Après les dernières pluies, des périmètres agricoles s’en sortent mieux que d’autres (Images satellite)

Alors que 2024 avait été caractérisée par un déficit pluviométrique important et des températures estivales en plein hiver, l’année 2025 a connu relativement de meilleures conditions climatiques, bien que l’état de sécheresse reste installé.

L’augmentation des précipitations et le retour des températures aux moyennes saisonnières par rapport à la saison précédente ont permis de limiter les pertes en eau par évaporation, ce qui aura un impact positif sur les cultures, les réserves d’eau et ainsi sur la situation agricole en général du pays.

Lors du dernier conseil de gouvernement, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a souligné que les précipitations restaient inférieures aux moyennes des 30 dernières années. Pour faire face à cette situation qui perdure depuis au moins 7 années consécutives, le ministère a annoncé la mise en place d’un dispositif d’aide aux agriculteurs, incluant la distribution de 1,3 million de quintaux de semences sélectionnées et de près de 200.000 tonnes d’engrais azotés à des prix subventionnés.

Afin de comparer les conditions climatiques actuelles avec celles de l’année 2024, la station de Nouaceur, située dans la région de la Chaouia, cœur de la production céréalière nationale, a relevé les données suivantes pour le mois de janvier :

L’examen des images satellitaires de plusieurs régions agricoles au centre du Maroc montre, en général, une tendance positive dans plusieurs zones agricoles visualisées.

Cette tendance positive s’explique principalement par les récentes précipitations qui ont touché plusieurs régions.

À partir de ces images, les constatations clés sont les suivantes :

– Des zones qui montrent une évolution positive par rapport à l’année dernière : en raison des précipitations, plusieurs zones agricoles ont bénéficié des dernières pluies, comme les régions agricoles de Khouribga et de Had Brachoua-Rommani.

– Des zones qui montrent une diminution du couvert végétal : certaines zones présentent une réduction du couvert végétal par rapport à l’année dernière. Elles ont été identifiées principalement dans la région de Khemisset, Meknassa (aux environs de Taza) et Agourai (aux environs de Meknès).

– Des zones qui ne montrent aucune évolution positive : il s’agit de certaines zones situées dans le périmètre de Doukkala, en raison de la suspension de l’irrigation. La comparaison jour par jour montre que les parcelles agricoles ont fortement diminué, comme c’est le cas de la région de Beni Hilal. Une autre zone montre des signes d’aridité. Il s’agit de la zone de Sidi Said Maâchou, située aux environs de Casablanca et à proximité de deux barrages : le barrage Sidi Said Maachou et le barrage d’Al Massira. D’autre part, la région agricole située dans la province de Youssoufia ne montre aucun signe de développement du couvert végétal, malgré une reprise cette année de l’agriculture, matérialisée par le nombre de parcelles labourées visualisées.

Dans les environs de Khouribga, les cultures sont plus développées cette année par rapport à l’année dernière.

Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024

Had Brachoua- Rommani : une dynamique agricole maintenue

Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024

Khemisset : le couvert végétal est présent, mais légèrement moins dense que l’année dernière

Comparaison entre le 09 février 2025 et le 7 février 2024

Agourai (environs de Meknès) : le couvert végétal est légèrement moins dense que l’année dernière

Comparaison entre le 06 février 2025 et le 7 février 2024

Meknassa (environs de Taza) : le couvert végétal est moins dense que l’année dernière

Comparaison entre le 06 février 2025 et le 7 février 2024

Environs de Youssoufia : une dynamique positive de labour comparée à celle de l’année dernière

Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024

Beni Hilal dans le périmètre du Doukkala : le nombre de parcelles a diminué par rapport à l’année dernière

Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024

Sidi Said Maâchou (Chaouia, Oum Er-Rabiaa : réduction importante du couvert végétal

Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024

Tlat Loulad (environs de Khouribga : importante diminution du couvert végétal

Comparaison entre le 09 février 2025 et le 20 février 2024

Vue du ciel, l’aridité gagne du terrain au Maroc (images satellite)

Confronté à un réchauffement climatique accéléré, le Maroc fait face à une sécheresse persistante depuis six ans. Les précipitations, de plus en plus rares et irrégulières, se manifestent principalement sous forme d’épisodes soudains et intenses, comme c’était le cas lors des intempéries diluviennes du sud-est atlasique en septembre et les dernières précipitations dus aux effets de la tempête de Dana qui a frappé nos voisins ibériques.

Dans un article précédent, nous avions interrogé des professeurs chercheurs en sciences agricoles à la suite du début d’une saison agricole, survenant après six années consécutives de sécheresse. Ces derniers ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l’avenir de l’agriculture marocaine, confrontée à un dérèglement climatique qui intensifie les épisodes de sécheresse et menace les moyens de subsistance des populations rurales.

La Chaouia, principale région céréalière du Maroc, fortement dépendante des précipitations, est désormais victime d’un changement climatique qui l’impacte profondémment d’une année à une autre. En raison de sa grande superficie, il est admis qu’une bonne production dans cette région est souvent considérée comme un indicateur quasi certain de la réussite de l’ensemble de la campagne agricole nationale.

Cependant, la comparaison des images satellitaires de cette région, prises en novembre 2024 et en 2018 (dernière bonne année pluvieuse au Maroc), révèle une différence significative en termes de réduction du couvert végétal. Même par rapport à 2023, année déjà marquée par des températures élevées et de faibles précipitations, la situation s’est un peu dégradée, soulignant l’avancée de l’aridité dans cette région, cœur de l’agriculture marocaine.

Comparaison par images satellitaires des périmètres agricole au sud de Casablanca : Chaouia, Doukkala et Abda .

N.B: Fausse coloration. En couleur verte le couvert végétal et en couleur marron foncée les périmètres agricoles. En cercle rouge le barrage d’Al Massira (Images Nasa)

En novembre 2024, en plus des faibles précipitations, les températures ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés dans plusieurs villes côtières comme Casablanca, El Jadida et Agadir, dépassant les 33°C.

Cette anomalie thermique s’est traduite à Casablanca par l’enregistrement d’une moyenne mensuelle de température de 25,2°C, soit une hausse de plus de 4,8°C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020 et une hausse de 3,3°C par rapport à la moyenne des températures du mois de novembre de l’année dernière.

S’ajoute à cela la rareté des précipitations qui s’est accentuée ces dernières années. À Casablanca, le nombre de jours de pluie a chuté de près de 60% par rapport aux moyennes des périodes 1991-2020 et 2000-2015.

Plus encore, la comparaison des précipitations totales de 1995, année marquée par une sécheresse sévère (236,4 mm), et de celles de 2024 (236,6 mm) révèle une similitude frappante.

Toutefois, il est important de souligner que la fin de l’année 1995 avait été caractérisée par une reprise des précipitations qui avait annoncé une année 1996 particulièrement pluvieuse.

Les précipitations à Casablanca ont été particulièrement faibles au cours des trois derniers mois de 2024, ne dépassant pas 38 mm. Ce volume est bien inférieur à la moyenne habituelle pour cette période. À titre de comparaison, l’année 2018, considérée comme la dernière année fortement pluvieuse, avait enregistré 219 mm de précipitations sur la même période, soit l’équivalent de toutes les précipitations cumulées durant l’année en cours.

La diminution des précipitations, couplée à l’augmentation des températures et à l’intensification de l’évapotranspiration, exerce une pression sans précédent sur les réserves des barrages marocains. Le barrage Al Massira, qui ne dépasse actuellement 2% de sa capacité, illustre parfaitement cette situation alarmante. L’année 2018 est la dernière année où le barrage a pu atteindre 75% de sa capacité. Cette situation alarmante est également observée au niveau d’autres barrages du centre du Maroc, tel que Bin el Ouidane, qui ne dépasse plus les 5% de sa capacité.

En plus de la diminution du couvert végétal, les observations d’imageries satellitaires révèlent, par rapport à l’année précédente (marquée également par une sécheresse), une poursuite de la contraction de l’activité agricole dans plusieurs régions du centre du Maroc. Cette diminution est particulièrement visible au niveau de Doukkala et Abda, témoignant de l’impact sévère de la sécheresse et la limitation des ressources en eau disponible, à l’approche de la saison d’hiver.

Par contre, la région de Settat connaît une reprise de l’activité agricole avec une augmentation des parcelles labourées par rapport à l’année dernière. Cependant, les rendements agricoles restent fortement tributaires des précipitations et le retour des températures à leur normal. En constat, l’amélioration des conditions climatiques dans les prochains mois qui décidera le sort de cette saison agricole dans cette région agricole importante.

Dar Si Aissa (Province de Safi) : 29-novembre-2024/23-novembre-2023

Boulaouane (Province d’El Jadida) : 01 décembre 2024/02 décembre 2023

Sidi Bennour (Province d’El Jadida) : 27-novembre-2024/24-novembre-2023

Tiflet (Province de Khemisset) : 27-novembre-2024/24-novembre-2023

Envrions Ben Ahmed (Province de Settat) : 05 décembre 2024/03 décembre 2023

Les images satellitaires d’une hausse des retenues des barrages au Maroc

Après une année 2024 exceptionnellement sèche et chaude, avec des températures hivernales inhabituellement élevées, le Maroc entame une nouvelle saison agricole sous le signe de l’espoir en raison des dernières précipitations ayant intéressé l’ensemble du territoire national. Les conditions semblent plus clémentes, malgré les inquiétudes suscitées par les traces d’une sécheresse qui a perduré six années consécutives et qui fait appel à une gestion durable des ressources hydriques.

Les agriculteurs attendent avec impatience des précipitations additionnelles, capables de réalimenter les ressources d’eau essentielles pour un bon démarrage de la saison agricole, d’autant que la saison précédente avait été marquée par une raréfaction sans précédent de ces ressources, entraînant une réduction significative des superficies cultivées et provoquant des restrictions d’irrigation dans de nombreux périmètres agricoles.

Grâce aux récentes précipitations, les barrages ont pu stocker un volume cumulé de 4,896 milliards de m3 à ce jour, ce qui représente 29,09% de leur capacité totale, un volume supérieur à celui enregistré l’année dernière à la même période, qui ne dépassait pas 25%.

Lors de son intervention parlementaire le 14 octobre, le ministre de l’Équipement et de l’eau, Nizar Baraka, avait souligné l’impact positif des récentes précipitations exceptionnelles sur le remplissage des barrages. Ces dernières ont permis de stocker 780 millions de m3 d’eau supplémentaires, assurant ainsi un approvisionnement en eau potable pour plus de deux ans.

En exploitant les données satellitaires disponibles, nous illustrons les évolutions les plus importantes des niveaux de remplissage des barrages du pays entre les mois de septembre et octobre 2024.

Barrage de M’dez (Province de Sefrou)

À seulement neuf mois après sa mise en service, le barrage M’dez connaît une évolution très positive. Les récentes précipitations ont permis d’accroître significativement ses réserves, confirmant ainsi sa capacité à stocker jusqu’à 700 Mm3 d’eau.

Évolution du barrage de M’dez entre le 1er septembre et le 21 octobre 2024

2024 2024

Barrage Hassan Dakhil (Province d’Errachidia)

À l’instar du barrage de Keddoussa, le barrage Hassan Dakhil a bénéficié des dernières précipitations exceptionnelles qui ont concerné la région. En l’espace d’un seul mois, les réserves de ce dernier ont bondi de 79 à 193 Mm3, soit une augmentation de plus de 36%.

2024 2024

Barrage Mohammed V (Région de l’Oriental)

Grâce aux récentes précipitations, le niveau d’eau du barrage Mohammed V a considérablement augmenté, passant de 24 Mm3 le 1er septembre à plus de 117 mm3 le 25 octobre 2024, soit une hausse d’environ 39%.

Évolution du barrage Mohammed V entre le 3 septembre et le 21 octobre 2024

2024 2024

Barrage d’Aoulouz (Province de Taroudant)

Confronté à une sécheresse sévère l’année dernière, le barrage d’Aoulouz, indispensable pour l’irrigation agricole de la région, a vu ses réserves se reconstituer de manière spectaculaire grâce aux récentes pluies abondantes. Jusqu’au 1er septembre 2024, le barrage n’affichait que 11 Mm3. Ce volume a quadruplé pour atteindre 51 Mm3 après les dernières précipitations sur la province.

Évolution du barrage d’Aoulouz entre le 1er septembre et le 22 octobre 2024

2024 2024

Barrage de Keddoussa (Province de Figuig)

Essentiel pour l’irrigation des oasis de la province, le barrage de Keddoussa a vu ses réserves augmenter de manière significative à la suite des récentes fortes précipitations, atteignant désormais 72 Mm3.

Évolution du barrage de Keddoussa entre le 1er septembre et le 21 octobre 2024

2024 2024

Amélioration timide du volume du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah (Région de Rabat-Salé-Kénitra)

En tant que principale source d’eau potable pour les métropoles de Rabat et Casablanca, le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah joue un rôle particulièrement stratégique. Malgré les précipitations récentes, les réserves de ce réservoir stratégique n’ont augmenté que de manière limitée en raison de la grande pression sur ce barrage aux différentes finalités.

Évolution du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah entre le 1er septembre et le 21 octobre 2024

2024 2024

Rappelons que la situation du barrage Al Massira, principale source d’eau potable pour la région de Casablanca-Settat, demeure alarmante. Avec un taux de remplissage ne dépassant pas 1%, les réserves sont au plus bas depuis des années, imposant une vigilance accrue, notamment pour la ville de Casablanca aux 5 millions d’habitants.

Campagne 2023-2024 : les images satellitaires de la production agricole des principaux périmètres

La saison agricole 2023-2024 a connu un démarrage difficile, en raison d’un déficit pluviométrique sévère et de la baisse des réserves des barrages. S’ajoutent à ce contexte exceptionnel des superficies cultivables qui ont drastiquement diminué pour plusieurs raisons, d’où l’incertitude des agriculteurs quant à une bonne saison agricole.

Dans une précédente déclaration, le ministre de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, avait indiqué que « pour la première fois depuis quarante ans, les terres cultivées ne dépassent pas 2,5 millions d’hectares, alors que ce chiffre était auparavant supérieur à 3,6 millions d’hectares ».

Le ministère de l’Agriculture table sur un chiffre de production céréalière compris entre 30 et 33 millions de quintaux. Ces estimations représentent une diminution notable par rapport à la production de l’année dernière qui s’élevait à 55 millions de quintaux.

Dans un article précédent, nous avions soulevé l’impact positif des précipitations en mars sur le couvert végétal, qui s’était nettement amélioré par rapport aux mois de janvier et février qui avaient connu une absence de pluie et des températures très élevées pour la saison hivernale.

Les images satellitaires montrent l’apparition de la couleur jaune, synonyme du début de la saison de récolte céréalière. Compilées par nos soins, voici les images satellitaires de la première semaine de juin 2024, montrant l’état des parcelles des principaux périmètres agricoles.

Médiouna, environs de Casablanca

Environs de Berrechid

Agourai, environs de Meknès

Had Kourt, environs de Sidi Kacem

Environs de Khémisset

Saison agricole 2023-2024 : les pluies de mars-avril redonnent espoir, mais l’ombre de la sécheresse persiste (images satellite)

La saison agricole 2023-2024 a connu un démarrage difficile, marqué par un déficit pluviométrique plus sévère que l’année dernière, elle-même déjà affectée par la sécheresse et des températures caniculaires en plein hiver. Face à ces conditions défavorables, les prévisions quant à une bonne performance agricole sont de plus en plus pessimistes, la dernière en date étant celle du wali de Bank Al-Maghrib qui avait prévu une production de céréales de seulement 25 millions de quintaux, soit la moitié de la production de la saison précédente.

Dans son dernier bilan de la saison agricole présenté devant la Chambre des conseillers, le 16 avril 2024, le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts a rappelé les conditions défavorables de la présente saison agricole marquée par une pénurie hydrique aiguë. En raison de ces conditions défavorables, la superficie emblavée en cultures d’automne et d’hiver, notamment les céréales d’automne, s’est limitée à environ 2,5 millions d’hectares, soit une baisse significative de 31%. En ce qui concerne les périmètres irrigués, les capacités d’irrigation ont été limitées à environ 400.000 hectares, soit une réduction de 44%. Plus particulièrement, les cultures sucrières ont connu une réduction importante de 42% par rapport aux prévisions, avec une superficie emblavée de seulement 22.000 hectares, en raison de l’indisponibilité de l’irrigation dans les régions de Doukkala et du Tadla.

« Notre pays devrait perdre cette année 20% de ses surfaces cultivées en raison de la sécheresse persistante » (ministre)

Comme précisé par le ministre de l’Agriculture, plusieurs régions vont se retrouver sans production agricole cette année. C’est le cas par exemple de Khémisset-Chaouia où la production agricole est quasi absente (hormis quelques exploitations).

Cependant, de nombreuses régions agricoles ont profité des dernières précipitations et ont retrouvé leur niveau normal en mars et avril, si l’on en juge par l’imagerie satellite. Un survol des principales régions agricoles permet de mettre en évidence l’amélioration du couvert végétal, même dans les régions à vocation bour.

Les environs de Settat

Les environs de Khouribga

Les environs de Béni Mellal (Ksiba)

Les environs de Khémisset

Les premières neiges sur le Toubkal (images satellite)

Malgré l’apparition des premiers flocons de neige sur le Toubkal, le 7 novembre dernier, ce n’est que le dimanche 3 décembre que nous avons assisté au véritable enneigement de la saison.

Si la beauté de cet événement hivernal nous émerveille, nos pensées vont d’abord à nos concitoyens du Haut Atlas, durement touchés et endeuillés par le séisme survenu le 8 septembre dernier. Nous gardons une pensée constante pour ces victimes qui, malgré les épreuves, continuent de faire preuve d’une remarquable résilience face aux répercussions de cette tragédie.

Ci-dessous, des images du massif du Toubkal prises le 3 décembre dernier.