L’Initiative royale atlantique au cœur de la prochaine édition du Forum Crans Montana

L’édition de cette année du Forum prévoit plusieurs sessions dédiées à la vision royale concernant la promotion de l’Atlantique comme levier de développement économique et social, ainsi qu’au rôle stratégique du nouveau port de Dakhla, élément clé pour le développement de l’Afrique de l’Ouest et l’intégration régionale, a affirmé le président-fondateur du Forum Crans Montana, Jean-Paul Carteron.

Lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation de la prochaine édition du Forum, prévue du 24 au 26 avril prochain à Casablanca, il a également souligné que le Forum s’inscrit dans une dynamique de renforcement des liens entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne.

Abordant le thème de cette édition du Forum « Le commerce international requiert sûreté maritime et sécurité des ports et routes navigables », M. Carteron a insisté sur l’importance capitale de la sécurité maritime pour le développement du continent, rappelant que 90% de l’économie du continent repose sur la circulation en mer.

Il a, dans ce sens, énuméré plusieurs défis majeurs qui entravent la fluidité de la navigation maritime, tels que le terrorisme et le crime organisé. « La sécurisation des voies maritimes est essentielle pour le développement de l’Afrique », a-t-il insisté.

Au programme de la prochaine édition du Forum Crans Montana figurent deux conférences de haut niveau sur les thèmes : « Renforcer la coopération internationale, composante essentielle de toute stratégie sécuritaire maritime » et « Sécurisation des ports et des routes maritimes et développement économique des territoires ».

Des débats thématiques et des séances de networking enrichiront également cette édition, offrant ainsi une plateforme d’échange pour les acteurs économiques et institutionnels engagés dans les enjeux maritimes, indique l’organisation basée en Suisse.

À New York, Bourita met en relief l’Initiative Atlantique du Roi pour le Sahel

Lancée en 2022 en vertu du Processus de Rabat des États africains atlantiques, la stratégie royale est une initiative « ambitieuse » de coopération visant à promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité partagées dans la région africaine de l’Atlantique, a souligné Nasser Bourita, lors de cette rencontre organisée sur le thème « Partenariat pour la coopération atlantique ».

L’objectif de l’initiative royale est de permettre l’appropriation par les pays africains de leur processus de développement, rappelant que la façade atlantique africaine comprend 23 pays et 40% de la population du Continent et concentre 70% du commerce inter-africain.

Cet espace, qui regorge de potentiel et d’opportunités dans des secteurs clés comme le tourisme et les ressources minérales fait aussi face à d’énormes défis comme le terrorisme, le changement climatique, l’insécurité maritime ou encore la surpêche, a-t-il déclaré lors de cette réunion tenue en présence de plusieurs autres ministres des deux façades de l’Atlantique.

Se félicitant des nombreuses étapes importantes franchies par les pays de l’Initiative africaine en vue de renforcer son cadre de coopération, le ministre a rappelé qu’un Secrétariat a été établi à Rabat, qu’un Programme d’action a été adopté et qu’un Forum des ministres de la Justice a été créé.

Il a, dans ce cadre, fait savoir que les plans d’action des trois groupes thématiques, qui prévoient des actions concrètes dans les domaines de la sécurité, de l’économie bleue, de la connectivité, de l’énergie et du changement climatique, seront élaborés lors d’une prochaine réunion ministérielle de ces Etats.

Le ministre a, dans ce contexte, salué la dynamique de coopération dans toutes les régions de l’Atlantique, du Sud comme du Nord, notant que le Processus des États africains de l’Atlantique, en tant qu’expression de la vision africaine de la coopération pour cet espace, est engagé à renforcer le partenariat avec d’autres initiatives en vue d’une région atlantique stable, prospère et résiliente.

Le Maroc est convaincu qu’un partenariat solide et mutuellement bénéfique est nécessaire pour soutenir la mise en œuvre des objectifs communs, à travers des mécanismes efficaces de coopération, a-t-il souligné dans ce sens.

« Grâce à des efforts coordonnés entre nos initiatives, qui sont complémentaires les unes des autres, nous serons en mesure de mieux servir l’intérêt de la communauté atlantique pour favoriser une prospérité et une stabilité partagées ».

« Le Processus des États Africains Atlantiques, en tant qu’expression de la vision africaine de la coopération pour cet espace, est engagé à renforcer le partenariat avec d’autres initiatives en vue d’une région atlantique stable, prospère et résiliente, à la faveur d’une dynamique de coopération dans toutes les régions de l’Atlantique, du Sud comme du Nord. »

Nasser Bourita a, par ailleurs, salué les efforts des États-Unis visant à rassembler les pays atlantiques de tous les continents autour d’objectifs communs, se disant convaincu qu’aucun pays ni continent ne peut surmonter seul les défis de l’Atlantique. « Le Maroc se réjouit d’avoir contribué activement à l’initiative américaine en co-dirigeant, avec l’Angola et l’Espagne, le Groupe de Travail sur la planification de l’espace marin », a-t-il relevé à ce sujet.

Initiative Atlantique royale : quelles sont les implications militaires ?

Quelques mois après le discours royal ayant annoncé l’Initiative Atlantique, les discussions se poursuivent quant à sa mise en œuvre concrète, notamment sur la question de la protection des intérêts marocains et ceux de ses partenaires.

« L’Initiative royale vise entre autres à donner un accès maritime aux pays enclavés du Sahel, un accès déjà sous la responsabilité de la Marine royale avec ou sans flux venant du Sahel », précise Abdelhamid Harifi à Médias24.

« Quand le Maroc arrive avec une initiative aussi ambitieuse, il est dans l’obligation d’adapter sa stratégie militaire et sécuritaire pour englober la dimension atlantique et Sahel », déclare l’expert militaire. Cela implique une réévaluation des politiques de défense et de sécurité du pays pour intégrer les réalités nouvelles et complexes de la région du Sahel et de l’Atlantique.

L’Initiative, en effet, n’est pas seulement une question de logistique ou de commerce, elle a des implications profondes en termes de sécurité régionale, nécessitant ainsi une approche holistique qui prend en compte les défis sécuritaires, économiques et politiques dans une région marquée par l’instabilité.

« Un renforcement de la flotte militaire s’impose pour assurer la sécurité du trafic dans la zone et redonner de l’élan à la vocation maritime du Maroc », souligne Abdelhamid Harifi.

« Les infrastructures, l’industrie et la formation doivent accompagner l’Initiative »

L’expert militaire insiste également sur le développement des infrastructures militaires maritimes, un processus déjà amorcé par le Maroc. « Cela passe justement par le développement des infrastructures militaires maritimes dans la zone, déjà entamé par le transfert du commandement de la zone maritime sud d’Agadir vers Dakhla en 2022 », explique-t-il.

« On doit également renforcer nos établissements de formation et mettre en place une forte industrie navale pour accompagner la montée en puissance de la flotte », préconise l’expert.

« Il s’agit de voir la Marine royale comme un outil de souveraineté et de défense sur lequel on doit miser pour confirmer notre leadership régional ».

« Sa réussite dépend de la sécurisation du Sahel »

« La dimension Sahel doit être renforcée également. Aujourd’hui, il n’est plus question d’assurer des renseignements, mais plutôt d’être capable de participer sur le terrain à sécuriser le réseau logistique qui liera les pays du Sahel à la brèche atlantique qu’offre le Maroc ».

Abdelhamid Harifi évoque également les défis spécifiques aux pays du Sahel. « N’oublions pas que ce sont des pays fragiles, avec un risque terroriste élevé, qui est amené à se renforcer à cause de la volonté algérienne de torpiller l’Initiative atlantique », dit-il, mettant en lumière les complexités géopolitiques et les menaces sécuritaires qui pèsent sur la région.

Crédibilité et responsabilité vont de pair

L’expert aborde aussi la question de la crédibilité dans le cadre de cette initiative. « Les ministres des Affaires étrangères des pays du Sahel, réunis le 23 décembre dernier, ont tous mis l’accent sur cet aspect. Être crédible, ce n’est pas juste tenir sa parole, mais aussi être capable d’intervenir pour préserver la souveraineté et la sécurité de ces pays et des intérêts marocains ! » martèle-t-il.

Abdelhamid Harifi met en exergue les propos du Roi Mohammed VI, soulignant la nécessité d’un plan stratégique pour renforcer la flotte maritime nationale du Maroc. « Sa Majesté était très clair quand il a lié cette initiative à la nécessité de l’accompagner par un plan visant à renforcer la flotte maritime nationale ».

Il attire enfin l’attention sur la nécessité d’adapter le Code de la marine marchande, héritage de l’époque coloniale, au contexte actuel. « Cela est aussi un signe pour mettre l’accent sur l’outil défensif maritime qui doit être la priorité de la prochaine période », conclut-il.

L’initiative royale pour les pays du Sahel intègre la Mauritanie et comprend des facilités douanières

Lors de la première réunion ministérielle de coordination qui s’est tenue ce samedi 23 décembre à Marrakech, les ministres des affaires étrangères du Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad se sont tous montrés très intéressés et disposés à coopérer pour concrétiser l’initiative royale qui vise à les connecter aux infrastructures portuaires marocaines sur l’atlantique, notamment au nouveau port de Dakhla.

D’autre part, Nasser Bourita a expliqué que ce processus de partenariat comprendra également dans une phase ultérieure la Mauritanie, qui bénéficiera de cette initiative. D’après le chef de la diplomatie marocaine, le Roi considère que « la réussite de cette initiative ne peut se concevoir sans une implication constructive, positive et concrète de la Mauritanie », ajoutant qu’il a déjà pu en discuter avec le ministre des affaires étrangère mauritanien lors du forum Russie-Monde arabe qui vient de se clôturer à Marrakech.

Lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion, le ministre des affaires étrangères du Burkina Faso, Jean-Marie Karamogo Traoré a révélé que l’initiative marocaine n’était pas exclusivement axée sur l’infrastructure mais comprenait également facilités commerciales et douanières. Il a expliqué que cette première réunion a permis de comprendre les premiers contours de l’initiative et qu’elle ouvrait la voie à la construction d’un espace économique réel.

Répondant à la question de la position du Royaume concernant le coup d’Etat au Niger, Nasser Bourita a rappelé que la politique étrangère marocaine est fondée sur les principes de non-intervention dans les affaires internes des autres Etats, ne pas arrêter les processus de coopération entre les Etats et privilégier la stabilité en faisant confiance au génie des peuples africains concernant leur gouvernance.

Il a également déclaré lors de son discours d’ouverture, que « là où les autres voient des problèmes, le Roi voit des opportunités », rappelant l’engagement sincère du Royaume pour le développement et la prospérité de l’Afrique dans à travers l’investissement et des partenariats gagnant-gagnant, plus à même de garantir la souveraineté des Etats.

Bourita s’entretient en tête-à-tête avec Diop au moment où le torchon brule entre Bamako et Alger

La réunion ministérielle a été précédée par des rencontres bilatérales entre le ministre des affaires étrangères Nasser Bourita et chacun de ses homologues du Mali, Niger et Burkina Faso. Celle avec le ministre des affaires étrangères du Tchad n’a pu se tenir, car celui-ci n’a pu se rendre à Marrakech pour des obligations de dernière minute.

La première d’entre elles s’est tenue avec Abdoulaye Diop, le chef de la diplomatie malienne. Cette rencontre survient dans un contexte inédit de querelle diplomatique entre le Mali et l’Algérie. Ce mercredi 20 décembre, le ministre des affaires étrangères malien a convoqué l’ambassadeur algérien à Bamako pour « exprimer la vive protestation du gouvernement du Mali, suite aux récents actes hostiles des autorités algériennes, sous couvert de processus de paix au Mali », selon un communiqué du ministère des affaires étrangères malien. Le lendemain, l’Algérie rétorque et surenchérit en rappelant son ambassadeur à Bamako pour consultation. Le Mali en a fait de même en invoquant le principe de réciprocité.

Dans son allocution, lors de la plénière d’ouverture des cette réunion, Abdoulaye Diop a exprimé l’entière disponibilité de son pays à coopérer pour faire concrétiser la vision royale qui d’après lui est une manifestation de la solidarité et de la fraternité africaine du Maroc.

Il explique qu’en offrant l’accès à la mer, cette initiative de désenclavement répond aux aspirations des peuples du Sahel en offrant des opportunités de dynamisation des échanges et de participation au commerce mondial.

Lors de la conférence de presse, Abdoulaye Diop a considéré le Maroc comme partenaire fiable sur lequel on peut compter, qui n’est pas dans le jugement, et que c’était le genre de partenaires que les pays du Sahel cherchaient notamment quand il s’agit de l’énergie et des infrastructures.

Le chef de la diplomatie nigérienne : « c’est dans la difficulté qu’on reconnaît ses vrais amis »

Prenant la parole lors de la plénière d’ouverture, le ministre des affaires étrangères du Niger, Bakary Yaou Sangaré, a rappelé avec fierté le départ, la veille de cette rencontre, du dernier soldat français du sol nigérien, en qualifiant ce fait de « moment décisif dans lutte menée pour la reconquête de la souveraineté véritable » de son pays. « Visiblement bon nombre de partenaires, dont la France, peinent à comprendre cette volonté de notre peuple de reprendre en main son destin dans la dignité », a-t-il ajouté.

Il a également exprimé la gratitude de son pays vis-à-vis du Roi du Maroc pour son soutien à travers cette initiative, au moment où le Niger, comme le Mali et le Burkina Faso sont sous sanction d’autres pays de la CEDEAO et l’UEMOA. Sangaré n’est pas tendre avec ses organisations dont il qualifie les décisions de « lâches », ayant choisi d’après ses termes la désintégration à l’intégration.

« C’est dans la difficulté qu’on reconnaît ses vrais amis. Et le Maroc est un vrai ami du Niger, un ami de tous les temps, qui sait être là dans les bons moments comme dans les mauvais moments », a-t-il déclaré considérant que ce n’était pas surprenant de la part du Roi Mohammed VI, étant sa vision de « grand panafricaniste », d’après ses propos.

Pour sa part, l’ambassadeur du Tchad à Rabat a montré son admiration pour la grandeur du projet de port de Dakhla et a exprimé sa fierté qu’il soit construit exclusivement par des entreprises africaines.

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https://medias24.com/chronique/le-maroc-sahelien/