Cybersécurité d’État : la Défense nationale se dote d’un statut sur mesure pour ses experts

Un nouveau statut encadre désormais les ingénieurs, administrateurs et techniciens affectés à la sécurité des systèmes d’information au sein de l’Administration de la Défense nationale (direction générale de la Sécurité des systèmes d’information DGSSI). Publié au Bulletin officiel du 6 novembre, un décret définit les missions, les grades, les règles de recrutement et les obligations professionnelles de ces effectifs.

Ce texte institue pour la première fois trois corps dédiés – ingénieurs, administrateurs et techniciens – dotés de grilles propres, d’un dispositif de formation continue obligatoire et d’un régime indemnitaire spécifique. Leur mission : sécuriser, superviser et maintenir les infrastructures numériques placées sous la responsabilité de la Défense.

Recrutement dans les disciplines de pointe

Le décret réserve l’accès à ces corps aux titulaires de diplômes spécialisés en cybersécurité, réseaux, cryptographie, cloud, IA, data, développement ou systèmes d’information.

Le département peut élargir cette liste selon les besoins opérationnels. Certaines recrues peuvent être engagées sans concours, sur autorisation du chef du gouvernement, lorsque des compétences critiques doivent être mobilisées rapidement.

Devoir de silence : la grande muette 2.0

Le texte renvoie aux obligations inscrites dans l’article 33 de la loi 54.19 (charte des services publics), qui encadre le comportement et la déontologie des agents publics. Cet article impose :

On parle de cybersécurité étatique. Ces exigences prennent donc une dimension particulière : les agents interviennent sur des environnements classés, manipulent des données critiques et gèrent des systèmes dont la compromission peut affecter la sécurité nationale.

Les nouveaux agents doivent servir au moins huit années au sein de la DGSSI. Un départ anticipé implique le remboursement, au prorata, d’une fraction de leur dernière rémunération annuelle. Cette obligation s’applique également aux fonctionnaires déjà en activité qui seront intégrés dans le nouveau statut.

HPS Switch devient Switch Al Maghrib : un pivot stratégique pour la souveraineté monétique du Maroc

Depuis sa création en 2016 sous l’impulsion de Bank Al-Maghrib, HPS Switch opérait en tant que switch national, assurant la fluidité des paiements par carte et mobile entre les différents acteurs de l’écosystème.

Neuf ans plus tard, le changement d’identité vers Switch Al Maghrib (SWAM) symbolise un virage stratégique. Non pas un simple rebranding, mais l’affirmation d’un rôle critique au service de la souveraineté numérique du pays.

« Switch Al Maghrib est une infrastructure indivisible et indispensable. C’est le point de jonction central qui connecte banques, établissements de paiement, commerçants et porteurs de cartes. Sans ce point, l’interopérabilité ne serait tout simplement pas possible », explique Hanae Ben Driss, directrice générale de SWAM.

Trois fonctions critiques pour faire fonctionner le système

Pour que chaque paiement par carte ou wallet soit exécuté de manière fluide et sécurisée, trois fonctions techniques clés sont mises en œuvre en quelques fractions de seconde : le routage, la compensation et le règlement.

« Quand vous payez chez un commerçant, la demande passe par notre infrastructure. Elle est acheminée vers la banque du porteur pour vérifier la disponibilité des fonds, puis retourne vers le terminal en moins d’une seconde. Ce processus s’accompagne de contrôles de sécurité extrêmement rigoureux ».

Ensuite, les transactions de la journée sont consolidées lors de la phase de compensation, afin de calculer ce que chaque participant doit recevoir ou payer. Enfin, la phase de règlement permet de dénouer financièrement ces positions nettes sur les comptes ouverts à Bank Al-Maghrib.

« Notre rôle est de garantir que le commerçant recevra son argent. Le paiement est irrévocable. Cela crée un socle de confiance indispensable pour toute économie numérique ».

Un statut renforcé, une supervision continue

SWAM est aujourd’hui reconnue comme infrastructure de marché financier (IMF) et infrastructure d’importance économique (IIE), aux côtés de la Bourse de Casablanca ou de Maroclear. Ce statut implique une surveillance rapprochée par Bank Al-Maghrib, allant bien au-delà de simples obligations réglementaires.

« Nous opérons sous un corpus normatif strict. Chaque nouveau service ou modèle de tarification nécessite une validation préalable de la Banque centrale. C’est une gouvernance active et quotidienne, qui garantit à tous les acteurs du marché un accès équitable, sécurisé et non discriminatoire ».

Une infrastructure résiliente et évolutive

Pour accompagner le développement massif des paiements numériques, SWAM a repensé son architecture technique. L’infrastructure repose désormais sur un système actif-actif, avec plusieurs datacenters opérant simultanément et capables de se relayer instantanément.

« Ce modèle garantit une disponibilité maximale. En cas de défaillance sur un site, un autre prend immédiatement le relais, sans interruption. Cela évite les arrêts critiques et sécurise l’ensemble de l’écosystème, dans un contexte où l’instantanéité devient la norme ».

C’est cette même exigence qui guide le déploiement de nouveaux services basés sur l’intelligence artificielle. Le système de scoring de risque, déjà en place, permet une détection de la fraude en temps réel, sur la base de modèles auto-apprenants.

« Chaque demande d’autorisation passe désormais dans un moteur IA qui attribue un score de risque. Plus besoin de règles figées : le système apprend, détecte et anticipe des comportements anormaux grâce à des millions de transactions analysées. C’est un gain de réactivité et de sécurité ».

Vers un Maroc des paiements instantanés

Les chiffres donnent la mesure du changement en cours. À fin 2024, le Maroc compte plus de 20 millions de cartes en circulation, 400 millions de retraits GAAP par an, et plus de 10 millions de wallets, lancés seulement en 2018.

« Avec le wallet, les fonds sont crédités sur le compte du commerçant en quelques secondes, contrairement à la carte qui peut mettre jusqu’à quarante-huit heures. C’est une transformation majeure pour leur trésorerie et leur motivation à adopter les paiements numériques ».

Ce virage vers l’instantanéité inscrit le Maroc dans la dynamique mondiale des fast payments, déjà déployés dans des pays comme l’Inde, le Brésil ou la Turquie.

« Les paiements instantanés, c’est l’avenir. Mais pour cela, il faut des infrastructures solides, résilientes, souveraines. C’est exactement le rôle que joue Switch Al Maghrib aujourd’hui. Nous posons les fondations d’un système moderne, inclusif et performant ».

Un écosystème de place, construit dans la concertation

Au-delà de la technologie, l’interopérabilité repose sur une dynamique collective. SWAM fédère aujourd’hui 48 participants (banques, établissements de paiement, fintech), et anime des comités de place pour définir des feuilles de route partagées.

« L’interopérabilité ne se décrète pas. Elle se construit dans le dialogue. C’est pourquoi nous travaillons avec l’ensemble des acteurs – GPBM, APEP, Morocco FinTech Center – pour faire émerger des solutions communes et alignées avec les besoins du marché ».

Une ambition continentale ?

À travers ce repositionnement, Switch Al Maghrib affirme une ambition claire : devenir la colonne vertébrale du paiement électronique au Maroc, et potentiellement un modèle de référence en Afrique.

« Ce que nous construisons ici, c’est une infrastructure souveraine, robuste, pensée pour l’avenir. Elle peut inspirer d’autres pays du continent, car elle repose sur une gouvernance crédible, une technologie éprouvée et une vision stratégique ».

Avec l’IA, l’artiste Monsieur G réinvente les voyages d’Ibn Battouta

Des personnages aux costumes extravagants, entre turban-nid d’oiseau et fès couronné d’une boîte d’œufs, des regards qui flottent entre rêve et réalité… À Tanger, l’exposition « Ibn Battouta, le voyage imaginaire« , signée par Monsieur G, convie les visiteurs à une traversée inédite des mondes de l’explorateur tangérois. Une traversée qui ne cherche pas à retracer l’itinéraire d’Ibn Battouta, mais à en réinventer l’esprit.

Organisée dans le cadre du Festival Ibn Battouta, tenu du 8 au 10 mai, l’exposition se déploie dans deux lieux emblématiques de la ville : l’Espace d’exposition de la mémoire d’Ibn Battouta, situé à Borj En-Naam, et la galerie Conil Volubilis. Visible durant tout l’été, elle invite à une relecture contemporaine et onirique des récits de voyage du célèbre explorateur.

Un récit visuel réinventé à l’ère de l’IA

Dès l’entrée, le ton est donné : ici, l’histoire se raconte autrement. Les murs sont peuplés de portraits de personnages inventés, aux allures irréelles et foisonnantes, que Monsieur G imagine comme autant de rencontres possibles d’Ibn Battouta au fil de ses périples. Certains portent des bijoux clinquants, d’autres des légumes ou des miroirs, en écho à des cultures croisées ou rêvées. Le résultat est déroutant, captivant, presque hypnotique.

« Ce qui m’inspirait, c’était le flou du récit d’Ibn Battouta, entre réalité et légende. J’ai voulu créer des personnages qu’il aurait pu rencontrer, avec une part d’exubérance, de merveilleux », explique l’artiste, interrogé par Médias24 lors du vernissage.

Photographe de formation, Monsieur G s’est tourné vers les outils d’intelligence artificielle générative pour explorer cette esthétique du fantasme. Pour lui, l’IA n’est pas une fin, mais un moyen : « C’est un outil créatif comme un autre, qui ouvre des possibilités nouvelles. Elle ne remplace pas l’artiste, elle le stimule ».

Un univers visuel foisonnant

Chaque portrait, réalisé à l’aide de l’IA, est minutieusement composé : matières textiles, textures, symboles issus des cultures marocaines, arabes, africaines ou asiatiques… L’ensemble forme une galerie de figures inventées, à mi-chemin entre conte oriental, peinture surréaliste et art numérique.

À Borj En-Naam, le contraste entre le bâtiment historique et les œuvres numériques accentue la tension entre passé et futur. À la galerie Conil Volubilis, plus contemporaine, l’exposition prend une autre dimension, plus installative, plus libre. Ce dialogue entre les deux espaces accompagne celui entre tradition et modernité, que le festival souhaite mettre au cœur de sa programmation.

Une exposition pensée aussi pour les plus jeunes

Pensée comme un voyage sensoriel, l’exposition vise aussi un jeune public. Des visites scolaires sont programmées, et Monsieur G prévoit de concevoir des affiches et des supports pédagogiques adaptés aux enfants. L’objectif : éveiller leur curiosité pour les cultures du monde, leur transmettre autrement l’héritage du grand voyageur tangérois et leur faire découvrir le potentiel créatif de l’intelligence artificielle.

En marge de l’exposition, le Festival Ibn Battouta propose également conférences, performances, rencontres artistiques et échanges autour du voyage, réel ou symbolique. L’ensemble compose une proposition culturelle ambitieuse, qui vise à ancrer durablement ce rendez-vous à Tanger.

Younes Kouira : « Le Maroc peut viser une licorne en cinq ans, mais à condition de plonger dans la DeepTech »

BENGUERIR. DEEP TECH SUMMIT 2025 – Présent pour la première fois au DeepTech Summit, Younes Kouira, entrepreneur en intelligence artificielle et spécialiste de l’adoption technologique, s’est dit impressionné par l’écosystème émergent de l’innovation au Maroc. Ce qu’il a vu à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) l’a conforté dans une conviction : le pays est prêt à jouer un rôle de premier plan dans l’économie numérique mondiale, à condition d’assumer pleinement les potentialités de l’IA.

Les startuppeurs marocains ont une vision internationale

Mais au-delà de la forme, c’est le fond qui a surtout retenu son attention : « Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’ambition affichée par nos startuppers. Ils ne se contentent pas de répondre à des problématiques locales ; ils ont une vision internationale et souhaitent créer un impact à l’échelle mondiale », confie-t-il à Médias24. Une dynamique portée, selon lui, par les nouvelles technologies, et en particulier par l’IA, qui agit comme un accélérateur d’ouverture à l’international.

L’IA, un levier de transformation, pas une menace

M. Kouira observe que les cas d’usage les plus avancés au Maroc se situent actuellement dans des domaines bien identifiés : « relation client, création de contenu marketing, maintenance prédictive, accès à la connaissance… »

« Mais cette technologie commence à s’aventurer dans des domaines traditionnellement réservés à l’intellect humain », poursuit Younes Kouira. Elle est même capable aujourd’hui de « comprendre et d’analyser des documents techniques complexes ».

Et cette avancée ne doit pas susciter de craintes. L’IA ne remplacera pas l’humain, mais comblera des manques : « Il faut comprendre qu’elle peut compenser l’absence de travailleurs. Je m’explique : au Maroc, nous faisons face à une déficience, voire une carence chronique, en main-d’œuvre qualifiée ». Et de poser une question directe : « Combien d’opportunités économiques nous échappent simplement parce que les profils ne sont pas disponibles ? ».

C’est dans cette logique que M. Kouira voit l’IA comme « une arme redoutable pour la montée en compétence ». Elle nous permet aussi, en tant que Marocains, « d’explorer des secteurs et des territoires qui nous étaient jusque-là difficiles d’accès ».

Les piliers de la stratégie Maroc Digital 2030

Pour Younes Kouira, la stratégie « Maroc Digital 2030 » trace une feuille de route cohérente, fondée sur trois piliers essentiels : l’infrastructure, les talents et l’adoption. Et sur ce dernier volet, l’entrepreneur se montre résolument optimiste. « Sur le point de l’adoption, les résultats sont particulièrement encourageants. Comme je l’ai mentionné, nous partons d’une base solide ».

Un constat conforté par des données objectives. « La dernière étude du Boston Consulting Group classe les managers marocains quatrièmes au niveau mondial en matière d’utilisation de l’intelligence artificielle », rappelle-t-il. Une performance qu’il qualifie « d’avantage stratégique indéniable ».

Mais cette dynamique s’accompagne aussi de précautions. « Cette même étude souligne une tendance à trop faire confiance aux résultats générés par des outils comme ChatGPT, sans les remettre suffisamment en question ». Younes Kouira considère que ce biais cognitif peut être corrigé par un accompagnement ciblé et des actions de sensibilisation adaptées.

Sur le terrain, il note déjà des initiatives positives portées par des acteurs marocains engagés, qui proposent des masterclasses de haut niveau. « Elles sont animées par des experts que nous pourrions même valoriser à l’international, en Europe, en Afrique ou dans le monde arabe ». L’adoption, selon lui, est bien plus qu’une tendance – « c’est un motif de fierté nationale ».

Un focus nécessaire sur le développement du capital humain

Pour notre spécialiste de l’adoption technologique, le levier des talents nécessite « une attention renforcée ». Sur le terrain, des actions concrètes ont déjà été engagées, dont le reskilling, cette capacité à offrir une nouvelle trajectoire professionnelle à ceux qui souhaitent évoluer vers l’intelligence artificielle. « Il est essentiel de permettre à tous les ingénieurs désireux de se reconvertir vers l’IA de le faire », affirme-t-il, « comme ce fut le cas à l’étranger dans le cloud ou la cybersécurité ».

À cet égard, le gouvernement marocain « mobilise des moyens importants, avec des programmes comme JobInTech et d’autres dispositifs », rappelle-t-il. Les entreprises, elles aussi, s’impliquent fortement. Notre interlocuteur relève dans ce sens « une multiplication de masterclasses et de formations continues », reflet d’un véritable dynamisme sur le terrain.

L’éducation et l’inspiration des écoliers avant tout

Aujourd’hui, le cœur du défi se situe en amont, dans l’éducation. Dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030, l’objectif est clair : former 100.000 ingénieurs en cinq ans. Une ambition qui impose d’agir dès aujourd’hui, dans les collèges et lycées du Royaume. « Il faudrait déjà inspirer entre 200.000 et 500.000 jeunes à s’orienter vers ces filières : les sciences, la technologie, l’ingénierie, la DeepTech ».

Ce virage ne peut se limiter à l’introduction de quelques cours de coding, c’est d’abord une question d’inspiration. « Nos collégiens sont brillants, curieux, connectés au monde. Il faut leur montrer le sens, l’utilité, la liberté que permet ce secteur. » Une liberté que M. Kouira connaît bien, après plus de vingt ans de carrière dans la tech : « C’est un domaine qui ouvre des perspectives extraordinaires : liberté de création, liberté de lieu, et de nouvelles formes de travail que nous avons nous-mêmes contribué à inventer, comme le télétravail ».

Une ambition inédite : faire émerger des licornes marocaines

Dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030, un indicateur de performance particulièrement audacieux a été fixé par le ministère : faire émerger, d’ici cinq ans, une à deux licornes marocaines (licorne : start-up valorisée à plus d’1 milliard de dollars) . »Il y a encore trois ans, un tel objectif aurait semblé prétentieux, voire irréaliste », concède Younes Kouira. « Mais aujourd’hui, avec l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, cet objectif devient véritablement envisageable pour nos entrepreneurs, nos startuppers et même nos étudiants. »

Le tournant s’est opéré en novembre 2022, avec le lancement de ChatGPT par OpenAI. « Ce que le grand public a perçu comme un effet ‘waouh’ a été, pour les professionnels de la tech, un véritable séisme », analyse notre interlocuteur. Ce choc d’innovation a eu un effet immédiat : la baisse brutale du ticket d’entrée technologique. Désormais, concevoir un produit puissant ne requiert plus des mois de développement ni des ressources colossales. Il suffit de savoir combiner intelligemment des outils déjà disponibles.

Une démocratisation qui appelle une différenciation

« Nous sommes dans une phase où des compétences comme le prompt engineering, l’assemblage d’API, ou le packaging de solutions IA deviennent accessibles à tous« , observe M. Kouira. Mais cette démocratisation a un revers : elle banalise l’usage. « Comme hier tout le monde affichait ‘maîtrise d’Office’ sur son CV, demain, tout le monde maîtrisera ChatGPT ou un LLM ».

Dès lors, la vraie valeur ajoutée ne résidera plus dans l’utilisation de l’outil, mais dans sa compréhension profonde et sa réinvention. Younes Kouira appelle à un saut qualitatif vers la DeepTech, ce domaine où l’on explore les couches internes des modèles, où l’on développe ses propres frameworks et où l’on crée localement des solutions de rupture. « C’est à ce niveau que se construira la différenciation stratégique », affirme-t-il. Et c’est là, selon lui, que le Maroc doit miser s’il veut non seulement atteindre l’objectif des licornes, mais surtout poser les fondations d’un leadership technologique durable.

Le maillon faible : l’infrastructure technologique

Dans la dynamique de la stratégie Maroc Digital 2030, Younes Kouira relève une convergence croissante entre la vision gouvernementale et les besoins concrets du terrain, mais rappelle tout de même qu' »un écosystème n’a pas vocation à s’aligner parfaitement avec son gouvernement — que ce soit au Maroc ou ailleurs ». Ce n’est pas, selon lui, dans les règles naturelles de l’innovation.

Mais dans le cas marocain, il note l’existence d’une compréhension mutuelle des enjeux, une base essentielle pour bâtir un avenir numérique partagé. Reste un défi de taille : l’infrastructure. Pour M. Kouira, « c’est sur ce pilier que nous avançons encore trop lentement, surtout en comparaison avec d’autres écosystèmes ».

Le frein principal ? « L’absence d’une vision claire et partagée de ce que doit être la souveraineté technologique ». Il appelle à sortir des discours génériques pour proposer une définition concrète, applicable, et surtout adaptée au contexte marocain.

Et sur ce point, le Maroc n’a pas à chercher loin pour trouver l’inspiration. Younes Kouira cite l’exemple du modèle développé par OCP dans l’agriculture, et rappelle que l’UM6P — où il s’exprime — incarne justement cette capacité à ancrer une vision stratégique dans un projet scientifique et industriel. « Le Maroc a su, grâce à sa diplomatie multi-alignée, sécuriser ses chaînes d’approvisionnement même dans un contexte de crise mondiale, comme celle déclenchée par la guerre en Ukraine ».

« C’est ce même esprit qu’il nous faut transposer au numérique et à la tech », insiste notre entrepreneur en IA. « Cela signifie sortir d’une logique binaire opposant souveraineté locale et dépendance extérieure ». Il propose dans ce sens de bâtir « des architectures hybrides » : des installations stratégiques sur le territoire national, certes, mais aussi des alliances structurantes avec les géants mondiaux de la technologie.

Le Maroc, souligne-t-il, est aujourd’hui dans une position géopolitique exceptionnelle. « Dans un monde où la Chine ne peut plus acheter de puces Nvidia aux États-Unis, le Maroc dispose encore d’un accès privilégié à ces technologies, qu’elles soient américaines, chinoises ou européennes ». Un avantage rare, qu’il faut transformer en modèle marocain de souveraineté technologique. Un modèle à la fois pragmatique, imaginatif et résilient, à l’image de ce que le pays a su construire dans d’autres secteurs clés.

L’intelligence artificielle dans la publicité : entre création et défis juridiques au Maroc

À mesure que l’intelligence artificielle progresse, le respect de la propriété intellectuelle devient un sujet de débat mondial. Interrogé par le PDG de TED, le patron d’OpenAI, Sam Altman, a reconnu que les modèles d’IA actuels sont capables de reproduire les styles d’artistes ou d’auteurs existants sans leur consentement. S’il rappelle que l’inspiration est inhérente au processus créatif humain, Sam Altman estime que l’échelle et la facilité offertes par l’IA imposent de repenser les cadres économiques et juridiques existants.

La frontière entre inspiration et copie devient floue, et appelle à l’émergence de nouveaux modèles pour protéger à la fois les créateurs et l’élan démocratique de la création. Surtout que les grandes entreprises d’intelligence artificielle, telles qu’OpenAI et Google, exercent une pression intense sur le gouvernement américain pour que la formation de l’IA sur des données protégées par le droit d’auteur soit considérée comme une “utilisation équitable”.

Présentée comme une question de sécurité nationale, cette initiative vise à garantir un avantage concurrentiel face aux rivaux internationaux, notamment la Chine. Toutefois, cette proposition soulève des interrogations juridiques, éthiques et économiques importantes.

Les perspectives d’Alexandre Beaulieu et Me Yassine Bekkouri

Ce débat mondial trouve un écho particulier dans le secteur de la publicité au Maroc. L’IA y est de plus en plus intégrée par les agences et les annonceurs, désireux d’accélérer leurs processus et de réduire les coûts. Mais cette adoption rapide pose de nombreuses questions, tant sur la qualité créative des contenus produits que sur la protection des droits d’auteur. Entre opportunités de transformation et risques juridiques, le secteur marocain s’apprête à vivre des changements profonds.

Pour décrypter ces enjeux, deux experts, contactés par Médias24 partagent leurs points de vues.

Alexandre Beaulieu, acteur du secteur publicitaire, évoque les opportunités et les défis que présente le recours à l’IA dans la création des publicités et Me Yassine Bekkouri, avocat aux barreaux de Rabat et de New York, qui met en garde contre les risques juridiques liés à l’utilisation de l’IA, en soulignant l’importance de sécuriser les créations assistées par intelligence artificielle dans le cadre d’un nouveau cadre législatif.

« Une tendance lourde »

L’intégration de l’intelligence artificielle dans le secteur de la publicité au Maroc est “LE sujet” du moment. Selon Alexandre Beaulieu, DG de TBWA ALIF Casablanca, Directeur Afrique du Nord de TBWA et vice-président de l’UACC (Union des Agences Conseil en Communication), “tous les acteurs de l’écosystème du marketing et de la communication cherchent à intégrer l’IA dans leurs processus”.

“Nos clients, les annonceurs et les marques, sont également sur le coup, notamment pour accélérer les processus et réduire certains coûts. Cela dit, il y a encore beaucoup de défis à relever et de réponses à trouver”, explique-t-il.

Le recours à l’IA dans le cadre de la création de la publicité au Maroc prend de plus en plus d’ampleur, selon Alexandre Beaulieu. Il précise que “pour le moment, il s’agit plus d’initiatives individuelles et de ‘coups de pubs’ de la part de quelques agences ou acteurs, mais le Maroc n’échappe pas à cette tendance lourde”.

Puisque les IA sont entraînées sur ce qui existe actuellement sur internet, elles tendent vers une uniformité qui est tout sauf créative

Alexandre Beaulieu estime que “l’IA est une révolution pour beaucoup de secteurs, même si les implications précises restent encore floues. Il s’agit d’une opportunité pour le secteur de la publicité, mais il est clair que certains types de postes seront impactés et risquent même de disparaître”.

“Comme dans toute révolution technologique, il y aura des gagnants et des perdants, que ce soit au niveau individuel ou au niveau des entreprises”, ajoute-t-il.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le recours à l’intelligence artificielle dans la création de publicité n’apporte pas davantage de créativité. Du moins, cela dépend de son utilisation.

Selon Alexandre Beaulieu, “les IA disponibles en ce moment sont utilisées par tous les acteurs et le résultat est prévisible ; à savoir une grande uniformité des contenus, que ce soit en termes de formulation ou de création visuelle”.

“Puisque les IA sont entraînées sur ce qui existe actuellement sur internet, elles tendent vers une uniformité qui est tout sauf créative. Nous pouvons simplement produire encore plus de contenus ennuyants et ‘polluants’, peu susceptibles d’ajouter de la valeur à la vie des gens et de construire des marques fortes. Chez Omnicom Advertising Group et TBWA, nous utilisons une IA entraînée sur des décennies de campagnes, d’études de cas, de ‘bon goût’ publicitaire. Cela reste un outil pour les créatifs, un accélérateur et un co-pilote de talent. Mais cela ne remplacera pas les créatifs pour le moment. Nous utilisons l’IA pour démultiplier la créativité, tout en le faisant sur des bases sécurisées en termes de droits d’auteurs et de brand safety », ajoute-t-il.

Pour Alexandre Beaulieu, “une agence de conseil est censée livrer à ses clients des campagnes complètement libres de droits”.

Or, actuellement, ”ce n’est pas possible en raison des IA commercialement disponibles. Impossible de savoir, avec certitude, que les droits d’un tiers ne sont pas utilisés quelque part dans les textes ou dans les images que les IA vous servent. C’est pour cela que les groupes internationaux comme TBWA ne peuvent pas utiliser les IA actuelles pour des conceptions finales destinées à nos clients, du moins pas sans l’approbation de nos équipes juridiques”, explique-t-il.

Selon lui, “la solution est d’utiliser l’IA pour conceptualiser, pour démontrer le potentiel d’une idée, pour affiner des concepts, mais pas pour des créations ‘finales’ destinées à une publication telle quelle. L’essentiel est de protéger nos clients contre toute poursuite judiciaire liée au non-respect des droits de propriété intellectuelle d’un tiers”.

Et pour atteindre cet objectif, un cadre légal et dédié devient “nécessaire” pour les professionnels du secteur. Selon Alexandre Beaulieu, “les autorités l’ont bien compris. Ce sujet est intégré aux consultations actuellement en cours visant à préparer les ‘Assises de la publicité’ sous l’égide du ministère de la Culture et de la communication. Les agences conseil sont parties prenantes de ces consultations à travers la participation des membres du bureau de l’Union des Agences Conseil en Communication (UACC), dont j’ai l’honneur de faire partie sous la présidence de Hassan Rouissi”.

Mais en attendant un texte dédié, que dit la loi actuellement en vigueur ? Permet-elle, par exemple, de déterminer qui est l’auteur d’une publicité générée par une intelligence artificielle ?

Les créations algorithmiques en marge du champ traditionnel du droit d’auteur

Selon Me Yassine Bekkouri, “le droit marocain consacre un principe juridique fondamental et sans ambiguïté en matière de droit d’auteur : l’auteur doit nécessairement être une personne physique”.

“La loi n° 2-00 relative aux droits d’auteur et droits voisins est explicite à cet égard : seule une création intellectuelle humaine, portant l’empreinte de la personnalité de son auteur, peut prétendre à une protection juridique. À ce titre, l’article premier définit l’auteur comme ‘la personne physique qui a créé l’œuvre’, tandis que l’article 3 impose que l’œuvre soit une création intellectuelle originale”, explique l’avocat aux barreaux de Rabat et de New York.

Notre interlocuteur souligne, cela dit, qu’une intelligence artificielle, “aussi sophistiquée soit-elle, ne possède, à ce jour, ni volonté créative ni personnalité juridique. Elle ne peut donc être reconnue comme auteur au regard du droit marocain”.

Et d’ajouter : “lorsqu’un contenu publicitaire est produit exclusivement par une IA générative, en l’absence d’une intervention humaine significative – et il convient d’insister sur l’importance de cette intervention – l’œuvre ne peut être considérée comme protégée. Elle tombe donc automatiquement en dehors du champ de la protection offerte par la loi”.

Cela dit, Me Bekkouri estime que “si un utilisateur humain intervient de manière significative ou substantielle dans le processus de création (en concevant les instructions données à l’IA, en modifiant, améliorant ou retravaillant les contenus générés), cet apport créatif peut justifier la reconnaissance d’un droit d’auteur sur l’œuvre finale”.

Selon lui, “cette approche serait compatible avec les définitions prévues par la loi marocaine, notamment celles relatives à l’œuvre de collaboration et à l’œuvre composite. Le Maroc rejoint ainsi la position dominante en droit comparé, selon laquelle seule une création humaine peut être protégée”.

Me Bekkouri indique que “ce principe est appuyé par plusieurs jurisprudences internationales particulièrement marquantes. À titre d’exemple, aux États-Unis, la justice a eu à se prononcer sur une affaire aussi atypique que structurante : celle du célèbre « monkey selfie » (Naruto v. Slater, 2016)”.

“Dans cette affaire, les tribunaux américains ont refusé d’accorder des droits d’auteur sur une photographie prise accidentellement par un singe, considérant que seul un être humain peut être reconnu comme auteur d’une œuvre protégée. Cette décision a ainsi confirmé un principe fondamental : sans personnalité juridique humaine, il n’existe pas de droit d’auteur”, explique l’avocat.

Et d’ajouter : “Toujours aux États-Unis, quelques années plus tard et avec l’avènement de l’IA, l’affaire Thaler v. Perlmutter (2023) a confirmé que les œuvres générées uniquement par une IA, sans intervention humaine consciente, ne peuvent pas bénéficier de la protection du copyright. Le raisonnement demeure constant : l’absence de créativité humaine exclut toute protection juridique”.

Au niveau du vieux continent, Me Bekkouri indique que “le droit européen adopte la même exigence d’intervention humaine. Dans son arrêt majeur Infopaq International A/S v. Danske Dagblades Forening (CJUE, 16 juillet 2009), la Cour de justice de l’Union européenne a affirmé que pour être protégée, une œuvre doit refléter une création intellectuelle propre à son auteur. L’originalité, selon la CJUE, suppose une expression de la personnalité de l’auteur à travers des choix libres et créatifs”.

“En pratique, il est donc vivement recommandé aux professionnels de la communication, de la publicité ou du marketing d’exercer la plus grande vigilance. Toute publicité générée automatiquement par une IA, sans apport créatif humain substantiel, ne pourra être protégée ni revendiquée en exclusivité”, alerte-t-il.

“À l’inverse, une création assistée par IA, mais orientée, modifiée, complétée et enrichie par un humain, pourra faire l’objet d’une protection juridique à condition de pouvoir démontrer cette contribution”, précise Me Bekkouri qui souligne que “dans ce contexte, il est essentiel de documenter soigneusement l’intervention humaine, notamment par des captures d’écran des prompts, les choix effectués, ainsi que les modifications ou améliorations apportées. Et ce, pour être en mesure de prouver la titularité des droits d’auteur en cas de litige”.

Pour en revenir au droit marocain, Me Yassine Bekkoury estime que, “dans son état actuel”, le droit d’auteur marocain n’est “pas adapté aux réalités des créations générées par intelligence artificielle”.

L’avocat estime que le paradigme sur lequel repose le droit d’auteur marocain est un modèle “historiquement conçu pour protéger des œuvres littéraires, artistiques ou scientifiques issues de l’esprit humain”. Aujourd’hui, “il se heurte aux spécificités des productions algorithmiques”.

“Les nombreux outils d’IA générative, dont la prolifération ne cesse de croître, produisent du contenu sans conscience, dénué de toute intention artistique propre, et souvent sans contrôle complet de l’utilisateur. Or, en l’absence d’intervention humaine significative, les œuvres créées exclusivement par une IA ne satisfont pas aux conditions d’originalité exigées par la loi et tombent automatiquement en dehors du champ de protection du droit d’auteur. Cela dit, le Maroc ne fait pas exception à ce courant largement reconnu à l’international : sans intervention créative humaine, il ne peut y avoir de droit d’auteur”, poursuit notre interlocuteur.

Selon lui, “ces positions convergentes montrent que la protection juridique actuelle reste fondamentalement humaine. Les créations issues exclusivement de traitements algorithmiques demeurent ainsi en marge du champ traditionnel du droit d’auteur. Cette inadéquation expose aujourd’hui les créateurs, agences et annonceurs à deux risques majeurs : d’un côté, l’absence totale de protection, rendant toute œuvre 100 % IA librement exploitable par des tiers ; de l’autre, le risque latent de contrefaçon involontaire, une IA pouvant, par hasard, générer des contenus très proches d’œuvres protégées”.

“Afin de pallier ces limites, il apparaît indispensable que la législation évolue pour instituer un régime juridique spécifique aux œuvres générées par IA, en subordonnant leur protection à une contribution humaine réelle et significative”, souligne Me Bekkouri.

Pour lui, “il sera également nécessaire d’encadrer rigoureusement les bases de données utilisées pour l’entraînement des algorithmes, en imposant des règles de transparence et de respect des droits existants. Et enfin de clarifier la répartition des responsabilités entre utilisateurs, développeurs et commanditaires, qui deviendra cruciale pour assurer la sécurité juridique dans l’écosystème de la création numérique”.

En attendant, des litiges peuvent naître. Notamment au sujet de la responsabilité engagée en cas de plagiat, par exemple. Mais selon Me Yassine Bekkouri, l’arsenal juridique marocain, en l’état, n’est pas en mesure d’encadrer, de manière parfaitement adaptée, les risques spécifiques liés aux créations générées par l’intelligence artificielle.

“Comme évoqué précédemment, la loi n° 2-00 relative aux droits d’auteur protège uniquement les œuvres créées par des êtres humains, tandis que la responsabilité en cas de dommage (responsabilité délictuelle) reste régie par les principes classiques du Dahir des Obligations et Contrats, sans dispositions spécifiques pour les œuvres produites par des outils d’IA”, souligne l’avocat.

“Dans ce cadre, la responsabilité civile repose sur des mécanismes traditionnels : toute personne utilisant un instrument, même autonome, pour produire ou exploiter un contenu, en assume juridiquement les conséquences. Qu’il s’agisse d’une agence, d’un créatif indépendant ou d’un annonceur, l’utilisateur d’une IA serait responsable des atteintes aux droits de tiers causées par le contenu généré, même en l’absence d’intention de nuire. L’exploitation d’un résultat généré par IA expose donc son utilisateur à engager sa responsabilité, notamment en cas de contrefaçon involontaire”, explique-t-il.

Et d’ajouter : “Cela étant dit, ce modèle de responsabilité, conçu pour des situations humaines ou matérielles classiques, montre aujourd’hui ses limites face à la création algorithmique. Les IA génératives fonctionnent en recomposant des fragments d’œuvres préexistantes, protégées ou libres, créant un risque de contrefaçon difficilement anticipable. De plus, les éditeurs d’outils d’IA (souvent à travers des conditions générales d’utilisation que les utilisateurs ne consultent que très rarement) se dégagent de toute responsabilité, transférant expressément la charge des risques à l’utilisateur final”.

“Faute d’un régime spécifique, les créateurs, agences et annonceurs se retrouvent doublement vulnérables : d’une part exposés à des poursuites malgré leur bonne foi, d’autre part privés de recours effectif contre l’éditeur de l’outil”, estime Me Bekkouri qui recommande d’explorer plusieurs pistes dans le but de mieux encadrer ces nouveaux risques. Parmi elles : ”la création d’un régime de responsabilité spécifique pour les créations assistées par IA”.

“Il serait également pertinent d’introduire une obligation de vigilance renforcée pour les utilisateurs professionnels, ainsi que de favoriser le développement de mécanismes d’assurance pour couvrir les risques liés aux contenus générés. Clarifier les rôles et les responsabilités de chaque acteur dans la chaîne de création deviendra une nécessité pour renforcer la sécurité juridique dans ce nouvel environnement”.

Faire évoluer les contrats

Selon Me Bekkouri, le régime juridique en vigueur ne permet même pas de protéger une création générée entièrement par une intelligence artificielle sans intervention humaine significative.

“Une IA, aussi avancée soit-elle, reste dépourvue de volonté créative et de personnalité juridique. Par conséquent, une œuvre générée de manière entièrement autonome par une IA, sans apport humain réel, ne peut prétendre au bénéfice de la protection offerte par le droit d’auteur marocain”, explique-t-il.

“Cette approche est d’ailleurs conforme à la tendance largement observée à l’international. Aux États-Unis, dans l’affaire Thaler v. Perlmutter (2023), la justice a clairement refusé d’accorder le copyright à une œuvre créée sans intervention humaine consciente. De son côté, l’Union européenne, par l’arrêt Infopaq (CJUE, 2009), impose que l’originalité d’une œuvre soit fondée sur l’expression de la personnalité de l’auteur, ce qui exclut les productions algorithmiques pures”, poursuit Me Bekkouri.

Et d’ajouter : “En pratique, cela signifie que les créations issues exclusivement d’une IA peuvent être librement copiées, modifiées ou exploitées par des tiers, sans que leur utilisateur initial puisse revendiquer une protection juridique. Pour sécuriser leurs droits, les professionnels doivent impérativement s’assurer d’intervenir activement dans le processus créatif, ou à défaut, recourir à d’autres outils juridiques complémentaires tels que le dépôt de marque ou des contrats d’exclusivité”.

Me Bekkouri recommande même de faire évoluer les contrats entre agences, clients et prestataires pour “intégrer explicitement l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la création de contenus”.

“Sous le régime juridique actuel, et en l’absence de dispositions spécifiques sur l’IA, le contrat reste le principal levier de sécurisation juridique. La loi n° 2-00 rattache la protection du droit d’auteur à l’effort créatif humain ; toute création assistée ou générée par une IA doit donc être encadrée pour éviter les incertitudes. L’usage croissant des outils d’intelligence artificielle générative soulève en effet des interrogations nouvelles : Qui détient les droits sur l’œuvre générée ? Comment prouver l’originalité du résultat final ? Qui assume la responsabilité en cas de litige avec un tiers ? Ces questions doivent être anticipées par la rédaction de clauses spécifiques”, précise-t-il.

Concrètement, Me Bekkouri estime qu’il est indispensable de prévoir, notamment, une clause de transparence sur l’usage éventuel de l’IA, une clause de titularité des droits patrimoniaux sur le livrable final, une clause garantissant l’intervention humaine nécessaire pour assurer la protection par le droit d’auteur, ainsi qu’une clause de responsabilité et d’indemnisation en cas de recours de tiers.

“À défaut d’un tel encadrement, les parties s’exposent à des risques sérieux et conséquents : œuvres juridiquement non protégeables, contestations de propriété intellectuelle, ou encore actions en contrefaçon involontaire”, fait-il remarquer.

En attendant la révision de la loi 2-00, plus adaptée à la protection des droits d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle, la jurisprudence peut servir d’orientation. Cela dit, cette jurisprudence en la matière manque au Maroc. Mais ce n’est pas le cas sous d’autres cieux.

Selon Me Yassine Bekkouri, “plusieurs décisions rendues à l’international offrent des enseignements précieux pour mieux comprendre les enjeux et les perspectives d’évolution”.

“Aux États-Unis, l’affaire Thaler v. Perlmutter (2023) est devenue emblématique. Stephen Thaler avait tenté d’obtenir la protection du droit d’auteur (Copyright protection) pour une image générée sans intervention humaine, en utilisant son système d’intelligence artificielle Creativity Machine. Le United States Copyright Office a rejeté la demande, une décision confirmée par le tribunal fédéral, au motif que seules les œuvres créées par des êtres humains conscients peuvent bénéficier du copyright”, indique l’avocat.

Il évoque également d’autres contentieux récents. En particulier, “l’affaire Getty Images v. Stability AI, au Royaume-Uni, qui est toujours en cours. Cette affaire soulève la question de l’utilisation non autorisée d’œuvres protégées pour entraîner des modèles d’IA générative”.

“De même, dans Hermès v. Rothschild (États-Unis, 2023), la justice américaine a jugé qu’une création numérique inspirée de la marque Hermès, bien qu’automatisée partiellement, pouvait porter atteinte aux droits préexistants, engageant la responsabilité humaine. Face à ces tendances convergentes, il est évident que le cadre juridique marocain devra évoluer”, poursuit notre interlocuteur.

Me Bekkouri estime que “parmi les pistes envisageables figurent :

“Enfin, il convient de souligner que le débat est aujourd’hui largement ouvert à l’international sur l’opportunité de créer des statuts spécifiques pour les créations assistées par intelligence artificielle. Le Maroc, soucieux de moderniser son cadre juridique, devra nécessairement participer activement à cette réflexion pour garantir une protection adaptée aux réalités nouvelles du monde numérique”, conclut-il.

Le Maroc accueillera un hub digital régional arabo-africain dédié à l’IA et à l’innovation technologique

Une déclaration d’intention marquant le coup d’envoi d’une collaboration autour de l’initiative « Digital for Sustainable Development » (D4SD) a été signée ce mardi 8 avril à Rabat par la ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, et le sous-secrétaire général des Nations Unies, administrateur assistant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et directeur du Bureau régional PNUD pour les États arabes, Abdallah Al Dardari.

Ce projet prévoit la création d’un hub digital régional arabo-africain consacré à l’intelligence artificielle, aux sciences des données et à l’innovation technologique. À travers cette collaboration, les deux parties s’engagent à promouvoir l’usage des technologies émergentes et les solutions numériques, en catalysant les synergies en matière de coopération Sud-Sud et triangulaire, indique un communiqué du ministère.

Aligné sur les Objectifs de développement durable (ODD), ce projet porte sur la conception et la mise en place du « Morocco Digital for Sustainable Development Hub », qui sera hébergé au Maroc. Ce centre d’expertise et d’innovation numérique aura pour vocation de fédérer les efforts nationaux, régionaux et internationaux autour de solutions technologiques axées sur le développement durable, explique le communiqué. Les verticales ciblées sont nombreuses : healtech, climat, énergies renouvelables, edtech, cybersécurité, agritech, fintech… autant de secteurs où l’impact du numérique peut se révéler décisif.

Le hub favorisera la création d’une plateforme régionale dédiée à la co-construction et à la diffusion de solutions numériques durables. Il s’agira notamment de privilégier l’intégration de l’IA dans les services publics, de renforcer les infrastructures numériques interopérables, de promouvoir des politiques numériques inclusives et responsables, et de préparer les talents de demain, poursuit la même source.

Le lancement officiel du Morocco D4SD Hub est prévu pour septembre 2025, à l’occasion de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York (UNGA 80), en présence de partenaires stratégiques et institutionnels.


Les nouveautés du GITEX 2025 avec la DG de Kaoun International, organisateur de l’événement

Lors de la conférence de presse dédiée à la 3e édition du Gitex, à Rabat, Médias24 a pu rencontrer Trixie LohMirmand, PDG de Kaoun International, l’organisateur de GITEX Africa pour en savoir davantage sur l’édition 2025 prévue à Bab Jdid, à Marrakech, du 14 au 16 avril.

Médias24 : Vous avez annoncé une édition historique pour 2025. En quoi celle-ci sera-t-elle différente ou spéciale par rapport aux autres éditions ?

Trixie LohMirmand : Ce qui rend cette édition particulièrement marquante, c’est que nous entrons dans une décennie dominée par l’intelligence artificielle (IA) – une époque où tout évolue extrêmement vite, dans un climat de compétition intense. Les règles du jeu changent chaque jour. Il est donc crucial que les communautés technologiques marocaines et africaines se connectent avec les 40.000 participants présents, issus de plus de 130 pays, pour comprendre les tendances mondiales, saisir des opportunités de collaboration et s’inspirer des meilleures pratiques.

Alors que nous entamons notre troisième année, les attentes autour des start-up marocaines sont de plus en plus élevées, que ce soit en matière de croissance, d’emploi ou de plans d’investissement, ces jeunes pousses ont beaucoup évolué.

Nous sommes très fiers du salon cette année : près de 300 start-up marocaines y participent, ce qui représente une augmentation considérable par rapport à la 1re édition.

L’IA est appelée à peser plus de 3.600 milliards de dollars d’ici 2034 dans l’économie mondiale. Pourtant, l’Afrique ne représente aujourd’hui que 2,5% de ce marché, un chiffre encore très bas. Cela montre qu’il y a un énorme potentiel de croissance, avec une projection à 2.900 milliards de dollars d’ici 2030 ou au-delà.

Mais comment y parvenir ? Cela passe par une forte interaction avec des partenaires internationaux, pour comprendre comment s’adapter et évoluer de façon compétitive. Cette année, plus de 40% des entreprises présentes à Gitex Maroc proposent des produits ou des solutions basés sur l’IA, en particulier dans des secteurs comme l’agriculture, la santé, l’éducation ou la finance.

– Pouvez-vous nous donner un aperçu des initiatives clés qui seront présentées lors de cette édition du Gitex Morocco Africa ?

– Plusieurs nouveaux programmes et plans seront présentés par les entreprises elles-mêmes. Ce qui nous importe, c’est de voir à quel point ces start-up ont intégré l’IA dans leurs produits, comment elles ont su faire pivoter leur modèle pour rester pertinentes. De nouveaux secteurs sont mis en lumière cette année, comme l’agritech, la healthtech – déjà présentes l’an passé –, mais aussi l’edtech et la sportech, qui prennent une importance particulière à l’approche de la Coupe du monde de 2030 au Maroc.

Et ce qui est encore plus excitant, c’est que nous accueillons plus de 350 investisseurs venus de plus de 60 pays, dont beaucoup découvrent le Maroc pour la première fois. Quand on leur demande dans quels types de start-up ils souhaitent investir, la réponse est unanime : l’IA.

L’IA s’intègre désormais dans toutes les industries, ce qui donne aux start-up marocaines une chance unique de comprendre ce qu’il faut pour attirer des investissements, gagner en compétitivité et accéder à de nouveaux marchés, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de la finance et de l’éducation.

– Quelle vision stratégique pour cette 3e édition du Gitex ?

– Nous ne voyons pas cette édition comme un événement isolé, mais comme un tremplin vers l’avenir. Il s’agit de construire sur la dynamique accumulée au cours des deux dernières années, en synergie avec le gouvernement, les institutions partenaires et l’Agence de développement du digital (ADD).

Nous voulons accélérer le développement de l’économie numérique, encourager les exportations digitales et surtout aider les start-up à se développer à l’échelle internationale. C’est dans cette optique que nous insistons sur l’importance de rester concentrés, de guider nos efforts dans la bonne direction et de favoriser les bonnes conversations autour de l’IA, avec les meilleurs experts, pour imaginer les prochaines étapes et affiner les stratégies produit, marketing et de croissance.

Encadrement de l’IA : la CNDP auditionne experts et institutions

Ces traitements, qui exigent une attention particulière en matière d’intégrité, de transparence, de loyauté et de lisibilité, doivent garantir aux citoyens l’accès à des voies de recours, a indiqué la CNDP dans un communiqué, notant que la Commission veille ainsi à leur conformité avec les dispositions légales en vigueur, notamment la loi 09-08.

Dans ce contexte, un benchmark international a été réalisé et des consultations ont été menées auprès d’autorités et d’instances de protection des données à l’échelle internationale, ajoute la même source.

Ainsi, la CNDP prévoit d’auditionner une diversité d’acteurs, incluant des experts nationaux et internationaux, des organisations scientifiques et professionnelles, des institutions, des associations de la société civile, ainsi que toute personne ou entité capable d’apporter un éclairage sur le sujet.

Les acteurs intéressés sont invités à manifester leur intérêt en adressant un message à l’adresse suivante : auditions-ia@cndp.ma, conclut le communiqué.

Phishing et IA : pourquoi les cyberattaques sont devenues indétectables

Selon une récente étude de Kaspersky, le nombre de cyberattaques subies par les organisations au cours des douze derniers mois aurait augmenté de près de la moitié. La menace la plus répandue provient des attaques de phishing, avec 49% des personnes interrogées ayant signalé ce type d’incident. L’IA devenant un outil de plus en plus utilisé par les cybercriminels, la moitié des personnes interrogées s’attend à une augmentation significative du nombre d’attaques par hameçonnage, alerte l’étude.

« Jusqu’à présent, les attaques de phishing reposaient sur l’envoi d’un message générique à des milliers de personnes, dans l’espoir que l’un des destinataires morde à l’hameçon. L’IA a changé la donne en proposant des courriels d’hameçonnage très personnalisés et transmis à un grand nombre de destinataires. À l’aide d’informations publiques disponibles sur les réseaux sociaux, les sites d’offres d’emploi ou encore les sites web des entreprises, ces outils alimentés par IA peuvent générer des courriels adaptés au rôle, aux intérêts et au style d’une personne. Par exemple, un directeur financier peut recevoir un courriel frauduleux qui reflète le ton et le formatage des messages de son PDG, y compris des références précises aux événements récents de l’entreprise. Ce niveau de personnalisation rend exceptionnellement difficile pour les employés de distinguer les communications légitimes des communications malveillantes », explique Kaspersky.

L’IA a également incorporé les « deepfakes » à l’arsenal du phishing. « Les cybercriminels s’en servent de plus en plus pour créer de faux messages audio et vidéo très réalistes, conçus pour reproduire la voix et l’apparence des dirigeants dont ils cherchent à usurper l’identité », lit-on encore dans l’étude.

Le phishing se crédibilise grâce à l’IA 

« La qualité des données, la complexité des systèmes et aussi l’usage de l’IA par les cybercriminels posent effectivement problème. L’enjeu aujourd’hui est d‘anticiper les menaces et d’avoir une longueur d’avance sur ces hackers ou ces cybercriminels pour ne pas être dépassés », reconnait Raja Bensaoud, juriste spécialiste en droit des affaires et droit numérique.

« Le phishing fait partie des infractions pénales d’une certaine gravité qui ont émergé avec le numérique sur les 20 ou 25 dernières années, comme l’accès illégitime ou l’intrusion dans les systèmes d’information (SI), les attaques par déni de service ou la défiguration de sites web d’entreprises ou d’administrations », nous explique-t-elle.

« Le phishing est une sorte d’escroquerie qui a pour objectif de tromper des personnes dans le but de leur soustraire soit de l’argent, soit des données personnelles ou des données confidentielles. Des personnes malveillantes ou des escrocs vont ainsi se faire passer pour un organisme de confiance qui peut être votre membre, un réseau social, votre opérateur téléphonique ou même une administration. Ces fraudeurs vous enverront de faux e-mails, de faux SMS, parfois même un message vocal qui est en fait faux. À travers cela, ils vous demanderont soit de vérifier un paiement, soit de mettre à jour ou d’actualiser des données, ou de cliquer sur un lien », vulgarise l’enseignante-chercheure en droit du numérique et de l’IA.

L’intelligence artificielle facilite d’une manière générale la cybercriminalité, car elle offre des outils très accessibles, bon marché, faciles à utiliser et avec une grande efficacité.

« Avec l’IA, le phishing devient de plus en plus crédible, ce qui le rend encore plus dangereux. L’intelligence artificielle facilite d’une manière générale la cybercriminalité, car elle offre des outils très accessibles, bon marché, faciles à utiliser et avec une grande efficacité, ce qui rend la cybercriminalité plus dense et plus facile ».

« Je cite l’exemple du site frauduleux collectant des informations sensibles liées à l’aide sociale directe, signalé récemment par la DGSSI. C’est une illustration de l’arnaque facilitée par l’IA ».

Grâce à l’intelligence artificielle, les cybercriminels ou les hackers peuvent créer des copies parfaites de sites ou de plateformes officielles. « Les technologies d’IA, notamment les grands modèles de langage (LLM), permettent aujourd’hui de créer des messages de phishing très personnalisés et très convaincants qui ressemblent à des messages authentiques. Faire la différence entre un message faux et un message authentique devient alors de plus en plus difficile ».

Le coût pour un cybercriminel devient en outre quasi nul

« Grâce à ces IA, les fraudeurs ont à leur disposition des algorithmes qui sont capables d’aller chercher et fouiner dans des tonnes de données disponibles en ligne, pour imiter d’une manière quasi parfaite un style d’écriture, une voix ou une vidéo. Avant, les phishing étaient facilement détectables, parce qu’il y avait toujours des erreurs de frappe et un style bâclé. Aujourd’hui, avec l’IA, les cybercriminels ont dépassé ces problèmes-là, et ils arrivent à envoyer des messages presque authentiques, et qui imitent à la lettre la manière dont une personne ou une entreprise communique ».

Le coût pour un cybercriminel devient en outre quasi nul, poursuit notre source. « L’automatisation du processus de phishing grâce au LLM a en effet permis de réduire les coûts de phishing à hauteur de 95%, selon une étude américaine ».

Comment s’en protéger?

Les approches et les recommandations traditionnelles en matière de cybersécurité restent valables même avec des campagnes pilotées par de l’IA, note Raja Bensaoud.

« Il faut par exemple toujours vérifier l’URL d’un site pour repérer des erreurs et privilégier les connexions sécurisées. Quand vous avez une adresse ou un lien HTTP où il n’y a pas le S, c’est aussi un signal d’alerte, sans oublier les e-mails qui contiennent des pièces jointes ou des liens. Il ne faut pas cliquer dessus si nous ne sommes pas sûrs qu’ils proviennent d’une source sûre ».

L’IA peut être par ailleurs utilisée comme un atout en matière de cybersécurité contre les arnaques ou les infractions comme le phishing, même si elles sont élaborées grâce à des outils d’intelligence artificielle, puisque l’IA a une capacité d’analyse et d’anticipation, suggère en outre notre interlocutrice.

« Si vous repérez un mail suspect, vous pouvez utiliser Chat GPT ou autre LLM pour faire un prompt (commande numérique) professionnel pour demander son avis vis-à-vis de l’authenticité du mail en question. L’IA peut aujourd’hui, grâce à des signaux très précis, vous donner une réponse quasiment fiable ».

La CGEM lance l’initiative « Génération AI : Booster 1.000 PME marocaines »

Ce programme vise à accompagner 1.000 petites et moyennes entreprises marocaines dans l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) en leur fournissant des licences d’apprentissage exclusives sur LinkedIn, précise la Confédération dans un communiqué.

Via ce programme, la CGEM et ses partenaires ambitionnent d’outiller les entrepreneurs marocains avec les connaissances et les compétences essentielles pour mieux appréhender les nouvelles opportunités offertes par l’intelligence artificielle et ainsi booster leur compétitivité et productivité, fait savoir la même source.

Les entrepreneurs auront également accès à plusieurs modules de formation, notamment sur l’innovation, le développement durable, la stratégie digitale. Ils recevront des licences individuelles et non transmissibles, valables jusqu’en septembre 2025.

Les entreprises intéressées devront soumettre leur candidature via ce formulaire et devront s’engager à compléter au moins deux modules de formation.

Sont également associés à cette initiative l’AFEM (Association des femmes entrepreneurs du Maroc) et le Technopark pour maximiser l’impact de ce programme auprès de toute la communauté des entrepreneurs marocains.

L’IA dans le football au cœur de la 18e édition des Olympiades Mines-Rabat

Sur le thème « CAN 2025, approche réinventée : l‘Intelligence artificielle comme levier de transcendance tactique du football africain », l’événement explorera comment l’IA peut transformer les stratégies tactiques du football africain, en prévision de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Des experts partageront leurs insights sur l’impact de l’IA dans le sport, tant au niveau individuel que collectif, indique un communiqué de l’École nationale supérieure des mines de Rabat.

Avec près de 8.000 participants attendus, cette édition se distingue par la participation d’équipes et de délégations internationales, avec des étudiants venus d’Europe et d’Afrique, note la même source. Ils prendront part à des compétitions sportives, intellectuelles et numériques, dont des concours de gaming et des épreuves physiques.

Coding. Une journée type à YouCode de Safi qui s’offre un nouveau campus

YouCode est une école de code innovante et gratuite, faisant partie de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Créée par le Groupe OCP en partenariat avec Simplon.co, l’école a été lancée en 2018 et opère sur trois campus situés à Youssoufia, Safi et Nador. Sa mission est de fournir aux jeunes marocains des compétences numériques de haut niveau, leur ouvrant les portes du secteur technologique mondial.

En choisissant des régions comme Youssoufia, Safi et Nador, YouCode cible les zones où l’accès à l’éducation de haut niveau est limité, offrant ainsi une opportunité unique aux jeunes talents locaux.

« YouCode est une école de programmation informatique où les jeunes apprennent le développement et le codage », a expliqué dans une déclaration à Médias24, Adil Belkhadir, chef de projet à YouCode Safi.

La formation, ouverte à tous les jeunes âgés de 18 à 35 ans, s’étend sur deux années. « Au cours de la première année, les étudiants acquièrent les bases de l’informatique et les fondamentaux du codage. La deuxième année, quant à elle, est dédiée à la spécialisation. Elle est conçue pour aligner les compétences des apprenants avec les besoins réels du marché de l’emploi », indique le chef de projet.

Au cœur de YouCode se trouve une vision ambitieuse, celle de démocratiser l’éducation numérique et équiper les leaders de demain avec les outils nécessaires pour réussir dans un monde de plus en plus axé sur la technologie.

« Mon rôle en tant que formateur à YouCode est d’introduire deux principes clés chez nos apprenants », explique Ilyass Serhani, formateur à YouCode Safi.

Le premier principe repose sur l’utilisation de la méthode Scrum, largement adoptée dans le domaine du développement logiciel. « La méthode Scrum favorise la collaboration et la gestion agile des projets », souligne-t-il.

Le second principe est basé sur la pédagogie active, une approche qui valorise l’autonomie des apprenants. « Elle les incite à apprendre par eux-mêmes plutôt que de recevoir passivement des informations du formateur », précise le formateur.

Cette méthode, selon lui, est un levier clé pour préparer les apprenants à leur futur parcours professionnel. « Cette approche leur permet de mieux comprendre, assimiler et appliquer les compétences nécessaires dans leur futur parcours professionnel », ajoute-t-il.

Un processus d’admission accessible et inclusif

Le processus d’admission à YouCode est conçu pour repérer les talents passionnés par la technologie et les former aux exigences du secteur numérique. Il débute par une candidature en ligne, où les postulants soumettent leurs informations personnelles et expriment leurs motivations.

Les candidats présélectionnés passent ensuite des tests d’évaluation, portant sur leurs aptitudes logiques et leur capacité à résoudre des problèmes. À l’issue de cette étape, une évaluation immersive est organisée, durant laquelle les candidats réalisent de petits projets et sont évalués sur leurs compétences en collaboration.

Enfin, la décision finale repose sur une analyse globale des performances, garantissant une sélection basée sur le potentiel et la motivation des apprenants.

Un engagement fort pour les régions et l’inclusion

YouCode accorde une importance particulière à l’impact social et au développement des régions éloignées des grands centres urbains. Avec ses campus implantés à Youssoufia, Safi et Nador, l’école offre des opportunités éducatives de qualité aux jeunes des régions de l’intérieur, contribuant ainsi à leur autonomisation et à leur insertion professionnelle.

L’engagement de YouCode en faveur de la diversité est également illustré par des chiffres significatifs. 30 % des apprenants sont des femmes, un taux qui reflète la volonté de promouvoir l’inclusion dans un secteur souvent dominé par les hommes. En termes d’impact social, l’école peut se targuer d’un bilan très encourageant: plus de 400 diplômés, dont 90 % sont aujourd’hui intégrés dans le monde professionnel, que ce soit au sein de grandes entreprises, dans des startups ou à travers des projets entrepreneuriaux.

Une journée type à YouCode

A YouCode, chaque journée est organisée pour favoriser créativité, engagement et efficacité. Elle débute par un stand-up meeting, un rituel collectif où les étudiants partagent leurs avancées, exposent leurs éventuels blocages et renforcent la collaboration. Ce moment, court mais structurant, permet de clarifier les priorités et d’assurer une vision commune pour les projets en cours.

La matinée se poursuit avec une veille technologique, durant laquelle les apprenants explorent les dernières tendances et innovations de leur domaine. Ce travail est souvent suivi de travaux collaboratifs en binômes ou en trinômes, alliant apprentissage technique et développement de compétences transversales comme la communication et l’esprit critique.

Les étudiants consacrent ensuite une grande partie de leur journée à des projets structurés, conçus pour simuler des missions professionnelles réelles. Ces projets incluent des briefs détaillés, des phases de développement collaboratif et des présentations rigoureuses. Les soutenances, qu’elles soient classiques ou dans le cadre de soutenances croisées entre différents campus, offrent aux apprenants l’opportunité de présenter leurs réalisations devant des jurys composés de formateurs et, parfois, de professionnels externes. Ces exercices permettent de développer des compétences en gestion de projet et en communication, tout en se confrontant à des attentes proches du marché.

En fin de journée, une parenthèse réflexive est organisée pour permettre aux étudiants de revenir sur les apprentissages du jour, d’identifier les défis rencontrés et d’ajuster leurs méthodes de travail pour les jours suivants. Ce moment est essentiel pour ancrer les connaissances et maintenir une progression constante.

Les parcours de formation à YouCode

YouCode propose des parcours de formation innovants, conçus pour répondre aux besoins actuels du marché du numérique. Chaque programme combine théorie, pratique et collaboration afin de préparer nos étudiants aux défis du monde professionnel.

– Développeur Web et Web Mobile (DWWM) :

Le parcours Développeur Web et Web Mobile (DWWM) se déroule sur 10 mois et forme des professionnels capables de concevoir et de développer des sites et applications sécurisés pour le web et les appareils mobiles. Les étudiants maîtrisent les langages web, intègrent des principes d’éco-conception et de sécurité, et sont sensibilisés aux enjeux d’accessibilité, notamment pour les utilisateurs en situation de handicap. Ce parcours inclut également des compétences en gestion de projet et en communication, en français et en anglais.

– Concepteur, Développeur d’Applications (CDA) :

Le programme Concepteur, Développeur d’Applications (CDA) forme des spécialistes dans la conception et le développement d’applications sécurisées, qu’il s’agisse de logiciels d’entreprise ou d’applications mobiles. Les apprenants acquièrent une expertise dans le respect des contraintes de qualité, de coût et de délais tout en garantissant la sécurité des applications. Ce parcours met également l’accent sur la communication avec les clients et les parties prenantes, et prépare les étudiants à travailler dans un environnement collaboratif.

-Spécialisations Fullstack JS et Fullstack Java :

Les spécialisations Fullstack JS et Fullstack Java offrent aux étudiants une expertise approfondie dans le développement d’applications, du front-end au back-end. Les étudiants du parcours Fullstack JS se familiarisent avec des technologies comme Node.js, React.js, et MongoDB, tandis que ceux du parcours Fullstack Java explorent les frameworks Java tels que Spring Boot et Hibernate. Ces spécialisations préparent les étudiants à relever les défis techniques du développement d’applications modernes.

– Développeur DATA :

Le parcours Développeur DATA, d’une durée de 11 mois, forme des experts capables de concevoir des solutions de gestion et d’analyse de données. Les apprenants apprennent à créer des flux de collecte et de stockage des données, en mettant en place des solutions adaptées aux besoins des entreprises, du stockage au nettoyage des données. Ce programme répond aux besoins croissants du Big Data et prépare les étudiants à travailler dans divers secteurs, allant des startups aux grandes entreprises.

L’insertion professionnelle au cœur de YouCode

YouCode met l’accent sur l’insertion professionnelle de ses apprenants en collaborant étroitement avec des entreprises partenaires. Cette synergie permet de maximiser l’employabilité des étudiants grâce à un accompagnement ciblé et à des initiatives innovantes comme les Classes Entreprises.

Les Chargés de Médiation Entreprise (CME) jouent un rôle clé en identifiant les opportunités d’emploi ou de stage auprès des entreprises locales et internationales. Ils accompagnent les apprenants dans la rédaction de leurs CV, lettres de motivation et préparation aux entretiens. De plus, les CME collaborent avec les entreprises pour adapter les formations aux besoins du marché, tout en organisant des ateliers visant à renforcer les compétences transversales des apprenants.

Les partenariats stratégiques de YouCode avec des entreprises comme CEGEDIM et UX4MATION illustrent cette approche. CEGEDIM, par exemple, sélectionne des apprenants dès la première année pour des stages en immersion et des collaborations sur des projets réels. Ces stages permettent aux étudiants de se familiariser avec les défis professionnels avant une intégration potentielle. De son côté, UX4MATION forme ses apprenants à des outils spécifiques comme le CRM ServiceNow, garantissant ainsi une employabilité immédiate grâce à une certification reconnue.

Les Classes Entreprises sont une autre innovation phare de YouCode. Elles offrent aux étudiants une immersion dans la culture et les exigences du monde du travail. En travaillant sur des problématiques réelles proposées par les entreprises, les apprenants renforcent leurs compétences techniques et développent un réseau professionnel précieux. Ces interactions permettent également aux entreprises partenaires de repérer des talents et d’évaluer leur potentiel pour des recrutements futurs.

Grâce à ces approches innovantes, YouCode garantit à ses apprenants une formation alignée sur les besoins du marché, tout en maximisant leur employabilité et leur préparation au monde professionnel.