Affaire du viol de la jeune Française : les versions des mis en cause
En détention depuis une dizaine de jours, Kamil Bennis, M’hamed Alj et Saâd Slaoui sont visés par de graves accusations dans le cadre d’une affaire à l’apparence bien glauque, révélée par S.F. et son compagnon, Mohamed Amine Naguib.
Médias24 a déjà présenté la version des faits de la jeune Française, telle que recueillie par la police de son pays d’origine (PJ de Paris auprès de laquelle elle avait déposé une plainte). Le présent article est donc consacré aux versions des mis en cause qui, rappelons-le, bénéficient toujours de la présomption d’innocence bien que placés en détention préventive à la prison locale de Aïn Sebaâ.
Ce principe constitutionnel doit être respecté autant que la parole de la victime qui, pour rappel, déclare avoir subi un viol sous l’effet d’une substance administrée à son insu, tandis que son partenaire se dit victime de coups, blessures et de séquestration.
Cette version, maintenue par les plaignants devant la police judiciaire marocaine (BNPJ), est démentie et contredite par les mis en cause, mais aussi par d’autres convives présents sur les lieux au moment des faits. Ici, nous nous intéresserons uniquement aux versions présentées par les suspects à la police judiciaire marocaine. Parmi eux, outre les mis en cause issus de familles à la tête de grandes entreprises, l’on compte une quatrième personne, Ahmed Daghbor, agent de sécurité privé et… conseiller communal du Mouvement populaire à Sbata (Casablanca).
Voici la version de chacun
→L’hôte raconte
Les faits se déroulent – selon toutes les versions confondues – dans la soirée du 2 au 3 novembre, dans une villa à Aïn Diab appartenant à Kamil Bennis, 37 ans, divorcé et père de deux enfants.
Selon les versions de chacun, cette soirée est tantôt organisée à l’occasion de l’anniversaire de Amine Naguib (né un 26 octobre), tantôt pour fêter celui de Saâd Slaoui (né un 3 novembre). Peu importe. Les trois hommes sont présents lors de cette soirée marquée par les festivités mêlant musique et consommation d’alcool. Pour certains, elle est également rythmée par une consommation de cocaïne.
Si S.F. a nié en avoir consommé durant la soirée et se dit surprise par les résultats des analyses effectuées en laboratoire révélant la présence de cocaïne dans son sang au lendemain de la soirée, d’autres invités affirment en avoir consommé. C’est le cas du plaignant, Mohamed Amine Naguib, mais aussi du principal accusé, Kamil Bennis.
Selon ce dernier, la soirée démarre vers 21 h avec l’arrivée des premiers invités, dont Mohamed Amine Naguib qui n’est rejoint par sa partenaire que plus tard (vers 22 h).
Aux alentours de 1 h du matin, Kamil Bennis dit être alerté par message d’une altercation entre S.F. et l’ex-compagne de Amine Naguib. Il s’agit de G.E.R. qui a été entendue par la police judiciaire, puisque S.F. la suspecte de l’avoir droguée à son insu.
Kamil Bennis dit intervenir pour calmer les esprits suite à cette altercation entre le couple et l’ex-partenaire d’Amine Naguib. Puis, vers 6 h du matin, après le départ de la majorité des invités, il perçoit un bruit de verre qui se brise et accourt vers la pièce d’où provient le brouhaha. Il y trouve Amine Naguib en pleine crise d’hystérie en train d’insulter certaines personnes encore présentes.
Hormis sa compagne, S.F., il y avait encore parmi les invités les deux autres suspects (Saâd et M’hamed), ainsi que trois jeunes hommes et deux femmes. L’une d’elles (Y.G.) est l’ex-épouse d’un ancien joueur de l’équipe nationale et du Raja Club Athletic.
Kamil Bennis indique qu’il aperçoit Saâd Slaoui et un autre invité, R.B., en train d’essayer de maîtriser Amine Naguib. Il intervient à son tour et emmène Amine Naguib dans une autre pièce pour tenter de le calmer, tandis que celui-ci continuait d’insulter, notamment S.F., en la qualifiant de femme aux mœurs légères, tout en affirmant qu’il allait la quitter en raison de son rapprochement inapproprié avec les invités. Et lorsqu’il la croise ensuite, il la gifle.
À ce moment-là, Y.G. et Y.E., les deux autres femmes encore présentes, emmènent S.F. à l’écart et lui proposent de la ramener chez elle. Mais elle refuse. C’est ensuite la femme de ménage qui emmène S.F. dans une chambre au premier étage, tandis qu’Amine Naguib reste aux côtés des invités.
Ensuite, Kamil Bennis déclare avoir rejoint S.F. à l’étage pour s’assurer que tout allait bien pour elle. Lorsqu’elle lui demande de rester avec elle, il congédie la femme de ménage. Et c’est là que, selon lui, S.F. lui fait des avances sans ambiguïté. Il affirme avoir refusé ses avances et lui rappelle que son compagnon est “en bas, en train de crier”. Elle sort alors de la chambre pour insulter ce dernier avant de revenir et de fermer à clé la porte de la chambre derrière elle. À nouveau, et toujours selon les déclarations de Kamil Bennis, S.F. lui propose un rapport sexuel. L’acte durera une dizaine de minutes.
Il convient de s’arrêter un instant sur cette partie de l’affaire. Kamil Bennis affirme que le rapport sexuel était consenti et que la jeune Française était à l’initiative de cet acte. Or, elle affirme être victime d’une amnésie partielle et ne se souvenir de rien. Ses derniers souvenirs remontent à 2 h du matin.
L’un reconnaît avoir consommé de la cocaïne et de l’alcool, tandis que l’autre affirme n’avoir pris que de l’alcool, bien que le test toxicologique révèle la présence de cocaïne dans son organisme. En somme, tous deux étaient sous l’influence de substances stupéfiantes. Cela ne remet-il pas en cause le consentement ?
Une demi-heure plus tard, Kamil Bennis sort de la chambre et se dirige vers le salon où se trouvaient ses amis. Il leur raconte ce qu’il s’est passé et confie qu’il regrette ce rapport sexuel, puis s’écroule sur le canapé du salon.
Concernant les allégations de coups, blessures et de séquestration, Kamil Bennis réfute le tout. Il affirme que personne n’a frappé Amine Naguib ce soir-là ,et que les invités ont seulement tenté de le calmer.
Kamil Bennis indique également que personne d’autre que lui n’a eu de rapport sexuel avec S.F.
En revanche, la jeune Française, S.F., accuse M’hamed Alj de l’avoir également violée avant de se rétracter devant la BNPJ et d’affirmer avoir eu un rapport sexuel avec lui, sachant que puisqu’elle dit avoir un trou noir, elle précise que ces accusations reposent uniquement sur des ouï-dire.
→Allégations de coups et blessures réfutées
De son côté, Saâd Slaoui, un entrepreneur célibataire de 32 ans, affirme également que S.F. s’est comportée d’une manière “bizarre”. Selon lui, elle avait “envie d’avoir des rapports sexuels avec tout le monde”. Il indique même qu’elle s’est proposée à lui et qu’il a refusé. Il a ensuite rapporté cela au compagnon de l’intéressée, Amine Naguib, qui lui a demandé de ne pas la prendre au sérieux compte tenu de son état d’ébriété.
Or, selon Saâd Slaoui, S.F. a “dépassé les limites” puisqu’elle s’est assise sur les genoux de M’hamed Alj. Ce comportement a mis Amine Naguib hors de lui. Saâd Slaoui le décrit comme “hystérique” à ce moment-là, et explique que c’est pour cela qu’il a tenté de le maîtriser pour le calmer.
Toujours selon la version de Saâd Slaoui, c’est là que Kamil Bennis les rejoint et lui demande de lâcher Amine Naguib qui va, par la suite, gifler sa compagne, avant que celle-ci ne soit accompagnée par la femme de ménage au premier étage.
Selon Saâd Slaoui, Amine Naguib a quitté les lieux vers 6h30 alors que sa partenaire est restée sur place. Et ce, jusqu’au matin où, lors d’un échange téléphonique avec son amie J.G., elle indique être “chez la crème de la crème”. Ce qui traduit, selon lui, sa joie de se trouver chez Kamil Bennis.
→La version de M’hamed Alj
Invité chez Kamil Bennis pour fêter l’anniversaire de Saâd Slaoui, M’hamed Alj, directeur commercial de 32 ans, marié et père de deux enfants, se rend à cette soirée où se trouvent Amine Naguib et sa compagne française.
Selon lui, celle-ci a, à un moment donné, “commencé à agir de manière inappropriée”. C’est-à-dire qu’elle s’assoit sur les genoux de Saâd Slaoui, de Kamil Bennis et de lui-même. M’hamed Alj indique que, pour l’éloigner de lui, il la repousse “gentiment”. Amine Naguib est en colère. Il appelle sa compagne à plusieurs reprises, mais elle refuse de le rejoindre.
Sa version vient confirmer celles des autres mis en cause. Il indique que les deux femmes présentes (Y.G. et Y.E.) accompagnent S.F. pour la calmer, puis la femme de ménage fait de même en l’emmenant à l’étage.
Mais, plus tard, il entend des insultes émanant d’une pièce. Il s’y rend et y trouve Amine Naguib en colère contre sa compagne. Il la menace elle et Kamil Bennis. C’est là qu’il tente, avec Saâd Slaoui et un agent de sécurité, Ahmed Daghbor donc, de maîtriser Amine Naguib.
Il convient de souligner que ce dernier a présenté des rapports médicaux pour attester de son agression. Toutefois, quels sont les éléments permettant d’établir que cette agression a été commise par les personnes qu’il désigne ? Seule la justice permettra de démêler cette affaire complexe.
→Intervenir pour “calmer les choses”
De son côté, Ahmed Daghbor, 39 ans, conseiller communal (MP) et co-fondateur d’une société de sécurité, indique avoir été engagé par Kamil Bennis pour assurer la sécurité de la villa durant cette soirée.
Il affirme avoir entendu un bruit de verre qui se casse émanant de la chambre du frère de Kamil Bennis. Il s’y rend et constate qu’une bagarre a éclaté entre Naguib et Slaoui. Il voit aussi que M’hamed Alj et R.B., ainsi que Kamil Bennis, tentent d’intervenir pour mettre fin à la bagarre. Il intervient à son tour pour “calmer les choses”.
Selon Ahmed Daghbor, à ce moment-là, Amine Naguib insultait M’hamed Alj en l’accusant d’avoir touché sa compagne.
Vers 6h30 ou 7 h du matin, il apprend de la part d’un gardien de nuit de la villa qu’une autre dispute a éclaté. Une fois à l’intérieur, il constate que le problème a été réglé et apprend que cette dispute concernait Amine Naguib et Saâd Slaoui.
Selon Ahmed Daghbor, c’est vers 8 h qu’Amine Naguib s’en va en laissant sa compagne dans la villa. Il affirme que la dernière fois qu’il a vu S.F., elle était en compagnie de la femme de ménage.
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