2ᵉ édition du Sustainable Industry Forum : les pistes d’innovation pour repenser la décarbonation industrielle

Après une première édition organisée sous le thème de la mobilité durable, la deuxième édition du Sustainable Industry Forum Meeting s’est terminée le 14 mai 2025 à Rabat, avec d’importantes réflexions sur les enjeux et l’avenir de la décarbonation de l’industrie marocaine.

Cet événement intervient à un moment clé pour évaluer si le Maroc est sur la bonne voie pour décarboner son secteur industriel à temps, tout en préservant sa compétitivité économique. Cette réflexion est d’autant plus importante que le pays accélère la mise en œuvre de ses engagements climatiques.

Le duo gagnant pour la décarbonation du secteur industriel

Lors de son allocution, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, a souligné que le Maroc bénéficie désormais d’une énergie abondante et abordable, ce qui ouvre des perspectives de transformation industrielle majeures. Une énergie décarbonée à coût compétitif est aujourd’hui unanimement recherchée. Toutefois, la contrainte majeure réside désormais dans les infrastructures, ce qui impose leur classement comme priorité absolue en termes d’allocations d’investissements.

Outre ce potentiel énergétique, Mezzour a précisé que le Maroc dispose d’une force de talent exceptionnelle, avec 500.000 personnes formées et certifiées chaque année. Ce potentiel humain devrait être accompagné d’opportunités économiques pour en maximiser l’impact.

« De nombreux pays nous soutiennent, car leurs entreprises souhaitent y participer. Lorsqu’un pays peut produire une énergie compétitive et contribuer à la sécurité énergétique de l’Europe, il suscite un intérêt stratégique. Ces relations se développent de manière très positive », a-t-il affirmé.

Détaillant les objectifs du pays, le ministre de l’Industrie et du Commerce a expliqué que le Maroc déploie deux stratégies distinctes : un plan quinquennal et une vision à 25 ans.

Le plan quinquennal, aligné sur la Coupe du monde, a permis d’étendre la couverture sociale à un niveau élevé pour les Marocains, de doter le pays d’infrastructures de classe mondiale et de lancer une stratégie ambitieuse dans tous les secteurs. Ce plan vise, dans les cinq prochaines années, à élever la qualité des infrastructures et des services publics pour atteindre des standards internationaux.

À moyen terme, le Maroc mise sur le projet d’intégration Atlantique-Sahélien, un programme de 500 milliards de dollars visant à renforcer l’intégration logistique et énergétique en Afrique, à fournir de l’électricité à 600 millions d’Africains qui en sont encore privés, et à améliorer la sécurité alimentaire via des engrais et l’optimisation des rendements agricoles.

« C’est de la paix, c’est du développement, c’est de la sécurité énergétique et alimentaire, et c’est du développement inarrêtable porté par notre souverain au cœur duquel notre pays joue un rôle essentiel », a conclu Ryad Mezzour.

Formation continue, emploi durable et transition énergétique

Pour sa part, Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, a souligné que la difficulté réside dans la capacité à faire les bons choix et à les traduire de manière opérationnelle, que ce soit sur le plan institutionnel, des investissements ou des ressources humaines. « Cette infrastructure décisionnelle est précisément ce que nous sommes en train de construire, tout en expérimentant diverses approches », a-t-il ajouté.

Sur le volet formation dans le secteur de la transition énergétique, Sekkouri a identifié trois enjeux majeurs : la mobilité, l’amélioration des compétences existantes (upskilling) et la reconversion professionnelle (reskilling). Il a souligné que ces trois axes requièrent un nouveau modèle de financement centré sur le parcours individuel des travailleurs. Le ministre a rappelé l’importance de l’accord historique signé en avril 2024 avec les partenaires sociaux, qui a permis d’inscrire la réforme de la formation continue parmi les priorités gouvernementales.

Concernant le calendrier de sa mise en œuvre, Sekkouri a fait état d’avancées significatives lors des dernières négociations d’avril 2025. Une échéance a été fixée à juin prochain pour finaliser les réformes. Le travail technique sur les systèmes d’information et les procédures est bien finalisé, alors que les négociations politiques se sont récemment conclues, selon le ministre de l’Inclusion économique.

Bientôt des ESCO au Maroc

De son côté, Mohamed Ouhmed, secrétaire général du département de Transition énergétique, a mis en avant l’engagement du Maroc à faciliter l’accès des entreprises industrielles aux énergies propres à travers un cadre réglementaire modernisé. Il a rappelé que le ministère a modernisé le cadre réglementaire permettant désormais aux industriels de choisir entre deux options : s’approvisionner auprès de producteurs d’énergie verte via le marché libre régi par la loi 13-09 ou opter pour l’autoproduction en installant leurs propres unités de génération renouvelable tout en bénéficiant d’un accès régulé au réseau national.

Parmi les avancées récentes, il a souligné l’ouverture du marché de la moyenne tension, qui a déjà permis l’approbation de trois projets, dont un pleinement opérationnel, ainsi que la libéralisation du stockage d’énergie verte (notamment des batteries) désormais accessible aux acteurs.

Pour renforcer la transparence, un système de certificats d’origine a été instauré afin de tracer la provenance verte de l’électricité, tandis que la régulation du secteur a été améliorée avec la publication périodique des capacités d’accueil du système électrique par l’Autorité nationale de régulation et une baisse significative des tarifs d’utilisation, réduits successivement de 26 % et de 46 % par rapport au tarif appliqué auparavant.

Sur le front de l’efficacité énergétique, M. Ouhmed a annoncé un élargissement des audits obligatoires par la réduction des seuils d’obligation et l’introduction d’un nouveau cadre légal pour les sociétés de services énergétiques (Energy Service Companies, ESCO) qui permettront aux industriels de déléguer la conception, le financement et l’exploitation de leurs projets d’efficacité énergétique.

Des solutions made in Morocco

En marge de cet événement, ATAREC, une startup marocaine ambitionnant de se positionner comme leader des solutions innovantes en énergies renouvelables de troisième génération, a présenté sa solution de production d’énergie houlomotrice, Wave Beat. Cette startup a déjà déployé un pilote au port de Tanger Med. La première mise en marche du prototype en 2021 a prouvé une capacité de 4,5 kW. À terme, Atartec prévoit d’équiper les 5 km de digues brise-lames pour atteindre une capacité totale de 110 MW.

Concernant le secteur minier, Nawal Zine, directrice de Reminex (filiale R&D, ingénierie et gestion de projets du groupe Managem), a exposé lors du forum comment l’innovation et l’IA révolutionnent la production minière du groupe.

Le projet phare de Managem, celui de la mine connectée de Tizert (investissement de 440 millions de dollars), futur plus grand complexe de production de cuivre en Afrique du Nord, intègre des solutions IA à plusieurs niveaux : capteurs intelligents pour le monitoring environnemental en temps réel, systèmes de localisation pour la sécurité des travailleurs, et modèles prédictifs basés sur 100 ans de données historiques du groupe.

Ces technologies permettront à la fois d’optimiser la consommation énergétique (notamment pour l’aération des galeries), d’améliorer les conditions de travail et de réduire l’empreinte environnementale. Pour Nawal Zine, ces innovations concrètes démontrent que le secteur minier, malgré sa complexité, peut concilier performance industrielle, sécurité du personnel et durabilité environnementale.

Dans un autre domaine tout aussi stratégique, le secteur de l’emballage représente un maillon stratégique de la décarbonation, notamment pour les industries agroalimentaire et textile.

Mounir El Bari, directeur général de GPC Papier et Carton, et président de la FIFAGE (fédération des industries forestières, des arts graphiques et de l’emballage) et de la COVAD (coalition pour la valorisation des déchets), a illustré cet enjeu en présentant l’exemple de son entreprise, qui met en œuvre une politique de développement durable incluant des actions concrètes en faveur de la décarbonation.

Depuis 2015, GPC a déjà réduit sa consommation énergétique de 30 % et recycle annuellement environ 70 000 tonnes de papiers et cartons grâce à son modèle d’intégration verticale. La gestion responsable de l’eau constitue un autre pilier de cette démarche. L’usine de fabrication de papier de Kenitra a limité sa consommation à seulement 8 mètres cubes par tonne produite. Un système de circuit fermé a été mis en place, atteignant 85% d’efficacité, tandis que les 15% restants font l’objet d’un traitement physico-chimique sur site avant un traitement final à la station d’épuration de la ville de Kénitra.

Voici la liste des 44 projets qui ont décroché le soutien à l’innovation industrielle pour 114 MDH

Ces contrats de financement de projets de R&D et d’innovation industrielles s’inscrivent dans le cadre du programme d’appui à l’innovation industrielle financé à travers le Fonds de soutien de l’innovation (FSI), dont l’objectif est de soutenir les projets industriels et les domaines technologiques liés à l’industrie, particulièrement les métiers d’avenir.

Les 44 projets constituent le deuxième lot retenu à l’issue de l’appel à projets relatif audit programme, lancé par le ministère de l’Industrie et du commerce et la CGEM. Le coût global de ces projets est de 273 MDH. La prime à l’innovation octroyée par l’Etat à travers le FSI est d’environ 114 millions de DH.

Pour rappel, le premier lot a porté sur 14 projets dont les contrats de financement ont été signés en juillet 2023. Le coût global de ces projets est d’environ 50 MDH, dont 28 MDH est octroyé par l’Etat.

Les 44 nouveaux projets retenus sont portés par 24 entreprises industrielles dont 6 grandes entreprises, 12 PME et 6 startups industrielles. Ils concernent l’industrie agroalimentaire ainsi que les industries du textile, teinture et délavage, électrique, électronique et énergie, métallurgie, matériaux, aéronautique, ferroviaire, industrie des dispositifs médicaux combinée à l’IA, chimie et parachimie et traitement et recyclage de l’eau.

La liste de 24 entreprises concernées

Voici les 12 PME concernées et leurs projets :

 Conmedic Groupe : prototypage d’un dispositif médical intelligent connecté pour détection de l’état de la prostate.

Gigalab : développement expérimental d’un smart bracelet médical.

LC2A : prototypage d’un dispositif glucomètre non invasif à longue durée de vie.

– Azerys : développement à l’échelle du pilote de la formulation liquide d’extrait de romarin 100% naturel.

– Conserveries du Maghreb : développement pré-industriel de produits alimentaires ready-to-cook Couscous et Pastilla marocaines innovantes et autres plats cuisinés marocains.

– Ait Melloul Electromécanique : développement d’un robot de tri de poissons ou autres produits (volet pré-industriel), ainsi que le volet R&D de ce projet.

– Aviarail : développement d’un portique de sécurité intelligent.

– Lamacom Group : étude de faisabilité d’une ligne de téflonnage pour les articles culinaires.

– Tronico Atlas : développement d’un convertisseur DCDC pour des véhicules hydrogènes ; pré-industrialisation de ce convertisseur.

– Assa Plast : développement d’un composite bois-plastique respectueux de l’environnement pour une économie circulaire.

– Filature textile Settat industrie (FTSI) : développement d’un fil technique avec des caractéristiques physico-chimiques spécifiques ; pré-industrialisation de ce fil.

– Polyfil : développement d’un système de fabrication durable des revêtements de siège automobile recours à 25% de polyesters recycles (PES).

Les six startups et leurs projets :

– Xar Aeospace : développement des cinq premiers prototypes de drones innovants « made in Morocco ».

– Ansaldo Atlas Mobility : développement expérimental d’un prototype de bougie pour train.

– Edronic Technologie : développement d’un rétinographe non mydriatique portable.

– Hyrenco : développement d’une nouvelle technologie brevetée (Maroc) de traitement et de dessalement d’eaux de mer, écoénergétique et éco-responsable ; étude de faisabilité de cette nouvelle technologie brevetée de traitement et de dessalement.

– Atarec : dispositif de conversion de l’énergie de la houle en énergie électrique.

– Borgen Industrie : développement d’un process de fabrication de peinture en poudre utilisant un procédé Bonding innovant.

Enfin, voici les six grandes entreprises :

– Centrale Danone : développement R&D de la microfiltration du milkcracking du lait frais avec un appareil de filtration multifonctions pilote ; pré-industrialisation milkcracking du lait frais et de la microfiltration ; acquisition d’une ligne de microfiltration du lait ; et un projet pilote de beurre allégé.

– Maghreb Steel : développement d’un acier micro-allie, auto-patinable à faible épaisseur, et d’un revêtement pour acier résistant à la corrosion, et conception d’un simulateur de galvanisation ; développement d’un acier balistique soudable, pliable obtenu par laminage contrôlé, et d’un acier Dual Phase pour l’automobile.

– Menara Prefa : développement expérimental de Béton ultra haute performance (BHUP) ; développement expérimental de Mortier Anti-Sismique (MAS) ; valorisation des sous-produits de carrières (fines de lavage) dans la brique de terre compressée et le béton en terre coulée ; développement d’un procédé de fabrication innovant des Granulats légers artificiels (GLA).

– Richbond : développement des housses de siège automobile à base de tissus multicouches fonctionnels ; développement de prototype amélioré de rideaux fonctionnalises isolation thermique et Blackout ; de prototype de textiles techniques résistants aux intempéries pour l’extérieur ; et de prototypes de serpillières en microfibres.

– Active Line : développement d’un procédé d’automatisation des processus de teinture textile par pantone ; d’une machine de recyclage d’eau de teinture et de lavage textile ; et d’une machine de pompe à poudre pour l’utilisation de produits solides dans le procédé de teinture textile.

– Crossing : développement d’un nouveau procédé de teinture et délavage innovant à ultrason visant une réduction du temps de délavage et de teinture et de consommation d’eau et d’énergie ; et d’un processus innovant de délavage écologique en substitution au chlore.

Cinq contrats-programmes

Pour ce qui des cinq contrats-programmes Etat/clusters signés, ils concernent des secteurs diversifiés, à savoir l’industrie ferroviaire, l’hydrogène vert, la valorisation industrielle des ressources naturelles et agricoles, l’électronique, la mécatronique et la mécanique, et celui de l’industrie halio-alimentaire, aquacole et valorisation des produits et des coproduits de la mer.

Ces cinq contrats concernent : MTI (Morocco TraIndustry), Green H2 Maroc (hydrogène vert), COER (cluster agroindustriel Oum Er-rbia), CE3M (électronique, mécatronique et mécanique), AHP (Agadir Haliopole Cluster).

Ces clusters ont été retenus suite à l’appel à projets lancé par le MIC au titre de l’année 2023, dans le cadre du programme d’appui à la mise en place des clusters marocains dans les secteurs industriels et technologiques. L’objectif est de favoriser l’émergence de projets collaboratifs innovants et de R&D à forte valeur ajoutée.

Pour rappel, une enveloppe budgétaire d’environ 160 MDH pour la période 2022-2028 est allouée par l’Etat aux clusters. La subvention totale déjà versée aux clusters opérationnels depuis le lancement du programme s’élève à environ 142 MDH.

https://medias24.com/2023/07/25/la-liste-des-14-projets-beneficiaires-des-primes-de-linnovation-industrielle/

La liste des 14 projets bénéficiaires des primes de l’innovation industrielle

Répartis sur cinq régions (Casablanca-Settat, Fès-Meknès, Souss-Massa, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi), les projets retenus pour la 1ère édition de l’appel à projets relatif au Programme d’appui à l’innovation industrielle, financé à travers le Fonds de soutien de l’innovation (FSI), sont au nombre de 14.

Le coût global de réalisation de ces 14 projets s’élève à près de 50 millions de DH, dont 56% est financé par le FSI.

Sept entreprises industrielles

Conserves de Meknès a obtenu une prime pour deux projets : développement d’un nouveau solvant vert naturel et d’une méthode d’extraction et procédés de préparation des huiles végétales aromatisées « Eco-Lyco » ;

Azerys : valorisation des plantes endémiques naturelles en additifs alimentaires ;

Colorado : projet de développement d’un système de peintures pour recouvrir les bobines de tôles laminées (revêtement industriel) ;

Aviarail : développement de simulateur de feu réel sur aéronef ;

Sacem (2 projets) : procédé industriel à base de production par hydrométallurgie de dérivés de Manganèse et un projet de mise en place d’un pilote pour la production des dérivés de manganèse de 500 kg/j ;

Melint : développement d’une approche innovante d’usage du LIDAR (télédétection par laser) couplé à l’IA, appliqué à la sécurité et à la surveillance des bâtiments sensibles et périmètres ;

Polluclean SARL : développement d’un projet pilote de traitement des lixiviats spécifiques au Maroc.

Cinq start-up

Deepecho : développement d’une solution innovante (algorithmes du deep learning) visant la réduction des taux de mortalité infantile ;

Agritech PCS Afri : développement d’une solution en AgriTech pour la lutte contre les ravageurs agricoles ;

Carbrain : développement et fabrication d’un boîtier scanner avec application Android/IOS/Windows pour prédire les pannes et proposer des solutions grâce à l’IA ;

Edronic Technologie : développement d’un dispositif sous la forme d’un casque lié à une télécommande pour assister les PMR (non voyant/mal voyant) ;

Maghreb Hydroponique : nouveau procédé de fabrication de compléments alimentaires par hydroponie.