Le paradoxe de l’informalité au Maroc : quand le HCP mesure, mais n’intègre pas

Une définition conforme aux standards internationaux, mais partielle. Le haut-commissariat au Plan (HCP) s’appuie sur une définition alignée sur les critères du Bureau international du travail (BIT) et de l’ONU (notamment via la résolution de la 15e Conférence internationale des statisticiens du travail, 1993). Le secteur informel y est défini comme l’ensemble des unités de production non agricoles, non constituées en société, appartenant à des ménages, produisant des biens ou services marchands, sans tenir une comptabilité conforme aux normes comptables et fiscales en vigueur.

Cette définition, bien que fidèle aux standards internationaux, permet avant tout une mesure reproductible, consolidée et statistiquement exploitable du phénomène. Elle constitue un socle de référence important pour les enquêtes de grande ampleur. Cependant, une question légitime se pose : dans quelle mesure cette définition permet-elle d’appréhender l’évolution actuelle de l’économie réelle, notamment au regard des statuts juridiques simplifiés introduits pour favoriser la formalisation, comme le régime de l’auto-entrepreneur ou celui des personnes physiques relevant du régime de la contribution professionnelle unifiée (CPU) ?

Ces entrepreneurs, bien que leur fonctionnement et leurs pratiques s’apparentent fréquemment à ceux des unités informelles, opèrent dans un cadre légal et disposent d’un statut administratif reconnu. Pourtant, selon la définition retenue par le HCP, ces profils sont bel et bien considérés comme relevant du secteur informel, malgré leur enregistrement administratif, dès lors qu’ils ne tiennent pas une comptabilité conforme aux normes fiscales et comptables en vigueur. Le rapport du HCP lui-même précise : « Les unités informelles sont très peu enregistrées administrativement, même quand elles possèdent un local professionnel ».

Autrement dit, l’enregistrement administratif – y compris sous des statuts tels que l’auto-entrepreneur ou la personne physique relevant du régime forfaitaire – ne suffit pas, à lui seul, à qualifier une activité de « formelle » si les autres critères structurels, en particulier la tenue d’une comptabilité conforme, ne sont pas remplis. Ce décalage engendre un angle mort statistique préoccupant : une part importante du tissu entrepreneurial national – souvent précaire, peu structuré et à faible productivité – échappe aux dispositifs de suivi et aux politiques publiques censées promouvoir l’entrepreneuriat formel.

Changer de focale pour mieux agir

Ce paradoxe interpelle sur un enjeu central : comment élaborer des politiques publiques pertinentes en matière de transition et de développement de l’économie formelle, si les outils statistiques ne permettent pas de saisir fidèlement la réalité du terrain ?

Dans un contexte marqué par un manque de données fiables, une forte prévalence de l’entrepreneuriat informel (représentant près de 75 % des actifs entrepreneurs selon l’enquête nationale sur l’entrepreneuriat de la BAD-MEF), et un flou méthodologique persistant, il serait contre-productif de continuer à réduire la formalité à la seule tenue d’une comptabilité conforme.

À ce stade, l’existence d’un statut juridique, même minimal, devrait constituer le critère de base pour considérer une activité comme relevant du secteur formel. Cela permettrait de mieux cerner le périmètre réel des unités économiques déclarées, et d’en faire les premières cibles des politiques d’appui à leur pérennisation et à leur développement.

L’enjeu prioritaire est donc de freiner l’élargissement de l’informalité parmi les entrepreneurs, en relevant d’abord le défi de l’enregistrement administratif, condition indispensable à toute action publique. Ce n’est qu’en assurant progressivement l’intégration statistique de ces profils dans les radars de l’État et des partenaires au développement que l’on pourra, dans un second temps, accompagner l’amélioration de leurs pratiques – comptabilité, protection sociale, fiscalité – de manière ciblée, pertinente et progressive.

L’enjeu, aujourd’hui, n’est pas de remettre en cause la rigueur du HCP, mais de compléter l’approche. Il s’agit en somme de bâtir une stratégie de formalisation à plusieurs paliers : le statut juridique comme premier levier, l’amélioration des pratiques comme trajectoire. C’est à cette condition que les politiques publiques pourront réellement toucher leur cible, sans laisser dans l’ombre une part croissante et stratégique de l’économie nationale.

Mesurer pour transformer

Ce débat n’est pas purement technique. Il conditionne la capacité du Maroc à concevoir et piloter des politiques efficaces de transition vers l’économie formelle. Mal mesurer, c’est mal comprendre. Et mal comprendre, c’est mal agir.

Il est temps d’ouvrir un chantier national de réflexion, associant statisticiens, économistes, praticiens, institutions publiques et partenaires internationaux, pour harmoniser les concepts, affiner les définitions et, surtout, adapter les outils de mesure à la complexité du terrain.

Sans cela, nous continuerons à naviguer avec des données incomplètes, alors que l’informalité, dans toutes ses formes, reste l’un des défis majeurs du développement économique et social du pays.

Fact-checking. Le Maroc compte-t-il vraiment 83% d’entreprises informelles ?

Selon le récent rapport de la Banque mondiale, publié le 25 avril dernier, 83% des entreprises marocaines seraient informelles, et 80% de l’emploi au Maroc relèverait de l’informel en 2018. Une information largement reprise par les médias marocains.

Ces taux soulèvent, toutefois, plusieurs interrogations. À quelle période se rapportent réellement ces données, et que valent-elles sur le plan méthodologique ?

D’une part, ils semblent surprenants au regard des nombreuses mesures prises pour lutter contre l’informalité sous toutes ses formes. D’autre part, le rapport ne précise pas à quelle année cette donnée se rapporte : s’agit-il de 2024, de 2023 ou d’une période antérieure ?

En l’absence d’indication temporelle, ce chiffre perd une grande partie de sa signification analytique. Dans un souci de clarification, Médias24 a contacté la Banque mondiale pour avoir plus de détails.

Informalité des entreprises : la statistique de 83% date de 2014 !

Interrogée au sujet du chiffre de 83% des entreprises marocaines qui seraient informelles mentionné dans le rapport, notre source précise qu’il s’agit d’une estimation datant de 2014.

Dans le cas présent, le chiffre avancé de 83% fait référence à des données et estimations vieilles de plus d’une décennie. Dès lors, la prudence s’impose avant de relayer ce chiffre comme s’il reflétait la réalité économique de 2025.

Le rapport a été corrigé : la mention des 83% d’entreprises marocaines qui sont informelles n’y figure plus

Notre source indique par ailleurs que le rapport a été corrigé en conséquence. « Veuillez noter que le chiffre de 83% se réfère à une estimation ancienne de la part de l’emploi informel. Nous avons corrigé cela dans le rapport, et nous citons le rapport de 2014 pour les dernières statistiques dont nous avons connaissance, établies sur des données au niveau des entreprises », affirme-t-elle.

Ainsi, la version actuellement disponible en ligne, qu’il s’agisse de l’édition française ou anglaise, ne fait plus mention du chiffre de 83% d’entreprises informelles au Maroc. « Les données sur les entreprises informelles sont rares. La part des entreprises informelles dans le secteur privé dépend de la définition », lit-on dans le rapport après correction. (p. 33).

Notre source ajoute en réponse à nos interrogations, « D’après la définition basée sur l’affiliation à la sécurité sociale, nous savons que 89% d’un échantillon de micro et petites entreprises sont informelles« .

Toutefois, il convient également d’apporter des précisions à ce niveau. Le chiffre de 89%, cité dans le rapport de la Banque mondiale intitulé « À la recherche de meilleurs emplois : le défi de l’informalité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord« , repose sur une enquête menée en 2008 auprès d’un échantillon de seulement 211 micro et petites entreprises.

Bien que cette enquête apporte un éclairage qualitatif utile, la taille réduite de l’échantillon et l’ancienneté de l’enquête limitent fortement la portée statistique des résultats, rendant toute extrapolation à l’ensemble de l’économie marocaine en 2025 méthodologiquement fragile.

Informalité de l’emploi au Maroc : un chiffre à replacer dans son contexte

Selon le même rapport de la Banque mondiale, 80% de l’emploi au Maroc aurait été informel en 2018. Un chiffre saisissant, également largement relayé.

Interrogée sur ce chiffre et sur la méthodologie de calcul, notre source précise qu’il s’agit d’une estimation portant sur la population occupée.

« L’estimation concerne uniquement la population employée. Les critères sont de ne pas avoir de contrat formel, de ne pas avoir d’affiliation à la sécurité sociale, ou que l’établissement où ils travaillent ne tienne pas de registres/comptes écrits. Notez que tous les travailleurs familiaux non rémunérés qui contribuent sont considérés comme informels. L’emploi total inclut les employés, les employeurs, les travailleurs indépendants, les travailleurs familiaux contributeurs (non rémunérés), les membres de coopératives de producteurs et d’autres travailleurs non rémunérés. Cela concerne la population employée âgée de 15 ans et plus… De même, en 2015, le HCP a rapporté que le chiffre était de 80% », indique notre source.

Il convient d’abord de rappeler que ces statistiques du haut-commissariat au Plan remontent à l’année 2015, et que l’approche méthodologique utilisée par le HCP présente certaines spécificités. « Il s’agit de l’emploi informel approché par l’absence de couverture médicale », précise ainsi le rapport du HCP (p. 16).

Cependant, en 2025, la population active occupée à la fin du premier trimestre s’élevait à environ 10,6 millions de personnes. Or, à elle seule, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) recense actuellement plus de 4 millions de cotisants bénéficiant d’une couverture médicale, soit près de 40% des personnes occupées. À cela s’ajoutent d’autres formes d’emploi non rémunéré, notamment en milieu rural, dont les bénéficiaires sont également couverts par un régime de protection sociale depuis la généralisation de l’AMO.

Fouzi Lekjaa: « Tous les moyens seront déployés pour lutter contre le fléau de l’informel »

La CGEM a interrogé le ministre chargé du Budget sur le sujet épineux de l’informel qui représente une concurrence déloyale.

Pour le patronat, l’informel représente une concurrence déloyale et menace la pérennité du financement de l’État social. Deux options se posent alors. Soit surtaxer les entreprises organisées, soit inclure l’informel pour qu’il participe à l’effort national.

Puisque la première option n’est pas viable à long terme, le patronat se demande comment le gouvernement compte rendre concrète la seconde option.

« Vous avez parlé de l’informel », répond Fouzi Lekjaa. « Nous avons quand même introduit le principe de la retenue à la source. Nous avons fourni des efforts énormes en matière de lutte contre la falsification des factures. Nous avons mobilisé beaucoup de ressources. Nous sommes déterminés à aller de l’avant. Vous êtes (membres de la CGEM, NDLR) fortement sollicités pour nous aider à lutter contre ce fléau qui, dans tous les cas de figure, va détruire un jour ou un autre notre tissu économique », affirme le ministre délégué chargé du Budget, dans le cadre des débats sur les finances publiques et la loi de finances 2025.

« Nous ne pouvons avoir aujourd’hui des entreprises dont l’unique activité est la production de factures. Cela ne tiendra pas la route. En tout état de cause, tous les moyens seront déployés par l’administration fiscale, les services du ministère pour lutter contre ce fléau », insiste-t-il.

Et l’arsenal déployé pour ce faire se base à la fois sur des mesures fiscales, sociales ou encore administratives. En voici un aperçu.

Mesures fiscales

Sur le plan fiscal, plusieurs mesures ont été édictées par les précédentes lois de finances, dans le cadre des réformes fiscales afin de renforcer l’arsenal juridique permettant de lutter efficacement contre ce phénomène et d’en limiter les effets sur l’économie nationale, notamment :

 

 

Par ailleurs, l’administration fiscale dit continuer à développer et à intensifier ses efforts en matière de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales et se dote de nouveaux moyens pour la réalisation efficace de cet objectif, à travers :

Des réformes pour un véritable changement de paradigme 

Le secteur informel requiert une stratégie globale associant toutes les parties concernées.

À ce titre, il est à signaler qu’à fin décembre 2024, les recettes fiscales ont connu une croissance de 16,1% par rapport à l’année précédente, une performance notable qui découle des réformes profondes introduites par les lois de finances des dernières années, dont celle de la retenue à la source et sur la lutte contre les mécanismes d’évasion fiscale.

Par exemple, l’impôt prélevé à la source sur les indemnités versées aux tiers continue de générer des recettes durables, atteignant plus de 1,8 milliard de dirhams en 2024, avec une progression de près de 90% par rapport à l’année précédente, apprend Médias24.

Quant à la TVA retenue à la source, introduite par la loi de finances 2024 et appliquée depuis juillet, elle a rapporté environ 1,7 milliard de dirhams en seulement cinq mois.

Mesures sociales, administratives et programmes de soutien et d’accès au financement

Sur le plan social, nos sources citent le déploiement du chantier royal de généralisation de la protection sociale, à travers essentiellement la généralisation de l’AMO pour assurer l’accès aux soins de santé.

« Il reste entendu que l’entrée en vigueur des deux autres leviers relatifs à la généralisation de l’IPE et de la retraite devrait renforcer davantage les efforts consentis en matière de formalisation de l’économie ».

Concernant le volet administratif, il évoque la mise en place de guichets uniques au niveau des CRI pour simplifier les démarches de création d’entreprise et d’obtention des autorisations nécessaires et la digitalisation progressive des procédures administratives via l’adoption de solutions numériques, comme les paiements électroniques et la facturation en ligne, qui pourraient faciliter cette transition.

Et pour ce qui est de l’accès au financement, le ministère cite: le déploiement de programmes spécifiques pour les jeunes entrepreneurs avec un accès facilité au financement et au support technique tel que le programme Intelaka; le cofinancement des associations et des réseaux d’associations porteurs de projets dans les domaines de l’économie sociale et solidaire dans le cadre du programme MOAZARA; le lancement imminent du nouveau dispositif d’appui au TPME, prévu au niveau de la charte d’investissement pour renforcer la dynamique entrepreneuriale et pour faciliter l’accès au financement pour les très petites et moyennes entreprises.

Au-delà du taux de chômage, une lecture des autres indicateurs de l’emploi (informel, sous-emploi, non-rémunéré, taux d’activité…)

Parmi ces indicateurs, le taux d’activité, souvent éclipsé dans les analyses rapides, offre une mesure plus fidèle du dynamisme de la population en âge de travailler. Son évolution, segmentée par sexe, âge et milieu de résidence, met en lumière des tendances structurelles préoccupantes : une faible participation des femmes, une désaffection croissante (souvent forcée) des jeunes, et un écart persistant entre zones urbaines et rurales où le travail agricole peine à masquer un sous-emploi chronique.

Justement, le taux de sous-emploi, indicateur longtemps négligé dans le débat public, constitue un signal d’alerte sur la précarisation de l’emploi. Au-delà du simple fait d’occuper un poste, combien de travailleurs marocains sont contraints d’accepter des emplois sous-rémunérés, à temps partiel subi, ou ne correspondant pas à leurs qualifications ? Loin d’être marginal, ce phénomène concerne près d’un  travailleur sur dix et fragilise la stabilité économique de milliers de foyers.

Mais s’il est un élément qui révèle l’ampleur des dysfonctionnements structurels, c’est bien l’informel. En 2023, 38,8% de la population active évoluait en dehors des cadres réglementés, échappant à toute protection sociale et fiscale. L’informalité est souvent une contrainte subie, reflet d’un marché du travail incapable d’absorber l’ensemble de la main-d’œuvre dans des emplois formels et sécurisés.

Ainsi, réduire le marché du travail à la seule question du chômage revient à occulter les véritables fractures de l’emploi au Maroc. Une analyse approfondie exige d’élargir le regard : qui travaille réellement ? Dans quelles conditions ? Avec quelles perspectives ?

Derrière des chiffres parfois trompeurs, c’est une réalité bien plus nuancée qui se dessine : une participation féminine encore insuffisante, un sous-emploi préoccupant et une informalité qui, malgré quelques progrès, demeure l’une des grandes failles de notre modèle économique.

Dans cette optique, l’analyse des données trimestrielles du marché du travail sur la période 2010-2024 (59 semestres) permet de dégager des enseignements clés, qui dépassent la seule photographie instantanée pour mieux comprendre les mutations profondes du marché de l’emploi marocain.

Le taux d’activité : un révélateur des mutations du marché du travail

Le taux d’activité, indicateur clé du dynamisme du marché du travail, mesure la proportion de la population en âge de travailler qui participe effectivement à l’emploi ou est en recherche active. Entre 2010 et 2024, cet indicateur a affiché une tendance baissière notable, révélant à la fois des transformations structurelles et des défis persistants dans l’intégration de la population active.

 

En milieu rural, la baisse est particulièrement marquée : le taux d’activité est passé de 58,1% au premier trimestre 2010 à seulement 45,7% au troisième trimestre 2024, soit une chute de plus de 12 points de pourcentage.

En revanche, en milieu urbain, le taux d’activité a fait preuve d’une résilience relative. Entre 2010 et 2024, il est passé de 44,3% à 42,5%, enregistrant une baisse plus modérée de 1,8 point de pourcentage. Cette relative stabilité s’explique par l’essor des investissements dans les zones urbaines, ainsi que par la croissance des secteurs tertiaires et industriels, qui renforcent l’attractivité des centres urbains pour les jeunes actifs.

Globalement, le taux d’activité national a reculé entre 2010 et 2024. Cette tendance met en lumière une perte globale du dynamisme du marché du travail marocain, amplifiée par les défis en milieu rural. Cependant, cette baisse doit être interprétée avec précaution : elle reflète non seulement des facteurs conjoncturels (sécheresses, crises économiques), mais aussi des mutations structurelles.

Des écarts de genres persistants

 

Les écarts entre les sexes demeurent frappants et témoignent de barrières structurelles profondes. En 2010, 75,3% des hommes participaient au marché du travail, contre seulement 25,8% des femmes. Cette disparité s’est amplifiée avec le temps. Actuellement, au troisième trimestre 2024, le taux d’activité des hommes s’est contracté tout en restant dominant, tandis que celui des femmes a atteint le niveau historiquement bas de 19,2%.

Le faible taux d’activité des femmes demeure l’un des défis structurels les plus préoccupants. Malgré les progrès réalisés en matière d’éducation et d’émancipation économique, la participation des femmes à l’emploi reste largement entravée par des contraintes socioculturelles, un manque d’opportunités adaptées et une inadaptation des structures de soutien (comme l’accès limité à des modes de garde pour enfants ou des horaires de travail flexibles).

La participation des jeunes : un recul alarmant et une population NEET préoccupante

 

L’analyse de l’évolution du taux d’activité par tranche d’âge met en lumière plusieurs défis majeurs. Si les autres tranches d’âge affichent une relative résilience avec des variations limitées, la participation des jeunes (15-24 ans) au marché du travail est en net recul. Ce taux est passé de 37,4% au premier trimestre 2010 à 22,6% au troisième trimestre 2024, atteignant l’un des niveaux les plus bas jamais enregistrés.

Ce déclin peut partiellement s’expliquer par la prolongation des études, un phénomène qui, bien que positif pour le développement des compétences, masque des difficultés persistantes d’insertion professionnelle. Cependant, cette explication est insuffisante face à la réalité alarmante des jeunes NEET (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation). Cette même tranche d’âge (15-24 ans) compte plus de 1,5 million de jeunes dans cette situation, un chiffre préoccupant qui illustre une sous-utilisation du potentiel économique et social de cette population.

Le sous-emploi : des dynamiques contrastées entre milieu urbain et rural

Sur la période 2010-2024, le sous-emploi national a oscillé autour d’une moyenne de 9,9%, avec des écarts marqués entre les milieux urbain et rural. En milieu urbain, il s’est maintenu à 8,9% en moyenne, tandis que le milieu rural affiche des niveaux plus élevés, avoisinant 11,1%. Cette différenciation reflète les dynamiques structurelles du marché du travail, où les opportunités d’emplois stables et formels sont plus rares dans les zones rurales.

Au-delà des moyennes, une analyse plus fine de l’évolution du taux de sous-emploi révèle des dynamiques contrastées entre les deux zones au fil du temps, notamment après le choc du Covid-19.

 

En milieu urbain, la tendance observée entre 2010 et 2019 était globalement baissière, avec des fluctuations autour de 8% à 10%. Cette amélioration relative traduisait une absorption progressive de la main-d’œuvre, portée par la croissance des secteurs tertiaire et industriel. Cependant, la crise de 2020 a provoqué un retournement brutal de cette dynamique. Les restrictions sanitaires et économiques, la fermeture des commerces et la contraction des services ont entraîné une montée soudaine du sous-emploi urbain, atteignant un pic en raison de la réduction du volume d’heures travaillées et de la précarisation des emplois.

À partir de 2021, la situation s’est progressivement améliorée, marquant une baisse continue du sous-emploi en milieu urbain. La reprise économique, notamment dans les secteurs des services, du commerce et de l’industrie, a favorisé une réintégration rapide des travailleurs et un retour progressif aux niveaux pré-pandémiques.

En revanche, l’évolution du sous-emploi en milieu rural s’est révélée plus chaotique. Avant 2020, il oscillait généralement entre 10% et 13%, reflétant la nature saisonnière et précaire du travail agricole, fortement dépendant des conditions climatiques.

La crise de 2020 a entraîné une hausse brutale du sous-emploi en milieu rural, atteignant un pic de 14,1%, un niveau inédit sur la période analysée. Cette envolée s’explique par l’impact direct des restrictions économiques sur les activités agricoles et informelles, qui constituent la principale source d’emploi dans les campagnes. La limitation des déplacements, la perturbation des circuits d’approvisionnement et la baisse de la demande en produits agricoles ont conduit à une contraction du volume de travail disponible, forçant de nombreux travailleurs à se retrouver en situation de sous-emploi.

Après cette flambée en 2020, une baisse significative s’est amorcée en 2021, traduisant une tentative de stabilisation de l’activité rurale. Toutefois, contrairement à un retour durable à la normale, le sous-emploi rural a recommencé à augmenter dès 2022, oscillant entre 11% et 13%, bien au-dessus des niveaux pré-Covid. Cette reprise du sous-emploi s’explique par les effets prolongés des sécheresses successives, qui ont aggravé les difficultés du secteur agricole, limitant l’embauche saisonnière et réduisant les revenus des travailleurs ruraux.

Il est à noter qu’avant 2020, bien que le sous-emploi rural ait toujours été supérieur à celui en milieu urbain, l’écart restait relativement stable. Cependant, après la crise du Covid-19, cette dynamique s’est inversée : tandis que l’urbain amorçait une reprise rapide, le rural voyait son sous-emploi s’aggraver, creusant davantage l’écart.

L’informel au Maroc : un défi structurel malgré une baisse progressive

Dans une analyse récente, Médias24 a estimé la part du secteur informel au sein de la population active marocaine en s’appuyant sur une méthodologie rigoureuse, croisant les données fiscales de la Direction générale des impôts (DGI), les effectifs déclarés à la CNSS, ainsi que les résultats des enquêtes sur l’emploi menées par le HCP.

Ainsi, en 2023, le secteur informel représentait 38,8% de la population active, confirmant une légère tendance à la baisse amorcée depuis 2021, où il atteignait 40,9%. Bien que ce recul témoigne d’une certaine dynamique de formalisation, l’informalité reste une composante majeure du marché du travail marocain, traduisant des déséquilibres structurels profonds.

Un tel niveau implique qu’environ trois actifs marocains sur dix évoluent encore en dehors du cadre réglementé, sans couverture sociale ni protection juridique. Cette situation révèle plusieurs réalités économiques et sociales.

Un marché du travail à double vitesse :

L’informalité persiste en raison d’une forte dualité du marché du travail. Tandis que l’emploi formel se concentre principalement dans les grandes entreprises, l’administration publique et certains segments industriels et tertiaires, une large frange de la population active demeure cantonnée à des activités précaires, peu structurées et faiblement rémunérées.

Ameublement : un marché en plein essor où prédominent informel et concurrence déloyale

L’ameublement, secteur porteur ancestral, commence aujourd’hui à émerger sur la scène de l’économie marocaine, de manière générale, et plus particulièrement sur celle de l’industrie, reconnaît Aymane Sami, Secrétaire général de l’Association marocaine des industriels de l’ameublement (AMIA).

« Ce secteur porteur a toujours existé au Maroc, d’abord sous une forme artisanale (tapisserie, menuiserie…). De ce tissu artisanal et traditionnel a émergé une industrie de l’ameublement développée dans un premier temps par des Français qui ont passé le flambeau plus tard à des entreprises marocaines », nous explique-t-il.

Une industrie principalement de seconde transformation

Aujourd’hui, l’industrie marocaine de l’ameublement est une industrie de seconde transformation, qui transforme le bois issu des arbres (première transformation) en des produits finaux. « Nous avons très peu d’industrie de première transformation parce que nous sommes un pays qui est très pauvre en ressources naturelles en bois. L’absence de grands gisements naturels de bois et de grandes forêts est donc l’un des premiers défis de notre industrie. Les opérateurs sont contraints d’importer la matière première. Non seulement cela revient cher, mais des complications, d’ordre juridique et fiscal, se posent également », précise Aymane Sami.

Ce défi est loin d’être le seul et unique écueil. La prédominance de l’informel et des activités non structurées en est un autre.

Quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, ce qui répond le plus aux besoins d’ameublement du Marocain, c’est le secteur de l’informel et le secteur non structuré

« Selon l’évaluation de l’AMIA, l’industrie structurée se chiffre à plus de 4 MMDH de chiffre d’affaires et à 4.000 à 5.000 emplois directs. Si on y rajoute toute la partie artisanale et non structurée, ce chiffre d’affaires atteindra facilement les 14 à 15 milliards de dirhams, ce qui est quand même une grosse partie ».

« Quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, ce qui répond le plus aux besoins d’ameublement du Marocain, c’est le secteur de l’informel et le secteur non structuré. Le Marocain se tourne vers ces opérateurs d’abord compte tenu des réseaux de distribution qui sont à proximité. Il faut savoir que 50% de la population est rurale. Le Marocain dans le rural ne va pas aller s’équiper par exemple chez Ikea puisqu’il va se diriger vers le menuisier de son village ou de la ville la plus proche ».

A ceci s’ajoute le pouvoir d’achat des Marocains. « Une grande partie de la population n’a pas un pouvoir d’achat qui lui permet d’avoir la main sur des produits d’un certain coût. Ces personnes se tournent donc naturellement vers ce circuit informel qui présente des produits, certes de qualité moins bonne, mais avec des coûts abordables. Donc là, nous avons un enjeu de taille, en tant qu’industriels structurés, pour pouvoir intégrer toute cette demande-là et pour pouvoir fournir un produit qui soit à la fois abordable et avec la qualité qui va avec ».

« Cela dit, la prédominance de l’informel est un défi pour l’industrie structurée tout simplement parce que cela veut dire que le marché a une capacité que nous ne couvrons pas encore assez. Cependant, il y a possibilité d’intégrer ce secteur informel dans le formel, de le professionnaliser pour améliorer la qualité et pour avoir des prix qui sont plus intéressants pour le consommateur final. Et puis aussi pour plus d’équité entre les players de l’économie ».

Depuis le Covid, il y a eu fort heureusement une prise de conscience et des actions qui commencent à émerger pour mettre un frein à cette concurrence déloyale

Concurrence déloyale

La concurrence déloyale est l’autre question qui se pose pour les industriels marocains de l’ameublement. « La concurrence entre opérateurs marocains et opérateurs étrangers est une question qui se pose comme dans plusieurs autre secteurs. Cette concurrence qui est due principalement à l’ouverture du Maroc sur le marché international et à la mondialisation de manière générale. Les industriels marocains de l’ameublement se raccrochent malgré la pression. Il va sans dire que la concurrence déloyale est là. Les chaînes de distribution étrangères sont épaulées par les sociétés mères, notamment sur la partie charges, la partie commerciale, le marketing ou encore sur la partie logistique. Des avantages dont les entreprises marocaines ne bénéficient pas forcément », enchaîne Aymane Sami.

« Depuis le Covid, il y a eu fort heureusement une prise de conscience et des actions qui commencent à émerger pour mettre un frein à cette concurrence déloyale. A titre d’exemple, le projet de révision de la taxe forestière. Cette révision permettra de supprimer la taxe sur l’importation de bois en matière première et le maintien à 12% de la taxe forestière pour les produits finis en importation ».

« Il y a aussi la mise en place de normes et de certifications aux produits marocains. Nous pensons qu’en augmentant et en améliorant la qualité de nos produits, et qu’en certifiant nos produits par des normes marocaines, que nous allons non seulement élever le niveau, mais aussi protéger notre industrie et protéger notre économie de produits non conformes. Un travail a été initié dans ce sens par le ministère de tutelle en partenariat avec l’Institut marocain de normalisation (IMANOR). Ce projet va permettre justement de tirer un peu le marché vers le haut et éviter d’avoir un certain nombre de produits avec une qualité qui est souvent soit médiocre, soit incontrôlée pour que ces produits cessent de pénétrer le marché marocain ».

« Pour faire face à la concurrence déloyale, nous pensons aussi qu’il faut aller encore de l’avant dans la mise en place et dans l’application réelle de la préférence nationale sur les appels d’offres et les commandes publiques », suggère en outre notre interlocuteur.

Croissance prometteuse pour le secteur malgré les défis

Malgré ces défis, les industriels de l’ameublement tablent sur une croissance prometteuse pour le secteur grâce à la dynamique qu’engendrera l’organisation par le Maroc de grandes manifestations sportives et les multiples projets immobiliers aujourd’hui en cours.

Les consommateurs marocains suite à la pandémie ont peut-être choisi de faire des économies sur les loisirs, mais il n’en est rien pour les besoins d’équipement puisque 80% à 90% de la population consomme d’abord pour répondre à un besoin primaire de l’équipement

« Il y a un fort potentiel de croissance et de développement pour l’industrie marocaine de l’ameublement. Malgré l’impact de la crise de Covid-19 sur la consommation, les besoins d’équipement primaires et obligatoires n’ont pas été impactés, par rapport aux produits soit disant secondaires, comme les produits de luxe ou les produits décoratifs. Les consommateurs marocains suite à la pandémie ont peut-être choisi de faire des économies sur les loisirs, mais il n’en est rien pour les besoins d’équipement puisque 80% à 90% de la population consomme d’abord pour répondre à un besoin primaire de l’équipement », note le Secrétaire général de l’AMIA.

« Nous tablons sur plus de croissance d’abord grâce à la préparation des grands événements sportifs que le Maroc s’apprête à organiser. Il y a également l’augmentation et la création de nouveaux logements. Aujourd’hui, nous avons un besoin en offre de logements qui est important au Maroc et qui est en train d’être comblé soit par les incitations de l’État, soit par un certain nombre de projets immobiliers qui se développent. Tout cela se traduira par des besoins en ameublement ».

Tendances de la consommation au Maroc?

Quelles sont maintenant les tendances de la consommation de l’ameublement au Maroc?

Nous observons plus d’engouement pour le design et la conception d’inspiration marocaine

« La classe moyenne, à savoir la grande majorité des Marocains, se tourne encore une fois plutôt vers les artisans et les menuisiers du quartier. Mais vous avez aussi une autre partie de la population qui, elle, se tourne vers les produits d’importation, comme étant des références en la matière pour leur qualité, leur robustesse, leur fonctionnalité, leur design ou leur prix. C’est quelque chose que nous avons constaté avec le développement, par exemple, de pas mal de chaînes de distribution de meubles, marocaines comme étrangères, dont les meubles étaient entièrement importés », répond Aymane Sami.

« Nous observons également plus d’engouement pour le design et la conception d’inspiration marocaine. Beaucoup de designers et concepteurs de lignes de mobilier sont en train de développer des produits spécifiques au Maroc, avec une vraie identité et un vrai savoir-faire marocains qui vont plus parler aux consommateurs nationaux ».

« Le Made in Morocco est de plus en plus privilégié dans notre industrie grâce aux politiques de substitution aux importations initiées par Moulay Hafid Elalamy et portées aujourd’hui par Ryad Mezzour. Nous pensons par ailleurs qu’il y a de grandes opportunités pour que le Made in Morocco se substitue aux produits chimiques importés de l’étranger pour couvrir notre besoin en mobilier. Nous considérons que notre industrie est largement capable de répondre à ces besoins-là avec des produits de la même qualité et avec des caractéristiques similaires », estime en outre notre source.

« De par la position stratégique du Maroc, et eu égard au changement stratégique des sources d’approvisionnement des pays européens depuis le Covid et à l’expansion commerciale, politique et stratégique du Maroc dans les pays africains, toutes ces possibilités sont des opportunités, pour nous industriels marocains de l’ameublement, pour améliorer également notre export », conclut notre source.

Le commerce des pesticides au Maroc toujours menacé par l’informel

La ville de Casablanca a abrité, ce mardi 9 juillet, la 2e édition de la Journée de communication nationale autour des produits phytosanitaires, organisée sous l’égide du ministère de l’Agriculture par l’Association marocaine des distributeurs et revendeurs des produits phytosanitaires (AMDRP), en collaboration avec l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).

Placée sous le thème « La santé des plantes : un levier essentiel du développement agricole », cette journée avait pour objectif de promouvoir et organiser la distribution des intrants agricoles pour la sécurité et la protection des humains, des animaux et de l’environnement.

Médias24 a échangé en marge de cet événement avec Aziz Matine, président d’honneur de l’AMDRP. Au micro de Médias24, ce dernier est revenu sur les enjeux du commerce des pesticides au Maroc, entravé aujourd’hui par une offre phytosanitaire illégale qui domine encore et une mauvaise utilisation des produits phytosanitaires sur le terrain.

Plus de 1.700 revendeurs et distributeurs recensés à ce jour par l’ONSSA

« Dans les années 1980-1990, le Maroc ne comptait que 500 à 700 revendeurs et distributeurs de produits phytosanitaires. Aujourd’hui, plus de 1.700 revendeurs et distributeurs sont recensés par l’ONSSA. On parle bel et bien de recensement et non pas d’agrément, puisque l’agrément n’existe pas concrètement pour le moment. En attendant la sortie des décrets d’application de la loi n° 34-18 relative aux produits phytopharmaceutiques qui détermine les conditions et les modalités d’agrément, l’Office avait en effet procédé au répertoriage de ces professionnels, pour combler ce vide juridique », explique Aziz Matine.

Adoptée en 2021, cette nouvelle loi est venue combler les lacunes de la loi n° 42-95 relative au contrôle et à l’organisation du commerce des produits pesticides à usage agricole (de 1997), précise notre interlocuteur. Elle détermine le régime applicable à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, à leur utilisation et leur contrôle, ainsi qu’au contrôle des activités qui leur sont liées.

La loi n° 34-18 dispose en effet que l’exercice des activités de fabrication, de reconditionnement, d’importation, de distribution en gros et de distribution au détail des produits phytopharmaceutiques et des adjuvants, ainsi que de prestation de services pour leur utilisation, à l’exception du conseil, est subordonné à l’obtention d’un agrément délivré à cet effet par l’autorité compétente.

L’exercice d’une même activité dans plusieurs locaux est subordonné par ailleurs à l’obtention d’un agrément pour chaque local utilisé. L’agrément a une durée de validité de dix ans à compter de la date de sa délivrance, et peut être renouvelé pour la même durée lorsque les conditions ayant permis sa délivrance continuent à être remplies.

Revente et distribution des pesticides : au moins 4 missions d’inspection annuelles sont effectuées par l’ONSSA 

« Les 1.700 revendeurs et distributeurs recensés à ce jour par l’ONSSA font l’objet de contrôles par l’Office, qui effectue au moins 4 missions d’inspection annuelles. Ces mêmes commerçants ont été examinés sur la base de la satisfaction aux conditions favorables pour la vente et sur la base de la traçabilité des produits phytosanitaires commercialisés avant d’être admis dans la liste des revendeurs et distributeurs recensés par l’ONSSA. Si une non-conformité aux exigences de l’ONSSA est constatée, ces derniers sont interdits de poursuivre leurs activités« , indique Aziz Matine.

Les points de revente et de distribution des produits phytosanitaires sont répartis à travers le Maroc. « Au début, ils étaient localisés au niveau des marchés de gros pour venir plus près des agriculteurs. Avec le développement de l’agriculture marocaine et la croissance des régions agricoles comme celles d’Agadir et du Nord-Est, beaucoup de sociétés – grands distributeurs et distributeurs importateurs confondus – se sont installées dans les régions. Ces sociétés importent le produit et disposent en même temps d’antennes de distribution partout dans les régions agricoles intéressantes », expose le président d’honneur de l’AMDRP.

Deux types de circuits informels sont à distinguer

« Les revendeurs de produits phytosanitaires jouent un rôle important dans l’agriculture marocaine, au niveau de l’approvisionnement des produits, particulièrement dans ce contexte de sécheresse, puisqu’ils jouent un rôle de ‘banque’ pour les agriculteurs. La plupart des revendeurs sont payés qu’après récolte. Néanmoins, quand les années de sécheresse se succèdent, l’agriculteur a du mal à payer ses dettes, ce qui impacte financièrement le revendeur », enchaîne notre interlocuteur.

Aziz Matine souligne que la revente et la distribution informelle des pesticides demeurent un phénomène persistant au Maroc. 20% de l’offre phytosanitaire provient du circuit informel, selon l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).

« Il faut distinguer entre deux types de circuit informel. Il y a la mise sur le marché de produits homologués venant de l’Europe ou de la Mauritanie, mais qui sont importés illégalement, soit directement par des agriculteurs ou encore à travers des camionneurs ».

Et puis, il y a la mise sur le marché de produits non homologués. « Depuis le problème de la pastèque de l’année dernière, l’ONSSA a fait un grand effort et a pu retirer tous les produits non homologués ».

L’utilisation des pesticides au Maroc, un point à améliorer 

Le problème des pesticides au Maroc se pose aussi malheureusement au niveau de son utilisation, selon le président d’honneur de l’AMDRP qui met l’accent sur l’importance de l’accompagnement des agriculteurs par les revendeurs et les distributeurs de produits phytosanitaires.

« Lorsqu’un agriculteur achète un produit phytosanitaire à ces commerçants, ces derniers l’informent sur les modes d’utilisation et, surtout, sur les délais de carence ; c’est-à-dire quand il doit traiter et quand il doit arrêter le traitement. Toutefois, tout dépend de comment l’agriculteur va procéder concrètement au traitement. Les pesticides, c’est comme la voiture. Si le conducteur ne respecte pas la loi, il peut y avoir des accidents mortels. De même, une mauvaise utilisation des pesticides présente des risques pour la santé humaine ».

Les attaques en Europe contre les produits agricoles marocains, un problème d’ordre « politique » plutôt que « technique »

Quelque 1.155 produits phytosanitaires et 315 matières actives sont homologués aujourd’hui au Maroc, selon l’index phytosanitaire de l’ONSSA.

« Il y a des produits ou matières actives qui sont retirés en raison de leur risque de toxicité. D’autres sont néanmoins enlevés pour des raisons commerciales, du fait que leur homologation n’a pas été renouvelée en Europe. Il est à signaler que ces produits restent, par exemple, toujours homologués dans d’autres pays comme les Etats-Unis, le Japon, l’Australie ou Israël », nuance Aziz Matine.

« Ce qui fait qu’en général, comme on exporte une grande partie de nos produits agricoles vers l’Europe, nous utilisons les produits phytosanitaires reconnus et homologués en Europe. Nos agriculteurs qui exportent en sont avertis, d’autant qu’ils sont conditionnés par un cahier des charges. C’est pour cela, qu’à mon avis, les mobiles derrière les attaques dont font l’objet, ces derniers temps, les produits agricoles eu Europe sont d’ordre politique plutôt que technique. À chaque fois, les Européens pointent des problèmes de résidus qui dépassent la limite maximale autorisée, alors même qu’ils enregistrent un plus grand nombre de dépassements que le Maroc« , conclut ce dernier.

LF 2024 : la CGEM sur sa faim au sujet de la TVA et inquiète face à la montée de l’informel structuré

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a reçu la presse ce vendredi 15 décembre à son siège de Casablanca, dans le cadre d’une conférence sur la loi de finances 2024 (LF 2024).

Le patronat a partagé certaines inquiétudes vis-à-vis de la LF 2024 et de ses impacts sur le monde des affaires et des entreprises. Il a notamment tiré la sonnette d’alarme sur la matérialisation des réformes, et est revenu sur celle de la TVA. Il a également abordé l’importance croissante de l’économie informelle et le malaise qu’elle traduit.

Une réforme de la TVA jugée pas assez franche

Cette réforme d’envergure, attendue depuis longtemps, est obligatoire puisqu’elle est inscrite dans le calendrier de cinq ans fixé par la loi-cadre n° 69-19 portant réforme de la fiscalité, entrée en vigueur en juillet 2021. Une loi qui consacre le principe de la neutralité fiscale en matière de taxe sur la valeur ajoutée. En somme, la TVA est un impôt sur la consommation qui doit être payé par les consommateurs. L’entreprise, elle, ne fait que collecter cet impôt pour le compte de l’État et ne doit pas en subir le coût.

Une réforme très complexe qui aboutira en 2026 et qui, dans cette LF 2024, laisse le patronat sur sa faim. « Sur la réforme de la TVA, nous considérons que le principe général de neutralité n’a été que légèrement touché dans cette loi de finances, contrairement à la réforme de l’IS l’année précédente. Les réformes sont moins franches que ce qui a été fait sur l’IS« , a déclaré Mehdi Tazi, vice-président de la CGEM, lors de la conférence.

Le chantier de la TVA n’est pas achevé. Tel que recommandé par les dernières Assises de la fiscalité et revendiqué par le patronat, la TVA passera de cinq taux actuellement (0%, 7%, 10%, 14% et 20%) à trois taux (0%, 10% et 20%). La réforme se poursuivra l’an prochain.

L’inquiétude du patronat face à la progression de l’informel structuré

Le patronat s’est également épanché sur la nécessité d’élargir l’assiette fiscale et d’agir pour réduire l’importance du secteur informel dans l’économie. Le président de la CGEM, Chakib Alj, a réagi à la progression du secteur informel dans l’économie. Un constat qui laisse transparaître, selon lui, un malaise quant à la pression fiscale appliquée.

« L’informel va devoir être atténué. Il se développe actuellement, et c’est cela qui nous inquiète. Nous parlons ici d’un informel structuré. La pression fiscale est toujours orientée sur les entreprises performantes : 2% paient 80% de l’impôt. Il y a quelque chose qui ne va pas. Pour financer tous les projets de l’État, il va falloir élargir l’assiette fiscale et intégrer l’informel. Nous n’allons pas les forcer, il faut qu’ils aient un intérêt économique et social à intégrer le formel », a souligné Chakib Alj.

Il précise d’ailleurs que certaines mesures de la LF 2024 auront probablement un effet catalyseur sur certains secteurs déjà largement imprégnés par les activités informelles. « Les droits de douane sur les téléphones sont passés de 2,5% à 30%. Sachant que 40% des téléphones sont vendus dans le secteur informel, il est certain que la pratique se développera. Nous avons passé un amendement et sommes passés à 17,5% au lieu de 30%. Mais nous aurions aimé conserver le taux initial », confie le président de la CGEM.

Le patronat tient à rappeler que le cœur du problème demeure l’informel structuré, à savoir les entreprises organisées qui ont des salariés et une activité non déclarée, leur permettant de se soustraire totalement à l’impôt. « L’informel structuré est le réel problème. Il est dans cette situation pour ne pas payer de taxe, et concurrence des emplois formels et des entreprises qui paient des taxes », abonde Mehdi Tazi.

De là naissent l’injustice et le besoin de mettre de l’ordre dans les pratiques. « À la fin, si ce n’est pas légal, ce n’est pas légal. Il faut arrêter les gens qui ne respectent pas cela, car c’est une énorme injustice. Nous comprenons qu’il y ait besoin d’argent pour financer les projets de développement. C’est plus facile d’aller chercher les ressources chez celui qui a pignon sur rue que chez celui que l’on ne connaît pas », conclut-il.

https://medias24.com/2023/12/01/plf2024-voici-les-amendements-propose-cgem-a-la-chambre-des-conseillers/

Sicpa, le spécialiste suisse de la traçabilité, inaugure son centre d’excellence à CFC

La multinationale suisse Sicpa, spécialisée dans les solutions de marquage et de traçabilité, a présenté le jeudi 6 octobre son centre d’excellence de Casablanca Finance City (CFC). Situé au sein de la tour CFC First, il emploie une trentaine de développeurs marocains. Il fait aujourd’hui partie des six centres d’excellence de Sicpa dans le monde. Il a pour mission de déployer et d’assister de nouveaux projets en Afrique de l’Ouest et dans le monde.

Ce centre est l’un des deux engagements de l’entreprise suisse dans le cadre de l’appel d’offres qu’elle avait remporté en 2019 auprès de l’Administration des douanes et des impôts indirects (ADII). “La volonté de l’Administration des douanes, c’est que le partenariat apporte une valeur ajoutée au Maroc”, explique Eric Besson, président de Sicpa West Africa.

Le centre accompagne l’implémentation des projets Sicpa, du montage et de la constitution de l’entité locale au déploiement des solutions technologiques de pointe, en passant par le recrutement, la formation et l’accompagnement des collaborateurs jusqu’à ce que les équipes locales soient autonomes.

À titre d’exemple, les développeurs marocains de Sicpa ont contribué au déploiement de projets au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda, au Togo et en République démocratique du Congo, mais aussi aux Émirats arabes unis, en Thaïlande, en Malaisie et en Géorgie. Cette équipe assure également des missions de support technique, de développement de logiciels, de business intelligence et d’assistance informatique pour le déploiement de projets de marquage, principalement en Afrique.

L’autre engagement de Sicpa vis-à-vis des autorités marocaines concerne la mise en place d’un centre régional de codage et d’impression de vignettes fiscales de haute sécurité, pour répondre à la fois aux besoins locaux et africains. Ce projet a été lancé en 2021 à Casablanca, à Aïn Sebaâ.

Le groupe Sicpa dispose aujourd’hui de deux entités au Maroc : Sicpa Maroc, en charge du développement des activités pour le Maroc et qui emploie 130 personnes, et Sicpa West Africa, en charge du développement des activités pour l’Afrique et qui emploie 30 personnes.

Les enjeux méconnus de la traçabilité au Maroc et en Afrique

La présentation du centre d’excellence de Sicpa a été l’occasion de dévoiler la nouvelle édition du rapport CFC Africa Insights, consacrée aux enjeux de la traçabilité dans les domaines de la transition énergétique, alimentaire et de santé en Afrique. Élaborée et présentée par Philippe Gillet, directeur scientifique du groupe Sicpa, elle traite des différents besoins de traçabilité qui émergent dans le monde, avec un focus sur l’Afrique.

Parmi les exemples présentés pour le Maroc, la nécessité de certifier la filière de l’huile d’olive, confrontée à la fraude, comme dans d’autres pays. Selon Brahim Laroui, directeur général de Lesieur Cristal – et l’un des intervenants du panel de discussion sur ce sujet –, la fraude concerne 80% de l’huile d’olive vendue sur le marché de l’informel au Maroc. Les solutions de traçabilité aideraient non seulement à garantir l’authenticité de ce produit, mais aussi à en valoriser l’origine dans une logique de marketing des produits du terroir.

Sur le front de l’énergie, le Maroc, qui nourrit des projets de développement d’hydrogène vert, aura également besoin de le certifier comme “vert”. Les autorités devront inciter la filière au niveau international à adopter ces solutions de traçabilité, pour éviter d’être confronté à la concurrence de l’hydrogène produit à partir d’une énergie fossile.

Dans le secteur de la santé, si le Maroc est certes épargné des fraudes aux médicaments, cette problématique reste très préoccupante en Afrique, où 30% des médicaments vendus sont des produits contrefaits. Ce phénomène provoque la mort de près de 200.000 enfants chaque année en Afrique, selon les chiffres présentés dans le rapport.

Trois questions à Eric Besson, président de Sicpa West Africa

Médias24 : Que représente le marché africain pour Sicpa ?

Eric Besson : L’Afrique n’est pas le seul continent concerné par les questions de traçabilité. Il faut dire cependant que la tentation de la fraude y est très forte, parce que très rémunératrice. Certains veulent échapper à la réglementation, à la fiscalité ou encore aux conditions sanitaires. D’où le besoin d’avoir une traçabilité, et donc de développer des certifications. 200.000 enfants meurent chaque année en Afrique après avoir consommé de faux médicaments. C’est un chiffre catastrophique.

Tout le monde veut désormais connaître l’origine des produits ; parfois pour des raisons de santé, parfois pour des raisons éthiques ou politiques. Vous aurez par exemple des gens qui n’approuveront pas des produits issus de la déforestation au Brésil. D’autres encore ne voudront pas de produits fabriqués par des prisonniers politiques chinois, etc. Dans un autre registre, une entreprise qui embauche peut avoir besoin de vérifier l’authenticité des diplômes d’un candidat. Dans le marché du bio, qui connaît une forte expansion, il est nécessaire de savoir si le produit est réellement bio.

C’est là un petit échantillon des problématiques pour lesquelles Sicpa propose des solutions qui répondent aux besoins de traçabilité des États, des entreprises, des consommateurs et des citoyens.

– Nombre de pays africains manquent de moyens. Avez-vous des difficultés à les démarcher pour ce genre de services ?

– On ne les démarche pas. Ce sont eux qui lancent des appels d’offres internationaux parce qu’ils veulent marquer un certain nombre de produits qui font souvent l’objet de fraudes. Je pense par exemple aux boissons alcoolisées et aux cigarettes. L’Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs demandé à tous les États d’adopter pour les cigarettes un système de traçabilité indépendant des producteurs et des distributeurs. C’est donc un mouvement naturel qui se fait.

Les grands organismes de financement internationaux, tels que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, pour des raisons budgétaires, incitent également tous les États à augmenter la part de l’économie formelle par rapport à l’économie informelle. Tous les systèmes de traçabilité permettent aux États d’augmenter leurs recettes budgétaires. Ces organismes – qui prêtent d’ailleurs de l’argent aux États – en font presque, désormais, une condition. Donc nous, Sicpa, ne démarchons pas les États ; nous ne faisons que répondre aux appels d’offres internationaux.

– Quel est l’apport de cette nouvelle implantation au sein de CFC ?

– Nous avons une double implantation au Maroc. Nous sommes producteurs de services pour l’État marocain, dans le cadre d’un contrat qui nous lie au ministère des Finances et aux douanes. Nous marquons ici l’importation et la production des cigarettes, des boissons alcoolisées, des sodas et des eaux minérales.

Les jeunes développeurs de notre centre d’excellence vont aider au déploiement de solutions dans un certain nombre de pays. Car lorsque Sicpa remporte un contrat, il faut implanter la solution dans plusieurs pays d’Afrique. En Thaïlande et aux Philippines également, des développeurs marocains ont mis en œuvre nos solutions.

Ensuite, notre centre d’excellence de Casablanca nous permet de travailler sur des solutions d’avenir. Elles ne seront pas forcément développées au Maroc ou en Afrique, mais partout dans le monde ! Cela entre dans le cadre de la responsabilité globale de nos centres d’excellence.

Informel: 2,3 millions bénéficiaires de la 2e vague des aides financières

Lors d’une séance plénière de la Chambre des représentants, consacrée à la discussion de son exposé sur « la gestion du confinement pour l’après 20 mai », Elotmani a indiqué que « 2,3 millions de ménages, soit 55% de la totalité des personnes éligibles, ont bénéficié de la 2ème phase de cette opération jusqu’au 19 mai ».

L’opération est « une réussite jusqu’à présent », a-t-il estimé, soulignant que pendant la première phase, le soutien a pu être accordé à 4,3 millions de personnes.

Il a relevé à cet égard qu‘il reste 194.000 personnes qui recevront les aides financières dans les prochains jours avant la fête de l’Aid Al Fitr, d’autant plus qu’actuellement des unités mobiles se chargent de cette opération.

Lire aussi: Sur Tadamoncovid, nouvel espace pour les réclamations des travailleurs informels

Aide aux ménages sans Ramed : la plateforme lancée avant la fin de semaine

L’aide financière de subsistance mise en place par le gouvernement pour soutenir les différentes catégories de personnes dont les revenus sont impactés par les mesures de l’état d’urgence sanitaire se met en place progressivement.

Les démarches pour bénéficier de ces aides ont été annoncées pour les salariés déclarés à la CNSS en arrêt de travail et les ménages ayant le Ramed qui pâtissent des répercussions de la crise.

Il reste les sans Ramed opérant dans l’informel qui ont perdu leurs revenus à cause du confinement. L’on sait qu’ils bénéficieront des mêmes montants d’aide que les Ramédistes allant de 800 à 1.200 DH selon la taille du ménage. Dans son communiqué, le ministère de l’Economie et des Finances a déclaré le 27 mars dernier « le lancement d’une plateforme électronique dédiée au dépôt des déclarations (qui) sera annoncé incessamment ». 

Au 1er avril, aucune nouvelle annonce officielle n’a été faite à ce sujet. Des sources sûres assurent à Médias24 que « la plateforme de déclaration de cette catégorie sera prête cette semaine ». 

On nous confirme aussi qu’un « mécanisme sera mis en place, peut-être via les autorités locales, pour vérifier les déclarations et l’éligibilité des demandeurs pour bénéficier des aides ».

Des filtres existent aussi pour les autres catégories. »En cette période de solidarité, et de grande mobilisation, toute déclaration volontairement non fondée est passible de poursuites judiciaires », avait insisté le ministère des Finances.

Des millions de bénéficiaires

A date et alors que les déclarations se poursuivent, les salariés déclarés à la CNSS et en arrêt de travail sont au nombre de 578.208 personnes. Ces derniers bénéficieront de 1.000 DH au titre de l’aide pour le mois de mars. Ils recevront 2.000 DH à partir du mois d’avril. 

Aucun décompte n’a été donné pour les Ramédistes pour lesquels l’opération de déclaration a démarré le 30 mars. Mais on parle d’une cible de 5,49 millions de ménages représentant 14,4 millions de bénéficiaires du Ramed, selon les chiffres contenus dans la documentation accompagnant le PLF2020. On ne connait pas combien d’entre eux détiennent des carte Ramed valable au 31 décembre 2019, une des conditions pour bénéficier de l’aide. 

Pour les sans Ramed, la tâche de les identifier est plus difficile encore. Car, dans cette catégorie, il y a les travailleurs de l’informel qui ne remplissent pas les conditions d’éligibilité pour le Ramed.

Et il y a les salariés non déclarés qui travaillent dans des entités formelles ou qui ont une existence juridique ou fiscale. Il s’agit des serveurs des cafés et restaurants, les vendeurs des magasins et commerces, les chauffeurs, les livreurs, ouvrières et ouvriers des usines,…

Mais selon une déclaration de Mohamed Benchaâboun à l’AFP, précisée par Médias24, la cible totale de l’aide financière de l’Etat s’élève à quelque 4 millions de ménages.

Ces personnes plus particulièrement sont aujourd’hui « abandonnées » à leur sort par leur employeurs et beaucoup d’entre elles n’ont pas reçu leur rémunération pour le mois de mars bien qu’une partie du mois a été travaillée dans des conditions normales.

« J’ai pris contact et j’ai été contacté par beaucoup de personnes de ma circonscription, parmi elles il y a des serveurs de cafés, vendeurs dans des magasins et commerces, employés de maison,… l’extrême majorité n’a pas été payée. Leurs employeurs ne leur répondent même pas au téléphone. Moi même j’ai essayé de joindre certains d’entre eux notamment les propriétaires de café au niveau de Agdal-Ryad, sans succès », témoigne Omar Balafrej, parlementaire qui précise qu’une catégorie d’employeurs a pris la peine tout de même d’assumer ses responsabilités. 

Pour Balafrej, certains employeurs doivent être « poussés » à prendre leur responsabilité et assurer les revenus de leur employés même s’ils sont payés au noir. « Il y a des propriétaires de commerces pour qui c’est une activité annexe. Leur revenu à eux est assuré par une autre activité. Ils doivent donc contribuer à l’effort solidaire en maintenant les salaires de leurs employés ou a défaut de moyens recourir aux outils bancaires mis en place pour financer le paiement des salaires », poursuit-il. « Je pense qu’un café ou restaurant à Agdal-Ryad dont le pas-de-porte coûte dans les 5 millions de DH pourrait continuer à verser les salaires ou une partie des salaires à ses employés », insiste-t-il. 

Il pousse la réflexion en demandant à ce que l’Etat intervienne, par le biais du ministère de l’emploi ou de l’intérieur pour « mettre la pression », une « pression positive », sur « ces patrons qui auraient les moyens de prendre en charge leurs employés grâce à des solutions comme un crédit à 0%, par exemple ». 

Si l’on se base sur les données du HCP sur le secteur informel, cette catégorie des travailleurs informels et des salariés non déclarés pourrait comprendre jusqu’à 5 millions de personnes. 

>>Lire aussi : Coronavirus : Des millions de personnes dans la précarité attendent un soutien

Nouveaux détails sur l’aide financière aux travailleurs de l’informel

Après les entreprises sinistrées et les employés déclarés à la CNSS en arrêt, c’est au tour des travailleurs et ménages de l’informel de bénéficier des mesures de soutien suite à la crise de la pandémie du coronavirus.

Le ministère des Finances a publié une nouvelle capsule vidéo explicative autour des aides de subsistance annoncées le 27 mars par le Comité de veille économique en faveur des ménages du secteur informel qui n’ont plus de revenus du fait du confinement obligatoire. 

Dans une première phase, une aide sera accordée aux ménages Ramedistes opérant dans l’informel. Servie par le Fonds spécial pour la gestion du Covid-19, l’aide varie selon la composition de la famille:

– 800 DH pour les ménages de deux personnes ou moins;

– 1.000 DH pour les ménages formés de 3 à 4 personnes;

– 1.200 DH pour les ménages de plus de 4 personnes.

Comment en bénéficier? A partir de ce lundi 30 mars 2020, le chef de ménage titulaire de la carte de Ramed devra envoyer son numéro de carte Ramed par SMS (voir vidéo), à partir de son téléphone portable, au 1212. Seules les cartes Ramed valides au 31 décembre 2019 seront acceptées et seul le chef de ménage pourra effectuer cette opération. Un code secret lui sera envoyé après examen du dossier, expliquant le canal pour récupérer l’aide, soit à travers un guichet automatique bancaire ou dans une agence bancaire en présentant sa carte d’identité. Le chef du ménage est le seul responsable du code secret.

Le numéro 1212 peut également être appelé pour apporter l’assistance aux demandeurs et répondre à leurs réclamations. 

La distribution des aides financières se fera progressivement à compter du lundi 6 avril. Toute déclaration non fondée est passible de poursuites judiciaires.

Par ailleurs, les non-titulaires d’une carte Ramed devront patienter. Dans une deuxième phase, des aides leur seront accordées après le lancement d’une plateforme électronique dédiée au dépôt des déclarations qui sera annoncée dans les prochains jours.

Israël déconseille le Maroc à ses ressortissants

Pour les vacances de la Pâques juive, un moment de l'année où les Israéliens voyagent souvent, les autorités israéliennes ont diffusé la liste des pays déconseillés aux ressortissants de l'Etat hébreu.

Sur la liste, qui comprend 31 pays répartis en plusieurs groupes, le Maroc appartient au groupe des pays où les voyages non-essentiels sont à éviter. Cette catégorie regroupe aussi la Turquie, le Kenya et l'Azerbaïdjan.