Gaz naturel. Le champ Grand Tortue Ahmeyim s’apprête à booster sa production gazière
Les négociations entre British Petroleum (BP) et les gouvernements sénégalais et mauritanien pour lancer la deuxième phase du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) sont en cours.
Cette nouvelle phase permettra, à terme, d’atteindre une production annuelle de 5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL), soit environ 6,9 milliards de mètres cubes par an.
Inaugurée officiellement le 22 mai par les présidents Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et Bassirou Diomaye Faye, la plateforme gazière fera l’objet de négociations visant à augmenter sa capacité de production. Les deux chefs d’État ont réaffirmé la priorité d’accorder une part significative de la production aux marchés locaux, notamment l’électricité.
Cette demande locale sera satisfaite via des gazoducs nationaux. En Mauritanie, les études nécessaires pour la construction d’un gazoduc ont déjà été lancées. Ce projet vise d’abord à alimenter en gaz naturel la centrale électrique de Nouakchott (180 MW), puis à desservir Nouadhibou pour traiter les minerais de fer transportés par le train minier depuis Zouerate. Du côté sénégalais, le contrat de construction du segment nord a été signé et permettra à terme d’approvisionner en gaz la centrale de Gandon (250 MW).
À ce jour, le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) a livré deux cargaisons de gaz naturel destinées à l’exportation. Le navire British Sponsor a chargé sa livraison le 16 avril dernier, tandis que le British Achiever a quitté la plateforme gazière, il y a quelques jours, en direction de Singapour, via le cap de Bonne-Espérance.
Les premières extractions de gaz ont été enregistrées le 31 décembre 2024, depuis les puits vers l’unité Floating production storage and offloading (FPSO), avant transfert vers le navire Floating LNG (FLNG) pour liquéfaction. Ce dispositif permettra d’atteindre, d’ici fin 2025, une production annuelle de 2,3 Mt de gaz naturel liquéfié (GNL), soit 3,4 MMm3.
Le champ de GTA, dont les réserves sont estimées à 424 MMm3, garantira une exploitation sur plus de trente ans. Une fois les coûts d’investissement remboursés, le projet devrait générer à lui seul 150 millions de dollars par an. Son capital est réparti entre British Petroleum (62%), Kosmos Energy (29%), la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen) (5%) et la Société mauritanienne des hydrocarbures et du patrimoine minier (SMHPM) (5%).
Outre le champ GTA, la Mauritanie dispose d’un autre gisement de gaz en attente de développement, dont les ressources sont énormes, s’élevant à environ 1.400 MMm3, ce qui renforcera davantage sa position stratégique. De son côté, le Sénégal possède également son propre projet gazier, Yakaar-Teranga, dont les ressources sont estimées à 25 trillions de pieds cubes, soit l’équivalent de 707 MMm3.
Mauritanie. Un gazoduc reliera les gisements du sud à Nouadhibou
La Mauritanie prévoit de développer son infrastructure gazière grâce à un nouveau gazoduc national. Ce projet reliera les champs gaziers de Grand Tortue et, potentiellement, le futur gisement de Bir Allah (en cours de développement) dans le sud du pays, aux villes de Nouakchott, la capitale, et de Nouadhibou, la capitale économique située au nord.
Le cabinet sud-africain EPCM Holdings, en partenariat avec la société mauritanienne Meen & Meen, a achevé en mars 2023 une étude de faisabilité technique et économique pour un gazoduc national stratégique. Ce projet, piloté par la Société nationale industrielle et minière (SNIM), représente un investissement initial de 780.000 dollars pour la phase d’étude.
Ce gazoduc s’inscrit dans le cadre de la transition énergétique industrielle de la Mauritanie, visant à intégrer le gaz naturel comme source d’énergie dans les processus industriels nationaux. La SNIM, opérateur historique du secteur minier mauritanien, entend ainsi diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique pour ses activités minières. Il exploite les vastes gisements de fer de la région de Zouérate, dont la production est évacuée via le train minier vers le port de Nouadhibou, plaque tournante des exportations minières du pays.
À terme, ce nouveau projet gazier devrait également alimenter une centrale électrique existante d’une capacité de 180 MW située au nord de Nouakchott.
Ce projet marque la relance d’un projet énergétique abandonné, qui visait initialement à produire de l’électricité à partir du champ gazier offshore « Banda », situé au large de Nouakchott.
Selon le magazine mauritanien Emergence, l’étude de faisabilité a identifié quatre tracés potentiels pour le futur gazoduc national. Chaque option présente des caractéristiques distinctes en termes d’ingénierie (longueur du tracé, difficultés techniques), de rentabilité économique (coûts de construction et d’exploitation) et d’impact environnemental (traversée d’écosystèmes sensibles) :
les options potentielles du tracé du gazoduc mauritanien établies par EPCM et Meen&Meen.
Option 1 (trajet terrestre intégral) : le gazoduc traverserait les zones côtières mauritaniennes, avec un tracé passant potentiellement à proximité de zones habitées et de terres agricoles. Il s’agit de l’option présentant la plus grande longueur de tracé.
Option 2 (trajet mixte côtier – Variante Ndiago) : le pipeline rejoindrait la côte au niveau du port de Ndiago (point terrestre le plus proche du gisement GTA), puis suivrait un tracé similaire à l’option 1 avant de bifurquer vers la baie de Cansado pour atteindre Nouadhibou. Cette solution offre un équilibre optimal entre sécurité, coûts et impacts environnementaux.
Option 3 (trajet mixte côtier – Variante Tiouilit) : comparable à l’option 2 dans son principe, cette variante diffère par la mise en place d’une nouvelle aux environs de Tiouilit. Elle présente les mêmes avantages en termes de compromis sécurité-coût-impact.
Option 4 (trajet offshore intégral) : le pipeline suivrait un itinéraire entièrement marin en eau profonde. Bien que techniquement réalisable, cette option se distingue par des coûts d’installation et de maintenance particulièrement élevés.
Rappelons que la Mauritanie a révélé au cours des dernières années un important potentiel gazier, la propulsant rapidement parmi les grands producteurs de gaz naturel en Afrique. Ce nouveau statut de leader régional s’appuie principalement sur trois gisements majeurs : Grand Tortue Ahmeyim (424 milliards m³), Bir Allah (1.400 milliards m³) et Banda (33 milliards m³).
Carte de localisation du gisement Grand Tortue Ahmeyim
En parallèle de ce projet national, la Mauritanie s’engage aux côtés du Nigeria et du Maroc dans le développement d’un gazoduc régional : le gazoduc Afrique Atlantique. Ce projet stratégique, qui reliera le Nigeria au Maroc, entre dans une étape décisive : la décision finale d’investissement (FID) ne devrait pas tarder, d’autant plus que plusieurs investisseurs potentiels ont déjà manifesté leur intérêt pour ce mégaprojet énergétique.
Gazoduc Maroc-Nigeria : des échanges en cours avec des institutions américaines, aucune décision d’investissement à ce jour
Des médias nigérians ont rapporté que Wale Edun, ministre des Finances et ministre coordinateur de l’économie, a déclaré que les États-Unis étaient intéressés par l’option d’investir dans le projet de gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP).
« Les principaux domaines d’intérêt des États-Unis au Nigeria comprennent les investissements dans le secteur du gaz naturel, en particulier le gazoduc Nigeria-Maroc, compte tenu des vastes réserves de gaz du pays ».
Selon des sources fiables sondées par Médias24, il s’agit pour le moment de ce que l’on peut qualifier de déclaration d’intention. En ce sens, où il n’y a rien de concret à ce stade.
Cela dit, le Maroc comme le Nigeria cherchent à intéresser et à séduire les Américains pour une participation dans ce projet de grande envergure continentale. Selon notre source, des discussions et des échanges ont bien lieu.
« Certaines entreprises essaient d’explorer les opportunités sur la partie équipement/infrastructures », nous confient-elles. De plus, « en mars dernier, la directrice générale de l’ONHYM, Amina Benkhadra, s’est rendue dans la capitale américaine où elle a rencontré des responsables de fonds d’investissement, de l’Eximbank et de l’US Energy Department ».
Ces échanges ont notamment eu lieu en marge du forum « Powering Africa Summit », plateforme de dialogue sur les projets énergétiques du continent, auquel l’ONHYM a participé. L’objectif est d’intéresser les institutions américaines au potentiel stratégique du NMGP, à la fois pour le financement et pour les opportunités industrielles.
Par ailleurs, et selon nos sources, le Maroc a exprimé « son intérêt de voir la Development Finance Corporation (DFC) participer au financement du projet NMGP ». Ce souhait a été exprimé par l’ONHYM.
Le Maroc vise une capacité additionnelle de 15 GW d’énergies renouvelables d’ici 2030
En marge de sa participation au sommet international sur la sécurité énergétique organisé par l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) à Londres, Leila Benali, ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable (MTEDD), a accordé un entretien à l’émission The Pulse with Francine Lacqua sur Bloomberg TV, une émission qui reçoit les grands décideurs mondiaux au centre des enjeux économiques, financiers et géopolitiques.
Ce passage suit de près la publication d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI), ouvert aux investisseurs nationaux et internationaux, pour le développement de la première phase de l’infrastructure gazière prévue dans la feuille de route de gaz naturel actualisée (2024-2030).
Les objectifs à court terme de cette feuille de route (horizon 2027) sont la mise en production du champ de Tendrarapour l’électricité, la construction d’un terminal d’importation de GNL dans le port Nador West Med, l’extension du gazoduc Maghreb-Europe (GME) dans trois directions (Tendrara, Nador West Med, Mohammedia). Ces projets qui devront développer l’offre en gaz produit localement, s’accordent avec le nouveau plan d’investissement de l’ONEE (2025-2030), qui prévoit l’augmentation de la part du gaz naturel avec l’installation d’une capacité additionnelle de 1.400 MW.
Ce choix de substitution au gaz naturel s’explique par son bilan environnemental plus favorable que celui des autres énergies fossiles, telles que le charbon et le fioul, ainsi que par sa flexibilité, un atout clé pour facilement intégrer les énergies vertes, encore dans un stade précoce de R&D, et par la position avant-gardiste du Maroc qui, via son initiative offre Maroc Hydrogène Vert, capitalise dès aujourd’hui sur une filière promise à un fort potentiel de croissance et qui atteindra sa pleine maturité technique et économique dans les années à venir.
Leila Benali a rappelé que la stratégie énergétique, stable depuis 2009, repose sur trois piliers : les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’intégration régionale.
Dans le domaine des énergies renouvelables, Leila Benali a précisé que les efforts engagés permettront d’atteindre une capacité installée de 52 % dès 2026 (contre 42 % actuellement), soit quatre ans avant l’échéance initialement prévue pour 2030. Les investissements dans les énergies renouvelables se poursuivront, car le Maroc a revu ses ambitions à la hausse : le pays vise désormais une capacité de 15 GW supplémentaires, soutenue par un investissement de 12 milliards de dollars d’ici 2030.
« En octobre 2021, nous étions tous réunis à Glasgow, seulement quatre mois avant la guerre Russie-Ukraine, j’étais la seule sur scène à dire : si vous voulez que nous investissions dans les renouvelables, nous avons besoin de gaz pour l’intermittence. À ce moment-là, nous avions déjà entamé les discussions et sécurisé un contrat de 10 ans, tout en assurant l’inversion du flux du gazoduc existant avec l’Espagne », a précisé Leila Benali.
En parallèle à un investissement massif dans les énergies renouvelables, le Maroc a stratégiquement choisi le gaz naturel comme énergie de transition, une solution flexible qui anticipe la rentabilité de ses projets hydrogène engagés tout en réduisant ses émissions. Le développement des infrastructures gazières nationales représente un investissement de 6 milliards de dollars, a indiqué la ministre de la Transition énergétique. À moyen terme, ce réseau sera connecté au futur gazoduc atlantique africain, projet structurant nécessitant un investissement initial de 25 milliards de dollars qui reliera, dans une première phase dès 2029, le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal.
Prévu être opérationnel au plus tard en 2027, le terminal d’importation LNG du port Nador West Med (NWM) sera formé d’une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU), ou bien une unité flottante de stockage (FSU) avec système de regazéification déporté à quai ainsi que d’un pipeline vers la station de réception à terre et point d’interconnexion avec le gazoduc de transport principal à la limite du port de NWM, qui à son tour, devrait se raccorder au gazoduc Maghreb-Europe.
En revanche, Leila Benali a indiqué que le second terminal prévu dans la façade atlantique, dans un souci de diversification et d’agilité, sera une installation à terre et qui sera connectée via un nouveau gazoduc traversant Mohammedia vers Dakhla. D’après la feuille de route gazière, le second terminal serait probablement à Mohammedia ou bien à un troisième port en cours d’étude.
À la tête de la délégation marocaine au Sommet de l’avenir énergétique à Londres, Leila Benali a souligné que 2025 serait une année charnière pour le futur de la transition énergétique du Maroc, avec de nouveaux plans pour quadrupler les investissements annuels dans les énergies renouvelables et multiplier par cinq ceux dédiés aux infrastructures de réseau.
Gaz naturel. Les premiers détails de l’AMI relatif au développement de l’infrastructure gazière
Tant attendu, l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour le développement de l’infrastructure gazière nationale a été publié par le ministère de la Transition énergétique et du développement durable, une première étape vers la concrétisation de la feuille de route du gaz naturel (2024-2030).
Cet appel à manifestation d’intérêt permettra de sélectionner les candidats retenus pour développer des appels d’offres relatifs à la première infrastructure intégrée de réception, de stockage, de regazéification et de transport de gaz naturel, incluant également une centrale électrique à gaz.
Cette nouvelle infrastructure devrait répondre à un besoin national croissant en capacité, qui devrait atteindre 10 milliards de mètres cubes par an dans un horizon de cinq à six ans. Outre la grande demande en gaz naturel, ce projet est rentabilisé par le plan d’investissement 2025-2030 de l’ONEE qui prévoit la mise en service de 4.300 MW supplémentaires de capacité de production au gaz, contre une capacité actuelle de 834 MW, grâce à la construction de nouvelles centrales et à la conversion de centrales existantes.
Ouvert aux opérateurs nationaux et internationaux du secteur, l’AMI impose aux soumissionnaires, en plus de présenter leurs références sur le projet convoité, de répondre à des questions portant sur la disposition des navires, le modèle économique, le montage financier, les références techniques, les technologies maîtrisées…
L’objet de cet appel à manifestation d’intérêt concerne trois composantes qui devront être opérationnelles au plus tard à partir de l’année 2027 : la construction d’un terminal GNL au port Nador West Med, la construction d’une centrale électrique à turbine à gaz à cycle combiné à Nador, et le prolongement du gazoduc Maghreb-Europe (GME).
Plan de l’infrastructure à développer dans le cadre de cet appel à manifestation d’intérêt.
Un terminal LNG au nouveau port Nador West Med
Le développement du terminal d’importation de GNL comprend la conception, la construction, les équipements, l’exploitation et la maintenance de toutes les infrastructures en mer et à terre constituant le terminal d’importation, de stockage et de regazéification de GNL, ainsi que tous les systèmes de gaz à haute pression situés à l’intérieur du périmètre du port de Nador West Med, jusqu’au point de raccordement à la composante pipeline à la limite du port.
Le futur exploitant du terminal GNL de Nador sera chargé du développement et de l’exploitation complète de l’installation. Ce projet comprendra principalement une unité flottante, pouvant prendre la forme soit d’une FSRU (unité flottante de stockage et de regazéification), soit d’une FSU (unité flottante de stockage) associée à un système de regazéification installé à quai.
L’infrastructure inclura également les installations terrestres nécessaires, ainsi qu’un pipeline reliant la station de réception terrestre au point de raccordement avec le gazoduc longue distance situé à la limite du port de Nador West Med.
Plan de masse du premier terminal LNG du port Nador West Med.
Méthode de gestion proposée pour la nouvelle plateforme LNG de Nador.
Une centrale électrique à cycle combiné à Nador
Près du nouveau terminal d’importation de LNG, l’AMI inclut également la construction d’une nouvelle centrale électrique à cycle combiné qui sera développée sous le régime de la production indépendante d’électricité (IPP).
D’une capacité totale de 1.200 MW, cette centrale, composée de deux unités distinctes, sera directement alimentée en gaz naturel par le nouveau terminal d’importation de GNL voisin où la totalité de la production électrique de la centrale sera injectée dans le réseau national haute tension de 400 kV.
Conformément aux exigences internationales, la conception du projet devra intégrer les dernières technologies de pointe permettant de respecter strictement les normes d’émissions environnementales établies par la Banque mondiale, garantissant ainsi une production énergétique à la fois performante et respectueuse de l’environnement.
Prolongement du gazoduc Maghreb-Europe (GME)
Afin de répondre aux besoins énergétiques, la feuille de route a proposé un prolongement du gazoduc Maghreb-Europe pour satisfaire efficacement la demande en gaz naturel. L’AMI projette la construction de deux gazoducs qui seront connectés au gazoduc Maghreb-Europe. Ce dernier, après l’arrêt de son utilisation par l’Algérie, a été réaffecté pour approvisionner le Maroc en gaz naturel en provenance de l’Espagne, permettant ainsi la mise en service des stations nord au gaz naturel, notamment celle de Tahaddart.
Le premier gazoduc permettra une connexion au nouveau terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) du port de Nador West Med. Ce pipeline, d’un diamètre de 48 pouces, permettra un débit de 750 millions de pieds cubes standard par jour (MMSCFD). Le tracé de cette infrastructure a été soigneusement planifié pour longer, dans la mesure du possible, la nouvelle autoroute Guercif-Nador. En outre, il est prévu que ce pipeline se connecte également à la future centrale à gaz de Nador.
Tracé du gazoduc reliant le port de Nador West Med au Gazoduc Maghreb-Europe.
Le second gazoduc nord-ouest, d’une longueur totale de 220 km et d’un diamètre de 48 pouces, permettra notamment de relier le port de Mohammédia et d’offrir une opportunité de commercialisation du champ gazier d’Anchois après sa mise en service.
Le tracé du prolongement du gazoduc vers le port de Mohammédia en passant par Kénitra.
Ce gazoduc comprend deux embranchements secondaires de 16 pouces de diamètre chacun. Le premier, long de 19 km, approvisionnera la centrale thermique de Mohammédia et le quartier industriel de cette ville, tandis que le second, sur 13 km, desservira la zone industrielle de Kénitra. Cette dernière était précédemment desservie par la compagnie SDX avant que les volumes de production ne diminuent.
Tracé de l’embranchement du gazoduc vers le quartier industriel de Kénitra.
Tracé de l’embranchement du gazoduc vers la centrale thermique de Mohammédia.
Feuille de route de gaz naturel (2024-2030)
En 2023, le ministère de la Transition énergétique avait lancé, en partenariat avec la Société financière internationale (IFC), le projet d’élaboration d’une feuille de route pour le développement du gaz naturel au Maroc.
Pour accélérer la concrétisation de cette vision, un protocole d’accord interministériel a été signé le 26 mars 2024, impliquant les ministères de la Transition énergétique, des Finances, de l’Équipement et de l’eau et de l’Intérieur, en plus d’institutions telles que l’ANP, l’ONEE, l’ONHYM et Nador West Med. L’objectif est d’harmoniser les efforts publics autour de la feuille de route gazière actualisée, tout en mobilisant l’expertise des différents intervenants sectoriels.
Les projets prioritaires à court terme (2024-2026) de cette feuille de route consistent à renforcer l’infrastructure gazière en intégrant, en amont, les nouveaux champs de Tendrara (région de l’Oriental), un projet qui sera mené par Mana Energy, qui est devenu l’opérateur du projet. Le programme à court terme comprendra :
le projet de terminal LNG au port de Nador West Med : appel d’offres, construction et démarrage de l’exploitation commerciale d’un terminal de regazéification de GNL ;
le prolongement du gazoduc Maghreb-Europe en le connectant au nouveau terminal LNG du port de Nador West Med et vers Kénitra et Mohammédia ;
la réactualisation des études de faisabilité des nouveaux terminaux LNG sur la façade atlantique : Dakhla, Mohammédia et un autre port en cours d’étude.
À moyen terme, la feuille de route prévoit de raccorder le gazoduc nord au nouveau port de Dakhla Atlantique. Ce raccordement sera ensuite prolongé afin de connecter les réseaux gaziers mauritanien et sénégalais par le biais du gazoduc Afrique Atlantique (GAA). À long terme, une expansion vers l’hydrogène vert peut être envisagée, exploitant les synergies développées avec ses sous-produits.
Le projet de gazoduc Afrique-Atlantique entre dans une « phase décisive d’investissement » (Benkhadra)
La directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Amina Benkhadra, a présenté à Washington les avancées majeures du gazoduc Afrique Atlantique (GAA), à l’occasion d’un événement organisé mercredi 5 mars par le think tank américain l’Atlantic Council.
Ce projet d’envergure émanant de la vision du Roi Mohammed VI et du président du Nigeria entre dans une phase décisive d’investissement, a affirmé Mme Benkhadra lors de ce briefing stratégique, tenu en marge de sa participation au « Powering Africa Summit », un événement majeur sur le partenariat énergétique entre les Etats-Unis et l’Afrique qui se tient les 6 et 7 mars dans la capitale fédérale américaine.
Devant un parterre de diplomates, d’experts du domaine énergétique, de représentants du secteur privé et de bailleurs de fonds, la DG de l’ONHYM a souligné l’importance fondamentale de cette infrastructure pour la sécurité énergétique de l’Afrique de l’Ouest, de l’Europe et, plus largement, de l’espace atlantique.
Dans cette perspective, elle a insisté sur l’importance des partenariats stratégiques, évoquant les discussions avancées en cours avec de grands opérateurs internationaux, y compris américains, et des institutions financières afin de garantir la viabilité économique et technique du projet.
Soulignant l’impératif d’accélérer les collaborations internationales, l’ambassadeur du Maroc à Washington, Youssef Amrani, a, pour sa part, insisté sur la nécessité de mobiliser les financements et d’accompagner les prochaines étapes du projet, en capitalisant sur l’intérêt croissant manifesté par les partenaires internationaux.
At the Atlantic Council in Washington, during the Powering Africa Summit, ONHYM DG Amina Benkhadra unveiled major advancements in the Africa Atlantic Gas Pipeline. More than a pipeline, it’s a game-changer—powering 400M people, fueling industries, and reshaping Africa’s energy… pic.twitter.com/Ve7ukPZkqS
Gazoduc Atlantique Africain : l’accord intergouvernemental validé pour une signature au plus tard au premier trimestre 2025
À Abuja, les ministres de l’énergie de la CEDEAO, du Maroc et de la Mauritanie ont validé des étapes clés pour le Gazoduc Nigéria-Maroc. Les études d’ingénierie et d’impact environnemental sont en cours, marquant une avancée vers la signature d’un accord intergouvernemental au premier trimestre 2025 pour ce projet stratégique de 6.000 km, qui vise à fournir de l’énergie à 13 pays africains.
Le projet de Gazoduc Africain Atlantique (Nigeria-Maroc) vise à permettre l’émergence d’une véritable prospérité pour l’Afrique, a affirmé, vendredi 1er novembre à Abuja, la ministre de la transition énergétique et du développement durable, Leila Benali.
Mme Benali, qui prenait part à la réunion des ministres de l’énergie des pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dédiée au projet de Gazoduc Africain Atlantique (Nigeria- Maroc), a indiqué que ce projet stratégique vise à permettre « l’émergence d’une véritable prospérité pour l’Afrique et ses populations en exploitant localement les ressources africaines, en développant des infrastructures industrielles et en créant des emplois ».
Le gazoduc Nigeria-Maroc a toujours été bien plus qu’un simple pipeline, a-t-elle souligné, affirmant qu’il s’agit d’un projet éminemment politique, dont l’idée est portée par le Roi Mohammed VI et le président du Nigeria.
« Leur soutien à cette vision n’a jamais faibli, car il ne s’agit pas seulement d’une infrastructure traversant plusieurs pays africains sur 6.000 kilomètres, d’une capacité de 15 à 30 milliards de mètres cubes de gaz, ou encore d’un accès moderne à l’énergie pour près de 400 millions de personnes réparties dans 13 pays », a expliqué la ministre, relevant que ce projet est surtout une réponse à la reconnaissance mondiale, particulièrement en Europe, que le dernier réservoir de capacité productive pour les décennies à venir est l’Afrique.
Remerciant les différents partenaires qui ont adhéré à cette vision en contribuant à la persévérance nécessaire à la poursuite de cette initiative, Mme Benali a fait savoir que désormais, le projet se nomme le Gazoduc Afrique Atlantique, en référence à la vision atlantique du Roi, visant à offrir aux pays du Sahel une porte vers l’Atlantique et une ouverture à la prospérité.
Par ailleurs, elle a souligné que cette réunion est une occasion pour avancer concrètement vers les moyens financiers et techniques qui permettront de rendre ce projet viable et réalisable, y compris les projets d’énergie renouvelable essentiels dans la stratégie énergétique marocaine.
Les infrastructures transnationales comme ce gazoduc nécessitent des financements structurés, continus et rigoureux, a-t-elle poursuivi, précisant qu’une fois opérationnelle, cette infrastructure doit être en mesure de répondre aux besoins d’approvisionnement énergétique du continent et de ses partenaires.
L’accord intergouvernemental adopté au niveau ministériel pour une signature au plus tard au premier trimestre 2025
Les études d’ingénierie détaillées menées par des prestataires de renommée mondiale ont été achevées en mars 2024, représentant une avancée significative vers la réalisation de ce projet, a souligné, de son côté Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), notant que le concept est robuste et les données macroéconomiques démontrent la rentabilité du projet et sa compétitivité.
Actuellement, les études de survey du segment nord sont en cours, tandis que celles du segment sud débuteront sous peu, a-t-elle ajouté relevant que les contrats pour les études d’impact environnemental et social (ESIA) ont été attribuées et les travaux sur le terrain ont déjà commencé.
Ces études, a expliqué Mme Benkhadra, permettront d’affiner le plan de mise en œuvre, en intégrant tous les aspects environnementaux et sociaux afin d’assurer le respect des normes les plus élevées
Cette réunion à laquelle a été invitée également la Mauritanie, avait pour objectif l’adoption de l’accord intergouvernemental sur le Gazoduc Africain Atlantique (Nigéria- Maroc) qui sera soumis à la signature des Chefs d’Etat des pays membres de la CEDEAO, du Maroc et de la Mauritanie.
Lors de cette réunion, les ministres ont adopté l’accord intergouvernemental (IGA) sur le Gazoduc Africain Atlantique et l’Accord avec le Gouvernement Hôte (HGA) annexé à l’IGA. Ils ont également convenu de l’organisation d’une cérémonie officielle de signature de l’Accord intergouvernemental au plus tard au premier trimestre 2025.
Organisée par la commission de la CEDEAO, cette réunion conjointe des ministres en charge de l’Energie et des Hydrocarbures, élargie aux ministres en charge des Hydrocarbures du Maroc et de la Mauritanie, a été précédée d’une réunion des experts sectoriels.
La réunion d’Abuja intervient après un atelier régional d’examen et de validation de l’Accord des Etats hôtes (HGA- Host Government Agreement), organisé du 8 au 11 octobre dernier à Lagos au Nigéria et qui fait suite à moult rounds de négociations des dispositions de l’Accord Intergouvernemental (IGA) et de l’Accord de Gouvernement Hôtes (HGA), organisés à Rabat, Marrakech et à Abidjan.