Niamey : inauguration de la centrale électrique « Sa Majesté le Roi Mohammed VI »

Accès à l’océan Atlantique : les États du Sahel saluent une initiative royale « stratégique »

« Nous nous réjouissons de l’Initiative de Sa Majesté le Roi qui nous aidera à diversifier nos sources d’accès à l’Atlantique », a déclaré à la presse le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, au nom de ses homologues du Burkina Faso, Karamoko Jean-Marie Traoré, du Niger, Bakary Yaou Sangaré et du Tchad, Abderaman Koulamallah, réunis vendredi 27 septembre à New York avec le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita.

Tenue en marge de la 79e session de l’Assemblée générale de l’ONU, cette réunion s’inscrit dans le cadre de la coordination sur l’opérationnalisation de l’Initiative du Roi Mohammed VI visant à favoriser l’accès des Etats du Sahel à l’océan atlantique.

Un projet stratégique pour la région du Sahel

L’initiative atlantique, annoncée par le Roi Mohammed VI le 6 novembre 2023 à l’occasion du 48e anniversaire de la Marche Verte, a pour objectif de renforcer l’intégration économique et le développement durable des États sahéliens. En facilitant leur accès à l’Atlantique, elle aspire à créer un couloir économique stratégique qui permettra de surmonter l’enclavement géographique de ces pays.

Lors de la réunion à New York, les ministres ont également discuté des perspectives futures de l’initiative, notamment la tenue de nouvelles rencontres pour évaluer l’avancée des projets en cours et coordonner les efforts régionaux. Cette collaboration marque une étape importante dans la mise en œuvre de solutions pragmatiques et solidaires pour le développement du Sahel.

Un autre point marquant de cette réunion a été la mise en lumière du rôle de la Confédération des États du Sahel, nouvellement formée, dans l’opérationnalisation de l’initiative atlantique. Les ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont réaffirmé leur engagement à intégrer l’initiative dans le cadre de cette confédération. Ce développement souligne une percée diplomatique pour le Maroc, qui voit son initiative non seulement soutenue par ces États, mais aussi intégrée dans un cadre régional structuré.

(Avec MAP)

L’initiative royale pour l’Atlantique présentée à Washington

Lors de cette rencontre, qui s’est tenue au siège de la Chancellerie du Royaume, l’ambassadeur du Roi, Youssef Amrani, a mis en avant le rôle actif du Maroc dans la promotion d’un espace atlantique stable, prospère et inclusif, à même de favoriser la transformation socio-économique de l’ensemble de la région.

M. Amrani a, dans ce cadre, particulièrement insisté sur l’initiative royale qui place l’Atlantique au cœur de la vision du Roi Mohammed VI pour le continent africain, sur la base des principes de solidarité, de coopération et de co-développement.

Revenant sur les projets structurants déclinés dans le cadre de cette Initiative, l’ambassadeur a précisé que ces actions concrètes ambitionnent de créer un corridor économique liant l’Afrique atlantique aux hémisphères nord et ouest, en plus de favoriser l’accès des pays du Sahel à cet espace maritime.

Evoquant l’importance d’assurer une complémentarité entre les diverses initiatives visant à construire un espace atlantique élargi, M. Amrani a souligné que c’est dans cet esprit que le Royaume participe activement au Partenariat pour la coopération atlantique et co-préside, avec l’Espagne et l’Angola, un groupe de travail sur la Planification marine spatiale.

Pour sa part, la coordinatrice américaine pour la coopération atlantique, Jessica Lapenn, a évoqué les « valeurs partagées qui favorisent l’émergence d’une identité atlantique commune ».

Le Partenariat pour la coopération atlantique a été lancé, le 18 septembre 2023, par le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, en marge de la 78e Assemblée générale des Nations-Unies, en tant que forum multilatéral qui annonce une nouvelle ère dans la coopération régionale. Depuis son lancement, plusieurs réunions de haut niveau se sont tenues, permettant notamment l’adoption de la Déclaration sur la Coopération Atlantique et de son Plan d’action.

(Avec MAP)

Initiative atlantique : le Maroc réunit les pays du Sahel à Marrakech

Cette initiative royale a été annoncée dans le Discours Royal adressé à la Nation à l’occasion du 48e anniversaire de la Marche verte, dans lequel le Souverain avait précisé que « pour résoudre les difficultés et les problèmes auxquels se trouvent confrontés les Etats frères du Sahel, la solution ne peut être exclusivement sécuritaire ou militaire, mais elle doit se fonder sur une approche de coopération et de développement commun« .

Pour favoriser l’accès des Etats du Sahel à l’Océan Atlantique, « Nous proposons le lancement d’une initiative à l’échelle internationale« , avait souligné le Roi.

Le Souverain avait également précisé que pour qu’une telle proposition aboutisse, il est primordial de mettre à niveau les infrastructures des Etats du Sahel et de les connecter aux réseaux de transport et de communication implantés dans leur environnement régional.

Dans ce cadre, l’initiative royale ouvre le champ pour permettre aux pays sahéliens enclavés d’accéder aux infrastructures routières et portuaires du Royaume. Cette ouverture a fait l’objet d’une affirmation explicite par le Roi, en soulignant que « le Maroc est prêt à mettre à leur disposition ses infrastructures routières, portuaires et ferroviaires pour soutenir cette initiative ».

Les ministres des Affaires étrangères des pays du Sahel prendront part à la réunion de coordination organisée à Marrakech, à l’initiative du ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita.

(Avec MAP)

Initiative royale pour l’Afrique atlantique, Policy Center… un échange avec Karim El Aynaoui

Les rencontres annuelles des Atlantic Dialogues sont devenues au fil des années un rendez-vous important pour faire avancer l’idée d’un Atlantique élargi, où la voix des pays du Sud compte.

L’édition de cette année se tient à peine quelques semaines après l’annonce d’une initiative royale d’envergure portant sur l’Afrique atlantique. En marge de cet événement, nous avons interviewé Karim El Aynaoui au sujet de cette initiative, mais aussi de l’apport des think tanks dans les politiques publiques et des ingrédients nécessaires à la réussite de ce type d’organisation.

Médias24 : L’initiative royale concernant l’Atlantique peut-elle être considérée comme une consécration pour le Policy Center qui a initié la réflexion sur cet espace stratégique il y une dizaine d’années ? 

Karim El Aynaoui : Consécration n’est peut-être pas le mot, mais en tout cas c’est un grand encouragement, une fierté, une joie, de voir que cet Atlantique élargi a été conceptualisé dans le discours de Sa Majesté.

L’initiative royale est extrêmement intéressante, en particulier avec la dimension économique et aussi avec des propositions d’ouverture sur la relation de la façade atlantique avec l’hinterland africain, donc des pays du Sahel. C’est quelque chose d’extrêmement important qui a eu beaucoup d’échos ici chez les participants. Cela place le Maroc dans une position particulière et intéressante.

Donc oui nous sommes très contents, très heureux et fiers. Mais nous sommes, comme vous le savez, un think tank, donc on apporte une contribution modeste à cette dimension.

Mais je crois que ce qui est intéressant aussi, ce sont tous les réseaux que nous avons bâtis au fil du temps, les 2.500 membres de la communauté qui sont venus aux Atlantic Dialogues, les instituts de recherche, les individus, les jeunes leaders, qui pour certains sont devenus ministres dans leur pays. Tout cela est de la valeur ajoutée sur laquelle on peut capitaliser.

– Cette initiative atlantique marocaine, comment la voyez-vous ? Est-ce un mécanisme de coopération multilatérale, des routes de la soie africaines ? Comment peut-on la caractériser ?

– Je ne sais pas, je ne suis pas dans le secret, je ne peux pas vous dire. Mais n’oubliez pas que nous avons une façade atlantique de plus de 3.000 km, donc c’est aussi notre monde ces quatre continents de l’Atlantique. Le Maroc est un pays très spécial puisque, de par sa position géographique, nous sommes bien sûr africains, méditerranéens, et je crois que cette dimension atlantique est vue par tout le monde comme étant extrêmement légitime et intéressante.

Maintenant dans le détail, quel type de projet ? Il y a des choses qui semblent un peu naturelles comme les infrastructures de réseau, les ports, les routes, etc., tout cela a été cité par Sa Majesté dans son discours.

C’est aussi l’énergie évidemment. Vous pouvez penser au projet de pipeline avec le Nigeria qui est sur la côte atlantique, qui peut aussi connecter et se greffer au réseau énergétique avec ce qu’on appelle les feedstocks [matières premières utilisées pour produire de l’énergie, ndlr].

Après, je pense que cela relève du rôle du secteur public et des autorités dans les différents pays. Mais c’est au secteur privé d’investir, donc il faudra mettre en place les bonnes conditions.

Il y a aussi par exemple les pools d’électricité régionaux en Afrique de l’Ouest qui peuvent présenter un intérêt ; ces sortes d’associations de producteurs d’électricité au niveau de plusieurs pays, qui jouent un rôle dans la gestion du réseau. Donc je pense que cela ouvre le champ à la réflexion et qu’il faut commencer.

– Est-ce que le Maroc a les moyens de ses ambitions ? Surtout en matière de financement, ce sont de très gros projets, très coûteux !

Ce n’est pas au Maroc de financer tout cela. Je pense qu’on ne peut plus rien faire dans ce monde de manière isolée. Donc la question n’est pas si le Maroc va faire tout seul ou pas, il fera avec d’autres. Et de toute façon, il n’a pas intérêt à faire seul, sinon ce n’est plus de la coopération, donc tout le monde doit mettre un peu du sien. Mais, à mon sens, le financement de si grands projets viendra aussi du secteur privé.

Mais c’est aussi une idée généreuse d’accès, pour ces pays, aux infrastructures existantes au Maroc. Mais bien sûr, si l’on va utiliser ces infrastructures, il faudra payer leur service.

Donc les modèles de financement restent à inventer, et je ne pense pas que ce sera un financement uniquement marocain. Ce sera en partie marocain, mais aussi avec d’autres.

– Revenons au Policy Center ; vous avez dit, lors de votre discours de clôture, que les politiques publiques étaient complexes et difficiles à influencer. Est-ce que vous pouvez développer un peu cette idée ? Que faut-il pour influencer une politique publique ?

– Beaucoup de choses ! Vous voyez aujourd’hui si vous voulez une politique publique dans l’éducation ou dans la santé, c’est extrêmement complexe avec la multiplicité des intervenants.

Il faut donner des soins de qualité à l’individu qui entre dans un hôpital ou un dispensaire, sur tout le territoire d’un pays donné. Il faut s’assurer d’avoir toutes les ressources, que le médecin soit là, que les médicaments soient disponibles, etc. On peut définir des politiques au niveau central, mais il faut aussi penser à la décentralisation, les rapports au territoire, la proximité, etc.

Donc, dans ce sens, c’est extrêmement complexe. C’est un niveau de détail d’exécution dans lesquels nous, les think tanks, nous n’entrons pas. En revanche, il peut y avoir des idées sur la nature plus globale de la politique publique et, souvent, on sous-estime cette complexité en réalité.

En tant que think tank, nous essayons de travailler, de contribuer petit à petit à faire émerger des idées. D’ailleurs, toutes nos idées sont sur notre site internet, tout le monde peut s’en servir. Par exemple, quand un parlementaire ou un responsable dans un ministère a envie de se renseigner sur une question, il lui suffit de lire ce qu’on produit sur le site ou d’en parler à l’un de nos experts.

– Justement, comment émergent les nouvelles idées sur lesquelles vous travaillez ?

– Ensemble ! Le mythe de quelqu’un seul dans son coin et qui a des idées géniales n’existe pas. C’est dans l’interaction, la discussion et la confrontation qu’on trouve des idées, donc on travaille beaucoup collectivement au Policy Center.

On a une méthode d’organisation de la salle aussi, avec des murs sur lesquels on écrit, des outils comme ceux-là qui aident à l’idéation, et avec des événements comme celui auquel on assiste aujourd’hui. Moi, j’ai beaucoup appris des gens qu’on a écoutés dans ces Atlantic Dialogues, j’imagine que vous aussi.

Et puis il s’agit aussi de développer le réseau. Si j’ai une question sur l’intelligence artificielle, par exemple, je recherche un spécialiste. Je vais lui envoyer un email, lui proposer un Zoom, et l’inviter éventuellement à une conférence ou à écrire chez nous.

– Le Policy Center devient aujourd’hui un acteur important de la scène intellectuelle marocaine. Cette réussite est-elle due aux moyens que d’autres think tanks n’ont pas, ou bien est-ce le modèle de gouvernance ?

– Si vous dites, elle n’est due qu’aux moyens, vous êtes méchants avec nous ; cela revient à dire que nous n’avons aucun mérite. Et si vous dites qu’on a du mérite et qu’on n’avait pas besoin de moyens, c’est également faux.

Il faut des moyens, mais aussi de l’expertise et des gens compétents. Donc, je pense qu’on a un peu des deux. On a eu des moyens bien sûr, mais on a aussi fait honneur à ces moyens. Il s’agit d’un groupe d’individus compétents. Vous les connaissez, nos experts, nos fellows, nos jeunes chercheurs, etc.

Une équipe qui monte un événement comme celui-ci, ce n’est pas simple. Il est conçu et organisé par le Policy Center, et n’est pas sous-traité à qui que ce soit. Donc il y a une vraie compétence ayant trait à la recherche, mais aussi à l’organisation d’événements de cette nature.

La réussite n’était pas gagnée d’avance, comme je l’ai dit tout à l’heure, elle est aussi dans Niya. Elle est dans le sérieux, dans l’engagement, dans une expérience aussi de ce monde. Mais c’est peut-être aussi un peu de chance. Vous voyez, je ne saurais pas vous dire, c’est une aventure entrepreneuriale et managériale.

– Il y avait peut-être aussi un vide que vous avez comblé…

– Il y a aussi cela, il y avait un vide. Cette offre n’existait pas vraiment, donc il y avait aussi un besoin en face, une demande qui n’était pas correctement satisfaite.

D’ailleurs, pour vous donner un exemple, on a dépassé le million de visiteurs uniques sur notre site, au mois d’octobre, ce qui est pour un think tank très important. Nos papiers sont lus, pour certains jusqu’à 10.000 fois, voire 30.000 fois ; pour des papiers de recherche, c’est important.

Donc, oui, vous avez raison, on a répondu à une demande qui n’était pas servie ici, et même en Afrique d’ailleurs. Plus de la moitié des gens qui consultent ce qu’on fait viennent de l’étranger.

– Comment voyez-vous l’avenir des think tanks au Maroc ? Pourrait-on assister à un mouvement d’émulation dans ce domaine ?

– Oui, pourquoi pas ! Mais cela suppose de réunir tous ces ingrédients dont on a parlé, qu’il faut mettre en place pour essayer d’obtenir ce résultat. Comme je vous l’ai dit, il n’y a pas de formule magique.

– Est-ce que vous communiquez avec les autres think tanks ?

– Bien sûr, on les invite, on parle, et, comme vous le savez, on collabore beaucoup avec l’Université Mohammed VI Polytechnique, notamment le pôle Économie sociale et Sciences humaines, dont je suis en charge. Nombre de nos experts enseignent et transmettent ce savoir aux jeunes générations, mais aussi aux professionnels dans le cadre de la Public Policy School qu’on a créée au sein de l’Université. Donc, ils enseignent par exemple à des personnes issues du privé ou à des fonctionnaires qui viennent se former.

Quelques étudiants aussi étaient présents. Certains, qui sont en doctorat ou en master, ont été invités à participer, mais d’autres font partie du programme de volontaires. Il y en a une vingtaine ici qui nous aident. On fait également appel à des volontaires pour nos conférences, et ce sont toujours des étudiants.

En fait, ils ne sont pas payés, mais ils sont entièrement pris en charge. De leur côté, ils profitent de la présence des experts. Il y a également d’autres manières de partager à travers les publications, les conférences, les vidéos et, bien sûr, à travers les médias.

– Discours de clôture des Atlantic Dialogues 2023 –