« Des oliviers productifs en trois ans, c’est un atout majeur », Kaoutar El Fazazi (INRA) (3/3)

Depuis que le ciel a ouvert ses vannes en cette fin novembre, la saison oléicole bat son plein dans la province de Béni Mellal.

Le dernier volet de notre triptyque relatif à la production d’une huile d’olive de qualité nous a conduit dans un domaine expérimental, populaire pour la variété de mandarine Afourer qui y a été créée.

Relevant de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), le Centre régional de la recherche agronomique de Tadla (CRRAT) et ses chercheurs ont été prépondérants dans la création de cette mandarine, qui représente le fleuron de la culture agrumicole du pays.

C’est aussi une terre fertile où plusieurs variétés d’oliviers ont été créées, en collaboration avec d’autres centres régionaux, à l’image de Dalia, Mechket ou Tassaoute.

Cette dernière tire son nom du cours d’eau qui prend source dans les eaux du barrage Bin El Ouidane, situé sur l’autre versant des cimes qui surplombent la ville d’Afourer.

Un fleuve dont le lit a été creusé entre les montagnes afin d’irriguer les cultures tout le long de son trajet jusqu’à la province de Marrakech. C’est toujours d’actualité, mais beaucoup moins ces dernières années.

En raison de la pénurie d’eau dont souffre le bassin hydraulique d’Oum Er-Rbia, la troisième plus grande retenue du Royaume suffit à peine pour l’alimentation en eau potable et quelques lâchers pour irriguer la plaine de Tadla.

Une problématique qui n’épargne pas non plus les chercheurs du CRRAT, mais qui est considérée comme un obstacle à surmonter plutôt qu’une équation insoluble.

Loin de tout fatalisme, les scientifiques de l’INRA d’Afourar mènent « des programmes de recherche pour améliorer la résilience, la productivité et la qualité de cette filière emblématique », déclare à Médias24 Kaoutar El Fazazi, directrice du Centre régional de la recherche agronomique de Tadla.

« Nos travaux portent autant sur la création variétale que sur la gestion de l’eau, la protection des plantes ou la fertilisation, avec l’objectif de fournir aux agriculteurs des solutions scientifiques adaptées aux défis de terrain ».

Doctorante en transformation alimentaire et microbiologie, spécialisée en hygiène et microbiologie alimentaire, la directrice du CRRAT nous révèle les mécanismes de diffusion des nouvelles variétés, la relation avec les pépiniéristes, la sensibilisation des agriculteurs et les obstacles rencontrés lors de l’adoption des innovations de l’INRA.

Médias24 : Combien de variétés d’olivier ont été créées, homologuées ou sont actuellement en cours d’évaluation par l’INRA ?

Kaoutar El Fazazi : Actuellement, l’INRA dispose de plus de dix variétés nouvellement créées. Dont certaines variétés inscrites au catalogue officiel. À savoir, Dalia, Mechket, Tassaoute. Il y a également des variétés plus anciennes comme Menara et Haouzia, qui sont issues du programme de création variétale de l’INRA.

– Quelle est la durée moyenne du cycle de création, du croisement initial jusqu’à la mise sur le marché de la variété ?

– Tout programme de création variétale nécessite du temps et un travail conséquent. Il faut compter entre cinq et douze ans pour aboutir à une variété inscrite au catalogue officiel, répondant aux objectifs initiaux (résistance aux maladies, rendement, qualité).

Ces programmes durent environ douze ans avant que les variétés ne soient disponibles chez les pépiniéristes et, ensuite, chez les agriculteurs.

Menara et Haouzia sont issues de croisements réalisés à partir de la picholine marocaine

– Quelles ressources génétiques utilisez-vous ?

– L’INRA utilise à la fois des variétés authentiques marocaines et des variétés étrangères. Par exemple, Menara et Haouzia proviennent de croisements réalisés à partir de la picholine marocaine.

Cinq variétés récemment inscrites au catalogue officiel, comme Dalia, Mechket ou Tassaoute, proviennent de croisements entre variétés marocaines et étrangères, afin d’exploiter les potentialités agronomiques de chacune.

Kaoutar El Fazazi de l’INRA présentant des variétés d’oliviers Mechket et Tassaoute
Kaoutar El Fazazi, directrice du Centre régional de la recherche agronomique de Tadla.

– Sur combien de sites expérimentaux testez-vous vos variétés ?

– L’INRA possède dix centres implantés dans des conditions agro-écologiques et climatiques variées. Plusieurs centres testent ces nouvelles variétés. Celui de Marrakech est considéré comme un centre d’excellence en création variétale de l’olivier. Idem pour ceux de Meknès, Béni Mellal, et aussi Oujda.

L’objectif est d’évaluer l’adaptation des variétés dans différents microclimats. Nous pouvons aussi tester chez les agriculteurs, mais la première phase de validation se fait dans les stations de l’INRA afin de maîtriser les conditions expérimentales.

– Comment s’organise la diffusion des variétés après homologation ?

– La finalité pour l’INRA ne s’arrête pas à la création variétale. Le transfert de technologie est une priorité. Une fois inscrites au catalogue officiel, les variétés sont cédées aux pépiniéristes pour être mises à la disposition des agriculteurs.

Ce processus de cession permet aux agriculteurs d’acheter ces nouvelles variétés chez les pépiniéristes agréés.

– Y a-t-il un manque d’entrain des agriculteurs lorsqu’il s’agit d’acheter ces nouvelles variétés ?

– Les agriculteurs doivent en effet mieux connaître les variétés et leurs potentialités. Chaque agriculteur cherche la qualité, le rendement et la rentabilité.

Nous organisons donc des journées de transfert de technologie pour permettre aux agriculteurs de découvrir ces variétés et leurs performances. Cela contribue à encourager leur adoption.

– Il y a un déficit pluviométrique, et donc moins d’eau pour l’agriculture. Est-ce un handicap dans votre travail quotidien ?

– Effectivement. Le Maroc connaît depuis cinq à sept ans des conditions de sécheresse très sévères, ce qui affecte particulièrement la région Béni Mellal-Khénifra ainsi que notre station expérimentale.

Cette situation nous pousse à chercher des solutions adaptées, comme des recherches avancées en micro-irrigation, la compréhension des besoins hydriques et la gestion du stress hydrique. Le but étant de garantir la survie de la filière oléicole et d’assurer une production correcte malgré le manque d’eau.

Le centre de Tadla est un centre d’excellence en irrigation et nous travaillons aussi sur les agrumes, très touchés par la sécheresse.

– Si vous deviez citer une variété créée par l’INRA et considérée comme une success story, laquelle serait-elle ?

– En lien avec le changement climatique et la résilience face au stress hydrique, deux variétés se distinguent. Il s’agit de Mechket et Tassaoute, créées en 2014 et 2017. Elles sont très demandées en raison de leur très haute qualité, avec notamment un rapport acide oléique/linoléique élevé (plus de 17 pour Mechket), une bonne stabilité de l’huile, des besoins en eau réduits (surtout pour Tassaoute et Mechket). Sans oublier une résistance prouvée aux maladies, notamment à l’œil de paon, où les dégâts ne dépassent pas 10% dans nos plateformes.

Pour donner un ordre d’idée, dans un système intensif, on peut atteindre une bonne production dès la troisième année, ce qui est très encourageant pour les producteurs. Dans un contexte où de nombreuses parcelles d’oliviers sont arrachées à cause de la sécheresse, disposer de remplaçants productifs en trois ans est un atout majeur pour les agriculteurs.

https://medias24.com/2025/11/13/reportage-la-cueillette-une-etape-cruciale-dans-la-production-dhuile-dolive-1-3/

https://medias24.com/2025/11/21/huile-dolive-des-presses-aux-centrifugeuses-dans-les-coulisses-dune-unite-trituration-2-3/

Huile d’olive. Des presses aux centrifugeuses, dans les coulisses d’une unité de trituration (2/3)

La finesse et la richesse de l’huile d’olive produite au Maroc tiennent autant aux techniques de récolte qu’au soin apporté à l’opération de trituration.

Dans ce deuxième épisode de notre série consacrée à l’huile d’olive de haute qualité, nous vous emmenons au cœur d’une unité de trituration moderne, à Foum El Ansar, dans la province de Béni Mellal.

Construite à flanc de montagne, la structure fonctionne selon un système tout en verticalité. Clin d’œil à l’olivier ancestral qui rend tout cela possible. Le panorama est évocateur avec des oliviers qui ornent les pentes dominant la plaine de Tadla. En contrebas, se trouvent les machines en sous-sol, puis les sorties d’huile et de grignons.

Il n’y a pas si longtemps, la filière souffrait de méthodes archaïques, vestiges d’une époque où l’extraction se faisait avec des techniques traditionnelles. Si elles avaient du charme, elles ne préservaient pas toujours pleinement les saveurs qui font la particularité de cet aliment populaire et généraient souvent un degré élevé d’acidité.

Les unités de trituration modernes et semi-modernes se sont multipliées ces quinze dernières années aux quatre coins du Royaume.

Selon Interprolive, la Fédération interprofessionnelle regroupant les acteurs de la chaîne oléicole, le pays compte désormais 948 unités en mesure de traiter plus de 1,8 million de tonnes d’olives par an.

Mais la sécheresse des dernières années a contraint certaines installations à suspendre temporairement leur activité, la baisse de production d’olives rendant l’exploitation impossible.

D’ailleurs, en ce début de saison, plusieurs unités ont poliment décliné notre demande de reportage, tandis que le propriétaire de celle que nous visitons a requis l’anonymat, ne disposant pas encore d’assez d’huile pour honorer d’éventuelles commandes importantes.

Des presses traditionnelles qui altèrent les arômes

L’unité possède également des presses traditionnelles, héritage d’un savoir-faire ancien. Dans cette technique, la pâte d’olives est étalée sur de larges disques empilés, puis pressée mécaniquement pour en extraire l’huile.

Le procédé ne manque pas de charme et permet d’obtenir une huile correcte, mais le frottement et la pression génèrent un léger échauffement de la pâte, ce qui peut altérer les arômes et augmenter l’acidité.

Des presses à disque modernes dans l’unité de trituration.
Des disques de presse, où la pâte d’olives est étalée et pressée pour en extraire l’huile.

Chaque disque reçoit une portion de pâte, et une vis centrale applique une pression régulière. L’huile s’écoule lentement dans des bacs situés en dessous, tandis que le résidu solide (le grignon) est évacué séparément.

Cette méthode n’est pas idéale si l’on vise une huile extra vierge de très faible acidité et aux arômes délicats. C’est pourquoi la trituration à froid reste la méthode à privilégier.

Ce processus peut être résumé de la manière suivante :

– Triage et lavage minutieux : éliminer feuilles, poussière et olives abîmées avant toute extraction ;

– Broyage complet : olives entières, noyau compris, pour obtenir une pâte homogène ;

– Malaxage à froid : brassage lent à basse température pour rassembler les micro-gouttes d’huile sans altérer les arômes ;

– Extraction mécanique : séparation de l’huile de l’eau végétale et des résidus solides (grignons) par centrifugation ;

– Décantation ou filtration : clarifier l’huile tout en préservant ses qualités organoleptiques ;

– Stockage protégé : cuves en inox à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’air pour conserver fraîcheur et arômes ;

– Respect des délais : trituration rapide après la cueillette pour limiter l’oxydation et éviter l’acidité excessive.

Avant les dernières précipitations, le quintal d’olives produisait jusqu’à 12 litres d’huile, selon les variétés. Avec les récentes pluies, « on s’attend à ce que le taux d’huile au quintal dépasse les 15 litres« , nous explique le propriétaire des lieux.

Une huile d’olive vendue à 70 DH le litre

Ce quarantenaire a investi toutes ses économies dans le projet d’une vie, bien que ce soit une activité saisonnière. « Mais c’est la passion qui m’anime avant les considérations économiques », nous confie-t-il.

On n’en doute pas. Toutefois, l’aspect pécuniaire n’est pas à prendre à la légère, d’autant qu’il s’agit d’une activité somme toute lucrative. Car notre interlocuteur ne triture pas uniquement les olives qu’il achète auprès des agriculteurs. Il vend son huile à 70 DH le litre. Mais il met également à disposition ses machines de trituration à raison de 70 DH le quintal. Soit une hausse de 20 DH par rapport à la précédente campagne.

À peine les formalités réglées, les olives sont versées dans la trémie d’entrée. La machine avale les olives dans un cliquetis régulier, les entraînant vers la zone de tri.

Un employé scrute chaque passage, retirant d’un geste précis une branche, une feuille ou un fruit abîmé. Le reste est confié au laveur mécanique.

Sous un jet puissant, dans un mouvement continu, les olives tournent, se heurtent légèrement, se débarrassent de la poussière et de l’amertume du sol.

L’eau se colore instantanément d’un vert trouble avant d’être filtrée puis recyclée. Vient ensuite le broyage. Le moteur s’enclenche dans un grondement assourdissant, transformant en quelques secondes les fruits entiers, noyaux compris, en une pâte dense et sombre.

Rien à voir avec les meules d’autrefois. Ici, tout est hygiénique, inoxydable, fermé aux éléments extérieurs et en particulier aux rayons du soleil.

La pâte s’écoule dans une goulotte, légèrement tiédie par l’énergie mécanique. L’odeur est puissante, presque surprenante. On dirait un mélange d’herbe fraîchement coupée et de fruits encore verts.

Ensuite, trois grandes cuves cylindriques tournent lentement, brassant la pâte avec une régularité presque hypnotique.

Une fois la pâte prête, elle est envoyée vers le décanteur centrifuge. La machine, longue et massive, tourne à plein régime.

La séparation se fait sans intervention humaine. L’huile d’un côté, l’eau végétale de l’autre et les grignons expulsés par une autre voie.

L’huile repose, s’affine et ses dernières impuretés sont envoyées au fond

On observe l’écoulement discret de l’huile, fine, limpide, d’un jaune presque vert selon la variété et le stade de maturité des olives. La dernière étape est celle de la clarification. Dans une pièce adjacente, les cuves en inox s’alignent. Certaines servent à la décantation lente.

« L’huile repose, s’affine et ses dernières impuretés sont envoyées au fond », nous explique l’un des employés.

D’autres cuves stockent une huile déjà filtrée. « Tout dépend de la demande. Certains préfèrent une huile légèrement trouble au début, d’autres veulent une pure clarté immédiate », précise notre interlocuteur.

À ce stade, l’huile est prête, mais une partie seulement sera vendue dans la petite boutique attenante. Le reste attend des commandes plus importantes, souvent issues de coopératives locales, parfois de négociants venus des grandes villes.

Une économie circulaire où chaque litre produit prend le chemin d’une table marocaine, d’une conserverie ou d’un exportateur.

En quittant les lieux, le bruit des machines nous accompagne pendant plusieurs mètres, à l’instar d’une activité qui ne connaît quasiment pas de pause pendant une période de quatre mois, à cheval entre l’automne et l’hiver.

Avec les dernières pluies, le rythme s’intensifie encore. « Quand la pluie revient, tout revit », conclut le propriétaire en refermant la porte de la salle de malaxage, derrière laquelle l’huile fraîche continue de s’écouler dans le décanteur. Comme si elle écrivait elle-même sa propre histoire.

https://medias24.com/2025/11/13/reportage-la-cueillette-une-etape-cruciale-dans-la-production-dhuile-dolive-1-3/

Reportage. La cueillette, une étape cruciale dans la production d’huile d’olive (1/3)

C’est un ingrédient qui accompagne les Marocains au quotidien, comme partout ailleurs sur le pourtour méditerranéen. Aliment simple en apparence, l’huile d’olive ne manque pas de bienfaits pour la santé, à condition d’être extraite dans les règles de l’art.

Dans cette série, nous partons à la rencontre de ceux qui la font. Sur notre chemin, nous avons croisé des scientifiques, des ouvriers agricoles et des entrepreneurs.

Un panel d’intervenants aux profils différents, mais unis par un même lien à la terre et par la volonté de produire une huile d’olive de qualité, dans le respect des bonnes pratiques, de l’arbre et de son fruit ancestral.

Une pratique qui évolue au rythme des avancées technologiques, mais aussi au fil des changements climatiques qui imposent une autre manière de travailler et un calendrier de production décalé.

Le premier épisode de cette série de reportages sera consacré à la cueillette. Le premier geste. Celui qui conditionne tout le reste.

En ce lundi 10 novembre, à peine la frontière de la province de Béni Mellal franchie, une forte odeur d’huile d’olive imprègne l’air au point que nos papilles semblent déjà goûter cette huile fraîche avant même qu’elle ne sorte des cuves de trituration.

Des milliers d’oliviers bordent la route, de part et d’autre, baignés dans les rayons d’un soleil finissant qui caresse les branches, fait scintiller les feuilles vert sombre qui entourent les troncs noueux façonnés par le temps, dessinant un paysage où l’ombre et la lumière se mêlent harmonieusement.

Au loin, les Monts Tassemit et Ighnayen se dressent devant nous à plus de 2.500 m d’altitude, gardiens silencieux de la plaine fertile de Tadla. Là où notre voyage à la quête d’une huile d’olive de haute qualité commence.

Comment est produite une huile d’olive de haute qualité

Pour produire une bonne huile d’olive, extra-vierge et conforme aux normes définies par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), plusieurs étapes sont essentielles.

Au-delà du choix de la variété, le soin apporté à la cueillette et à la trituration du fruit à froid sont essentiels. Chaque geste compte et influence directement la qualité de l’huile, son goût, son arôme et son acidité.

La province de Béni Mellal abrite plusieurs variétés d’oliviers, locales et introduites, chacune avec ses caractéristiques propres. Parmi elles :

– Picholine : fruit long et vert, goût légèrement amer et fruité, très prisée pour l’huile ; 

– Beldiya : variété locale offrant une huile douce et ronde, au parfum subtil ; 

– Haouzia : fruit plus petit, huile corsée au goût prononcé ;

– Menara et Hajji : moins répandues, utilisées pour compléter des assemblages de haute qualité ; 

Arbequina ou Picual : variétés espagnoles introduites récemment, apportant des profils aromatiques différents et très demandés pour la trituration moderne.

La superficie occupée par ces variétés dans la plaine de Tadla « a augmenté progressivement depuis quatre ans, passant de 32.110 ha à 34.161 ha avec une cadence annuelle moyenne de 2%, dont 1.931 ha irrigués », indique l’Office de mise en valeur agricole du Tadla (ORMVAT).

En raison du déficit pluviométrique, même le bour est quelquefois irrigué pour assurer une production minimale ou tout simplement la survie des arbres.

L’augmentation des oliveraies a quelque peu réduit la diversité de l’assolement arboricole de la plaine.

« Les agriculteurs privilégient désormais la culture de l’olivier aux agrumes ou à d’autres arbres fruitiers en raison de la pénurie d’eau », nous explique une source professionnelle.

Quoi qu’il en soit, une fois les olives mûres et récoltées avec soin, à la main, sans heurter les branches ni les fruits, elles sont rapidement acheminées vers les unités de trituration modernes sans être stockées. Fini le gaulage effectué par les anciens, qui abîmait les fruits et augmentait l’acidité de l’huile. 

Dans les unités de trituration, les olives sont lavées, broyées et malaxées à froid, avant d’être séparées mécaniquement de l’eau et des grignons (résidus solides). Les machines auront été au préalable soigneusement lavées et nettoyées.  Tout résidu des précédentes opérations d’écrasement des olives affecte négativement l’acidité du produit fini.

Le respect de chaque étape garantit une huile extra vierge, de première pression à froid, fidèle aux caractéristiques et aux normes internationales. 

Une saison oléicole décalée

La saison oléicole s’étire au fur et à mesure que la saison des pluies se rétracte. D’une part, certaines variétés deviennent de plus en plus précoces.

Mais d’autre part, les agriculteurs repoussent chaque année un peu plus loin le moment des récoltes, mûs par l’espoir d’une pluie qui améliorerait le rendement, non pas en quantité de fruits, mais en huile extraite par quintal.

Pas plus tard qu’il y a trois ans, les unités de trituration tournaient à plein régime dès la deuxième quinzaine d’octobre. Ce temps semble aujourd’hui révolu.

« Excepté les variétés précoces, nous repoussons chaque fois la récolte, car actuellement les fruits des variétés Picholine sont encore un peu rétractés sur eux-mêmes, loin d’être gonflés, et leur maturation reste incomplète », regrette un propriétaire d’unité de trituration moderne, dont les machines sont prêtes à l’emploi mais demeurent inutilisées, en attente de fruits suffisamment mûrs.

Les pluies annoncées à partir du jeudi 13 novembre seront salvatrices et donneront un coup de boost à une campagne annoncée par le ministère de l’Agriculture comme prometteuse. En tout cas, bien plus que sa devancière.

Pour l’heure, la récolte a déjà commencé dans certaines communes où les oliviers sont précoces, à l’image de Foum El Ansar, à une quinzaine de kilomètres de Béni Mellal.

Un sentier de terre blanche serpente au cœur des oliveraies.

Un chemin de terre blanche traverse les oliveraies, menant aux vergers où les ouvrières et ouvriers s’affairent à la cueillette. Sur notre droite, des grillages épais, blanchis par les toiles d’araignée, délimitent les parcelles.

À gauche, une eau claire et fraîche ruisselle le long du sentier. Son odeur âcre trahit toutefois la présence d’eaux usées.

Une eau de source claire et fraîche longe le sentier, mais son odeur âcre révèle la présence d’eaux usées.

Si certaines mauvaises pratiques ont la dent dure, heureusement que les méthodes de cueillette des oliviers ont changé du tout au tout.

Certes, en cette matinée où le soleil fait son apparition derrière les cimes, nous avons croisé des cueilleurs munis d’un bâton, frappant les branches et martyrisant aussi bien l’arbre que ses fruits.

Ce geste brutal rappelle que la transition vers des pratiques plus respectueuses est encore incomplète, mais il contraste avec les vergers où la cueillette se fait désormais à la main, avec soin.

Il faut au moins un quart d’heure pour récolter toutes les olives d’un seul arbre

Un peu plus loin, nous localisons un autre groupe d’ouvrières et d’ouvriers agricoles grâce à leurs rires se mêlant au murmure de l’eau.

Une bonne humeur qui contraste avec un procédé harassant mais nécessaire afin de respecter l’arbre et de ne pas l’abîmer. Ils sont fiers de leur activité et heureux que les oliveraies aient produit bien plus cette année.

Dans la parcelle exploitée par Mribih, les oliviers s’alignent en rangées régulières, presque comme les rayonnages d’une bibliothèque.

La parcelle de quelques hectares dont s’occupe celui que l’on surnomme Mribih [l’homme rusé qui sait tirer profit de chaque chose, ndlr] a le sol jonché de restes de paille.

Les oliviers s’y alignent en rangées régulières, presque comme les rayonnages d’une bibliothèque. Sous leurs branches, une terre ocre, tassée par les pas, garde la trace du travail répété.

Chaque olivier reçoit une attention minutieuse. Il faut au moins un quart d’heure pour récolter toutes ses olives. Les arbres, âgés de sept ans, produisent chacun entre 20 et 50 kilos de fruits, arrosés trois à quatre fois par semaine.

La cueillette commence au lever du soleil pour éviter que les olives ne soient écrasées par la chaleur. Les ouvrières et ouvriers, généralement trois ou quatre par arbre, s’activent en manipulant les fruits avec délicatesse, évitant de brusquer les olives.

Les ouvrières et ouvriers, généralement trois ou quatre par arbre, ont besoin d’un quart d’heure pour cueillir les fruits.

Car, bien qu’ils n’aient pas de cœur, ces fruits n’en demeurent pas moins sensibles à la manière dont ils sont traités. Une olive cueillie sans précaution, c’est l’assurance d’obtenir une huile plus acide qu’il ne faudrait.

Alors, chacun s’adapte à sa manière. Certains portent des gants usés par les saisons, d’autres se fabriquent des protections de fortune, en s’emmitouflant les mains de papier et de ruban adhésif pour éviter les égratignures.

La densité des branches rend chaque geste plus difficile, chaque fruit plus méritant.

Un filet finement maillé protège le sol, empêchant les fruits de toucher la terre et de se charger d’humidité ou de poussière.

Sous les arbres, un grand filet de récolte au maillage fin recouvre le sol. Il empêche les fruits de tomber directement sur la terre et de s’imprégner d’humidité ou de poussière.

Les olives s’y amassent peu à peu, roulant doucement sur la toile au gré des gestes des cueilleurs, avant d’être versées à la main dans des caisses en plastique.

Celles-ci s’empilent à l’ombre, entre une petite table en bois où repose du thé et une carafe d’eau, où les ouvriers viennent s’abreuver pendant leurs pauses.

Une fois cueillies, les olives sont mises dans des caisses avant d’être envoyées à l’unité de trituration.

Un répit nécessaire pour un travail d’une dureté qui ne dit pas son nom, dont la modeste rémunération est largement insuffisante au regard des efforts fournis.

Malgré les étoffes protégeant leurs visages, une fine poussière se dépose sur la peau et les vêtements, rappel discret mais inquiétant que ce labeur n’est pas sans risque pour la santé.

Pour cette activité saisonnière, les travailleurs perçoivent un faible revenu allant de 20 à 30 dirhams par caisse, soit un service journalier de 80 à 100 dirhams selon la productivité.

« En attendant les précipitations annoncées, le prix du kilo d’olive dans l’arbre varie de 4 à 5 dirhams, et peut atteindre 6 à 7 dirhams en comptant la rémunération des ouvriers agricoles et le transport notamment »,  estime l’exploitant des lieux, qui fait acheminer les fruits afin d’être triturés.

À l’unité de trituration, les olives sont rapidement lavées, débarrassées de la poussière et des impuretés, prêtes à passer à l’étape du broyage et malaxage.

Mais ce n’est que le début du voyage. La suite, entre malaxage, séparation de l’huile et secrets des grands crus, vous sera dévoilée dans le prochain épisode.

Campagne oléicole : vers une récolte abondante et des prix de l’huile d’olive en baisse

Dans un champ à Béni Mellal, les oliviers sont en pleine floraison. Les branches couvertes de petites fleurs blanches et crème contrastent avec le vert profond des feuilles.

Les arbres portent des grappes florales denses qui annoncent une récolte généreuse. Les agriculteurs, le sourire aux lèvres, observent ce spectacle avec optimisme.

–oOo–

À la différence de la saison précédente, la campagne oléicole s’annonce prometteuse.

Différents acteurs du secteur s’accordent à dire que si les conditions climatiques restent favorables, et qu’aucune vague de chaleur ne survient d’ici le lancement de la récolte en octobre prochain, il s’agira d’une campagne record.

« Vers une année record pour l’oléiculture »

Lors d’une interview accordée le 10 septembre aux chaînes publiques Al Aoula et 2M, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch a annoncé que la saison des olives sera exceptionnelle, avec une production appelée à doubler.

Joints par nos soins, différents professionnels, notamment dans les régions Fès-Meknès et Marrakech-Safi, deux régions qui concentrent une importante superficie oléicole, nous confirment que les prévisions pour la saison sont encourageantes.

Rachid Benali, président de l’Interprofession marocaine de l’olive (Interprolive), nous assure que « nous allons vers une année record pour le secteur ».

« En principe, ce sera une bonne année autant pour l’olive que pour l’huile d’olive, sauf si des conditions climatiques exceptionnelles surviennent, comme le récent passage de grêle à Outat El Haj, ou encore d’éventuelles vagues de chaleur qui pourraient impacter la production », souligne-t-il.

Des conditions climatiques favorables…

Cette situation est due à des conditions climatiques clémentes, d’après des oléiculteurs contactés par Médias24.

Tout d’abord, « lors de la floraison, l’olivier a besoin de 300 heures de froid. La région Marrakech-Safi a connu des températures particulièrement basses durant les mois de février et mars », nous explique l’un d’entre eux. Il en est de même pour la région Fès-Meknès, selon nos autres interlocuteurs.

« Les pluies enregistrées durant les mois de mars et avril ont également été bénéfiques à l’olivier, qui est bien chargé à présent », ajoutent-ils, soulignant que « les vagues de chaleur enregistrées jusqu’à présent n’ont pas été suffisamment intenses pour avoir un impact négatif sur l’olivier ».

D’après nos sources dans la région Marrakech-Safi, « l’optimisme est tel que le festival de l’olivier à Al Attaouia sera peut-être à nouveau organisé cette année à Marrakech, un événement qui n’avait plus eu lieu depuis cinq ans. Une preuve supplémentaire que la campagne s’annonce prometteuse ».

… et une année de repos pour les oliviers

Un autre professionnel de la Coopérative agricole Zaouia à Marrakech évoque pour sa part le repos dont ont bénéficié les arbres l’an passé.  

Outre les conditions climatiques, « la production s’annonce meilleure cette année grâce notamment au repos de l’an passé, durant lequel la production avait été faible ».

« En hiver, l’olivier a besoin d’un certain nombre d’heures de froid pour bien se développer. Or, l’hiver passé avait été un peu doux, ce qui n’avait pas permis aux fleurs de bénéficier du froid nécessaire, entraînant une floraison faible. C’était donc une année off« , ajoute-t-il.

« Les conditions climatiques ont été bien meilleures cette année. Les périodes de froid ont été suffisantes et, surtout, le moment de la floraison a coïncidé avec un climat idéal, sans vagues de chaleur comme celles qui avaient marqué les deux dernières années. »

« Il s’agit d’un phénomène d’alternance. Après une année de faible production, la récolte est généralement meilleure l’année suivante, si les conditions climatiques sont favorables ».

Huile d’olive : vers des prix plus bas que l’an passé

Quid des prix de l’huile d’olive ? « Il est encore tôt pour se prononcer sur ce volet. Ce que l’on peut toutefois confirmer, c’est que les prix seront plus bas que l’an passé ».

Une information confirmée par Rachid Benali. « Les conditions actuelles impliquent automatiquement une baisse des prix par rapport à l’an passé », nous déclare-t-il, estimant que « le prix du litre ne devrait pas dépasser 55 DH« , contre plus de 100 DH la saison précédente.

« L’olive sur arbre est actuellement négociée entre 5 et 5,5 DH/ kg, contre 10 DH/kg l’année passée. Il s’agit, à ce stade, des premières ventes sur arbre. Les prix pourraient baisser si la production s’avère abondante », souligne notre interlocuteur de la Coopérative Zaouia.

Ce dernier rappelle que « le kilogramme d’olives sur arbre avait atteint jusqu’à 15 DH/kg vers la fin de la récolte de l’an passé ».

« On peut donc assurer que les prix seront plus bas que ceux pratiqués l’année dernière, sans estimer avec précision le prix du litre d’huile d’olive. puisqu’il dépend de plusieurs facteurs, notamment le taux de rendement, qu’on ne connaîtra qu’au début de la phase de trituration ». Celle-ci devrait démarrer vers fin octobre ou début novembre, après la récolte prévue à partir de mi-octobre prochain.

Et d’ajouter : « Ce taux de rendement dépend également des différentes variétés« . L’autre facteur évoqué par notre interlocuteur est celui de la concurrence, qui pourrait impacter les prix à la baisse, si la production est abondante ».

Les agriculteurs espèrent toutefois qu’aucune vague de chaleur ne surviendra d’ici le démarrage de la récolte, afin de ne pas compromettre la campagne.

Remise de trophées à des producteurs marocains d’huile d’olive primés à l’international

Le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Ahmed El Bouari, a présidé, mardi 28 mai 2025 à Rabat, une cérémonie de remise de trophées à des producteurs marocains d’huile d’olive, primés dans plusieurs concours internationaux de renom en 2025.

Les producteurs mis à l’honneur lors de cette cérémonie, médaillés aux concours internationaux d’huile d’olive en 2025, sont :

Ces distinctions témoignent du savoir-faire des producteurs marocains et de leur contribution au rayonnement de l’huile d’olive marocaine à l’échelle internationale, indique un communiqué du ministère.

Cette réussite s’inscrit dans la continuité des efforts déployés à travers le Plan Maroc Vert et la stratégie Génération Green, qui ont placé la filière oléicole au cœur du développement agricole, souligne le communiqué. Grâce à un accompagnement renforcé en conseil agricole, en encadrement technique et en accès aux marchés, le secteur connaît un essor remarquable, alliant modernité, résilience et compétitivité, poursuit la même source.

À travers cette initiative, le ministère a mis en lumière les efforts exceptionnels d’hommes et de femmes qui incarnent le dynamisme du secteur agricole national et participent activement au rayonnement des produits marocains sur les marchés internationaux, conclut le communiqué.

Huile d’olive : une production en recul de 50%, les prix grimpent jusqu’à 120 DH/l

La production nationale d’olives pour la campagne 2024-2025 est estimée à 945.600 tonnes, apprend Médias24 de source autorisée, « soit près de la moitié du rendement d’une année normale ».

Elle reste ainsi loin de la production de 2021, qui avait enregistré un niveau historique de 1,9 million de tonnes. Depuis l’automne de cette année, les oliveraies marocaines sont extrêmement éprouvées par les conditions climatiques.

Arrêt de l’irrigation dans le Tadla et El Haouz

Cette chute est essentiellement due à plusieurs facteurs climatiques et structurels, nous explique-t-on. Le Maroc subit un déficit hydrique sévère depuis au moins six années consécutives, « ce qui a contraint le gouvernement à l’arrêt de l’irrigation dans les zones de Tadla et d’El Haouz, considérées comme les plus grands fournisseurs d’olives au Maroc ».

En effet, la sécheresse qui sévit depuis plusieurs années au Royaume provoque un stress hydrique persistant dans différentes régions de production, à des degrés d’intensité différenciés et selon les types de sources d’irrigations.

Le deuxième facteur expliquant cette situation a trait à la perturbation des températures. Les vagues de chaleur suivies des vagues de froid durant le printemps dernier ont coïncidé avec la floraison de l’olivier. « Les conditions climatiques de la fin du printemps dernier ont ainsi fortement perturbé la floraison et la nouaison des oliviers », nous confie notre source.

La disponibilité de l’huile d’olive affectée, entraînant la hausse des prix

Cette baisse de la production constitue un véritable coup dur pour la filière oléicole marocaine. La campagne 2023 avait déjà montré des signes d’affaiblissement, la production atteignant à peine un million de tonnes. En 2024-2025, la situation ne montre aucun signe d’amélioration et la disponibilité de l’huile d’olive s’en trouve gravement affectée. D’ailleurs, de nombreux oliviers n’ont pas donné de fruits cette année.

Face à cette crise, le marché de l’huile d’olive subit une forte pression, avec des prix qui ont déjà dépassé les 100 DH/l au cours de cette campagne.

Selon nos constats au niveau du marché solidaire de Casablanca, qui regroupe de nombreuses coopératives et dans certaines grandes surfaces, le prix du litre varie entre 109 et 121 DH.

Pour éviter une flambée excessive des prix et assurer un approvisionnement suffisant, le gouvernement a décidé d’autoriser l’importation d’huile d’olive extra vierge en 2025.

Ces importations proviennent principalement des pays européens du pourtour méditerranéen, tels que l‘Espagne, la Grèce et l’Italie, qui sont de grands producteurs.

La production nationale d’olives devrait atteindre 950.000 tonnes, en baisse de 11% (Ahmed El Bouari)

Lors de la séance de questions orales à la Chambre des représentants ce lundi 28 octobre, le ministre a rappelé que la filière de production d’huile d’olive a été affectée par des années successives de sécheresse, y compris dans les zones irriguées, en soulignant que la hausse des températures durant la phase de floraison a eu un impact négatif sur le rendement.

Ahmed El Bouari a expliqué que ces facteurs ont entraîné une baisse de la production d’olives, qui devrait atteindre cette saison 950.000 tonnes, soit une diminution de 11% par rapport à la saison précédente et de 40% par rapport à une année normale.

Le ministre a par ailleurs indiqué que la production d’huile d’olive devrait atteindre 90.000 tonnes cette année, alors que la consommation nationale moyenne se situe entre 130.000 et 140.000 tonnes.

Parmi les mesures prises par le gouvernement pour éviter la hausse des prix et renforcer le marché national, le ministre a cité la suspension des droits d’importation sur l’huile d’olive vierge et vierge extra.

« Les huiles importées seront soumises à un contrôle rigoureux par l’Office national de sécurité sanitaire. L’exportation d’huile d’olives sera quant à elle régulée par l’octroi de licences spécifiant les types et les quantités autorisés », a-t-il conclu.

Filière oléicole. La cueillette des olives débute sous le signe de l’incertitude

En ce mois d’octobre, la saison de la cueillette des olives a débuté dans plusieurs bassins de production oléicole du Maroc. Cette phase est à la fois délicate et cruciale pour la fabrication d’une huile d’olive de qualité. En cas de faible récolte en raison de la sécheresse, l’importation d’huile d’olive en vrac et d’olives sera nécessaire.

Depuis l’automne 2021, lorsque le Maroc avait enregistré une production record de 1,9 million de tonnes d’olives, les oliveraies marocaines ont souffert de plusieurs années successives de sécheresse. « Elles sont extrêmement éprouvées », confie une source professionnelle à Médias24. La récolte de 2023 a à peine dépassé le million de tonnes (1,07 Mt).

Cette année, les conditions climatiques n’ont pas connu d’amélioration. « La floraison ne s’est pas déroulée dans de bonnes conditions en raison de la sécheresse et du manque de journées froides. En été, la chaleur et le chergui [vent chaud de l’Est, ndlr] ont provoqué la chute des fruits », indique Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive), à Médias24.

Cette situation est particulièrement préoccupante dans les régions de Fès-Meknès (389.000 ha) et de Marrakech-Safi (192.000 ha), ainsi que dans les zones oléicoles de Béni Mellal-Khénifra, où les oliviers s’étendent sur 102.500 ha. « De nombreux oliviers n’ont pas donné de fruits cette année. Il s’agit d’un mécanisme de survie déclenché par l’arbre à cause de la sécheresse », confirme la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra.

C’est dans les bassins de production de Béni Mellal-Khénifra et de Marrakech-Safi que l’opération de cueillette des olives acommencé. « Au cours des prochains jours, l’activité de cueillette s’étendra progressivement vers le nord du Maroc », affirme une source professionnelle, notamment dans les régions de Fès-Meknès et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Malgré les dernières précipitations enregistrées dans quelques bassins de production, l’opération de récolte des olives débute dans l’incertitude. « Dans certaines zones, les oliveraies n’ont presque pas reçu d’eau toute l’année, tandis que dans d’autres, l’irrigation a couvert les 12 mois de la saison », indique la même source.

Dès lors, la disparité en termes d’apport en ressources hydriques soulève des inquiétudes et laisse présager une récolte en recul par rapport à l’année dernière. Cette situation risque d’influer sur la disponibilité et le prix de l’huile d’olive qui avait déjà dépassé les 100 DH/l lors de la précédente campagne.

Pour éviter une flambée des prix en cas de faible récolte et permettre à l’écosystème de la filière de poursuivre son activité, des importations d’huile d’olive en vrac et d’olives sont envisagées. Les importations d’huile d’olive en vrac proviendront de pays européens du pourtour méditerranéen (Espagne, Grèce, Italie). 

« Les opérateurs ont droit à un quota sans droits de douane. En cas de besoin, l’exonération sera élargie à des quantités plus importantes », précise notre interlocuteur. « Cette huile sera conditionnée au Maroc et mise en vente sur le marché local ». Les trois pays susmentionnés produisent une huile d’olive de haute qualité, ajoute notre source. 

En effet, l’Espagne, la Grèce et l’Italie figurent parmi les plus grands exportateurs d’huile d’olive au monde :

– Espagne : 944.000 tonnes exportées;

– Italie : 307.000 t ;

– Tunisie : 251.000 t ;

– Grèce : 231.000 t ;

– Portugal : 175.000 t.

Partant du principe que l’importation d’olives destinées à la production d’huile d’olive ne garantit pas un produit final de bonne qualité en raison des délais d’acheminement et des process de fabrication d’huile, « les olives importées seront reconditionnées en olives de table avant d’être exportées vers d’autres pays. L’un des pays vers lesquels le Maroc pourrait se tourner pour cette opération d’importation d’olives est l’Égypte. Cela permettra de faire tourner les usines marocaines », conclut notre source.

Filière oléicole. Des mesures pour encourager l’importation d’huile d’olive

En raison d’une baisse de la production d’olives causée par la sécheresse persistante, l’huile d’olive, jadis abondante et accessible, est désormais plus rare et coûteuse pour les consommateurs marocains. Les conditions climatiques difficiles affectent non seulement les récoltes, mais aussi la disponibilité et le prix de cet ingrédient incontournable de la cuisine marocaine. L’année dernière, le prix du litre d’huile d’olive a dépassé les 100 DH, soit presque trois fois plus qu’en 2021.

Cette année encore, la tendance haussière devrait se poursuivre, puisque la production risque d’être inférieure à celle de la campagne précédente. En vue de juguler une nouvelle hausse des prix, le ministère de l’Agriculture prévoit d’encourager davantage les importations. Contactée par Médias24, une source au sein de ce ministère assure que « pour l’instant, l’importation ne concernera que l’huile d’olive et non les olives ».

Des informations confirmées par Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, au micro de nos confrères du média arabophone Goud.ma. « Les importations seront encouragées pour faire baisser les prix sur le marché intérieur, car nous constatons une baisse de près de 50% de la production d’olives depuis 2021, une tendance similaire observée dans plusieurs pays du bassin méditerranéen », a précisé Mohammed Sadiki. 

En effet, à l’automne 2021, le Maroc avait enregistré une production record de 1,9 million de tonnes d’olives. En 2023, la récolte avait à peine dépassé le million de tonnes (1,07 million de tonnes). « Cette situation a conduit à l’interdiction d’exporter les olives en vrac, afin de privilégier leur transformation locale et de mieux approvisionner le marché national », indique le ministre de l’Agriculture dont le département envisage donc d’encourager l’importation d’huile d’olive. 

Une décision qui est loin d’être inédite. « Importer n’est pas une nouvelle décision. L’importation est une pratique courante à laquelle nous recourons chaque année en fonction de la quantité produite localement et des prix aussi. Nous importons principalement de l’huile d’olive, très rarement des olives », nous expliquait dans un précédent article, Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive)

« Cette année, nous cherchons également à diversifier les sources d’approvisionnement. Nous avons déjà des accords nous permettant d’importer à partir de certains pays sans droits de douane et nous travaillons à élargir ces accords à d’autres partenaires », assure le ministre de l’Agriculture. 

« Enfin, nous mettons également en place des mesures pour simplifier les procédures de contrôle sanitaire, dans le but de favoriser davantage les importations », conclut Mohammed Sadiki.

Dans sa quête d’huile d’olive, le Maroc se tournera inévitablement vers cinq pays du pourtour méditerranéen, classés lors de la précédente campagne parmi les plus grands exportateurs de cette denrée selon la plateforme de référence, Reportlinker :

– l’Espagne : 944.000 tonnes exportées ; 

– l’Italie : 307.000 t ; 

– la Tunisie : 251.000 t ; 

– la Grèce : 231.000 t ;  

– le Portugal : 175.000 t. 

https://medias24.com/2024/07/19/deja-eleve-le-prix-de-lhuile-dolive-risque-de-depasser-les-100-dh-par-litre/

https://medias24.com/2024/09/09/oleiculture-une-faible-recolte-en-vue-le-prix-de-lhuile-dolive-pourrait-froler-les-150-dh-l-selon-les-cooperatives/

Oléiculture : une faible récolte en vue, le prix de l’huile d’olive pourrait frôler les 150 DH/l selon les coopératives

Toutes les coopératives oléicoles interrogées par Médias24 sont unanimes pour dire que la récolte des olives s’annonce extrêmement problématique. Si elle n’a toujours pas démarré, les producteurs tablent déjà sur une faible campagne, à l’instar des années passées. Sinon pire.

Une faible récolte en vue

« Même s’il est tôt pour se faire une idée définitive sur la cueillette des olives qui ne démarrera qu’à partir du mois d’octobre, la situation laisse prévoir une faible production. Les prévisions tablent sur un recul de 50% par rapport à l’année dernière. Il faudra attendre la fin de la campagne pour voir les parts qui seront consacrées à la trituration et celles qui iront à la conserverie », affirme la coopérative Taynat, basée dans la région de Béni Mellal.

Cette dernière de préciser : « La baisse affectera principalement les régions de Béni Mellal, Marrakech-Safi et Chaouia-Ouardigha. La production sera moins impactée dans le Nord, où des précipitations importantes ont été enregistrées ».

Même constat dans les oliveraies de Fès-Meknès, autre principale région de production d’olives au Maroc. « La récole n’ayant toujours pas démarré, il est difficile d’avoir une estimation exacte de la production. Mais globalement, la campagne sera plus faible, de l’ordre de -20% à -30%, que la campagne précédente. Ouezzane et Fès seront affectées par cette baisse« , nous explique la coopérative de production d’huile d’olive Douiet qui est installée dans la région, entre Fès et Meknès.

L’huilerie Al Masmoudia à Kénitra renchérit : « Les olives commencent à changer de couleur. La récolte devrait débuter, de ce fait, le mois d’octobre prochain. Nous nous attendons à une faible production cette année à l’instar des dernières années. Nous n’avons pas connu en effet une bonne campagne depuis 2019 ».

Les prix de l’huile de l’olive vont (encore) augmenter

Une faible récolte qui se traduira, inévitablement, par une hausse des prix de l’huile d’olive. Une retombée que nous confirment les trois coopératives oléicoles jointes par nos soins.

« Si aujourd’hui l’huile d’olive se vend déjà à 100 DH/l, ses prix connaîtront une nouvelle augmentation. Ils pourraient atteindre 130 à 150 DH/l si l’huile est de bonne qualité« , estime la coopérative Taynat.

« Le kilo d’olives risque d’outrepasser les 15 DH. L’augmentation des prix de l’olive induira inévitablement une augmentation des prix de l’huile d’olive qui pourraient dépasser les 100 DH/l », prévoit de son côté l’huilerie Douiet.

« Les prix de l’huile d’olive dépendront de la disponibilité des olives, et si le Maroc va en importer en cas de pénurie. Les prix commenceront dès lors à partir de 90 DH/l« , souligne l’huilerie Al Masmoudia.

L’augmentation des prix est inévitable selon Rachid Benali

Pour Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive), également président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER), l’augmentation des prix est inévitable au vu de la récole qui s’annonce maigre. Il estime néanmoins qu’il est encore tôt pour donner des estimations chiffrées, en l’absence du démarrage effectif de la récolte.

« La campagne s’annonce malheureusement mauvaise avec ces années de sécheresse. On comptait sur le retour des précipitations pour essayer de sauver au moins ce qui pouvait encore l’être, sauf qu’à l’heure qu’il est, il n’y a toujours pas de pluie », affirme Rachid Benali.

« C’est encore tôt pour fournir des estimations chiffrées, que ce soit sur la prochaine récolte ou encore sur les prix. Certes, une augmentation des prix est inévitable puisque la récole s’annonce faible. Nous ne pourrons néanmoins avancer des chiffres exacts que lorsque la récolte prendra fin », nuance-t-il.

Au vu de la sécheresse persistante et de la faiblesse de la production, le Maroc va-t-il intensifier son recours à l’import ? « Importer n’est pas une nouvelle décision. L’importation est une pratique courante à laquelle nous recourons chaque année en fonction de la quantité produite localement et des prix aussi. Idem pour l’export. Nous importons principalement de l’huile d’olive, très rarement des olives », nous répond Rachid Benali.

https://medias24.com/2024/08/17/dans-les-regions-oleicoles-la-secheresse-persistante-menace-la-survie-des-oliveraies/

Dans les régions oléicoles, la sécheresse persistante menace la survie des oliveraies

Les six années de sécheresse consécutives mettent à rude épreuve les oliviers dans les différents bassins de production. En dépit des mesures mises en place pour réduire l’impact des conditions climatiques défavorables sur la principale culture fruitière du pays, la rareté des précipitations et des ressources en eau pour l’irrigation laisse présager une baisse de la production.

« Cette année, la floraison ne s’est pas déroulée dans de bonnes conditions en raison de la sécheresse et du manque de journées froides. Puis en été, la chaleur et le chergui ont fait tomber les fruits », affirme à Médias24 Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive).

C’est notamment le cas dans les régions de Fès-Meknès (389.000 ha) et de Marrakech-Safi (192.000 ha). Même constat dans les zones oléicoles de Béni Mellal-Khénifra, où les oliviers s’étendent sur une superficie de 102.500 ha. « De nombreux oliviers n’ont pas donné de fruits cette année. Il s’agit d’un mécanisme de survie actionné par l’arbre », confirme la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra.

Ci-dessus, les principales régions oélicoles au Maroc. Le tonnage est celui de la campagne 2019-2020, une année inférieure à la moyenne.

Les différentes actions entreprises par le ministère de l’Agriculture visent principalement à préserver les arbres. « Les irrigations à partir des lâchers d’eau des barrages servent uniquement à sauver les plantations », souligne Rachid Benali. Dans la province de Béni Mellal, « quatre lâchers d’eau ont été effectués cette année pour soutenir l’arboriculture, y compris les oliviers. Ces irrigations visent à aider les oliviers productifs mais surtout à garder en vie les arbres qui n’ont pas fleuri cette année« , précise la DRA de Béni Mellal-Khénifra.

En début d’année, la dotation agricole pour l’ensemble des filières à partir des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Errabia était estimée à 56 millions de mètres cubes, selon la même source. Dans le détail, cette dotation se répartit ainsi :

– Barrage Bin El Ouidane : 40 millions de mètres cubes ;

– Barrage Ahmed El Hansali : 16 millions de mètres cubes.

Une aide précieuse, mais insuffisante. En cause, le tarissement des ressources en eau dans ce bassin en raison d’une sécheresse persistante. D’ailleurs, selon le ministère de l’Équipement et de l’Eau, le taux de remplissage des barrages relevant du bassin hydraulique d’Oum Errabia dépasse à peine 4 % (217,2 Mm3). Les ressources des nappes phréatiques ont également chuté drastiquement ces dernières années à cause de la surexploitation. 

De fait, la production risque d’être en deçà des attentes. « Au cours des six dernières années, la production a chuté de 60 % par rapport à une année normale, passant de 220.000 tonnes à environ 100.000 tonnes. Si la sécheresse persiste, la production baissera encore, » déplore la DRA de Béni Mellal-Khénifra.

Toutefois, des précipitations en septembre et octobre pourraient limiter ce recul. « Dans le cas où des précipitations et des orages surviennent en septembre et en octobre, cela pourrait aider à obtenir une meilleure production que celle attendue, » poursuit la même source.

L’eau dessalée attendue avec impatience

Un scénario optimiste espéré avec fébrilité par les agriculteurs « qui se trouvent actuellement dans une situation catastrophique », regrette Rachid Benali, également à la tête de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER). Pour notre interlocuteur, la hausse des prix redoutée est en réalité une bouffée d’oxygène pour les exploitants agricoles.

« Une augmentation de 20 dirhams du prix de l’huile d’olive ne sera pas dramatique pour le citoyen marocain, qui consomme en moyenne 4 litres par an. Mais il faut penser à sauver l’agriculteur, car il est en train de disparaître, ce qui pourrait avoir de graves conséquences pour l’avenir de la filière », prévient notre interlocuteur, en faisant allusion à la perte d’attrait de ce secteur aux yeux des jeunes.

En attendant des années pluvieuses, le dessalement de l’eau de mer pourrait sauver non seulement les oliviers, mais aussi les agriculteurs qui en vivent. Les millions de mètres cubes qui seront produits annuellement par les différentes stations de dessalement qui verront le jour dans les années à venir, permettront de redynamiser directement ou indirectement les bassins de production oléicole.

« Le dessalement au niveau de l’Oriental servira à une irrigation directe des oliviers. La grande station en construction à Nador, avec une capacité de 350 millions de mètres cubes annuellement, permettra d’irriguer les oliviers de Berkane, Nador et de toutes les régions environnantes », assure Rachid Benali. 

Concernant la station de dessalement de Casablanca, elle sera quant à elle indirectement bénéfique aux zones de production de la région de Béni Mellal-Khénifra.

« Ces dernières années, les difficultés d’approvisionnement en eau potable à Casablanca ont été notamment résolues grâce aux ressources en provenance du Bassin hydraulique d’Oum Errabia. Cette eau est normalement réservée à l’irrigation dans la région de Béni Mellal. Si la station de dessalement de Casablanca avait été opérationnelle, ces ressources auraient permis d’irriguer les zones agricoles de Béni Mellal, » conclut notre interlocuteur.

https://medias24.com/2024/07/19/deja-eleve-le-prix-de-lhuile-dolive-risque-de-depasser-les-100-dh-par-litre/

Cinq mesures pour soutenir la filière oléicole

Le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Mohammed Sadiki, a présidé, le samedi samedi 3 août, une réunion à Rabat avec les représentants de la Fédération des industries de conserves des produits agricoles du Maroc (FICOPAM). La réunion a été consacrée aux défis actuels de la filière oléicole et aux mesures à mettre en place pour soutenir le secteur dans un contexte difficile.

« La réunion a porté sur la situation du secteur de la transformation des produits agricoles, en l’occurrence la situation de la filière oléicole, et les mesures à prendre pour accompagner les opérateurs pour le maintien de leurs unités en activité dans un contexte difficile, marqué par une succession des années de sécheresse impactant fortement l’approvisionnement des unités de production, et un contexte international marqué notamment par, l’inflation, le renchérissement des prix des intrants et la concurrence sur les marchés extérieurs. », indique un communiqué du ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts.

À l’issue des discussions, plusieurs mesures ont été convenues pour soutenir la filière oléicole et assurer un approvisionnement adéquat du marché, parmi lesquelles :

Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la stratégie Génération Green, qui vise à promouvoir une agriculture durable et adaptable. En soutenant la production, en régulant le marché et en favorisant la diversification des marchés d’exportation, le ministère cherche à maintenir la stabilité de la filière oléicole et à garantir un approvisionnement stable du marché national.

LIRE AUSSI

https://medias24.com/2024/07/19/deja-eleve-le-prix-de-lhuile-dolive-risque-de-depasser-les-100-dh-par-litre/