Hydrogène vert : feu vert pour les contrats fonciers de six projets dans les provinces du Sud

Le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch a présidé, le mercredi 17 septembre 2025 à Rabat, la réunion du comité de pilotage chargé de « l’Offre Maroc » dans ce secteur d’avenir, au cours de laquelle ont été adoptées une série de mesures.

Au cours de cette réunion, le comité a constaté la clôture, avec succès et dans les délais impartis, de la phase préliminaire du projet « Chbika 1 », en préparation du lancement de la phase suivante relative à la réalisation d’études avancées pour ce projet, qui sera réalisé par un consortium d’investisseurs comprenant des sociétés françaises et danoises.

Le comité a également autorisé la signature de contrats préliminaires de réservation de l’assiette foncière au profit de 5 investisseurs nationaux et étrangers, présélectionnés lors de la réunion du comité de pilotage en date du 6 mars 2025, pour la réalisation de 6 projets en cohérence avec « l’Offre Maroc » dans les trois régions sud du Royaume, pour un coût de 319 milliards de DH.

Cité dans un communiqué de son département, le chef du gouvernement a salué, lors de cette réunion, la cadence positive qui imprègne la mise en œuvre rigoureuse et sérieuse de « l’Offre Maroc » en matière d’hydrogène vert, en application des hautes directives royales. Il a souligné que la dynamique de l’investissement renforce le partenariat, consacre la confiance des opérateurs nationaux et étrangers dans notre pays et consolide la position du Royaume en tant que pôle énergétique régional et international dans ce secteur stratégique prometteur.

Le chef du gouvernement a mis l’accent sur l’importance de la planification intégrée des infrastructures électriques, portuaires ou des infrastructures de désalinisation de l’eau, et de l’harmonisation des échéances d’achèvement de leurs travaux avec l’agenda relatif aux projets de l’hydrogène vert.

Il a rappelé que la sélection des projets dans le cadre de « l’Offre Maroc » se fait selon une démarche scientifique et transparente, assurant des partenariats équilibrés, motivant les investisseurs et garantissant en même temps le bon usage du foncier public.

Il est à noter que la procédure de présélection demeure ouverte aux investisseurs, en vue de mettre à contribution la position de leader du Royaume, ses ressources naturelles riches et diversifiées, son positionnement géographique stratégique et ses infrastructures aux normes internationales.

Projet Hydrogène vert de TotalEnergies : avancées techniques validées, calendrier confirmé

Le ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, Karim Zidane, a présidé ce vendredi 30 mai à Rabat la 5e réunion du comité de suivi du contrat préliminaire de réservation de foncier signé avec le groupement TotalEnergies-CIP-AP Moller Capital.

Cette réunion, tenue en présence de la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, s’inscrit dans le cadre du suivi du projet de développement d’une filière d’hydrogène vert au Maroc, tel que lancé sous la présidence du Roi Mohammed VI. Ce projet stratégique vise à faire du Royaume un acteur clé dans la production et l’exportation d’hydrogène vert, en lien avec ses objectifs climatiques et économiques.

Au cours de cette cinquième réunion, les membres du comité ont validé les livrables de la phase 2 du projet. Ils ont également fixé une nouvelle échéance pour la réception des derniers livrables attendus dans le cadre de la phase 3.

Ces étapes s’inscrivent dans la feuille de route convenue entre l’État marocain et le groupement mené par TotalEnergies, qui a obtenu une réservation préliminaire de foncier pour l’implantation d’un mégaprojet d’hydrogène vert, comme révélé par Médias24 en mars dernier.

Pour rappel, le projet du consortium TotalEnergies-CIP-AP Moller Capital prévoit une capacité de production d’hydrogène vert et de ses dérivés à l’export, notamment vers l’Europe. Il bénéficie d’un suivi régulier à haut niveau, dans le cadre de la stratégie nationale visant à structurer une filière industrielle compétitive dans le domaine des énergies renouvelables et de l’hydrogène.

Offre Maroc Hydrogène vert : 5 investisseurs marocains et mondiaux sélectionnés (liste)

Le chef du gouvernement a présidé une réunion du comité de pilotage chargé de l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert, annonce un communiqué officiel.

La même source souligne que la réunion du comité de pilotage s’est tenue « conformément à la vision clairvoyante de S.M. Le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, visant à faire entrer le Maroc dans le club des pays à fort potentiel en matière d’hydrogène vert ».

Au cours de cette réunion, cinq investisseurs nationaux et mondiaux ont été sélectionnés pour la réalisation de six projets dans les trois régions du sud du Royaume, pour un coût de 319 milliards de dirhams, dans la perspective d’entamer des négociations avec les parties sélectionnées.

Il s’agit de sociétés leaders dans le domaine de l’hydrogène vert dans leurs pays respectifs :

– le consortium d’investisseurs ORNX, composé de la société américaine Ortus, de la société espagnole Acciona et de la société allemande Nordex, qui investira dans la production d’ammoniac ;

– le consortium d’investisseurs composé de la société émiratie Taqa et de la société espagnole Cepsa pour la production d’ammoniac et de carburant industriel ;

– la société marocaine Nareva, qui investira dans la production d’ammoniac, de carburant industriel et d’acier vert ;

– la société saoudienne ACWA Power ;

– le consortium d’investisseurs composé des sociétés chinoises UEG et China Three Gorges, qui devrait produire de l’ammoniac.

Aziz Akhannouch a déclaré au cours de cette réunion que le gouvernement a mis en place « une dynamique positive basée sur la minutie et la rigueur dans la mise en œuvre de l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert, en droite ligne des Hautes Directives royales contenues dans le discours du Trône du 29 juillet 2023, dans lequel le Souverain, que Dieu Le préserve, avait engagé le gouvernement à entreprendre la mise en œuvre rapide et qualitative de l’Offre Maroc dans le domaine de l’hydrogène vert, de manière à valoriser les atouts dont dispose notre pays en la matière et à répondre au mieux aux projets portés par les investisseurs mondiaux dans cette filière prometteuse ».

La sélection des porteurs des six projets s’est faite selon une méthodologie scientifique et transparente, garantissant un partenariat équilibré et durable entre le Royaume du Maroc et ces investisseurs, en vue de parvenir à la signature de contrats préliminaires permettant de mobiliser l’assiette foncière destinée à la mise en œuvre de ces projets stratégiques, pour un plafond de 30 mille hectares par projet, indique la même source.

L’État veillera, à travers le cadre contractuel qui le lie aux porteurs de ces projets, à préserver et à garantir le bon usage de l’assiette foncière publique.

Ces six projets viennent s’ajouter aux deux projets prévus par les deux accords signés devant le Roi Mohammed VI, et le président français, Emmanuel Macron, en octobre 2024 à Rabat, dont le premier porte sur la mise en œuvre de l’Offre Maroc pour le développement de la filière de l’hydrogène vert, et lie le Royaume du Maroc au groupe TotalEnergies.

Le second accord porte sur le développement commun entre OCP et la société ENGIE, lequel comprend cinq projets, dont l’un concerne la filière hydrogène vert.

À noter que la procédure de sélection des projets, dans le cadre de l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert, demeure ouverte aux investisseurs.

« La dynamique enregistrée au niveau de la mise en œuvre de l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert couronne l’action entamée par la publication, le 11 mars 2024, de la circulaire du chef du gouvernement pour la mise en œuvre de cette offre, conformément aux Hautes Directives royales, en vue de développer la filière de l’hydrogène vert, à travers la mise à contribution de la position privilégiée du Royaume, de ses ressources naturelles riches et diversifiées, de sa situation  géographique stratégique et de ses infrastructures aux normes internationales », conclut la même source.

Ont pris part à cette réunion Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du commerce, Karim Zidane, ministre délégué auprès du chef du gouvernement, chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, Fouzi Lekjaa, ministre délégué auprès de la ministre de l’Économie et des finances, chargé du Budget, et Tarik Moufaddal, président-directeur général de MASEN.

https://medias24.com/2025/03/07/offre-maroc-hydrogene-vert-les-premieres-explications-de-masen/

https://medias24.com/2025/03/07/ok-offre-maroc-hydrogene-vert-voici-ce-quil-faut-savoir-sur-les-cinq-investisseurs-retenus/

Hydrogène vert : le Maroc vise 120 GW de capacités renouvelables et 300 milliards de dollars d’investissements

Selon GI2, société spécialisée dans les énergies renouvelables, le développement durable, la décarbonation et l’efficacité énergétique, ces projets en cours de développement sont stratégiquement répartis pour exploiter au mieux les ressources naturelles du pays.

Le baromètre des projets d’hydrogène vert montre une cartographie précise des capacités de production prévues dans les différentes régions marocaines :

Avec ces projets, le Maroc ambitionne de répondre à une demande mondiale croissante pour l’hydrogène vert, en particulier de la part de l’Europe, tout en créant des opportunités économiques locales. Les investissements estimés à 300 milliards de dollars peuvent couvrir :

Une chaîne de valeur complète

Selon GI2, ces projets visent à créer une chaîne de valeur complète, depuis la production d’énergies renouvelables jusqu’à l’exportation de l’hydrogène et ses dérivés. Cela inclut :

Hydrogène vert. Le Maroc a reçu près de 40 demandes pour des projets dans différentes régions

Présidé par le chef du gouvernement, ce comité de pilotage « a examiné l’état d’avancement de la mise en œuvre des différents chantiers relatifs à l’opérationnalisation de « l’Offre Maroc », pour l’hydrogène vert », annonce un communiqué.

Le comité a débattu dans ce cadre de la méthodologie qui sera adoptée pour l’évaluation et la sélection des projets, à travers une définition précise des critères.

La même source ajoute que lors de cette réunion, qui survient moins de 6 mois après la publication de la circulaire du Chef du gouvernement relative à la mise en œuvre de « l’Offre Maroc », la plateforme mise en place par  l’Agence Marocaine pour l’Energie Durable ( MASEN), a reçu jusqu’à présent près de 40 demandes de projets.

« Ce qui confirme le vif intérêt et l’interaction effective des investisseurs nationaux et des grands opérateurs internationaux dans le domaine énergétique pour « l’Offre Maroc » », est-il expliqué, précisant « que cet intérêt témoigné par les investisseurs, porte sur les différentes régions du Royaume, du nord du Maroc jusqu’à ses provinces du sud ».

Ont pris part à cette réunion, M. Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, Mme Nadia Fettah, ministre de l’Economie et des Finances, M. Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’Eau, M. Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, M. Mohcine Jazouli, ministre délégué auprès du Chef du gouvernement chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des politiques publiques, M. Fouzi Lekjaa, ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, chargé du Budget, M. Tarik Moufaddal, président-directeur général de  l’Agence Marocaine pour  l’Energie Durable, ainsi que le Secrétaire Général du ministère de la Transition Energétique et du Développement Durable.

 

Hydrogène vert. Des coûts énormes pour le Maroc, mais pour quels gains ?

1,44 million d’hectares, ou 14.400 km², ont été octroyés par l’Etat à des projets d’énergies renouvelables, essentiellement destinés à la production d’hydrogène vert. Cette superficie est équivalente au territoire d’un Etat comme le Monténégro et dépasse de loin la superficie de pays comme le Qatar ou le Liban.

Bien que le rapport sur le foncier public accompagnant le PLF ne donne pas de détails sur ces projets, notamment sur la destination de la production (export ou consommation locale), ni d’ailleurs sur les volumes ou la nature des investissements et de leurs financements, il n’en demeure pas moins que l’ambition marocaine de se positionner sur l’exportation des EnR, y compris de l’hydrogène vert, commence à se concrétiser.

C’est donc une nouvelle révolution industrielle et énergétique qui est en cours d’incubation et sur laquelle le Maroc ambitionne de se positionner. Au-delà des chiffres avancés, qu’il s’agisse des investissements pressentis ou des créations d’emplois annoncées, il faut avant tout se poser la question suivante : que gagne le Maroc à investir dans cette nouvelle filière et à quelles conditions économiques ce positionnement serait-il bénéfique au développement et à la croissance économique du pays ?

D’autant que le Royaume ne dispose ni de la capacité de production des équipements d’énergie renouvelables comme les panneaux solaires, les éoliennes ou les électrolyseurs, ni de l’infrastructure industrielle de transformation, de stockage ou de transport de l’hydrogène ou de ses dérivés permettant de maximiser la création de valeur ajoutée localement.

Et en termes d’emplois ? Il n’y a pas non plus grand-chose à espérer, l’énergie étant un secteur capitalistique où la création d’emplois directs est faible. Exemple : une unité de production d’hydrogène vert nécessitant 19 MMDH projette de ne créer que 650 emplois !

Le Maroc veut fournir 4% de la demande mondiale

Ce dont il s’agit aujourd’hui, comme décrit dans la feuille de route nationale sur l’hydrogène publiée en 2021, c’est essentiellement de s’orienter vers une offre exportatrice.

La feuille de route nationale propose, bien sûr, une production destinée aux besoins locaux, notamment pour la production d’ammoniac vert pour l’industrie des engrais, et une production d’hydrogène pour l’industrie de raffinage. Mais l’essentiel du document parle de la volonté d’exportation du H2 ou ses dérivés (ammoniac et méthanol) et où le Maroc veut fournir jusqu’à 4% de la demande mondiale, soit plusieurs millions de tonnes annuellement.

La question de le production pour l’export est d’autant plus sensible que la production de H2 est extrêmement coûteuse en termes de production/transfert d’énergie. Il y a une déperdition de près de 70% de l’électricité injectée en aval pour la transformation de l’eau en H2, c’est-à-dire que pour chaque 100 unités d’énergie électrique introduite en aval à l’entrée de l’électrolyseur, on obtient à peine 30 unités d’énergie en hydrogène en amont en la transformant en électricité à travers des fuel-Cell ou en transformant l’ammoniac en hydrogène et après en électricité. C’est ce qui explique d’ailleurs en partie l’étendue des territoires nécessaires à la production d’énergie renouvelable pour alimenter les installations d’électrolyseurs.

L’électrolyse est aussi coûteuse et nécessite des ressources et une alimentation en eau des zones de production de l’hydrogène et de l’énergie renouvelable (des zones arides et souvent très excentrées, comme le cas du sud du Maroc). Il faut en effet compter entre 10 et 15 litres d’eau par kg de H2 produit. Même si le coût de l’eau reste marginal (1 à 2%) dans le coût de production de l’hydrogène, il faudra aussi investir dans des usines de dessalement et les alimenter en électricité pour le produire, et dans des réseaux pour l’acheminer en quantité (des dizaines de millions de m3) dans les zones prévues pour accueillir les installations de production d’hydrogène. Il faut aussi investir dans des capacités d’acheminement et d’exportation.

Les coûts explosent. Or, ce que recherchent les partenaires internationaux du Maroc, notamment l’Europe, c’est une source et un vecteur énergétiques acheminés à bas coût jusqu’à chez eux. En effet, pour que l’hydrogène soit compétitif à l’export, il faut qu’il coûte, à l’horizon 2030, entre 1 et 2,5 euros/kg livré en Europe ou aux Etats-Unis.

Il est vrai que le Maroc a un fort potentiel en énergies renouvelables, notamment dans le solaire et l’éolien, mais jusqu’à présent, et 15 ans après le lancement de la politique de transition énergétique vers les renouvelables en 2009, le Maroc importe toujours la plus grande part des technologies et équipements en EnR de l’étranger.

Une situation rappelée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui a pointé en 2020 dans son auto-saisine « Accélérer la transition énergétique pour installer le Maroc dans la croissance verte », le caractère dispendieux et peu générateur de valeur des technologies adoptées jusqu’à présent dans la production d’électricité solaire au niveau national, ainsi que la faiblesse de notre intégration industrielle dans ce domaine.

 

Quand on analyse la structure des coûts et la valeur ajoutée des unités Noor à Ouarzazate, par exemple, on se rend compte que les entreprises nationales étaient essentiellement impliquées dans les travaux de terrassement, de soudure, de transport ou de gardiennage, alors que le gros de l’investissement, des équipements, des achats intermédiaires liés à la production et des consommables étaient importés, y compris les engins de terrassement et le diesel qui les faisaient rouler.

La faiblesse des emplois après la phase de construction est aussi patente, puisque moins de 200 personnes, essentiellement à basse qualification, sont nécessaires pour faire tourner ce complexe étalé sur 3.500 hectares et qui a coûté près de 25 milliards de dirhams en investissements, financés essentiellement à travers de la dette extérieure, pour une capacité installée de 560 MW.

Cette faiblesse de l’intégration industrielle dans la production et l’installation de technologies renouvelables rend d’une part le coût du Kwh produit, dans le solaire, plus élevé que celui du mix électrique, car les énergies en EnR intègrent des financements et des équipements essentiellement importés, et d’autre part, la valeur ajoutée localement créée reste très faible, ce qui amoindrit le rendement économique du potentiel des EnR au Maroc, que ce soit pour la consommation locale ou pour l’exportation.

Ceci se répercute, non seulement sur la compétitivité du prix à l’export, mais aussi sur les performances économiques nationales. L’énergie est en effet un facteur de production qui, s’il est optimisé, permet une meilleure compétitivité globale de l’économie. Investir dans plus d’énergies renouvelables à bas coût devient ainsi un impératif pour une croissance durable.

Un coût énorme pour le Maroc, mais pour quels gains ?

Dans les conditions expliquées plus-haut, destiner une offre de renouvelable, notamment d’hydrogène, essentiellement à l’exportation, engendre un coût pour la collectivité encore plus important. Celle-ci devra mettre à disposition des terrains, de l’eau, du soleil, du vent, et potentiellement des infrastructures d’acheminement (ports, routes, réseaux électrique et d’eau, pipelines…) à la disposition d’investisseurs qui cherchent avant tout la rentabilité financière de leurs investissements en fonds propres à travers l’exportation à bas coût d’un vecteur énergétique sur une période de long terme (20 à 30 ans) à même de soutenir la compétitivité économique de pays étrangers, essentiellement européens.

La situation est encore plus inéquitable si on réfléchit à l’après : qui prendra en charge les coûts de démantèlement de ces installations posées sur une superficie aussi grande ? Quelles sources d’eau seront mobilisées pour cela ? Quels arbitrages avec d’autres usages à plus forte utilité économique, sociale et locale comme l’agriculture irriguée par exemple, ou encore pour accélérer la transition énergétique du Maroc, qui vise dans son mix des niveaux de renouvelables importants allant jusqu’à 80% à l’horizon 2050 ?

Si la plupart des analystes tablent sur une désalinisation de l’eau de mer, la question du coût économique et environnemental de cette désalinisation, dédiée à l’export, devra aussi être intégrée au coût global, tout comme les arbitrages entres usage des ressources.

Quand on examine ce qui commence déjà à émerger comme propositions ou projets concernant l’hydrogène, on se rend compte que malgré les investissements pharamineux annoncés, les créations d’emplois restent très limitées, ce qui renchérit fortement le coût de l’emploi créé et laisse présager des contenus très faibles en offset industriel local.

Sur le projet annoncé par Taqa Morocco par exemple, pour un investissement global de 96 milliards de dirhams, s’étendant sur 70.000 ha, qui bénéficie en outre de tous les avantages en termes d’exonérations fiscales et douanières, de contribution de l’Etat aux infrastructures externes, de formation professionnelle et d’acquisitions de terrains, la création d’emplois pérennes est de 56 postes. Ce qui fait que pour chaque emploi créé, il faut investir 1,7 milliard de dirhams et 1.200 ha en terrain !

Cette énergie produite à partir de facteurs limités (foncier à gisements solaire et éolien importants et productifs situés dans les régions sud du pays, financements locaux importants…) devrait au contraire être optimisée par une allocation à des activités, à des filières nouvelles et à des projets à fort impact et à forte rentabilité socioéconomique, en plus de la rentabilité financière, notamment à travers la création d’emplois en quantité, durables et de préférence qualifiés, soutenus par un transfert d’activités et de technologies plus prononcés.

Un cadre de régulation supranational du H2 est nécessaire

Cette analyse recoupe avec les débats internes en Europe. « Aujourd’hui, deux tendances se dessinent au sein des instances européennes », décrit un député allemand rencontré au Bundestag lors d’un voyage d’étude en Allemagne sur l’hydrogène vert courant octobre, organisé par la Fondation Heinrich Böll. 

La première, libérale, voudrait que l’hydrogène vert soit considéré comme une commodité, et donc qu’il réponde à une logique pure de marché de l’offre et de la demande et donc à une logique concurrentielle, y compris avec d’autres ressources au niveau des pays (arbitrage dans l’utilisation de l’eau, de l’énergie et des terrains entre divers usages, notamment agricoles ou industriels, ndlr) ou entre les pays producteurs.

L’autre option, plus équitable, bien que minoritaire, est qu’il y ait des compensations justes aux pays exportateurs, notamment en termes de prix, mais aussi de l’imposition de certificats d’origines, de compliance environnementale et sociale concernant la non-concurrence dans l’utilisation de la terre, de l’eau, de l’énergie, etc. La question des délocalisations d’emplois ou de transferts technologiques reste, elle, taboue.

Cette dernière option doit passer par des cadres de régulation et de négociation supranational. Cadre qui aujourd’hui n’existe pas vraiment. Il est vrai que le Maroc a entamé plusieurs démarches pour se positionner en tant que leader régional en matière de transition énergétique ; il n’en demeure pas moins que d’autres acteurs nord-africains, comme l’Egypte, la Mauritanie ou encore la Tunisie et l’Algérie, ont annoncé leur volonté de s’investir dans ce marché.

Il semble ainsi de plus en plus clair que la logique marchande de concurrence risque de prendre le pas sur une autre plus concertée entre les pays de la région, qui finalement partagent ensemble une position de négociation plus solide, étant donné que globalement, c’est l’Union européenne qui est la plus demandeuse de cette ressource d’énergie propre et que tout reste encore à construire.

Ainsi, d’autres interactions, en off cette fois-ci, que nous avons eues avec des chercheurs allemands, pointent le fait que la nécessité aujourd’hui de s’allier entre pays du Sud est plus importante qu’auparavant. D’autant plus qu’ils (les pays du Sud) ont beaucoup plus à perdre individuellement dans une logique de concurrence qu’ils n’ont à gagner. Des conditions seraient ainsi à poser sur une rémunération de l’hydrogène vert qui intègre tous les coûts cachés, notamment ceux liés au carbone évité, à l’acheminement, à l’eau ; des conditions d’offset industriel plus avantageuses, à même de retenir le maximum de valeur ajoutée localement, ainsi que des conditions de transferts technologiques et en termes de formations plus importants que ce qui a été fait jusqu’à présent, notamment dans le cadre du programme Noor.

Il est vrai que le Maroc a déjà signé en 2021, un accord de coopération avec l’IRENA, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, pour la promotion de l’investissement privé, afin de créer des chaînes de valeur locale dans l’hydrogène verts.

Il est aussi à rappeler que le Maroc a été membre fondateur de l’Alliance africaine de l’hydrogène vert avec la Mauritanie, l’Égypte, le Kenya, l’Éthiopie, l’Angola, la Namibie et l’Afrique du Sud. Une initiative qui fournit une plateforme pour coordonner les meilleures pratiques entre les divers ministères de l’énergie et offre au Maroc et autres pays membres le potentiel de renforcer leurs capacités de négociations sur les normes, les certifications et le financement de l’hydrogène vert.

Toutefois, la pression exercée par l’Europe pour s’intégrer à ce marché est telle que l’on risque, en cas d’emballement, de s’embarquer dans une bulle dirigée par une logique extractiviste, loin d’une logique gagnant-gagnant. Une logique qui ferait supporter les coûts de la neutralité climatique européenne sur les pays du Sud, paradoxalement, les plus touchés par les répercutions des changements climatiques générés par les modèles économiques et de croissance adoptés dans le Nord depuis plus de 200 ans.

Hydrogène vert, kesako ?

L’hydrogène est un produit chimique qui peut être utilisé dans l’industrie comme intrant, comme dans le cas de la production d’acier, ou de l’industrie chimique (engrais essentiellement) ou encore dans le raffinage du pétrole. Il peut aussi être utilisé comme vecteur énergétique, c’est-à-dire une énergie transformée à partir d’une autre énergie qui peut être stockée, transportée et utilisée en amont d’une production nécessitant un grand apport en énergie. Ses utilisations en tant que vecteur peuvent s’opérer soit en le brûlant directement, en le transformant en d’autres produits dérivés (ammoniac, méthanol, éthanol…) ou dans des batteries à combustible (fuel-cell), ce qui le retransforme en électricité pour des véhicules à hydrogène. Ces usages sont notamment pressentis aussi bien pour l’industrie décarbonée que pour la mobilité verte.

Quand l’hydrogène n’est pas vert, il peut être ‘noir’ par gazéification du charbon ou ‘gris’ comme produit dérivé du charbon et du gaz par vaporeformage. Il peut aussi être ‘bleu’ si le CO2 dégagé dans ce cas fait l’objet d’une séquestration. La production d’hydrogène peut aussi se faire par électrolyse de l’eau avec une électricité provenant de source nucléaire (hydrogène rose). L’hydrogène vert est donc celui issu de l’électrolyse de l’eau à partir d’une électricité provenant de source renouvelable (hydraulique, éolienne, solaire, etc.).

Le processus d’électrolyse est un procédé de réaction chimique basé sur l’introduction d’un courant électrique dans de l’eau qui, décrit simplement, permet de séparer la molécule de l’eau (H2O) en un atome d’oxygène et de l’hydrogène (H2). Il a été découvert en 1800 mais au vu de son coût et de l’instabilité de l’hydrogène, il ne s’est jamais imposé. L’hydrogène (H2) dégagé peut aussi subir (en combinaison de carbone ou d’azote) d’autres transformations chimiques pour produire du méthane de synthèse, de l’ammoniac, voire des e-carburants de synthèse comme de l’essence ou du kérosène…