À Davos, Anthropic revendique une IA capable d’automatiser l’ingénierie logicielle

À Davos, Dario Amodei ne s’est pas exprimé en observateur inquiet de l’avenir du travail, mais en dirigeant technologique mettant en avant la puissance croissante de son produit.

Le PDG d’Anthropic, entreprise américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle générative et à l’origine du modèle « Claude », a expliqué que les progrès récents de l’IA permettent désormais d’envisager une automatisation très large des tâches de développement logiciel.

Une transformation en cours des besoins en compétences

Selon lui, dans un avenir proche, les modèles d’IA pourront écrire, tester, corriger et maintenir du code de bout en bout, avec une intervention humaine réduite à des fonctions de supervision. « Nous pourrions être à un horizon de six à douze mois de modèles capables d’assurer, de bout en bout, l’ensemble des tâches réalisées par les ingénieurs logiciels« .

Amodei a d’ailleurs souligné que, dans certaines équipes, les ingénieurs passent déjà moins de temps à coder eux-mêmes qu’à relire, orienter et valider le code produit par l’IA.

La valeur ajoutée humaine se déplacerait ainsi vers la définition des objectifs, l’architecture des systèmes et le contrôle de la qualité, plutôt que vers l’exécution technique.

Cette prise de position s’inscrit dans un discours plus large tenu à Davos par plusieurs dirigeants du secteur de l’IA.

Demis Hassabis, PDG de Google DeepMind, a notamment évoqué une transformation en cours des besoins en compétences.

Sans annoncer de suppressions massives d’emplois, ces dirigeants convergent sur l’idée que l’automatisation par l’IA modifie rapidement la structure de la demande de travail dans les métiers technologiques.

Dans ce contexte, certaines entreprises pourraient revoir leurs stratégies de recrutement. Plutôt que de constituer de larges équipes de développeurs, elles pourraient privilégier des profils plus expérimentés, capables de concevoir des systèmes complexes, de piloter des agents d’IA et de formuler des instructions efficaces, ce que l’on désigne de plus en plus comme le prompt engineering.

L’ingénieur logiciel ne disparaît pas, mais son rôle se recompose autour de fonctions d’orchestration et de responsabilité, dans un environnement où l’exécution est largement automatisée.

Mines 5.0 : Aterian et Lithosquare s’associent pour intégrer l’IA dans l’exploration minière au Maroc

La compagnie britannique Aterian et la start-up française Lithosquare ont signé un accord contraignant pour créer une coentreprise au Maroc.

Cette entité sera exclusivement dédiée à l’exploration minière, s’appuyant sur les nouvelles technologies d’intelligence artificielle (IA) développées par Lithosquare, comme l’a annoncé Aterian dans un communiqué publié le 9 décembre 2025.

La nouvelle coentreprise devrait concrètement s’attaquer à l’exploration par IA de huit projets totalisant une superficie de 2.898 km² et présentant essentiellement une grande potentialité en cuivre.

« Il s’agit d’une étape transformationnelle pour Aterian. Ce programme d’exploration guidé par l’IA nous permet d’accélérer simultanément huit projets, de déployer une technologie de nouvelle génération sans coût pour les actionnaires et de définir rapidement des cibles de forage à haute valeur », a déclaré Simon Rollason, CEO d’Aterian.

Le programme d’exploration par IA est financé à hauteur de 1,4 million d’euros. La priorité est donnée à un investissement initial de 500.000 euros pour la génération de cibles via l’IA, la géophysique, la cartographie et le forage, dans le but d’identifier rapidement des gisements à haute valeur de cuivre et de minéraux critiques.

Pour Lithosquare, cet accord permettra de déployer, pour la première fois au Maroc et en Afrique, leur plateforme géologique d’IA ainsi que leurs flux de travail géologiques intégrés avec le terrain, là où une exploration moderne soutenue par l’IA peut obtenir des résultats plus rapides et économiques.

« Ce partenariat marque un moment important dans le parcours de Lithosquare, nous offrant l’accès à un terrain d’exploration de classe mondiale et validant notre approche unique d’IA géologique », a expliqué Aymeric Préveral-Etcheverry, CEO et cofondateur de Lithosquare.

Lithosquare apporte son expertise technologique en échange d’une participation initiale de 20% et d’une redevance nette de fonderie (NSR) de 0,5%. Toutefois, des clauses incitatives peuvent permettre d’augmenter sa part jusqu’à 49,9% du capital et sa redevance nette de fonderie jusqu’à 2%, à mesure que les projets progressent et génèrent de la valeur.

Grâce à un financement sécurisé et à une technologie ayant déjà fait ses preuves, Aterian compte accélérer ses huit projets d’exploration au Maroc afin de générer rapidement de la valeur à partir de son portefeuille diversifié, riche en potentialités de cuivre-argent, d’or et de métaux de base.

« La coentreprise associe notre portefeuille d’exploration de haute qualité à la technologie d’IA éprouvée de Lithosquare et à son équipe de géoscientifiques pour créer un puissant moteur de découverte. Le programme d’exploration nous offre une voie immédiate pour libérer de la valeur à travers plusieurs ceintures cuprifères, à grande échelle et à grande vitesse », a souligné Charles Bray, président exécutif d’Aterian.

Pour mémoire, Aterian avait précédemment décidé de rationaliser son portefeuille minier en renonçant à plusieurs permis de recherche afin de se focaliser sur ses projets les plus prometteurs. Parmi ceux-ci figurent le projet de Jebilet Est, où des teneurs exceptionnelles en cuivre ont atteint jusqu’à 9,25% dans certaines veines de quartz, et le projet Tata, qui a démontré des teneurs importantes en cuivre allant jusqu’à 7%.

Hackathon AIWA : YouCode Safi place les jeunes talents marocains au cœur de l’innovation en IA

Déjà aujourd’hui, et plus encore demain, l’intelligence artificielle déploie sa puissance et transforme le monde. Si notre pays ne cherche pas à se positionner dans l’innovation en intelligence artificielle, il risque de manquer le train d’une révolution qui façonnera le monde de demain, et plus particulièrement son avenir technologique et économique.

Consciente de l’imminence du sujet et de l’importance de faire émerger une innovation locale dans ce segment technologique, l’école YouCode, affiliée à l’UM6P, a organisé du 20 au 22 juin 2025 à Safi la première édition du hackathon AIWA (Artificial Intelligence Workshop & Arena) afin d’imaginer des solutions concrètes pour la société grâce à l’IA.

« Nous organisons ce type d’initiatives à YouCode, car nous croyons que notre jeunesse marocaine n’est pas seulement consommatrice de technologie. Nous formons des bâtisseurs, des contributeurs et des créateurs de solutions essentielles à la digitalisation de notre pays et de notre continent », a déclaré Adil Belkhadir, directeur des écoles YouCode.

48h chrono : qui seront les élus ?

La compétition AIWA a été précédée d’un rigoureux processus de sélection : seuls 20 projets ont été retenus parmi les 300 candidatures soumises par des écoles et universités marocaines.

La sélection s’est appuyée sur la pertinence des solutions d’IA proposées, leur originalité ainsi que leur capacité à répondre à un problème concret ou à exploiter une opportunité commerciale.

Pendant 48 heures, plus de 70 jeunes talents se sont réunis sur le campus de Safi pour concevoir des solutions d’intelligence artificielle en lien avec des problématiques actuelles.

Les projets en compétition s’articulent autour de quatre axes principaux : vie personnelle et épanouissement, business, tech et opérations, secteurs économiques clés, ainsi que planète et durabilité.

Bien qu’aucune thématique n’ait été imposée, toutes les propositions avaient un point commun : une utilité sociale concrète et tangible. Parmi les solutions retenues par le jury figurent notamment :

Un jury de haut niveau, composé de chefs d’entreprise, d’ingénieurs, de chercheurs et de fondateurs de startups, était présent, aux côtés de représentants du groupe OCP, de son cabinet de conseil OCP Solutions, de NBS Consulting et de HEM Business School.

« Nous avons des talents et des esprits brillants au Maroc. Nous aimerions être parmi les premiers à surfer sur la vague, à faire émerger des innovations et à mettre en valeur les compétences marocaines dans le domaine de l’intelligence artificielle… », a précisé Sophia Koukab, managing partner chez NBS-Consulting.

Au-delà du succès de l’événement, la présence de partenaires issus des secteurs industriel (notamment OCP), de l’enseignement du codage (YouCode/1337), de l’entrepreneuriat et de l’IT vise à consolider les retours d’expérience et à détecter les talents susceptibles de briller lors de telles initiatives.

Parallèlement, un bootcamp a été organisé au bénéfice de tous les participants. Il a couvert l’ensemble des outils d’IA, des chatbots et modèles de langage (LLM) comme ChatGPT aux modules de vision par ordinateur et d’apprentissage automatique, ainsi qu’un atelier consacré à la construction de la proposition de valeur et aux aspects marketing et financiers d’un projet.

Transformer l’innovation en startup

« Cette initiative n’est pas simplement un événement de 48 heures, mais un mouvement qui démarre avec cette première édition, et auquel nous souhaitons voir d’autres partenaires s’associer. Ce mouvement ne se limite pas aux hackathons, mais inclut aussi des sessions et des startups qui naîtront de cette dynamique », a conclu Sophia Koukab.

Bien que cette compétition prévoit des prix financiers, son principal atout stratégique réside dans l’accompagnement du vainqueur pour créer une startup au sein du campus de Safi, où un espace dédié offrira une incubation permanente ainsi qu’un soutien constant pour l’accompagner vers un succès retentissant.

De son côté, le groupe OCP s’ouvre davantage sur les voies des startups. Il considère l’innovation dans des secteurs tels que l’intelligence artificielle, la maintenance prédictive, la digitalisation et la durabilité comme un levier stratégique pour dynamiser sa propre croissance et montrer la voie du développement, non seulement pour la chaîne de valeur des phosphates, mais aussi pour tout le pays.

Cet événement, certes plus simple dans sa forme, est néanmoins plus challengeant : il vise à dénicher une pépite parmi les jeunes talents marocains, porteurs d’intelligence, d’énergie et de passion.

Une deuxième édition est prévue pour 2026, avec l’ambition de créer une communauté AIWA capable de fédérer les jeunes talents marocains en intelligence artificielle, d’autant plus que le Royaume figure parmi les plus grands utilisateurs de ces technologies. Il est donc temps d’en tirer pleinement parti grâce à un encouragement efficace de la recherche et de l’innovation.

En effet, le modèle chinois DeepSeek a démontré qu’il est tout à fait possible pour les pays émergents d’innover en IA sans repartir de zéro. Une stratégie d’innovation agile, alliant adaptation et créativité, ouvrirait la voie à une intelligence collective capable de transformer le Maroc de demain.

Naver, NVIDIA et Lloyds Capital s’allient pour construire un data center IA au Maroc

Team Naver a annoncé dans un communiqué la formation avec NVIDIA, entreprise spécialisée en infrastructures IA Nexus Core Systems, et la société d’investissement Lloyds Capital d’un consortium pour construire un data center IA de nouvelle génération au Maroc.

L’objectif est de « construire un data center basé sur les énergies renouvelables d’une capacité de 500 mégawatts (MW) au Maroc, un pays compétitif en termes de coûts énergétiques et opérationnels, en plus d’être directement connecté avec l’Europe par de multiples câbles sous-marins à fibre optique », afin de fournir une infrastructure IA plus rentable et plus stable au marché européen.

Selon le communiqué de Naver, la première phase de ce projet verra « la construction d’une infrastructure de supercalcul IA de 40 MW équipée des derniers GPU Blackwell (GB200) de NVIDIA d’ici la fin de l’année », avec une expansion progressive prévue pour atteindre jusqu’à 500 MW.

Pour ce faire, le consortium a signé « un contrat stratégique d’approvisionnement en énergies renouvelables avec l’entreprise énergétique TAQA, assurant ainsi une infrastructure électrique durable et stable ».

Naver Cloud participera quant à elle « en tant qu’opérateur de la plateforme du data center, en fournissant des services et des applications IA intégrés basés sur sa plateforme cloud avancée ».

Compte tenu de l’importance de la souveraineté des données dans la région EMEA, Naver entend à travers ce projet « construire une structure de cloud et d’IA souveraine, où tous les processus, du stockage des données à leur traitement et à leur exploitation, pourront être effectués de manière indépendante localement ».

Chae Seon-joo, directrice des affaires stratégiques de Naver, a expliqué dans le communiqué le contexte de ce projet : « La confiance dans la technologie et la capacité d’exécution de Naver, prouvées en Arabie saoudite, ont conduit à notre participation à ce projet mondial. Cette coopération marquera un tournant important, car les technologies de cloud et d’IA de Naver s’étendront au-delà du Japon, de l’Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient, pour atteindre le marché européen ».

Avant de conclure : « Naver continuera à renforcer ses capacités et à étendre ses collaborations avec divers partenaires pour s’assurer un leadership technologique et jouer un rôle significatif dans la chaîne de valeur mondiale de l’IA, qui évolue rapidement ».

Changer les esprits, pas seulement les programmes : Al Akhawayn prépare sa mue pour 2030

Ce mercredi 11 juin 2025, au siège de Bank Al-Maghrib à Rabat, l’université a donné le coup d’envoi de la réflexion autour de son futur Plan stratégique 2025-2030. L’occasion aussi de marquer une étape symbolique : ses 30 ans d’existence.

Dans une intervention empreinte de recul et de clarté, Abdellatif Jouahri, président du conseil d’administration, a retracé les grandes étapes de l’histoire de l’université, rappelant sa mission fondatrice qui est d’offrir au Maroc un modèle académique d’excellence, inspiré des standards internationaux.

Il a insisté sur la capacité d’Al Akhawayn à évoluer avec son temps, en phase avec les priorités du pays. « Nous sommes une université qui s’adapte aux besoins du pays, du gouvernement, de la société ».

Amine Bensaïd, président de l’université depuis 2019, est quant à lui venu présenter un projet qui ne s’inscrit pas dans une simple logique de planification. Ce qu’il défend, c’est une transformation profonde. Pas une rupture brutale, mais un glissement résolu vers une nouvelle culture éducative, fondée sur l’adaptabilité, l’esprit critique et la responsabilisation des étudiants. Une transformation des contenus, oui, mais surtout des mentalités.

Changer le mindset des étudiants, un enjeu de fond

Former à des savoirs ne suffit plus. Pour Amine Bensaïd, c’est la manière de penser, de réagir à l’échec, de s’accrocher face à l’incertitude qui devient aujourd’hui centrale. « Nous ne cherchons pas seulement à transmettre des connaissances, mais à transformer la manière dont les étudiants abordent les défis ».

Il s’appuie sur une étude menée avec l’UM6P et le MIT. Résultat marquant : lorsqu’un étudiant marocain est confronté à un obstacle, il change souvent d’idée. À l’inverse, un étudiant du MIT persiste jusqu’à la concrétisation. Ce décalage, explique-t-il, renvoie à une dimension essentielle : les habitudes de l’esprit. Et c’est précisément ce que le modèle Liberal Arts d’Al Akhawayn cherche à développer : un modèle éducatif, inspiré des universités américaines, qui ne cloisonne pas les savoirs. Il vise à former des esprits ouverts, capables de relier les idées, de poser des questions complexes, de raisonner de manière critique et de communiquer efficacement.

C’est dans cette logique que s’inscrit ce qu’Amine Bensaïd appelle le mindset entrepreneurial, une posture qui s’appuie sur des qualités comme la résilience, la curiosité, l’initiative et la constance. Et si ce changement de posture prend du temps, les signaux sont encourageants.

Les étudiants d’Al Akhawayn s’engagent de plus en plus dans des dynamiques entrepreneuriales concrètes, soutenues notamment par les incubateurs de l’université. Ces structures offrent un cadre pour expérimenter, innover, tester des idées et collaborer avec des chercheurs, des experts et des mentors.

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, plus de 920 étudiants ont participé à des programmes d’entrepreneuriat et d’innovation, sans y être contraints, preuve qu’un changement de culture est bel et bien en cours.

Former à l’intelligence artificielle, sans perdre l’humain

Mais l’université ne s’arrête pas là. Elle investit massivement un autre terrain : celui de l’intelligence artificielle. Et pas de manière opportuniste. « Nous avons un master en IA depuis 1995 », rappelle Amine Bensaïd. Dès l’année prochaine, seize nouveaux programmes viendront enrichir son offre, dont plusieurs axés sur l’IA appliquée à des secteurs stratégiques comme la fintech, la cybersécurité ou les systèmes intelligents.

Mais l’ambition de l’université ne s’arrête pas à la formation des étudiants. Elle s’étend aux enseignants qu’elle prépare activement à intégrer l’IA dans leurs pratiques pédagogiques. Grâce à des partenariats avec des universités américaines, les professeurs sont formés et certifiés pour utiliser ces outils de manière pertinente, avec un seul objectif : mieux accompagner les étudiants, en adaptant l’enseignement à leurs besoins et à leurs capacités.

L’IA devient ainsi un moyen de rendre la pédagogie plus fine, plus réactive, et véritablement centrée sur l’élève.

Mais ici encore, la prudence est de mise. « La génération Z est hyperconnectée. L’IA les fascine, mais elle peut aussi devenir une source de stress, voire d’isolement. Notre mission, c’est aussi de les protéger ».

C’est pourquoi Al Akhawayn développe une approche équilibrée : intégrer l’IA sans déshumaniser, renforcer les dispositifs de soutien psychologique et préparer les jeunes à évoluer dans un monde automatisé sans y perdre leur boussole intérieure.

Médecine et IA : un ouvrage pionnier interroge la place du praticien dans un monde d’algorithmes

Publié en mai 2025 chez Prestige Diffusion, cet ouvrage se distingue par sa portée : il s’agit du premier livre sur ce thème écrit par une praticienne médicale francophone africaine. À la croisée de la médecine, de l’éthique et de la prospective, il s’adresse aussi bien aux professionnels de santé qu’aux étudiants, décideurs et citoyens intéressés par l’évolution du système de soins.

Médecine augmentée ou déshumanisée ?

L’autrice, la Pr Amal Bourquia, néphrologue et figure reconnue de la santé au Maroc, y explore les grands bouleversements induits par les technologies d’intelligence artificielle : diagnostic assisté, médecine personnalisée, prédiction des risques, automatisation des décisions cliniques, etc.

Si ces outils promettent des gains en efficacité et en précision, ils soulèvent aussi des questions de fond : que devient la relation médecin-patient ? L’intuition et l’écoute peuvent-elles être reproduites par des machines ? Comment garantir une utilisation éthique des données de santé ?

Face à ces interrogations, la Pr Amal Bourquia plaide pour une médecine équilibrée, où l’humain reste au centre de la décision, et où l’IA agit comme un outil d’assistance et non de substitution. « Loin d’opposer technologie et humanisme, ce livre invite à penser une complémentarité entre intelligence artificielle et intelligence humaine », souligne-t-elle.

Une perspective marocaine et africaine

L’un des apports majeurs de cet ouvrage réside dans son ancrage local. En s’appuyant sur son expérience de terrain, la Pr Amal Bourquia examine les défis spécifiques des systèmes de santé marocains et africains face à cette transition technologique : fracture numérique, accès aux données, formation des soignants, gouvernance de l’IA, etc. Elle rappelle que toute innovation technologique doit être accompagnée d’une réflexion éthique et adaptée aux réalités locales.

À la fois pédagogique et engagé, Le Médecin à l’ère de l’intelligence artificielle ouvre une discussion nécessaire sur l’avenir de la médecine. Il s’impose d’ores et déjà comme une référence pour comprendre les transformations en cours, sans céder ni à l’enthousiasme aveugle ni à la méfiance systématique.

Avec l’IA, l’artiste Monsieur G réinvente les voyages d’Ibn Battouta

Des personnages aux costumes extravagants, entre turban-nid d’oiseau et fès couronné d’une boîte d’œufs, des regards qui flottent entre rêve et réalité… À Tanger, l’exposition « Ibn Battouta, le voyage imaginaire« , signée par Monsieur G, convie les visiteurs à une traversée inédite des mondes de l’explorateur tangérois. Une traversée qui ne cherche pas à retracer l’itinéraire d’Ibn Battouta, mais à en réinventer l’esprit.

Organisée dans le cadre du Festival Ibn Battouta, tenu du 8 au 10 mai, l’exposition se déploie dans deux lieux emblématiques de la ville : l’Espace d’exposition de la mémoire d’Ibn Battouta, situé à Borj En-Naam, et la galerie Conil Volubilis. Visible durant tout l’été, elle invite à une relecture contemporaine et onirique des récits de voyage du célèbre explorateur.

Un récit visuel réinventé à l’ère de l’IA

Dès l’entrée, le ton est donné : ici, l’histoire se raconte autrement. Les murs sont peuplés de portraits de personnages inventés, aux allures irréelles et foisonnantes, que Monsieur G imagine comme autant de rencontres possibles d’Ibn Battouta au fil de ses périples. Certains portent des bijoux clinquants, d’autres des légumes ou des miroirs, en écho à des cultures croisées ou rêvées. Le résultat est déroutant, captivant, presque hypnotique.

« Ce qui m’inspirait, c’était le flou du récit d’Ibn Battouta, entre réalité et légende. J’ai voulu créer des personnages qu’il aurait pu rencontrer, avec une part d’exubérance, de merveilleux », explique l’artiste, interrogé par Médias24 lors du vernissage.

Photographe de formation, Monsieur G s’est tourné vers les outils d’intelligence artificielle générative pour explorer cette esthétique du fantasme. Pour lui, l’IA n’est pas une fin, mais un moyen : « C’est un outil créatif comme un autre, qui ouvre des possibilités nouvelles. Elle ne remplace pas l’artiste, elle le stimule ».

Un univers visuel foisonnant

Chaque portrait, réalisé à l’aide de l’IA, est minutieusement composé : matières textiles, textures, symboles issus des cultures marocaines, arabes, africaines ou asiatiques… L’ensemble forme une galerie de figures inventées, à mi-chemin entre conte oriental, peinture surréaliste et art numérique.

À Borj En-Naam, le contraste entre le bâtiment historique et les œuvres numériques accentue la tension entre passé et futur. À la galerie Conil Volubilis, plus contemporaine, l’exposition prend une autre dimension, plus installative, plus libre. Ce dialogue entre les deux espaces accompagne celui entre tradition et modernité, que le festival souhaite mettre au cœur de sa programmation.

Une exposition pensée aussi pour les plus jeunes

Pensée comme un voyage sensoriel, l’exposition vise aussi un jeune public. Des visites scolaires sont programmées, et Monsieur G prévoit de concevoir des affiches et des supports pédagogiques adaptés aux enfants. L’objectif : éveiller leur curiosité pour les cultures du monde, leur transmettre autrement l’héritage du grand voyageur tangérois et leur faire découvrir le potentiel créatif de l’intelligence artificielle.

En marge de l’exposition, le Festival Ibn Battouta propose également conférences, performances, rencontres artistiques et échanges autour du voyage, réel ou symbolique. L’ensemble compose une proposition culturelle ambitieuse, qui vise à ancrer durablement ce rendez-vous à Tanger.

Younes Kouira : « Le Maroc peut viser une licorne en cinq ans, mais à condition de plonger dans la DeepTech »

BENGUERIR. DEEP TECH SUMMIT 2025 – Présent pour la première fois au DeepTech Summit, Younes Kouira, entrepreneur en intelligence artificielle et spécialiste de l’adoption technologique, s’est dit impressionné par l’écosystème émergent de l’innovation au Maroc. Ce qu’il a vu à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) l’a conforté dans une conviction : le pays est prêt à jouer un rôle de premier plan dans l’économie numérique mondiale, à condition d’assumer pleinement les potentialités de l’IA.

Les startuppeurs marocains ont une vision internationale

Mais au-delà de la forme, c’est le fond qui a surtout retenu son attention : « Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’ambition affichée par nos startuppers. Ils ne se contentent pas de répondre à des problématiques locales ; ils ont une vision internationale et souhaitent créer un impact à l’échelle mondiale », confie-t-il à Médias24. Une dynamique portée, selon lui, par les nouvelles technologies, et en particulier par l’IA, qui agit comme un accélérateur d’ouverture à l’international.

L’IA, un levier de transformation, pas une menace

M. Kouira observe que les cas d’usage les plus avancés au Maroc se situent actuellement dans des domaines bien identifiés : « relation client, création de contenu marketing, maintenance prédictive, accès à la connaissance… »

« Mais cette technologie commence à s’aventurer dans des domaines traditionnellement réservés à l’intellect humain », poursuit Younes Kouira. Elle est même capable aujourd’hui de « comprendre et d’analyser des documents techniques complexes ».

Et cette avancée ne doit pas susciter de craintes. L’IA ne remplacera pas l’humain, mais comblera des manques : « Il faut comprendre qu’elle peut compenser l’absence de travailleurs. Je m’explique : au Maroc, nous faisons face à une déficience, voire une carence chronique, en main-d’œuvre qualifiée ». Et de poser une question directe : « Combien d’opportunités économiques nous échappent simplement parce que les profils ne sont pas disponibles ? ».

C’est dans cette logique que M. Kouira voit l’IA comme « une arme redoutable pour la montée en compétence ». Elle nous permet aussi, en tant que Marocains, « d’explorer des secteurs et des territoires qui nous étaient jusque-là difficiles d’accès ».

Les piliers de la stratégie Maroc Digital 2030

Pour Younes Kouira, la stratégie « Maroc Digital 2030 » trace une feuille de route cohérente, fondée sur trois piliers essentiels : l’infrastructure, les talents et l’adoption. Et sur ce dernier volet, l’entrepreneur se montre résolument optimiste. « Sur le point de l’adoption, les résultats sont particulièrement encourageants. Comme je l’ai mentionné, nous partons d’une base solide ».

Un constat conforté par des données objectives. « La dernière étude du Boston Consulting Group classe les managers marocains quatrièmes au niveau mondial en matière d’utilisation de l’intelligence artificielle », rappelle-t-il. Une performance qu’il qualifie « d’avantage stratégique indéniable ».

Mais cette dynamique s’accompagne aussi de précautions. « Cette même étude souligne une tendance à trop faire confiance aux résultats générés par des outils comme ChatGPT, sans les remettre suffisamment en question ». Younes Kouira considère que ce biais cognitif peut être corrigé par un accompagnement ciblé et des actions de sensibilisation adaptées.

Sur le terrain, il note déjà des initiatives positives portées par des acteurs marocains engagés, qui proposent des masterclasses de haut niveau. « Elles sont animées par des experts que nous pourrions même valoriser à l’international, en Europe, en Afrique ou dans le monde arabe ». L’adoption, selon lui, est bien plus qu’une tendance – « c’est un motif de fierté nationale ».

Un focus nécessaire sur le développement du capital humain

Pour notre spécialiste de l’adoption technologique, le levier des talents nécessite « une attention renforcée ». Sur le terrain, des actions concrètes ont déjà été engagées, dont le reskilling, cette capacité à offrir une nouvelle trajectoire professionnelle à ceux qui souhaitent évoluer vers l’intelligence artificielle. « Il est essentiel de permettre à tous les ingénieurs désireux de se reconvertir vers l’IA de le faire », affirme-t-il, « comme ce fut le cas à l’étranger dans le cloud ou la cybersécurité ».

À cet égard, le gouvernement marocain « mobilise des moyens importants, avec des programmes comme JobInTech et d’autres dispositifs », rappelle-t-il. Les entreprises, elles aussi, s’impliquent fortement. Notre interlocuteur relève dans ce sens « une multiplication de masterclasses et de formations continues », reflet d’un véritable dynamisme sur le terrain.

L’éducation et l’inspiration des écoliers avant tout

Aujourd’hui, le cœur du défi se situe en amont, dans l’éducation. Dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030, l’objectif est clair : former 100.000 ingénieurs en cinq ans. Une ambition qui impose d’agir dès aujourd’hui, dans les collèges et lycées du Royaume. « Il faudrait déjà inspirer entre 200.000 et 500.000 jeunes à s’orienter vers ces filières : les sciences, la technologie, l’ingénierie, la DeepTech ».

Ce virage ne peut se limiter à l’introduction de quelques cours de coding, c’est d’abord une question d’inspiration. « Nos collégiens sont brillants, curieux, connectés au monde. Il faut leur montrer le sens, l’utilité, la liberté que permet ce secteur. » Une liberté que M. Kouira connaît bien, après plus de vingt ans de carrière dans la tech : « C’est un domaine qui ouvre des perspectives extraordinaires : liberté de création, liberté de lieu, et de nouvelles formes de travail que nous avons nous-mêmes contribué à inventer, comme le télétravail ».

Une ambition inédite : faire émerger des licornes marocaines

Dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2030, un indicateur de performance particulièrement audacieux a été fixé par le ministère : faire émerger, d’ici cinq ans, une à deux licornes marocaines (licorne : start-up valorisée à plus d’1 milliard de dollars) . »Il y a encore trois ans, un tel objectif aurait semblé prétentieux, voire irréaliste », concède Younes Kouira. « Mais aujourd’hui, avec l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, cet objectif devient véritablement envisageable pour nos entrepreneurs, nos startuppers et même nos étudiants. »

Le tournant s’est opéré en novembre 2022, avec le lancement de ChatGPT par OpenAI. « Ce que le grand public a perçu comme un effet ‘waouh’ a été, pour les professionnels de la tech, un véritable séisme », analyse notre interlocuteur. Ce choc d’innovation a eu un effet immédiat : la baisse brutale du ticket d’entrée technologique. Désormais, concevoir un produit puissant ne requiert plus des mois de développement ni des ressources colossales. Il suffit de savoir combiner intelligemment des outils déjà disponibles.

Une démocratisation qui appelle une différenciation

« Nous sommes dans une phase où des compétences comme le prompt engineering, l’assemblage d’API, ou le packaging de solutions IA deviennent accessibles à tous« , observe M. Kouira. Mais cette démocratisation a un revers : elle banalise l’usage. « Comme hier tout le monde affichait ‘maîtrise d’Office’ sur son CV, demain, tout le monde maîtrisera ChatGPT ou un LLM ».

Dès lors, la vraie valeur ajoutée ne résidera plus dans l’utilisation de l’outil, mais dans sa compréhension profonde et sa réinvention. Younes Kouira appelle à un saut qualitatif vers la DeepTech, ce domaine où l’on explore les couches internes des modèles, où l’on développe ses propres frameworks et où l’on crée localement des solutions de rupture. « C’est à ce niveau que se construira la différenciation stratégique », affirme-t-il. Et c’est là, selon lui, que le Maroc doit miser s’il veut non seulement atteindre l’objectif des licornes, mais surtout poser les fondations d’un leadership technologique durable.

Le maillon faible : l’infrastructure technologique

Dans la dynamique de la stratégie Maroc Digital 2030, Younes Kouira relève une convergence croissante entre la vision gouvernementale et les besoins concrets du terrain, mais rappelle tout de même qu' »un écosystème n’a pas vocation à s’aligner parfaitement avec son gouvernement — que ce soit au Maroc ou ailleurs ». Ce n’est pas, selon lui, dans les règles naturelles de l’innovation.

Mais dans le cas marocain, il note l’existence d’une compréhension mutuelle des enjeux, une base essentielle pour bâtir un avenir numérique partagé. Reste un défi de taille : l’infrastructure. Pour M. Kouira, « c’est sur ce pilier que nous avançons encore trop lentement, surtout en comparaison avec d’autres écosystèmes ».

Le frein principal ? « L’absence d’une vision claire et partagée de ce que doit être la souveraineté technologique ». Il appelle à sortir des discours génériques pour proposer une définition concrète, applicable, et surtout adaptée au contexte marocain.

Et sur ce point, le Maroc n’a pas à chercher loin pour trouver l’inspiration. Younes Kouira cite l’exemple du modèle développé par OCP dans l’agriculture, et rappelle que l’UM6P — où il s’exprime — incarne justement cette capacité à ancrer une vision stratégique dans un projet scientifique et industriel. « Le Maroc a su, grâce à sa diplomatie multi-alignée, sécuriser ses chaînes d’approvisionnement même dans un contexte de crise mondiale, comme celle déclenchée par la guerre en Ukraine ».

« C’est ce même esprit qu’il nous faut transposer au numérique et à la tech », insiste notre entrepreneur en IA. « Cela signifie sortir d’une logique binaire opposant souveraineté locale et dépendance extérieure ». Il propose dans ce sens de bâtir « des architectures hybrides » : des installations stratégiques sur le territoire national, certes, mais aussi des alliances structurantes avec les géants mondiaux de la technologie.

Le Maroc, souligne-t-il, est aujourd’hui dans une position géopolitique exceptionnelle. « Dans un monde où la Chine ne peut plus acheter de puces Nvidia aux États-Unis, le Maroc dispose encore d’un accès privilégié à ces technologies, qu’elles soient américaines, chinoises ou européennes ». Un avantage rare, qu’il faut transformer en modèle marocain de souveraineté technologique. Un modèle à la fois pragmatique, imaginatif et résilient, à l’image de ce que le pays a su construire dans d’autres secteurs clés.

Programme IA Starter : 30 cadres formés à l’IA et au codage à Oujda

Dans une volonté commune de promouvoir l’innovation dans le service public et d’accompagner la transformation numérique des institutions, Zone01 Oujda, en partenariat avec la wilaya de la région de l’Oriental, le Conseil de la région de l’Oriental, l’Université Mohammed Ier, l’Agence de développement de l’Oriental et le Centre régional d’investissement de l’Oriental, a organisé le programme IA Starter, du 14 au 18 avril 2025 sur le campus de Zone01 Oujda.

Ce programme intensif s’adressait aux cadres et responsables des administrations locales. Il avait pour objectif de leur transmettre les fondamentaux de la programmation, de les initier à une collaboration efficace avec l’intelligence artificielle dans leurs missions quotidiennes et de renforcer leur capacité à travailler collectivement de manière plus agile et innovante.

Cette première édition, inédite à l’échelle locale et nationale, a réuni 30 participants issus de diverses institutions et structures administratives, témoignant ainsi de l’intérêt croissant porté à la digitalisation du secteur public.

Le programme s’appuyait sur la méthode d’apprentissage entre pairs (Peer-to-Peer Learning), adoptée par 01Talent, une organisation internationale reconnue pour son expertise dans le développement des talents numériques dans plusieurs pays. Cette approche pédagogique, éprouvée depuis plus de vingt ans, est aujourd’hui utilisée pour former certains des meilleurs développeurs au monde.

Son intégration dans le contexte administratif a représenté une opportunité unique pour les agents publics d’acquérir de nouvelles compétences en travaillant en équipes hétérogènes, favorisant ainsi l’intelligence collective, la créativité et la résolution de problèmes de manière innovante.

Le programme reposait sur une approche pratique et interactive, permettant aux participants de maîtriser les bases du codage et de s’approprier l’usage concret des outils d’intelligence artificielle dans leur environnement professionnel, à travers les modules suivants :

Comment l’UM6SS mise sur l’intelligence artificielle et la simulation pour réinventer la pédagogie médicale

Médias24 : Quel regard portez-vous sur la manière dont la digitalisation redéfinit aujourd’hui les pratiques et les méthodes pédagogiques en médecine ?

Pr Mohamed Adnaoui : La digitalisation représente aujourd’hui la quatrième révolution industrielle. Elle s’impose à tous les secteurs, y compris celui de l’enseignement, en offrant des opportunités d’innovation et d’adaptation aux besoins des générations futures.

Dans le domaine de la santé, l’intelligence artificielle est appelée à transformer en profondeur plusieurs aspects : la pratique quotidienne, le diagnostic, la décision clinique, l’analyse prédictive, la médecine de précision, les objets connectés, la télémédecine ou encore l’exploitation des big data.

Un autre volet important de la digitalisation réside dans sa capacité à servir à la fois les étudiants, les enseignants et, plus largement, la société. Elle ne se limite pas à la pédagogie, mais s’étend également aux aspects pratiques de la formation.

Aujourd’hui, les chirurgiens se forment à l’aide de robots, ce qui représente un tournant significatif. Cela implique une intégration de la digitalisation dans toutes les sphères, aussi bien pédagogiques que décisionnelles, au sein des établissements.

– Quelle place l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé (UM6SS) accorde-t-elle à la transformation numérique dans sa stratégie de développement ?

– L’engagement est clair. Depuis que le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation a lancé l’initiative « Université 4.0 », avec le plan Pact ESRI 2030, toutes les universités ont été invitées à suivre cette dynamique. L’UM6SS a répondu présent, avec la volonté affirmée d’être à la pointe de cette transition.

Nous avons commencé par digitaliser nos plateformes d’enseignement. Les étudiants ne viennent plus en cours pour recevoir passivement un enseignement ; les supports sont accessibles en ligne, en amont, et les séances sont désormais consacrées à l’interaction.

Nous avons également supprimé l’usage du papier pour les examens, désormais réalisés sur tablette. Cette démarche favorise l’équité, renforce la sécurité des évaluations et améliore leur efficacité.

Sur le plan hospitalier, nous avons intégré un système d’information hospitalier permettant de fluidifier les services aux patients : consultation sans ordonnance papier, transmission directe à la pharmacie et déclaration automatique à la CNSS, par exemple.

Cette approche hospitalo-universitaire vise à faire converger la pédagogie et la pratique médicale dans un même écosystème digitalisé. Former, c’est aussi anticiper les compétences de demain.

– Comment anticipez-vous, justement, l’évolution des besoins en compétences dans les métiers de la santé face à l’émergence des nouvelles technologies ?

– Dès le départ, nous avons fait le choix de digitaliser les examens, en les organisant sur tablette. Cette décision a été précédée par une phase pilote : nous avons commencé par la quatrième année, formé les enseignants, les techniciens et les étudiants, et réalisé des examens blancs pour assurer une transition progressive.

Ensuite, le processus a été généralisé. Aujourd’hui, qu’ils soient à Rabat, à Casablanca, à Dakhla ou ailleurs, tous nos étudiants passent leurs examens le même jour, à la même heure, selon les mêmes modalités.

– La digitalisation va-t-elle jusqu’à réinventer les méthodes d’évaluation ? Peut-on imaginer, à terme, des examens en réalité virtuelle ou basés sur la simulation ?

– C’est déjà une réalité. Les évaluations virtuelles et intelligentes sont en place. Nous sommes entrés pleinement dans l’ère de la robotisation et de l’apprentissage assisté, qui s’inscrit dans une logique d’accompagnement individualisé.

Un exemple significatif est celui de l’apprentissage par simulation, crucial dans la formation médicale. L’étudiant est mis en situation sur une machine programmée pour reproduire un ensemble d’actes cliniques, qui sont ensuite enregistrés et comptabilisés. Une fois ce niveau atteint, il passe à des pratiques sur modèles animaux, avant d’être accompagné par un senior en salle d’opération.

Cependant, cette transformation doit être encadrée juridiquement et éthiquement. Ce sont des dimensions fondamentales à intégrer pour garantir une mise en œuvre responsable.

– L’ouverture prochaine de deux campus à Marrakech et Agadir marque une nouvelle étape pour l’UM6SS. Quelle est la philosophie qui sous-tend cette extension géographique ?

– Les fondations, à but non lucratif et d’utilité publique, ont vocation à accompagner l’action de l’État. La Fondation Mohammed VI œuvre ainsi à développer un écosystème complet —hospitalier, éducatif, de recherche — en élargissant l’offre de formation.

Le Maroc est en pleine transformation. Dans la perspective de grands événements comme la Coupe d’Afrique ou la Coupe du monde, il est essentiel de renforcer les capacités des régions, notamment sur le plan socio-économique et éducatif.

L’ouverture de campus à Marrakech et Agadir vise donc à rapprocher l’enseignement des étudiants, en leur offrant la même qualité d’accompagnement qu’à Rabat ou à Casablanca. Cela incarne pleinement l’esprit du nouveau Maroc.

Chakib Achour (GITEX) : « Le Maroc peut devenir un hub technologique au service de tout le continent »

À Marrakech, le compte à rebours est lancé. Du 14 au 16 avril 2025, la 3e édition de GITEX Africa s’annonce comme un rendez-vous stratégique pour l’écosystème numérique continental.

Plus de 140 pays, 1.400 exposants et 400 investisseurs sont attendus dans la ville ocre, qui deviendra durant trois jours l’épicentre technologique de l’Afrique. Cette 3e édition se veut un catalyseur d’innovation, de souveraineté numérique et de connexions humaines à l’échelle du continent. Au cœur de cette édition : l’intelligence artificielle (IA).

Agriculture, santé, éducation, services publics… les cas d’usage se multiplient, et l’ambition est claire : faire de l’Afrique un producteur de solutions, et non un simple marché. Au-delà des technologies, GITEX Africa 2025 veut aussi repositionner les grands enjeux de connectivité, de souveraineté numérique et de mobilisation des talents de la diaspora.

Le représentant officiel de l’événement au Maroc, Chakib Achour, répond aux questions de Médias24 sur ce rendez-vous de la tech et des start-up, et les nouveautés qu’il propose.

Médias24 : L’intelligence artificielle est le thème de cette 3e édition. Comment peut-elle participer à l’essor du Maroc et du continent africain ?

Chakib Achour : L’intelligence artificielle, aujourd’hui, ce n’est plus un luxe ou un terrain de recherche réservé aux grandes puissances. C’est un levier immédiat pour résoudre des défis locaux, optimiser nos ressources et créer de nouveaux modèles de développement. En Afrique, où les besoins sont énormes et les structures souvent sous pression, l’IA peut accélérer des changements profonds, dans l’agriculture, la santé, l’éducation ou encore les services publics.

Pour le Maroc, c’est une opportunité historique. Nous avons les talents, les infrastructures, et une ambition politique affirmée à travers la stratégie Maroc Digital 2030. L’IA peut faire du Maroc un hub technologique au service de tout le continent. GITEX Africa 2025 va d’ailleurs offrir une scène centrale à cette thématique, avec des panels, des démonstrations, des cas d’usage concrets d’IA appliquée au développement. C’est une manière d’ancrer cette technologie dans la réalité africaine et de montrer que, oui, l’Afrique peut produire et exporter des solutions en intelligence artificielle.

– Quelles surprises nous réserve la 3e édition de GITEX Morocco Africa ?

– Cette édition 2025 s’annonce comme un moment charnière. D’abord, parce que nous franchissons un seuil en termes de participation internationale. Pour la première fois, nous accueillerons 140 pays, avec un espace inédit baptisé « Pavilion Countries ». Ce sera une vitrine mondiale de l’innovation, une sorte de carte vivante des écosystèmes numériques planétaires.

Ensuite, il y aura des thématiques totalement nouvelles. L’agrégation de secteurs comme l’AgriTech, la SportTech ou encore la Green Energy nous permet d’élargir le champ de la tech africaine. C’est aussi la première fois qu’un sommet sur la souveraineté numérique africaine, couplé à un dialogue sur la régulation des crypto-actifs, sera organisé avec des régulateurs, dont Bank Al-Maghrib.

Et puis, bien sûr, il y a l’intensité du matchmaking cette année. Plus de 400 investisseurs internationaux seront présents, avec une plateforme entièrement repensée pour faciliter les deals, les levées de fonds et les partenariats stratégiques. GITEX Africa 2025, c’est un concentré de technologie, d’ambition et de connexions humaines.

– Quelles ambitions pour l’édition 2025 de GITEX ? Quels sont les objectifs que vous souhaitez atteindre ?

– Notre ambition, elle est claire : faire de cette édition un accélérateur de souveraineté technologique pour l’Afrique. Concrètement, nous voulons connecter les meilleurs talents aux meilleurs investisseurs, offrir aux institutions publiques des solutions adaptées à leurs enjeux, et donner à voir une Afrique en capacité de produire ses propres innovations.

Sur le plan quantitatif, nous visons à dépasser les 50.000 visiteurs, à maintenir une représentation de plus de 1.400 exposants, et à renforcer le rôle de GITEX comme un catalyseur de croissance, avec des centaines de deals signés ou enclenchés. Mais l’objectif le plus important, c’est l’impact. Si une start-up sénégalaise repart avec son premier tour de table, si une entreprise marocaine décroche un contrat continental, ou si un jeune développeur ivoirien trouve son mentor ici à Marrakech, alors l’ambition aura été atteinte.

– Pouvez-vous nous en dire plus sur Africa Future Connectivity ?

– Le coeur battant de cette édition, c’est Africa Future Connectivity. Ce sommet va réunir les décideurs de la connectivité en Afrique – opérateurs télécoms, ministres, régulateurs, géants du cloud, acteurs des data centers – pour une discussion stratégique sur l’avenir des infrastructures numériques.

Pourquoi c’est crucial ? Parce que sans connectivité, il n’y a ni IA, ni e-santé, ni éducation à distance, ni souveraineté numérique. Nous avons besoin d’un socle commun solide. Ce sommet abordera des sujets concrets : comment déployer et étendre la 5G ? Comment sécuriser les réseaux africains ? Comment mutualiser les investissements pour les câbles sous-marins ?

L’Afrique a besoin d’un cadre de gouvernance clair et d’une vision collective sur ces enjeux. GITEX Africa devient ainsi un espace de dialogue politique, économique et technologique, avec un objectif simple : que l’Afrique se parle à elle-même, et construise ses propres routes digitales.

– Cette édition est plus focalisée sur la diaspora. Qu’est-ce que le Diaspora Studio ? Pourquoi est-ce essentiel pour GITEX ?

– Le Diaspora Studio, c’est l’une des grandes innovations de cette édition. Il s’agit d’un espace dédié aux talents africains installés à l’international, qui souhaitent contribuer à l’essor technologique du continent. La diaspora, c’est une richesse exceptionnelle : des ingénieurs, des investisseurs, des chercheurs, des entrepreneurs qui ont acquis une expertise mondiale et qui veulent désormais revenir, transmettre, investir.

Ce studio va leur offrir une scène, mais aussi un programme d’accompagnement, des outils pour investir dans des start-up locales, pour lancer un projet en Afrique, ou simplement pour établir des passerelles entre les deux rives.

C’est aussi un signal fort. GITEX Africa ne regarde pas uniquement l’Afrique continentale. Il s’adresse à l’Afrique globale, celle qui vit à Paris, à Toronto, à Dubaï, mais qui garde une racine, une vision, un désir d’agir. Le futur numérique africain ne se construira pas sans sa diaspora, et nous voulons qu’elle se sente ici chez elle.

Le Maroc accueillera un hub digital régional arabo-africain dédié à l’IA et à l’innovation technologique

Une déclaration d’intention marquant le coup d’envoi d’une collaboration autour de l’initiative « Digital for Sustainable Development » (D4SD) a été signée ce mardi 8 avril à Rabat par la ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, et le sous-secrétaire général des Nations Unies, administrateur assistant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et directeur du Bureau régional PNUD pour les États arabes, Abdallah Al Dardari.

Ce projet prévoit la création d’un hub digital régional arabo-africain consacré à l’intelligence artificielle, aux sciences des données et à l’innovation technologique. À travers cette collaboration, les deux parties s’engagent à promouvoir l’usage des technologies émergentes et les solutions numériques, en catalysant les synergies en matière de coopération Sud-Sud et triangulaire, indique un communiqué du ministère.

Aligné sur les Objectifs de développement durable (ODD), ce projet porte sur la conception et la mise en place du « Morocco Digital for Sustainable Development Hub », qui sera hébergé au Maroc. Ce centre d’expertise et d’innovation numérique aura pour vocation de fédérer les efforts nationaux, régionaux et internationaux autour de solutions technologiques axées sur le développement durable, explique le communiqué. Les verticales ciblées sont nombreuses : healtech, climat, énergies renouvelables, edtech, cybersécurité, agritech, fintech… autant de secteurs où l’impact du numérique peut se révéler décisif.

Le hub favorisera la création d’une plateforme régionale dédiée à la co-construction et à la diffusion de solutions numériques durables. Il s’agira notamment de privilégier l’intégration de l’IA dans les services publics, de renforcer les infrastructures numériques interopérables, de promouvoir des politiques numériques inclusives et responsables, et de préparer les talents de demain, poursuit la même source.

Le lancement officiel du Morocco D4SD Hub est prévu pour septembre 2025, à l’occasion de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York (UNGA 80), en présence de partenaires stratégiques et institutionnels.