Inflation. Pourquoi deux chiffres coexistent

Inflation annuelle négative, moyenne annuelle positive. À la lecture des chiffres de l’inflation de décembre 2025, la confusion s’installe.

En réalité, ces indicateurs ne se contredisent pas. Ils racontent des choses différentes sur des horizons de temps différents. Encore faut-il savoir les lire.

Lorsque le HCP publie l’IPC (indice des prix à la consommation), plusieurs lectures sont possibles et chacune a une signification économique précise.

À titre d’exemple, les chiffres de décembre 2025. En glissement annuel, l’inflation ressortait à -0,3%, tandis que l’inflation moyenne sur l’ensemble de l’année 2025 s’établissait à +0,8%.

Ces deux chiffres sont corrects, mais ils ne racontent pas la même histoire.

Inflation : deux lectures possibles

L’inflation en glissement annuel compare un mois donné au même mois de l’année précédente. En décembre 2025, l’IPC s’établit à 118,7 contre 119,0 en décembre 2024, ce qui fait apparaître une inflation négative de 0,3% (déflation). Ceci laisse croire que l’année 2025 a été une année de légère baisse des prix.

Ce chiffre est exact sur le plan arithmétique, mais il est très dépendant du point de départ. Il capte avant tout un effet de base. Lorsque les prix étaient déjà élevés l’année précédente, la comparaison peut mécaniquement conduire à une inflation faible ou négative, même si le niveau général des prix reste élevé au cours des différents mois de l’année.

C’est pour dépasser ce biais que l’inflation moyenne annuelle peut être mobilisée comme outil de lecture complémentaire. Elle consiste à comparer la moyenne de l’indice sur l’ensemble d’une année à celle de l’année précédente. Il ne s’agit donc pas d’une moyenne des taux d’inflation mensuels.

En 2025, la moyenne de l’IPC s’établit à 119,6 contre 118,7 en 2024, soit une hausse de 0,8%. Ce chiffre ne décrit pas un moment précis, mais le niveau moyen des prix auquel les ménages ont été exposés tout au long de l’année.

Un exemple simple permet de comprendre la différence. Après la forte accélération des prix en 2022 et 2023, l’indice a atteint 118,2 en décembre 2023.

En 2024 et 2025, il se stabilise autour de 119. Le glissement annuel peut alors devenir très faible ou négatif, car la comparaison se fait entre deux niveaux proches. Pourtant, le niveau général des prix reste nettement plus élevé qu’avant le choc inflationniste.

La moyenne annuelle capture cette réalité, là où le glissement annuel peut donner une impression trompeuse de désinflation rapide.

Source : HCP.

C’est pour cette raison que Médias24 distingue clairement ces approches dans son dashboard et dans ses articles. Dans notre publication du 22 janvier, nous avons fait le choix de titrer sur l’inflation moyenne annuelle.

Ce choix vise à éclairer le niveau général des prix sur une période longue et à éviter une lecture excessivement conjoncturelle d’un chiffre mensuel ou d’un glissement annuel ponctuellement négatif. Le glissement annuel y était bien présenté, mais replacé dans son contexte.

Ci-dessous, notre dashboard reconstitue l’historique de chacun de ces deux indicateurs (lecture réservée à nos abonnés):

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L’inflation moyenne sur 2025 ressort à 0,8%

En décembre 2025, le régime désinflationniste se confirme. Selon les données du HCP, l’IPC recule de 0,1% par rapport au mois de novembre.

Cette évolution mensuelle résulte d’une baisse de 0,3% des prix des produits alimentaires, alors que les prix des produits non alimentaires demeurent stables.

L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et ceux à tarifs publics, enregistre également une baisse de 0,2% en décembre par rapport au mois précédent.

Inflation moyenne annuelle en 2025

Sur l’ensemble de l’année 2025, l’IPC affiche une hausse moyenne de 0,8% par rapport à 2024. Cette progression résulte d’une augmentation de 0,8% des prix des produits alimentaires et de 0,5% des produits non alimentaires.

Les évolutions sectorielles demeurent contrastées. Les prix du transport enregistrent une baisse annuelle marquée (2,6%), tandis que les restaurants et hôtels affichent la hausse la plus soutenue parmi les composantes non alimentaires (3,3%).

L’inflation sous-jacente évolue sur la même trajectoire que l’inflation globale, avec une hausse annuelle moyenne de 0,8% en 2025.

Sur le plan territorial, l’évolution annuelle de l’IPC fait apparaître des disparités entre les villes. Les hausses les plus importantes sont observées à Fès, Kénitra et Guelmim, tandis que d’autres villes enregistrent des progressions plus limitées.

Ce qu’il faut retenir :

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Voici par ailleurs, la note intégrale du HCP :

L’IPC du mois de décembre 2025 a connu une baisse de 0,1% par rapport au mois précédent ; au terme de l’année 2025, l’IPC annuel moyen et l’indicateur annuel d’inflation sous-jacente auront progressé de 0,8%.

Baisse de 0,1% de l’IPC et de 0,2% de l’indicateur d’inflation sous-jacente au cours du mois de décembre 2025

L’indice des prix à la consommation a connu, au cours du mois de décembre 2025, une baisse de 0,1% par rapport au mois précédent. Cette variation est le résultat de la baisse de 0,3% de l’indice des produits alimentaires et de la stagnation de l’indice des produits non alimentaires.

Les baisses des produits alimentaires observées entre novembre et décembre 2025 concernent principalement les «Huiles et graisses» avec 3,9%, les «Fruits» avec 2,8% et les «Viandes» avec 1,2%. En revanche, les prix ont augmenté de 3,3% pour les «Poissons et fruits de mer», de 2,8% pour les «Légumes», de 0,6% pour le «Lait, fromage et œufs» et de 0,4% pour le «Café, thé et cacao». Pour les produits non alimentaires, la baisse a concerné principalement les prix des «Carburants» avec 0,5%.

Dans ces conditions, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatiles et les produits à tarifs publics, aurait connu une baisse de 0,2% au cours du mois de décembre 2025 par rapport au mois précédent.

Hausse de l’IPC annuel et de l’indicateur annuel d’inflation sous-jacente de 0,8%

L’IPC annuel moyen a enregistré, au terme de l’année 2025, une augmentation de 0,8% par rapport à l’année 2024. Conséquence de la hausse de l’indice des produits alimentaires de 0,8% et de celui des produits non alimentaires de 0,5%. Les variations enregistrées pour les produits non alimentaires vont d’une baisse de 2,6% pour le «Transport» à une hausse de 3,3% pour les «Restaurants et hôtels».

Sur cette base, l’indicateur d’inflation sous-jacente aurait connu une hausse de 0,8% au cours de l’année 2025 par rapport à l’année 2024.

Les plus fortes hausses à Fès, Kénitra et Guelmim

Les hausses les plus importantes de l’IPC annuel ont été enregistrées à Fès avec 1,7%, à Kénitra avec 1,3%, à Guelmim avec 1,2%, à Settat avec 1,1%, à Tétouan avec 1,0%, à Rabat et Errachidia avec 0,9%, à Agadir et Tanger avec 0,8%, à Casablanca avec 0,7%, à Meknès, Dakhla et à Al-Hoceima avec 0,5%, à Beni-Mellal avec 0,4% et à Marrakech avec 0,2%.

PRIX

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR DIVISION DE PRODUITS

Divisions de produits Indices mensuels
Novembre

2025

Décembre

 2025

Var.%
Produits alimentaires 128,6 128,2 -0,3
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 127,9 127,5 -0,3
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 145 145 0,0
Produits non alimentaires 112,5 112,5 0,0
  03 – Articles d’habillements et chaussures 117,4 117,5 0,1
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 109,5 109,6 0,1
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 113,1 113,2 0,1
  06 – Santé 101,5 101,5 0,0
  07 – Transport 115,8 115,7 -0,1
  08 – Communication 103,8 103,8 0,0
  09 – Loisirs et culture 104,9 104,9 0,0
  10 – Enseignement 124,4 124,4 0,0
  11 – Restaurants et hôtels 122,2 122,8 0,5
  12 – Biens et services divers 117,8 117,9 0,1
Ensemble 118,8 118,7 -0,1

       Source : Division des Indices Statistiques.

Divisions de produits Indices mensuels Indices  moyens annuels
Décembre

2024

Décembre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Produits alimentaires 129,9 128,2 -1,3 129,7 130,8 0,8
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 129,5 127,5 -1,5 129,2 130,3 0,9
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 140,1 145 3,5 140 144,7 3,4
Produits non alimentaires 112,0 112,5 0,4 111,6 112,2 0,5
  03 – Articles d’habillements et chaussures 116,5 117,5 0,9 116,1 117,1 0,9
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 108,9 109,6 0,6 107,4 109,3 1,8
  05 – Meubles,articles de ménages et entretien courant du foyer 112,4 113,2 0,7 112,2 112,8 0,5
  06 – Santé 101,2 101,5 0,3 101,1 101,4 0,3
  07 – Transport 117,4 115,7 -1,4 119,6 116,5 -2,6
  08 – Communication 104,2 103,8 -0,4 104,1 103,9 -0,2
  09 – Loisirs et culture 105,4 104,9 -0,5 105,5 105 -0,5
  10 – Enseignement 121,8 124,4 2,1 120 122,7 2,3
  11 – Restaurants et hôtels 119,5 122,8 2,8 117,5 121,4 3,3
  12 – Biens et services divers 115,9 117,9 1,7 115 116,9 1,7
Ensemble 119 118,7 -0,3 118,7 119,6 0,8

 Source : Division des Indices Statistiques.

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR VILLE

Villes Indices mensuels Indices  moyens annuels
Novembre

2025

Décembre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Agadir 117,8 117,8 0,0 117,7 118,6 0,8
Casablanca 117,5 117,7 0,2 117,5 118,3 0,7
Fès 122,1 121,6 -0,4 120,6 122,6 1,7
Kénitra 120,3 119,5 -0,7 119,1 120,6 1,3
Marrakech 120,4 120,1 -0,2 120,9 121,2 0,2
Oujda 117,5 117,1 -0,3 118,1 118,2 0,1
Rabat 117,7 117,6 -0,1 117 118 0,9
Tétouan 119,8 119,6 -0,2 119,1 120,3 1,0
Meknès 117 116,6 -0,3 117 117,6 0,5
Tanger 118,8 118,5 -0,3 118,2 119,2 0,8
Laâyoune 121,4 121 -0,3 121,8 121,9 0,1
Dakhla 118,2 118,3 0,1 118,4 119 0,5
Guelmim 122 122,1 0,1 121,7 123,1 1,2
Settat 116,4 116,7 0,3 116,7 118 1,1
Safi 121,8 122,7 0,7 124,6 124 -0,5
Beni-Mellal 122,2 121,8 -0,3 122,9 123,4 0,4
Al-hoceima 122,6 122,1 -0,4 124,5 125,1 0,5
Errachidia 121,6 121,1 -0,4 121 122,1 0,9
Ensemble 118,8 118,7 -0,1 118,7 119,6 0,8

            Source : Division des Indices Statistiques.

Croissance sans inflation : le paradoxe marocain expliqué par les importations

En 2025, l’économie marocaine a enchaîné trois trimestres de croissance solide. La croissance du T1 était de 4,8%, celle du T2 était plus robuste à 5,2%, alors qu’elle a décéléré légèrement au T3 en affichant 4% de croissance réelle.

Dans un cadre macroéconomique classique, un tel rythme d’activité devrait générer des tensions inflationnistes, comme l’ont montré de nombreux épisodes passés. Or, c’est l’inverse que l’on observe.

Une croissance solide sans inflation : le rôle des importations

L’arrêté des comptes nationaux du T3-2025 indique un PIB réel en hausse de 4%, un PIB nominal en progression de 5,7%, ce qui ramène le déflateur du PIB à 1,7%, contre 3,7% un an plus tôt.

Parallèlement, l’IPC recule de 0,3% en glissement annuel en novembre 2025 et l’inflation sous-jacente baisse de 0,9%, signe d’une désinflation profonde et durable, qui dépasse la seule correction des produits volatils.

L’économie marocaine parvient donc à conjuguer croissance réelle robuste et reflux marqué des prix, ce qui exige une explication de ce phénomène.

Pour comprendre ce paradoxe, il faut analyser les dynamiques sous-jacentes du troisième trimestre 2025. Les comptes nationaux montrent que la croissance est tirée par la demande intérieure, dont la contribution atteint 8,3 points au T3, contre 6,5 points un an plus tôt.

En contrepartie, le commerce extérieur exerce un effet négatif sur la croissance, les importations augmentant plus vite que les exportations. Ce profil traduit la montée en puissance d’un cycle d’accumulation interne fortement adossé aux intrants et équipements importés.

Les données du HCP confirment que les importations suivent de très près la trajectoire de l’investissement. À chaque phase d’accélération de l’investissement correspond une hausse parallèle des importations.

Source : HCP.

Autrement dit, quand l’économie investit, elle importe, et lorsque l’investissement se renforce, la balance des biens et services se détériore mécaniquement, non pas par fragilité macroéconomique, mais par intensité de l’accumulation productive.

Cette dynamique prend une signification particulière dès lors qu’on la met en relation avec l’évolution des prix à l’importation, d’autant plus que les importations représentent une part dépassant 52% du PIB.

Les indices des valeurs unitaires publiés par le HCP montrent qu’entre le T1-2023 et le T3-2025, l’indice des prix à l’import passe d’environ 125,8 à 104,4, soit une baisse cumulée de 17%, avec des reculs prononcés sur l’énergie, les demi-produits et les équipements industriels.

Parallèlement, l’inflation recule d’environ 9,1% à 0,4% entre le T1-2023 et le T3-2025. La co-évolution des deux variables est particulièrement frappante. À mesure que l’indice des prix à l’importation décroît, l’inflation domestique se replie. La corrélation observée sur cette période est très forte.

Politique monétaire ou choc externe ? Ce qui explique la désinflation

Contacté par Médias24, Lhoucine Bilad, économiste financier, estime que l’origine de la désinflation récente réside dans la baisse des prix à l’importation.

« La désinflation observée en 2024-2025 ne viendrait pas de la politique monétaire ou budgétaire, qui sont plutôt expansionnistes au vu de l’orientation de la surliquidité des agents économiques, la baisse des taux d’intérêt et le maintien du rythme des dépenses et du déficit budgétaires. Elle vient surtout des prix à l’importation, y compris le taux de change. Selon les indices du commerce extérieur du HCP, les prix à l’import ont baissé d’environ 17% entre le 1er trimestre 2023 et le 3e trimestre 2025. Or les importations de biens et services représentent environ 52% du PIB. Cela équivaut à près de 9% du prix du PIB effacés, soit environ les deux tiers de la hausse du déflateur sur la période (calculée en variation composée, autour de 13,5%), alors que l’inflation n’a augmenté que d’environ 8%. La baisse des prix à l’import explique ainsi plus de 100% de la hausse des prix à la consommation et environ deux tiers de la hausse des prix du PIB », explique-t-il.

« Vu autrement, si les prix à l’importation étaient restés stables entre le 1er trimestre 2023 et le 3e trimestre 2025, soit une hypothèse de neutralité, on aurait eu des prix du PIB et des prix à la consommation beaucoup plus élevés. À PIB réel donné, la combinaison d’une hausse de 13,5% du déflateur observé et d’environ 9% liés aux prix à l’import renvoie à un ordre de grandeur d’environ 22% pour les prix intérieurs. L’équilibre économique interne (croissance, change réel, salaires, recettes fiscales, marges du privé, politique monétaire, bourse, etc.) n’aurait pas du tout été le même », poursuit-il.

Selon lui, cette baisse équivaut, en ordre de grandeur, à environ 3 points d’inflation évités par an sur les trois dernières années.

« Les prix à l’importation sont un facteur largement exogène, déterminé par les marchés internationaux et un régime de change qui vise un taux effectif quasi constant. On les a incriminés pour la forte inflation post-Covid/Ukraine, il faut maintenant leur rendre justice pour la désinflation. 9 points de prix du PIB effacés sur trois ans, cela fait environ 3% d’inflation sous-jacente par an potentielle évitée, sous l’hypothèse de marges des entreprises et de gains de productivité inchangés et sans effets de second tour salaires-inflation », conclut Lhoucine Bilad.

Par ailleurs, ce constat, selon lequel la désinflation observée au Maroc provient en grande partie de la baisse des prix à l’importation, relance le débat sur le rôle de la politique monétaire et sur sa capacité effective à agir sur l’inflation.

La question n’est pas seulement de savoir si la politique monétaire agit, mais surtout dans quelle mesure elle explique, ou non, la dynamique récente des prix.

La politique monétaire, certes, influence l’inflation, mais sa transmission demeure partielle, progressive et retardée dans le temps. Dans un tel régime de change, la dynamique des prix intérieurs dépend fortement des prix à l’importation qui, compte tenu de leur poids dans la formation des coûts et des prix domestiques, exercent un impact significatif et expliquent une grande partie des mouvements observés de l’inflation au Maroc.

Economic Outlook: Strengths of 2025, Risks to Watch in 2026

By late November 2025, Morocco’s economy is delivering a performance rarely seen in recent years.

On one hand, growth remains strong, fueled by both agricultural and non-agricultural activity — an unusual combination after several seasons of drought.

Domestic demand remains the main driver, with investment particularly dynamic in the public sector and inflation at its lowest in years.

With 2025 ending and 2026 just ahead, it is important to identify what is sustainably supporting the economy, what reflects a favorable context, and the risks that could quickly reverse the trend.

Positive Indicators

Growth in Morocco is robust. It is expected to be around 5% or more.

That would mark the fastest real pace since 2017, when the economy expanded by 5.1%, excluding the post-Covid rebound. If that threshold is surpassed, growth would reach its highest level since 2009, when it stood at 6%.

In Q2 2025, the GDP in volume rose 5.5% year-on-year, after 4.8% in the previous quarter, bringing first-half growth to 5.2%.

The momentum was fueled by agricultural value added, up 4.7%, and non-agricultural value added, up 5.5%.

Growth is therefore driven mainly by internal factors, rather than by external demand.

Beyond real growth, nominal growth remains crucial as it shapes key macroeconomic indicators. In 2024, nominal growth reached 7.9%, combining a real increase of 3.8% with a deflator of 4.2%, while inflation stood at 0.9%.

In a scenario of about 5% real growth in 2025 and an average deflator near 3%, nominal growth would come in around 8%, mechanically boosting several ratios, including the budget deficit, debt, the current account deficit and fiscal pressure.

Inflation fell to its lowest level in five years in November, with the CPI standing at -0.3% year-on-year, putting the economy in deflation. It is the weakest rate since December 2020.

More importantly for macroeconomic analysis, core inflation is at -0.9% year-on-year.

Regarding external trade, while the goods deficit is widening, services, tourism, transfers and FDI are strengthening financing capacity, playing a growing role in the external balance.

On energy prices, the outlook appears favorable. Oil prices have dropped below $60 per barrel, their lowest level since February 2021. The market is evolving in a context of oversupply, and projections point to a generally stable price in 2026. For example, JP Morgan anticipates an average price of $58 per barrel in 2026.

In the same vein, the energy bill fell to 90 billion MAD by end-October 2025, down 4.4% year-on-year. This eased the external shock and reduced a major source of volatility.

Lastly, the « exchange rate and imported inflation » channel is working in favor in 2025, offering one of the discreet explanations for disinflation. According to HCP’s economic analysis, the dirham is expected to end 2025 up 1.8% against the euro and 7.7% against the dollar.

This appreciation lowers the cost in dirhams of some dollar-denominated imports, including energy, helping reduce imported prices and reinforcing price stability in the domestic market.

At the time of publication, foreign exchange reserves stood at 433.8 billion MAD.

Risks

The first risk is drought, which affects both agricultural activity and food prices. Although agricultural value added is expected to perform well in 2025, Morocco’s history shows this driver is volatile, and a shock could push food prices higher and disrupt part of the 2026 growth forecast.

The second risk is employment and the quality of youth integration. The challenge is not only cyclical but also structural. Even in periods of strong growth, job creation is insufficient, and when jobs are created, a significant share takes the form of underemployment.

A further risk stems from automation and AI, which can raise barriers to entry in the labor market, especially for first-time job seekers, by cutting back the most routine entry-level positions.

The third risk is external constraints. In Q2 2025, external trade already made a negative contribution to growth, with imports rising faster than exports. As long as tourism and FDI offset the gap, the system holds, but if one of these buffers weakens, the constraint will weigh more heavily again.

The fourth risk is sectoral but macro in its effects: the performance of key industrial exports. Data from the Office of Foreign Exchange indicate a decline in automotive exports at end-October 2025.

As this sector weighs heavily on exports, any problem with European demand, competitiveness or the value chain quickly spills over to growth, employment and the current account.

The fifth issue is growth relays. In 2025, much of the momentum comes from public investment. This driver is strong, but it can mechanically slow as major projects normalize.

The risk is that this momentum proves only a peak of activity, without lasting impact, and that the economy fails to shift to more autonomous engines, focused on exports and job creation. The issue is expected to arise from 2028‑2029 onwards.

International Environment

The international context is a factor to consider; it is not just « what happens elsewhere » but an immediate transmission channel.

In Q3 2025, eurozone growth remained weak, with GDP up 1.4% year‑on‑year, versus 1.6% for the EU. Beneath the average, sharp heterogeneity is emerging.

Germany remained stagnant, with zero growth (0%), while France posted 0.5% according to Insee. Private consumption in France was almost flat at 0.1%.

By the end of Q3 2025, inflation in the eurozone stood at 2.2%, with 1.1% in France, 2.4% in Germany, 3.0% in Spain.

In 2026, the outlook is little changed from 2025. The European Commission forecasts growth of 1.4% in the EU and 1.2% in the eurozone, with inflation expected at 2.1% in the EU and 1.9% in the eurozone.

Regarding U.S. growth, the Fed projects real GDP of 1.7% in 2025 and 2.3% in 2026. Inflation is seen at 2.9% at end-2025, easing to 2.4% in 2026.

For Morocco, these figures matter as they shape imported price pressures. Higher U.S. inflation than in Europe tends to keep dollar and interest‑rate constraints tighter, raising the risk of costlier and more volatile external financing.

Conjoncture. Les atouts de 2025 et les risques à surveiller en 2026

Fin novembre 2025, l’économie marocaine affiche une performance assez rare si on la compare aux années récentes.

D’un côté, la croissance progresse à un rythme élevé, portée à la fois par l’agriculture et par les activités hors agriculture. C’est une combinaison peu fréquente, surtout après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse.

La demande intérieure reste le principal moteur, avec un investissement particulièrement dynamique, notamment du côté public, et une inflation à son niveau le plus faible depuis longtemps.

Avant de clore 2025 et d’entamer 2026, il est important de distinguer ce qui soutient durablement l’économie, et les menaces qui peuvent rapidement retourner la conjoncture.

Les voyants au vert

La croissance au Maroc se montre vigoureuse. Elle devrait tourner autour de 5%, voire davantage. Ce serait le rythme réel le plus élevé, hors rebond post-Covid, depuis 2017, année où l’économie avait crû de 5,1%.

Et si ce seuil venait à être dépassé, la croissance atteindrait son plus haut niveau depuis 2009, lorsqu’elle s’était établie à 6%.

Au T2-2025, le PIB en volume a progressé de 5,5% en glissement annuel, après 4,8% au trimestre précédent. Sur le premier semestre, la croissance ressort ainsi à 5,2%. Cette dynamique est portée à la fois par la valeur ajoutée agricole, en hausse de 4,7%, et par la valeur ajoutée hors agriculture, en hausse de 5,5%.

Dans le détail, la demande intérieure accélère nettement, avec une progression de 9,2% au T2-2025. La consommation des ménages augmente de 5,1%, l’investissement brut (FBCF) bondit de 18,9% et la consommation finale des administrations publiques progresse de 6,5%.

Il s’agit donc d’une croissance principalement tirée par l’intérieur, plutôt qu’une dynamique portée par la demande extérieure.

Au-delà du réel, la croissance nominale reste déterminante, car elle conditionne l’évolution des grands ratios macroéconomiques. En 2024, la croissance en valeur s’est établie à 7,9%, combinant une hausse réelle de 3,8% et un déflateur de 4,2%, alors que l’inflation était de 0,9%.

Dans un scénario 2025 autour de 5% de croissance réelle et d’un déflateur moyen proche de 3%, la croissance nominale se situerait autour de 8%, ce qui tendrait à améliorer mécaniquement plusieurs ratios, notamment le déficit budgétaire, l’endettement, le déficit du compte courant, et aussi la pression fiscale.

Pour ce qui est de l’inflation, elle atteint en novembre son niveau le plus faible depuis cinq ans. L’IPC ressort à -0,3% en glissement annuel, ce qui place l’économie en déflation. Il s’agit du taux le plus bas observé depuis décembre 2020.

Plus important encore pour la lecture macroéconomique, l’inflation sous-jacente s’établit à -0,9% en glissement annuel.

Concernant les échanges extérieurs, même si le déficit commercial des biens se creuse, les services, le tourisme, les transferts et les IDE améliorent la capacité de financement, et ils pèsent de plus en plus dans l’équilibre externe.

Sur les prix de l’énergie, la situation apparaît favorable. Le pétrole repasse sous les 60 dollars le baril, soit son niveau le plus bas depuis février 2021. Le marché évolue dans un contexte d’offre excédentaire et les projections convergent vers un prix globalement stable en 2026. À titre d’exemple, JP Morgan anticipe un prix moyen de 58 dollars le baril en 2026.

Dans le même sens, la facture énergétique à fin octobre 2025 recule à 90 MMDH, en baisse de 4,4% sur un an. Cela allège le choc externe et réduit une source importante de volatilité.

Enfin, le canal « taux de change et inflation importée » joue plutôt dans le bon sens en 2025, et constitue l’une des explications discrètes de la désinflation. Selon l’analyse de conjoncture du HCP, le dirham devrait clôturer l’année 2025 avec une appréciation de 1,8% vis-à-vis de l’euro et de 7,7% vis-à-vis du dollar.

Cette appréciation réduit le coût en dirhams d’une partie des importations libellées en dollar, énergie comprise, ce qui contribue à la baisse des prix importés et renforce la détente des prix sur le marché domestique.

Dans le même temps, les réserves de change s’établissent, à la date de publication de cet article, à 433,8 MMDH.

Les risques

Le premier risque, c’est la sécheresse, parce qu’elle agit sur deux canaux en même temps, l’activité agricole et les prix alimentaires. Même si la valeur ajoutée agricole devrait bien performer en 2025, l’histoire marocaine rappelle que ce moteur est instable, et qu’un choc peut faire grimper les prix alimentaires et casser une partie de la croissance prévue en 2026.

Le deuxième risque concerne l’emploi et la qualité de l’insertion des jeunes. Ici, le problème n’est pas seulement conjoncturel, il est structurel. D’abord, même quand la croissance est forte, elle ne se traduit pas automatiquement par une création d’emplois suffisante. Et lorsque des emplois sont créés, une partie importante se fait sous forme de sous-emploi.

Il faut aussi garder en tête le risque lié à l’automatisation et à l’IA. Ce facteur peut relever la barrière d’entrée sur le marché du travail, surtout pour les primo-demandeurs, en réduisant les postes de début de carrière les plus routiniers.

Le troisième risque, c’est la contrainte extérieure. Le T2-2025 montre déjà une contribution négative des échanges extérieurs à la croissance, car les importations accélèrent plus vite que les exportations. Tant que le tourisme et les IDE compensent, le système tient. Mais si l’un de ces amortisseurs ralentit, la contrainte redeviendra plus lourde.

Le quatrième risque, sectoriel mais macro dans ses effets, tient à la performance des exportations industrielles phares. Les données de l’Office des changes signalent un recul des exportations du secteur automobile à fin octobre 2025.

Comme ce secteur pèse lourd dans les biens exportés, un problème de demande européenne, de compétitivité, ou de chaîne de valeur se transmet rapidement à la croissance, à l’emploi et au compte courant.

Le cinquième problème a trait au relais de croissance. En 2025, une part importante de la dynamique vient de l’investissement public. Ce moteur est puissant, mais il peut décélérer mécaniquement quand les grands chantiers se normalisent.

Le risque, c’est que cette dynamique reste un simple pic d’activité, sans effet d’entraînement durable, et que l’économie ne parvienne pas à passer le relais vers des moteurs plus autonomes, davantage tournés vers l’export et créateurs en emplois. La question se posera à partir de 2028-2029.

Environnement international

Le contexte international est un facteur à prendre en considération car il s’agit d’un canal de transmission immédiat.

Au T3-2025, la croissance trimestrielle en zone euro est restée faible, avec un PIB en hausse de 1,4% en glissement annuel, contre 1,6% pour l’Union européenne. Derrière la moyenne, une hétérogénéité significative se profile.

L’Allemagne est restée à l’arrêt, avec une croissance nulle (0%), tandis que la France affiche, selon les données de l’Insee, un taux de 0,5%. Dans le même sens, la consommation privée en France affiche une quasi-stagnation de 0,1%.

À la fin du T3-2025, l’inflation en zone euro s’établissait à 2,2%, avec 1,1% en France, 2,4% en Allemagne, 3% en Espagne, etc.

En 2026, la situation ne devrait pas différer de celle de 2025. La Commission européenne anticipe une croissance de 1,4% dans l’Union européenne et de 1,2% en zone euro, avec une inflation attendue à 2,1% dans l’UE et à 1,9% en zone euro.

Concernant la croissance aux États-Unis, la Fed projette une croissance du PIB réel de 1,7% en 2025 et de 2,3% en 2026. Elle anticipe une inflation autour de 2,9% à la fin de 2025, avant un ralentissement à 2,4% en 2026.

Pour le Maroc, ces chiffres comptent significativement parce qu’ils conditionnent la pression des prix importés, et parce qu’une inflation américaine plus élevée que l’Europe tend à maintenir une contrainte dollar/taux plus dure, donc un financement externe potentiellement plus coûteux et plus volatil.

En octobre 2025, l’inflation retombe à son plus bas niveau depuis mars 2021

En octobre 2025, le régime désinflationniste se confirme et même s’accentue. Selon les données du HCP, l’indice des prix à la consommation n’augmente que de 0,1% en glissement annuel par rapport à octobre 2024, contre 0,4% un mois plus tôt.

Il s’agit du taux d’inflation le plus faible observé depuis mars 2021, période durant laquelle l’inflation avait également atteint 0,1%.

Sur la moyenne des dix premiers mois de 2025, l’inflation moyenne s’établit à 0,8% par rapport à la même période de 2024. Ce rythme, légèrement inférieur à celui observé sur les neuf premiers mois (0,9%), confirme la poursuite d’un processus désinflationniste dans l’évolution des prix à la consommation.

L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et administrés, enregistre une légère déflation, avec un taux négatif de 0,2% sur un mois comme sur un an.

Dans le détail, la structure sectorielle des prix reste contrastée. Par rapport à octobre 2024, les produits alimentaires reculent de 0,3%, tandis que les produits non alimentaires progressent de 0,4%. Au sein de ces derniers, les prix du transport restent orientés à la baisse, avec une contraction de 1,9% sur un an, alors que les « restaurants et hôtels » poursuivent leur hausse, avec une augmentation de 2,4%.

Sur un mois (par rapport à septembre 2025), l’IPC recule de 0,6%. Cette baisse résulte principalement d’un repli de 1,3% de l’indice des produits alimentaires, tandis que l’indice des produits non alimentaires stagne (0%).

Dans l’ensemble, les pressions inflationnistes demeurent très faibles. L’environnement des prix reste favorable et contribue à limiter l’érosion du pouvoir d’achat des ménages.

Inflation en octobre 2025: ce qu’il faut retenir

-oOo-

Voici le texte intégral de la note HCP :

Baisse de 0,6% de l’indice des prix à la consommation, résultant de la baisse de 1,3% de l’indice des produits alimentaires et de la stagnation de l’indice des produits non alimentaires. L’indicateur d’inflation sous-jacente en baisse de 0,2% sur un mois et sur une année.

L’indice des prix à la consommation a connu, au cours du mois d’octobre 2025, une baisse de 0,6% par rapport au mois précédent. Cette variation est le résultat de la baisse de 1,3% de l’indice des produits alimentaires et de la stagnation de l’indice des produits non alimentaires.

Les baisses des produits alimentaires observées entre septembre et octobre 2025 concernent principalement les «Huiles et graisses» avec 3,7%, les «Viandes» avec 2,8%, les «Légumes» avec 1,4%, les «Poissons et fruits de mer» avec 1,3%, les «Fruits» avec 0,9% et le «Lait, fromage et œufs» avec 0,2%. En revanche, les prix ont augmenté de 0,2% pour le «Café, thé et cacao». Pour les produits non alimentaires, la baisse a concerné principalement les prix des «Carburants» avec 0,6%.

Les baisses les plus importantes de l’IPC ont été enregistrées à Al-Hoceima avec 1,5%, à Settat et Safi avec 1,0%, à Tétouan et Beni-Mellal avec 0,9%, à Agadir et Marrakech avec 0,8%, à Tanger avec 0,7%, à Casablanca, Fès, Dakhla et Guelmim avec 0,6% et à Rabat, Laâyoune et Errachidia avec 0,5%. En revanche, une hausse a été enregistrée à Kénitra avec 0,2%.

Comparé au même mois de l’année précédente, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 0,1% au cours du mois d’octobre 2025 conséquence de la baisse de l’indice des produits alimentaires de 0,3% et de la hausse de celui des produits non alimentaires de 0,4%. Pour les produits non alimentaires, les variations vont d’une baisse de 1,9% pour le «Transport» à une hausse de 2,4% pour les «Restaurants et hôtels».

Dans ces conditions, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et les produits à tarifs publics, aurait connu au cours du mois d’octobre 2025 une baisse de 0,2% par rapport au mois de septembre 2025 et par rapport au mois d’octobre 2024.

PRIX

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR DIVISION DE PRODUITS

Divisions de produits Indices mensuels
Septembre

2025

Octobre

 2025

Var.%
Produits alimentaires 132,0 130,3 -1,3
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 131,5 129,7 -1,4
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 144,9 145,0 0,1
Produits non alimentaires 112,5 112,5 0,0
  03 – Articles d’habillements et chaussures 117,6 117,6 0,0
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 109,4 109,5 0,1
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 113,1 113,0 -0,1
  06 – Santé 101,4 101,5 0,1
  07 – Transport 116,1 115,9 -0,2
  08 – Communication 103,8 103,8 0,0
  09 – Loisirs et culture 104,9 105,0 0,1
  10 – Enseignement 124,3 124,4 0,1
  11 – Restaurants et hôtels 122,5 122,2 -0,2
  12 – Biens et services divers 117,1 117,4 0,3
Ensemble 120,2 119,5 -0,6

       Source : Division des Indices Statistiques.

Divisions de produits Indices mensuels Indices des dix premiers mois
Octobre

2024

Octobre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Produits alimentaires 130,7 130,3 -0,3 129,6 131,3 1,3
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 130,3 129,7 -0,5 129,2 130,8 1,2
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 140,2 145,0 3,4 140,0 144,7 3,4
Produits non alimentaires 112,0 112,5 0,4 111,6 112,2 0,5
  03 – Articles d’habillements et chaussures 116,7 117,6 0,8 116,0 117,0 0,9
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 108,7 109,5 0,7 107,1 109,2 2,0
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 112,3 113,0 0,6 112,1 112,7 0,5
  06 – Santé 101,2 101,5 0,3 101,1 101,4 0,3
  07 – Transport 118,1 115,9 -1,9 120,0 116,7 -2,8
  08 – Communication 104,0 103,8 -0,2 104,1 103,9 -0,2
  09 – Loisirs et culture 105,4 105,0 -0,4 105,5 105,0 -0,5
  10 – Enseignement 121,8 124,4 2,1 119,6 122,3 2,3
  11 – Restaurants et hôtels 119,3 122,2 2,4 117,1 121,2 3,5
  12 – Biens et services divers 115,7 117,4 1,5 114,9 116,7 1,6
Ensemble 119,4 119,5 0,1 118,7 119,7 0,8

 Source : Division des Indices Statistiques.

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR VILLE

Villes Indices mensuels Indices des dix premiers mois
Septembre

2025

Octobre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Agadir 119,1 118,1 -0,8 117,5 118,8 1,1
Casablanca 118,9 118,2 -0,6 117,4 118,5 0,9
Fès 123,2 122,4 -0,6 120,4 122,7 1,9
Kénitra 120,6 120,8 0,2 119,0 120,8 1,5
Marrakech 121,9 120,9 -0,8 120,9 121,4 0,4
Oujda 118,6 118,3 -0,3 118,1 118,4 0,3
Rabat 118,6 118,0 -0,5 116,9 118,1 1,0
Tétouan 121,3 120,2 -0,9 119,1 120,5 1,2
Meknès 117,6 117,5 -0,1 117,0 117,8 0,7
Tanger 120,1 119,3 -0,7 118,3 119,3 0,8
Laâyoune 122,9 122,3 -0,5 121,5 122,1 0,5
Dakhla 118,9 118,2 -0,6 118,0 119,1 0,9
Guelmim 123,9 123,1 -0,6 121,3 123,3 1,6
Settat 119,0 117,8 -1,0 116,6 118,3 1,5
Safi 124,5 123,2 -1,0 124,7 124,3 -0,3
Beni-Mellal 124,6 123,5 -0,9 122,9 123,6 0,6
Al-hoceima 126,0 124,1 -1,5 124,8 125,6 0,6
Errachidia 123,9 123,3 -0,5 120,9 122,2 1,1
Ensemble 120,2 119,5 -0,6 118,7 119,7 0,8

            Source : Division des Indices Statistiques.

Voici la data détaillée concernant l’évolution de l’inflation (contenu réservé aux abonnés) :

 

Pouvoir d’achat. Des efforts budgétaires massifs, mais un impact encore limité sur les ménages

Des parents qui arbitrent entre le paiement de l’école (privée) et des achats de vêtements; des familles qui achètent du poulet au détail ou qui ne mangent plus la viande que rarement… : les ménages ont été rudement impactés par l’inflation qui a succédé au Covid. Et surtout pour les produits alimentaires.

Le pouvoir d’achat des ménages reste l’un des enjeux sociaux majeurs au Maroc, malgré l’effort budgétaire considérable engagé depuis trois ans.

Après deux années successives en 2022 et 2023 de forte inflation liée aux tensions géopolitiques, à la perturbation des chaînes d’approvisionnement, à la sécheresse et au ralentissement économique, le gouvernement a déployé un ensemble de mesures pour amortir l’impact sur la vie quotidienne des citoyens.

Ces mesures ont indéniablement contribué à limiter l’ampleur du choc sur les ménages. Sans elles, la situation aurait été plus grave et aurait pu créer un déséquilibre économique susceptible de se transformer en tensions sociales. Mais ces mesures sont un échec dans la mesure où elles ne sont pas parvenues à faire baisser des prix devenus très élevés, notamment pour l’alimentation.

Les mécanismes du marché n’ayant pas fonctionné, et l’alimentation étant un poste de dépense stratégique, pourquoi ne pas envisager de plafonner les prix de certaines denrées comme la viande, le poulet ou la sardine? s’interrogent des économistes. Comment accepter que le gouvernement puisse justifier les prix élevés par l’existence de lobbies et de circuits de distribution opaques?

Les principales mesures pour soutenir les ménages

L’amélioration directe des revenus a constitué l’un des principaux leviers d’intervention. Dans le secteur public, les accords issus du dialogue social ont permis d’augmenter les salaires. Dans le secteur privé, la réforme de l’impôt sur le revenu a contribué à relever le revenu des salariés et des retraités. À cela s’ajoute la revalorisation du SMIG.

Ces mesures soulagent partiellement la pression financière sur les ménages disposant d’un revenu formel. L’effet de ces mesures est indéniable pour une partie du salariat, mais leur portée demeure limitée à la population déclarée et stable.

Le renforcement de la protection sociale constitue un deuxième pilier majeur des actions engagées, à travers la mise en place d’aides directes et l’intégration d’un nombre élargi de ménages au système de couverture sociale, notamment via l’AMO Tadamon.

Cependant, ce qui continue de peser quotidiennement sur l’expérience de vie des ménages marocains, ce sont les prix des produits alimentaires. C’est sur ce poste essentiel que la pression est la plus ressentie.

L’État a également déployé plusieurs mécanismes de subvention et de soutien aux filières afin de contenir les coûts et d’alléger, en principe, les prix finaux pour les consommateurs.

Pourtant, malgré ces efforts, les prix demeurent à des niveaux élevés, et le ressenti social reste contrasté. L’inflation s’est certes modérée, mais les prix ne sont jamais revenus à leurs niveaux d’avant-crise. Ils sont restés élevés.

Pouvoir d’achat : le ménage marocain ne ressent pas l’accalmie

Après près d’un an et demi d’inflation maîtrisée et relativement stable au Maroc, où en est réellement le pouvoir d’achat ?

Les statistiques officielles, qu’il s’agisse du moral des ménages ou des indicateurs relatifs au pouvoir d’achat, montrent une dégradation notable de ce dernier. De même, les capacités d’épargne sont devenues très limitées.

La plus récente publication du HCP sur le pouvoir d’achat souligne une chute vertigineuse en 2022, suivie d’un redressement timide en 2023, avec un gain inférieur à 2%.

Le ressenti est encore plus palpable lorsqu’il s’agit des produits alimentaires, dont les prix continuent de se maintenir à des niveaux difficilement justifiables malgré les mesures engagées et l’amélioration progressive de la conjoncture.

Les données de l’IPC confirment cette réalité. Alors que l’inflation générale a atteint 6,6% en 2022 avant de ralentir à 6,1% en 2023, l’inflation alimentaire, elle, s’est envolée de 11% en 2022 puis de 12,5% en 2023. Sur la même période, les produits non-alimentaires sont restés nettement plus contenus, à 3,9% en 2022 et seulement 1,7% en 2023. Autrement dit, ce n’est pas l’ensemble des prix qui a exercé la pression la plus forte sur les ménages, mais principalement l’alimentation.

Cette dynamique crée une forme d’inflation résistante dans l’esprit des ménages. Même lorsque l’inflation générale retombe, les prix alimentaires ne reviennent pas à la normale. En 2024, l’inflation alimentaire est certes retombée à 0,8%, mais après deux années de hausses cumulées de 23,5% (2022-2023), ce ralentissement ne représente pas un retour à des prix abordables, seulement un arrêt de l’hémorragie. Les ménages restent donc face à un niveau élevé de prix, et non à une baisse compensatoire.

Il faut rappeler que l’alimentation occupe une place centrale dans le budget des ménages. Dans l’IPC (indice des prix à la consommation), son poids représente 37,5%, ce qui en fait le premier poste de dépense.

Pour les ménages pauvres et vulnérables, cette part peut facilement excéder les 40% des dépenses totales. Dès lors, lorsque l’alimentation flambe, l’impact est immédiat, direct et souvent destructeur pour le pouvoir d’achat, car il touche un poste incompressible. On ne peut ni réduire ni reporter sa consommation alimentaire.

Par ailleurs, il convient de noter que, selon la présentation de la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, devant la Chambre des représentants, l’effort public consacré au soutien des prix des matières de base s’élève, au titre de l’année 2026, à près de 14 MMDH. Cette enveloppe couvre notamment la compensation du gaz butane, du sucre et de la farine nationale de blé tendre.

Subventions, aides, fiscalité… Pourquoi le modèle actuel atteint ses limites

Pourquoi, malgré une inflation désormais maîtrisée et des mesures coûteuses mises en œuvre par le gouvernement, les prix restent-ils élevés, particulièrement ceux des produits alimentaires ?

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette inertie, notamment des défaillances de concurrence sur certains marchés, des marges et coûts intermédiés difficiles à suivre, ainsi qu’une forme d’inertie inflationniste qui maintient les prix à un plateau élevé, même lorsque les pressions extérieures se détendent.

La stratégie adoptée ces dernières années a permis d’éviter une crise sociale plus aiguë. Sans l’action de l’État, l’érosion du pouvoir d’achat aurait été nettement plus sévère, affirme le gouvernement. Mais l’enjeu désormais n’est plus seulement d’amortir, il est de restaurer.

Il devient nécessaire d’opérer un changement de paradigme. Passer d’une logique de dépenses sociales réactives à une logique d’investissement social évalué. Autrement dit, soutenir le pouvoir d’achat par des subventions, des aides ou des allègements fiscaux est utile, mais ne suffit pas si les facteurs structurels à l’origine de la hausse du coût de la vie persistent.

L’évaluation de l’impact réel des politiques mises en œuvre doit être systématisée, afin de mesurer leur efficacité, d’optimiser l’allocation des ressources publiques et de renforcer la transparence. Investir n’a de sens que si l’impact sur la vie des citoyens est tangible et mesuré.

Le pouvoir d’achat ne se restaure pas durablement par la seule injection de ressources financières. Il repose aussi sur des réformes structurelles des marchés, de la distribution, de la concurrence et du modèle de création de valeur.

Soutenir les revenus, oui, mais il faut également agir sur les prix, sur les coûts et sur l’organisation des chaînes de valeur. À défaut, les ménages continueront de ressentir un décalage entre les annonces budgétaires et leur réalité quotidienne.

Ci-dessous (réservé aux abonnés), notre dashboard inflation et indice des prix à la consommation. Cliquer sur indices mensuels pour afficher l’évolution historique.

À fin septembre 2025, l’inflation s’établit à 0,4% sur un an

Le mois de septembre confirme la stabilité du régime désinflationniste amorcé depuis le mois de mars 2025. Selon les données du HCP, les prix à la consommation ont augmenté de 0,4% sur un an.

Sur la moyenne des neuf premiers mois de 2025, l’inflation cumulée s’établit à 0,9% par rapport à la même période de 2024, traduisant une stabilisation générale des prix.

L’inflation sous-jacente reste également très modérée. Elle affiche une progression annuelle de 0,3%.

Dans le détail, les produits alimentaires enregistrent une hausse de 0,5% sur un an, tandis que les produits non alimentaires progressent de 0,4%.

Sur un mois (par rapport à août 2025), le transport demeure en repli marqué de 2,4%, en raison de la baisse des prix des carburants de 2,2%, tandis que les restaurants et hôtels affichent une progression soutenue de 2,9%.

Dans l’ensemble, les pressions inflationnistes demeurent faibles. L’environnement des prix reste favorable, contribuant à préserver le pouvoir d’achat des ménages et confirmant la poursuite du processus de désinflation après les chocs inflationnistes de 2022-2023.

Ce qu’il faut retenir :

-oOo-

Voici le texte intégral la note HCP :

Hausse de 0,2% de l’indice des prix à la consommation, résultant de la hausse de 0,2% de l’indice des produits alimentaires et de l’indice des produits non alimentaires. L’indicateur d’inflation sous-jacente en stagnation sur un mois est en hausse de 0,3% sur une année.

L’indice des prix à la consommation a connu, au cours du mois de septembre 2025, une hausse de 0,2% par rapport au mois précédent. Cette variation est le résultat de la hausse de 0,2% de l’indice des produits alimentaires et de l’indice des produits non alimentaires.

Les hausses des produits alimentaires observées entre août et septembre 2025 concernent principalement les « Légumes » avec 2,6%, les « Fruits » avec 0,5%, les « Viandes » avec 0,4% et le « Pain et céréales », « Lait, fromage et œufs » et « Café, thé et cacao » avec 0,1%. En revanche, les prix ont diminué de 2,1% pour les « Huiles et graisses », de 0,6% pour les « Poissons et fruits de mer » et de 0,3% pour les « Eaux minérales, boissons rafraichissantes, jus de fruits et de légumes ». Pour les produits non alimentaires, la baisse a concerné principalement les prix des « Carburants » avec 2,2%.

Les hausses les plus importantes de l’IPC ont été enregistrées à Errachidia avec 0,9%, à Laâyoune avec 0,6%, à Rabat avec 0,5% et à Casablanca, Dakhla, Guelmim et Beni-Mellal avec 0,4%, à Marrakech et Settat avec 0,2%. En revanche, des baisses ont été enregistrées à Al Hoceima avec 2,4%, à Meknès avec 0,4%, à Fès avec 0,3%, à Kénitra et Tanger avec 0,2% et à Tétouan avec 0,1%.

Comparé au même mois de l’année précédente, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 0,4% au cours du mois de septembre 2025, conséquence de la hausse de l’indice des produits alimentaires de 0,5% et de celui des produits non alimentaires de 0,4%. Pour les produits non alimentaires, les variations vont d’une baisse de 2,4% pour le « Transport » à une hausse de 2,9% pour les « Restaurants et hôtels ».

Dans ces conditions, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatiles et les produits à tarifs publics, aurait connu au cours du mois de septembre 2025 une stagnation par rapport au mois d’août 2025 et une hausse de 0,3% par rapport au mois de septembre 2024.

PRIX

INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

   ÉVOLUTION PAR DIVISION DE PRODUITS 

Divisions de produits Indices mensuels
Août

2025

Septembre 2025 Var.%
Produits alimentaires 131,8 132,0 0,2
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 131,3 131,5 0,2
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 145,0 144,9 -0,1
Produits non alimentaires 112,3 112,5 0,2
  03 – Articles d’habillements et chaussures 117,1 117,6 0,4
  04 – Logements, eau, électricité, gaz et autres combustibles 109,4 109,4 0,0
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 112,9 113,1 0,2
  06 – Santé 101,4 101,4 0,0
  07 – Transport 117,2 116,1 -0,9
  08 – Communication 103,9 103,8 -0,1
  09 – Loisirs et culture 104,8 104,9 0,1
  10 – Enseignement 121,8 124,3 2,1
  11 – Restaurants et hôtels 122,6 122,5 -0,1
  12 – Biens et services divers 117,1 117,1 0,0
Ensemble 120,0 120,2 0,2

       Source : Division des indices statistiques.

Divisions de produits Indices mensuels Indices des neuf premiers mois
Septembre

2024

Septembre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Produits alimentaires 131,4 132,0 0,5 129,5 131,4 1,5
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 131,0 131,5 0,4 129,0 130,9 1,5
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 140,2 144,9 3,4 140,0 144,6 3,3
Produits non alimentaires 112,1 112,5 0,4 111,5 112,1 0,5
  03 – Articles d’habillements et chaussures 116,5 117,6 0,9 115,9 116,9 0,9
  04 – Logements, eau, électricité, gaz et autres combustibles 108,7 109,4 0,6 106,9 109,2 2,2
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 112,2 113,1 0,8 112,1 112,7 0,5
  06 – Santé 101,2 101,4 0,2 101,1 101,4 0,3
  07 – Transport 119,0 116,1 -2,4 120,3 116,7 -3,0
  08 – Communication 104,0 103,8 -0,2 104,1 104,0 -0,1
  09 – Loisirs et culture 105,4 104,9 -0,5 105,5 105,0 -0,5
  10 – Enseignement 121,7 124,3 2,1 119,4 122,1 2,3
  11 – Restaurants et hôtels 119,1 122,5 2,9 116,9 121,1 3,6
  12 – Biens et services divers 115,5 117,1 1,4 114,8 116,6 1,6
Ensemble 119,7 120,2 0,4 118,6 119,7 0,9

 Source : Division des indices statistiques.

INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION

ÉVOLUTION PAR VILLE

Villes Indices mensuels Indices des neuf premiers mois
Août

2025

Septembre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Agadir 119,1 119,1 0,0 117,4 118,8 1,2
Casablanca 118,4 118,9 0,4 117,3 118,5 1,0
Fès 123,6 123,2 -0,3 120,4 122,8 2,0
Kénitra 120,9 120,6 -0,2 118,9 120,8 1,6
Marrakech 121,7 121,9 0,2 120,9 121,4 0,4
Oujda 118,6 118,6 0,0 118,1 118,4 0,3
Rabat 118,0 118,6 0,5 116,8 118,1 1,1
Tétouan 121,4 121,3 -0,1 119,0 120,5 1,3
Meknès 118,1 117,6 -0,4 116,9 117,8 0,8
Tanger 120,4 120,1 -0,2 118,2 119,3 0,9
Laâyoune 122,2 122,9 0,6 121,3 122,0 0,6
Dakhla 118,4 118,9 0,4 117,9 119,2 1,1
Guelmim 123,4 123,9 0,4 121,1 123,3 1,8
Settat 118,8 119,0 0,2 116,4 118,3 1,6
Safi 124,4 124,5 0,1 124,6 124,4 -0,2
Beni-Mellal 124,1 124,6 0,4 122,7 123,6 0,7
Al-Hoceima 129,1 126,0 -2,4 124,9 125,8 0,7
Errachidia 122,8 123,9 0,9 120,6 122,1 1,2
Ensemble 120,0 120,2 0,2 118,6 119,7 0,9

            Source : Division des Indices Statistiques.

Voici la data détaillée concernant l’évolution de l’inflation (contenu réservé aux abonnés) :

Conseil de Bank Al-Maghrib : le statu quo reste le scénario le plus probable

À une journée de la tenue du Conseil de Bank Al-Maghrib, prévu le 24 juin, tous les acteurs économiques étaient à l’écoute et attendaient la décision. Une décision qui fixera le ton des conditions monétaires pour le troisième trimestre 2025.

Le taux d’intérêt représente la variable la plus influente dans l’architecture économique moderne : il irrigue toute l’économie. Il influence le coût du crédit, le rythme de l’investissement, la dynamique de la consommation, l’évolution de l’emploi et la trajectoire de l’inflation. Rien, ou presque, n’échappe à sa portée.

Dans ce contexte, Médias24 propose une lecture structurée de la conjoncture. L’objectif : éclairer les ressorts macroéconomiques susceptibles d’influencer la décision du Conseil. Pas d’intuition, pas d’approximation : uniquement les données, arrêtées à fin mai (pour l’inflation, l’emploi et les finances publiques) et à fin avril (pour le crédit, la monnaie et les échanges extérieurs).

La situation se résume en un mot : contrastée. L’inflation est maîtrisée, la croissance hors agriculture se redresse, le crédit repart timidement, l’emploi urbain se stabilise. Mais en toile de fond, les déséquilibres jumeaux, budgétaire et commercial, s’aggravent. Ainsi, le statu quo du taux directeur paraît le scénario le plus plausible pour Bank Al-Maghrib.

Voici l’état des lieux macroéconomique du Royaume, tel qu’il ressort des données officielles les plus récentes.

L’inflation

À fin mai 2025, l’inflation au Maroc reste modérée et maîtrisée, avec une variation annuelle de l’indice des prix à la consommation limitée à 0,4%. Cette stabilité résulte d’une faible pression aussi bien sur les produits alimentaires (0,5% sur un an) que sur les produits non alimentaires (0,3%).

Sur une base mensuelle, l’IPC a même reculé de 0,4%, en raison notamment de la baisse des prix des produits alimentaires de 0,8% et de celui des produits non alimentaires de 0,1%.

Cette évolution suggère une détente conjoncturelle sur l’offre alimentaire, probablement liée à des conditions climatiques plus favorables pour les cultures de printemps et à une demande intérieure modérée.

L’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et administrés, est resté inchangé en mai par rapport à avril, mais affiche une hausse de 1,1% sur un an. Cette inertie reflète une stabilisation globale des prix, dans un contexte où les tensions sur les composantes volatiles et réglementées restent limitées.

Par ailleurs, sur l’ensemble des cinq premiers mois de l’année 2025, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 1,4% par rapport à la même période en 2024, confirmant une dynamique désinflationniste.

Il est à noter que la modération de l’inflation observée en mai s’est inscrite dans un environnement international encore relativement stable, sans transmission notable de chocs externes.

La croissance

Selon la note de conjoncture du haut-commissariat au Plan (HCP), l’économie nationale aurait enregistré une progression de 4,2% au premier trimestre 2025, en variation annuelle. Cette dynamique positive aurait concerné l’ensemble des branches d’activité, avec une contribution notable des services, des industries extractives et des secteurs secondaires.

La croissance hors agriculture se serait maintenue à un rythme soutenu, consolidant la reprise observée dans les activités manufacturières, le commerce, le transport, et le tourisme, dans un environnement marqué par la normalisation des prix et l’amélioration des anticipations sectorielles.

La valeur ajoutée des industries manufacturières aurait poursuivi son redressement, en lien avec une amélioration de la demande intérieure, notamment dans l’agroalimentaire, le textile et la chimie. Le secteur tertiaire, quant à lui, bénéficierait de la poursuite de la dynamique touristique, du raffermissement des services de transport et de la stabilité dans les télécommunications.

La branche agricole, bien qu’encore impactée par les conditions climatiques défavorables de la campagne d’automne, commencerait à bénéficier des précipitations enregistrées en mars, annonçant une amélioration progressive des rendements des cultures de printemps. Cette contribution modeste mais croissante du secteur primaire soutiendrait la perspective d’une consolidation de la croissance au deuxième trimestre.

Ainsi, au deuxième trimestre 2025, la croissance économique se maintiendrait autour de 3,8%, selon les projections du HCP, dans un contexte d’amélioration du secteur agricole et de résilience continue des services marchands. Cette trajectoire traduirait une reprise progressive mais encore différenciée selon les secteurs, avec une croissance largement tributaire de la demande intérieure.

Le marché du travail

En glissement annuel, le premier trimestre de 2025 a été marqué par une amélioration significative du marché du travail au niveau national, avec la création nette de 282.000 emplois, dont 285.000 en milieu urbain, contre une perte marginale de 3.000 postes en milieu rural.

Cette performance est largement imputable aux secteurs des services, de l’industrie et du BTP, traduisant une reprise de l’activité dans les branches non agricoles. En revanche, le secteur agricole poursuit sa contre-performance, enregistrant une perte de 72.000 emplois, confirmant ainsi sa vulnérabilité structurelle face aux aléas climatiques.

Il convient de souligner que la dynamique est portée exclusivement par l’emploi rémunéré (319.000), tandis que l’emploi non rémunéré recule, un signal positif en termes de formalisation et de qualité de l’emploi.

Le taux d’activité progresse légèrement à 42,9%, traduisant une hausse de la population active, tandis que le taux d’emploi atteint 37,2%.

Toutefois, le chômage reste à un niveau élevé, avec un taux de 13,3%, en baisse de 0,4 point seulement, et un niveau particulièrement préoccupant chez les jeunes, les femmes et les diplômés.

En parallèle, le sous-emploi s’aggrave de manière significative, touchant 1,25 million de personnes, soit 11,8% de la population active occupée. Cette hausse est plus marquée en milieu rural, où le taux atteint 14,8%.

Les finances publiques

L’exécution budgétaire à fin mai 2025 met en évidence une dynamique contrastée des finances publiques. Selon le bulletin mensuel de statistiques des finances publiques émanant de la TGR, les recettes ordinaires ont progressé de 19,6% en glissement annuel, atteignant 171,4 MMDH, tirées par la forte hausse des recettes fiscales, en augmentation de 19%.

De même, les recettes non fiscales affichent également une performance notable, soit une évolution de 24,7% en glissement annuel, portée par les versements des comptes spéciaux et les dividendes des monopoles publics.

En parallèle, les dépenses ordinaires ont crû plus rapidement encore de 24,4%, notamment en raison de l’envolée des dépenses de biens et services (26,2%) et des charges d’intérêts de la dette (13%), ces dernières traduisant une pression accrue sur le coût du financement public.

Les remboursements et dégrèvements fiscaux ont bondi de 75,8%, signalant un effort de régularisation des arriérés, mais exerçant aussi une contrainte sur la marge budgétaire disponible. Les dépenses d’investissement ont augmenté de 26,4%.

En dépit de cette hausse des recettes, le solde global du Trésor reste déficitaire à 22,9 MMDH, contre 11,2 MMDH un an plus tôt, traduisant un creusement du besoin de financement. Celui-ci a été couvert à hauteur de 44,6 MMDH, dont plus de la moitié par recours au financement intérieur et un tiers par le financement extérieur.

Le crédit bancaire et les statistiques monétaires

L’analyse du crédit bancaire à fin avril 2025 révèle un environnement monétaire marqué par une expansion du crédit bancaire de 5,4% en glissement annuel.

Le crédit au secteur non financier a progressé de 4,2% en glissement annuel à fin avril 2025. Cette évolution est principalement portée par le secteur public, dont les encours ont enregistré une hausse significative de 7,3% sur un an, traduisant une dynamique soutenue de financement des administrations et des établissements publics.

De même, le crédit au secteur privé a crû de 3,8% en variation annuelle. Dans le détail, les crédits accordés aux sociétés non financières privées ont progressé de 2,3%, tandis que les prêts aux ménages ont affiché une hausse de 2,6%. Cette évolution suggère une confiance modérée des ménages dans leurs perspectives de revenu et de consommation, dans un contexte de stabilisation des prix.

Par objet économique, les crédits à l’équipement ont enregistré une forte progression de 19,1% en glissement annuel, traduisant une dynamique d’investissement soutenue. Les crédits immobiliers, quant à eux, ont progressé de 3,3%, indiquant une demande modérée.

La masse monétaire (agrégat M3) a progressé de 6,9% en glissement annuel à fin avril 2025. Cette évolution traduit une expansion de la liquidité dans l’économie, portée notamment par une hausse des dépôts à vue de 8,4% et une augmentation de la circulation fiduciaire de 8,4%. Les avoirs officiels de réserve ont également connu une progression notable, s’élevant à 8,9% sur un an.

Les échanges extérieurs

La balance commerciale du Maroc à fin avril 2025 continue de se détériorer, avec un déficit qui s’élève à 108,9 MMDH, en aggravation de 22,8% par rapport à la même période de 2024.

Cette évolution résulte d’une progression vigoureuse des importations de 9,1%, atteignant 263 MMDH, contre une hausse modeste des exportations de 1,2% à 154,1 MMDH. Le taux de couverture s’est ainsi contracté de 4,6 points, traduisant un affaiblissement relatif de la capacité des exportations à compenser la facture des importations.

Du côté des importations, la hausse est particulièrement marquée dans les produits finis d’équipement et de consommation, ce qui reflète un maintien de la demande intérieure mais aussi une forte dépendance aux intrants et aux biens durables étrangers. En revanche, les importations d’énergie ont reculé de 4,9%, notamment du fait d’une baisse des achats de gasoil et fuel.

Les exportations, quant à elles, stagnent, avec des performances inégales entre secteurs. Cette évolution peut être interprétée comme un signe de perte de compétitivité relative ou de ralentissement de la demande étrangère.

Dans ce contexte, le solde des services joue un rôle crucial de stabilisateur : il affiche un excédent en hausse de 11,9%, atteignant 46,3 MMDH, soutenu par des recettes touristiques dynamiques. Cependant, les transferts des MRE reculent de 3,7%, à 35,9 MMDH.

Les IDE, en revanche, confirment une tendance positive avec une progression du flux net de 37,2%, atteignant 11,1 MMDH.

Le statu quo du taux directeur reste le scénario le plus probable pour BAM

À la lumière du tableau de bord macroéconomique arrêté à fin avril-mai 2025, le scénario le plus probable est celui d’un maintien du taux directeur inchangé à 2,25%. Cette hypothèse présente une probabilité élevée.

L’inflation est basse et maîtrisée, à seulement 0,4% en mai en glissement annuel, écartant tout risque immédiat de désancrage des prix. La croissance du crédit reste modérée mais positive, en particulier sur les segments porteurs tels que les crédits à l’équipement et à l’immobilier.

Sur le marché du travail, la création nette d’emplois demeure soutenue, mais le taux de chômage reste élevé à 13,3%, avec un sous-emploi persistant. S’ajoute à cela un creusement significatif du déficit budgétaire, conjugué à une hausse rapide des dépenses courantes et d’investissement, ce qui limite la marge de manœuvre macroéconomique à court terme.

Dans ce contexte, une nouvelle baisse du taux directeur, bien que possible, ne semble ni urgente ni stratégiquement justifiée. La politique monétaire de Bank Al-Maghrib reste actuellement accommodante, avec un taux directeur réel faible, ce qui permet de soutenir l’activité sans générer de pressions inflationnistes.

Dans un environnement marqué par une inflation modérée (1,4%  comme taux moyen des cinq premiers mois) et des anticipations bien ancrées, ce niveau d’accommodation monétaire paraît équilibré. Toute décision de détente supplémentaire de la part de Bank Al-Maghrib devrait s’appuyer sur des signaux clairs de ralentissement de l’activité ou d’insuffisance du crédit, ce qui n’est pas encore le cas au vu des indicateurs disponibles.

Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient, et plus particulièrement la tension autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, doit être suivi de très près. Une escalade militaire ou la fermeture partielle du détroit provoqueraient une flambée des prix du brut, affectant directement le Maroc à travers la facture énergétique et les canaux de l’inflation importée.

La prise en considération de ce scénario de choc pétrolier fait que le statu quo du taux directeur permettrait à Bank Al-Maghrib de conserver sa réactivité, sans s’être engagée prématurément dans une voie de baisse.

Pétrole à plus de 75 $ le baril : des pays comme le Maroc risquent de subir le choc en cas d’escalade

Le conflit entre Israël et l’Iran, au Moyen-Orient, a projeté ses ombres sur les marchés, notamment sur celui du pétrole.

Dans cette région se trouvent six des dix plus grands producteurs mondiaux de pétrole. Parmi eux figure l’Iran, quatrième producteur de l’OPEP. Un tel conflit, qui en est encore à ses premiers stades mais qui pourrait s’aggraver, s’annonce potentiellement néfaste pour l’économie mondiale.

Une inflation, déclenchée par la hausse des prix du pétrole, serait le premier et le plus redoutable des impacts. Surtout pour les pays exposés aux fluctuations du marché, ne disposant ni de capacités importantes de stockage ni d’infrastructures de raffinage développées, comme c’est le cas du Maroc.

Le pétrole dépasse les 75 $ le baril

Au moment de la publication de cet article, le prix des contrats à terme sur le Brent affiche 75,4 dollars le baril, soit le niveau le plus élevé depuis le 20 février, où le Brent avait atteint 76 dollars.

Ces prix ne reflètent pas les prix spot (au comptant), mais bien les prix des contrats à terme prévus pour une livraison en août.

Source : Investing

Ainsi, dans l’univers des marchés à terme, les prix ne sont pas de simples unités de mesure de valeur et d’échange, ils constituent un véritable miroir des anticipations des investisseurs.

Le fait que les prix du pétrole à livrer en août dépassent les 75 dollars indique que les investisseurs exigent une prime de risque conséquente dans leurs transactions. Cela traduit également un environnement de plus en plus incertain.Depuis le début du conflit, le prix du Brent a augmenté de près de 9% par barilDepuis l’émergence des échos du conflit et de la menace d’une attaque imminente contre les infrastructures nucléaires iraniennes, le prix du baril de Brent est passé de 66,9 dollars le 10 juin 2025 à plus de 75 dollars au moment de la publication de cet article, soit une hausse de 12,8%.

Le marché a intégré dès le 5 juin une prime de risque croissante, en lien avec la montée des tensions régionales. Même si l’approvisionnement mondial reste stable, les opérateurs redoutent une perturbation potentielle du détroit d’Ormuz.

Dans le même sens, la sphère politique iranienne a, selon plusieurs sources, officiellement délégué à l’armée le pouvoir de décider du blocage du détroit d’Ormuz, ce qui constitue un signal d’alerte majeur pour les marchés. En parallèle, les Houthis, soutenus par l’Iran, pourraient, sur ordre de Téhéran, nuire à la navigation commerciale dans le détroit de Bab el-Mandeb, autre point névralgique des routes maritimes.

Si ces deux axes venaient à être bloqués simultanément, plus de 20% des flux mondiaux de pétrole seraient interrompus, auxquels s’ajouterait une part significative des échanges commerciaux maritimes entre l’Asie, l’Europe et la corne de l’Afrique.

Le marché réagit davantage au signal politique qu’à des faits concrets

Contactée par Médias24, Rebecca Babin, directrice générale chez CIBC Private Wealth US et spécialiste reconnue des questions énergétiques et géopolitiques, estime que la principale dynamique haussière sur les prix du pétrole ces dernières heures est davantage liée au revirement de ton de Donald Trump qu’à des éléments concrets sur le terrain.

« Aujourd’hui, nous avons observé une nouvelle hausse de plus de 2% des prix du pétrole. Sur le plan opérationnel, rien ne justifie cette évolution. Ce qui a véritablement déclenché cette poussée, c’est le changement de posture de Donald Trump lors du sommet du G7. Il a affirmé qu’il ne cherchait pas un cessez-le-feu entre l’Iran et Israël, mais ‘mieux qu’un cessez-le-feu’, avant de quitter prématurément le sommet pour convoquer une réunion avec le Conseil de sécurité américain. Les marchés ont interprété ce signal comme une possible implication directe des États-Unis dans le conflit », explique-t-elle.

Rebecca Babin souligne que le principal risque perçu par le marché reste le blocage du détroit d’Ormuz, mais que les hausses de prix actuelles relèvent davantage de primes de risque que de perturbations réelles.

« Pour l’instant, aucun flux de pétrole n’a été touché. Les exportations se poursuivent normalement. Ce que l’on observe, ce sont des anticipations intégrées aux prix, pas encore des effets physiques », poursuit notre source.

Elle avertit néanmoins que si la situation dégénère, les conséquences seront particulièrement graves pour les pays fortement dépendants des importations de pétrole. « Si les choses explosent, ce sera catastrophique, surtout pour les pays à forte consommation ou qui n’ont ni capacités de raffinage suffisantes ni réserves stratégiques. Ils devront payer plus cher non seulement pour le brut, mais aussi pour le raffiné », conclut-elle.

Il convient de souligner que, depuis fin décembre 2024, le dollar s’est déprécié face à l’euro, passant d’un taux de change euro/dollar de 1,03 à 1,15. Cette évolution peut contribuer à atténuer d’éventuelles hausses du prix du pétrole, étant donné que la facture énergétique est globalement libellée en dollars.

Le pouvoir d’achat et le chômage pèsent sur le moral des ménages

Au premier trimestre de l’année 2025, les résultats de l’enquête permanente de conjoncture menée par le haut-commissariat au Plan laissent entrevoir une lueur timide dans un ciel encore chargé d’incertitudes.

Dans la même logique, Médias24 présente une lecture étendue dans le temps de l’indice de confiance des ménages, en s’attardant sur ses principales composantes : les perceptions du niveau de vie, de l’inflation alimentaire et du chômage. L’accent est mis davantage sur les anticipations futures, car ce sont elles qui façonnent les comportements des ménages et influencent, en profondeur, la dynamique de consommation et la trajectoire de croissance économique.

La confiance des ménages en recul structurel

L’indice de confiance des ménages (ICM), indicateur composite du moral socioéconomique des foyers marocains, s’est établi à 46,6 points au T1 2025. Il enregistre ainsi une progression marginale par rapport au trimestre précédent (46,5 points), et reste légèrement supérieur au niveau observé au premier trimestre de l’année 2024, où il s’établissait à 45,3 points.  Il faut toutefois replacer ce chiffre dans une trajectoire de long terme pour en comprendre la portée véritable. Depuis 2018, l’ICM a connu une érosion quasi continue. De 87,3 points début 2018, il a plongé progressivement, passant sous la barre des 70 dès 2020, puis sous les 50 en 2022, pour se stabiliser autour de 46 depuis début 2024. Cette baisse traduit une perte progressive de l’optimisme des ménages quant à leur environnement économique, leur avenir financier et les conditions de vie en général.

Il est à noter que l’indice de confiance des ménages a perdu, entre T1 2018 et T1 2025, plus de 40 points.

Niveau de vie des ménages : un pessimisme installé

Ce recul de la confiance n’est pas anodin. Il s’ancre dans une perception persistante de détérioration du niveau de vie. Au premier trimestre 2025, plus de huit ménages sur dix (80,9%) estiment que leur niveau de vie s’est dégradé au cours des douze derniers mois. Et ils sont encore 53% à anticiper une poursuite de cette dégradation dans l’année à venir, contre à peine 6,7% qui entrevoient une amélioration. Ce déséquilibre se traduit par un solde d’opinion négatif de -46,3 points, un niveau quasi identique à celui du trimestre précédent (-46,1), mais légèrement meilleur qu’un an auparavant (-47,3).

Le solde d’opinion est ici la différence entre ceux qui pensent que leur situation va s’améliorer et ceux qui craignent une dégradation. Une courbe en forte baisse traduit des attentes de détérioration du pouvoir d’achat. Il est bien connu que, lorsque les ménages projettent une baisse de leur niveau de vie, ils adaptent en conséquence leur consommation, en réduisant les dépenses non essentielles et en privilégiant l’épargne de précaution.Au premier trimestre 2025, 80,1% des ménages jugent l’achat de biens durables inopportunCe climat de doute se manifeste notamment dans l’attitude à l’égard des achats de biens durables. Ils sont aujourd’hui 80,1% à juger le moment inopportun pour de tels investissements. Cela montre à quel point la confiance reste trop faible pour soutenir la consommation privée, qui représente la principale composante de la demande intérieure. Cette dernière joue un rôle central dans la dynamique de croissance économique au Maroc.

Anticipations inflationnistes : 81,6% des ménages s’attendent à de nouvelles hausses des prix

À cela s’ajoute une perception quasi unanime d’une inflation persistante, nourrie par la flambée des prix des produits alimentaires. Au T1 2025, 97,6% des ménages déclarent avoir constaté une hausse des prix alimentaires au cours des douze derniers mois. Cette perception se prolonge dans le futur : 81,6% s’attendent à une poursuite de cette augmentation, tandis que seulement 1,6% entrevoient une baisse. Le solde d’opinion s’établit ainsi à -80,0 points, traduisant un ancrage profond des anticipations inflationnistes dans l’imaginaire collectif des ménages.

Le solde d’opinion reste très négatif, traduisant une forte crainte de nouvelles hausses. Même si la courbe remonte légèrement, cela reste une hausse dans le rouge, pas un signe d’optimisme. Les données empiriques confirment cette situation : la composante alimentaire est, de loin, le principal moteur de l’inflation au Maroc, en raison de sa pondération dans le panier de consommation des ménages, notamment dans les zones rurales et au sein des catégories les plus modestes. L’alimentation devient ainsi le vecteur principal de transmission de l’inflation ressentie, bien plus que les autres postes de dépense.

La perception du chômage demeure profondément enracinée

La perception du chômage reste fortement dégradée, malgré un très léger répit statistique. Au T1 2025, 80,6 % des ménages s’attendent à une hausse du chômage au cours des douze prochains mois, contre seulement 7,2% qui anticipent une baisse. Le solde d’opinion s’élève ainsi à -73,4 points, en amélioration marginale par rapport au trimestre précédent (-77,2), mais toujours à un niveau structurellement négatif. Ce chiffre atteste d’un ancrage profond du pessimisme social, et d’une perception largement partagée d’un marché du travail sous tension.

Le solde reste négatif, preuve d’un pessimisme encore bien installé. Une remontée légère de la courbe veut simplement dire que moins de gens qu’auparavant anticipent une hausse du chômage, mais ils restent très majoritaires.

Cette anticipation négative, comme dans le cas de l’inflation, ne se limite pas à une opinion isolée. Elle est le reflet d’une réalité économique tangible, marquée par une croissance modérée et par un rythme de création d’emplois insuffisant pour absorber l’accroissement naturel de la population active, en particulier chez les jeunes diplômés et dans les zones périurbaines.

Malgré les efforts déployés en matière de formation professionnelle et d’encouragement à l’entrepreneuriat, la structure productive nationale peine à générer des emplois formels à la hauteur des besoins démographiques.

Pourquoi est-il important de surveiller les anticipations des ménages

Parce que ce sont elles qui orientent les décisions économiques quotidiennes des ménages : consommer, épargner, s’endetter ou investir. Lorsqu’un ménage anticipe une hausse des prix, une baisse de revenu ou une montée du chômage, il réduit sa consommation, retarde les achats importants et privilégie l’épargne de précaution. Ces comportements, agrégés à l’échelle nationale, influencent directement le niveau de la demande intérieure.

Or, au Maroc, la croissance repose en grande partie sur cette demande intérieure. Bien que la balance commerciale soit structurellement déficitaire et continue de soustraire de la valeur au PIB, il arrive que son évolution contribue positivement à la croissance, lorsque les exportations progressent plus vite que les importations.

Cette contribution reste toutefois ponctuelle et ne compense pas la faiblesse structurelle des autres leviers. L’investissement privé, en deçà de 40% de l’investissement total, peine à jouer son rôle de levier économique. La dépense publique, quant à elle, est contrainte par les équilibres budgétaires et repose sur l’endettement, sans toujours garantir un rendement économique satisfaisant. Plusieurs études ont d’ailleurs mis en évidence des limites en matière d’efficience de l’investissement public au Maroc.

L’inflation ralentit à 1,6% en mars grâce à la stabilisation des prix alimentaires

Les dernières données de l’indice des prix à la consommation (IPC), émanant du haut-commissariat au Plan (HCP), laissent apparaître qu’en mars 2025, le taux d’inflation en glissement annuel (c’est-à-dire la variation de l’IPC entre mars 2024 et mars 2025) s’établit à 1,6%, soit un ralentissement par rapport aux 2,6% enregistrés en février.

Plus précisément, l’indice des prix des produits alimentaires affiche une hausse de 2,2% en glissement annuel. Les produits non alimentaires, quant à eux, enregistrent une progression modérée de 1,1%. L’ensemble de ces évolutions contribue à la détente de l’indice général.

En moyenne, sur le premier trimestre 2025, l’IPC a progressé de 2,1% par rapport à la moyenne observée sur la même période en 2024. Cette mesure, distincte du glissement annuel, reflète l’évolution moyenne des prix au cours des trois premiers mois de l’année et permet de capter des tendances plus structurelles.

La composante alimentaire enregistre une hausse moyenne de 3,4% au T1 2025. À l’inverse, les prix des produits non alimentaires progressent à un rythme stable de 1,1%.

S’agissant de l’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils ainsi que ceux à tarifs publics, elle enregistre une hausse modérée de 1,5% au mois de mars, par rapport à la même période de l’année précédente.