La Plage Blanche de Guelmim Oued-Noun, une beauté atypique

À une cinquantaine de kilomètres au sud de Guelmim, la Plage Blanche surgit comme une longue respiration du littoral. On y accède par des routes qui se délient graduellement, laissant place à des paysages de roche, de sable et de ciel. Au bout du voyage, un immense rivage clair, posé comme une fine ligne entre l’océan et les dunes, apparaît enfin.

Le décor est d’une ampleur saisissante. De longues bandes pâles longent une mer puissante aux reflets changeants, tandis qu’en arrière-plan, les buttes se hissent doucement, offrant une palette jaune et ocre contrastant avec le bleu profond de l’eau. Pas de constructions massives, pas de foule, juste la sensation d’un espace ouvert, ample et calme.

Espace et quiétude

La Plage Blanche se prête particulièrement à la marche. Chaque pas révèle une variation. Un pli dans la terre, une crête plus haute, une surface lisse soudain troublée par une envolée d’oiseaux marins. Le rivage semble toujours se renouveler.

On peut s’y attarder pour observer les couleurs du ciel, écouter le va-et-vient régulier des vagues ou encore profiter d’un break afin de se recentrer sur soi.

Aux abords, la région garde un caractère « réservé » qui renforce la beauté de l’environnement. En arrivant depuis Guelmim ou l’Oued Assaka, on traverse des zones ponctuées d’acacias, de pierres arrondies et de petites traces de vie nomade.

L’atmosphère est simple, pure, portée par la présence discrète de ceux qui connaissent ce lieu depuis toujours. Au cœur d’une telle harmonie, chacun trouve sa manière d’habiter la plage et de « lui appartenir »…

Dans cette continuité paisible, la région porte aujourd’hui une réflexion sur une mise en valeur future et mesurée. Quelques hébergements intégrés au paysage, des espaces pensés pour accueillir les globe-trotters en quête de sérénité et des activités douces qui prolongent l’expérience (…).

L’objectif est de permettre à davantage de visiteurs de savourer l’endroit tout en préservant ce qui fait sa force. La Plage Blanche imprime une sensation rare, celle d’une localité tranquille et lumineuse, où la nature s’offre dénuée d’artifices à ceux qui la recherchent.

La construction de la plateforme de réserves de première nécessité de Guelmim-Oued Noun coûtera 64,6 MDH

Ce marché a été remporté par le groupement des sociétés Abaache Négoce et Imilchil pour un coût dépassant légèrement 64,6 millions de DH, selon un document de la commission d’ouverture des plis au niveau de la wilaya de cette région.

Ce groupement était en lice avec la société Sergab dont l’offre était nettement supérieure avec 72,4 millions DH.

Donc, en plus du groupement Abaache Négoce et Imilchil, voici, pour le moment, les autres intervenants dans ce projet qui élira domicile dans la province de Guelmim, chef-lieu de la région :

Analyse. Comprendre le passé des crues catastrophiques du Maroc

Le Maroc a été régulièrement frappé par des inondations, catastrophes naturelles ayant causé de nombreuses pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables au fil des années. Bien que d’autres risques naturels existent, les inondations représentent l’une des principales menaces en termes de fréquence et d’impact au Maroc.

À l’échelle historique, les inondations, récurrentes et de plus en plus dévastatrices, ont frappé le pays à plusieurs reprises.

Dans la nuit du 7 au 8 septembre 2024, de fortes intempéries ont provoqué une montée des eaux des oueds Guir, Ziz, Ghris et Drâa. Des précipitations de plus de 100 mm en 24 heures ont été enregistrées, atteignant même 170 mm à Tagounite (sud de Zagora), transformant ainsi les lits habituellement secs de ces oueds en cours d’eau puissants.

Si les inondations au Maroc se sont faites plus rares ces dernières années en raison de la récurrence de six années de sécheresse, les régions du Sud-est restent périodiquement touchées par des crues dévastatrices.

L’inventaire de l’historique des inondations qui ont touché le Maroc confirme ce constat et indique que plus du tiers des crues ont été enregistrées particulièrement dans les régions du Sud-est.

Un historique des principales crues documentées 

 Date  Localité de l’inondation  Nombre de     morts
 25/09/1950  Sefrou  100
 01/04/1995  Tata  18
 17/08/1995  Ourika Setti Fatma  289
 04/09/1995  Taza (Oued Amlil)  43
 28/09/1997  El Hajeb, Taza, Khénifra  40
 25/11/2002  Mohammedia, Settat et Fès  35
 17/11/2003  Nador  5
 28/05/2006  Errachidia  6
 28/02/2008  Marrakech, Kalâat Seraghna  9
 03/11/2008  Driouch  28
 12/02/2009  Gharb  29
 28/11/2014  Guelmim  32
 28/08/2019  Taroudant  8
 08/09/2019  Errachidia  17
 08/09/2024  Tata, Zagora, Errachidia,Tinghir, Guelmim  18

 

 

 

L’année 1995, le Maroc secoué par la sécheresse et les inondations

Malgré une sécheresse exceptionnelle ayant marqué l’année 1995, le Maroc a été frappé par trois inondations meurtrières. En avril 1995, la crue de l’Oued Tata a causé la mort d’au moins 18 personnes et a rendu sans abri 350 familles dans la région de Tata, une région où la majorité des ménages vivent dans le milieu rural, principalement aux environs d’oasis.

Le 17 août 1995, la vallée de l’Ourika a été frappée par une catastrophe naturelle d’une ampleur inhabituelle. Des orages violents, avec plus de 100 mm de pluie en moins d’une heure, ont provoqué une montée brutale des eaux de l’Oued Ourika.

Cette crue exceptionnelle, emportant de grandes quantités de débris, a déclenché d’importants glissements de terrain dans la région. Elle a surpris de nombreux vacanciers installés dans la vallée de Tnin Ourika, Tahanaout et Setti Fatma provoquant un bilan humain très lourd : 289 personnes ont perdu la vie.

Les images de l’événement sont restées gravées dans les mémoires de tous les Marocains ayant vécu cette période : un ciel noirci, des torrents d’eau emportant tout sur leur passage, des ponts, des routes et des maisons détruites, et malheureusement, de nombreux corps retrouvés sans vie.

Ces crues torrentielles des petits bassins de montagne sont les plus dangereuses car elles se caractérisent par une très rapide montée des eaux entre 7 et 8 mètres, de très fortes vitesses d’écoulement (4 à 6 m/s), et des capacités de charriage énorme.

D’après les travaux du Pr Mohamed El Mehdi Saidi (2003), l’examen des données hydrologiques de la station d’Aghbalou indique qu’à peine un quart d’heure après les précipitations du 17 août 1995, le débit est monté jusqu’à 1.030 m3 /s et les eaux ont mobilisé un volume de 3,3 millions de m3.

Les mêmes travaux scientifiques ont démontré que les fortes pentes et les terrains imperméables de la vallée d’Ourika favorisent des écoulements torrentiels et boueux, ainsi que des crues soudaines.

Hydrogramme* de l’inondation d’Ourika (station Aghbalou), le 17 août 1995 (Saidi, 2003). *Graphique de la variation temporelle du débit d’écoulement d’eau, mesurée au sol. 

Outre sa violence, la catastrophe de l’Ourika 1995 était une référence quant à la brutalité, la violence et le danger que constitue une inondation et a souligné la vulnérabilité de la région face aux phénomènes météorologiques extrêmes, un phénomène qui s’est répété durant les années 1997 et 1999, 2006, 2010, 2012, 2016, 2018, 2022.

Depuis le drame d’août 1995, de nombreux programmes, à la fois structurels et non structurels, ont été mis en œuvre pour réduire l’impact des crues sur la région. Ces efforts ont abouti, en 2002, à la mise en place d’un système de prévision et d’alerte opérationnel permettant la surveillance permanente de toute la vallée.

Quelques semaines seulement après la catastrophe de l’Ourika, une autre inondation a frappé le Maroc, le 4 septembre 1995. Cette fois-ci, c’est l’Oued Amlil, dans les régions de Taza et Taounate, qui a été touché, causant la mort de 43 personnes.

Les crues dévastatrices du Sud-est du Maroc

Situé en climat pré-désertique, le Sud-est du Maroc est caractérisé par des précipitations rares mais intenses. Concentrées sur de courtes périodes, ces pluies génèrent d’importants cumuls qui constituent l’essentiel des précipitations annuelles.

Les oueds et leurs affluents, généralement à sec, dépendent étroitement de ces événements pluvieux pour leur recharge en eau.

Ces précipitations soudaines et violentes engendrent des crues de forte amplitude dans les oueds qui resurgissent de manière périodique.

Précipitations annuelles enregistrées dans la ville d’Errachidia (infoclimat.fr)

En 2019, d’importantes inondations ont touché les régions d’Errachidia et Taroudant. En août et septembre, sept personnes ont perdu la vie au douar Tizrt suite à des inondations causées par de fortes pluies.

Quelques semaines plus tard, près du barrage Hassan Addakhil, un autocar a été emporté par les eaux de l’oued Dramchane en crue, causant la mort d’au moins 6 personnes et 27 blessés.

Mobilisation des forces publiques suite aux inondations de Taroudant (28 aout 2019).

 

Crue de l’Oued Ghris, à proximité des lieux du drame, photographiée samedi 7 septembre 2019.

Située entre Oued Drâa et Oued Akka, la province de Tata a été impactée par plusieurs inondations causant à chaque fois la perte de vie et un grand nombre de sans-abris à cause du caractère brutal de ce type d’inondation et aussi de la vie oasienne et nomade dominante dans la région.

Plus à l’Est, l’étude d’une inondation de l’Oued Guir qui a eu lieu dans les provinces d’Errachidia et Boudenib, le 10 octobre 2008, indique l’ampleur dévastatrice de ces types de crues qui se répètent dans ces zones et causent à chaque fois un lourd bilan.

Situé dans la région d’Oriental, l’Oued Guir prend sa source depuis Jbel El Ayachi (3.721 m) et traverse Boudenib avant de se déverser dans l’Algérie. La lecture des données hydrométriques de la station de Tazouguert indique une montée graduelle du débit, qui s’est accentuée après 9 heures et qui a atteint son pic après 11 heures, avec un débit de pointe d’environ 3.000 m3/s.

En amont de Gourrama, le débit pointe de la crue a été évalué à 2.260 m3/s (Aït Hssaine, 2014).

Hydrogramme de la crue  d’Oued Guir, le 10 octobre 2008 (Aït Hssaine, 2014).

Ces crues des affluents principaux se répètent lors de fortes intempéries. Elles sont caractérisées par une montée rapide des eaux (6 à 24 heures) et une durée moyenne de 1 à 2 jours, pouvant générer des débits exceptionnels de plusieurs centaines de millions de mètres cubes.

À l’échelle nationale, la prévision de ces crues reste encore bonne avec les moyens de suivi météorologique et hydrologique existants, mais les temps nécessaires à l’annonce des crues, à la mise en sécurité des personnes, à la signalisation ou la fermeture des voies de communication exposées, se raccourcit à quelques heures.

Les crues catastrophiques qui ont frappé les provinces du sud

Présentant les mêmes caractéristiques de crues que dans le Sahara du sud-est, les provinces de sud ont aussi connu des crues importantes dont la plus connue est celle de Guelmim en 2014.

Suite à de fortes intempéries enregistrées dans tout le pays, les routes de Guelmim-Tata ont été coupées. Le 28 novembre 2014, la région de Guelmim a reçu des précipitations exceptionnelles qui ont atteint 50 mm à Guelmim, 208 mm à Taghjijt et 230 mm à Assaka.

À cause de ces précipitations, plusieurs villages de Guelmim ont été encerclés par les oueds en crues et les quartiers de la ville se sont retrouvés inondés. Le bilan enregistré dans ce sinistre a fait état de 35 décès et des centaines de personnes se sont retrouvées sans abri.

Bien que rares, de tels événements soudains sont possibles. L’exemple de l’oued Sakia El Hamra, qui n’avait pas atteint l’océan depuis des décennies, en témoigne. Les fortes précipitations d’octobre 2016 ont provoqué une crue exceptionnelle, atteignant un débit de pointe de plus de 3.000 m³/s. En seulement 18 heures, le volume d’eau stocké dans le barrage de Sakia El Hamra est passé de 7 à 203 Mm³, causant son effondrement.

Contrairement aux crues rapides, ce type d’événements se développe lentement sur plusieurs jours. Les volumes d’eau mis en jeu sont bien plus importants (plusieurs centaines de millions de mètres cubes), entraînant des élévations de niveau significatives dans le cours d’eau. Ces crues sont associées à un charriage important de tout ce que l’Oued trouve sur son chemin.

Il était une fois, Sefrou en 1950

Le 25 septembre 1950, l’Oued Aggay, qui scinde cette ville en deux, a été alimenté par de fortes pluies. En quelques heures, cette ville a reçu près de 70 mm de pluies alors que la moyenne mensuelle à cette époque était de 16 mm.

Les crues ont tout ravagé sur le passage de l’Oued et des quartiers de l’ancienne médina ont carrément été rasés: en plus de la prestigieuse piscine municipale, des pans entier du Mellah (quartier juif), Chebbak, Bestna, Rahbat Laâouad, Kasba, Beni Medrek…

Ayant tout perdu, les populations sinistrées ont dû trouver refuge chez des membres de leurs familles à Sefrou même, voire à Fès ou Meknès.

Ces crues avaient suscité un vif émoi chez les Marocains à cette époque où il n’y avait pas de réseaux sociaux et où la presse (gérée en grande partie par les colons français) était le seul moyen de s’informer.

Le défunt Roi Mohammed V s’était rendu sur place en solidarité avec les populations de Sefrou et des photos d’archives, assez rares, le montrent pataugeant dans les flaques avec ses babouches.

Une plaque commémorative est toujours visible entre les quartiers Chebbak et Mellah et qui a été placardée au niveau atteint par les eaux à l’époque. Un niveau hallucinant qui pousse le visiteur à se demander comment cette petite ville n’a pas été rayée de la carte.  Bilan officiel: au moins 100 morts.

Visite du défunt Sultan Mohammed V à la ville de Sefrou suite aux inondations d’oued Aggay.

Nouveaux projets à Guelmim et Sidi Ifni : Renforcement des infrastructures et amélioration des services de base

Ces projets visent notamment à renforcer les infrastructures routières et hospitalières, développer le raccordement à l’eau potable et promouvoir la scolarisation en milieu rural.

Ainsi, dans la commune d’El Fask, le wali de la région Guelmim-Oued Noun, Mohamed Najem Abhai, accompagné de la présidente du Conseil de la région, Mbarka Bouaida, a donné le coup d’envoi à deux projets de renforcement des infrastructures routières, qui s’inscrivent dans le cadre du programme de réduction des disparités spatiales et sociales dans le monde rural.

Le premier projet nécessite un investissement de 30 millions de DH, dont une contribution de 20 MDH du Conseil régional et de 10 MDH du ministère de l’Equipement et de l’eau, alors que le second projet représente un investissement de 45 MDH, dont 6 MDH apportés par le Conseil régional, 30 MDH par le ministère de l’Equipement et de l’eau et 9 MDH par le Fonds de développement rural.

Ces projets visent notamment à améliorer les conditions de transport et d’accès des citoyens aux services de base et à renforcer la sécurité routière.

Dans la commune de Taghjijt, la délégation a lancé les travaux d’approvisionnement en eau potable des centres de la région, dans le cadre du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, ainsi que les chantiers d’aménagement des zones oasiennes et de lutte contre les risques d’incendies récurrents dans quatre oasis de la commune, pour un budget de 25,4 MDH.

Les travaux de construction d’un internat au lycée Timoulay ont été aussi lancés pour un coût estimé à 4,5 MDH.

Dans le domaine du renforcement des infrastructures hydriques, la délégation a donné le coup d’envoi au projet d’aménagement du barrage Sidi Mahjoub dans la commune d’Ifrane Atlas Sghir pour un coût total estimé à 6 MDH.

Dans la province de Sidi Ifni, M. Abhai, accompagné du gouverneur de la province, Hassan Sidki et de Mme Bouaida, a présidé le lancement des travaux de construction de l’hôpital de proximité dans la commune de Lakhsas, pour un budget de 61,6 MDH.

Le projet vise à améliorer l’accès de la population aux soins de santé, à renforcer les infrastructures hospitalières et à accroître la qualité des services de santé.

À Guelmim, sur la voie royale des oasis

À 200 km au sud d’Agadir, se dresse en plein cœur d’un vaste espace semi-désertique: Guelmim, dernier grand carrefour avant l’immensité saharienne. « Porte du Sahara » donc, appelée aussi la « Perle du désert », la ville et toute la région abritent un écrin d’oasis parmi les plus belles du Maroc.

En partant de Guelmim, quelle que soit la direction empruntée, la route finit toujours par aboutir, du moins transiter par une oasis, enfouie au fond d’une vallée, ou nichée derrière un canyon ou sur le lit d’une rivière, parfois surgissant tout simplement en plein milieu d’une plaine désertique à la faveur d’une source d’eau. Un archipel d’oasis parsemé dans toute la région qui, malgré les aléas du temps, du climat, de la géographie ou juste de l’action humaine, a su préserver cette impressionnante capacité d’inclusion des lieux et de leurs habitants dans leurs paysages naturels.

 

À Guelmim, on est tout d’abord interpellé par les palettes des couleurs qui varient à longueur de journée, toute l’année, selon les saisons

Patrick Simon, premier vice-président du Conseil régional du tourisme de la Région Guelmim-Oued Noun-CP Médias24

 

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L’archipel aux mille oasis

À une quinzaine de kilomètres au nord-est de Guelmim, l’oasis d’Abaynou est le premier arrêt prisé par les voyageurs de passage dans la région. Dans cette palmeraie longtemps structurée autour de ses palmiers et ses oliviers, au milieu de constructions en pisé, on a découvert il y a quelques années seulement des sources thermales, dont les premières ont surgi en 2002. La découverte de ces thermes a été une bénédiction pour ce petit paradis oasien qui depuis a vu émerger tout un écosystème éco-touristique (piscines thermales, hôtels, camping, etc.) favorable au développement de l’oasis, de Guelmim et toute la région. Un projet de valorisation de la station thermale est en cours pour assurer la durabilité du site et sa résilience face aux effets du changement climatique et renforcer l’économie solidaire née de l’exploitation de ces sources thermales.

L’Oasis de Tighmert à Guelmim-CP Médias24

 

Dans le versant sud de la ville, à une dizaine de kilomètres de Guelmim, se trouvent certainement les plus belles oasis de la région. À Asrir d’abord, petit village à 10 km de Guelmim, qui abrite une première série d’oasis formées autour de ksours, qui s’étendent en véritable chapelet oasien sur plusieurs kilomètres jusqu’à Tighmert, le long du mythique fleuve « Nun ». Asrir est plus qu’une oasis : elle aurait abrité la fameuse cité de « Nûl Lamta », une des plus importantes cités caravanières médiévales, dont la fondation selon une tradition locale remonte au 8e siècle. La cité aurait ensuite connu son âge d’or sous le règne Almoravide entre le 11e et 12e siècle, d’abord comme carrefour commercial à la porte du Sahara sur la route des caravanes, mais aussi comme site référent dans la fabrication de boucliers.  La singularité de ce patrimoine culturel et historique a même poussé le Maroc à le proposer pour inscription, en 2016, dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le chapelet d’oasis sur plusieurs kilomètres entre Asrir et Tighmert est un lieu incontournable qui offre l’occasion de s’immerger dans la magie humaine de la région 

Dans l’oasis de Tighmert à Guelmim-CP Médias24

 

«Magie humaine»

La richesse archéologique de tout ce chapelet oasien à partir d’Asrir se mêle à la diversité de l’écosystème naturel de Tighmert avec ses palmiers, ses jardins, ses bâtis en pisé, ses ksours et kasbahs, pour dessiner ainsi un grand espace oasien  au sud de Guelmim, très singulier de par sa beauté naturelle mais aussi toute l’Histoire des lieux et de la région qui se dégage du paysage, de l’architecture et de la culture qui y règnent. Terre de nomades, les fameux ‘‘hommes en bleu’’, le chapelet d’oasis sur plusieurs kilomètres entre Asrir et Tighmert est un lieu incontournable qui offre l’occasion de s’immerger dans cette « magie humaine », comme la décrit Patrick Simon, premier vice-président du Conseil régional du tourisme de la Région Guelmim-Oued Noun. Et ce grâce à « des populations parfaitement intégrées et pénétrées de leurs cultures ayant su façonner pendant des siècles ces écosystèmes développés dans l’esprit des lieux, c’est-à-dire en tant qu’enfants issus de ces paysages », souligne-t-il. Pour pérenniser ce legs naturel et culturel, la kasbah caravansérail du village a été reconvertie en musée valorisant l’héritage des nomades sahraouis.

La Kasbah du musée caravansérail dans l’oasis de Tighmert à Guelmim-CP Médias24

 

En pénétrant plus profondément dans les plaines désertiques à l’est de Guelmim, l’oasis de Fask offre une première halte bienvenue dans cette atmosphère chaude caractéristique de la région. Au milieu des dunes, enfouie au cœur d’une gorge, l’oasis de Fask donne lieu, au printemps (les années où la pluviométrie est abondante) à un paysage majestueux : une chaude et limpide eau qui se faufile au milieu de la roche pour se jeter au fond d’un canyon, formant ainsi une cascade rafraîchissante au beau milieu du désert.

Blini Lhabib, fondateur du musée Kasbah Caranvanserail à Guelmim-CP Médias24

 

Terre de jonction entre les influences amazigh au nord et sahraouis au sud, Fask, son oasis et ses cascades font partie de cette « abondance d’oasis et de palmeraies qui forment les paysages paradisiaques de la région de Guelmim, à l’instar de Tglit, Zraiouila, Timoulay, Ifrane dans l’Anti-Atlas, Taghjijt, Aday et Amtoudi », décrit le 1er vice-président du CRT de Guelmim. Pour Patrick Simon, la beauté des lieux est indissociable de l’histoire de l’Homme dont il l’a bénéficiée,  exploitée, entretenue voire embellie au fil des siècles. « L’oasis d’Amtoudi, appelée aussi Id-Aïssa, est un lieu d’une grande beauté. Il est connu aussi pour ses greniers perchés sur de véritables pics rocheux. L’oasis de Taghrirt, territoire de la tribu des Aït Brahim, est, pour moi, une des plus belles oasis de Guelmim », nous confie-t-il.

 

Agadir n’Uguelluy dans la vallée d’Amtoudi. © Département de la Culture

 

Grenier collectif à Guelmim

 

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Entre contraste et harmonie

Dans ce voyage oasien aux portes du Sahara, Patrick Simon nous enjoint de pousser d’abord vers la province d’Assa, sur fond d’Anti-Atlas, où surgissent au fond d’une vallée, une oasis, son ksar, sa zaouia et ses palmiers. Ce qui surprend le visiteur à l’approche d’Assa dans la vallée de Draâ, c’est le contraste des couleurs : un grand espace verdoyant niché entre dunes de sable, roches montagneuses et plaines désertiques. Une fois à l’intérieur, on découvre toute la richesse patrimoniale des lieux, notamment le Ksar Assa, haut lieu de la culture sahraouie, situé sur une colline qui surplombe l’oasis. Tout autour, une immense palmeraie qui, avec le vivier palmier de la province de Tata, constitue près de 20 % du patrimoine palmier-dattier du Maroc.

Vous pouvez vivre à Guelmim cette culture de l’immatériel qui valorise ces lieux issus d’une géologie qui aura été définie depuis plus d’un siècle comme le paradis des géologues et des photographes

Oasis à Guelmim-CP Médias24

 

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Encore plus à l’est donc, dans la province de Tata, se trouvent trois grandes oasis : Akka, Foum Zguig et Tata donc. Akka, à 60 km de Tata, est une oasis où les palmiers-dattiers, nombreux, laissent parfois de la place à des champs de blé ou à quelques cultures vivrières. Point d’étape des anciennes caravanes transsahariennes, Akka, en plus d’être une oasis, est tout simplement un musée à ciel ouvert : On s’y balade au milieu des vestiges de l’ancienne Kasbah de Sidi Abdellah BenMbark où se dresse au centre ce qui reste d’une mosquée et de son minaret datant du 12e siècle, une belle construction dont l’architecture rappelle pour beaucoup la Tour Hassan à Rabat. Autour de l’oasis, à 5 km au nord, surgit sur une formation rocheuse : le ksar Agadir n’Owzrou, une petite citadelle ceinte d’une muraille et abritant une ribambelle de maisons traditionnelles. Les plus aventureux pourront s’éloigner davantage de la petite localité d’Akka à la recherche des trésors cachés de la province, comme la cité ensevelie dans le sable de Tamdoult, fondée au 9e siècle, ou les différentes sites de gravures rupestres. Plus loin, on débouche enfin sur Tata, une ville ceinte de toute part par des oasis. Lhena, Tighremt, Agoujgal, Indfiane, Taourirt, Akka Iznkade, Addis… ces oasis de montagne et de vallée ont su préserver leur beauté authentique et l’histoire des lieux, comme en témoignent les khettaras encore à l’œuvre pour l’irrigation et la distribution de l’eau.

L’héritage en partage-CP Médias24

 

L’alliance du minéral et de l’organique

À l’évocation du paysage oasien de Guelmim, Patrick Simon, investi sur le terrain dans la valorisation de ce vaste territoire depuis 2001 déjà, et qui en est un fin connaisseur de la région, ne tarit pas de descriptions éloquentes. « Dans ces différents lieux marqués par des paysages très minéraux, on est tout d’abord interpellé par les palettes des couleurs qui varient à longueur de journée, toute l’année, selon les saisons. Dans ces immensités exceptionnelles partagées entre désert, montagne et mer, vous pouvez vivre cette culture de l’immatériel qui valorise ces lieux issus d’une géologie qui aura été définie depuis plus d’un siècle comme ‘le paradis des géologues et des photographes’ », commence par décrire poétiquement notre interlocuteur. De ces paysages à la géographie singulière, poursuit-il, « se dégage un esprit de ces lieux avec une expression du vivant, un vivant qui a été capable de dominer ces terres arides et semi-arides et qui, de la mer et tout en longeant la chaîne du Jbel Bani, y a créé cette ‘‘voie royale des oasis’’ ».

Dans la cour d’une habitation oasienne à Guelmim-CP Médias24

 

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Portée par le commerce florissant des caravanes vers les régions subsahariennes, Guelmim a longtemps été au carrefour d’un réseau d’échange économique dense, une dynamique qui a créé au fil des siècles une mixité des cultures et favorisé ainsi le brassage des coutumes dans ce territoire. « Cette voie royale des oasis est une voie imprégnée d’architectures et de cultures, un patrimoine matériel et immatériel donc qui, historiquement, aura été marqué aussi bien par des voies préhistoriques amenées par les Tumulus issus du Sub-Sahara, de l’Afrique de l’Est, que par les périodes d’inclusion judéo-amazigh, sans oublier les voies économiques qui, avec les invasions arabes, aboutiront au développement d’une économie oasienne durable », narre le premier vice-président du CRT de la région.

Tumulus à stèles sur la diagonale, dans la province d’Aousserd

 

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L’inaliénable esprit des lieux

Patrick Simon nous rappelle ainsi que le croisement de ces différentes influences ont finalement façonné et enrichi ce paysage d’exception, laissant émerger au fil des siècles « un esprit des lieux caractérisé par des architectures particulières, comme les greniers collectifs (agadirs), les mosquées qui ont été adaptées dans la région à la notion de climatologie pour tenir compte de la gestion de l’eau, la gestion des palmeraies avec leur horloges à eau, les Khettaras en tant que longues galeries souterraines capables d’aller chercher de l’eau en haute montagne dans les vallées voisines. Des Khettaras qui étaient capables de maintenir l’eau pour régénérer les nappes phréatiques et créer de la vie et de la richesse en ces lieux très difficiles que seul l’humain issu et en phase avec ces lieux à su dompter pendant plus d’un millénaire. »

Système d’irrigation d’eau appelé Khettaras à Guelmim

 

Grenier collectif Aoujgal – Source : Direction du Patrimoine Culturel

 

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Plus que le brassage des cultures et l’inclusion totale des populations dans leur milieu naturel, entre plaines désertiques, formations rocheuses, gorges et vallées, la résilience de ce vaste environnement oasien de la région de Guelmim-Oued Noun est, pour Patrick Simon, l’atout premier à préserver. Attaché à cette « culture vernaculaire » qui anime cet environnement oasien, « en définissant cette convivialité qui prend ses racines dans ces lieux et fonde encore les bases de résilience de cette authenticité marocaine qui interpelle », le 1er vice-président du CRT de Guelmim estime qu’il faut « chercher des formes de développement respectant les équilibres humains, c’est-à-dire capables de retrouver les fondements d’une ruralité basée sur l’humain, sur la nature, des fondements issus et composés en symbiose avec la géographie et une gestion de l’eau adaptée au lieu ».

 

Signée par le binôme d’architectes Omar Tijani et Skandar Amine, l’aérogare de Guelmim est un bijou architectural dont les façades sont un précieux hommage aux couleurs terracotta des terres Sahariennes

 

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Guelmim-Oued Noun : 646 MDH pour le développement éducatif et sportif

Cet accord rime de manière déterminée avec les objectifs de la feuille de route 2022-2026 du ministère de l’Education nationale, du préscolaire et des sports, visant à construire une école publique de qualité à l’échelle nationale.

Parmi les objectifs phares de ce partenariat, figure en tête la promotion de la qualité de l’enseignement dans la région. Il s’agit d’une initiative qui prend forme avec la construction de 9 nouveaux établissements éducatifs, la création de 3 internats pour un environnement d’apprentissage enrichi et l’extension de 52 salles de classe, conjuguée à la rénovation de 40 salles de classe anciennes.

Ces projets ambitieux devront contribuer significativement au renforcement de la capacité de la région dans le domaine éducatif, offrant aux étudiants un environnement propice à l’épanouissement académique.

Les investissements substantiels prévus couvriront également l’équipement et la rénovation de 296 établissements éducatifs, tous niveaux confondus, ainsi que la réhabilitation intégrée de 293 établissements éducatifs dans la région, dont certains établissements qui seront dédiés aux lycées d’excellence.

De surcroît, l’accord prévoit la création et la rénovation de 80 bibliothèques scolaires, répondant ainsi aux besoins en matière de connaissances parmi les jeunes. Ce projet comprend également la construction de 45 résidences administratives, permettant une gestion efficiente et fluide des établissements éducatifs.

Par ailleurs, le projet comporte l’installation des réseaux d’eau, d’électricité, d’assainissement et des systèmes de surveillance par caméras, l’objectif étant de garantir un environnement sûr et fonctionnel dans les établissements éducatifs.

Pour accompagner les évolutions du monde du savoir de plus en plus vaste, l’accord prévoit l’équipement des établissements éducatifs avec des technologies numériques de pointe. Cette démarche inclut également l’équipement de 7 établissements d’enseignement technique et littéraire, dans le but de permettre aux étudiants de s’outiller tôt pour réussir et relever les défis du XXIe siècle.

La promotion des sports scolaires occupe une place centrale dans cet accord, avec l’équipement de 100 établissements éducatifs en matériel sportif, la création de 40 terrains de sport, la réhabilitation de 40 autres déjà existants et l’acquisition de 10 véhicules de transport pour faciliter la participation aux manifestations sportives régionales.

L’importance de l’accord réside dans l’implication financière significative de la région avec environ 194 millions de dirhams, soit 30% du montant global du partenariat.

Un prêt de 130 MDH de la BERD pour l’approvisionnement en eau dans la région de Guelmim-Oued Noun

Ce prêt marque le coup d’envoi de la participation de la région au Programme pour des villes vertes de la BERD et accélère le programme environnemental du Maroc en contribuant à la transformation de l’une de ses régions les plus importantes, indique un communiqué de la Banque européenne. Il s’agit du « premier prêt municipal accordé par la Banque à une région du Maroc ».

La BERD cofinancera des investissements visant à améliorer l’accès à l’eau potable pour les ménages des zones rurales de la province de Guelmim en réhabilitant et en étendant les réseaux d’eau potable, réduisant ainsi les pertes d’eau dans le réseau d’approvisionnement.

Modernisation de 4 stations d’épuration des eaux usées et de systèmes de recyclage

Les fonds de la Banque sont complétés par une subvention à des fins d’investissement d’un montant de 1 million de dollars américains (10,1 MDH) accordée par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) au titre du Programme de transfert de technologies environnementales (Envitecc).

La subvention du FEM, associée aux fonds de la BERD, cofinancera la modernisation de quatre stations d’épuration des eaux usées et de systèmes de recyclage dans les villes de Guelmim, Lakhssas, Tan Tan et Mirleft. Ces améliorations permettront d’économiser d’importantes quantités d’eau : environ 10 millions de m³ d’eaux usées traitées seront réutilisées chaque année pour l’arrosage des espaces verts et des ceintures vertes de la région, note le communiqué de la BERD.

Le prêt de la BERD sera assorti d’une garantie de l’Union européenne (UE) par le biais de son programme de garantie du Fonds européen pour le développement durable (FEDD). Un volet de coopération technique, financé par l’UE, aidera la région à identifier des solutions appropriées en matière d’exploitation et de maintenance pour les services d’approvisionnement en eau en milieu rural, ainsi qu’un modèle de gestion adéquat pour l’utilisation de l’eau recyclée afin de garantir la durabilité des investissements.

« Je suis vraiment ravie d’accueillir Guelmim-Oued Noun dans le Programme pour des villes vertes de la BERD et de signer ce projet historique pour le Maroc. Ce projet englobe tous les aspects de notre programme urbain phare, en mettant l’accent sur l’amélioration de la vie des habitants en leur garantissant l’accès à l’eau potable et sur la durabilité grâce à des solutions pionnières de recyclage de l’eau destinées aux espaces verts », a déclaré Nandita Parshad, directrice générale de la BERD pour les infrastructures durables, citée dans le communiqué.

Mathieu Bousquet, directeur par intérim chargé du soutien thématique et de la coordination des instruments stratégiques et financiers à la Commission européenne, a déclaré : « Ce projet est un nouvel exemple de notre coopération fructueuse avec la BERD et le Fonds pour l’environnement mondial en vue d’accélérer la transition vers des économies vertes et à faibles émissions de carbone dans les pays voisins de l’UE tels que le Maroc. Nous sommes heureux de constater que la garantie du Fonds européen pour le développement durable réduit le risque perçu d’investir dans des services d’approvisionnement en eau potable dans la région de Guelmin-Oued Noun par le biais d’un prêt de la BERD. »

Pour sa part, Mbarka Bouaida, présidente de la région de Guelmim-Oued Noun, a déclaré : « Nous sommes extrêmement satisfaits de ce partenariat avec la BERD. Guelmim-Oued Noun sera la première région du Maroc à bénéficier d’un prêt en monnaie locale de la part d’une institution financière internationale. L’adhésion au Programme pour des villes vertes de la BERD est également une étape cruciale pour faire avancer l’engagement de la région vers un avenir durable et résilient face au changement climatique, conformément aux ambitions de notre plan de développement régional, et pour nous orienter vers la neutralité carbone d’ici à 2035. »

Un Plan d’action pour une ville verte (PAVV) sera également élaboré avec le soutien du FEM afin d’aider la ville à identifier et à hiérarchiser ses défis environnementaux les plus urgents, et de soutenir la conception et la mise en œuvre d’un plan décrivant les investissements et les mesures stratégiques à prendre. Le PAVV couvrira également les aspects liés au numérique, à l’inclusion et à la dimension de genre. Il comprendra des recommandations visant à promouvoir le développement du capital humain et l’égalité entre les hommes et les femmes.

DARED, un projet de sauvetage de l’arganier qui porte ses fruits

En 2022, le prix d’un litre d’huile d’argan coûtait jusqu’à 400 DH. La raison ? Une arganeraie qui produit moins de fruits qu’auparavant, conséquence de la surexploitation et des épisodes de sécheresse consécutifs. D’une superficie de 830.000 hectares, l’arganeraie, reconnue comme réserve de biosphère, est le dernier rempart contre la désertification.

Plus de 800 coopératives de collecte et de valorisation des fruits d’argan, comptant 10.000 adhérentes, exploitent ces fruits jaunes parfois veinés de rouge, de forme ovale, ronds ou en fuseau. Or, dès le milieu du XXe siècle, les forêts d’arganiers ont subi une régression estimée à 600 hectares par an.

« Selon nos observations, l’arganier ne pousse plus naturellement. La surexploitation a eu un impact négatif sur la régénération naturelle de la forêt et son rajeunissement », explique à Médias24 Abderrahmane Ait Lhaj, chef du département d’appui à la recherche à l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA). 

Pour y remédier, le Maroc a été à l’initiative du Projet de développement de l’arganiculture en environnement dégradé (DARED). Un projet novateur, supervisé par l’Agence pour le développement agricole (ADA) et mis en exécution par l’ANDZOA.

Le projet DARED a nécessité une enveloppe budgétaire de 520 MDH (50 millions de dollars), financé à 80% par le Fonds vert pour le climat – un mécanisme financier de l’Organisation des Nations unies qui soutient les projets d’adaptation et d’atténuation aux effets du changement climatique – et à hauteur de 20% par le ministère de l’Agriculture. Il prône la domestication d’une espèce d’origine forestière afin de soulager l’arganeraie des activités anthropiques et climatiques de plus en plus intenses.  

« L’arganiculture est en effet un moyen de réduire la pression sur les forêts naturelles de l’arganier« , assure Abderrahmane Ait Lhaj. L’avènement de la nouvelle filière arboricole de l’arganier est l’un des principaux objectifs du projet DARED, dont la durée de réalisation (2017-2023) a été prolongée de deux ans.

Réhabiliter des terres agricoles abandonnées 

Impliquant trois zones (Souss-Massa, Guelmim et Essaouira), toutes liées à la réserve de la biosphère de l’arganeraie, le projet DARED reflète la volonté du Royaume de préserver et de développer une ressource naturelle aussi précieuse que fragile. Un processus entamé dès le lancement du Plan Maroc Vert (PMV) en 2008.

A l’époque, le ministère de l’Agriculture avait mis en place « un contrat programme arganier », en vue de planter 5.000 ha d’arganiculture. Le décret qui accorde aux vergers de l’arganier un mécanisme de subventions à l’instar des autres espèces fruitières, a également donné un coup d’accélérateur à l’apprivoisement de cette essence forestière. 

En 2016, le projet DARED a été soumis par le Maroc au Fonds vert pour le climat. Autrement dit, « des projets dans des zones où l’impact du changement climatique est visible, notamment les régions sud du pays, où la sécheresse est aussi récurrente que l’érosion. Une situation qui a conduit plusieurs agriculteurs à abandonner des terres agricoles où l’on produisait principalement de l’orge, à cause d’un manque de rentabilité », souligne Abderrahmane Ait Lhaj. 

« Il fallait réhabiliter ces terres grâce à une culture assurant aux agriculteurs une rentabilité économique dans des conditions difficiles, à l’image de l’arganier qui est résilient. Sans oublier le CO2 séquestré par chaque arbre planté, qui atténue également l’érosion », poursuit-il.

Convaincu du bien-fondé de la démarche, le Fonds vert pour le climat a appuyé le projet DARED, qui s’articule autour de trois composantes : 

– la réalisation de l’arganiculture sur 10.000 ha ;

– l’appui aux initiatives de préservation de l’écosystème arganier ;

– le renforcement des capacités de la recherche scientifique.

9.000 ha d’arganiculture

En attendant les 30.000 ha espérés à l’horizon 2030 par la stratégie Génération Green 2020-2030, six ans après le lancement du projet DARED, 9.000 ha d’arganier ont été plantés (200 pieds par hectare). « Les 1.000 ha restants sont en cours de plantation », annonce le chef du département d’appui à la recherche à l’ANDZOA. 

« Les plants utilisés dans l’arganiculture sont différents des plants forestiers », reprend-il. « Ils sont d’un âge avancé (12 mois jusqu’à 24 mois) pour une rapide entrée en production. » Autre particularité de la conduite technique de l’arganiculture, les trous des plantations ont des caractéristiques spécifiques, à savoir 50×50 cm. « Il est également nécessaire d’apporter du compost et d’irriguer pendant six mois pour protéger les plants. »

Néanmoins, l’arganier n’entre en production qu’à partir de la 5e ou 6e année, dans des conditions climatiques normales. D’où la nécessité d’offrir aux agriculteurs des alternatives pour générer des revenus intermédiaires, en s’appuyant sur les plantes aromatiques et médicinales (PAM). 

« Sur les 10.000 ha, 2.000 sont composés d’arganier et de PAM (le thym, le romarin, le câprier) grâce à un nouveau système de culture en intercalaire. Par exemple, le thym génère environ 300 kilos par hectare en moyenne, dont 60 kilos séchés, pour un prix estimé entre 30 et 40 DH/kg », affirme Abderrahmane Ait Lhaj. 

Malgré sa capacité à survivre et à produire des fruits dans un environnement sec, l’arganier a tout de même besoin d’être irrigué à raison de 1.500 m³ par hectare, en particulier les premières années, en vue d’atteindre un rendement de 20 à 25 kg par arbre

Ces ressources en eau sont issues des nappes phréatiques, à rebours des bonnes pratiques écologiques. « Raison pour laquelle nous avons installé des réservoirs de collecte d’eau pluviale (250 tonnes en moyenne) dans différentes communes », affirme M. Ait Lhaj. Ces structures permettent « à moyen et long terme le cumul des eaux pluviales collectées, qui peut compenser les prélèvements effectués à partir des eaux souterraines« , estime-t-il. 

Un revenu de 6.000 à 15.000 DH par hectare 

Les atouts économiques de l’arganiculture ont eu un écho favorable. A partir de la 5e ou de la 6e année, le rendement dans le cadre de l’arganiculture est de 2 tonnes de fruits par hectare. Sachant qu’un kilo de fruits d’arganier est valorisé à 3 DH/kg, cela équivaut à 6.000 DH/ha.

« Au bout de dix ans, un arganier peut atteindre un rendement de 5 tonnes/hectare et assuré un revenu de 15.000 DH/hectare« , complète Abderrahmane Ait Lhaj. Une manne financière « plus importante que celle de la culture de l’orge, qui dépasse rarement les 500 ou 600 DH par hectare », précise-t-il. 

Au-delà des considérations financières, les populations qui exploitent l’arganeraie ont également des obligations dans le cadre du projet DARED, en s’engageant à gérer durablement la forêt. « Plusieurs conventions ont été signées avec des organisations et associations qui représentent les ayants droit, afin de les former aux techniques de conduite de l’arganiculture, à l’adaptation aux changements climatiques et à la gestion durable de la forêt », détaille Abderrahmane Ait Lhaj. 

La formation, la sensibilisation et l’accompagnement de 10.000 femmes parmi celles qui collectent les fruits de l’arganier, est pareillement un maillon clé du projet DARED. « Elles ont entamé un processus d’organisation de l’amont de la filière, pour valoriser le fruit et améliorer la gestion de la forêt« , indique-t-il. 

Renforcement et promotion de la recherche scientifique 

Technique culturale, irrigation, séquestration de CO2 par les arganiers… Autant de zones d’ombres de l’arganiculture éclairées par la recherche scientifique. « Pour mettre en œuvre l’arganiculture, l’itinéraire technique devait être maîtrisé à 100% », révèle le chef du département d’appui à la recherche à l’ANDZOA. 

« Nous avons donc finalisé l’itinéraire technique de l’arganiculture, en partenariat avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui travaille toujours sur la fertilisation et l’amélioration de la production des plant chez les pépiniéristes, mais aussi la gestion de l’irrigation », ajoute notre interlocuteur.

Sur ce dernier point, les résultats préliminaires des recherches menées par l’INRA ont démontré la possibilité de faire des économies substantielles en termes d’irrigation, en divisant par deux les apports en eau. « L’autre volet important pour lequel on manquait de données scientifiquement valides, c’est la quantité de CO2 captée par l’arganier », confie M. Ait Al Haj. 

C’est désormais chose faite, puisque les recherches ont prouvé que « les 40.000 ha d’arganiculture envisagés à l’horizon 2030 seront en capacité de séquestrer environ 600.000 tonnes équivalent CO2. A ce titre, l’INRA procède à un suivi minutieux de l’état de la biodiversité dans les forêts jouxtant les zones arganicoles », conclut-il.  

Interdiction temporaire de plantation de pastèques à Guelmim

La plantation de pastèques jaunes comme rouges est temporairement interdite au niveau de la province de Guelmim, a annoncé un arrêté préfectoral daté du 20 janvier, authentifié par nos soins auprès de l’Office national du conseil agricole (ONCA).

La décision, entrée en vigueur depuis cette même date, fait suite à la pénurie de ressources en eau que connaît actuellement la province, résultante de la succession des années de sécheresse et des faibles pluies, souligne le document.

L’exécution de cette décision incombe aux autorités locales, à la Chambre agricole de la région de Guelmim-Oued Noun, à la Gendarmerie royale de Guelmim, à l’Agence du bassin hydraulique (ABH) Drâa Oued Noun, à la direction provinciale de l’Agriculture à Guelmim, ainsi qu’à la direction régionale du Conseil agricole à Guelmim et à la direction régionale de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) à Laayoune.

 

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