Gigafactories chinoises au Maroc : Christophe Lecourtier répond à Jacques Attali
« Monsieur Attali, c’est un esprit libre qui aime bien pousser les raisonnements jusqu’à leur terme », répond Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc, lors de son intervention, vendredi dernier, à la Fondation Links (1 h 40), en réponse à une question posée par un membre de l’assistance, ancien élève de l’ISCAE.
« Nous, nous sommes un peu plus dans la machine du quotidien. (…) Il est incontestable, évidemment, que le Maroc a toutes les raisons de vouloir en avoir sur son sol [les gigafactories], ce n’est pas à nous de juger cela », estime M. Lecourtier.
« Il est vrai que notre option principale, c’est que ces gigafactories puissent produire des batteries qui confortent l’écosystème existant, qui est majoritairement, non seulement, mais en totalité, le produit industriel européen et français, que ce soit Stellantis, ou Peugeot, Citroën, Renault », détaille le diplomate.
Pour lui, « là, il y a quelque chose de gagnant-gagnant pour le Maroc, pour la France (…) Pour ces produits-là, on n’a pas tellement de champions des batteries. Donc, c’est ça le cercle vertueux, mais on en discute exactement dans ces termes ».
« C’est ce sens-là que je donnais à l’idée d’une intégration plus forte (entre) technologies françaises et marocaines. (…) Donc, moi, je suis dans le verre résolument à moitié plein. Je pense qu’au Maroc, il est généralement, entre nous, plus qu’à moitié plein, c’est plutôt 80% plein », explique le diplomate.
« Ce n’est pas du tout une alerte, mais c’est une invitation à nos acteurs économiques, à vos autorités, à faire en sorte que tout ça s’inscrive dans un renforcement de ce qui existe, plus de compétitivité des voitures électriques, plutôt que de risquer d’introduire, finalement, quelque chose qui gâcherait (la fête, NDLR) », précise M. Lecourtier qui qualifie le modèle marocain en la matière de « très belle réussite ».
Exploration minière : les nouvelles ambitions du Maroc dans les terres rares
Dans le monde d’aujourd’hui, les terres rares occupent une place économique et géopolitique importante. Ces métaux stratégiques, indispensables à la transition énergétique, aux industries de pointe, spatiales et de défense, sont au cœur des enjeux de souveraineté et de compétition internationale.
Un article récent publié dans le journalDaily Galaxy a examiné la distribution mondiale des ressources minières critiques, notamment des terres rares, en s’appuyant sur des données actualisées de l’USGS. En plus de la Chine et de l’Australie, qui disposent d’importantes réserves en terres rares, cet article révèle que l’Afrique et plus particulièrement le Maroc et l’Afrique du Sud abritent d’importants gisements de zinc, de lithium et de cobalt, ce qui en fait un acteur clé pour l’approvisionnement en matériaux destinés aux batteries et aux énergies vertes.
L’ONHYM a tenu le mercredi 26 mars 2025 son conseil d’administration. L’occasion de dresser le bilan des travaux effectués durant l’année dernière et qui se sont soldés par le forage de quatre puits d’exploration d’hydrocarbures et le lancement de plusieurs projets pour l’intensification de la recherche sur les minéraux stratégiques et critiques indispensables à la transition énergétique et numérique.
Durant l’année 2024, les travaux d’exploration minière menés par l’ONHYM et ses partenaires ont porté sur 44 projets couvrant une large gamme de substances stratégiques et critiques, répartis dans les zones les plus prometteuses du pays.
Parmi ces opérations, 22 projets ont été conduits directement par l’ONHYM, tandis que les 22 autres ont été réalisés dans le cadre de partenariats, incluant notamment des gisements de terres rares (REE) et de niobium (Nb) à Targhat, de lithium (Li) à Bir El Mami, de cuivre (Cu) sur les sites de Merija, d’Oulad Yaacoub, d’Alma et d’Amane Tazougart (contenant également de l’argent (Ag)), ainsi que des ressources en cobalt (Co) à Tizi N’Ouchene et en nickel (Ni)-cuivre (Cu) à Tassent-Anefgou.
Les projets d’exploration des terres rares en cours de développement
Le Maroc abrite plusieurs prospects (gisements potentiels) et indices de terres rares, dont les ressources se trouvant dans le mont Tropic qui ont été précédemment prouvées. Cependant, à ce jour, aucune exploitation de ces minerais critiques n’a été engagée dans le pays, en raison de la rareté de cette ressource et de la complexité de son exploitation. Cette situation exige d’importants investissements en R&D et le recours à des partenariats technologiques internationaux.
En dehors du mont Tropic, dont l’exploitation est conditionnée par un accord de délimitation de la zone économique exclusive avec l’Espagne, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) intensifie ses efforts d’exploration continentale. Depuis plusieurs années, l’ONHYM mène des campagnes d’exploration visant à évaluer, dérisquer et promouvoir plusieurs gisements potentiels de terres rares. Parmi les projets lancés en 2024, on peut citer :
Un partenariat avec le groupe Managem qui porte sur l’exploration de deux prospects de terres rares (prospects de Lamlaga et Twihinate) ;
Une collaboration avec l’UM6P pour développer la potasse magmatique près d’Aousserd (prospect de Glibat Lafhouda et Drag Farnan).
Le Maroc, un potentiel sous-estimé en terres rares
Le Maroc présente une diversité géologique propice à la formation de gisements de terres rares, principalement associés à des roches alcalines et des complexes carbonatitiques. Les terres rares identifiées au Maroc se trouvent dans divers types de roches, associées à d’autres minéralisations. À ce jour, les travaux d’exploration ont révélé trois principaux types de gisements :
Gisements associés aux carbonatites (comme ceux de Twihinate et Targhat), caractérisés par des concentrations élevées en niobium (Nb), en uranium (U) et en terres rares (REE). Ces formations géologiques représentent l’un des principaux potentiels du pays.
Minéralisations pegmatitiques, illustrées par le gisement d’Awark, qui affiche des teneurs exceptionnelles en REE pouvant atteindre 4,6 %. Ces dépôts, bien que localisés, offrent des perspectives intéressantes pour une exploitation ciblée.
Dépôts sédimentaires, dont le potentiel reste encore sous-évalué mais s’avère prometteur. Ces formations sédimentaires, moins étudiées à ce jour, pourraient constituer une ressource complémentaire à explorer systématiquement.
Selon les données de l’ONHYM, les avancées réalisées sur plusieurs projets d’exploration ont permis d’établir une estimation préliminaire des ressources :
Le gisement de Lahjeyra montre des ressources estimées à 372 millions de tonnes avec une teneur moyenne de 0,62% en terres rares légères. Ce site présente également des concentrations intéressantes en niobium et thorium.
Non loin, le projet Lamlaga affiche des ressources encore plus importantes, atteignant 618 millions de tonnes à 0,64% d’oxydes de terres rares, avec certaines zones dépassant 0,95%.
Le gisement de Twihinate se distingue par ses 584 millions de tonnes de ressources et ses teneurs particulièrement élevées, pouvant atteindre 1,47% d’oxydes de terres rares dans les zones les plus riches.
D’autres occurrences notables complètent ce panorama minier, dont le site d’Awark qui présente des teneurs allant jusqu’à 4,6% de terres rares sur certaines sections. Plus au nord, dans le Haut Atlas, le gisement de Tamazirt offre des ressources plus modestes mais avec des concentrations intéressantes en thorium et niobium.
Enfin, le projet Targhat, encore en phase d’exploration, suscite un intérêt particulier avec des échantillons atteignant des teneurs record de 6,4% en terres rares, positionnant le Maroc parmi les zones les plus prometteuses au niveau mondial pour ces métaux stratégiques.
La réforme du code minier, un atout important pour la souveraineté et l’émergence de l’industrie nationale
L’installation récente de nombreux industriels chinois spécialisés dans la fabrication de batteries électriques et de leurs composants témoigne de l’attractivité croissante du Maroc dans ce secteur stratégique. Cette dynamique devrait culminer avec la prochaine mise en œuvre de la première gigafactory du continent africain, profitant de la position géostratégique du pays.
Pérenniser cette avancée nécessite de sécuriser toute la chaîne de valeur : sécurisation de l’approvisionnement en matières premières, transformation des métaux critiques et recyclage des batteries. Une équation complexe, mais indispensable pour une industrie durable.
Ce défi industriel, bien qu’ambitieux, repose sur la concentration des efforts de tous les acteurs : pouvoirs publics, industriels, centres de recherche et investisseurs. Une telle synergie pourrait permettre au Maroc de développer un savoir-faire reconnu internationalement et de s’imposer comme un acteur clé dans l’écosystème mondial des batteries électriques.
La prochaine réforme du code minier marocain introduira plusieurs nouveautés structurantes, dont la création d’un cadastre minier pour accorder plus de transparence et de gouvernance au secteur, l’établissement d’une commission nationale des minéraux stratégiques et critiques sous tutelle ministérielle et la définition d’une liste officielle de minéraux stratégiques arrêtée par l’administration. D’une importance stratégique, cette liste, une fois finalisée, permettra de prioriser l’approvisionnement de l’industrie nationale en minéraux critiques, couvrant tout ou partie de leurs besoins, et ainsi de renforcer la souveraineté industrielle du Royaume.
Falcon Energy Materials lève 6 millions de dollars canadiens pour son projet maroco-guinéen de graphite
Dans un communiqué daté du 17 mars 2025, la compagnie Falcon Energy Materials a annoncé une levée de fonds de 6 millions de dollars canadiens pour accélérer son projet de production de graphite, qui comprend la construction d’une mine en Guinée et d’une usine d’anodes à Tanger.
Design de l’usine de Tanger inspiré de l’usine de Hensen en Chine. Les six composantes de l’usine sont : (1) usine de sphéroïdisation, (2) usine de purification, (3) usine de revêtement, (4) usine de finition, (5) stockage d’acide, (6) station de traitement des eaux.
Prévue pour être finalisée avant le 24 mars prochain, Falcon Energy Materials prévoit une émission privée de 10.000.000 d’unités au prix de 0,60 dollar canadien par unité. Chaque unité comprend :
1. Une action ordinaire de la société.
2. Un bon de souscription non transférable qui permet à son détenteur d’acheter une action supplémentaire au prix de 0,75 dollar canadien par action, et ce, pendant une période de 36 mois à partir de la date de clôture de l’émission.
« Nous sommes très heureux d’accueillir plusieurs nouveaux actionnaires de renom, disposant de solides relations d’affaires en Europe, de l’autre côté de l’Atlantique et à travers le monde. Avec les catalyseurs prévus pour Falcon, leur soutien nous place dans une excellente position pour faire progresser le développement de nos projets au Maroc et en Guinée », a déclaré Matthieu Bos, directeur général de Falcon.
Pour rappel, la société canadienne SRG Mining est à l’origine du projet de graphite, avec Benoit LaSalle, également directeur de AYA Gold & Silver, à la présidence du conseil d’administration de Falcon. Le projet bénéficie également du soutien de La Mancha Resources, présidée par Naguib Sawiris qui détient 19,9 % des parts et a promis un investissement allant jusqu’à 50 millions de dollars canadiens pour financer les initiatives de Falcon.
Au Maroc, une étude de faisabilité pour la construction de l’usine d’anodes à Tanger est prévue au cours de cette année avec une production cible de 25.000 tonnes par an de matériaux d’anodes avancées à partir du premier trimestre de l’année 2027. Elle constituera la base pour l’établissement d’une étude d’impact pour compléter le processus d’autorisation au Maroc.
La valeur actuelle nette (NPV) du projet, calculée avec un taux d’actualisation de 8 %, est estimée à 1,1 milliard de dollars. Le projet nécessite un investissement total de 106 millions de dollars au Maroc et 185 millions de dollars en Guinée. Le retour sur investissement est prévu après un an, avec des coûts opérationnels de 3.193 dollars par tonne et un prix de vente de 9.000 dollars par tonne de graphite sphérique purifié et enrobé.
À terme, une production commercialisable moyenne de 26.000 tonnes par an de graphite sphérique purifié et enrobé, 18.000 tonnes par an de particules fines provenant de l’usine d’anodes (pour recyclage), ainsi que 42.000 tonnes par an de flocons grossiers de graphite extraits de la mine guinéenne.
Gigafactory de Kénitra : CDG dans le tour de table de Gotion Power Morocco
Signé par Khalid Safir, directeur général de la CDG, et Li Zhen, président de Gotion High-Tech, cet accord prévoit une prise de participation de CDG Invest, branche investissement de la CDG, dans le capital de la société Gotion Power Morocco, via son fonds dédié à l’industrie dénommé NAMA, indique un communiqué du groupe marocain.
Ce MoU, conclu lors d’une visite de travail d’une délégation de la CDG au siège de Gotion High-Tech à Hefei, fait suite à la signature, le 6 juin dernier, d’une convention d’investissement entre le gouvernement marocain et le groupe sino-européen, ajoute le communiqué.
Le projet de gigafactory intégrée de Gotion High-Tech s’inscrit dans la stratégie du Royaume visant à développer un véritable écosystème industriel de mobilité durable et à préparer le secteur automobile marocain à l’ère de l’électrification, en droite ligne avec la vision stratégique du Roi Mohammed VI.
Porté par Gotion Power Morocco, ce projet consiste en la réalisation d’une plateforme intégrée de gigafactory dont la première phase inclura une capacité de production de 20 GWh de cellules et de packs de batteries lithium-ion, de batteries ESS (Energy Storage System), et de 200.000 tonnes de matériaux de cathode.
Cette première phase nécessitera un investissement global d’environ 13 milliards de DH et permettra la création de 2.300 emplois.
M. Akhannouch était accompagné du ministre de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, Mohcine Jazouli, du président de la Confédération générale des entreprises du Maroc, Chakib Alj, ainsi que du directeur général de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations, Ali Seddiki.
A cette occasion, le président de Gotion High Tech a confirmé le respect du calendrier du projet, précisant que les travaux de construction de l’unité industrielle devaient être finalisés dans un délai de 8 mois conformément aux engagements.
La gigafactory de Kénitra est un projet intégré de production de batteries électriques dont la première phase nécessitera un investissement de 14 milliards de DH et permettra de créer 17.000 emplois. Le démarrage de l’exploitation est prévu pour le second trimestre 2026.
Le Chef du gouvernement a réitéré l’engagement de l’Exécutif à soutenir et à accompagner activement ce projet stratégique, qui permettra au Maroc de se doter de la 1ère gigafactory de la région Moyen Orient & Afrique.
Le projet de gigafactory de Gotion High Tech à Kénitra s’inscrit également dans une dynamique plus large de développement d’un écosystème de batteries électriques au Maroc.
A cette occasion, la délégation marocaine a visité la gigafactory “Unified Cell Line”, fruit de la collaboration technologique entre le groupe Volkswagen et Gotion High Tech. D’une superficie de 45.000 m2 et dotée d’une capacité de production de 180.000 systèmes de batteries par an destinés à équiper les véhicules électriques Volkswagen produits en Chine, cette unité est entièrement automatisée et équipée des technologies les plus avancées, faisant de cette unité l’usine « signature » du groupe Gotion High Tech en Chine.
Cette visite a permis à la délégation de constater de visu le fonctionnement d’une usine de batteries similaire à celle prévue au Maroc, renforçant ainsi la confiance dans les capacités de Gotion High Tech à réaliser un projet d’une telle envergure au Maroc.
Khalid Qalam nommé président de Gotion Power Morocco
Khalid Qalam assumera la direction exécutive de la société avec le soutien de Yang Chen, directeur général de Gotion Power Morocco SA, a annoncé le groupe dans un communiqué. Cette nomination a pris effet le 1er septembre 2024.
« Le président de Gotion High-Tech, Li Zhen, et les membres du conseil d’administration sont fermement convaincus que, grâce à son parcours, sa profonde expérience et son succès remarquable dans les rôles de leadership précédents, Khalid Qalam, incarne les qualités essentielles requises pour contribuer de manière significative au développement global et à la gestion dans toutes les dimensions de Gotion Power Morocco SA, qui se présente comme la première Gigafactory dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord », souligne le communiqué.
« Nous sommes profondément ravis de cette nomination, car elle représente une étape décisive pour Gotion HighTech et son projet de Gigafactory au Maroc et dans la région EMEA. Khalid Qalam est un dirigeant accompli et passionné qui a occupé des postes de direction essentiels dans plusieurs grands groupes automobiles de premier plan et a contribué de manière substantielle au développement de l’industrie automobile marocaine au cours de la dernière décennie. Son expertise approfondie et sa passion inébranlable pour l’industrie automobile, la mobilité durable et les nouvelles énergies font de lui un atout indispensable pour le développement de notre ambitieux projet stratégique au Maroc », a déclaré Li Zhen, président de Gotion High-Tech, cité dans le communiqué.
Né le 25 décembre 1963, Khalid Qalam est de nationalité belge et marocaine. Il bénéficie de plus de 30 ans d’expérience dans le secteur de l’automobile à l’international.
Il a débuté sa carrière dans le secteur automobile en 1991 chez Valeo au sein de la branche « Eclairage et Signalisation » où il était en charge de la direction des projets pour le marché japonais, avant de rejoindre en 1997 le groupe Magneti Marelli (filiale du groupe Fiat Chrysler Automobile), où il a occupé diverses responsabilités dans divers pays (Italie, France, Allemagne) dont celles de Executive Vice-President – Chief Technical & Marketing Officer et ensuite de President & CEO de Magneti Marelli Mercosur au Brésil. En 2009 il a été nommé membre du comité exécutif du groupe italien.
En 2015, il rejoint l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) et dirige le département automobile ainsi que le démarchage des investissements du secteur automobile à l’international avec beaucoup de succès.
En 2020, il développe son propre cabinet de consulting dans le secteur automobile et conseil des grands groupes automobiles internationaux ainsi que des acteurs institutionnels et gouvernementaux au Maroc.
Round up. Comment sont fabriquées les batteries dans une gigafactory
Largement médiatisé, le terme « gigafactory » correspond aux plateformes de production de batteries à grande échelle, principalement destinées aux véhicules électriques. Le terme Giga ne fait pas référence à la dimension mais plutôt à la capacité annuelle de production en gigawattheures (1 GWh/an est équivalent de 0.002 GWh/jour équivalent à 2.000 kWh, soit 40 batteries par jour si on considère que chaque batterie à une capacité de 50 kWh).
Gotion High-Tech implantera au Maroc une gigafactory d’échelle moyenne, avec une capacité de production annuelle de 20 GWh et qui est conçue pour évoluer vers une gigafactory de grande échelle, avec une capacité pouvant atteindre 100 GWh.
Ces batteries électriques représentent entre 30 et 40 % de la valeur totale des véhicules électriques légers et environ 50% pour les poids lourds. Cette part importante de la valeur s’explique par la complexité de l’industrie, qui exige un savoir-faire, une technologie de pointe et un accès aux matières premières. En conséquence, le nombre de pays capables de maîtriser cette industrie est limité, et c’est la Chine qui domine actuellement le marché avec une part de 80%.
Gigafactory de Tesla à Austin (États-Unis).
Ce terme est souvent associé à Tesla, qui a popularisé ce type de conception industrielle et en a fait un élément clé de son succès. Cependant, les gigafactories Tesla se distinguent par le fait qu’elles ne se contentent pas de fabriquer des batteries, mais sont également capables de produire, à la même intensité, les voitures, les panneaux solaires, les systèmes de stockage d’énergie, les bornes de recharge…
Aujourd’hui, Tesla possède plusieurs gigafactories à travers le monde et compte beaucoup sur sa gigafactory de Shanghai, qui est son plus grand hub de production avec une capacité annuelle de 950.000 unités. L’entreprise a récemment obtenu l’approbation des autorités chinoises pour la construction d’une deuxième usine en Chine. Cette nouvelle gigafactory ne sera toutefois pas spécialisée dans la production de véhicules électriques, mais plutôt dans les systèmes de stockage d’énergie.
Le produit : nature, composants, dimension
La batterie lithium-ion est une batterie rechargeable qui utilise le lithium comme transporteur d’énergie. Son fonctionnement repose sur le déplacement des ions lithium. Lors de la charge, ces ions quittent l’anode (pôle négatif) pour se déplacer vers la cathode (pôle positif) en passant par l’électrolyte, créant ainsi un courant électrique. Les électrons libérés à l’anode circulent dans le circuit externe vers la cathode pour y neutraliser les ions lithium. Lors de la décharge, le processus s’inverse : les ions lithium retournent à l’anode et les électrons circulent dans le sens inverse pour alimenter l’appareil.
Schéma simplifié d’une batterie Lithium-ion.
On distingue plusieurs variétés de batteries lithium-ion, chacune se caractérisant par les matériaux spécifiques employés dans sa conception. Ces matériaux ont un impact déterminant sur la longévité, les performances et la sécurité de la batterie. Compte tenu de ces caractéristiques, les batteries les plus demandées sont celles de type nickel-manganèse-cobalt (NMC) et lithium-fer-phosphate (LFP).
Type de batterie
Densité gravimétrique d’énergie (Wh/ Kg)
Durée de vie (cycles)
Taux de charge/décharge (C)
Rendement énergétique (%)
Températures (°C)
Batterie au Plomb
35-60
300-800
0.2-0.05
70
[-20 ; 60]
LFP (Lithium Fer Phosphate)
90-120
1,000-2,000
1
95
Chargement:
[-30 ;55]
Déchargement:
[-20;55]
NMC (Lithium Nickel Manganèse Cobalt)
150-220
1,000-2,000
0.7-1
90
Chargement:
[-20 ;55]
Déchargement:
[0;55]
Si la simplicité du principe de la batterie lithium peut laisser penser à une industrie facile, il n’en est rien. En effet, sa technologie est en évolution permanente et rapide, permettant d’améliorer continuellement les performances des batteries. Ce sont naturellement les pays qui ont investi massivement dans la recherche et le développement qui détiennent les clés de la fabrication de batteries performantes. C’est ainsi que les pays asiatiques, en particulier la Chine , dominent le paysage en matière de brevets sur toute la chaine de la valeur de la batterie.
Le choix stratégique de Gotion High-Tech pour le développement de la première gigafactory au Maroc s’avère pertinent. Cette entreprise figure parmi les 10 premiers acteurs mondiaux en matière de production de batteries, et possède une solide expérience dans ce domaine, comme en témoigne son portefeuille de brevets d’invention dans le secteur.
Prenons l’exemple de la batterie Astroinno L600 de Gotion. Cette batterie permet une charge rapide en seulement 18 minutes, offre une densité d’énergie gravimétrique de 240 Wh/kg, possède une durée de vie remarquable entre 4.000 et 1.800 cycles et maintient des performances optimales en hautes et basses températures. En termes de sécurité, la batterie Astroinno L600 se distingue par ses matériaux d’isolation thermique internes capables de résister à des températures extrêmement élevées allant jusqu’à 1.200 °C et par des canaux d’évacuation de chaleur rapides qui offrent une protection de sécurité ultime à quatre niveaux.
Astroinno L600, batterie de type LFP développée par Gotion.
Pourquoi la construction d’une gigafactory est complexe
Ces méga-plateformes consacrées à la production de batteries électriques, constituent un défi technologique et logistique de taille. Leur mission principale est de trouver un équilibre optimal entre une production à grande échelle, des produits de qualité et des processus durables, tout en réalisant des économies d’échelle. Au-delà du processus de fabrication, une gigafactory doit impérativement intégrer un laboratoire d’analyse et un centre de R&D.
Le point central de cette complexité réside dans la longueur de la chaîne de production des batteries. Par conséquent, le cycle de feedback pour savoir si on a obtenu la qualité voulue peut prendre un long temps. De même, en cas de problème dans la batterie, il faut plusieurs semaines pour identifier l’origine de l’anomalie.
Pour cette raison, la construction doit être conçue pour s’adapter facilement aux évolutions technologiques futures. Par exemple, la chimie ou les composants des batteries peuvent être amenés à changer pour atteindre des performances optimales, ce qui implique de modifier les paramètres des équipements et les protocoles de fabrication, notamment en termes de température, de pression et de vitesse. Tous ces paramètres doivent être contrôlés avec précision afin de garantir le résultat escompté : des batteries performantes et de qualité et/ou des durées de vie plus longues.
La construction d’une gigafactory, jalonnée d’investissements colossaux, est parsemée de risques divers. La clé du succès réside dans la capacité à identifier, évaluer et gérer efficacement ces risques, garantissant ainsi la viabilité du projet. Il s’agit en particulier des risques en relation avec la sécurité des batteries, car un tel risque pourrait non seulement coûter très cher pour l’entreprise mais peut détruire la confiance des clients potentiels à long terme.
Un autre aléa à prendre en considération est le taux de gaspillage. Même les fabricants de batteries les plus avancées auront un niveau de rebuts important dû à des batteries non conformes, principalement pendant les premières phases de production. Cet aléa aura des répercussions sur les coûts de base et, bien sûr, sur les revenus, ce qui exige une anticipation proactive permettant la modification systématique des processus de production.
À cela s’ajoute la nécessité de la compréhension de la chaine d’approvisionnement des matières premières et aux risques de ruptures d’approvisionnements. Bien que ces problématiques complexes puissent nécessiter des investigations approfondies, leur résolution s’avère importante pour assurer la durabilité et la viabilité de la gigafactory sur le moyen et long termes.
Afin de réduire les couts d’investissement, il existe d’autres paramètres externes pouvant réduire le coût d’une gifactory et que l’on peut résumer dans les points suivants :
(1) L’énergie : une énergie disponible avec une préférence pour les énergies renouvelables ;
(2) La logistique : La proximité de la gigafactory aux principales infrastructures de transport (aéroport, port, chemin de fer…) ;
(3) Les ressources humaines qualifiées : les gigafactories ont besoin d’une main-d’œuvre abondante, hautement qualifiée et bien formée.
Fort de sa position géographique avantageuse à proximité de l’Europe, le Maroc présente un ensemble d’atouts majeurs pour le développement d’une gigafactory performante et rentable.
Disposant de ressources minières stratégiques telles que le phosphate, le cobalt et le manganèse, le pays développe également un tissu industriel solide à l’aval de la chaîne de valeur des batteries, notamment dans la transformation du graphite et la fabrication des cathodes et anodes. De plus, le Maroc bénéficie d’une industrie automobile notablement développée, avec un fort taux d’intégration locale, d’une main-d’œuvre qualifiée et expérimentée dans des domaines connexes tels que l’aéronautique, l’automobile, l’électricité et les énergies renouvelables. Enfin, le pays dispose d’une infrastructure logistique performante comprenant un réseau ferroviaire à grande vitesse, le port de Tanger Med, un large réseau d’autoroutes et de voies express, ainsi que des plateformes logistiques modernes.
Cycle de production d’une cellule de batterie
Les cellules de batterie sont généralement fabriquées sous forme de pouch, de prismes ou de cylindres. Ces cellules sont ensuite assemblées en modules, puis en packs, afin d’être intégrées au produit final, le véhicule électrique.
Étape I : approvisionnement en matières premières
La fabrication des cellules de batterie repose sur un large éventail de matières premières. Toute perturbation ou entrave à l’approvisionnement de ces ressources critiques peut affecter la production de batteries. Les cathodes et les anodes sont les principaux éléments d’une batterie correspondent à plus de 70% du poids d’une cellule de batterie.
Pour le Maroc, la batterie LFP s’impose comme le choix le plus judicieux, compte tenu des richesses minières du pays en phosphate et en manganèse, matières premières essentielles à la fabrication de ce type de batterie. La comparaison entre la répartition des matériaux actifs des deux types de batterie est présentée dans le graphe ci-dessous:
(source : PWC)
En ce qui concerne l’utilisation des matières premières, de nouvelles recherches sont continuellement développées et perfectionnées. Par exemple, des chercheurs ont trouvé que l’utilisation d’un alliage d’étain-aluminium peut être moins coûteux et doublant la capacité de chargement des batteries lithium-ion.
Il est important de noter que l’approvisionnement en matières premières, bien qu’essentiel, ne constitue pas le seul facteur déterminant. La qualité des matières premières revêt également une importance capitale, car la moindre impureté peut compromettre la qualité du produit final.
Étape II : fabrication des composants de la cellule de batterie
À partir des matières premières sourcées, l’étape initiale consiste en la fabrication séparée des principales composantes de la cellule (cathode, anode, électrolyte, séparateur…).
1. Mixage
Pour produire une bouillie d’électrode, les matières actives brutes sont combinées avec un solvant, un liant et des additifs. Les matériaux d’anode et de cathode sont ainsi mélangés juste avant d’être acheminés vers la machine de revêtement. Dans le processus de mélange, la formulation des matières premières, les étapes de mélange et la durée du mélange sont tous des paramètres déterminant dans le produit final.
2. Enrobage
L’enrobage correspond au processus d’application de la bouillie d’électrode (produits du mixage) sur les feuilles métalliques d’aluminium (cathode) et de cuivre (anode), suivi du séchage. L’épaisseur des films (anode sur feuille de cuivre et cathode sur feuille d’aluminium) varie entre 5 μm et 25 μm selon la conception de la cellule.
3. Calandrage
Le calandrage est un laminage des électrodes pour atteindre une épaisseur et une porosité contrôlées. Lors de cette étape, la feuille de cuivre ou d’aluminium revêtue des deux côtés est compressée par une paire de rouleaux rotatifs. Ce procédé améliore la densité d’énergie de la batterie, garantit une épaisseur uniforme et renforce le contrôle de la poussière et de l’humidité au niveau de l’électrode.
4. Découpage
La présence de déformations ou de saleté à ce stade augmentera les risques de courts-circuits internes, pouvant entraîner la bonne production. Dans cette tâche, le découpage permet de couper longitudinalement l’électrode revêtue en bandes étroites.
5. Séchage sous vide
Au cours du processus de séchage, l’humidité résiduelle et les solvants sont éliminés des bobines.
Étape III : assemblage de la cellule de la batterie
1. Séparation
La séparation consiste à séparer les feuilles d’anode, de cathode et de séparateur du rouleau. Le processus de découpage est généralement réalisé par découpage. Les rouleaux secondaires séchés sont déroulés et alimentés vers l’outil de séparation.
2. Assemblage
Durant le processus d’assemblage, les feuilles d’électrodes séparées sont superposées en suivant un cycle répétitif : anode, séparateur, cathode, séparateur, etc.
3. Encapsulation
Les électrodes, sous forme de rouleau ou de pile de couches empilées, sont chargées dans le boîtier rigide ou le sachet souple. Le format spécifique de la cellule détermine la manière dont ce processus de mise en boîtier ou d’encapsulation est réalisé. Les feuilles des collecteurs de courant (anode en cuivre et cathode en aluminium) sont soudées aux languettes de connexion de la cellule par un procédé de soudage par ultrasons ou laser.
4. Injection d’électrolyte
La cellule disposant d’un vide partiel peut être remplie d’une quantité prédéterminée électrolyte. L’électrolyte est injecté dans la cellule sous vide à l’aide d’une aiguille de dosage à haute précision.
5. Formation et scellage
Avant le scellage de la cellule de la batterie, la formation correspond au processus du premier chargement et de déchargement de la cellule de batterie. Dans de nombreuses cellules pouch, un dégagement important de gaz se produit lors du premier cycle de charge et c’est ainsi que des vecteurs de gaz sous pression expulsent ce gaz de la cellule.
6. Stabilisation
Les cellules sont stockées dans une chambre à une température contrôlée pendant une certaine période, permettant de stabiliser l’électrolyte.
Étape IV : protocoles de contrôle finaux (End of line Test)
Dans la station de test, les cellules sont déchargées à l’état de charge d’expédition avec mesure de capacité. Par la suite, un ensemble de test sont effectués et qui diffère selon le fabricant : inspections optiques, contrôle de masse, test d’étanchéité, mesures de résistance internes, tests à impulsions… Une fois tous les tests terminés avec succès, les cellules peuvent être emballées et expédiées.
Étape V : production de modules et packs de batteries
Les véhicules électriques, nécessitant une grande quantité d’énergie et d’autonomie, exigent une grande quantité de cellules de batteries. Ces cellules sont regroupées de manière hiérarchique, d’abord en modules, puis en packs de batteries, pour fournir la puissance nécessaire à une voiture électrique. La production de modules de batterie nécessite un processus d’assemblage mécanique qui comprend l’isolation et la mise sous tension, la formation de contacts électriques et le montage du circuit imprimé et du couvercle du boîtier.
De la même manière, la fabrication de packs de batteries implique l’assemblage de plusieurs modules, suivi d’une intégration électrique et thermique, d’un scellage, d’une charge et d’une programmation finale pour construire une batterie qui répond à la demande en énergie d’un véhicule électrique.
Modèle de pack de batteries (source : emobility-engineering).
Pour des raisons de sécurité, le Système de Gestion de Batterie (BMS) est connecté à ces batteries afin d’assurer un fonctionnement optimal et sécurisé. Les fonctions principales du BMS incluent la protection électrique (sécurité des connexions et des performances), la protection thermique (surveillance de la température et chauffage ou refroidissement du pack si nécessaire), le contrôle du processus de charge, l’équilibrage des cellules de la batterie, l’estimation de l’autonomie restante et la surveillance du vieillissement de la batterie…
Avec 12,8 MMDH, Gotion High-Tech installe au Maroc la première gigafactory de la région
C’est un investissement stratégique majeur, qui porte sur la réalisation d’un écosystème industriel complet de fabrication de batteries électriques à Kénitra, annonce un communiqué de la chefferie du gouvernement. La convention d’investissement a été signée ce jeudi 6 juin sous la présidence du chef du gouvernement et en présence de plusieurs ministres.
Il s’agit, selon la même source, non seulement de la première gigafactory réalisée au Maroc, mais également de la première du genre de toute la région Middle East & Africa, consolidant ainsi la position de leader régional du Royaume dans l’industrie automobile et la transition énergétique.
Le projet permettra la création de 17.000 emplois directs, indirects et induits, dont 2.300 à haute qualification.
« Pour cette première gigafactory, l’Etat marocain a décidé de faire confiance à l’acteur sino-européen GotionHigh–Tech, leader mondial dans le secteur des batteries électriques, dont l’un des actionnaires de référence est le groupe allemand Volkswagen, pour développer un projet intégré de production de batteries pour véhicules électriques d’une capacité de 20 GWh« , est-il précisé dans le communiqué.
Cet investissement correspond à la première phase de développement des activités industrielles du groupe au Maroc, qui prévoit à terme de développer une capacité qui serait de 100GWh pour un montant d’investissement global de 65 milliards de dirhams.
Gotion High-Tech a réalisé des investissements majeurs en Europe, aux Etats-Unis et Asie, avec près de 12 gigafactories lancées ces deux dernières années en vue de répondre à l’importante demande mondiale dans le secteur de la mobilité électrique.