Code de procédure pénale : la réforme qui redessine le pouvoir du parquet

Dénonciations anonymes, infractions aux deniers publics, techniques spéciales d’enquête… Profondément révisé, le Code de procédure pénale introduit une série d’outils qui redessinent la pratique répressive et, avec elle, le rôle des parquetiers. Dans une note interne adressée à l’ensemble des parquets du Royaume, le chef du parquet, Hicham Balaoui, détaille la manière dont ces nouveautés devront être mises en œuvre à partir du 8 décembre 2025, date d’entrée en vigueur de la réforme. Objectif : harmoniser les pratiques, encadrer l’usage des nouveaux mécanismes et prévenir toute dérive.

Dénonciations anonymes : un passage obligé par les vérifications préliminaires

Première évolution rappelée par la circulaire : les dénonciations anonymes ne peuvent plus suffire à déclencher une enquête judiciaire. Le parquet doit d’abord demander à la police judiciaire des vérifications préliminaires pour apprécier la crédibilité minimale des faits. Ce n’est qu’après réception d’un rapport documenté que des actes d’enquête peuvent être autorisés.

Lorsque l’anonymat est signalé directement à la police judiciaire, les enquêteurs doivent, là encore, se tourner vers le parquet avant toute initiative. La circulaire insiste sur cette étape intermédiaire, destinée à éviter des ouvertures d’enquête sur la base d’alertes non vérifiées.

Infractions aux deniers publics : un circuit de saisine clairement balisé

Pour les dossiers visant des atteintes aux deniers publics, la réforme fixe un circuit d’ouverture précis. Les signalements ne peuvent provenir que d’organismes habilités : Cour des comptes, Inspection générale des finances, Inspection générale de l’administration territoriale, inspectorats ministériels, ou encore Instance nationale de probité. Ces rapports sont adressés à la procureure générale du Roi près la Cour de cassation, cheffe du ministère public, qui les oriente ensuite vers les parquets compétents pour enquête.

En cas de flagrant délit, les parquets locaux conservent leurs prérogatives habituelles, mais doivent informer la présidence du ministère public pour assurer un suivi cohérent à l’échelle nationale.

Techniques spéciales d’enquête : un arsenal placé sous contrôle strict

La circulaire s’attarde largement sur les techniques spéciales d’enquête, l’un des volets les plus sensibles de la réforme.

L’infiltration, désormais encadrée par les nouveaux articles du Code, n’est possible qu’après une autorisation écrite et motivée du procureur. Elle se limite aux infractions visées à l’article 108 et ne peut dépasser quatre mois, renouvelables une seule fois. L’opération se déroule sous le contrôle direct du parquet. La loi prévoit la nullité automatique de toute infiltration qui dévie de ce cadre, notamment si elle comporte une incitation à commettre l’infraction.

Les autres outils techniques – captation de sons, d’images, de données électroniques, géolocalisation – obéissent à des conditions similaires. Leur mise en œuvre nécessite une décision du premier président de la cour d’appel, saisie par le procureur général. La police judiciaire peut installer les dispositifs dans des locaux non destinés à l’habitation, sans en avertir le propriétaire, mais strictement dans les limites fixées par l’autorisation judiciaire.

Recherches financières parallèles : vers une enquête patrimoniale systématique

Autre volet central : la recherche financière parallèle, destinée à identifier les avoirs et biens issus d’infractions générant des profits illicites. Le parquet peut ordonner le gel de comptes, la saisie de biens meubles ou immeubles, et ce, même lorsqu’ils se trouvent entre les mains de tiers, sous réserve de leur bonne foi.

La circulaire précise que ces mesures doivent être exécutées sans compromettre une activité économique licite. Les demandes de mainlevée doivent en principe être traitées dans un délai d’environ dix jours, afin d’éviter des blocages prolongés.

Justice négociée : la transaction pénale élargie, des procédures accélérées

Le texte revient enfin sur l’élargissement de la transaction pénale, que le parquet peut désormais proposer dans un éventail plus large de délits : vol simple, escroquerie, abus de confiance ou certaines violences. Une fois les engagements exécutés, la transaction peut éteindre l’action publique sans passer systématiquement par un juge.

La circulaire mentionne également le titre transactionnel administratif, applicable à certaines infractions punies de l’amende seule, ainsi que l’ordre pénal, dont le champ s’élargit désormais aux délits sans victime identifiée.

Une mise en application sous haute vigilance

La note demande aux parquets de s’adapter rapidement à ces nouvelles règles. Elle insiste sur la nécessité d’informer les plaignants et avocats des suites données aux plaintes, de revoir les dossiers en cours à l’approche du 8 décembre, et de respecter les nouveaux délais encadrant la garde à vue, la détention provisoire et le contrôle judiciaire. Elle rappelle aussi les obligations de suivi des mineurs détenus et l’encadrement renforcé du contrôle d’identité, désormais limité à quatre heures, prolongeable une seule fois sur autorisation du parquet.

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Présidence du ministère public : passation entre El Hassan Daki et Hicham Balaoui

La cérémonie de passation des pouvoirs entre El Hassan Daki et Hicham Balaoui, que le Roi Mohammed VI a nommé Procureur général du Roi près la Cour de cassation, président du ministère public, s’est déroulée le 14 mai au siège de la présidence du ministère public à Rabat, en présence de plusieurs responsables judiciaires et administratifs.

A cette occasion, M. Balaoui a exprimé sa fierté de la confiance royale placée en lui, soulignant sa détermination à poursuivre les efforts engagés en faveur de la consolidation de l’indépendance du pouvoir judiciaire, le renforcement de la primauté du droit, la défense des droits et des libertés des citoyens et la préservation des constantes de la Nation, indique un communiqué de la présidence du ministère public.

A ce propos, il a salué « le rôle de premier plan joué par son prédécesseur, M. Daki, dont le parcours professionnel s’est distingué par son dévouement, sa fidélité et son patriotisme sincère au service du pouvoir judiciaire et de la justice ».

M. Balaoui a réaffirmé son engagement à servir la justice et à s’ouvrir sur l’ensemble des acteurs concernés, de manière à renforcer la confiance dans l’institution du ministère public et consacrer les principes de bonne gouvernance dans sa gestion et à hisser le niveau de performance du ministère public tout en renforçant son rôle dans la protection des droits, des libertés et de l’État de droit au service des citoyens.

Cette cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs responsables judiciaires et administratifs à la présidence du ministère public, qui ont salué les efforts déployés par M. Daki durant son mandat.

(Avec MAP)

Le Roi reçoit trois nouveaux membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire

Il s’agit de Hicham Balaoui, que le Souverain a bien voulu nommer Procureur général du Roi près la Cour de cassation, président du Ministère public, membre du CSPJ, de Hassan Tariq, nommé membre du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire en sa qualité de Médiateur du Royaume, et de Farid El Bacha, nommé par le Roi en tant que membre du CSPJ.

À cette occasion, les nouveaux membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ont prêté serment devant le Souverain.

Cette audience s’est déroulée en présence de Mohamed Abdennabaoui, Président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.

Présidé par le Roi, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire veille à l’application des garanties accordées aux magistrats, notamment quant à leur indépendance, leur nomination, leur avancement, leur mise à la retraite et leur discipline.

À son initiative, il élabore des rapports sur l’état de la justice et du système judiciaire et présente des recommandations appropriées en la matière. Il émet, à la demande du Roi, du gouvernement ou du Parlement, des avis circonstanciés sur toute question se rapportant à la justice, sous réserve du principe de la séparation des pouvoirs.

Conformément à l’article 115 de la Constitution, le CSPJ se compose du premier président de la Cour de cassation en qualité de président délégué, du procureur général du Roi près la Cour de cassation, du président de la première chambre de la Cour de cassation, de quatre représentants élus, parmi eux, par les magistrats des cours d’appel, de six représentants élus, parmi eux, par les magistrats des juridictions du premier degré.

Il s’agit aussi du Médiateur, du président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), ainsi que de cinq personnalités nommées par le Roi, reconnues pour leur compétence, leur impartialité et leur probité et pour leur apport distingué en faveur de l’indépendance de la justice et de la primauté du droit.

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Hicham Balaoui succède à El Hassan Daki à la présidence du Ministère public

Le Roi Mohammed VI, Président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), a nommé, ce lundi 12 mai, Hicham Balaoui, Procureur général du Roi près la Cour de cassation, président du Ministère public, en remplacement d’El Hassan Daki, qui n’a pas été en mesure de poursuivre ses missions pour des raisons de santé.

El Hassan Daki s’est acquitté des missions qui lui ont été confiées avec probité, dévouement, intégrité et impartialité, au service de l’indépendance de la justice et de la primauté de la loi et dans l’objectif d’assurer le respect des droits et des libertés des personnes et des collectivités, indique un communiqué du cabinet royal.

Né en 1977 à Salé, Hicham Balaoui est titulaire d’un doctorat en droit privé (2013) et d’un diplôme d’Études supérieures approfondies en droit (2005) de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales relevant de l’Université Mohammed V de Rabat-Agdal.

Il occupait, depuis 2018, le poste de secrétaire général à la Présidence du Ministère public. Il a aussi exercé en tant que chef de cabinet du président du Ministère public (2017-2018).

En 2021, il a été nommé membre de l’Instance conjointe de coordination entre le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, le ministère de la Justice et la présidence du Ministère public. Il a aussi siégé au sein de la commission des archives judiciaires (2022) et présidé la commission des infractions fiscales (2023).

M. Balaoui, qui avait rejoint en 2001 l’Institut supérieur de la magistrature, a entamé sa carrière professionnelle en tant que substitut du procureur du Roi près le tribunal de première instance de Souk Elarbaa du Gharb en 2003, puis substitut du procureur du Roi près le tribunal de première instance de Meknès.

Il a par la suite occupé le poste de magistrat attaché à la direction des affaires pénales et des grâces (ministère de la Justice) et de magistrat chargé du casier judiciaire national.

Entre 2010 et 2014, il a occupé le poste de chef de la division des grâces et de la libération conditionnelle à la Direction des affaires pénales et des grâces au ministère de la Justice et des Libertés, avant d’être nommé en 2014 chef de cabinet du ministre de la Justice et des libertés, puis chef de la division des mesures répressives en matière pénale à la même Direction.

Hicham Balaoui a également exercé en tant qu’enseignant vacataire à la Faculté des sciences juridiques et économiques de Salé Al Jadida, professeur à l’Institut supérieur de la magistrature et expert en matière pénale auprès de la Commission européenne, dans le cadre du programme Meda II (2009-2010).

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