Baleària exploitera la ligne Tarifa-Tanger avec des ferries zéro émission

C’est une page qui se tourne sur le détroit de Gibraltar. Après vingt-cinq années d’exploitation, la compagnie FRS/DFDS cesse officiellement ses liaisons entre Tarifa et Tanger Ville à compter de ce lundi 5 mai 2025. FRS rappelle toutefois maintenir plus de 25 départs quotidiens sur ses autres lignes, notamment Algésiras-Tanger Med et Algésiras-Sebta.

Pour accompagner cette transition, elle propose une remise de 30% sur les billets de la ligne Algésiras-Tanger Med, valable du 5 au 11 mai. Mais c’est une autre compagnie qui attire aujourd’hui les regards.

Baleària met le cap sur un détroit plus vert

La relève sera assurée par Baleària, qui a remporté l’appel d’offres lancé par l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras pour exploiter la ligne Tarifa-Tanger Ville au cours des quinze prochaines années. Mais la grande nouveauté vient surtout de la volonté de Baleària de faire de cette liaison un modèle de transport maritime durable.

Selon des médias espagnols, l’entreprise s’est engagée à investir 160 millions d’euros sur cette période. L’essentiel de ce montant, soit 135 millions, sera consacré à la construction de deux ferries électriques de nouvelle génération, ainsi qu’à des infrastructures portuaires adaptées, à l’horizon 2027.

Il s’agit de deux navires à propulsion 100% électrique, sans aucune émission de CO₂. Ils seront construits en Espagne, dans les chantiers navals de Gijón, et fonctionneront grâce à des batteries de grande capacité (11 500 kWh), avec une autonomie suffisante pour couvrir les 18 milles nautiques de la traversée.

Les bateaux seront rechargés à quai pendant les escales d’une heure, à l’aide d’un système OPS (Onshore Power Supply) et de bras automatisés installés dans les ports de Tarifa et de Tanger Ville. Des stations de recharge géantes, de 8 MWh chacune, seront également déployées, indique Baleària dans un communiqué.

Une expérience passager améliorée

Dès le 8 mai, Baleària commencera à opérer quatre traversées quotidiennes entre les deux rives, avec une montée en cadence prévue à l’approche de l’été.

Ce nouveau service ne mise pas seulement sur la performance énergétique. Baleària annonce aussi une expérience passager améliorée : navires rénovés, café à bord, espaces enfants, zone pour animaux de compagnie, boutique, ainsi que des offres de mini-séjours à Tanger, avec visites culturelles encadrées par des guides locaux.

Déjà bien implantée au Maroc, avec des lignes entre Algésiras et Tanger Med, Nador et Almeria, ou encore Tanger Med et Motril, la compagnie conforte ainsi sa présence sur le détroit. En 2024, elle a transporté près d’un million de passagers entre les deux pays, soit 20% de son trafic global, et plus de 150.000 camions.

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« Depuis le lancement de cette liaison, la compagnie a transporté plus de 16 millions de passagers, s’imposant comme un acteur majeur de la mobilité entre les deux rives du Détroit. En introduisant le premier service régulier de ferry rapide sur cette ligne, l’entreprise a transformé les habitudes de voyage entre le Maroc et l’Espagne, en proposant la traversée maritime la plus rapide entre l’Afrique et l’Europe », annonce un communiqué de la société.

Selon la même source, les autres lignes opérées par la compagnie, notamment Algeciras–Tanger Med et Algeciras–Ceuta, continueront de fonctionner normalement, réaffirmant ainsi son engagement durable en faveur de la connectivité maritime entre le Maroc et l’Espagne.

Les clients disposant de billets pour la liaison Tanger Ville–Tarifa sont invités à contacter le service client au +212 539 94 26 12 (Maroc) ou au +34 956 68 18 30 (Espagne), à consulter le site frs.es ou à se rapprocher de leur agence de voyage physique ou en ligne pour toute assistance.

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La compagnie maritime FRS au cœur d’un imbroglio judiciaire

Voici le récit de ce que nous avons reconstitué pour le moment.

L’affaire a démarré en août 2020, nous explique Abdellatif Naciri, chef du Service des études et de suivi des règlements judiciaires à l’administration des douanes et des impôts indirects (ADII).  

Dans la torpeur de cet été marqué de surcroît par la crise économique et sanitaire, « l’Administration des Douanes a reçu des procès-verbaux établis par la police judiciaire de Tanger Med l’informant que les autorités espagnoles d’Algésiras ont saisi 4,6 tonnes de drogue Chira », nous explique notre interlocuteur.

« Les investigations ont démontré que ces drogues avaient été exportées à travers le port Tanger Med. En effet, le camion au bord duquel la drogue a été saisie, était vide de tout chargement au moment de son embarquement. Le circuit depuis son entrée au port jusqu’à son embarquement s’est déroulé normalement », poursuit notre interlocuteur. En d’autres termes, le camion a embarqué vide et il a débarqué avec à son bord une cargaison de drogue.

« L’opération d’acheminement de la drogue du Maroc vers l’Espagne s’est réalisée grâce à la complicité de six employés travaillant pour le compte de la compagnie FRS et d’une compagnie de collecte des déchets », ajoute M. Naciri. Selon nos informations, l’entreprise de collecte de déchets en question est Tanger Med Utilities (TMU).

Selon le récit rapporté par le chef du Service des études et de suivi des règlements judiciaires à l’administration des douanes et des impôts indirects (ADII), la drogue se trouvait à l’origine dans le camion transportant les déchets. Une fois à bord du navire, l’opération de transfert de la cargaison de drogue du camion de déchets vers le camion vide a été effectuée par les employés.

« Ces derniers ont d’ailleurs avoué les faits lors des enquêtes qui ont été menées après la saisie de la marchandise illicite », assure M. Naciri.

Suite à cela, l’Administration des Douanes a engagé les poursuites judiciaires à l’encontre des personnes impliquées dans cette affaire. « A cet effet, le tribunal a prononcé son jugement le 25 novembre 2020 confirmant la culpabilité de ces personnes dans les délits pour lesquels elles ont été poursuivies. Les concernés ont écopé de peines privatives de liberté allant de 4 à 6 ans et des amendes en faveur de l’Administration des Douanes estimées à 183.126.000 DH. Le prononcé du jugement fait également état de la restitution des véhicules saisis dans le cadre de l’affaire ».

« Dans la mesure où les personnes impliquées sont des employés de la compagnie maritime FRS, cette dernière est responsable civilement des actes de ses employés en vertu de l’article 229 du code des Douanes et impôts indirects. Partant de là, si les prévenus ne sont pas en mesure d’honorer le paiement de l’amende décidée par le tribunal, la loi permet son recouvrement auprès de leur employeur », poursuit M. Naciri. 

Dans le même ordre d’idée, l’article 268 du Code des Douanes et Impôts Indirects donne le droit à l’Administration des douanes d’entamer toutes les procédures préventives pour s’assurer du paiement de l’amende, parmi lesquelles la saisie conservatoire.

Ces articles disposent :

Article 229 – Sont civilement responsables du fait d’autrui en ce qui concerne les droits, taxes, confiscations, amendes et dépens :

a) les personnes énumérées à l’article 85 du code des obligations et contrats ;

b) les propriétaires des marchandises du fait de leurs employés ;

c) les propriétaires des moyens de transport du fait de leurs employés, sauf si la responsabilité du préposé à la conduite est établie

Article 268 – En vue de garantir les créances douanières de toutes natures résultant de procès-verbaux constatant des infractions à la législation douanière, toutes mesures conservatoires utiles peuvent être prises à l’encontre des personnes pénalement ou civilement responsables sur la base desdits procès-verbaux.

C’est dans ce cadre que l’administration de la douane a engagé une procédure de saisie conservatoire du navire leTanger Express  contre FRS le 17 novembre. La saisie est autorisée par le tribunal de commerce de Tanger en garantie du paiement des 183,126 MDH.

Cette saisie n’a finalement pas pu être exécutée pour plusieurs raisons rapportées par nos sources. « L’huissier de justice s’est déplacé à la capitainerie pour notifier l’ordonnance judiciaire, mais il s’est avéré que le navire a quitté le territoire national », nous assure le porte-parole de la douane.

En effet, le navire a non seulement quitté les eaux marocaines mais la compagnie a arrêté les voyages sur la ligne Tanger Med-Algésiras. Ce qui lui a valu une mise en demeure de la direction de la marine marchande relevant du ministère du transport et de l’équipement.

Selon le courrier adressée à la compagnie en date du 1er décembre, le 27 novembre, la compagnie RFS (Red Fish Speedlines – filiale de FRS) a interrompu ses liaisons maritimes entre Tanger Med et Algesiras, sans préavis ni accord préalable de l’administration.

Dans son courrier, l’administration marocaine enjoint à la compagnie de reprendre immédiatement l’exploitation de la dite ligne ou au plus tard avant le 6 décembre 2020, faute de quoi son autorisation serait révoquée.

Le Tanger Express a repris du service…

Contacté par Médias24, le directeur marketing et communication de FRS nous répond que « le Tanger Express [le navire concerné] a été mis à l’arrêt par FRS pour des opérations de maintenance préventive ». «Le Tanger Express navigue à nouveau entre Tanger Med et Algésiras », assure-t-il. La reprise du trafic par le Tanger Express nous a été confirmée par deux autres sources primaires.

Le porte parole de FRS ne fait aucune mention de la menace de saisie conservatoire sur son navire qui serait selon nos sources la vrai raison pour laquelle le navire avait interrompu ses voyages. Ayant reçu la mise en demeure de la compagnie pour la reprise du service. FRS n’a eu d’autres choix que de s’exécuter et reprendre la desserte au risque de perdre l’autorisation sur l’une des lignes les plus convoitées entre le Maroc et l’Espagne.

Ainsi, la procédure engagée par la marine marchande prend fin, jusqu’à nouvel ordre ! Mais qu’en est-il alors de la procédure de saisie conservatoire engagée par la Douane ?

« FRS a demandé la mainlevée de la saisie. Une audience était prévue le 2 décembre et a été reportée au 7 décembre« , nous confie notre source à l’administration des douanes.

D’ailleurs, ce dernier nous confie également que l’ADII a fait appel du jugement rendu le 25 novembre 2020 « parce que ledit jugement n’a pas été totalement conforme aux conclusions de l’ADII », nous assure M. Naciri. « Le jugement rendu n’a pas statué sur la demande de l’ADII tendant à évoquer la responsabilité de FRS sur les faits de ses employés ». 

Le dossier est loin d’avoir livré tous ses secrets. Affaire à suivre.

Tourisme. La baisse des réservations « n’est ni importante ni inquiétante »

Les amalgames ont la peau dure. Enlevé en Algérie, l’otage français, Hervé Gourdel, est décapité le 24 septembre par des jihadistes. S’ensuivent, de toutes parts, une indignation et des craintes légitimes, ce qui pousse le Quai d’Orsay à renforcer ses conseils de vigilance. Une réaction tout à fait ordinaire! L’histoire aurait dû s’arrêter là.

Mais c’est compter sans certains organes de presse de l’Hexagone, qui, relayant des cartes dont la crédibilité n’est pas prouvée, décrivent le Maroc comme pays «sensible», où les touristes sont appelées à «la prudence», au même titre que la Tunisie, l’Egypte, la Turquie ou même la Syrie.

Ce qui fait dire à René Marc Chikli, président du Seto (syndicat français des tour-opérateurs) que les inquiétudes des touristes ne viennent pas tant de l’incident que du traitement qu’en a fait la presse. «Les journaux ont mal interprété l’appel à la vigilance du Quai d’Orsay», explique-t-il à Médias 24.

 

En rouge, voyage formellement déconseillé. En orange, déconseillé, sauf raison impérieuse. En beige, vigilance renforcée. En vert (seule le Maroc est dans ce cas dans tout le sud de la Méditerranée et en Afrique), vigilance normale.

 

Car le Quai d’Orsay classe toujours le Maroc en zone verte (la meilleure), celle d’une “vigilance normale“.

Mais le mal est fait ou presque…

Car il n’en a pas fallu davantage pour agiter les forums. «Faut-il annuler ses prochaines vacances au Maroc?» Suite aux frappes françaises en Irak, aux menaces d'EI et à l’enlèvement du touriste français en Algérie, de nombreux touristes doivent aujourd'hui se poser la question.

 «Est-il bien prudent de se rendre au Maroc  La menace est-elle réelle ? Quelles sont les zones à éviter? Faut-il avoir peur de ces 1000 djihadistes marocains?» s’interroge un internaute. Les réponses, tantôt apaisantes, majoritaires, parfois angoissantes, traduisent bien l’hésitation des touristes.

Entre-temps, le Quai d’Orsay a clarifié sa position, publiant une carte où le Maroc figure bel et bien en vert. Mais, le ver était déjà dans le fruit!

Coût du cafouillage

Ce cafouillage influence bien entendu les réservations.

«Bien sûr que nous avons reçu des annulations, mais leur impact reste négligeable», nous déclare un opérateur de la ville ocre.

Tous les grands opérateurs marocains que nous avons interrogés renvoient le même écho: «Il est difficile, pour le moment, de donner un taux précis, mais les annulations ne sont pas importantes.» Du côté des Sofitel, marque de luxe du groupe Accor, «une seule annulation a été enregistrée sur plusieurs milliers de réservations», nous déclare Hamid Bentahar, chef d’orchestre de la marque au Maroc.

Un avis que ne partage pas le PDG d'Atlas Voyages, Othmane Cherif Alami. S’exprimant en tant que «haut responsable de la CNT», il déclare à l’AFP que «le taux de réservations a chuté de près de 50%» et que «1.500 nuitées ont fait l'objet d'une annulation ou d'une demande de report de la part de touristes français au cours des 72 dernières heures.»

Mais, comme disait si bien Alfred Sauvy, les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d'être torturés, finissent par avouer tout ce qu'on veut leur faire dire. 

«1.500 nuitées, à supposer l’information véridique, représentent à peine 200 personnes. Puis, il n’existe, aujourd’hui, aucun système permettant de centraliser les réservations de l’ensemble des opérateurs. Est-il en l’occurrence responsable de parler d’une chute de 50 %?», souligne un responsable du CRT de Marrakech.

Un opérateur très connu mais qui a demandé l’anonymat, accuse Othmane Alami d’exagérer, car il “aime faire parler de lui“.

En tout cas, selon nos interlocuteurs marocains, les annulations qui sont enregistrées ne sont pas alarmantes. «Même lors de la guerre du Golfe, on n’avait pas eu 60% d’annulations», sourit Abderrafie Zouiten. «S’il y avait un problème de sécurité au Maroc, poursuit-il, il n’y aurait pas autant de tournages  et de nouvelles lignes aériennes.»

Du côté des TO français, une baisse est certainement constatée. «D’ordinaire, l’activité connaît une progression de 2 à 3%. Par rapport à l’année dernière, les TO ont constaté une chute de 15 à 50 %, selon le T.O., l’hôtel, la ville», nous déclare René Marc Chikli, n’excluant pas de voir la baisse se poursuivre.

En revanche, l’Association francophone des experts et scientifiques du tourisme, elle, préfère rester prudente: «On ne peut pas, à l’heure actuelle, mesurer l’impact pour le marché marocain. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une baisse. Mais la baisse est plus importante en Turquie, en Egypte et en Tunisie, qui est sortie du marché avec un recul de 35 %», explique à Médias 24 le président de l’Afest, Patrick Viceriat.

«Et tout cela à cause d’un amalgame. Les touristes ne connaissent pas tous les géographie,» conclut notre interlocuteur.