Immigration en France : hausse des arrivées en provenance du Maghreb, profils jeunes et qualifiés

Les immigrés originaires du Maghreb continuent d’affluer en nombre en France. Selon un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee, France), publié récemment, 72.000 Maghrébins sont arrivés sur le territoire français en 2023 pour y résider au moins un an, soit une progression de 11% par rapport à l’année précédente.

Une immigration maghrébine portée par une jeunesse diplômée

L’étude révèle que ces nouveaux arrivants sont majoritairement jeunes, d’un âge médian de 27 ans, et les femmes représentent 54 % des entrées. En outre, plus de la moitié des immigrés maghrébins âgés de 25 ans ou plus sont diplômés de l’enseignement supérieur (55%), un chiffre qui place cette population parmi les plus qualifiées des flux migratoires vers la France.

Ce profil tranche avec certaines idées reçues : loin d’un exode de main-d’œuvre peu qualifiée, une partie croissante des immigrés maghrébins sont de jeunes actifs ou des étudiants disposant d’un capital humain élevé.

Une insertion professionnelle encore difficile

Malgré leur niveau de formation, les immigrés originaires d’Afrique, incluant le Maghreb, peinent à s’insérer rapidement sur le marché du travail français. Un an après leur arrivée, seuls 28% des immigrés africains âgés de 15 à 74 ans sont en emploi, selon le rapport. Une proportion bien inférieure à celle des ressortissants de l’Union européenne (56%).

Les métiers exercés restent très polarisés : les nouveaux immigrés sont employés aussi bien comme ingénieurs ou chercheurs que dans des secteurs peu qualifiés, notamment l’hôtellerie-restauration ou le bâtiment. Ce clivage illustre la difficulté à faire reconnaître les compétences et les diplômes obtenus à l’étranger, en particulier pour ceux venus du sud de la Méditerranée.

Par ailleurs, en 2023, la France a enregistré 467. 000 entrées, dont près de 160. 000 en provenance d’Afrique. Le Maghreb, à lui seul, représente près de la moitié de ces flux africains.

Événements de Fnideq : au Parlement, la majorité demande une réunion urgente avec les ministres concernés

Les groupes parlementaires de la majorité (RNI, PAM, PI, UC et MDS) ont lancé cet appel à l’issue d’une rencontre organisée pour préparer la prochaine rentrée politique. Dans un communiqué, ils affirment avoir évoqué les graves événements de Fnideq en marge de la tentative d’assauts contre la ville de Sebta.

Les partis de la majorité ont saisi cette occasion pour appeler à une réunion urgente des Commissions permanentes des secteurs sociaux et de l’éducation, de la culture et de la communication, en présence des ministres concernés par ce genre de dossiers : le ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences ; la ministre de la Solidarité, de l’intégration sociale et de la famille ; le ministre de l’Education nationale, du préscolaire et des sports ; ainsi que le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication.

L’objectif de cette réunion, indiquent les groupes de la majorité, est de parvenir à tracer les contours d’une stratégie gouvernementale pour redynamiser l’emploi, renforcer la lutte contre l’immigration clandestine et contre les effets néfastes des réseaux sociaux.

 

Événements de Fnideq : « Hrig 2.0 », les ressorts d’un phénomène inédit et spectaculaire (experts)

En plein débat au Congrès espagnol sur la question du traitement des migrants mineurs non accompagnés, un mystérieux appel à traverser les frontières vers l’enclave de Sebta le 15 septembre est lancé sur les réseaux sociaux.

Une très forte mobilisation sur Internet, avec plusieurs dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de posts par jour à l’approche de la date fatidique.

À la base, une fake news

Selon l’expert en communication digitale et suivi des trends des réseaux sociaux Marouane Harmach, « ce sont des fake news qui ont alimenté la viralité des appels à se rendre dans le Nord. La plus importante est la soi-disant mise en place en Espagne d’une législation favorable aux migrants mineurs, renforçant l’idée que la migration vers le voisin du Nord pourrait offrir des opportunités plus favorables pour les jeunes, notamment pour ceux qui sont mineurs et non accompagnés ».

L’autre rumeur est en lien avec la remise en liberté de Mounir Erramach en août dernier. Le célèbre trafiquant de drogue, qui, avec ses moyens et un présumé fort ressentiment contre les autorités, aiderait à organiser des navettes en go-fast entre le Maroc et l’Espagne. « Des vidéos anciennes, ayant déjà fait le buzz ont ainsi été repostées, montrant des tentatives de migration à partir des plages du Nord, donnaient une crédibilité accrue aux appels pour le 15 septembre », détaille Harmach.

Une communication multiforme

L’autre particularité de ces appels, selon notre expert, est qu’ils sont multiformes. « Il y a eu une création de contenus ciblés et multicanaux. Des reels sur Instagram, des vidéos sur TikTok, et des posts sur des groupes Facebook, ainsi que l’utilisation de boucles sur le réseau social Telegram ; ce qui laisse penser que c’est une vraie campagne », affirme notre expert.

Pour lui, s’il est difficile d’affirmer que la campagne ait été sciemment déclenchée depuis le départ, l’ingérence de groupes algériens, russes ou émiratis a été relevée. « Le plus probable est que les premiers appels aient été spontanés, avant d’être amplifiés par la suite. Pour le moment, seuls des moyens plus sophistiqués, notamment des moyens d’Etat, peuvent remonter au départ des appels et en déterminer l’origine et les intentions », commente-t-il.

Concernant les sujets récurrents, notre expert relève tout d’abord que le langage, la tonalité et les arguments de la plupart des messages montrent que c’est bien la catégorie NEET qui a le plus créé de contenus et contribué à faire enfler les appels.

Deux sujets principaux ont ainsi été fortement mobilisateurs : le premier à trait à la perte d’espoir dans les perspectives des jeunes au Maroc, où il n’y aurait plus « rien à faire » ; et son pendant, à savoir que le paradis est en Europe avec des opportunités économiques alléchantes.

Le second sujet est en lien avec la facilité de passer à l’acte, notamment avec la présumée implication des réseaux de trafic de drogue pour créer une sorte de « pont maritime ». Cet argument est étayé par plusieurs images et vidéos de témoignages d’anciens harraga arrivés sur l’autre rive.

Par ailleurs, note Marouane Harmach, la réaction marocaine est arrivée de manière assez tardive, alors que le phénomène devenait viral. 

Les arrestations survenues à partir du 10 septembre ont augmenté la viralité des appels. Au-delà, notre expert relève que c’est symptomatique d’une désintermédiation accrue entre l’Etat et une large tranche de la jeunesse marocaine, en l’absence de relais politiques et sociétaux crédibles, accompagnée d’un appauvrissement des termes du débat public.

Un espace social digital avec un discours simpliste…

« Nous assistons à la naissance d’un espace social digital autorégulé par des NEET avec un nouveau discours très simpliste, qui appelle à des actes de désobéissance », analyse Harmach.

Un discours qui a trouvé écho auprès de ces jeunes grâce à une amplification sur les réseaux sociaux, après une récupération par des médias hostiles au Maroc, notamment chez notre voisin de l’Est, « qui a donné une place de choix à ce mouvement avec un suivi quotidien », affirme Harmach, alimentant de fait les débats sur Internet.

Un point que partage Khalid Mouna. Pour cet anthropologue spécialisé dans la migration et la région du Nord, « ce 15 septembre, nous n’avons pas assisté à une tentative de migration classique. Nous sommes face à autre chose ».

Ce qui est nouveau est la « spectacularisation » de cette tentative, et son caractère national. Ce qui est aussi frappant, selon Khalid Mouna, est l’extrême jeunesse de la population concernée, avec de nombreux mineurs et des femmes venant de toutes les régions du Maroc.

« L’essentiel des gens qui ont essayé la traversée sont de jeunes Marocains de Benguérir, Khouribga, Béni Mellal, Errachidia, Khénifra, etc. qui ne voient plus d’avenir dans leur pays. Des jeunes qui courent derrière le dernier wagon du train ‘Maroc’, mais qui ont perdu l’espoir de le rattraper », explique Khalid Mouna.

Pour lui, les deux termes récurrents qu’on retrouve dans le discours de ces jeunes lors de leur prise de parole, y compris dans les médias, est d’une part « l7asla« , c’est-à-dire le sentiment d’être piégé, et « lrisk« , c’est-à-dire la prise de risque migratoire. Ces deux termes structurent leur imaginaire en opposant un semi-nomadisme risqué à une sédentarité sans perspective.

Autre élément nouveau, selon notre spécialiste de la migration, est que contrairement aux tentatives notamment des migrants subsahariens, qui tentent la « boza« , c’est à dire la traversée en escaladant les clôtures métalliques, ces jeunes ont choisi la mer. « Cela rejoint un peu ce qui a été fait en 2022, en pleine crise entre le Maroc et l’Espagne, où des centaines de jeunes et d’enfants de Tanger, Tétouan et Fnideq ont tenté la traversée à la nage ».

Vers une nouvelle tentative ?

Toutefois, contrairement aussi bien à la « boza« , qui est longuement planifiée et coordonnée dans les camps de migrants de transit de manière secrète, ou encore la tentative de 2022 à Sebta qui, bien qu’elle ne fût pas préparée, a été effectuée par des jeunes connaissant parfaitement le terrain, les risques et rouages de la migration en Espagne, la tentative du 15 septembre 2024 a connu une préparation publique sur les réseaux sociaux, avec même une couverture de l’appel par des médias mainstream. La tentative a été faite par de jeunes Marocains, souvent éloignés des régions frontalières, qui se sont spécialement déplacés pour « l’événement ». Ce côté spectaculaire et national est, selon notre chercheur, inédit.

Le nouvel appel lancé pour le 30 septembre vient conforter cette analyse. Selon Marouane Harmach, « la réponse des autorités n’a pas dissuadé les jeunes concernés, considérant qu’ils ont une chance de passer. Certains messages ont même appelé à des manifestations dans de nombreuses villes ».

Et d’ajouter que le sujet est encore très chaud au niveau des réseaux sociaux, d’autant plus qu’il a été récupéré dans des discussions plus « intellectualisées » sur les raisons profondes d’un tel mouvement, sans que ce soit sérieusement repris dans la sphère politique partisane, amplifiant d’autant plus le sentiment d’absence de leadership politique crédible à même de poser les problèmes de cette jeunesse.

Toutefois, la grande inconnue, selon notre expert, reste liée à l’éventualité d’une nouvelle tentative le 30 septembre et à la réponse qui y sera apportée.

Dominique De Villepin dénonce le « deux poids deux mesures » de la France sur Gaza

Dominique de Villepin a répondu aux questions de Léa Salamé lors de la Matinale de France Inter le jeudi 12 septembre. Interpellé sur le bilan actuel des morts dans la bande de Gaza, M. De Villepin a répondu « qu’il n’y avait pas que le ministère de la santé du Hamas qui dit qu’il y a 40.000 morts. Il y en a invraisemblablement beaucoup plus », a-t-il affirmé, insistant sur la véracité tragique des chiffres et la réalité quotidienne à Gaza. « Les corps, les cœurs, les âmes et les têtes sont en morceaux », a-t-il ajouté.

M. De Villepin a signalé l’absence de perspectives pour l’avenir de Gaza, avertissant qu’Israël « crée les conditions d’une réoccupation » de ce territoire. Il a décrit une situation où « la bande est complètement assiégée », tandis que « la Cisjordanie, elle-même, est en train de se décomposer », ce qui conduit à une situation explosive qu’il a comparée à une « cocotte-minute ».

L’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères a aussi critiqué la gestion internationale du conflit, soulignant que « l’Occident a des leviers en matière d’armements, en matière économique », mais que ces leviers sont sous-utilisés. « Nous continuons à accepter de commercer avec des territoires où la colonisation israélienne est active », a-t-il précisé, tout en dénonçant les arguments utilisés pour justifier cette inaction. Selon lui, on laisse Israël « mener sa guerre jusqu’au bout », mais il s’est demandé : « Quel bout ? ».

M. De Villepin a vivement critiqué l’approche sécuritaire et identitaire d’Israël, qu’il a qualifiée de « folie messianique », et a averti que l’Occident, en particulier l’Europe et la France, « est aujourd’hui pointé du doigt » pour une politique de « deux poids, deux mesures ». Il a appelé à un retour au droit international et à la justice pour restaurer la légitimité de la France sur la scène internationale. « Il faudra donner des preuves », a-t-il insisté, pour que la France puisse à nouveau jouer un rôle dans les discussions de paix.

« La France doit renouer ses relations avec l’Algérie pour confronter la question de l’immigration. »

Sur la gestion de l’immigration en France, Dominique de Villepin a souligné la nécessité de trouver une solution sans céder aux discours radicaux, citant l’exemple de l’Italie. « Dans ce cadre, il est intéressant de noter que c’est la Première ministre italienne Giorgia Meloni qui nous montre la voie », a-t-il souligné, rappelant que l’Italie avait réussi à réduire de « 65% les arrivées des migrants grâce à des accords conclus avec les pays d’origine ».

Pour faire de même, Dominique de Villepin a rappelé les difficultés spécifiques liées aux relations entre la France et certains pays, notamment l’Algérie, qu’il allait falloir surmonter. « Cela devient plus complexe lorsqu’il s’agit de l’Algérie, car cela impliquerait de renouer le dialogue avec ce pays ».

Selon lui, la situation actuelle, où de nombreux Algériens se retrouvent dans des centres de rétention administrative, découle en grande partie de « l’état exécrable de nos relations avec l’Algérie ». Il fait allusion à l’initiative du président Emmanuel Macron au sujet de la reconnaissance de la marocanité du Sahara par la France.

Cela suppose donc de faire de la politique de manière active et de prendre des initiatives. « De ce point de vue, je ne suis pas pessimiste », affirme-t-il, « mais il est crucial de mettre les choses sur la table et de prendre les problèmes de front ».

Il a en outre insisté sur la nécessité de rallier la population à cette démarche. « Il faut surtout mettre les Français de son côté », a-t-il conclu.

Le visa réinstauré pour les citoyens ivoiriens entrant au Maroc dès septembre 2024

Le gouvernement ivoirien a annoncé la réinstauration temporaire du visa d’entrée au Maroc pour tous les détenteurs de passeports ordinaires ivoiriens. Cette mesure, qui débutera le 1er septembre 2024, est mise en place pour une période expérimentale de deux ans, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de l’intégration africaine et des ivoiriens de l’extérieur.

Cette décision découle de l’augmentation préoccupante du nombre de migrants africains transitant par les pays du Maghreb, dont le Maroc, pour rejoindre les côtes méditerranéennes. Un profilage rigoureux, effectué en collaboration avec les services compétents des ambassades ivoiriennes, a révélé que certains migrants clandestins prétendaient faussement être des citoyens ivoiriens. Par exemple, parmi les 14 800 migrants débarqués à Lampedusa, 170 se sont présentés comme étant ivoiriens, mais seuls 46 ont été confirmés comme ressortissants de la Côte d’Ivoire, precise le communiqué.

Face à cette situation, le gouvernement ivoirien a jugé nécessaire de renforcer les contrôles pour endiguer les réseaux de faussaires, qui utilisent de faux passeports et des cachets contrefaits. Bien que cette mesure puisse être perçue comme contraignante pour certains citoyens, elle vise à protéger la crédibilité du passeport ivoirien et à garantir la sécurité nationale, ajoute la même source.

Il est important de noter que cette réinstauration du visa n’est pas définitive. Elle sera réévaluée après la première année, avec la possibilité de lever cette exigence à l’issue des deux années. Par ailleurs, cette mesure ne s’applique pas aux citoyens marocains souhaitant se rendre en Côte d’Ivoire, ni aux Ivoiriens détenteurs de passeports diplomatiques ou de service, de cartes de séjour marocaines, ou de visas Schengen, des Émirats Arabes Unis, des États-Unis d’Amérique ou du Canada, conclut le communiqué.

Le Maroc participe à la 21e Conférence arabe des chefs des autorités de l’immigration à Tunis

À l’ordre du jour de cette réunion figuraient également l’examen d’un plan guide portant sur la lutte contre l’immigration irrégulière et les résultats des travaux de la commission chargée d’étudier la mise en place d’une plateforme d’échange des données biométriques des voyageurs.

Dans une allocution à l’ouverture de cette réunion, le secrétaire général du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur, Mohamed Ben Ali Koman, a mis en exergue le rôle de la Conférence en tant que plateforme d’échange sur les stratégies de lutte contre la falsification des documents de voyage et leur utilisation dans les opérations d’immigration irrégulière.

Et d’ajouter que la participation à cette conférence de structures spécialisées, telles que l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime et l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, permettra de s’informer sur les meilleures pratiques dans ce domaine aux niveaux régional et international.

Cette conférence est marquée également par la participation des représentants du Secrétariat général du Conseil des ministres arabes de l’Intérieur et de l’Université arabe Naif des Sciences de la sécurité.

Les recommandations de cette conférence seront soumises par le Secrétariat général à la prochaine session du Conseil des ministres arabes de l’intérieur.

(Avec MAP)

Immigration. Quelles sont les motivations des Marocains qui s’installent au Canada ?

Si l’Europe demeure la principale terre d’accueil des Marocains résidant à l’étranger, le Canada est l’autre destination privilégiée. Malgré la distance et les conditions climatiques parfois difficiles, ils sont des dizaines à traverser l’Atlantique, en quête d’une meilleure qualité de vie et d’un épanouissement professionnel. 

Selon le dernier recensement en date, la diaspora marocaine au Canada se chiffre à près de 104.000 personnes. « Les statistiques du Maroc indiquent que sa diaspora se situe davantage autour de 300.000 personnes », précise le gouvernement du Canada. En raison de la barrière linguistique, la principale province d’accueille de ces ressortissants demeure le Québec, en particulier la région de Montréal.

Ces dernières années, les provinces anglophones sont elles aussi devenues un point de chute privilégié par bon nombre de Marocains. En 2022, 81 % des résidents permanents d’expression française admis au Canada, hors Québec, étaient des citoyens de pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

Le Maroc (2e) est évidemment bien représenté dans le top 10 des principaux pays de citoyenneté des résidents permanents d’expression française au Canada, hors Québec (2022). Le Royaume est également entré dans le top 10 des pays de citoyenneté les plus courants chez les candidats ayant reçu une invitation à présenter une demande (IPD) de résidence permanente (978 IPD). Et ce n’est pas près de s’arrêter. 

Conscient du fait que l’immigration joue un rôle important dans le soutien de la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire partout dans le pays, le gouvernement du Canada prévoit d’accueillir davantage de francophones, en provenance du Maroc notamment.

Niveau d’éducation élevé et solides compétences professionnelles

Au Québec, comme en Ontario ou encore en Colombie britannique, la diaspora marocaine se caractérise par des profils divers et variés. Ils ont toutefois en commun un niveau d’éducation élevé et de solides compétences professionnelles. Les critères d’admission aux principaux programmes d’immigration accordent en effet une importance capitale non seulement à l’âge et aux connaissances linguistiques, mais aussi au niveau de scolarité et à l’expérience de travail. 

Dans d’autres cas, il s’agit d’étudiants qui ont décidé de poursuivre l’aventure au Canada au terme de leur cursus universitaire. À l’instar d’Amine, pour qui il aurait été plus simple de rejoindre ses frères en Europe. Pourtant, il n’a pas hésité à tracer sa propre voie outre-Atlantique.  

« J’ai décidé de poursuivre mes études au Canada pour la bonne réputation des universités et des écoles sur le plan pédagogique. J’avais également envie de vivre le rêve américain en quelque sorte », nous confie celui qui réside depuis huit ans en périphérie de Montréal.

« C’est sûr que le Canada est complètement différent du continent européen », souligne-t-il. « La qualité de vie y est meilleure et tu ne te sens pas vraiment étranger, car c’est une nation multiculturelle ». De surcroît, « le marché du travail offre davantage de perspectives ».

La trentaine, Hanane est détentrice d’un master en économie obtenu à Casablanca. Résidant au Québec depuis 2018, « mon intégration se passe très bien », assure-t-elle. L’opportunité de s’envoler vers le Canada s’est présentée à elle quelques mois après l’obtention de son master. Une recherche d’emploi infructueuse l’a incitée à franchir le pas.   

« Je n’ai pas réussi à trouver un poste à la hauteur de mes attentes au Maroc », déplore-t-elle. Six ans après son installation, elle semble avoir trouvé ce qu’elle était venue chercher, outre une bonne qualité de vie. « En plus, c’est un grand et magnifique territoire que j’avais envie de découvrir », avance Hanane, qui partage avec Ahlam son admiration pour les richesses naturelles dont regorge ce pays-continent. 

Se tester dans un autre environnement et sortir de sa zone de confort

Parents de deux enfants, Ahlam et son mari sont tombés sous le charme du Canada au bout de leur deuxième séjour. « Un pays où l’on vit les quatre saisons et où la nature prend une place prépondérante », explique Ahlam, qui réside à Montréal depuis l’été 2023. La décision de s’installer au Canada fut aussi motivée par des considérations professionnelles.

« Nous avions besoin de sortir de notre zone de confort et de vivre une nouvelle aventure, d’autant que nous n’avions pas d’attaches financières au Maroc », précise-t-elle. Une décision risquée, au vu de la situation professionnelle et financière confortable dont Ahlam et sa famille jouissaient au Maroc.  

« Nous avons lancé notre projet de mobilité, car nous avions l’impression de stagner sur le plan professionnel. On estimait avoir atteint un plafond de verre au Maroc. On avait envie de vivre une expérience professionnelle ici au Canada. De se tester dans un autre environnement et savoir ce que valent nos compétences », insiste-t-elle, assurant que son intégration a été facilitée grâce à la langue officielle du Québec, le français. 

« Le fait que la province du Québec soit francophone nous a aussi attirés. On ne voulait pas se retrouver dans la partie anglophone. Cela aurait représenté un frein en termes d’intégration », indique-t-elle.

Tout le contraire de Mohamed. « Je considère la barrière de la langue comme un challenge », affirme celui qui réside depuis quelques mois à Ottawa, la capitale du Canada, située dans la province de l’Ontario à un peu plus de deux heures de route de Montréal.

Il faut savoir mettre son ego de côté, le temps de s’intégrer

En réalité, Mohamed fait face à un double challenge. En plus de devoir s’adapter à un nouvel environnement, qui plus est anglophone, il doit également opérer une transition professionnelle. « C’est d’ailleurs la raison qui m’a poussé à m’installer au Canada. Quitte à repartir de zéro, pourquoi ne pas le faire dans un pays où les transitions professionnelle sont monnaie courante et même encouragées ? », révèle celui dont l’intégration est composée « de hauts et de bas » pour l’instant. 

En réalité, il n’y a pas de recette miracle pour réussir son projet de mobilité au Canada. Mais plutôt des difficultés à surmonter et des étapes à franchir.

« Il n’est pas toujours évident de trouver l’emploi idéal dès son arrivée au Canada. Il faut commencer par de petits métiers pour lesquels tu es surqualifié. Il faut savoir mettre son ego de côté, le temps de t’intégrer et de t’habituer aux spécificités de la vie professionnelle au Canada », avance Hanane. 

Pour Amine, c’est le climat qui a été le plus dur à appréhender. « Certes, l’hiver au Canada a son charme, mais la routine et le froid peuvent parfois être difficiles à supporter », déplore-t-il, au même titre que l’éloignement familial. Un aspect qui n’est pas facile à vivre pour l’ensemble des personnes sondées, tant leur attachement pour leur pays d’origine et leur famille est au moins aussi fort que leur envie d’ailleurs.  

La Cour suprême espagnole confirme l’illégalité du renvoi de mineurs marocains de Sebta en 2021

L’expulsion en 2021 vers le Maroc de plusieurs migrants mineurs entrés à Sebta était « illégale », a jugé la plus haute instance judiciaire espagnole.

Dans un communiqué publié le lundi 22 janvier, la Cour suprême espagnole, saisie en appel par l’État, affirme que les autorités gouvernementales n’ont pas respecté la loi espagnole, qui exige « une procédure administrative individuelle » et « l’intervention du parquet ».

Selon la Cour, cette expulsion a été réalisée dans un « non-respect absolu » de la procédure établie par la loi sur l’immigration. Il s’agissait d’une « expulsion collective, interdite par la Convention européenne des droits de l’Homme ».

En mai 2021, environ 12.000 migrants avaient franchi la frontière de Sebta depuis le Maroc, dont de nombreux mineurs marocains.

(Avec agences)

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Immigration, sécurité : Laftit et Grande-Marlaska saluent la coopération exemplaire maroco-espagnole

Le Maroc et l’Espagne restent clairement sur la trajectoire qui a été scellée en mars-avril 2022. C’est dans une ambiance détendue que deux responsables de premier plan, Abdelouafi Laftit et Fernando Grande-Marlaska, se sont réunis ce vendredi 19 janvier 2024 à Rabat. Les deux ministres se connaissent bien, ils se sont déjà réunis une douzaine de fois depuis 2018. Mais cette visite est le premier déplacement à l’étranger dans le cadre de l’actuel mandat, de Grande-Marlaska, le ministre espagnol de l’Intérieur.

Les mots qui revenaient étaient donc à intonation positive, voire amicale, tournée vers l’avenir. « L’ambiance était excellente », nous indique une source marocaine.

Les dossiers à l’ordre du jour sont essentiellement de deux ordres : l’immigration illicite et la sécurité. Sur les deux points, l’Espagne constate les efforts importants, voire cruciaux, que fait le Maroc. Des titres de presse espagnols mettent en avant la hausse importante des arrivées de migrants aux Canaries (+70%), mais dans leur écrasante majorité, celles-ci ne proviennent pas du Maroc, plutôt d’autres pays d’Afrique occidentale. En revanche, la baisse est évidente sur le Détroit et sur la route de la Méditerranée occidentale.

Un autre point occupe l’actualité en Espagne, en lien avec la migration. Il s’agit des nombreux voyageurs qui arrivent à l’aéroport de Madrid-Barajas à partir de Casablanca et qui, dès leur arrivée, demandent l’asile politique et s’installent à l’aéroport. Au total, 300 d’entre eux sont actuellement entassés sur place. En fait, il s’agit de voyageurs en transit par Casablanca et qui affirment transiter par Madrid pour se rendre dans d’autres pays, par exemple en Amérique latine. A son retour à Madrid, le ministre espagnol de l’Intérieur, cité par l’agence de presse EFE, a indiqué que l’Espagne étudie la mise en place de visas de transit. En d’autres termes, même en transit, les voyageurs auraient dorénavant besoin d’un visa.

Sur le plan sécuritaire, la coopération est citée en exemple et continuera à se renforcer.

Voici donc le texte du communiqué marocain publié à l’issue de cette visite :

« Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, et son homologue espagnol, Fernando Grande Marlaska, ont convenu, vendredi à Rabat, de la nécessité de valoriser la dynamique positive et engagée entre les deux pays afin de sublimer le modèle de leur partenariat d’exception.

« Ce partenariat est exemplaire à plus d’un titre et une référence de coopération bilatérale, indique le ministère de l’Intérieur dans un communiqué publié à l’issue des entretiens entre les deux ministres.

« MM. Laftit et Marlaska se sont félicités à cette occasion du partenariat d’exception qui unit le Maroc et l’Espagne, fruit d’une dynamique inédite dans les relations bilatérales marquée par la feuille de route adoptée au terme des discussions entre le Roi Mohammed VI et le Président du Gouvernement espagnol, S.E. Pedro Sánchez en avril 2022.

« Ce partenariat qui a ancré une coopération sécuritaire et migratoire forte et multidimensionnelle, basée sur la confiance et portée par des enjeux et défis communs, ajoute la même source.

« Les deux parties ont également convenu de renforcer la dynamique de coordination opérationnelle et de fluidifier les canaux d’échange d’informations et d’expertises pour mieux anticiper les menaces induites par le terrorisme et les activités criminelles des réseaux de trafics transfrontaliers, notamment le trafic des migrants et des êtres humains.

« A ce niveau, M. Laftit a rappelé la contribution du Maroc et les efforts d’envergure déployés en matière de lutte contre le terrorisme, de contrôle frontalier et de lutte contre toutes les formes de criminalité transfrontalière qui dénotent l’engagement constant du Royaume en faveur de la sécurité régionale.

« L’accent a été mis sur la démarche stratégique et la plus-value régionale de la coopération triangulaire en faveur des pays partenaires du Sud, à travers la formation croisée, le renforcement des capacités et l’appui technique.

« Le ministre de l’Intérieur a également rappelé l’approche holistique et humaniste du Maroc en matière de gouvernance migratoire qui, en application des Hautes Orientations Royales, place le migrant au centre des préoccupations. »

Grande-Marlaska : une collaboration d’un « niveau élevé d’efficacité »

La collaboration dans les domaines sécuritaire et migratoire entre le Royaume du Maroc et le Royaume d’Espagne est marquée par un « niveau élevé d’efficacité », a affirmé, vendredi à Rabat, le ministre de l’Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska.

« La collaboration entre Rabat et Madrid est marquée par un niveau élevé d’efficacité, notamment dans les domaines de la lutte contre la migration irrégulière, de la traite des êtres humains et de la lutte contre le trafic de drogues et le crime organisé », s’est félicité M. Grande-Marlaska dans une déclaration à la presse à l’issue de ses entretiens avec le ministre de l’Intérieur, M. Abdelouafi Laftit.

Evoquant la question migratoire, le responsable espagnol, qui effectue sa première visite à l’étranger après l’investiture du nouveau gouvernement, a précisé que l’objectif de la coopération entre les deux pays est de sauver des vies humaines, de lutter contre les réseaux de trafic d’êtres humains et de promouvoir une migration légale, sûre et ordonnée.

Mettant en exergue l’importance des relations de coopération étroite entre le Maroc et l’Espagne, qui touchent à plusieurs questions et défis communs, M. Grande-Marlaska a salué le niveau « exemplaire » de coopération en matière de lutte contre le terrorisme, rappelant que les autorités des deux pays ont mené, au cours de l’année dernière, 14 opérations conjointes contre des cellules terroristes.

Ces opérations se sont soldées par l’arrestation de 80 personnes, a-t-il indiqué, ajoutant que cela illustre de manière « claire et évidente » l’efficacité et l’efficience de la coopération entre les services de sécurité marocains et espagnols.

Se félicitant des relations très fraternelles liant son pays au Maroc, le ministre espagnol a également mis l’accent sur l’importance de la coopération dans le domaine de la protection civile, en particulier en ce qui concerne les interventions post-catastrophes naturelles et l’échange des meilleures pratiques en la matière.

M. Grande-Marlaska s’est, en outre, réjoui du succès de l’opération « Marhaba 2023 » de transit des Marocains résidant à l’étranger, qui constitue, selon lui, une autre illustration de la coopération bilatérale « intense et exemplaire ».

Abordant l’organisation conjointe de la Coupe du monde de football 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, il a estimé qu’elle vient confirmer l’excellence des relations entre les trois pays, se disant persuadé que cette édition sera la « meilleure Coupe du monde jamais organisée ».

Les députés français rejettent le projet de loi sur l’immigration

Les groupes Les Républicains (LR) et Rassemblement national (RN), qui avaient maintenu ces derniers jours le suspense sur leur vote, ont dévoilé leur intention d’approuver la motion et de s’allier à la gauche. Neuf députés de la majorité n’ont pas pris part à ce vote, qui coupe court à tout débat de fond à l’Assemblée sur le projet de loi.

Suite à ce rejet, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est immédiatement rendu lundi soir à l’Elysée où il a remis sa démission au président Emmanuel Macron, qui l’a refusée. « C’est un échec », a reconnu le ministre sur TF1, tout en fustigeant « l’alliance des contraires » qui a abouti à ce vote.

L’exécutif français peut désormais choisir de laisser le texte poursuivre son parcours législatif au Sénat, pour une deuxième lecture, ou en commission mixte paritaire Sénat-Assemblée, ou décider de le retirer.

« Nous verrons ce que nous déciderons », a déclaré Gérald Darmanin, en précisant que le chef de l’Etat avait demandé que lui soit présentée dès mardi « une suite pour ce texte ».

De leur côté, les trois groupes du camp présidentiel (Renaissance-MoDem-Horizons) ont appelé lundi à ne pas retirer le projet de loi immigration et à poursuivre le « processus législatif le plus rapidement possible ». Emmanuel Macron attend du gouvernement des propositions pour lever les « blocages » et « aboutir à un texte de loi efficace », a précisé l’Elysée.

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La France va durcir les conditions d’immigration et de séjour : ce qui pourrait changer pour les Marocains

Élaboré par le gouvernement français et adopté par le Sénat le 14 novembre 2023 après amendements, le projet de loi visant à contrôler l’immigration et à améliorer l’intégration contient des dispositions susceptibles d’impacter, de près ou de loin, le Royaume du Maroc et ses citoyens.

Désormais entre les mains de l’Assemblée nationale, le texte entrera en vigueur – après son adoption définitive – de manière différée. Les dates d’application effective des différentes dispositions seront fixées par voie de décrets. À titre d’exemple, son article 1er entrera en vigueur “à une date fixée par décret en Conseil d’État et, au plus tard, le 1er janvier 2025”.

Son application a pour objectifs, selon le gouvernement français, d’assurer “une meilleure intégration des étrangers par le travail et la langue” ; “d’améliorer le dispositif d’éloignement des étrangers représentant une menace grave pour l’ordre public” ; “de sanctionner l’exploitation des migrants et de contrôler les frontières” ; “d’engager une réforme structurelle du système d’asile” ; et de “simplifier les règles du contentieux relatif à l’entrée, au séjour et à l’éloignement des étrangers”.

Selon Mehdi Alioua, sociologue, spécialiste des migrations, chercheur et professeur à l’Université internationale de Rabat, le texte « touchera surtout les populations qui ont déjà des relations sociales et familiales avec la France. Car ceux qui demandent le plus de visas, migrent le plus vers la France et se marient le plus avec des citoyens français, sont les ressortissants marocains, algériens ou encore sénégalais, trois pays avec lesquels la France entretient des relations fortes depuis l’époque de la colonisation ».

Mehdi Alioua explique que les ressortissants Marocains sont concernés par trois éléments de ce projet de loi : les expulsions ; l’accès au titre de séjour et aux visas et l’aide au développement.

« Le chantage au visa va reprendre »

Concernant les expulsions, le texte de loi prévoit d’accélérer l’octroi de l’asile. « On garantit aux demandeurs d’asile une réponse rapide ; or si elle est négative, ils seront rapidement expulsés via une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Dès lors, qu’advient-il en cas d’appel à la décision ? Ces demandeurs sont-ils expulsables ? », s’interroge Mehdi Alioua.

De plus, le texte prévoit, suite à son adoption au Sénat, une disposition relative au délit de séjour irrégulier. « Une personne sans papiers peut être arrêtée et condamnée à verser une amende de 3.000 euros, puis placée dans un centre de rétention administrative, qui est en réalité une prison, avant d’être expulsée. Or ce ne sont pas ces 3.000 euros d’amende qui vont faire fuir les personnes sans papiers. Elles n’ont pas de papiers car elles n’ont pas d’autre choix. De plus, si elles se font arrêter pour être expulsées, pourquoi devraient-elles régler cette amende de 3.000 euros ? », s’interroge encore Mehdi Alioua.

« La France a beaucoup de mal à expulser. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron [en 2017, ndlr], elle est le pays européen qui produit le plus de demandes d’expulsion. Elle délivre annuellement plus de 100.000 OQTF, tandis que l’Allemagne, par exemple, n’en délivre que 17.000 par an », poursuit-il.

« Ce projet de loi ne permettra pas d’expulser davantage. L’expulsion dépend principalement de la capacité à arrêter et à produire l’expulsion dans des normes juridiques conformes aux droits fondamentaux des individus, mais aussi à identifier le pays d’origine et [à s’assurer] que celui-ci approuve la réadmission de la personne concernée. Cependant, − et c’est là où le bât blesse −, cette opération d’expulsion est très compliquée car la France expulse des individus que les autorités marocaines ne reconnaissent pas comme étant de nationalité marocaine ou dont elles mettent du temps à déterminer la nationalité. Entre temps, la France, qui ne parvient pas à expulser l’individu en question, finit par le libérer et accuse le Maroc, ainsi que d’autres pays, de ne pas jouer le jeu. Mais le Maroc ne va pas dépenser des dizaines de millions [de dirhams] en services administratifs pour faire plaisir à la France ».

« Le chantage au visa va reprendre parce que c’est directement mentionné dans le texte suite à un amendement du Sénat », soutient Mehdi Alioua.

Pour le regroupement familial, l’attente passe à deux ans

Concernant l’accès au titre de séjour, Mehdi Alioua estime que certaines dispositions posent « un problème potentiel » pour les Marocains. Il avance deux raisons : la première est que la procédure de regroupement familial est passée, selon ce projet de loi, à vingt-quatre mois d’attente au lieu de douze. « C’est complètement aberrant et contraire au droit de la famille », fustige cet enseignant universitaire.

En second lieu, l’accès au titre de séjour est, toujours selon les dispositions de ce texte, « conditionné à la maîtrise de la langue française ». Une disposition qui, toutefois, ne concerne pas les ressortissants européens. Ce que Mehdi Alioua juge « discriminatoire ».

« Un Bulgare ou un Roumain qui migre en France n’est pas, en principe, soumis à l’examen de français. Il s’agit là d’une discrimination raciale qui va toucher ceux qui, pourtant, parlent mieux français et connaissent mieux la France, notamment parce que leurs grands-parents ont combattu lors de la Seconde Guerre mondiale, qu’ils ont appris la langue française à l’école mais ont encore un niveau de maîtrise assez faible, etc. Un Roumain qui n’a aucun lien avec la France, par exemple, leur passera devant. Nous savons pourtant que dans les pays où une telle mesure a été mise en place, elle n’a pas fonctionné. Aux Pays-Bas par exemple, lorsque l’on fait passer le test de langue à des Hollandais, certains échouent », précise-t-il.

Quant à la question relative à l’octroi du visa et à l’aide au développement, Mehdi Alioua explique que ce projet de loi prévoit des dispositions selon lesquelles « les visas ne seront accordés que pour l’aide au développement ». Selon lui, « cela touche directement le Maroc, avec qui la France entretient un bras de fer autour du ministre de l’Intérieur [Gérald Darmanin, ndlr] qui veut relier les visas aux expulsions et au développement ». Cela dit, précise Mehdi Alioua, « la première mouture du texte n’avait pas prévu ces éléments ; ils ont été ajoutés par le Sénat. Il est possible qu’ils tombent à l’eau. »

Suppression du droit du sol, de l’assurance maladie des étrangers… davantage de durcissements

Ce texte prévoit d’autres dispositions importantes à relever telles que la suppression de l’assurance maladie gratuite pour les étrangers et le durcissement de l’obtention de la nationalité française. Parmi les conditions pour être éligible à la demande, le projet de loi prévoit en effet une durée de vie sur le territoire français de dix ans au lieu de cinq actuellement. « Ce qui est sûr, c’est que l’esprit du texte est purement sécuritaire. C’est un texte de loi dont les Français n’ont absolument pas besoin et dont la migration, de manière générale, n’a pas besoin non plus. Toutes les lois actuelles sont déjà suffisamment répressives », indique Mehdi Alioua.

Il soulève également deux autres mesures importantes : les quotas migratoires et la suppression du droit du sol.

“Le projet des quotas migratoires n’était pas prévu dans le projet du ministre de l’Intérieur. Il a été ajouté par le Sénat. Mais on ne sait pas ce que cela veut dire concrètement. Est-ce que ce sont des quotas par pays ? Qu’est-ce qui est prévu ? Sur quels critères vont-ils s’appuyer ?”, interroge notre interlocuteur qui estime cette mesure “totalement arbitraire et contraire à l’esprit républicain”.

Quant à “la suppression de l’automaticité de la nationalité”.  Mehdi Alioua explique que ce que contient le projet de loi “n’est pas nouveau mais durci”. Selon ce texte, “on ne devient plus français automatiquement par naissance (sur le sol français, ndlr). C’est déjà plus ou moins le cas ; il y avait une démarche administrative à faire avec étude de dossier. Désormais, cette étude du dossier devient réelle. Un enfant né en France devra demander la nationalité à ses dix-huit ans et une commission va se réunir pour la lui accorder… ou pas. Ceci symbolise la fin du droit du sol”. 

Belguendouz : “La nouvelle politique européenne d’immigration va aggraver la fuite des cerveaux au Maroc”

La volonté de plusieurs pays européens de réformer leur législation pour parvenir à une immigration choisie et pourvoir à la pénurie de main-d’œuvre dans des métiers dits en tension (restauration, bâtiment, services à la personne, médecine…) suscite des questions. En raison des effets négatifs sur des pays émetteurs comme le Maroc, certains observateurs dénoncent un pillage institutionnalisé des ressources humaines.

Dans le viseur de l’UE, des compétences du Sud de plus en plus qualifiées

Sollicité par Médias24 pour son expertise en matière de migrations, Abdelkrim Belguendouz tient à rappeler que la thématique de l’immigration en Europe intéresse de plus en plus son opinion publique, depuis la montée de l’extrême-droite notamment, avec des dizaines de lois votées en moins de trente ans.

« Tout en continuant à s’attaquer à l’immigration clandestine, le Vieux Continent cherche aujourd’hui à accueillir plus de migrants réguliers dans des secteurs sous tension, où il existe un déficit de main-d’œuvre mis en lumière par la période du Covid, notamment pour des métiers dits nécessaires », explique l’expert. Il cite une volonté européenne d’attirer des migrants aux compétences de plus en plus qualifiées, à l’opposé de l’ancienne politique d’accueil migratoire limitée aux ouvriers.

« Des migrants qualifiés qui ne reviendront pas au pays »

Confrontés à une pénurie croissante de main-d’œuvre qui s’accentue avec le vieillissement de sa population, les pays concernés concluent, depuis plusieurs années, de nouveaux pactes européens sur la migration et l’asile. Selon Abdelkrim Belguendouz, ils visent non seulement à capter, mais surtout à retenir une immigration légale composée d’éléments hyper-qualifiés issus de pays du Sud comme le Maroc.

« Il ne s’agit pas d’une immigration circulaire, avec des compétences qui viendraient pour une durée déterminée avant de repartir dans leur pays. En réalité, si on leur ouvre la porte aujourd’hui, c’est surtout pour les garder en leur permettant, par exemple, d’effectuer un regroupement familial ou de travailler dans tout l’espace Schengen », avance l’expert. Il souligne que  l’institutionnalisation européenne de l’immigration qualifiée aurait d’ailleurs la bénédiction des pays tiers émetteurs de main-d’œuvre.

« Un pillage institutionnalisé des ressources humaines »

Pour pallier leur vieillissement démographique et le manque de compétences, les pays européens mettent en œuvre, selon l’expert, des mécanismes de spoliation des ressources humaines qualifiées, sans rencontrer de réaction appropriée de pays comme le Maroc.

Ainsi le ministère de l’Emploi et de l’inclusion économique prônerait depuis l’automne dernier, une stratégie de mobilité professionnelle internationale, où l’accent est mis sur la nécessité de permettre à des profils marocains qualifiés de tenter leur chance en Europe.

Tout en rappelant qu’il n’y a pas d’acceptation ministérielle officielle de la politique de l’UE, le chercheur dénonce « une connivence intellectuelle » d’institutions comme l’ANAPEC, qui partagent les idées des pays européens d’accueil en niant l’exode des compétences marocaines.

Nous nous devons cependant de préciser que les autorités ne peuvent pas restreindre les libertés individuelles en fermant du jour au lendemain les frontières pour les candidats légaux à l’émigration et que la signature de conventions migratoires avec des pays européens pourrait contribuer à réguler, voire limiter les départs massifs en attendant de pouvoir améliorer les conditions de travail des candidats à la migration.

« Un déni des autorités marocaines de la fuite des cerveaux »

« Ce déni de la fuite actuelle des cerveaux s’inscrit dans une terminologie arrangeante de libre circulation des compétences dans un monde globalisé, où chacun peut et doit exercer son libre arbitre en matière de mobilité professionnelle », précise Abdelkrim Belguendouz.

« Si les migrants ont droit à leur liberté de mouvement, ils doivent aussi bénéficier du droit de travailler dans des conditions acceptables dans leur pays », conclut l’universitaire pour qui « la véritable hémorragie en cours » ne pourra que s’aggraver avec la future politique d’accueil institutionnalisée des pays européens.

En effet, l’accentuation de la fuite des compétences (médecins, infirmiers, ingénieurs, informaticiens…) risque de mettre à mal la position concurrentielle du Maroc sur le marché global, en portant atteinte à sa productivité, son développement technologique, son innovation…