Séisme d’Al Haouz. Le profil des zones touchées (data)
30.000 à 32.000 habitations détruites, c’est la première estimation des dégâts provoqués par le séisme d’Al Haouz, annoncée lors de la réunion interministérielle pour la reconstruction des zones touchées, organisée à la primature ce lundi 11 septembre. Ce mercredi 13 septembre, on avait déjà recensé 6.000 habitations détruites et 20.000 endommagées partiellement. Et le décompte n’était pas fini.
À cela doivent s’ajouter plus de 500 bâtiments éducatifs (écoles, collèges, lycées, internats), ainsi que plusieurs dispensaires et centres de soins, routes, pistes rurales, bâtiments historiques, etc. Un bilan matériel qui tendra sûrement à être revu à la hausse au fur et à mesure que les sauveteurs et les services de l’Etat parviendront aux dernières zones encore enclavées, en plus des conséquences possibles des répliques secondaires.
Une région éclatée
Les pertes s’étalent sur plusieurs provinces. Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est que la zone proche de l’épicentre du séisme s’étale sur trois régions : Marrakech-Safi, avec essentiellement les provinces Al Haouz, Chichaoua et la préfecture de Marrakech ; Souss-Massa, avec la province de Taroudant au sud de l’épicentre ; Draa-Tafilalet, à l’est, avec essentiellement la province de Ouarzazate. Selon plusieurs estimations, les zones touchées sont aussi grandes que la Belgique, de surcroît en pleine zone de montagneuse. Si l’on ne décompte que les provinces de Taroudant, Chichaoua et le Haouz, la superficie est déjà supérieure à 40.000 km2.
Les deux provinces, Taroudant et Ouarzazate, sont très étendues géographiquement et comprennent plusieurs chefs-lieux ainsi que de nombreux douars dispersés sur les flancs de montagne.
Selon le découpage administratif, la commune d’Ighil, épicentre du séisme, est frontalière avec les communes d’Azgour, Aghbar, Anougal, Dar Jamaa, Imgdal et Talat N’Yaaqoub (province d’Al Haouz) et les communes d’Imindounit, Assif El Mal et Adassil (province de Chichaoua). Ces dix communes ceinturent l’épicentre entre 5 km et 20 km à la ronde.
Selon les statistiques du dernier recensement du HCP, en 2014, ces communes comptaient une population municipale globale de près de 67.000 habitants. Chaque commune, au-delà du chef-lieu, est composée de plusieurs localités ou douars, dispersés dans la montagne. Sur cette seule aire géographique à plus ou moins 20 km à la ronde autour de l’épicentre, nous avons pu estimer, en recoupant plusieurs ressources, qu’elle concerne plus de 350 douars ou sous-douars.
Ils sont eux-mêmes étalés géographiquement et ne comportent parfois pas de centres. Souvent, les centres sont les lieux du marché hebdomadaire, une plateforme au milieu des montagnes qui s’anime uniquement le jour du souk. En général, les autorités adoptent le terme de kanoun, ou foyer, pour recenser les populations. Chaque foyer peut abriter une ou plusieurs familles. Chaque douar ou sous-douar peut ainsi être constitué d’une ou plusieurs dizaines de foyers, résidant en flanc de montagne.
Des habitats essentiellement en terre
Les conditions d’habitat sont aussi particulières autour de l’épicentre. La majorité des habitats sont de type rural, c’est-à-dire essentiellement en pisé. Selon les statistiques du HCP (RGPH 2014), si l’on prend par exemple Talat N’Yaaqoub, sur les 1.680 ménages de la commune, 76,4% des logements sont de type rural. Plus de 60% des logements ont plus de vingt ans et 24% ont plus de cinquante ans. Egalement, 92,7% sont raccordés à l’électricité et 80% à l’eau courante, mais seuls 2,6% sont raccordés à un réseau d’évacuation des eaux usées.
Il en va de même pour les 997 ménages d’Ighil, où 96% des logements sont ruraux. Près de 64% des logements ont plus de vingt ans et 28,6% ont plus de cinquante ans. 93% sont raccordés à l’eau et à l’électricité, mais seuls 1,4% des logements sont équipés d’un réseau public d’égouts.
Ci-dessous, feuilletez notre dashboard relatif aux zones touchées par le séisme
Dans les communes de Anougal et Dar Jamaa, dans les cercles d’Amizmiz, plus de 50% des logements avaient plus de cinquante ans, et 85% et 90% respectivement étaient de type rural.
Dans la province de Chichaoua, la commune d’Assif El Mal, adjacente à l’épicentre, compte 1.542 ménages, dont près de 95% sont de l’habitat rural qui, une fois sur deux, a plus de cinquante ans. Il en va de même à Adassil, autre commune adjacente à Ighil. Ses 1.400 ménages habitent à 91% dans des habitats de type rural et 5,5% dans des habitats de type « sommaire ». Enfin, dans la région Marrakech-Safi, seuls 3% des logements sont de type rural.
Un accès compliqué
Par ailleurs, les conditions d’accès sont particulièrement compliquées. Selon les statistiques du HCP de 2014, la distance moyenne à la route goudronnée la plus proche en milieu rural, par commune proche de l’épicentre, se situe entre 0 et 16 km. Cet indicateur, comme son nom l’indique, donne une distance moyenne entre les divers douars et sous-douars de la commune par rapport à la route goudronnée la plus proche.
Ces mesures, qui datent de 2014, ne prennent pas en compte l’effort massif fourni depuis dix ans par le Plan national des routes rurales (PNRR), le soutien du Fonds de développement rural et des zones de montagne (FDRZM), en plus du travail des communes, des provinces et des régions dans le cadre de leurs plans de développement, et des projets de désenclavements exceptionnels réalisés par les associations ou par des acteurs privés, entre autres.
Il n’empêche que, du fait des conditions géographiques, de l’éclatement de l’habitat, de l’escarpement et des niveaux de dénivelés, plusieurs zones ne sont toujours pas raccordées aux pistes ou aux routes rurales, encore moins à des routes goudronnées. Les personnes originaires de ces régions ou les amateurs de tourisme de montagne savent très bien que de nombreux douars ne sont, aujourd’hui encore, accessibles qu’à pied ou à dos de mulet.
Ainsi, selon les documents du recensement, en 2014, dans la province d’Al Haouz, entre les douars de la commune d’Ighil, épicentre de la catastrophe, et la route goudronnée, la distance moyenne était de 9,03 km. Pour la commune d’Imgdal, cette distance était de 11,86 km ; 8,11 km pour Azgour ; 6,14 km pour Aghbar ; 2,06 km pour Talat N’Yaaqoub.
Dans la province de Chichaoua, les chiffres du HCP indiquent que la distance moyenne entre les douars de la commune d’Imindounit et les routes goudronnées était de près de 15 km. Cette distance était de 3,71 km pour la commune d’Adassil et de près d’un kilomètre dans la commune d’Assif El Mal.
Plus de 3 millions de personnes touchées
Quand on élargit la zone aux communes à 50 km à la ronde autour de l’épicentre du séisme, on passe rapidement de 67.000 habitants à 443.000, selon les données du HCP. On passe également de 10 à 52 communes.
Le périmètre s’élargit ainsi à la province de Taroudant avec 19 communes touchées et plus de 137.000 habitants. La préfecture de Marrakech est aussi intégrée à travers la commune d’Agafay et ses 15.500 habitants.
Des communes plus peuplées et plus urbanisées comme Asni, Moulay Brahim et Tameslohte entrent dans ce périmètre dans la province d’Al Haouz. Il en va de même dans la province de Chichaoua, qui passe de 3 à 16 communes et 152.000 habitants.
Si l’on élargit encore plus, sur 100 km à la ronde, toutes les provinces de Chichaoua (36 communes, 370.000 habitants) et d’Al Haouz (45 communes, 572.000 habitants) sont intégrées dans la zone touchée par le séisme. Il s’agit aussi de la quasi-totalité de la province de Taroudant (74 communes sur 89 soit près de 747.000 habitants) et sept communes sur 17 de la province de Ouarzazate (199.000 habitants). À cela il faudra ajouter l’intégralité de la préfecture de Marrakech avec ses 23 communes, soit près de 1.323.000 habitants.
Au total, et selon les statistiques 2014 du HCP, 3,2 millions de personnes habitent dans un périmètre de 100 km autour de l’épicentre du séisme.