Anciens abattoirs de Casablanca : les travaux de réhabilitation seront lancés prochainement
Ce marché fraîchement attribué rentre dans le cadre du programme de réhabilitation et de réaménagement des anciens abattoirs de Casablanca à Hay Mohammadi, dont le budget est estimé à 144 millions de DH. Ce programme prévoit les prestations suivantes :
– Réhabilitation et rénovation de l’ensemble des bâtiments ;
– Construction de nouveaux bâtiments ;
– Création d’une place publique ;
– Création d’un parking ;
– Réalisation des aménagements extérieurs de tout le site, y compris reprise de la clôture existante ;
– Démolition des anciens frigos et des espaces extérieurs ;
– Réaménagement du site et injection d’une nouvelle programmation au sein des bâtiments réhabilités.
La durée d’exécution de l’ensemble du projet est de 24 mois.
Le Casablanca improbable de… Karim Rouissi (2/2)
Une visite mémorable de la capitale économique passe nécessairement par une balade dans ses ruelles les plus historiques, un trésor urbanistique dont la charge patrimoniale est gravée dans le marbre, parfois littéralement. Alors, quand on qualifie Casablanca de « laboratoire architectural » du XXe siècle, cela ne vaut pas seulement pour les célèbres immeubles et bâtiments du centre ville, mais bien au-delà, en allant même parfois chercher du côté du périphérique. Ce postulat, Karim Rouissi nous le prouve encore, dans cette suite de sa visite guidée du « hors-piste » de la capitale économique. Une balade, donc, avec notre guide, fin connaisseur des pierres et poutres des immeubles haut perchés de Casablanca, ville qui certes n’a pas son « Jamâa Lefnaa », la place mythique de Marrakech, mais dont l’authentique patrimoine est à chercher plutôt dans un kaléidoscope de lieux et de ruelles. Rappelons, d’ailleurs, que des circuits touristiques pour découvrir ou redécouvrir ce patrimoine architectural sont régulièrement organisés par l’association Casamémoire, qui œuvre justement pour sa promotion et sa sauvegarde.
Après la Cosuma et les immeubles Sémiramis et Nid d’abeilles, deux projets architecturaux emblématiques du protectorat français, l’architecte nous fait découvrir les autres bâtiments ayant marqué l’histoire urbanistique de la capitale économique, et non des moindres. En allant du côté du logement, le président de Casamémoire trace un nouveau sillon mémoriel, celui des projets « Cités ». L’architecte extirpe ainsi ces œuvres urbanistiques du palimpseste historique.
Dans ce deuxième opus de notre échange avec Karim Rouissi, la traversée des quartiers et des époques se poursuit, en partant des années de 1953 avec la Cité verticale de Sidi Othmane et la Cité Riviera Beaulieu, aux années 1980 avec le projet Dar Lamane, signé par le duo Abdelaziz Lazrak et Abderrahim Charai et récompensé par le Prix Aga Khan d’architecture. Entre les deux périodes, des arrêts s’imposent à la Cité Riviera Beaulieu et à Derb Jdid, dans cette tournée des lieux improbables de la capitale économique.
Revisiter l’état d’esprit des architectes du XXe siècle ayant marqué de leur sceau des bâtiments ‘références’ de la théorie d’architecture est un retour aux sources. Un flash-back qui nous aide à mieux saisir la sempiternelle détermination de la capitale économique à pousser encore plus loin ses branchements. Cette passion créative est toujours accessible à celui qui veut bien la voir, du moins la ressentir et la saisir. Karim Rouissi nous en donne les clés de lecture.
J’aimerais bien que les Casablancais commencent à prendre en compte ces bâtiments qui font date dans la réflexion sur l’habitat et le logement
Karim Rouissi, architecte et président de l’association Casamémoire.
Sidi Othmane, « référence » de la théorie d’architecture
« Réalisé de 1953 à 1955 par les architectes suisses André Studer et Jean Hentsch, le projet de la Cité verticale est un ensemble d’immeubles de logement rassemblés de manière ingénieuse à 45°. Là aussi, comme à Hay Mohammadi, les appartements ont tous un patio en façade.
Les bâtiments de Sidi Othmane et de Hay Mohammadi sont, à ce jour, étudiés dans les écoles d’architecture en Europe
Couverture de la publication « Habitat Marocain documents » consacrée à au projet d’habitat, réalisé de 1953 à 1955 par les architectes Suisses André Studer et Jean Hentsch
Plans de l’architecte suisse André Studer-Sidi Othmane à Casablanca
Ce qui est intéressant dans ces logements, et dans ceux de Hay Mohammadi, c’est la gestion de l’ensoleillement et la réflexion autour de l’assemblage des bâtiments, des parties communes, etc. Ce sont des bâtiments qui étaient là aussi plébiscités, et jusqu’à aujourd’hui étudiés un peu partout dans les écoles d’architecture en Europe. Ils sont considérés comme des références en termes de théorie d’architecture, même s’ils ont subi des transformations dans le temps ».
Même s’ils ont subi des transformations dans le temps, ces bâtiments sont considérés comme des références en termes de théorie d’architecture
Les appartements du projet Sidi Othmane ont tous un patio en façade – Photo d’archives
Cité Riviera Beaulieu : « Vous n’en sortirez jamais »
« De l’autre côté de la ville de Casablanca, d’autres cités ont été construites pour les Européens, comme la Cité Riviera. Créée par l’architecte Alexandre Courtois entre 1953 et 1955 pour le compte de la CIFM (actuellement Dyar Al Madina), cette cité se compose de 14 immeubles abritant 400 logements et 33 villas. La cité comprend également des équipements intégrés tels que le marché circulaire, en totale synergie avec la composition des logements, ainsi qu’une école et des commerces et services de proximité, offrant ainsi un cadre de vie complet et fonctionnel pour ses résidents. Le projet est construit autour d’un vaste espace vert, avec un important traitement paysager.
C’est une cité pensée dans sa globalité, avec une architecture complètement moderne et des appartements tous traversants, orientés soit nord-sud, soit est-ouest, pour capter le maximum de lumière et gérer la ventilation naturelle
Cité Riviera à Casablanca, créée par l’architecte Alexandre Courtois entre 1953 et 1955.
La Cité Riviera est une cité-jardin. Il y a un parc, dans lequel on va insérer le logement. Un travail très intéressant y a été mené sur les typologies de logements (studios, maisons, appartements). En plus de son marché, la cité est conçue dès le départ avec un certain nombre de commerces et une école. Tout cela fait que c’est une cité pensée dans sa globalité, avec une architecture complètement moderne et des appartements tous traversants, orientés soit nord-sud, soit est-ouest, pour capter le maximum de lumière et gérer la ventilation naturelle.
La cité Riviera comprend des équipements intégrés tels que le marché circulaire, en totale synergie avec la composition des logements.
Ces appartements sont généreux, avec des terrasses et des claustras sur les parties donnant sur le boulevard pour protéger des bruits et des nuisances sonores de l’environnement. Là aussi, il s’agit d’une cité très intéressante, à côté de laquelle on passe sans s’arrêter et prendre le temps d’observer. J’aimerais bien que les Casablancais commencent à prendre en compte ces bâtiments qui font date dans la réflexion sur l’habitat et dans le logement à Casablanca ».
Les appartements de la Cité Riviera se distinguent par leur espaces généreux, avec des terrasses et des claustras sur les parties donnant sur le boulevard pour protéger des bruits et des nuisances sonores de l’environnement.
Derb Jdid, hommage à l’habitat évolutif
Il faut imaginer une grande opération de ‘recasement’ des bidonvilles du sud-ouest de Casablanca après l’Indépendance en 1958. La reconstruction du bidonville du Derb Jdid, actuellement Hay Hassani, est un aboutissement des réflexions sur le logement adapté aux populations modestes d’origine rurale.
Le projet a été confié à Élie Azagury, qui a étudié le principe de la trame Écochard et son application aux Carrières centrales, et a su en tirer les enseignements qui lui ont permis d’éviter les erreurs commises aux Carrières centrales.
Élie Azagury est le premier architecte de nationalité marocaine à construire le quartier de Derb Jdid, que l’on connaît aujourd’hui comme Hay El Hassani
Vue aérienne de Derb Jdid à Casablanca – Photo d’archives
En évoquant Derb Jdid, l’idée est de montrer que l’histoire du logement casablancais s’inscrit dans une continuité tout au long du XXe siècle. Le fil conducteur est donc cette réflexion autour de l’habitat.
Pour rappel, Élie Azagury est le premier architecte de nationalité marocaine à construire le quartier de Derb Jdid, que l’on connaît aujourd’hui comme Hay El Hassani. En apprenant de l’expérience de Hay Mohammadi, Élie Azagury a su quel type d’habitat convenait le plus aux Marocains. Et il a construit toute sa cité avec une trame de 8×8, en variant les typologies. Plutôt que d’avoir un habitat monotone, il a créé des typologies différentes. Pour ces typologies, il a pensé aussi à la question de l’intimité. Il y avait aussi plus d’espace vert et de boisements, plus de vis-à-vis entre ces logements, pour leur permettre justement d’être surélevés dans le temps. Cette question de la surélévation, il l’a intégrée dès le départ dans ses plans. Contrairement à ce qui a été fait à Hay Mohammadi où ces logements ont connu des transformations qui n’étaient pas prises en compte par l’architecte, Élie Azagury prend ainsi en compte ces transformations dès l’origine. Le résultat est donc un habitat évolutif qui se met en place à Hay Hassani, et qui a donné lieu à un quartier qu’on connaît tous aujourd’hui ».
Quartier Derb Jdid, aujourd’hui, Hay Hassani-Casablanca
Quartier Derb Jdid, aujourd’hui, Hay Hassani-Casablanca
Plan Masse de Hay Hassani – Casablanca
Quartier Derb Jdid, aujourd’hui, Hay Hassani en 1960-Casablanca
« Pour terminer, on passe aux années 1980 pour parler de Dar Lamane. Il s’agit d’un projet de développement de 4.022 logements sociaux réalisés par Abdelaziz Lazrak et Aderrahim Charai entre 1984 et 1986, dans le quartier Hay Mohammadi. Ce projet a obtenu le Prix Aga Khan d’architecture.
L’architecture de Dar Lamane est hybride. Elle prend en considération un certain nombre d’aspects de la médina
Le projet Dar Lamane a obtenu le Prix Aga Khan d’architecture.
Ce qui est intéressant dans le projet Dar Lamane, c’est qu’on est sur une architecture hybride qui prend en considération un certain nombre d’aspects de la médina, même si la forme n’est pas ‘médinale’. Ce sont des rues en serpentin, avec un travail très intéressant sur la notion de l’espace semi-privé, privé et espace public. Il y a des seuils d’intimité différents d’un espace à l’autre. Un travail très intéressant a également été réalisé sur les espaces communs : escaliers, terrasses, etc. Une réflexion a aussi été menée sur comment passer d’un espace à l’autre. Les appartements de ce projet sont traversants, là encore, et orientés de manière à bénéficier d’un ensoleillement maximal ».
Complexe de logement Dar Lamane à Casablanca
Une des façades du projet Dar Lamane à Casablanca
Masterplan Dar Lamane à Casablanca
Vue sur le complexe de logements Dar Lamane à Casablanca
Le positionnement touristique de Casablanca est intimement lié à son architecture protéiforme. Pour le visiteur, initié comme novice, une simple flânerie dans les principales artères de la ville donne accès à cette âme rebelle de la capitale économique. C’est que la ville blanche ne choisit pas une seule voie quand il s’agit de style architectural. Depuis des décennies, elle entremêle agréablement, d’un quartier à l’autre, Art déco, style baroque et autres mouvements néo-classiques, pour ne citer que ceux qui ont pignon sur rue.
C’est un secret de polichinelle, la ville a été un laboratoire architectural durant le XXe siècle et, pendant très longtemps le terrain d’exploration de célèbres architectes européens ayant laissé un témoignage en béton armé de cette effervescence de jadis. Or, si l’on veut saisir cette âme purement casablancaise, un tour dans les lieux incontournables de la ville ne suffit pas. Tout visiteur intéressé doit se plonger aussi dans l’histoire et aller à la découverte des racines de cette philosophie de l’habitat, peut-être la seule constante du développement de la ville blanche, qui continue à accueillir chaque année plus de monde, venu de tous bords.
Il est alors fort indiqué pour le visiteur curieux, qui aurait déjà vu l’essentiel de Casablanca, de chercher plus loin, de regarder sous le voile et peut-être alors rencontrer l’improbable au milieu de l’habituel. C’est toute la promesse de l’architecte Karim Rouissi. Car, justement, le Casablanca de Karim Rouissi est celui des « lieux improbables ». En acceptant de participer à l’exercice du choix subjectif du paysage architectural emblématique de la ville blanche, notre interlocuteur nous prévient d’emblée : « Je préfère sortir des sentiers battus, évoquer plutôt des lieux qui ne sont pas forcément connus ». Vendu !
Au fil de la discussion avec le président de l’association Casamémoire, c’est tout un pan de l’histoire de l’habitat urbain à Casablanca qui affleure des sédimentations mémorielles. Rappelons que des circuits touristiques pour découvrir ou redécouvrir ce patrimoine architectural sont régulièrement organisés par l’association Casamémoire, qui œuvre justement pour sa promotion et sa sauvegarde.
Casablanca a toujours couru derrière la possibilité d’offrir du logement à ses habitants
Karim Rouissi, architecte et président de l’association Casamémoire.
Karim Rouissi nous guide à travers les dédales des anciennes Cités marocaines et européennes de la capitale économique. Il retrace cette épopée de bâtisseurs menée de main de maître par des architectes visionnaires, témoins privilégiés de l’effervescence de cette époque. L’architecte reconstitue minutieusement la trame de cette période, en rappelant que Casablanca s’est toujours inscrite dans cette course effrénée au logement… qui se poursuit encore aujourd’hui.
Vue aérienne sur la zone industrielle de Aïn Sebaâ à Casablanca – Photo d’archives
Pour capter le Zeitgeist architectural du logement du siècle dernier, il est nécessaire de rappeler brièvement le contexte démographique indissociable de l’urbanisation de la ville blanche. « Casablanca a été pendant tout le XXe siècle une ville avec une population qui connaît une croissance vertigineuse. Elle est passée de 20.000 habitants au début du siècle dernier à près 4 millions d’habitants à la fin du siècle. Et si l’on donne des dates intermédiaires, la ville logeait 500.000 âmes en 1953 pour atteindre les 2 millions en 1981. Ce sont des dates clés faisant référence à des événements marquants pour l’histoire de la ville [l’attentat au Marché central en 1953 et les émeutes du pain à Casablanca en 1981, ndlr] », analyse ce diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Toulouse en 2001, aujourd’hui architecte à Casablanca. Notre interlocuteur est, aussi, professeur en master ‘Urbanisme, villes héritées et développement durable’ de l’Université de la Sorbonne et enseigne la théorie architecturale et urbaine à l’Université Euro-Med de Fès.
La cité ouvrière Cosuma, bâtie par l’architecte Edmond Brion, est une sorte de réinterprétation moderne de l’architecture marocaine
Mosquée dans la cité Cosuma à Casablanca – Photo d’archives
« La population casablancaise a ainsi beaucoup augmenté. Et la ville a toujours couru derrière la possibilité d’offrir du logement à ses habitants. La question du logement est donc primordiale dans le développement urbain et architectural de Casablanca », souligne l’architecte.
Pour suivre cette course au logement, Karim Rouissi commence son récit architectural, tiré au cordeau, par la cité ouvrière Cosuma et les immeubles Sémiramis et Nid d’abeilles. Deux projets qui retracent deux périodes du protectorat français, et qui font l’objet de cette première partie du « Casablanca improbable de… Karim Rouissi ».
La Cité ouvrière Cosuma ou la tradition de l’urbanisme « culturaliste »
« La Cosuma est une cité ouvrière qui a été construite pour les ouvriers de l’usine de sucre à Aïn Sebaâ. Appelée la Cosuma à l’époque, elle est connue aujourd’hui sous le nom de Cosumar. Réalisée de 1932 à 1937, cette cité ouvrière a été bâtie à côté de l’usine par l’architecte Edmond Brion, dans la tradition de l’urbanisme ‘culturaliste’. C’est une sorte de réinterprétation moderne de l’architecture marocaine. On y retrouve un certain nombre d’éléments semblables à ceux des Habous, avec notamment les modénatures, les arcades, le plâtre sculpté, etc., mais avec un peu moins de décorations. Il est intéressant de rappeler qu’Edmond Brion est également l’architecte des Habous, en compagnie d’Auguste Cadet.
La Cosuma a été bâtie à côté de l’usine par l’architecte Edmond Brion, dans la tradition de l’urbanisme ‘culturaliste’
La Cité ouvrière Cosuma – Photo d’archives
La cité est composée de logements modestes de deux ou trois pièces, en plus d’équipements intégrés à la cité, comme l’école, les commerces, les fontaines, les fours ou la mosquée. Le lieu offrait donc un cadre de vie idéal pour les ouvriers de l’époque, bien qu’il laissait transparaître la logique du paternalisme ouvrier qui régnait en Europe à la fin du XIXe siècle. Dans cette logique, le patron construisait des logements tout en essayant d’encadrer et de surveiller la vie de ses protégés. Du reste, c’est une super architecture ! Elle est appelée ‘culturaliste’ parce qu’elle emprunte à la culture marocaine un certain nombre de principes. Il faut imaginer que ce sont de petites maisons à patio, avec des venelles rappelant la médina, sauf que là les rues sont droites. On modernise ainsi la trame de la médina. C’est une cité très intéressante de ce point de vue-là.
La cité Cosuma se distingue par la présence d’un certain nombre d’éléments semblables à ceux des Habous, avec notamment les modénatures, les arcades, le plâtre sculpté, etc.
Il faut rappeler que la Cosuma n’était pas la seule cité ouvrière. Il y en avait d’autres : la Socica (Société chérifienne de la cité ouvrière marocaine de Casablanca), la cité Lafarge, aujourd’hui appelée Bechar El Kheir, et bien d’autres. Elles méritent d’ailleurs toutes d’être protégées ».
Dossier consacré à la Cité Cosuma dans la publication française, L’Architecture en avril 1939
Dossier consacré à la Cité Cosuma dans la publication française, L’Architecture en avril 1939
Dossier consacré à la Cité Cosuma dans la publication française, L’Architecture en avril 1939
Dossier consacré à la Cité Cosuma dans la publication française, L’Architecture en avril 1939
Dossier consacré à la Cité Cosuma dans la publication française, L’Architecture en avril 1939
Les immeubles Sémiramis et Nid d’abeilles, un éloge à « l’habitat adapté »
« Dans la seconde moitié de la colonisation, et à partir de 1946 avec la naissance du mouvement national et les premières manifestations pour l’Indépendance, le colonisateur français décide d’y répondre en achetant la paix sociale à travers l’urbanisme et la construction. Il se lance donc dans des grands projets de construction. Et c’est là que naît le quartier phare de cette période-là : Hay Mohammadi, appelé à l’époque ‘Les Carrières centrales’.
Ces projets d’urbanisme sont réalisés en 1952 par l’AT-BAT Afrique (Atelier des Bâtisseurs) composé des architectes Georges Candilis et Shadrach Woods et de l’ingénieur Vladimir Bodiansky. Il s’agit de trois immeubles qui s’inscrivent au centre de la trame horizontale (8×8) des maisons à patio dessinées par Michel Écochard aux Carrières centrales de Casablanca. Ces immeubles prototypes représentent aux yeux de leurs concepteurs la forme définitive de l’habitat adapté. Les appartements ont tous un patio en façade.
Ces immeubles prototypes, Sémiramis et Nid d’abeilles, représentent aux yeux de leurs concepteurs la forme définitive de l’habitat adapté
Les architectes Georges Candilis et Shadrach Woods en 1952, derrière les maquettes du Nid d’abeilles et Sémiramis
Michel Écochard était un urbaniste très moderne faisant partie des CIAM (Congrès international des architectes modernes). Quand il arrive au Maroc, il constitue un groupe d’architectes marocains ou travaillant au Maroc. Il ramène aussi des jeunes architectes occidentaux, très modernes, réputés à l’époque, pour l’aider à construire ces quartiers.
Parmi ces architectes figure alors l’architecte grec George Candilis qui était le patron d’AT-BAT Afrique. Avec ses associés, Candilis construira deux immeubles, le Nid d’abeilles et le Sémiramis, qui ont marqué l’histoire de l’architecture moderne, non seulement au Maroc ou dans la région, mais de par le monde. Ces projets ont été publiés dans des revues du monde entier, faisant notamment la couverture, en 1953, du magazine spécialisé L’Architecture d’aujourd’hui.
Le Nid d’abeilles et le Sémiramis ont marqué l’histoire de l’architecture moderne, non seulement au Maroc ou dans la région, mais de par le monde
Couverture du magazine L’Architecture d’aujourd’hui en 1953, faisant référence au projet « Les Carrières centrales »
Pour ces bâtiments, le défi majeur était d’arriver à faire ce qu’ils appelaient à l’époque ‘l’habitat adapté’. On pense alors à l’habitat adapté aux Marocains et aux Européens installés au Maroc. Il était important à leurs yeux de respecter la culture de chaque communauté, mais aussi leur gestion de l’intimité dans le logement, leurs pratiques, us et coutumes… D’où cet enjeu de produire une architecture différente et adaptée.
Le Nid d’abeilles est par exemple un logement où l’on va disposer dans chaque appartement d’une cour extérieure. L’idée de la cour est une sorte de représentation ou de reprise du patio qui est généralement au centre de la maison, sauf que là, ce sera en façade. À partir de là, on on va se dire que les activités quotidiennes qui se font généralement dans une maison traditionnelle pourront avoir lieu en terrasse.
Les architectes ayant travaillé avec Candilis durant cette période parlaient de l’architecture comme d’une œuvre ouverte
Le projet Nid d’abeilles à Casablanca – Photo d’archives
Plébiscités dans le monde entier, ces bâtiments mythiques d’une certaine époque ont connu malheureusement des transformations de la part de leurs habitants et occupants, considérant que ces habitations ne répondaient pas aux besoins attendus. Donc, quelque part, c’était de l’expérimentation.
Il faut dire aussi que les architectes qui ont travaillé avec Candilis durant cette période parlaient de l’architecture comme d’une œuvre ouverte. Dans leur esprit, les habitants devaient changer et transformer des éléments de la construction. J’imagine qu’ils ne s’attendaient pas à ce niveau de transformation. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que bien des années plus tard, ces cités sont aujourd’hui pour le moins originales, de par leur conception d’abord, mais aussi au regard de l’ingéniosité des transformations qui y ont eu lieu, même si le résultat esthétique des façades n’est pas des plus agréables ! Quand on visite les appartements de l’intérieur, on voit comment les habitants, très ingénieux donc, ont pu créer des espaces supplémentaires, trouver de nouvelles possibilités dans ces logements qui étaient exquis, mais qui ne répondaient pas finalement à leurs besoins ».
À suivre…
Vue aérienne sur Les Carrières centrales à Casablanca – Photo d’archives