Du sable noir à l’industrie de défense : le titane, nouveau minerai stratégique du Maroc
Classé comme minerai critique par les États-Unis et l’Union européenne, le titane est un matériau polyvalent essentiel à l’industrie chimique et technologique. Il fera prochainement l’objet d’une exploitation par une entreprise canadienne dans la région côtière entre Tan-Tan et Tarfaya, au sud du Maroc.
Cette découverte pourrait ouvrir la voie à des opportunités de développement d’industries à haute technologie, à même de renforcer le taux d’intégration locale de segments industriels stratégiques, comme l’aéronautique et l’automobile.
Dans les années à venir, la demande en titane sera fortement portée par l’industrie de la défense, qui requiert des matériaux légers et à haute résistance, ainsi que par l’exceptionnelle résistance du titane à la corrosion, le rendant indispensable pour les applications d’ingénierie de pointe.
Du sable noir à la fabrication des blindés et des avions de chasse
Les sables noirs riches en titane doivent subir, dans une usine de traitement, un processus de chloration pour produire un produit intermédiaire, l’éponge de titane, la première forme de titane métallique purifié. Cette éponge, caractérisée par des formes irrégulières, est ensuite transformée en formes manufacturables de titane, prêtes à être utilisées pour la fabrication de produits finis.
Les avancées technologiques et les nouvelles applications industrielles continuent d’élargir le rôle du titane dans l’industrie (un rôle potentiel dans les nouvelles générations de batteries est actuellement en cours de développement). L’électronique tire parti de ses propriétés de légèreté et de résistance à la corrosion pour produire des composants à haute performance.
Dans le secteur militaire, le titane constitue un matériau efficace pour la protection des véhicules blindés face à un large éventail de menaces. L’industrie militaire a développé des alliages de titane spécifiques pour le blindage des véhicules, permettant de réduire le poids tout en maintenant une haute résistance.
Sur terre comme dans les airs, le titane est largement utilisé dans la fabrication des châssis d’avions de chasse. Par exemple, un avion F-16 contient environ 9 tonnes de titane, tandis que le F-35 en utilise près de 25 t.
Essor de la demande et fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales
En 2024, le marché mondial du titane a atteint une valeur de 20,77 milliards de dollars et devrait croître à 32,56 milliards de dollars d’ici 2033, avec un taux de croissance annuel composé de 4,86 % sur la période 2025-2033.
Les géants de l’aéronautique comme Boeing et Airbus figurent parmi les principaux acheteurs de titane, un métal prisé pour ses alliages, tels que le lingot de titane TC4, utilisé dans les structures d’avions, les moteurs à réaction et les engins spatiaux en raison de sa résistance aux températures extrêmes et aux contraintes mécaniques.
Durant le deuxième trimestre 2025, le dioxyde de titane (TiO₂) de rutile se négocie entre 1.772 et 2.100 dollars par tonne métrique, selon les conditions de livraison. Le titane métallique, plus coûteux en raison de ses procédés complexes de raffinage, voit l’éponge de titane atteindre 5.700 à 5 950 dollars/t, tandis que l’alliage TC4, sous forme de lingot, culmine à environ 7.500 dollars/t.
Le prix du titane est influencé par plusieurs facteurs, dont la dynamique mondiale de l’offre, dominée par la Chine, les procédés de traitement complexes et couteux, les dépenses énergétiques élevées…
Projet d’exploitation de titane par Steadright à Cap Juby
Le projet Cap Juby représente une opportunité d’investissement stratégique dans un marché marqué par un déséquilibre entre l’offre et la demande, où le secteur aéronautique absorbe 45% de la demande mondiale de titane.
Sur une superficie de 160 km², le périmètre d’exploration situé sur le littoral entre Tan-Tan et Tarfaya révèle une richesse exceptionnelle en sables à minéraux lourds.

Après l’obtention du permis d’exploitation, Steadright prévoit d’acheminer le sable extrait vers une usine de traitement à construire à proximité du site, à l’aide d’une excavatrice de 30 t et d’une flotte de trois camions.
La récupération du minerai s’effectuera par séparation magnétique pour la magnétite (minerai de fer) et par séparation gravimétrique à l’aide de spirales et de tables à secousses pour le rutile.
L’usine de traitement aura une capacité initiale de 180.000 t de minerai par an, conçue de manière modulaire pour permettre un doublement de la capacité à 360.000 t.
Les analyses récentes de la zone du projet confirment la présence potentielle d’ilménite, de titanomagnétite, de magnétite, de leucoxène et de rutile, avec des teneurs en Fe₂O₃ atteignant jusqu’à 79,5% et en TiO₂ jusqu’à 14,9%, soulignant le fort potentiel des sables à minéraux lourds de Cap Juby.
Steadright a engagé la firme canadienne ABG Exploration pour réaliser une évaluation économique préliminaire (PEA) du projet TitanBeach. Un programme systématique d’échantillonnage par tarière manuelle et de fosses d’essai est prévu, suivi d’études minéralogiques et métallurgiques incluant des tests par diffraction des rayons X, ainsi que des séparations par gravité, magnétique et électrostatique. À terme, ces travaux orienteront l’estimation des ressources et soutiendront la préparation de la PEA, qui pourrait être élargie pour inclure des explorations supplémentaires sur les zones adjacentes.
Dans les prochains jours, Steadright entamera des négociations avec la société marocaine NSM Capital Sarl pour finaliser un accord d’achat définitif et régler le solde de 350.000 dollars dû à NSM Capital Sarl, avec une échéance fixée au 30 septembre 2025.