Le Roi reçoit trois nouveaux membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire

Il s’agit de Hicham Balaoui, que le Souverain a bien voulu nommer Procureur général du Roi près la Cour de cassation, président du Ministère public, membre du CSPJ, de Hassan Tariq, nommé membre du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire en sa qualité de Médiateur du Royaume, et de Farid El Bacha, nommé par le Roi en tant que membre du CSPJ.

À cette occasion, les nouveaux membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ont prêté serment devant le Souverain.

Cette audience s’est déroulée en présence de Mohamed Abdennabaoui, Président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.

Présidé par le Roi, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire veille à l’application des garanties accordées aux magistrats, notamment quant à leur indépendance, leur nomination, leur avancement, leur mise à la retraite et leur discipline.

À son initiative, il élabore des rapports sur l’état de la justice et du système judiciaire et présente des recommandations appropriées en la matière. Il émet, à la demande du Roi, du gouvernement ou du Parlement, des avis circonstanciés sur toute question se rapportant à la justice, sous réserve du principe de la séparation des pouvoirs.

Conformément à l’article 115 de la Constitution, le CSPJ se compose du premier président de la Cour de cassation en qualité de président délégué, du procureur général du Roi près la Cour de cassation, du président de la première chambre de la Cour de cassation, de quatre représentants élus, parmi eux, par les magistrats des cours d’appel, de six représentants élus, parmi eux, par les magistrats des juridictions du premier degré.

Il s’agit aussi du Médiateur, du président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), ainsi que de cinq personnalités nommées par le Roi, reconnues pour leur compétence, leur impartialité et leur probité et pour leur apport distingué en faveur de l’indépendance de la justice et de la primauté du droit.

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Réformes et continuité : les choix du Roi pour trois institutions clés

Le Roi Mohammed VI a nommé, ce lundi 24 mars, trois nouveaux dirigeants à la tête d’importantes institutions constitutionnelles.

Le Conseil économique, social et environnemental, l’Institut du Médiateur et l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) doivent connaître une « nouvelle dynamique dans leurs missions et renforcer leur interaction avec les différentes institutions nationales, dans le suivi des différentes réformes et grands chantiers que connait le Royaume ».

Des nominations qui ne pouvaient pas attendre

Nommé depuis plusieurs mois pour représenter le Maroc auprès de l’Union européenne, Ahmed Réda Chami devait quitter les fonctions qu’il remplissait toujours à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE) pour se consacrer pleinement à ses nouvelles missions, surtout dans l’actuel contexte international.

Ahmed Réda Chami quitte donc le CESE, mais fallait-il le remplacer sur le champ ? Le Roi a choisi de le faire pour que les travaux de cette institution ne soient pas gelés.

Pour remplacer le président partant, le Roi a fait appel à Abdelkader Amara, plusieurs fois ministre ayant eu la charge de départements stratégiques comme le commerce et l’industrie, l’énergie et les mines ou encore l’équipement. L’ex-ministre et désormais président du CESE sera appelé à travailler indépendamment de ses convictions politiques. D’ailleurs, pourrait-on lui attribuer des accointances avec le PJD dont il a démissionné en 2023, préférant prendre ses distances avec une formation politique dans laquelle il ne se reconnaissait plus ?

Aujourd’hui, on attend du CESE de consacrer la démocratie participative et de prêter une attention particulière au domaine de la protection sociale, aux jeunes, au dialogue social et aux disparités territoriales.

Comme cadeau de bienvenue, Abdelkader Amara va prochainement présider un CESE totalement remanié avec le renouvellement de ses membres (certains des membres actuels ont été nommés en 2011) et une arrivée en force des femmes et des Marocains de la diaspora.

L’INPLCC : mettre l’accent sur la prévention et l’anticipation

Me Mohamed Benalilou succède à Mohamed Bachir Rachdi à la tête de l’INPLCC. Ce dernier a le mérite d’avoir mis l’instance sur les rails. Aujourd’hui, l’instance a besoin de sang neuf pour accompagner ses nouvelles et larges prérogatives.

La lutte contre la corruption nécessite un travail pédagogique de longue haleine, avec une préférence pour une approche proactive avant de recourir aux mécanismes juridiques.

Pour ce qui est de l’approche juridique, Me Benalilou est l’homme indiqué pour une coopération globale avec les différentes instances judiciaires et de manière directe, lui qui a passé de longues années au ministère de la Justice à la tête de divers services et directions.

Son expérience l’habilite aussi à conserver l’indépendance de cette instance. Et n’oublions pas que, de par son expérience à l’Institution du Médiateur, il a acquis de solides connaissances en ce qui concerne les relations entre les citoyens et l’administration. N’oublions pas aussi le rôle que ce haut commis de l’État a joué pour dénouer la crise des grèves des étudiants en médecine.

À l’Institution du Médiateur, c’est Hassan Tariq qui remplace Me Benalilou. Il est attendu du nouveau responsable de chercher à améliorer davantage les relations entre les citoyens et les administrations, et de sonder de nouveaux mécanismes et de nouveaux rôles en matière de médiation. L’académicien et ancien diplomate est aussi appelé à moderniser les mécanismes de travail de l’institution au service de la médiation dans sa large acceptation.

Ce sont donc trois profils divers, venus d’horizons variés, qui ont été choisis pour diriger les trois institutions. À eux de faire leurs preuves à présent.

Hassan Tariq, un cadre de la gauche au poste de Médiateur du Royaume

Dans sa petite localité, Bhalil dans la banlieue de Sefrou, on en parle avec beaucoup de fierté, comme d’un « ould lblad » qui s’est fait une place au soleil, et ce depuis quelques décennies, même si notre homme est à peine âgé de 51 ans.

Au lycée Lahcen Lyoussi où il avait obtenu un baccalauréat en sciences mathématiques en 1991, ce fils d’instituteur était déjà une célébrité. Son sérieux et son engagement très précoce au sein de l’USFP faisaient beaucoup parler de lui.

À même pas 18 ans, alors que le matheux étudiait le droit à Dhar Mehraz (Université Sidi Mohammed Benabdellah de Fès), il assumait la responsabilité du secteur national des étudiants de l’USFP.

Il poursuit son cursus universitaire à Rabat, avant de tenter une expérience d’inspecteur des impôts au ministère des Finances. Pas pour longtemps puisqu’il intègre, début 2003, le cabinet de l’ancien secrétaire d’État à la Jeunesse, Mohamed El Gahs. Il participe alors activement à la mise en route de plusieurs chantiers en faveur des jeunes et des enfants.

Après le cabinet ministériel, il décide de se consacrer à l’enseignement (Faculté de droit de Settat) et à la publication de plusieurs essais sur la politique marocaine, avec une prédilection pour les thématiques liées à la gauche et à l’islamisme.

L’ami (et le frère) de tout le monde

Ancien secrétaire général de la Chabiba, ce mandat n’a pas été de tout repos pour Hassan Tariq. L’USFP se cherchait après l’expérience de l’alternance, tout comme sa jeunesse.

Bien introduit dans les milieux académique et culturel au Maroc et dans le monde arabe, Hassan Tariq finit par enseigner le droit constitutionnel à l’Université de Rabat. À cette époque, mais aussi plus tard, il fréquente les gauchistes comme les islamistes.

Après le Printemps arabe, il fait son entrée au Parlement sous les couleurs de l’USFP (2011-2016). Il prend alors ses distances avec la direction de son parti, menée par Driss Lachgar, pour rejoindre les mécontents réunis autour de feu Ahmed Zaïdi.

Plus tard, il occupe son temps entre les amphithéâtres de l’université, les estrades des colloques et les cérémonies de signature. Sans jamais oublier Bhalil où il se rend régulièrement à la rencontre de sa famille et de ses amis.

Un nouveau tournant intervient dans sa carrière en février 2019, quand il est nommé ambassadeur du Royaume en Tunisie, pays qu’il connaît bien pour s’y être rendu à maintes reprises. Il y renoue avec les cercles gauchistes et islamistes, et recueille les échos d’une société civile qui redécouvre le pouvoir de la parole dans le pays du jasmin.

Mais les imprévus s’enchaînent. Hassan Tariq est appelé à gérer les impacts de la crise du Covid sur les Marocains de Tunisie, une tâche dont il s’acquitte de belle manière, car toujours proche et à l’écoute de ses concitoyens.

En août 2022, les relations entre le Maroc et la Tunisie se dégradent sérieusement après la « visite officielle » du chef du polisario dans ce pays. Hassan Tariq est rappelé à Rabat. À cette date, il est donc le dernier ambassadeur du Maroc en Tunisie.

Avec cette nouvelle nomination, ce sont d’autres lourdes missions qui attendent l’ancien diplomate. Il aura à écouter les doléances des Marocains aux prises avec l’administration en général. Mais gageons qu’il saura réussir ce nouveau passage. À sa manière, et à moindre échelle, il a toujours joué les médiateurs entre ses amis, ses camarades… autour d’un café dans des établissements où il avait, et où il a toujours ses habitudes dans le quartier de l’Agdal.