Immigration en France : hausse des arrivées en provenance du Maghreb, profils jeunes et qualifiés

Les immigrés originaires du Maghreb continuent d’affluer en nombre en France. Selon un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee, France), publié récemment, 72.000 Maghrébins sont arrivés sur le territoire français en 2023 pour y résider au moins un an, soit une progression de 11% par rapport à l’année précédente.

Une immigration maghrébine portée par une jeunesse diplômée

L’étude révèle que ces nouveaux arrivants sont majoritairement jeunes, d’un âge médian de 27 ans, et les femmes représentent 54 % des entrées. En outre, plus de la moitié des immigrés maghrébins âgés de 25 ans ou plus sont diplômés de l’enseignement supérieur (55%), un chiffre qui place cette population parmi les plus qualifiées des flux migratoires vers la France.

Ce profil tranche avec certaines idées reçues : loin d’un exode de main-d’œuvre peu qualifiée, une partie croissante des immigrés maghrébins sont de jeunes actifs ou des étudiants disposant d’un capital humain élevé.

Une insertion professionnelle encore difficile

Malgré leur niveau de formation, les immigrés originaires d’Afrique, incluant le Maghreb, peinent à s’insérer rapidement sur le marché du travail français. Un an après leur arrivée, seuls 28% des immigrés africains âgés de 15 à 74 ans sont en emploi, selon le rapport. Une proportion bien inférieure à celle des ressortissants de l’Union européenne (56%).

Les métiers exercés restent très polarisés : les nouveaux immigrés sont employés aussi bien comme ingénieurs ou chercheurs que dans des secteurs peu qualifiés, notamment l’hôtellerie-restauration ou le bâtiment. Ce clivage illustre la difficulté à faire reconnaître les compétences et les diplômes obtenus à l’étranger, en particulier pour ceux venus du sud de la Méditerranée.

Par ailleurs, en 2023, la France a enregistré 467. 000 entrées, dont près de 160. 000 en provenance d’Afrique. Le Maghreb, à lui seul, représente près de la moitié de ces flux africains.

Le GADEM appelle à une meilleure protection des victimes de discriminations raciales

Dans le cadre du lancement de sa campagne digitale 2023 « #semaine_contre_discriminations« , le Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM) a exprimé, dans un communiqué, son « inquiétude » face à la hausse des discriminations raciales, et appelle à « des actions concrètes et à un véritable débat démocratique, ouvert et franc sur ces questions ».

Le boulet d’Ouled Ziane

Evoquant les altercations qui ont eu lieu ces derniers mois entre des migrants subsahariens et les forces de l’ordre dans le quartier Ouled Ziane, à Casablanca, le GADEM rappelle que les campements qu’occupent les migrants sont « le fruit des déplacements forcés à l’intérieur du territoire marocain depuis les zones frontalières vers d’autres villes plus éloignées. Cette pratique, mise en œuvre depuis fin 2013 et qui n’est encadrée par aucune disposition législative, vise à éloigner des frontières européennes toutes personnes noires étrangères, couramment associées à l’émigration irrégulière ».

Le GADEM accuse également les pouvoirs publics de « laisser la situation sur place se détériorer », soulignant que « la plupart des actions ciblant des personnes étrangères, principalement sur la base de leur couleur de peau, donne lieu à un déferlement de discours racistes sur les réseaux sociaux ».

La campagne xénophobe qui fâche

Le GADEM a également condamné la campagne digitale lancée en février dernier, prônant l’interdiction du mariage entre des ressortissantes marocaines et des Subsahariens. « Cette campagne à caractère raciste prône une forme de hiérarchisation entre différents groupes raciaux ; ici les personnes noires étrangères perçues comme pouvant porter atteinte à l’identité et à ‘la beauté marocaine' », souligne le communiqué.

Le GADEM fait observer que ce type de propos racistes interpelle à plusieurs titres : « Premièrement, car ils appellent au rejet et à la marginalisation ; ensuite, parce qu’ils occultent une réalité marocaine et offensent non seulement les personnes noires étrangères, mais également marocaines et, enfin, parce qu’ils font tristement écho aux événements les plus tristes de l’Histoire. »

La GADEM appelle le Maroc à se doter « des outils législatifs et institutionnels nécessaires et adéquats pour protéger efficacement et faire valoir les droits à réparation et au recours à toute personne victime de discriminations raciales ».

Dans ce sillage, l’association initie une semaine de lutte contre les discriminations raciales sous le hashtag #semaine_contre_discriminations. Cette campagne digitale a lieu sur les réseaux sociaux du 21 au 25 mars 2023. L’objectif est de « contribuer à un débat public nécessaire sur les questions de discriminations raciales dans le contexte actuel », conclut le communiqué.