Vidéo de violences policières présumées : la DGSN ouvre une enquête

La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a annoncé avoir ouvert une enquête interne à la suite de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant deux policiers en uniforme frappant un homme lors des récentes manifestations liées au mouvement GenZ212.

Selon la DGSN, l’inspection générale de la Sûreté nationale a été chargée de mener « une enquête minutieuse » afin de vérifier l’authenticité de la vidéo, d’identifier les éventuelles irrégularités commises et de déterminer les responsabilités professionnelles et légales.

La même source affirme que la DGSN « prend connaissance de la vidéo avec sérieux » et réitère son engagement à appliquer la loi « de manière rigoureuse à l’encontre de tout fonctionnaire reconnu coupable d’actes illégaux ».

En parallèle, des images et vidéos diffusées ces dernières heures sur certaines pages étrangères ont également suscité de nombreuses réactions. Celles-ci prétendent montrer des scènes de violence et de torture commises par des agents de sécurité marocains contre des manifestants.

Or, selon des sources sécuritaires, il s’agirait en réalité de séquences issues d’un court métrage publié sur YouTube il y a plus d’un an, bien avant les mobilisations actuelles. Ces extraits ont été « présentés de manière tronquée et trompeuse » pour leur donner un caractère réel.

Les mêmes sources qualifient cette diffusion d' »opération de désinformation manifeste », estimant qu’elle s’inscrit dans « une campagne propagandiste visant à semer la confusion ». Les services de sécurité affirment qu’ils y répondront par « une approche globale », combinant communication, vérification des faits et enquêtes techniques destinées à identifier les auteurs de ces manipulations.

La DGSN assure enfin que sa vigilance « restera constante » face aux fausses informations et contenus falsifiés susceptibles d’altérer le sentiment de sécurité ou de porter atteinte à l’ordre public.

 

 

Manifestations GenZ : après les violences à Inezgane, Médias24 constate les dégâts sur le terrain (Images)

La ville d’Inezgane a été secouée par des violences en marge des manifestations organisées par le mouvement GenZ. Ce qui avait commencé comme un mouvement revendicatif a rapidement dégénéré en actes de vandalisme.

Médias24 s’est rendu sur place ce mercredi 1er octobre, au lendemain d’une nuit chaotique. La ville était quasi déserte. Comme le montrent les images ci-dessous prises par nos soins, de nombreuses vitrines étaient brisées, une pharmacie brûlée, des guichets bancaires détruits et des commerces fermés. Inezgane, d’ordinaire animée, avait des allures de ville fantôme.

Les commerçants aux aguets

Des commerçants du marché municipal de la ville rencontrés sur place par notre reporter Mouad Jamali Idrissi ont accepté de témoigner. Tous dénoncent ces actes de violence « qui n’ont rien à voir avec une manifestation pacifique » et appellent au retour à l’ordre.

Ils nous ont raconté que le soir des débordements, ils ont été alertés sur le groupe WhatsApp du marché municipal de la ville. Ils sont descendus dans la rue pour protéger les portes du marché et empêcher les manifestants d’y accéder.

« Les événements qui ont eu lieu hier [dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, NDLR] ne représentent en rien une manifestation pacifique (selmiya). Comme d’habitude, les gens ont fermé leurs commerces après la prière d’Al Maghrib, mais les choses ont rapidement dégénéré. Nous avons entendu parler de vandalisme contre Barid Bank, des bijouteries et d’autres commerces. Nous nous sommes donc rapidement rassemblés pour protéger nos marchandises« , nous a raconté Hassan, l’un des commerçants.

Des images montrent certains d’entre eux saluant et applaudissant l’intervention des forces de l’ordre, venues disperser les émeutiers.

Guichets bancaires détruits et magasins brûlés

La ville est à l’arrêt

S’il n’y a pas eu de dégâts la veille au marché municipal, les commerçants appréhendent cette nouvelle soirée de manifestations en prenant les mesures nécessaires, ce mercredi 1er octobre. La majorité d’entre eux ont transféré leurs marchandises dans leurs dépôts afin de les protéger. A l’heure où nous mettions en ligne, la situation était absolument calme à Inezgane, sans manifestation.

« Nous appelons les jeunes à cesser ces actes », souligne Hassan. « Revendiquer ses droits est légitime, mais dans la paix et dans le cadre d’un dialogue constructif. La loi permet de manifester pacifiquement, sans détruire les biens privés et publics, d’autant que ces derniers nous appartiennent à tous« .

« On ne peut pas construire le pays avec la violence. Il faut arrêter ces agissements avant qu’on atteigne un point de non-retour. Nous saluons par la même occasion le travail des policiers qui ne font qu’accomplir leur devoir », ajoute-t-il au nom de tous les commerçants du marché municipal d’Inezgane, qui alimente selon lui « tout le sud du Maroc et la région du Souss, aussi bien en emplois qu’en marchandises ».

Pharmacie brûlée et vitres cassées

La ville lourdement impactée sur le plan économique

Selon lui, « ces événements ont fortement impacté l’activité économique et la vie quotidienne à Inezgane. Nous avons entendu des informations non officielles à ce stade, selon lesquelles les autorités recommandent aux habitants de prendre les précautions nécessaires en attendant que la situation se stabilise ».

Interviewé par Médias24, Abdellah, un autre commerçant du marché, nous raconte également : « hier [dans la soirée du 30 septembre, NDLR], certains protestataires sont venus jusqu’au marché. Heureusement, nous avons un groupe WhatsApp qui nous a permis de nous organiser rapidement. Nous nous sommes mobilisés et nous avons protégé la porte du marché. Les marchandises sont précieuses, nous ne pouvions pas les laisser aux casseurs ».

Le marché municipal d’Inzegane fermé

Nous espérons que ce qui s’est passé hier ne se reproduira plus

« Nous espérons que cela ne se reproduira plus. Aujourd’hui (mercredi ndlr), une tension règne dans la ville et au marché. Beaucoup de commerçants ne savent pas s’ils doivent ouvrir ou fermer. Certains transfèrent déjà leurs marchandises dans des dépôts pour les protéger« .

Et de conclure : « tout le monde souhaite que la situation revienne rapidement à la normale ».

La soirée de ce 1er octobre risque d’être à nouveau mouvementée. Un nouvel appel à manifester a été lancé par le mouvement GenZ pour le 5ᵉ jour consécutif, à partir de 18h dans plusieurs villes marocaines.

Médias24 suivra l’avancement des choses sur le terrain, dans plusieurs points de rassemblement.

> Consultez ICI notre dossier sur les manifestation GenZ 212.

Gen Z. Un nouvel appel à manifester pour le 4e jour consécutif

Au troisième jour des manifestations de la GenZ212, la mobilisation ne faiblit pas, malgré l’interdiction annoncée par les autorités.

Des situations différentes d’une ville à l’autre

À Casablanca, ce lundi 29 septembre, aucun slogan n’a pu être scandé. Les interventions des autorités et la mobilisation des forces de l’ordre, d’abord à Derb Ghallef, puis à Derb Soltane, ont été telles que les rassemblements ont été impossibles.

Sur le terrain, les contextes ont été différents d’une ville à une autre. À Oujda, par exemple, la situation a dégénéré. Des jets de pierres et des confrontations avec les forces de l’ordre ont eu lieu.

Les interpellations ont été nombreuses. Les personnes interpellées le sont pour vérification de l’identité et des téléphones.

Est interpellée toute personne qui donne une déclaration à la presse ou qui filme les événements (à l’exception des représentants des médias).

Le mouvement poursuit sa mobilisation. Après trois jours de manifestations, il appelle à de nouveaux rassemblements ce mardi 30 septembre, à 18 h, dans dix villes marocaines, dont Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger, Fès et Oujda.

Pas de données officielles

À ce stade, aucune donnée officielle ou précise n’est disponible sur le nombre de manifestants et sur celui des interpellations ou arrestations.

Le constat sur le terrain indique que :

Le serveur Discord, d’où tout est parti, et qui comptait à peine 9.000 membres il y a cinq jours, approche ce mardi les 90.000 membres.

Un individu déféré devant le parquet pour diffusion de fausses vidéos

Dans le sillage de ces événements, le procureur du Roi près le tribunal correctionnel de première instance de Casablanca annonce que, « suite aux sit-in non autorisés ayant eu lieu dans certaines villes du Royaume, le samedi 28 septembre 2025, les éléments de la police judiciaire ont procédé à l’arrestation d’un individu dont les investigations dont il a fait l’objet ont conclu :

La personne concernée a été placée en garde à vue pour les besoins de l’enquête. Elle a été déférée devant le parquet qui a décidé de la poursuivre pour incitation présumée à la commission de crimes et de délits à l’aide de moyens électroniques, suivis d’effet. L’individu a comparu, par la suite, devant le tribunal en état de détention.

24 interpellations sur l’autoroute urbaine de Casablanca

Dans une déclaration à la MAP ce mardi 30 septembre, le premier substitut du procureur général du Roi près la Cour d’appel de Casablanca, Abdellatif Saadi, a affirmé que 24 personnes ont été interpellées « en flagrant délit d’entrave à la circulation au niveau de l’autoroute urbaine de Casablanca, suite aux sit-in du 28 septembre 2025 ».

« Plusieurs personnes, dont certaines cagoulées, ont entravé la circulation au niveau de l’autoroute urbaine de Casablanca, ce qui a entrainé l’arrêt total de la circulation, causé des préjudices aux usagers de la route et entravé la liberté de déplacement », a-t-il précisé.

Les individus majeurs ont été placés en garde à vue, alors que les mineurs ont été soumis à la procédure de retenue, pour les besoins de l’enquête.

« Ces actes objet de l’enquête, à savoir l’entrave et l’obstruction à la circulation, n’ont rien à voir avec les formes de protestation pacifique, mais constituent des actes incriminés et sanctionnés par la loi », a indiqué le responsable.

Une fois l’enquête achevée, les suspects ont été déférés devant ce parquet, assistés de leur défense, a-t-il poursuivi, ajoutant que le parquet a décidé de soumettre une requête pour ouvrir une instruction avec les personnes majeures, qui sont au nombre de 18, pour leur implication présumée dans la commission de crimes d’entrave à la circulation de véhicules en vue de bloquer le trafic et de consommation de drogue pour certaines d’entre elles, tout en demandant de les placer en prison.

Pour les mineurs, au nombre de 6, ils ont été déférés devant le conseiller en charge des mineurs.

Lecture sociologique de la Gen Z, son rapport à la politique et à la société

Le week-end dernier, plusieurs appels à manifester lancés sur un groupe numérique appelé GenZ212 ont donné lieu à des rassemblements à Casablanca, Rabat, Tanger et dans d’autres villes du Royaume. Ces mobilisations, dont les organisateurs sont anonymes, ciblent une jeunesse marocaine en quête de reconnaissance et de changements.

Cette jeunesse, connue sous le nom de génération Z, regroupe les personnes nées après 1995 et jusqu’au début des années 2010. Elle représente une part importante de la société marocaine : 8,2 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans sur un total de 36,8 millions d’habitants selon le RGPH 2024.

Mais, cette génération doit composer avec un contexte national marqué par de profondes contradictions. D’un côté, des réformes importantes sont engagées pour moderniser le pays ; de l’autre, persistent des disparités territoriales, un système éducatif et de santé en difficulté et un marché de l’emploi défaillant.

L’activisme des Gen Z s’est répandu sur tous les continents. Les épisodes les plus marquants ont été accompagnés par un usage massif des réseaux sociaux comme outil. Parmi les pays concernés, citons, sans exhaustivité, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Nigéria, l’Algérie, l’Afrique du Sud, Hong Kong, la Thaïlande, l’Inde, l’Iran, le Chili, la Colombie et le Mexique.

Ci-après, le sociologue et écrivain Abderrahim Bourkia apporte son éclairage sur les spécificités de cette génération au Maroc, son rapport à la politique et à la société et les nouvelles formes de mobilisation qu’elle invente.

“Nos jeunes comprennent tout”

Médias24 : Qu’entend-on exactement par “Génération Z” et quelles sont ses spécificités au Maroc par rapport à d’autres contextes ?

Abderrahim Bourkia : Je n’ai pas encore utilisé cette appellation mais ce sont des jeunes très connectés, voire même hyper ou trop connectés. Ce qui veut dire qu’ils sont en contact avec d’autres sous d’autres cieux et qui sont dans l’instant présent.

Maintenant, ce “It’s Now or Never” (C’est maintenant ou jamais, ndlr) – pour paraphraser le père du Rock’N’Roll – n’est pas mauvais en soi. Bien au contraire. Nous sommes au cœur de la révolution numérique. Notre jeunesse vit dans une ère de transformations rapides et intenses.

-Quels sont, selon vous, les principaux moteurs sociaux, économiques ou culturels qui poussent cette génération à descendre dans la rue ?

-Notre jeunesse porte en elle des aspirations et des craintes pour un Maroc meilleur pour toutes et tous. Les jeunes rêvent d’une vie digne pour eux et leurs proches. Ils ne sont pas déconnectés par rapport à ce qui se passe autour d’eux. Nos jeunes comprennent tout.

Ce Maroc à deux vitesses, évoqué par Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans son dernier discours du Trône, est un sujet de préoccupation. Les jeunes comprennent à leur manière et selon d’autres paramètres tout ce qui nous échappe en tant qu’adultes. Ce que l’on ne peut pas saisir parfois. Ils perçoivent les inégalités sociales : cherté de la vie, précarité, manque d’opportunité et dysfonctionnement administratif et portent en eux nos frustrations et nos aspirations, celles d’un système éducatif, social, économique et culturel et d’un système de santé qui peine à accoucher de solutions justes, concrètes et pertinentes pour tout un chacun dans les grandes villes comme dans les régions enclavées.

C’est en quelque sorte une certaine sensibilité aux maux sociaux des autres qui les a incités à essayer de faire entendre leur voix. Les écouter, les entendre et les amener vers nous sont les étapes à adopter pour échapper aux récupérations idéologiques.

Les jeunes à la recherche de nouveauté

-En quoi l’usage des réseaux sociaux change-t-il la manière dont les jeunes organisent et diffusent leurs mouvements de protestation ?

-Les formes de mobilisation que l’on observe chez les groupes des supporters ultras, et ceux qui prennent en otage le football et s’improvisent comme “dénicheurs” de la “haouta” ou “la bonne affaire” et n’importe quels mouvements sociaux et manifestations de protestations locales pour une cause, tout ceci montre que les jeunes d’aujourd’hui cherchent déjà des voies nouvelles, plus seulement celles des partis politiques ou des associations classiques.

Donc, on pourrait dire qu’il existe chez ces jeunes un potentiel de réinvention des modes d’expression et d’engagement politique : plus informel, plus connecté aux identités locales et territoriales, plus expressif, plus créatif.

-Comment ces mobilisations sont-elles perçues par les générations précédentes et par les institutions au Maroc ?

-Chacun a sa propre perception selon sa situation socio-économique et sa proximité avec ceux qui font de la politique ou des élites économiques. Chacun y va de son couplet préféré. Il y a ceux qui brandissent vite la rhétorique “patriote ou pas patriote”, alors qu’il s’agit tout d’abord de jeunes en quête de reconnaissance, de visibilité et de craintes pour leur avenir.

C’est ça, être un jeune qui réfléchit, et qui aspire à une vie digne et aux changements dans son quotidien. Et en effet, ces jeunes ont d’autres formes alternatives d’expression. Je ne sais pas s’ils aiment toutes et tous le football, mais cette manière de formuler des demandes me fait penser au supporterisme dans son aspect créatif et fédérateur et non dans ses actes démesurés et manifestations violentes que l’on a vus dans les grandes artères de la ville de Casablanca ou d’Agadir par des jeunes qui préfèrent les débordements pour s’adonner aux méfaits et aux destructions des biens publics et privés.

Ces mobilisations pourraient nous servir d’ondes de choc pour revoir ce collectif de supports d’identités individuelles soudées en identités collectives qui trace une ligne de démarcation et un fossé abyssal avec les anciennes générations.

La jeunesse marocaine n’est ni homogène ni stéréotypée : ni ange ni démon, ni totalement intégrée ni totalement exclue. Elle vit dans un entre-deux, entre tradition et modernité. Ce qui la rend difficile à saisir, mais qui révèle en même temps un potentiel, une vitalité et une lucidité singulières.

“Une visibilité plus forte”

-Pensez-vous que ces mobilisations de la Gen Z pourraient transformer durablement le rapport des jeunes Marocains à la politique et à la société ?

-Ce genre de mobilisations qui donne peu de crédit aux acteurs politiques et celles et ceux qui gèrent la chose publique a déjà commencé depuis plus de deux décennies.

Nous avons déjà vu des jeunes urbains qui ont réinventé le rapport à la politique et aux normes sociales qui dominent notre société ; qui ont déjà formulé des demandes socio-économiques, politiques et culturelles dans certaines villes du Royaume. Être à l’écoute et faire preuve de largesse d’esprit, d’ingéniosité et de créativité ne pourrait être que bénéfique pour notre société qui devrait contenir tout le monde où chacun aura sa place selon ses compétences et ses mérites.

Ce qui, à mon avis, distingue cette génération des précédentes, c’est leur connexion et la plus grande maîtrise des outils numériques, une visibilité plus forte, une plus grande exposition aux crises qui ont touché le monde entier. Les guerres et les dépressions mondiales économiques, climatiques et sanitaires comme le covid-19 ne sont pas passées sans séquelles. Et je peux ajouter que l’impatience face aux lenteurs des possibilités dans leurs horizons est un autre distinctif des anciens qui ont connu d’autres types de crises.

-On observe des dynamiques similaires dans plusieurs pays comme le Madagascar ou le Népal. Comment expliquer que cette génération exprime ses frustrations de manière convergente dans des contextes aussi différents ?

-Je n’ai pas vraiment suivi ce qui s’est passé au Madagascar et au Népal. Mais ce n’est pas le même contexte. Ces jeunes Marocains n’ont pas manifesté contre le pouvoir. Ils avancent des doléances sociales avec la triade : éducation, santé et emploi. Mais je peux m’exprimer sur le modèle marocain, dont je fréquente les jeunes protagonistes dans le bus, aux stades, dans la rue, à l’université ou ailleurs.

Plutôt que de marginaliser ou de contenir les jeunes qui demeurent hétérogènes, il serait plus bénéfique de leur offrir une véritable place dans l’espace public, en particulier dans les domaines de la création, de l’innovation et de l’expression culturelle, et des opportunités pour travailler, et pourquoi pas à titre d’exemple dans les grands événements sportifs qui arrivent et pourraient être une aubaine pour eux.

Cette ouverture doit s’inscrire dans une logique constructive, loin des récupérations et des querelles politiciennes stériles qui gaspillent l’énergie collective. La Constitution de 2011, inspirée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, consacre des droits fondamentaux pour les jeunes et trace les contours d’un Maroc renouvelé où la jeunesse est appelée à jouer un rôle central comme acteur de développement.

Dans leur quête de reconnaissance et d’affirmation, les jeunes mettent à l’épreuve les limites : celles de leurs propres capacités, mais aussi celles des symboles de l’autorité, qu’il s’agisse de la famille, de l’école et des institutions.

Cette mobilisation traduit l’existence d’un conflit générationnel, voire intergénérationnel, qui témoigne d’un décalage entre les attentes de la jeunesse et les réponses que la société dans son ensemble parvient à lui offrir. Et là j’invoque le morceau de Bob Dylan “The Times They Are A-Changing” (les temps changent, ndlr) qui reste pour moi intemporel et transnational avec les jeunes générations.

Être attentif à leurs colères, mais aussi à leurs aspirations et à leurs espoirs, est capital. Cela constitue une clé pour mieux comprendre leurs besoins et orienter les politiques publiques vers eux pour une participation citoyenne plus active.

La jeunesse marocaine n’est ni homogène ni stéréotypée : ni ange ni démon, ni totalement intégrée ni totalement exclue. Elle vit dans un entre-deux, entre tradition et modernité. Ce qui la rend difficile à saisir, mais qui révèle en même temps un potentiel, une vitalité et une lucidité singulières.

Nombreux sont celles et ceux qui se retrouvent confrontés à de vives inquiétudes : la précarité économique, l’absence de perspectives et d’horizons professionnels, le sentiment d’être inutile et de stagnation sociale. Ces inquiétudes alimentent souvent un désir d’émigration, y compris par des voies clandestines, traduisant une volonté de chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici.

Cette tension illustre l’urgence de leur offrir de réelles opportunités d’épanouissement et de participation afin qu’ils puissent se projeter dans l’avenir du Maroc plutôt que de s’en détourner.

 

Les manifestations GenZ212, une contestation épaulée par des relais militants traditionnels ?

Le week-end dernier, plusieurs appels à manifester émanant du collectif GenZ212, mouvement numérique anonyme, ont donné lieu à plusieurs rassemblements à Casablanca, Rabat, Tanger et dans d’autres villes du Royaume.

Sans céder à l’emballement médiatique, Médias24 a choisi un minimum de recul et collecté les premières données pour analyser cette dynamique contestataire. Le nombre de participants est difficile à cerner.

Les constats de terrain, corroborés par les images diffusées sur les réseaux sociaux, font état de groupes clairsemés de jeunes manifestants, par paquets de 40 ou 50, malgré le soutien affirmé et assumé de structures politiques, syndicales ou associatives principalement de gauche. Les appels à manifester ont été relayés par des mouvances de gauche (AMDH, FGD, PPS, Ennahj…) ainsi que des courants islamistes.

Les forces de l’ordre sont intervenues de manière mesurée mais des moments de tension ont été observés lors des interpellations. Elles ont clairement veillé au respect de la décision d’interdiction frappant ces rassemblements non déclarés et ne répondant pas aux obligations réglementaires. Selon des sources sûres, pratiquement toutes les interpellations ont été suivies de libérations dans la soirée.

Que retenir de cette séquence ?

>>Les partis politiques sont interpellés

Tous les partis politiques sont concernés et interpellés. Pour le moment, il n’y a pas eu de réactions de leur part, sauf pour la FGD, le PPS et le PJD.

Tout malaise dans la population, a fortiori venant des jeunes, met en cause l’action des partis au pouvoir et plus globalement l’action des partis politiques.

Toute dynamique contestataire affaiblit les partis qui sont aux affaires, en premier lieu. Et interpelle ceux qui l’ont été pendant les mandats précédents.

>> Des aspirations légitimes

Les revendications exprimées en faveur d’une amélioration des systèmes de santé et d’éducation sont pleinement légitimes. Elles traduisent les préoccupations réelles des jeunes et d’une frange importante de la population, notamment des classes moyennes et populaires, durement affectées ces dernières années par une inflation marquée, aujourd’hui en phase de stabilisation certes, mais les prix sont restés hauts.

Cependant, ces aspirations mériteraient d’être portées dans des cadres d’expression institutionnalisés, à travers les canaux idoines : partis politiques, société civile organisée, instances de participation citoyenne. Car faute d’un encadrement clair, ces mobilisations peuvent facilement être instrumentalisées, au détriment de la profondeur des enjeux soulevés.

Le véritable défi reste celui de l’implication durable de la jeunesse dans la vie publique. En ce sens, la responsabilité incombe tout autant à l’État qu’aux partis politiques, dont l’incapacité à susciter l’adhésion des jeunes générations est désormais manifeste.

À ce jour, les discours d’autocritique de la part des partis se font rares, tandis que les tentatives de récupération se multiplient.

>>Les questions sans réponse :

-Combien de temps durera cette dynamique ?

-Prendra-t-elle de l’ampleur ?

-Quel impact sur la campagne électorale et sur les partis en place ?

>> L’anonymat des initiateurs, un risque à ne pas négliger 

Les premiers appels émanent, comme nous l’avions expliqué précédemment, de mouvements numériques anonymes. Cet anonymat est à double tranchant, car si les jeunes initiateurs l’expliquent par une crainte des autorités, ils ont aussi ouvert la voie à de la récupération politique par des mouvances dont certaines sont extrémistes.

D’ailleurs, le groupe GenZ212 a déjà été confronté à cela et il a posté plusieurs publications pour se dédouaner de certains appels à la violence ou encore des publications qui ciblent la monarchie.

Cet anonymat et l’absence de formalisme ou de cadre juridique du mouvement affaiblissent sa position, et ne lui permettent pas d’en maîtriser l’ampleur ni d’en assurer le caractère pacifique, et augmentent les risques de récupération, voire plus grave, de dérapage ou de débordement…

Ces risques ainsi que les dispositions légales encadrant les manifestations expliquent l’intervention des autorités.

>> La présence sur le terrain de certains courants politiques et associatifs a été remarquée

Les jeunes de la GenZ212 ont dès le départ annoncé leur indépendance de tous courants politiques et que les manifestations ont pour objet une meilleure santé et un enseignement de qualité pour tous, ainsi que la lutte contre la corruption et la dépravation.

Pourtant des figures de certains courants politiques ou associatifs étaient aux premiers rangs des manifestants. Selon nos constats, l’extrême gauche surtout était très présente.

>Récupérations partisanes

Notons que des partis d’opposition essaient de surfer sur la vague alors qu’ils ont eux-mêmes dirigé des départements directement concernés par les protestations et que leurs leaders sont blanchis sous le harnais.

>> Manifester est un droit constitutionnel encadré par la loi

Manifester, disperser : ce que dit la loi. Médias24 avait abordé ce thème précédemment et avait effectué une recherche dans les textes de loi.

Au Maroc, manifester pacifiquement est une liberté publique. Son exercice est garanti par le dahir n° 1-58-377 (15 novembre 1968) relatif aux rassemblements publics. Mais cette garantie a un contrepoids : l’impératif, pour la puissance publique, de prémunir les personnes et les biens de toute atteinte.

Cet impératif a un double corollaire.

>Déclaration en bonne et due forme

D’abord, toute manifestation est soumise, non à une autorisation, mais à une déclaration préalable. Pour être admise, cette déclaration doit respecter les formes prescrites par la loi. La déclaration doit être remise à l’autorité administrative locale (pacha ou caïd) trois jours francs au moins et quinze jours francs au plus avant la date de la manifestation.

Elle doit faire connaître les noms, prénoms, nationalité et domicile des organisateurs. Elle est signée par trois d’entre eux, et indique le but de la manifestation, son lieu, la date et l’heure du rassemblement et l’itinéraire projeté.

À ce titre, rappelons que la jurisprudence a consacré le principe selon lequel la déclaration d’organisation d’une manifestation ne constitue pas une demande d’autorisation (Tribunal administratif de Rabat : l’Association marocaine de soutien au peuple palestinien vs le Wali de la région Rabat Salé Zemmour Zaer, arrêt N° 81 du 17 janvier 2002).[1]

Même déclarée dans les formes, la manifestation peut être interdite si l’autorité administrative locale estime qu’elle est de nature à troubler l’ordre public.

Pour contester l’interdiction, rien n’empêche les organisateurs de la manifestation d’introduire un recours auprès du président du tribunal administratif compétent, qui statue en référé.

>Force publique

Deuxième corollaire. Pour le maintien de la sûreté des biens et des personnes et en cas de rassemblements illégaux, les autorités publiques sont fondées à utiliser la force.

La loi permet le recours à la force publique en cas d’attroupement armé. Mais même non armé, l’attroupement peut être dispersé s’il est susceptible de troubler la sécurité publique. Encore faut-il définir la « sécurité publique ».

Selon le CNDH, la jurisprudence confirme généralement une tendance libérale s’agissant de l’appréciation de l’atteinte à la sécurité publique. Par exemple, la Cour d’appel d’El Jadida a précisé dans son arrêt N° 01/1236 du 21/03/2001 que « L’organisation d’un sit-in pacifique pour revendiquer le droit au travail est un acte légitime ».

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Genz212, Moroccan Youth Voice… des signaux faibles et assourdissants (1/2)

Commençons par la conclusion et le constat : une classe politique qui n’a pas pu communiquer avec la jeunesse marocaine, ni l’intéresser, ni l’intégrer. Elle n’a pas été en mesure de se réinventer, de former une relève, de transmettre son expérience et, le moment venu, de céder la place et de remettre le flambeau.

Conséquence : une jeunesse qui cherche à s’exprimer et à faire entendre sa voix, hors des institutions et des cadres conventionnels, avec les risques que cela comporte : récupération, dérives et dérapages.

Les initiatives Moroccan Youth Voice et GENZ212 sont des signaux faibles… et assourdissants.

Ce qui suit est, donc, le récit de cette défaillance. 

Des appels à manifestations se multiplient sur les réseaux sociaux

Depuis quelques jours, des appels à manifester les 27 et 28 septembre dans différentes régions du Royaume circulent et se multiplient sur les réseaux sociaux.

À l’origine, selon notre constat, un groupe se présentant sous le nom de « Moroccan Youth Voice ». Il a mis en ligne un site web et des comptes sur Instagram, TikTok, Telegram.

Le site web a été créé via un service d’IA qui permet de générer des sites automatiquement. Le compte Telegram, créé le 02 septembre 2025, a commencé à publier le 16 septembre.

Le mouvement appelle à une « protestation nationale pour l’éducation et la santé dans toutes les villes du Maroc les 27 et 28 septembre 2025« .

Une carte interactive de 7 villes (Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès, Meknès, El Jadida, Agadir) y est proposée, mentionnant les lieux et les horaires. L’interface propose même, en arabe et en français, les règles de participation pour « une manifestation pacifique ».

Le compte est anonyme. Qui est derrière ce nom ? Une personne ou plusieurs ? S’agit-il d’un mouvement structuré ou d’une initiative improvisée ? Les initiateurs ont-ils déposé une demande d’autorisation comme le prévoit la loi ? Sont-ils tous animés par les mêmes intentions pacifiques ? 

Les réseaux sociaux étant devenus un terrain propice à la manipulation, ces questions ne relèvent pas d’une quelconque volonté de discrédit, mais elles s’imposent systématiquement, car elles sont objectives. 

Et parce que d’autres épisodes, élections américaines, soulèvement au Népal, campagne marocaine de boycott – ont montré comment les plateformes peuvent être instrumentalisées. Ces jeunes, eux-mêmes alertent sur les risques de récupération. 

À ce stade, il est impossible de répondre à ces questions avec certitude.

Un bref contact avec le compte « Moroccan Youth Voice »

Nous avons tenté d’entrer en contact avec le ou les initiateurs du « Moroccan Youth Voice ». Seul moyen de communication : la page Instagram.

Un échange bref a eu lieu le 19 septembre 2025, avant que le compte ne soit supprimé un ou deux jours plus tard. La conversation s’est déroulée en arabe. Voici l’intégralité de la conversation traduite en français :

Cette dernière question est restée sans réponse de la part de notre interlocuteur anonyme.

Peu après, leurs comptes Instagram, TikTok et Telegram de « Moroccan Youth Voice » ont été désactivés ou supprimés. Nous avons constaté la disparition le lundi 22 septembre.

GenZ212 prend le relais sur Discord

En revanche, l’appel à manifester, lui, n’a pas disparu. Rapidement, l’idée s’est reprise et partagée par plusieurs comptes et groupes sur les réseaux sociaux. Peut-être s’agit-il des mêmes personnes sous un pseudo différent. Il se peut que d’autres jeunes aient pris le relais.

Selon nos constatations, au moins deux autres mouvements sont nés en septembre, dont l’un, un groupe qui se fait appeler « Genz212 », compte plus de 9.000 membres sur Discord. 

Discord est une plateforme de communication en ligne permettant d’échanger par messages, voix ou vidéo. Initialement conçue pour les communautés de joueurs vidéo, elle est aujourd’hui utilisée par des groupes très variés : associations, étudiants, entreprises ou mouvements sociaux.

« Nous n’appartenons à aucun parti ni courant politique. Nous sommes de jeunes libres et indépendants. Notre seule revendication est la dignité et les droits légitimes pour chaque citoyen », expliquent-ils dans la présentation de la plateforme.

Les messages partagés gardent la même trame : manifestation pacifique dans les villes du royaume pour la santé et l’éducation. Dans ce qui semble être un manifeste ou précision, le mouvement explique : 

« Nous affirmons clairement et explicitement que nous ne sommes pas contre la monarchie ni contre Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste. Nous considérons que le régime monarchique est le garant de la stabilité, de l’unité et de la continuité du Maroc. Nos revendications se limitent à :

Notre message est clair : lutte pacifique, réforme réelle et un Maroc meilleur pour tous ».

Le mouvement Genz212 semble être très actif. Il a choisi Discord comme espace d’échange et de communication. Des échanges quotidiens et instantanés ont lieu sur cette plateforme pour discuter de tous les volets.

Genz212 semble plus organisé et avec une approche structurée. Il a déployé des comptes sur Facebook, X, Instagram et YouTube. Il invite des visages publics et connus pour des discussions et débats. Il cherche des volontaires dans la création de contenu et la gestion des réseaux sociaux…

Tous ces jeunes recherchent d’abord et avant tout de l’écoute et de la considération. Ensuite, des actions concrètes et des mesures qui changent leur quotidien, aujourd’hui.

Médias24 n’a cessé, depuis sa création en 2013, d’attirer l’attention sur la condition des jeunes. Voici ce que nous écrivions en 2015 par exemple:

https://medias24.com/2015/11/10/la-bombe-a-retardement-sociale-du-maroc/

https://medias24.com/2025/09/26/generation-z-au-maroc-une-jeunesse-livree-a-elle-meme/

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Qu’est-ce que Discord ?

Sur Discord, les utilisateurs se regroupent dans des serveurs, qui peuvent être publics ou privés. Chaque serveur contient des salons thématiques (texte ou vocal) pour organiser les discussions et partager des fichiers. La plateforme permet également d’automatiser certaines tâches grâce à des bots, et de modérer les échanges.

Pour de nombreux jeunes, Discord est devenu un espace privilégié pour créer des communautés, coordonner des actions ou partager des informations rapidement, en dehors des réseaux sociaux traditionnels.

 

https://medias24.com/2025/09/26/generation-z-au-maroc-une-jeunesse-livree-a-elle-meme/