Près de 330.000 têtes d’ovins et de bovins importées en 2025 (El Bouari)

Afin d’assurer la continuité de l’approvisionnement normal des marchés en viandes rouges et en lait, le ministère de l’Agriculture a mis en place plusieurs mesures. Parmi celles-ci figure l’importation du bétail et de la viande rouge, mais aussi des vaches laitières.

Lors d’une réunion de la commission des secteurs sociaux tenue ce mercredi 18 juin, Ahmed El Bouari a fait le point sur les principales réalisations dans ces deux secteurs.

Près de 2.000 tonnes de viandes rouges importées en 2025

En ce qui concerne celui de la viande rouge, Ahmed Bouari a fait savoir que 91.000 têtes de bovins ont été importées en 2025, ainsi que 238.000 têtes d’ovins et 1.976 tonnes de viande et d’abats.

Ces importations ont été réalisées grâce à la suspension des droits d’importation et de la TVA appliqués à l’importation des animaux, mais aussi à l’importation de la viande rouge ; des mesures visant à garantir un approvisionnement normal du marché local et à freiner la hausse des prix.

Afin de préserver le cheptel, le ministère a également interdit l’abattage des femelles bovines et ovines destinées à la reproduction, à travers une opération conjointe avec le ministère de l’Intérieur.

Plus de 22.800 vaches laitières importées au 12 mai 2025

S’agissant de la filière laitière, le ministre de l’Agriculture a annoncé que, depuis le début de l’année 2024 au 12 juin 2025, 22.818 vaches laitières ont été importées par le Royaume. 

Ces importations interviennent dans le cadre du contrat-programme signé entre la Fédération interprofessionnelle de la filière laitière (Maroc Lait) et l’État, visant à augmenter la production nationale à 3,5 milliards de litres de lait à l’horizon 2030.

Les importations de ces génisses font l’objet d’une subvention, fixée à 6.000 DH par tête, dans la limite de 60.000 têtes.

Outre ces subventions, d’autres mesures incitatives sont également mises en place par le ministère de tutelle pour intensifier la production animale et reconstituer le cheptel laitier durant la période 2024-2026. Elles consistent notamment en :

– Le soutien à la production de vaches laitières issues de races pures sélectionnées, avec une subvention fixée à 4.000 DH par tête, dans la limite de 80.000 têtes.

– La préparation du projet de décret fixant les conditions et modalités d’octroi de la subvention de l’État pour l’importation de jeunes génisses de races pures destinées à la production laitière, à hauteur de 4.000 DH par tête, valable jusqu’au 31 décembre 2027. Ce texte est en cours de publication au Bulletin officiel.

– La préparation du projet de décret fixant les conditions et modalités d’octroi de la subvention de l’État pour l’achat de génisses produites localement, avec réduction de l’âge des génisses à 16 mois. Ce texte est également en cours de publication au BO.

Viandes rouges et subventions : entre flou, surenchères politiques et soupçons de spéculation

« Dix-huit acteurs du secteur de la viande rouge ont engrangé jusqu’à 13 milliards de centimes (130 MDH), profitant des subventions pour réaliser des marges excessives ».  C’est, en substance, l’information relayée par les deux ministres, Nizar Baraka et Ryad Mezzour.

Lors de meetings politiques ou face aux médias, ils dénoncent « des spéculateurs » ayant tiré profit des mesures instaurées par l’État pour engranger « des marges excessives, jugées abusives et non éthiques ».

Ryad Mezzour explique ces sorties par la nécessité d’agir rapidement sur un secteur qui affecte directement le pouvoir d’achat des Marocains. Interrogé par nos confrères de The Voice, il a affirmé qu’il s’agissait d’une stratégie de dissuasion fondée sur le principe du name and shame.

Autrement dit, une mise en garde aux spéculateurs : « Nous avons révélé votre nombre. Si ces pratiques persistent, nous révélerons vos noms ». Faire pression par la voie politique en attendant que les voies administratives et législatives puissent être enclenchées, affirme le ministre de l’Industrie et du commerce.

La multiplication des déclarations à ce sujet fait enfler la polémique et suscite des questions. La confusion s’installe et les interrogations fusent.

Les dix-huit acteurs dont il est question sont-ils des importateurs ? Des distributeurs ? Des grossistes ? Et ces 130 MDH, s’agit-il du montant des aides publiques ? Des gains générés par les marges non éthiques ? Que représente exactement ce montant ?

Des déclarations politiques floues qui alimentent la confusion

Si l’on s’attelle à décrypter les propos publics, que faut-il retenir ? En résumé, de l’argent public investi pour soutenir le pouvoir d’achat des Marocains a été détourné de son objectif initial par des acteurs de la filière.

Soit les opérateurs en question n’ont pas respecté le cadre de l’opération. Il faudrait alors des enquêtes et des mesures strictes à leur encontre.

Soit le gouvernement a failli dans la conception de la mesure, laissant des failles dans le dispositif.

Dans les deux cas, l’opinion publique a le droit de savoir et d’avoir l’information en toute transparence. Cela commence par l’identité de ces 18 opérateurs accusés de « spéculation ».

Nous avons interpellé des responsables gouvernementaux et des départements ministériels et institutions concernés par le sujet, dont le département de Ryad Mezzour, par qui le sujet a éclaté, et celui de l’Agriculture qui a piloté le dispositif d’aides.

Certains nous répondent brièvement : « cherchez du côté des chevillards ». D’autres préfèrent garder le silence.

Ce que nous savons des mesures destinées au secteur et de leur impact

Médias24 a tenté de reconstituer les données relatives à ces opérations d’importations à partir de sources publiques.

Deux types de mesures ont été adoptées :

En 2024, le dispositif en place visait l’importation de 300.000 têtes pour Aid Al-Adha. Ainsi, pour cette année-là, l’enveloppe de l’aide consentie par le gouvernement pouvait atteindre jusqu’à 150 MDH.

Plusieurs acteurs ont été impliqués dans ce dispositif :

La liste des importateurs éligibles à la subvention

Selon nos recherches, ils étaient plus d’une centaine d’importateurs éligibles à la subvention forfaitaire en 2024.  Une première liste de 67 opérateurs a été publiée sur le site de l’ONICL. Elle a été complétée par une liste additive de 33 opérateurs.

Nous n’avons pas pu reconstituer les listes pour 2023.

Nous ne sommes pas en mesure d’attester que tous les opérateurs figurant dans la liste de 2024 ont effectivement participé à l’opération.

Ce qui est certain, c’est que le nombre des opérateurs éligibles au dispositif d’aide et probablement ayant participé à l’importation est supérieur à 18.

 

Les effectifs importés en 2023 et 2024 selon l’office des changes

Qu’en est-il alors des chiffres d’importations et des montants des aides ?

Pour ce volet et à défaut d’avoir des chiffres précis auprès des institutions concernées, nous nous sommes tournées vers les données publiques de l’office des changes.

Il nous donne une indication sur les effectifs importés en 2023 et 2024 :

*Les données de l’année 2024 sont provisoires et arrêtées à fin septembre 2024. 

Nous savons, sur la base des circulaires consultées, que l’opération d’aide à l’importation en 2024 était autorisée entre le 15 mars et le 15 juin.

Pendant cette période d’importation éligible à la subvention de 500 DH/tête, 519.930 têtes d’ovins ont été importées.

À supposer que toutes les importations faites entre mars et juin 2024 répondaient aux différentes conditions et exigences, on peut estimer la valeur de la subvention en 2024 à 259,9 MDH.

Pour l’année 2023, aucune période spécifique n’était mentionnée dans les documents relatifs à cette opération et consultés par Médias24. Il nous est donc impossible de procéder à une estimation crédible.

L’impact des mesures

L’un des points soulevés par Baraka et Mezzour, ce sont les marges « non éthiques ».

« 18 spéculateurs réalisent des marges excessives, atteignant le double des marges pratiquées sur le marché, soit 40 DH/kg au lieu de 20 DH/ kg, et ce n’est pas normal », a  déploré Ryad Mezzour.

À Nizar Baraka de renchérir : « Ce n’est pas normal parce que l’objectif de cette subvention était de réduire le prix pour le consommateur final, alors que ces importateurs ont préféré en profiter pour améliorer leurs bénéfices. L’ovin importé à 2.000 DH a été vendu à 4.000 DH ».

Quand on analyse les prix de la viande ovine, on remarque que l’impact des mesures est peu perceptible et que les prix restent volatils, oscillant entre hausse et baisse, sans logique apparente.

La vraie baisse des prix est survenue après la décision de l’annulation du rituel du sacrifice pour l’année 2025. Cela dit, une hausse a été remarquée récemment, après les fortes pluies qui ont amélioré les parcours.

Medias24
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En tous les cas, tout porte à croire que les déclarations des ministres concernent le circuit de distribution et de commercialisation. Un circuit complexe, désorganisé et même anarchique.

Ci-dessous, une reconstitution de la chaine de valeur de la filière des viandes rouges publiée par le ministère de l’Agriculture sur son site web.

Elle ne comprend pas l’importation, car le Maroc n’y recourt massivement que ces deux dernières années. Par ailleurs, on y voit que, sur le volet de la commercialisation, il y a environ 700 marchés à bestiaux. C’est à ce stade que se forment les prix. Un projet de mise en place de 12 marchés à bestiaux régionaux a été lancé, sans voir le jour.

Le commerce des animaux vivants au Maroc se fait dans des conditions déplorables dans les souks hebdomadaires ruraux qui ne sont pas équipés, souvent très tôt le matin. De nombreux intermédiaires informels interviennent dans la chaine de commercialisation et exercent une pression sur les prix.

L’étape d’après est celle de l’abattage, qui se déroule dans plus de 180 abattoirs municipaux et près de 700 tueries rurales.

L’État a un programme ambitieux pour moderniser les abattoirs qui est en cours de déploiement. Il a commencé par la région de Rabat qui a été dotée d’un abattoir régional nouvelle génération.

Un secteur en proie à l’anarchie

Il reste donc la grande question : cette subvention publique que le gouvernement a pensée pour soutenir le pouvoir d’achat des Marocains et détendre les prix des moutons et de la viande rouge a-t-elle été détournée par des spéculateurs ?

Si oui, qui sont-ils ? Que compte faire le gouvernement ? Une telle dérive ne peut avoir eu lieu sans une entente préalable entre les opérateurs, puisque les marchés sont censés être des lieux de « formation des prix ».

M. Ryad Mezzour laisse entendre qu’il connait l’identité des 18 « spéculateurs ».

S’il rechigne à la communiquer à l’opinion publique, l’a-t-il transmise aux autorités compétentes pour qu’elles engagent les procédures qui s’imposent et tiennent informée cette opinion publique ?

Viandes et bétail : le ministère de l’Agriculture revoit les procédures d’importation

Le ministère de l’Agriculture a actualisé les trois circulaires relatives aux procédures d’approbation des demandes d’importation des bovins et des ovins domestiques, ainsi que de la viande fraîche et des abats. Les nouvelles circulaires ont été publiées le 6 mars dernier.

Rappelons que les quotas fixés pour l’année 2025 s’élèvent à 15.000 têtes pour les bovins, 700.000 têtes pour les ovins et 40.000 tonnes pour la viande fraîche et les abats.

Les bovins importés ne sont plus exclusivement dédiés à l’abattage

Dans la circulaire relative à l’approbation des demandes d’importation de bovins domestiques, on remarque que ces derniers ne sont plus exclusivement destinés à l’abattage. Ces animaux peuvent à présent être également destinés à l’engraissement, mais non à la reproduction.

L’importateur peut ainsi procéder à l’abattage immédiat des bovins importés dès leur arrivée sans qu’ils transitent par les lazarets de quarantaine sanitaire, ou les engraisser. Aucune date d’abattage n’est toutefois fixée par le ministère. 

Auparavant, selon les dispositions de la circulaire du mois de décembre 2024, les importateurs s’engageaient à :

– Abattre 40% de l’effectif importé dans un délai de 40 jours après la date d’arrivée des animaux au port de débarquement ;

– Abattre l’effectif restant dans un délai de 3 mois après leur date d’arrivée.

Aucun délai d’abattage pour les ovins

Il en est de même pour les ovins domestiques importés, en termes de délai d’abattage. Auparavant, selon les dispositions de la circulaire du mois de décembre dernier, les opérateurs importateurs s’engageaient à :

– Abattre au moins 40% de l’effectif importé dans un délai de 40 jours après la date d’arrivée des animaux au port de débarquement ;

– Abattre au moins 80% de l’effectif dans un délai de 60 jours après leur date d’arrivée ;

– Abattre l’effectif restant (20%) au plus 3 mois après leur date d’arrivée.

Cette condition ne figure plus dans la nouvelle circulaire après la récente mise à jour.

Enfin, en ce qui concerne l’importation des viandes fraîches et des abats, la spécificité des viandes « fraîches, réfrigérées ou congelées » ne figure plus sur le volet relatif aux normes techniques à respecter par les importateurs dans la nouvelle circulaire du 6 mars.

L’autre nouveauté concerne les abats, qui devaient auparavant représenter au plus 20% de la quantité des viandes importées. Cette condition n’est plus exigée.

Par ailleurs, à présent, même les bouchers peuvent importer les viandes et les abats, au même titre que les chevillards, les établissements d’entreposage, les unités de découpe et autres.

Rappelons que ces opérations d’importation interviennent dans le cadre de la conjoncture actuelle qui se caractérise par une sécheresse sévère ayant eu un impact direct sur le cheptel national. Elle vise à assurer l’approvisionnement continu du marché national en viandes rouges et à stabiliser les prix.

Viande rouge : entre baisse des prix de gros et stagnation

Au marché de gros de Casablanca, la viande bovine coûtait, le 2 janvier dernier, entre 80 et 89 DH. Contrairement à la viande ovine, le prix de la viande bovine a enregistré une légère baisse par rapport aux semaines précédentes.

Cependant, cette baisse ne se reflète pas sur le marché de détail, notamment chez les bouchers, dont la majorité continuent de vendre au prix élevé d’environ 100 DH le kilogramme pour la viande bovine, et jusqu’à 140 DH ou plus dans certaines boucheries supposées fines.

Les intermédiaires en cause ?

Contactée par nos soins, une source autorisée nous explique que « la situation dans le secteur des viandes rouges est similaire au reste des produits agricoles. C’est le détaillant au final qui décide du prix de vente ».

« La multiplication des intermédiaires contribue également à la hausse des prix, comme c’est le cas pour d’autres produits agricoles. Ce coût supplémentaire, combiné aux frais de transport, est supporté par le boucher qui les intègre dans ses prix de vente », ajoute notre source.

Les bouchers proposent généralement la viande locale et celle importée, à laquelle ils attribuent un prix presque identique. Autrement dit, la viande importée est vendue plus cher que ce qui est attendu alors qu’elle est censée avoir un prix plus bas pour faire baisser les prix.

Les lacunes logistiques compliquent l’opération

Des opérateurs du secteur, notamment des bouchers, pointent pour leur part les lacunes logistiques. Selon eux, le Maroc ne dispose pas de la logistique nécessaire à cette opération, confirmant ainsi les informations publiées par Médias24 dans un article précédent.

« Nous avons reçu, il y a quelques semaines, au début de cette opération d’importation de viande fraîche, une délégation de Catalogne composée de responsables d’environ 45 entreprises, qui nous avait annoncé que la viande arrivant d’Espagne sera vendue à tous les abattoirs agréés par l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) ».

« Sauf qu’après sa publication, le cahier des charges relatif à cette opération a exigé une logistique spéciale pour respecter la chaîne de froid. On croyait que les frigos des abattoirs des collectivités territoriales allaient alors être ouverts aux petits opérateurs et aux bouchers qui sont également autorisés à importer de la viande fraîche, mais qui ne disposent pas d’endroit de stockage. Ce n’est malheureusement pas le cas ».

« Ces conditions ont fait que seules les unités de découpe agréées par l’ONSSA et équipées en entrepôts, ou sous-traitant l’activité d’entreposage auprès d’un entrepôt agréé par l’ONSSA, ainsi que les grandes entreprises privées avec les moyens logistiques nécessaires, peuvent importer de la viande fraîche ».

Des prix également élevés à l’étranger

L’autre facteur qui explique cette situation est celui du prix. « La viande rouge de bonne qualité est également chère en Europe », nous font savoir nos sources. « Si les opérateurs marocains l’achètent par exemple à 70 DH/kg en Europe, le prix final, combiné aux frais de transport et de stockage notamment, atteindra les 100 DH/kg ».

Les viandes importées disponibles au Maroc arrivent actuellement du sud de l’Europe, principalement d’Espagne, en grande partie en raison de la distance entre les deux pays

« La viande la moins chère actuellement est celle du Brésil« , selon l’un de nos interlocuteurs. « Son importation coûtera toutefois très cher en termes de transport. Il s’agit par ailleurs d’une viande fraîche. Son importation nécessitera toute une logistique qui s’avère difficile à mettre en place et à respecter ».

« Les viandes importées disponibles au Maroc arrivent actuellement du sud de l’Europe, principalement d’Espagne, en grande partie en raison de la distance entre les deux pays ».

« La viande locale est pour sa part toujours chère« , nous confie un autre opérateur. « La viande bovine coûte environ 100 DH/kg chez le boucher, tandis que la viande ovine coûte entre 120 et 125 DH/kg dans le marché de gros. Elle est donc vendue à au moins 140 DH/kg chez les bouchers ».

Ces prix s’expliquent par la sécheresse qui se poursuit, et donc le manque de pâturage qui est un phénomène insoluble en l’absence de pluies. Les éleveurs sont ainsi obligés de recourir aux aliments composés, ce qui augmente le coût de revient de la production de la viande locale.

Ce phénomène est moindre en Europe, où une partie de l’alimentation du bétail est assurée par le pâturage.

« Le consommateur préfère la viande locale »

La troisième raison avancée par nos interlocuteurs a trait au comportement du consommateur marocain. Ce dernier préfère la viande produite localement, même si son prix est plus élevé.

Lorsque les consommateurs arrivent chez le boucher, la première question qu’ils posent est en relation avec l’origine de la viande exposée. Arrive ensuite le prix de la viande

« La couleur de certaines viandes arrivant d’Espagne est différente de celle de la viande locale. Lorsque les consommateurs arrivent chez le boucher, la première question qu’ils posent est en relation avec l’origine de la viande exposée. Arrive ensuite le prix de la viande », soulignent nos sources.

C’est donc un frein à la consommation de la viande importée.

« Le maintien des prix est déjà un exploit »

Les opérateurs sondés par nos soins affirment par ailleurs que bien que les prix restent élevés, ils se stabilisent autour de 100 DH/kg, notamment pour la viande bovine, ce qui représente déjà un véritable exploit.

« Le prix de la viande rouge a continué d’augmenter depuis le Covid-19. Ainsi, si les mesures mises en place par le gouvernement ne sont pas parvenues, pour le moment, à baisser le prix sur le marché de détail, elles sont parvenues à le maintenir au même niveau, et ce, sur plusieurs semaines déjà. C’est important de le mentionner », déclare l’une de nos sources.

« Sans toutes ces mesures qui approvisionnent le marché en viande, le prix aurait continué de grimper« .

Nos interlocuteurs disent enfin préférer l’opération visant à importer le cheptel prêt à l’abattage, qui permet à plusieurs acteurs du secteur de travailler, notamment les vendeurs d’abats.

Jusqu’à 70 DH/kg dans les grandes surfaces

Par ailleurs, notant que si les prix se maintiennent à un niveau élevé sur le marché de détail, ils atteignent jusqu’à 70 DH/kg dans les grandes surfaces, notamment à Marjane, soit une différence de 30 DH/kg.

Selon nos informations, cela est possible grâce à la mutualisation de la logistique nécessaire et à la structuration de la chaîne d’approvisionnement.

Ces grandes surfaces disposent de salles de découpe internes, ce qui leur permet d’entreposer la viande importée notamment sans avoir à supporter de charges supplémentaires. Cela leur permet également de vendre à des prix très compétitifs.

Importation de viandes rouges prêtes à la consommation : le cahier des charges publié

Pour faire face à la crise actuelle dans le secteur, le gouvernement a décidé en octobre dernier d‘autoriser les importations, pour une durée limitée, de viandes rouges fraîches prêtes à la consommation.

Pour encadrer cette opération, un cahier des charges a été récemment publié par le ministère de l’Agriculture. Un document qui fixe notamment les normes techniques à respecter et les procédures d’importation.

Race, sexe, identification et abattage

Ce texte explique que « dans le cadre de la conjoncture actuelle qui se caractérise par une sécheresse sévère ayant un impact direct sur le cheptel national, le Maroc a décidé d’ouvrir l’importation des viandes bovines, ovines, caprines et camelines, ainsi que les abats, pour assurer l’approvisionnement du marché national en viandes rouges et stabiliser leurs prix« .

Ces viandes et abats doivent, selon les dispositions dudit document, provenir de pays ouverts à l’importation, conformément à la réglementation en vigueur, et doivent répondre aux normes techniques suivantes :

– être issus de bovins, camelins, ovins, et caprins mixtes (lait et viande) ou de croisements entre les races à viande entre elles et entre les races à viande et les races mixtes ;

– mâles et femelles ;

– être issus d’animaux identifiés conformément à la réglementation en vigueur du pays d’origine ;

– provenir d’animaux ayant été abattus dans un abattoir agréé et selon le rituel islamique halal ;

– être présentés en carcasse entière, en demi-carcasse, en quart de carcasse, ou encore en unité de vente pour les viandes rouges. Les abats incluent le foie, le cœur, les rognons, la langue, le ris, la rate, la tête, les pieds, les tripes et la queue ;

– viandes et abats frais, réfrigérés ou congelés ;

– provenir d’abattoirs et/ou d’unités de découpe agréés sur le plan sanitaire au niveau du pays d’origine.

Quid des importateurs éligibles ?

Selon ledit cahier des charges, les importateurs éligibles sont les suivants :

– les abattoirs de viandes rouges agréés par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) ;

– les unités de découpe de viandes rouges agréées par l’ONSSA et équipées en entrepôts ou sous-traitant l’activité d’entreposage avec un entrepôt agréé par l’ONSSA ;

– les chevillards (disposant d’un ICE) exerçant dans les abattoirs agréés par l’ONSSA ;

– les personnes morales disposant d’un entrepôt agréé par l’ONSSA ou sous-traitant l’activité d’entreposage avec un entrepôt agréé ou abattoir agréé.

Ces derniers sont tenus de déposer leurs dossiers d’importation auprès de la Direction de développement des filières de production (DDFP) du ministère de l’Agriculture.

Les différentes procédures d’importation

Pour la première opération d’importation, les professionnels désirant importer les viandes et abats doivent déposer auprès de la DDFP une demande d’importation de viandes rouges, dont le dossier se constitue des pièces suivantes :

– une demande d’importation ;

– un engagement d’importation ;

– une copie du statut de la société ou du registre de commerce ou de l’ICE ;

– une copie de l’agrément de l’abattoir/unité frigorifique/entrepôt ;

– une attestation d’entreposage délivrée par le responsable de l’entrepôt sous-traitant l’activité d’entreposage ;

– une fiche technique relative à la capacité de stockage et la logistique d’entreposage, de transport frigorifique et de distribution des viandes rouges fraiches et congelées.

Après examen du dossier de la demande, la DDFP délivre une attestation d’éligibilité d’importation, qui fixe la quantité de viande à importer par acteur.

Pour la seconde demande d’importation, le dossier d’importation compte les pièces suivantes :

– une demande d’importation ;

– un engagement de l’importateur ;

– une copie des documents de l’opération d’importation précédente ;

– une copie du registre de suivi des viandes importées.

Les importateurs sont par ailleurs tenus de disposer d’un registre de traçabilité des viandes importées. En cas de non-respect par l’importateur des dispositions de ce cahier des charges, les approbations d’importation ne seront pas renouvelées. Le gouvernement, lui, appliquera en plus le plein tarif douanier à l’importation.

Notons que, selon nos informations, les viandes importées ont commencé à arriver au Maroc depuis le 11 novembre 2024. Cette opération « restera en vigueur aussi longtemps que possible, le temps de reconstituer le cheptel et à revenir à des niveaux d’approvisionnement normaux par la production nationale », d’après nos sources.

Filière oléicole. La cueillette des olives débute sous le signe de l’incertitude

En ce mois d’octobre, la saison de la cueillette des olives a débuté dans plusieurs bassins de production oléicole du Maroc. Cette phase est à la fois délicate et cruciale pour la fabrication d’une huile d’olive de qualité. En cas de faible récolte en raison de la sécheresse, l’importation d’huile d’olive en vrac et d’olives sera nécessaire.

Depuis l’automne 2021, lorsque le Maroc avait enregistré une production record de 1,9 million de tonnes d’olives, les oliveraies marocaines ont souffert de plusieurs années successives de sécheresse. « Elles sont extrêmement éprouvées », confie une source professionnelle à Médias24. La récolte de 2023 a à peine dépassé le million de tonnes (1,07 Mt).

Cette année, les conditions climatiques n’ont pas connu d’amélioration. « La floraison ne s’est pas déroulée dans de bonnes conditions en raison de la sécheresse et du manque de journées froides. En été, la chaleur et le chergui [vent chaud de l’Est, ndlr] ont provoqué la chute des fruits », indique Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive (Interprolive), à Médias24.

Cette situation est particulièrement préoccupante dans les régions de Fès-Meknès (389.000 ha) et de Marrakech-Safi (192.000 ha), ainsi que dans les zones oléicoles de Béni Mellal-Khénifra, où les oliviers s’étendent sur 102.500 ha. « De nombreux oliviers n’ont pas donné de fruits cette année. Il s’agit d’un mécanisme de survie déclenché par l’arbre à cause de la sécheresse », confirme la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra.

C’est dans les bassins de production de Béni Mellal-Khénifra et de Marrakech-Safi que l’opération de cueillette des olives acommencé. « Au cours des prochains jours, l’activité de cueillette s’étendra progressivement vers le nord du Maroc », affirme une source professionnelle, notamment dans les régions de Fès-Meknès et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Malgré les dernières précipitations enregistrées dans quelques bassins de production, l’opération de récolte des olives débute dans l’incertitude. « Dans certaines zones, les oliveraies n’ont presque pas reçu d’eau toute l’année, tandis que dans d’autres, l’irrigation a couvert les 12 mois de la saison », indique la même source.

Dès lors, la disparité en termes d’apport en ressources hydriques soulève des inquiétudes et laisse présager une récolte en recul par rapport à l’année dernière. Cette situation risque d’influer sur la disponibilité et le prix de l’huile d’olive qui avait déjà dépassé les 100 DH/l lors de la précédente campagne.

Pour éviter une flambée des prix en cas de faible récolte et permettre à l’écosystème de la filière de poursuivre son activité, des importations d’huile d’olive en vrac et d’olives sont envisagées. Les importations d’huile d’olive en vrac proviendront de pays européens du pourtour méditerranéen (Espagne, Grèce, Italie). 

« Les opérateurs ont droit à un quota sans droits de douane. En cas de besoin, l’exonération sera élargie à des quantités plus importantes », précise notre interlocuteur. « Cette huile sera conditionnée au Maroc et mise en vente sur le marché local ». Les trois pays susmentionnés produisent une huile d’olive de haute qualité, ajoute notre source. 

En effet, l’Espagne, la Grèce et l’Italie figurent parmi les plus grands exportateurs d’huile d’olive au monde :

– Espagne : 944.000 tonnes exportées;

– Italie : 307.000 t ;

– Tunisie : 251.000 t ;

– Grèce : 231.000 t ;

– Portugal : 175.000 t.

Partant du principe que l’importation d’olives destinées à la production d’huile d’olive ne garantit pas un produit final de bonne qualité en raison des délais d’acheminement et des process de fabrication d’huile, « les olives importées seront reconditionnées en olives de table avant d’être exportées vers d’autres pays. L’un des pays vers lesquels le Maroc pourrait se tourner pour cette opération d’importation d’olives est l’Égypte. Cela permettra de faire tourner les usines marocaines », conclut notre source.

Importations de blé tendre : plus de trois mois de consommation sécurisés à des prix raisonnables

« La situation est très confortable aujourd’hui », apprend Médias24 auprès d’un opérateur du secteur. « Les importations se poursuivent toujours, dans de bonnes conditions », précise-t-il.

Plus de trois mois de consommation sécurisés

« A ce jour, nous disposons d’un stock qui couvre plus de trois mois de consommation au niveau des unités industrielles. Nous sommes donc à l’abri », rassure notre source.

« Nous attendons encore le blé argentin, qui arrive sur le marché durant les mois d’octobre et novembre, et d’autres bateaux qui viennent de Russie », les importations depuis ce pays ayant repris il y a quelques semaines dans le but de sécuriser une quantité de 25 millions de quintaux, pour laquelle les importateurs profitent d’une prime forfaitaire de l’Etat dans le cas où le prix de revient sorti port serait supérieur à 270 DH le quintal.

Les 25 millions de quintaux en passe d’être sécurisés ?

Pour rappel, vers la fin du mois de juin dernier, l’Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses (ONICL) avait annoncé la mise en place d’un système de restitution à l’importation du blé tendre entre le 1er juillet et le 30 septembre 2023, pour une quantité maximale de 25 millions de quintaux.

« Cette quantité correspond à six mois de consommation. Ce stock pourrait être sécurisé, comme il pourrait ne pas l’être, en raison de plusieurs facteurs limitants », nous explique-t-il, assurant toutefois que les opérateurs « font de leur mieux ».

« Importer une quantité aussi importante en trois mois revient à exercer une pression sur les ports, ce qui peut causer des problèmes d’ordre logistique. Les banques ne facilitent pas non plus la tâche. 25 millions de quintaux, c’est l’équivalent de 7,5 milliards de DH, qu’il faut mobiliser avec un taux de financement qui atteint 7 à 8%. Ce n’est pas évident ; le volet financier pose problème en effet ».

Toujours concernant l’aspect financier, notre source indique que « le retard de remboursement des restitutions sur le prix du blé tendre importé auparavant s’élève à près de 1,7 MMDH », ce qui place les opérateurs dans une situation financière délicate.

Cependant, « ceci n’empêche pas la poursuite des importations durant les mois d’octobre et novembre prochains pour y parvenir. Nous continuons d’importer d’Europe également, notamment de France, de Roumanie, de Pologne et d’Allemagne, et allons bientôt nous orienter vers l’origine d’Amérique latine« .

Du blé à un prix référentiel de Russie ?

Notre interlocuteur de rappeler : « Nous avons lu ces derniers jours dans les médias que la Russie compte fournir le Maroc en blé tendre à un prix référentiel. Reste à savoir quelles sont les quantités prévues, quel est le type de blé qui sera importé et quelle est sa qualité. Ce sont des questions qui restent, à ce jour, sans réponse ».

En effet, Vladimir Baibakov, ambassadeur de Russie au Maroc, a récemment déclaré à l’agence de presse russe TASS que son pays est prêt à fournir du blé au Maroc à un prix raisonnable.

« La Russie et le Maroc s’achètent mutuellement les produits les plus demandés sur leurs marchés respectifs. Le charbon et les produits pétroliers représentent une grande partie des importations marocaines, tandis que la Russie achète des agrumes et du poisson. Nous sommes prêts à fournir du blé à un prix raisonnable au marché marocain. Dans un contexte de nouvelles conditions géopolitiques et d’exacerbation des crises énergétique et alimentaire, un tel partenariat est particulièrement important », a-t-il indiqué.

Quid des prix ?

« Le niveau de prix est très intéressant », confirme notre opérateur, « en comparaison avec les autres marchés. L’Etat égyptien, à titre d’exemple, importe du blé tendre à 270 dollars le quintal, tandis que nos opérateurs l’importent à 240 dollars/q. Le gap est très important, ce qui démontre que notre système est performant. »

Et de conclure : « Actuellement, le coût de marchandise, avec toutes les charges, départ port de Casablanca, se situe aux alentours de 285 DH le quintal, ce qui reste raisonnable » au vu des rebondissements à l’échelle internationale.

Ouverture d’une enquête antidumping sur les importations des fours électriques originaires de Turquie

La requête a été déposée par les sociétés Deha Electroménager et Sultanagaz, qui constituent la branche de production nationale de fours électriques au Maroc, représentant ainsi 100% de la production nationale.

Cette requête a été préparée par Esy Trad, un cabinet marocain. C’est une première, apprend-on auprès de son directeur général, qui explique que généralement, ce sont les cabinets étrangers qui préparent de telles requêtes.

Les fours objets de cette enquête relèvent actuellement de la position tarifaire du système harmonisé national 8516.60.00.11, et présentent les caractéristiques suivantes :

– Minuterie servant au réglage du temps de chauffe et/ou cuisson ;

– Thermostat pour le réglage de la température ;

– Isolation thermique et électrique ;

– Corps extérieur peint électro statiquement ;

– Interrupteur marche/arrêt illuminé ;

– Verre résistant à la chaleur et aux chocs ;

– Equipé en plateaux émaillés et grille ;

– Plusieurs couleurs ;

– Mobiles et généralement placés sur le tablier de la cuisine.

Les fours turcs à l’origine de la dégradation de la production nationale ?

L’allégation de l’existence du dumping dans la requête des producteurs nationaux repose sur une comparaison entre la valeur normale moyenne au stade « sortie usine » et le prix à l’exportation moyen ajusté au stade « sortie usine » du produit concerné, lit-on sur un avis de la Direction générale de commerce.

Le prix à l’exportation a été estimé par les deux requérants sur la base d’une facture émise par un producteur turc pour des fours électriques exportés vers le Maroc au cours de l’année 2023. Le prix à l’exportation et la valeur normale ont été comparés au même stade commercial, à savoir « sortie usine ». La valeur normale a été estimée à partir de la liste des prix de vente 2023 aux grossistes turcs, d’une société chargée de la commercialisation des produits en Turquie.

Suite à l’examen des éléments contenus dans la requête et des documents les appuyant, le ministère a donc considéré que les estimations du prix à l’exportation et de la valeur normale sont objectives et suffisamment documentées. Les données montrent que la marge de dumping calculée est élevée et dépasse largement le niveau de minimis (2%).

Les éléments de preuve fournis par les deux requérants attestent ainsi que les importations des fours électriques originaires de Turquie ont connu une augmentation en absolu et par rapport à la production et à la consommation nationale durant la période 2019-2021, puis une baisse en 2022 par rapport à 2021.

Les renseignements présentés par les requérants ont également permis de retenir que les importations des fours électriques originaires de Turquie ont été la cause directe de la dégradation de la situation de la branche de production nationale, notamment pour les quantités vendues, la part de marché et les bénéfices de l’industrie nationale.

Le ministère de l’Industrie a donc conclu que la requête et les éléments présentés sont objectifs et suffisants pour justifier l’ouverture d’une enquête antidumping, laquelle a été ouverte après avis de la commission de surveillance des importations réunie le 25 août 2023.

Ouverture de l’enquête ce 30 août

Rappelons-le, l’enquête est le processus par lequel le ministère de l’Industrie collecte et vérifie auprès des producteurs-exportateurs des fours électriques dans les pays visés par l’enquête, des importateurs marocains des fours électriques, des producteurs nationaux et d’autres parties concernées, les renseignements et les données nécessaires visant à déterminer l’existence, le degré et les effets du dumping sur la situation de la branche de production nationale des fours électriques.

Cette enquête déterminera alors si le produit objet de l’enquête fait réellement l’objet d’un dumping, et si les importations en dumping ont causé un dommage important à l’industrie nationale.

L’ouverte de l’enquête prend effet à compter de ce 30 août 2023 et durera 12 mois. L’enquête relative aux pratiques de dumping portera sur la période allant du 1er juillet 2022 au 30 juin 2023. La période d’enquête relative à l’analyse des tendances utiles à la détermination du dommage important portera sur la période allant du 1er janvier 2019 au 30 juin 2023.

Différentes enquêtes seront ainsi menées, notamment auprès des producteurs-exportateurs en Turquie, des importateurs marocains et des producteurs nationaux. Un questionnaire, dans ce sens, sera ainsi adressé à Deha Electroménager et Sultanagaz le 4 septembre prochain, qu’ils doivent remplir et renvoyer dans les 30 jours suivants la réception.

Des mesures provisoires peuvent être imposées si les conditions de la mesure provisoire sont réunies, et ce, sur la base d’un rapport préliminaire de l’enquête ayant déterminé, à titre préliminaire, l’existence du dumping, du dommage important et du lien de causalité, lit-on sur l’avis.

A terme, le ministère procèdera à une évaluation définitive de tous les renseignements collectés, en tenant compte des résultats des vérifications effectuées. Sur la base de cette évaluation et préalablement à titre définitif de l’existence d’un dumping, d’un dommage important et d’un lien de causalité, le ministère informera par écrit les parties intéressées des résultats de l’enquête, qui constitueront le fondement de sa décision d’application ou non un droit antidumping définitif.

Aïd al-Adha : le gouvernement instaure une prime forfaitaire pour l’importation d’ovins (détails)

D’après l’Association nationale ovine et caprine (ANOC), près de 3,8 millions de têtes ont été identifiées à ce jour, en vue des célébrations de Aïd al-Adha, sachant que la demande pour ce rendez-vous annuel se situe entre 5,2 et 5,4 millions de têtes. Nombre de ces ovins ont déjà été importés, et d’autres le seront dans les semaines à venir. 

A ce titre, le gouvernement a mis en place un programme d’approvisionnement du marché intérieur en ovins d’importation. Ce programme bénéficie non seulement de la suppression des droits d’importation et de la TVA, mais aussi d’une prime à l’importation.  

L’objectif de cette mesure est de contribuer à atténuer les coûts élevés de l’importation, afin de réduire le prix de vente au Maroc.

De source sûre, Médias24 apprend que cette prime forfaitaire à restituer par l’Etat est fixée à 500 DH par tête. L’effectif total cible éligible à cette prime est de 500.000 têtes, réparties entre les importateurs par l’ONICL selon le principe de ‘premier arrivé, premier servi’. Pour bénéficier de la prime, l’importateur doit réaliser un effectif minimum de 15.000 têtes. Au total, le financement de l’Etat lors de cette opération va atteindre 250 MDH.  

« Les importateurs intéressés par l’importation d’ovins sont invités à se rapprocher des services extérieurs de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) les plus proches de leur lieu d’activité, pour déposer une demande d’importation », indique l’ONICL. 

Préserver le cheptel national

Cette opération d’importation a été lancée pour répondre aux problématiques rencontrées par le secteur de l’élevage des ovins. « Le cheptel a connu une baisse à cause de la sécheresse », a récemment précisé Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture.

« Raison pour laquelle nous importons des ovins, à la fois pour assurer l’approvisionnement du marché national en vue de Aïd al-Adha à des prix raisonnables, mais aussi pour préserver notre cheptel et lui laisser le temps de se reconstituer. »

Les importations vont également permettre une stabilisation, voire « une diminution des prix à l’approche de l’Aïd », poursuit-il, affirmant que cette situation n’est pas étrangère aux conditions climatiques extrêmes que traverse le pays, en particulier en 2022.

L’ONICL corrobore les déclarations du ministère de tutelle en assurant que la prime forfaitaire a en effet pour objectif de réduire le prix de l’importation et, par conséquent, celui de vente au Maroc. Et pour cause, les importateurs sont confrontés à une hausse des tarifs à l’import, lesquels dépassent même ceux pratiqués au Maroc. 

« Les producteurs en Espagne, par exemple, ont augmenté leurs prix de 1 à 2 euros par kilogramme, après l’annonce par les médias locaux de l’intention du Royaume d’importer un million de têtes d’ovins pour l’Aïd », précise l’ANOC. 

Des mesures sanitaires drastiques

A moins de deux mois de Aïd al-Adha, le temps est compté. D’autant que l’opération d’importation d’ovins n’est pas aisée. Elle nécessite du temps et plusieurs contrôles. D’après le ministère de l’Agriculture, les importateurs doivent respecter les mesures sanitaires du pays exportateur ainsi que celles du Maroc, en plus des analyses à effectuer et de la mise en quarantaine. 

Une fois l’importation effectuée, le paiement de la prime forfaitaire est conditionné par le dépôt, par l’importateur, du récépissé d’éligibilité au niveau du service extérieur de l’ONICL émetteur, ainsi que des documents suivants : 

– Les attestations d’importation délivrées par l’Administration de la douane et des impôts indirects. Cette attestation doit préciser le mode de transport (navire affrété ou camions), le nombre de têtes, le nom du navire pour le transport maritime affrété et la date d’arrivée.

– L’attestation d’escale des navires affrétés, pour le transport maritime, délivrée par les autorités portuaires.

– L’attestation de conformité sanitaire délivrée par l’ONSSA.

Arrivée de 2.800 têtes de bovins du Brésil au Port de Jorf Lasfar

Destinée  à l’abattage, cette opération d’importation de bovins est la plus importante cargaison arrivée du Brésil. Elle s’inscrit dans le cadre des mesures prises par le gouvernement afin d’assurer un approvisionnement régulier des marchés nationaux en viandes rouges.

Au niveau de la région de Casablanca-Settat, le nombre de bovins importées a atteint 6.448 têtes, a indiqué le Directeur régional de l’Agriculture de la région Casablanca-Settat, Hssain Rahaou. Et de souligner, que d’autres opérations d’importations de bovins approvisionneront les marchés locaux. Cette cargaison de bovins importée du Brésil a été soumise aux processus de contrôles imposés par l’ONSA.

La direction régionale de l’agriculture Casablanca-Settat a révélé qu’au cours du mois de mars 2023, un effectif total de 5.129 têtes a été importé dont 4.529 têtes de bovins et 600 têtes d’ovins contre 1.919 têtes de bovins importées au cours du mois de février 2023.

Pour rappel, le gouvernement a décidé par décret n°2.23.47 du 27 janvier 2023 de suspendre jusqu’au 31 décembre 2023, les droits d’importation appliqués aux bovins domestiques de races de production de viande destinées à l’abattage.

Cette mesure gouvernementale vise à lever les difficultés rencontrées par les importateurs marocains et assurer l’approvisionnement du marché national en bovins destinés à l’abattage et d’assurer un approvisionnement normal en viande bovine au niveau des marchés locaux. Objectif : réduire et stabiliser les prix des viandes rouges sur le marché national qui se sont envolés avant le Ramadan.

(Avec Map)

 

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Les mesures prises pour faire baisser les prix de la viande bovine seront appliquées aux ovins

Le ministre de l’Agriculture s’est réuni ce vendredi 10 février avec la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR). La réunion a porté sur les mesures prises pour assurer l’approvisionnement normal du marché national, notamment à l’approche du mois de ramadan.

En une année, le prix de la viande rouge a augmenté de 30%

« Cette réunion avait pour but de faire le point sur les différentes dispositions prises pour assurer l’approvisionnement du marché national en viande rouge, suite aux discussions entamées avec le ministère il y a environ quatre mois », apprend-on auprès de M’Hammed Karimine, président de la FIVIAR.

L’objectif de cette rencontre est d’ »accompagner les changements qu’ont connus les prix de cet aliment, qui ont augmenté de 30% en une année, et faire en sorte de les ramener à des niveaux qui correspondent davantage au pouvoir d’achat des Marocains », poursuit-il.

Et d’ajouter : « Le consommateur n’a pas la capacité de supporter de telles hausses ; il a été habitué à des prix aux alentours de 60 à 70 DH/kg plutôt que les 100 DH/kg. »

De plus, cette rencontre a été l’occasion de « passer en revue les réponses des opérateurs d’importation par rapport aux différentes dispositions fiscales, douanières et sanitaires entreprises ».

Les prix ont baissé et n’augmenteront plus

Selon le président de la FIVIAR, les prix ont entamé une baisse il y a environ cinq jours. « Ce 10 février, ils sont passés à une moyenne de 80-85 DH/kg », précise-t-il. Pour rappel, le kilogramme a atteint, pour la première fois, 100 DH/kg en janvier dernier.

Il assure également que « les prix n’augmenteront plus » et que « cette tendance baissière va se poursuivre. Le consommateur marocain peut donc être tranquille », notamment à l’approche du mois de ramadan.

« Cette baisse fait suite à l’annonce de l’arrivée des premiers lots de bovins destinés à l’abattage, importés d’Europe. Une fois les premiers abattages de ces animaux importés entamés, on reviendra à des niveaux de prix plus raisonnables, au-dessous de 70 DH/kg, ce qui reste correct par rapport aux coûts de production », indique M’Hammed Karimine.

Quant aux bovins importés depuis le Brésil, « les premiers arrivages sont prévus une semaine avant le mois de ramadan ».

Levée des barrières douanières sur l’importation des ovins

Concernant la viande ovine, M’Hammed Karimine annonce qu’elle « bénéficiera des mêmes dispositions prises pour la viande bovine », à savoir la levée des barrières douanières à l’importation.

« Nous allons donc importer des ovins pour l’abattage, pour revenir à des prix raisonnables. Ceux-ci ont dépassé 100 DH/kg. La décision est actée, ainsi que les facilitations au niveau du cahier des charges sanitaire pour l’importation. Le processus doit à présent être lancé. »

Contrairement aux bovins, dont l’importation a été limitée à un quota de 200.000 têtes, « aucun chiffre n’a été fixé pour les ovins ».

« Nous allons en importer de manière raisonnable afin de ramener les prix vers une tendance baissière. Nous devons aussi faire en sorte de ne pas affecter les producteurs et de préserver le cheptel des femelles, ainsi que les moutons destinés à l’abattage à l’occasion de Aïd Al Adha, le but étant d’avoir suffisamment de têtes à ce moment-là », conclut-il.

Pour rappel, la première décision relative à la levée des barrières douanières sur l’importation des bovins concernait les bêtes de 550 kg. Sur le terrain, les professionnels se sont heurtés à la cherté des prix. Cette problématique les a poussés à diversifier leurs sources d’importation, mais ils ont eu beaucoup de mal à trouver des bêtes de ce poids en dehors du marché européen. Une deuxième décision a donc suivi, supprimant la condition du poids.