principalement leurs concitoyens résidant en France.

Vendredi 3 janvier, la police de Brest, dans le nord-ouest de la France, a arrêté un premier influenceur algérien connu sous le nom de « Zazou Youssef ». Il est accusé d’avoir incité publiquement au meurtre et d’avoir encouragé des attaques sur les sols français et algérien. Âgé de 25 ans, « Zazou Youssef » est originaire de l’ouest de l’Algérie et faisait l’objet d’une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) après le rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour par les autorités locales.

Arrivé en France en 2020 dans le cadre d’un regroupement familial après son mariage avec une Française, il est suivi par plus de 400.000 personnes sur TikTok, où il s’adresse principalement à la communauté algérienne dans l’Hexagone.

Dans une vidéo publiée la veille du Nouvel An, il a appelé à s’en prendre aux manifestations prévues début 2025 par des opposants au régime algérien en France. Il a décrit ces manifestants comme des « ennemis de l’Algérie » et a encouragé leur « élimination ». Il a également exhorté ses abonnés à envisager des attaques en France si le gouvernement français entreprenait de protéger ces opposants.

Selon un communiqué de la procureure de Brest, Camille Miansoni, « Zazou Youssef » a été placé en détention provisoire et sera jugé le 24 février pour « des faits d’apologie d’acte de terrorisme et de provocation à la haine et à la violence » ». En cas de condamnation, il risque jusqu’à sept ans de prison et une amende de 100.000 euros. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a déclaré : « L’influenceur algérien ‘Zazou Youssef’ qui appelait sa communauté à commettre des attentats en France, devra répondre de ses actes devant la justice ».

Un autre influenceur, connu sous le pseudonyme « Imad Tintin », également sous OQTF, a été arrêté dans la même journée à Grenoble, dans le sud-est de la France. Âgé de 31 ans, il est accusé d’avoir publié des vidéos incitant à des actes de violence, notamment des appels à « brûler vif, tuer et violer sur le sol français », selon une capture d’image reprise par Bruno Retailleau, qui a dénoncé des propos « ignobles ». L’affaire a été requalifiée en « provocation directe à un acte de terrorisme ».

Un troisième cas à Montpellier

Un troisième influenceur algérien a été signalé à Montpellier. Le maire de la ville, Michaël Delafosse, a alerté les autorités judiciaires après avoir pris connaissance d’une vidéo où cet influenceur, nommé « Doualamen », incitait à « torturer et tuer » Mohamed Tajdite, un militant algérien vivant en Algérie. Ce dernier est connu pour ses critiques ouvertes contre le régime algérien et a été emprisonné à plusieurs reprises pour des accusations telles que « atteinte à la sécurité nationale » et « incitation au désordre ».

Chawki Benzahra, l’une des cibles des influenceurs arrêtés

À la suite de ces arrestations, Chawki Benzahra, lui aussi opposant politique algérien ciblé par ces appels à la violence, a déclaré que « l’affaire ne concerne pas des cas isolés, mais plutôt une campagne d’intimidation systématique lancée par le régime algérien contre la France en raison de ses positions sur plusieurs questions régionales, notamment celle du Sahara ».

Benzahra a affirmé, dans une interview accordée à la chaîne CNews, que la majorité des menaces qu’il reçoit ne proviennent pas d’Algérie, mais du sol français. Selon lui, le régime algérien a lancé une « importante campagne médiatique relayée par des influenceurs, notamment sur les plateformes numériques en France ». Ces influenceurs, estimés à des milliers, bénéficient d’une grande visibilité et d’un soutien financier, permettant aux plus influents d’occuper le devant de la scène.

L’opposant algérien a appelé les autorités françaises à agir avec fermeté. « Il est crucial d’octroyer au ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, les moyens législatifs nécessaires pour agir efficacement », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de doter le ministère des outils juridiques adaptés pour contrer ces menaces. « Un seul homme ne peut pas accomplir grand-chose sans un cadre juridique adéquat ».

Il a également soulevé des questions sur la mosquée de Paris, qu’il accuse de jouer un rôle ambigu. « Il serait pertinent d’examiner le rôle de la mosquée de Paris, qui, selon certaines allégations, accueille et finance ces influenceurs », a-t-il déclaré. Benzahra a critiqué les liens réguliers entre le recteur de la mosquée et le président algérien, affirmant : « Il n’est pas acceptable qu’un individu, perçu comme un agent d’influence de la junte militaire algérienne, soit à la tête de la mosquée de Paris et que celle-ci soit utilisée comme un outil de déstabilisation contre la France ».

Enfin, Benzahra a exhorté la classe politique française à réagir face à cette situation. « Il est impératif que la classe politique française assume ses responsabilités en mettant fin à une certaine complaisance, voire complicité, envers le régime algérien ». Il a particulièrement critiqué « une partie de la gauche et de l’extrême gauche », citant Rima Hassan, qui continue de qualifier l’Algérie de « mecque des révolutionnaires et de la liberté ». Benzahra a conclu que des centaines d’Algériens sont actuellement emprisonnés pour avoir exprimé leurs idées, citant l’exemple récent de Boualem Sansal détenu dans les geôles algériennes depuis novembre dernier.

Boualam Sansal, victime de la rancune de la junte algérienne

En ce qui concerne le sort de cet écrivain franco-algérien, le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a émis dimanche 5 janvier des  « doutes » sur la volonté d’Alger de respecter la feuille de route des relations bilatérales franco-algériennes.

« Nous avons en 2022 […] rédigé une feuille de route […], nous tenons à ce [qu’elle] puisse être suivie », a déclaré le ministre des Affaires étrangères lors d’un entretien sur la radio privée RTL.

« Mais nous observons des postures, des décisions de la part des autorités algériennes qui nous permettent de douter de l’intention des Algériens de se tenir à cette feuille de route. Parce que pour tenir la feuille de route, il faut être deux », a-t-il ajouté.

Jean-Noël Barrot s’est déclaré, « comme le président de la République, très préoccupé par le fait que la demande de libération adressée par Boualem Sansal et ses avocats a été rejetée ».

Critique du pouvoir algérien, l’écrivain de 75 ans, né d’un père d’origine marocaine et d’une mère algérienne, est incarcéré depuis la mi-novembre pour atteinte à la sûreté de l’Etat, et se trouve dans une unité de soins depuis la mi-décembre.

« Je suis préoccupé par son état de santé et […] la France est très attachée à la liberté d’expression, la liberté d’opinion, et considère que les raisons qui ont pu conduire les autorités algériennes à l’incarcérer ne sont pas valables », a souligné Jean-Noël Barrot.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait évoqué pour la première fois, dimanche dernier, l’arrestation de l’écrivain à la mi-novembre à Alger, le qualifiant d' »imposteur » envoyé par la France.

L’auteur de 2084 La fin du monde, naturalisé français en 2024, est poursuivi en vertu de l’article 87 bis du Code pénal, qui sanctionne « comme acte terroriste ou subversif, tout acte visant la sûreté de l’Etat, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ».

« Nous souhaitons entretenir les meilleures relations avec l’Algérie […], mais ce n’est pas le cas aujourd’hui », a déploré le ministre français.

« Une relation complexe entre la France et l’Algérie, marquée par des crises et des incompréhensions » (Ahmed Faouzi)

Dans une analyse des relations franco-algériennes, l’ancien ambassadeur et chercheur en relations internationales décrit une histoire mouvementée et complexe. « L’histoire entre la France et l’Algérie est une accumulation de crises et d’incompréhensions« .

Ahmed Faouzi rappelle que la France a non seulement façonné l’Algérie dans son histoire, mais aussi dans sa géographie. « La France a cru que ce pays qu’elle a hérité de la défaite de l’empire ottoman allait rester ad vitam un département français ». Cependant, l’élan indépendantiste dans des pays voisins comme le Maroc et la Tunisie a contribué à déclencher une guerre de libération sanglante en Algérie. « Cette guerre a laissé des traces indélébiles dans la mémoire aussi bien des Français que des Algériens », souligne l’ancien ambassadeur.

Après l’indépendance, les choix politiques faits par les militaires algériens n’ont pas permis d’apaiser les tensions. « Revanchards, les militaires algériens ont toujours opté pour la confrontation en adoptant une politique de tension permanente au niveau bilatéral comme au niveau international ». Ahmed Faouzi explique que l’Algérie indépendante a choisi de « déverser en France tout ce qu’elle ne voulait plus voir en Algérie : les colons, les harkis et les juifs algériens devenus indésirables« .

Selon lui, les généraux algériens ont imposé un choix brutal à leur population : « le bateau ou le cercueil », avec pour objectif d’accaparer toutes les richesses laissées par la France, qu’elles soient agricoles, industrielles ou liées aux ressources en gaz et en pétrole.

Malgré les ressources considérables à leur disposition, Ahmed Faouzi estime que « toutes les politiques menées par les généraux furent des échecs cuisants aussi bien au niveau interne qu’au niveau des relations bilatérales avec Paris ». En dépit des avantages accordés par la France aux différents gouvernements algériens depuis l’indépendance en 1962, l’Algérie a adopté une politique de « surenchère permanente pour obtenir toujours davantage ».

Le chercheur pointe également le régime algérien pour son incapacité à offrir des perspectives à sa jeunesse, obligeant nombre d’Algériens à envisager l’émigration vers la France. « Pour l’obtention des visas, les Algériens sont plus favorisés que d’autres nations, permettant ainsi à de nombreux jeunes de ne penser qu’à émigrer vers l’Hexagone ». Il accuse aussi les militaires algériens de désigner systématiquement la France comme responsable de leurs échecs.

« Toute la politique française menée à ce jour a mené à l’impasse que nous observons aujourd’hui », précise l’ancien ambassadeur, tout en admettant que la France porte une part de responsabilité dans cet échec.

La mosquée de Paris : un symbole détourné

Notre interlocuteur s’est également s’attardé sur l’histoire de la grande mosquée de Paris, construite par des artisans marocains selon les traditions du Royaume et inaugurée par le sultan Moulay Youssef en 1926. « Cette mosquée, offerte à l’Algérie indépendante par la France, est devenue un outil au service du régime algérien », accuse-t-il. Il déplore le fait qu’elle soit utilisée comme un soutien à « tous les influenceurs qui en veulent à la France ».

En conclusion, Ahmed Faouzi souligne que la relation entre la France et l’Algérie reste marquée par une méfiance mutuelle et des politiques inadaptées des deux côtés. Pour lui, un changement de paradigme est nécessaire en vue de sortir de cette impasse et de bâtir une relation plus équilibrée et constructive.

Session de consultations politiques entre la France et l’Algérie, à Alger

« Cette session a permis de procéder à une évaluation globale de l’état des relations au plan politique et de la coopération bilatérale dans l’ensemble des domaines, y compris en matière économique et de mobilité des personnes », indique un communiqué de la diplomatie algérienne.

Les questions internationales et régionales d’intérêt commun ont également été au menu des discussions entre les deux hauts responsables, « notamment la question du Sahara, la situation au Sahel, au Mali et au Proche-Orient, principalement, la situation en Palestine et la crise humanitaire à Gaza », selon la même source.

Cette réunion diplomatique à haut niveau intervient quarante-huit heures après la visite au Maroc de Stéphane Séjourné, ministre français des Affaires étrangères. Des observateurs sont tentés d’y voir une volonté française d’équilibrer les relations de la France avec les deux pays.

Selon nos sources, il s’agit d’une réunion de routine prévue périodiquement entre Alger et Paris. On remarquera toutefois que le communiqué algérien place le Sahara en tête des discussions, ce qui paraît peu plausible.

Emmanuel Dupuy : comment la France a perdu la confiance du Maghreb

Dans le droit fil de son incroyable initiative rendue publique par le quotidien Le Figaro de trouver un successeur au président palestinien Mahmoud Abbas, le chef de l’Etat français donne en effet l’impression désagréable de ne pas se gêner pour imposer à ses homologues du Maghreb une vision surannée, teintée de paternalisme et d’autoritarisme, que l’on croyait révolue depuis des décennies.

« Paris a-t-il perdu Rabat, Alger et Tunis ? »

« Entre sa visite prévue au Maroc en février qui n’aura pas lieu de sitôt et celle à Paris sûrement annulée du président Tebboune, après l’exfiltration d’une activiste des droits de l’homme franco-algérienne, le président Emmanuel Macron a mis la France dans une situation fâcheuse qui n’a pas manqué d’irriter ses principaux partenaires du Maghreb », analyse le géopolitologue qui reconnaît par conséquent de véritables tensions dans le triangle Paris-Rabat-Alger.

Si certains observateurs ont pu penser que la France avait « lâché » le Maroc au profit de ses intérêts avec l’Algérie, la brûlante actualité de l’affaire Amira Bouraoui démontre en réalité qu’elle est en passe de perdre les deux, à savoir la confiance du Maroc et le rapprochement espéré avec l’Algérie, poursuit Emmanuel Dupuy.

« Une situation diplomatique totalement inédite »

Ainsi, après le rappel en octobre dernier de l’ambassadeur marocain Mohamed Benchaâboun, suivi de celui en février de l’algérien Saïd Moussi, la France s’est retrouvée dans une situation perturbante, pour ne pas dire totalement inédite, dans l’histoire de la Ve République.

« Le fait que ses deux partenaires les plus essentiels sur la rive Sud ont rappelé leurs diplomates pour des raisons diverses a conduit à une dislocation et une remise en cause de la cohérence de sa politique maghrébine, traditionnellement équilibrée au Maghreb. »

« En plus des tensions avec Rabat et Alger, les relations de la France ne sont pas au beau fixe avec Tunis depuis la dérive autocratique du président Kais Saïd en juillet 2022 », avance Emmanuel Dupuy, pour qui les efforts de rapprochement menés par les ambassadeurs français dans les trois capitales du Maghreb n’auront pas abouti.

Partant de ce constat et faute d’amélioration visible, la situation actuelle de blocage exclut, selon lui, tout déplacement présidentiel au Maroc ; d’autant que les réunions entre chefs d’Etat se préparent habituellement en coordination avec l’ambassadeur marocain, qui n’a toujours pas été nommé à Paris et qui ne risque pas de l’être de sitôt.

« Hélas, la dernière fâcherie française avec l’Algérie ne profitera pas au Maroc »

Contrairement à ce que certains pourraient penser, Emmanuel Dupuy estime que la fâcherie avec l’Algérie ne devrait hélas pas profiter au Maroc ;  la France connaissant un contexte de tension avec les trois capitales, qui n’a pas enregistré d’évolution positive malgré la levée des restrictions sur les visas, et les efforts indéniables de Rabat pour rapatrier ses citoyens sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF)

Entre la diplomatie française qui ne compte pas bouger d’un iota sur le dossier du Sahara et les signaux surestimés d’un rapprochement avec l’Algérie qui ne se sont jamais concrétisés, il n’y aura sans doute pas de visite dans l’immédiat du président algérien à Paris… et le blocage devrait donc se poursuivre, selon notre source.

« Un président français mal perçu par ses interlocuteurs africains »

Sur les ressorts du comportement peu diplomatique d’Emmanuel Macron, qui s’est mis à dos tous ses anciens partenaires maghrébins, nombre de chefs d’Etat africains qui le côtoient déplorent en privé sa lecture trop personnaliste des dossiers de politique étrangère, poursuit Emmanuel Dupuy.

« Ses interlocuteurs insistent sur la manière un peu cavalière de les considérer, et certains vont même jusqu’à évoquer une vision paternaliste à leur égard. Ainsi, les dernières visites à Paris du président de la Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara, et du président de la Guinée Bissau et de la CEDEAO, Umaro Sissoco Embalo, qui avaient été interprétées comme des convocations d’un administrateur étranger en témoignent.

« De ce point de vue, la diplomatie marocaine a raison d’évoquer une personnification présidentielle des difficultés actuelles entre Paris et Rabat, même s’il peut y avoir eu des exagérations ciblées pour donner l’impression que le problème ne vient que du côté français », poursuit Dupuy. Ce dernier estime que la succession de malentendus a entraîné la brouille actuelle qui, bien qu’elle soit plus superficielle que profonde, atteint cependant des sommets d’incompréhension.

« La diversification des marchés du Maroc n’arrange pas la France »

Au-delà de son attitude, cette brouille diplomatique s’expliquerait aussi par d’autres facteurs, comme l’insistante demande du Maroc de faire évoluer la position française sur le dossier du Sahara, l’affaire Pegasus, l’entrisme des sociétés israéliennes dans les domaines de la sécurité et de la cyber-sécurité au Maroc – qui a irrité les entreprises françaises -, sans compter la concurrence croissante de la part de plusieurs pays européens vis-à-vis des marchés marocains, à l’instar de l’Espagne, de l’Allemagne ou encore de l’Italie.

« D’une certaine façon, le rapprochement entre Rabat et Madrid matérialisé par la tenue du récent sommet hispano-marocain, s’est fait aux dépens de la primeur de la relation franco-marocaine, qui se voulait non pas exclusive, mais au moins plus gratifiante« , conclut Emmanuel Dupuy.

Selon lui, il faudra donc attendre que la France constate de facto une impossibilité de rapprochement avec l’Algérie pour qu’elle soit en mesure d’adoucir sa position vis-à-vis du Royaume.

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